‹ Traité élémentaire de dermatologie pratique comprendant les syphilides cutanées. Tome second. Reactions cutanéesChapitre 95 sur 183 · ÉPITHÉLIOME LYMPHATIQUE EN NAPPE · texte numérisé non relu

ÉPITHÉLIOME LYMPHATIQUE EN NAPPE

Le 5 novembre 1903 nous avons présenté à la Société Française de Dermatologie avec Lenglet et Delaunay une femme atteinte d’une dermatose singulière occupant tout le thorax, débutant par des plaques rouges, érythémateuses, à extension centrifuge graduelle, avec infiltration des téguments, consistance presque lardacée des tissus atteints, œdème un peu dur symétrique des deux bras. En certains points plus anciennement envahis, sur ce fond rose se voyaient des granulations miliaires, perlées, un peu irrégulières de forme et de grosseur, de un demi-millimètre à trois millimètres de long sur un quart de millimètre à deux millimètres de large, faisant une saillie de un demi-millimètre à un millimètre au-dessus du niveau des téguments. En ces points les téguments avaient un aspect chagriné. Ces granulations étaient fermes; elles ressemblaient à des vésicules perlées; mais elles ne laissaient sourdre aucun liquide par la piqûre. Elles étaient entourées d’une zone érythémateuse.

Certaines plaques érythémateuses présentaient le stade initial de ces granulations sous l’aspect d’un dépoli chagriné très fin, et de minimes inclusions vermiculaires blanchâtres irrégulièrement disséminées sous l’épiderme qu’elles commençaient à soulever.

En quelques points il semblait vers le centre des plaques qu’il y eût un peu de dépression et de régression spontanée.

NÉOPLASIES CUTANÉES

Fig. 420. — Lpithélioma en nappe primitif des réseaux lymphatiques (vue d’ensemble de la partie

antérieure du tronc).

Au point de vue histologique, on trouva des dilatations lymphatiques remplies

Fig. 421. — Épithéliome en nappe primitif des réseaux lymphatiques (vue d’ensemble du dos), de bourgeons épithéliaux, et dans toute la région érythémateuse des tubes épithé-

KYSTES

tout autour de ces

liaux de même nature envahissant les tissus périphériques tubes le tissu conjonctif était en état de sclérose accentuée.

L’affection évolua avec une grande rapidité, affectant toujours le même caractère lymphangitique ; les ganglions furent envahis, et la malade succomba rapi-

Fig. 422. — Épithéliome

en nappe primitif des réseaux lymphatiques (détail de la poitrine).

des lésions

dement, malgré des tentatives de radiothérapie, d’injections arsenicales et quiniques.

Depuis lors nous avons revu un second cas tout à fait analogue.

KYSTES

Les kystes ne sont pas à proprement parler des néoplasmes. Ils ne résultent pas en effet d une multiplication anormale d’éléments vivants, mais d’une accumulation de produits de sécrétion inertes dans une poche dont la paroi est formée par une membrane distincte conjonctive, tapissée d un revêtement épithélial interne : ce sont des tumeurs par rétention.

Darier en distingue deux classes principales :

1° Les kystes à contenu épidermique ou sébacé ;

2° Les kystes à contenu séreux.

ï- — Kystes à contenu épidermique ou sébacé.

En voici les caractères généraux d’après Darier :

Ce sont des tumeurs dont le volume varie de celui d’un grain de mil à celui d’un

NÉOPLASIES CUTANÉES

œuf de poule : elles sont intradermiques ou hypodermiques. Leur consistance est des plus variables, ferme ou mollasse, parfois franchement fluctuante. La peau qui les recouvre, et qui peut être soulevée et distendue, a d’ordinaire conservé sa coloration normale : elle rougit si la tumeur s’enflamme et tend à la suppuration.

Le contenu de ces kystes est constitué en majeure partie par des cellules épidermiques provenant de leur revêtement interne qui est de l’épiderme et qui est en état de prolifération constante. Ils renferment aussi de la graisse, laquelle provient très probablement de l’évolution des cellules épidermiques : cette graisse donne lieu, par suite de transformations chimiques, à des cristaux d’acides gras, à des savons, à de la cholestérine. Parfois on trouve aussi dans ces kystes des grumeaux calcaires.

« Suivant l’aspect et la consistance du contenu, on dit que le kyste est mélicérique lorsqu’il renferme une bouillie comparable à du miel, stéatomateux quand il est rempli d’un mastic gras; on l’appelle cholestéatome si les paillettes micacées de cholestérine dominent. Quelquefois les lamelles cornées aplaties forment contre la paroi une épaisse couche translucide au centre de laquelle est un fluide huileux ou séreux.

« La présence de germes et de microbes divers, dont la pénétration est facile à comprendre quand le kyste a un orifice externe obstrué, peut provoquer l’inflammation, l’afflux des leucocytes, la suppuration ; le contenu, dès lors plus liquide, sébum mêlé de pus, se vide au dehors par effraction spontanée ou provoquée, ce qui conduit à la guérison si la paroi s’est exfoliée et éliminée.

« Notons qu’ exceptionnellement la poche kystique, dans l’un quelconque des types de ce groupe, peut devenir le point de départ de végétations papillomateuses ou épithéliomateuses, telles que cornes cutanées, épithéliomes de divers types, et notamment épithéliomes calcifiés.

« Les espèces que nous avons à décrire sont : A. les kystes folliculaires; B. les kystes dermoïdes; G. les loupes ou athéromes ; D. les kystes épidermiques traumatiques; » E. le milium. (Darier, Pratique Dermat., t. IV, p. 655-656.)

A. Kystes folliculaires et kystes sébacés. — Il est inexact de croire que tous les kystes qui contiennent du sébum se développent dans la cavité d’une glande sébacée par oblitération de son orifice. C’est d’ordinaire aux dépens du canal excréteur de la glande et surtout de sa partie terminale externe que se forme le kyste, et en même temps la glande sébacée s’atrophie.

Le premier degré de ces kystes est constitué par le comédon (voir Acné). Dans l’acné hypertrophique les kystes folliculaires peuvent prendre des dimensions allant de celles d’un petit pois à celles d’un gros noyau de cerise, et dès lors la tanne est constituée.

On donne donc le nom de tanne à de petites tumeurs kystiques, superficielles, quoique intradermiques, molles et pâteuses, portant vers leur centre, parfois latéralement, un point noir qui est l’orifice oblitéré du conduit pilo-sébacé aux dépens duquel elle s’est développée, et par lequel on peut, grâce à une expression vigoureuse, faire sortir le contenu du kyste sous la forme d’un long boudin arrondi ou aplati de matière blanchâtre ou jaunâtre, grasse au toucher, d’odeur souvent nauséabonde : parfois le contenu est à moitié liquide avec de gros grumeaux irréguliers.

B. Kystes dermoïdes. — Les kystes dermoïdes sont du domaine de la chirurgie. On sait que, d’après Verneuil, ils résultent d’irrégularités dans la fermeture de cer-

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taines fentes embryonnaires, entraînant l’enclavement dans les tissus d’une partie de leur revêtement épithélial. Les kystes qui en sont la conséquence sont donc tapissés d épiderme; ils peuvent même renfermer tous les annexes de l’épiderme, tels que des follicules pileux, des cheveux, des glandes sébacées, etc...

On les rencontre surtout à la queue des sourcils, au pourtour de l’orbite, au cou, vers le raphé médian du périnée et du scrotum. Ils peuvent être intra-cutanés ou sous-cutanés.

C. Loupes. — On donne le nom vulgaire de loupes à des kystes à contenu sébacéo-épidermique qui siègent surtout au cuir chevelu : elles y sont presque toujours multiples, souvent même fort nombreuses. On les observe chez les adultes et les vieillards. Leur volume varie de celui d’un pois à celui d’un œuf de poule. La peau qui les recouvre est tantôt adhérente au kyste, tantôt mobile sur lui. Elles ont révolution que nous avons décrite plus haut dans les généralités.

En réalité, comme l’ont montré Audry et son élève Gantérac, les tumeurs multiples du cuir chevelu que le vulgaire désigne sous le nom de loupes doivent être divisées en trois groupes distincts qui sont :

1° Des kystes sébacés ou folliculaires (voir plus haut) ;

2° Des loupes proprement dites ou kystes épidermiques ;

3° Les épithéliomes bénins multiples du cuir chevelu de Dubreuilh et Auché (voir plus loin).

« Les loupes proprement dites ou kystes épidermiques sont toujours sans relations avec les lollicules pilo-sébacés ; elles sont caractérisées par leur situation profonde dans le derme, au-dessous de la région des follicules : leur structure diffère également de celle des kystes sébacés, en particulier par leur contenu uniquement composé de lamelles cornées. Elles n’adhèrent pas à la peau et sont facilement énucléables. » (Gantérac, Thèse de Toulouse , 1903.)

Pour Darier elles résultent d’une malformation congénitale de bourgeons épidermiques folliculo-glandulaires, et doivent être considérées comme une variété de nævi, comme des adénomes folliculaires kystiques. (Voir Darier, Pratique Dermat.).

Les loupes sont du domaine de la chirurgie : nous n’avons pas à les étudier ici.

D. Kystes épidermiques traumatiques. — On désigne sous le nom de kystes épidermiques traumatiques de petites tumeurs arrondies, dures, indolentes, du volume d’un pois, d’une cerise, que l’on observe parfois sur la face palmaire des mains et des doigts.

T. Gross (de Nancy) a émis l’idée que les kystes épidermiques se développent aux dépens d’un lambeau d’épiderme greffé profondément dans les tissus par un traumatisme.

On les rencontre en effet surtout chez les ouvriers qui sont exposés à se blesser les mains tels que les serruriers, les forgerons, les tailleurs de pierre, etc... Ils sont plus fréquents à l’index.

Ils se développent fort lentement après le traumatisme qui en est l’origine : ils peuvent mettre de quelques mois à plusieurs années pour apparaître.

Quand ils sont constitués, ils sont formés d’une poche de tissu conjonctif sans glandes, ni follicules, ni papilles, tapissée d’un épithélium analogue à celui de l’épiderme. Elle contient une matière pâteuse ou grumeleuse, blanche ou jaunâtre, formée de cellules cornées, de graisse et de cholestérine. Leur consistance est élas-

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tique. Ils sont libres dans le tissu cellulaire, plus rarement adhérents aux parties profondes.

Leur seul traitement rationnel est l’ablation.

E. Milium. — On désigne sous le nom de milium ( grutum , acné miliaire, acné albida, etc).,) des granulations arrondies, d’un blanc jaunâtre, parfois d’un blanc mat, du volume d’une toute petite ou d’une grosse tête d’épingle, non inflammatoires, non douloureuses.

Symptômes. — Les granulations de milium sont disséminées çà et là sur les joues, souvent sur les paupières, sur les tempes, sur le front, au prépuce, au fourreau de la verge, au scrotum, aux petites lèvres chez la femme.

Elles sont presque toujours bien isolées les unes des autres, plus rarement elles sont groupées en certain nombre les unes à côté des autres : dans la majorité des cas, il en existe plusieurs simultanément dans la même région.

Elles sont en quelque sorte enchâssées dans l’épiderme : le derme offre sa coloration normale sans la moindre trace d’inflammation périphérique. Quand on fend la couche épidermique qui les recouvre, il est facile de les énucléer sous la forme d'un petit grain d’un blanc jaunâtre arrondi ou ovalaire que l’on peut écraser assez aisément. La petite loge dans laquelle ce grain se trouvait disparaît rapidement sans laisser de trace. Il est à la rigueur possible avec beaucoup de soin d’accomplir cette petite opération sans hémorra-

Fig.

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