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II. — Kystes à contenu séreux

Hidrocystome. — C’est en 1884 que A. -R. Robinson décrivit pour la première fois cette affection; Jackson la mentionna en 1886; en 1893 Robinson lui donna le nom d’ Hydrocystoma qu’elle a définitivement conservée.

Symptômes. — Elle est constituée par des sortes de vésicules tendues, claires, brillantes, parfois un peu bleutées à la périphérie; elles sont dures, résistantes, et

il faut un certain effort pour les ouvrir avec une épingle. Quand on en a fait sortir le liquide transparent qu’elles contiennent, il reste une sorte de dépression intra-dermique à la place qu’elles occupaient. Leur forme est obtuse, ronde ou ovoïde; leur volume varie de celui d’une tête d’épingle à celui d’un pois. Elles font sur le niveau des téguments une saillie proportionnelle à leur volume. Les plus petites ressemblent tout à fait à des grains de sagou bouilli. Les plus volumineuses ont parfois une coloration d’un bleu noirâtre. Quand leur contenu se dessèche, les lésions tendent à disparaître et prennent une teinte blanchâtre analogue à celle du milium. À leur périphérie, la peau ne présente aucun vestige d’inflammation.

Le contenu des vésicules est clair, ne devient jamais jaunâtre; il se dessèche peu à peu sans rupture après une durée d’une, de deux ou de plusieurs semaines; il est légèrement acide, jamais alcalin.

Ces lésions siègent surtout à la face, autour des yeux, sur les paupières, sur la face dorsale du nez, sur les narines, sur la partie inférieure médiane du front, sur les tempes et sur les joues. Elles sont d’ordinaire multiples.

Anatomie pathologique. — La couche cornée et le corps muqueux sont pour ainsi dire normaux; dans les premières périodes de l’affection, la couche papillaire semble aussi être normale; mais quand la lésion augmente de volume, cette couche finit par être comprimée et on y trouve alors un peu d’infiltration leucocytique. En certains points, les glandes sudoripares ont leur conduit dilaté par une accu-

Fig\ 426. — Hidrocystome de la face chez une femme atteinte de nævi multiples.

ADÉNOMES

mulation de liquide et de matière granuleuse ressemblant à celle des glandes normales. Il est probable que ces lésions tiennent à l’obstruction des conduits des glandes sudoripares vers la partie inférieure duchorion. Des coupes histologiques prouvent en effet que ces vésicules se développent peu à peu de la profondeur à la surface. Ces petits kystes sont tapissés d’épithélium aplati.

Déhu et Darier pensent que l’hidrocystome est la conséquence d’une malformation congénitale de la nature des nævi, ce serait un véritable adénome sudoripare kystique.

Il se développe surtout chez la femme d’un certain âge; cependant nous l’avons observé chez l’homme. Il semble être plus fréquent chez les sujets qui transpirent beaucoup, chez les nerveux, chez ceux qui sont exposés constamment à la chaleur rayonnante, comme les cuisinières, les blanchisseuses, etc... Taylor (1900) en a relaté un cas survenu chez une jeune fille à la suite d'une opération d’appendicite suivie de névralgies dans la cicatrice, et de troubles gastriques et urinaires.

L’hidrocystome se produit surtout en été : il a de la tendance à disparaître en hiver.

Il est inutile d’insister sur les différences radicales qui existent entre cette affection, les sudamina et la dysidrose (Voir le travail de A. Lebet sur cette question : Annales de Dermat., 1903, p. 273).

ADENOMES

La question des adénomes de la peau est complexe et quelque peu obscure.

Définition. — « Actuellement on applique le mot N adénome à des néoformations bénignes, à point de départ glandulaire, dont les éléments reproduisent plus ou moins exactement la texture des glandes dont ils proviennent. (Darier, Prat. Dermat., t. I, p. 283.)

« Il est possible de ranger les différents types décrits d’adénomes de la peau en une série continue ; celle-ci commence aux hyperplasies glandulaires simples, et aboutit à des épithéliomes bien caractérisés, en passant par des adénomes atypiques, des tumeurs kystiques sébacées ou sudoripares, des épithéliomes à dégénérescence calcaire ou hyaline, etc...

« Les tumeurs qualifiées d’adénome paraissent avoir souvent une origine congénitale, et prendre leur point de départ dans des malformations locales du tissu épithélial et glandulaire avec ou sans hétérétopie de ce tissu ». (Darier, loc. cité).

D’après le même auteur, voici les affections que l’on est actuellement autorisé à ranger dans les adénomes de la peau :

1° Les adénomes sébacés symétriques de la face que l’on doit considérer comme des nævi (Voir Nævi).

2° Les hidradénomes éruptifs (Voir Nævi).

3° Les adénomes sébacés non symétriques.

Nous rangerons à côté de ce troisième type V adénome sébacé circonscrit d’Audry.

Nous étudierons en outre :

La maladie de Fordyce et les kystadénomes des glandes sudoripares de Thimm.

Nous allons donc dire quelques mots de ces quatre dernières formes morbides :

A. Adénomes sébacés non symétriques. — On a décrit chez les vieillards et chez les adultes des tumeurs isolées, disséminées sans ordre, siégeant surtout sur le

NÉOPLASIES CUTANÉES

cuir chevelu, un peu moins souvent sur le dos, sur la face, d’un volume qui varie de celui d’une lentille à celui d’une noix : leur surface est le plus souvent lisse, un peu lobulée, rarement exulcérée ; leur coloration est d’un jaune clair, parfois presque blanche, parfois analogue à celle du xanthélasma avec lequel on les confond d’ordinaire. Leur consistance est ferme ; elles sont indolentes et évoluent avec une extrême lenteur.

Notre observation personnelle nous porte à croire que ces petites néoplasies sont vraiment fréquentes au front, au pourtour des yeux chez les sujets qui ont passé

cinquante ans. Dans la majorité des cas leur volume varie entre celui d’une tête d’épingle et celui d’un tout petit pois. EU es présentent parfois au centre une petite dépression, et tout autour une vague lobulation. Leurs limites externes sont assez nettes.

On les confond souvent soit avec du xanthome, soit avec du milium dont il est possible de les distinguer immédiatement par leur conformation moins globuleuse, lobulée, et en ce qu’elles ne sont pas énucléables.

Leur importance pratique semble d'ailleurs être parfaitement nulle.

Au point de vue histologique « ces tumeurs sont nettement encapsulées dans une coque fibreuse, et constituées, au sein d’un stroma conjonctif plus ou moins abondant, par des masses épithéliales proliférées sous forme de lobules, de boyaux ou de tubes seniblant provenir des follicules pilo-sébacés. »

« Fréquemment on note de la dégénérescence hyaline des vaisseaux, du stroma, et même des éléments épithéliaux... La dégénérescence calcaire de ces tumeurs n’est pas rare. Certains auteurs les ont vues se transformer en carcinomes. » (Darier.)

Cette dernière remarque ne semble pas s’appliquer à la variété commune et minuscule de ces tumeurs dont nous avons parlé plus haut.

Il est probable que sous cette rubrique d’adénomes sébacés non symétriques, les auteurs ont groupé des faits assez disparates.

Le traitement rationnel de ces petites néoplasies est leur ablation chirurgicale, ou leur volatilisation avec l'électro-cautère : on pourrait à la rigueur les électrolyser, ou agir sur elles par la radiothérapie.

B. Adénome sébacé circonscrit. — Sous le nom d’adénome sébacé circonscrit , Audry a décrit d’après les observations de Robinson, Pollitzer, Bandler Agello, et un fait personnel ( Annales de Bermat . et de Syph., 1903, p. 563), une affection fort rare qui est constituée par « une lésion superficielle du tégument résultant d’une agglomération plus ou moins étendue de saillies papuleuses disposées en placards dont la dimension varie de 1 à 8 centimètres. La forme de ces placards est indéterminée, linéaire, ellipsoïde, quadrangulaire, etc... Leur couleur est variable, rouge, brune, jaunâtre. Leur surface est inégale, vallonnée, sillonnée, suivant l’agencement des élevures qui les composent. Celles-ci portent à leur sommet des

Fig. 427. — Adénomes disséminés de la lace (front-localisation habituelle) .

ADENOMES

orifices parfois obstrués par des squames ou des débris adhérents, et de ces orifices on fait sortir par la pression de la matière sébacée vulgaire. Leur consistance est à la fois ferme et flasque. L’épiderme est lisse. Les poils y manquent, ou sont moins nombreux que ne le comporte 1a. région. Le placard est toujours nettement circonscrit, dominant de quelques millimètres le tégument voisin qui est sain, sans télangiectasies, ni nævi. Dans tous les cas que nous connaissons, le placard était unique, et il occupait un point de la peau de la tête ; front, tempe, nez, joue. Il n’y a ni douleur, ni prurit.

« La maladie progresse lentement, mais elle progresse toujours, mettant plusieurs années à acquérir de faibles dimensions, pouvant alors s’arrêter. On ne l’a encore observée que chez l’homme. Elle peut débuter à tout âge.

« Les placards sont formés par la réunion d’une quantité plus ou moins considérable de glandes sébacées augmentées de nombre et de volume. Ces glandes sébacées ont une structure normale et un fonctionnement régulier. Elles paraissent parfois indépendantes des follicules pileux, peut-être parce que ceux-ci ont disparu. Elles débouchent à la peau par l’intermédiaire de conduits excréteurs très dilatés, et elles forment souvent des kystes à contenu sébacé et épidermique. L’épiderme est normal ainsi que le tissu conjonctif voisin.

« Un certain nombre de cas débutent dans l’enfance et se manifestent à la puberté, mais cette néoplasie ne présente jamais de cellules de nævus.

« Elle diffère des nævi sébacés1 par sa disposition en placard qui s’étend en surface, par la présence d’élevures et d’orifices glandulaires, par sa consistance flasque, son peu de saillie, l’absence de télangiectasies, sa marche lentement quoique nettement progressive.

« Il n’y a qu’un seul traitement possible, l’extirpation. » (Audry, loc. cit .).

C. Maladie de Fordyce. ( F or dy ce' s disease ) (État ponctué de la muqueuse labiobuccale). — En 1896, Fordyce donna la première description d’une affection spéciale des lèvres (a peculiar affection of the mucous membrane of the lips and oral cavity ; Journal of Cut. and gen. urin. dis , novembre 1896, p. 413) que tous les dermatologistes connaissaient déjà pour en avoir vu d’assez nombreux cas. Il convient de citer comme travaux français importants sur cette question le mémoire d’Audry de 1899 et la thèse de son élève Rozières (1901).

.11 est probable qu'il faut en rapprocher les lésions décrites par Respighi en 1899 à la face interne des joues, sur la muqueuse buccale sous le nom de « Unna spéciale modificazione di ghiandole délia mucosa orale 2. »

Symptômes. — Cette affection est constituée par de nombreuses petites granulations jaunâtres d’un jaune d’or ou d’un jaune blanchâtre, situées les unes à côté des autres, plus ou moins serrées, souvent tangentes, le long du bord libre des lèvres et surtout de la lèvre supérieure vers la jonction de la partie rouge cutanée et de la partie muqueuse ; elles y forment une traînée assez régulière de un à plusieurs éléments d’épaisseur. Ces lésions sont peu ou point saillantes au-dessus du niveau des téguments. Elles ont un volume qui varie de celui d’une tête d’épingle à celui d’une tête d’aiguille. Elles sont arrondies ou polygonales ; elles simulent

1 Malgré les différences établies par l’éminent professeur de Toulouse nous nous demandons s’il ne faut pas identifier cette forme morbide avec les nævi sébacés (voir Nævi).

2 Voir en outre Delbanco. Sur l’état ponctué des glandes sébacées des petites lèvres jusqu’à la région clitoridienne : Monats. f. prak. Dermat., 490o, B. 40, n° 2, p. 81.

NEOPLASIES CUTANÉES

une mosaïque. Elles rappellent au premier abord l’aspect du milium, mais elles ne sont pas du milium, car on ne peut les faire sortir par expression après incision de l’épiderme. Très fréquemment elles occupent aussi la face interne des joues, depuis les commissures labiales jusque vers la partie 'postérieure des joues en y formant une traînée plus ou moins large qui va d’ordinaire en s’effilant à mesure que l’on approche de la région des grosses molaires, de telle sorte qu’elles figurent grossièrement un triangle très allongé à base vers la commissure, à sommet vers les régions postérieures de la joue, suivant la direction de l’interligne dentaire.

Ces lésions ne s’accompagnent d’aucune sensation subjective. On les a signalées chez plusieurs membres d’une même famille. Elles semblent se produire entre douze et soixante ans.

Beaucoup de ceux qui en sont atteints ont en même temps des dermatoses en relation avec des troubles des glandes sébacées, soit de l’acné vulgaire, soit de l’acné rosacée, soit de l’eczéma séborrhéique, soit de l’alopécie séborrhéique : 77 p. 100 des malades qui en sont atteints ont de la dyspepsie.

Anatomie pathologique. — Au point de vue histologique, Fordyce a trouvé un épaississement considérable de l’épiderme, avec des altérations protoplasmiques particulières des cellules du rete, de l’acanthose, de l’œdème et de la parakératose.

Depuis lors cette curieuse lésion a été étudiée par Allen, Audry, Ileuss, Delbaneo, etc... et surtout par Ch. J. White ( Journ . of Cut. dis., mars 1905, p. 97) qui a fait un exposé très précis et très complet de toute cette question. Il faut bien reconnaître que la plupart des auteurs pensent à l’heure actuelle que les maculopapules de cette affection sont de petites tumeurs sébacées (Audry, Montgomery) : Ileuss lui donne même le nom d’acné rosacée des lèvres et de la bouche. Il est certain qu’au-dessous des lésions épidermiques on trouve d’ordinaire des glandes volumineuses (White) et qu’il y a de nombreux vaisseaux dilatés dans le chorion et dans les papilles. Fordyce lui-même revenant plus récemment sur ce point (. Association Dermat. Américaine, juin 1904) reconnaît maintenant que les altérations glandulaires peuvent produire cet aspect.

Nous pensons que la véritable place de cette affection est dans les adénomes de la peau.

Son traitement est totalement inconnu. Nous ne voyons de possible que l’extirpation ou la destruction par le galvanocautère ou l’électrolyse.

D. Kystadénomes des glandes sudoiupares. — Thimm (. Arcli . f. Demi . and Sypli., t. LX1X, p. 3) a publié un cas où l’on trouvait sur la partie antérieure du tronc, au cou, à la face antérieure des creux axillaires, au dos, aux surfaces de flexion des avant-bras, aux creux poplités, de nombreuses tumeurs molles, de la dimension d’un grain de chènevis, d’un pois, les unes tout à fait plates, quoique faisant une légère saillie, d’autres plus proéminentes. Les plus volumineuses avaient la consistance de petits lipomes; les plus petites étaient dures à la palpation et donnaient la sensation de grains de plomb mobiles situés sous la peau. Elles étaient fort nombreuses : leur coloration variait du gris noirâtre transparent, au rouge bistre peu intense avec télangiectasies à leur surface, et au jaune vif. Elles s’étaient développées lentement depuis l’âge de dix-sept ans ; elles avaient atteint l’état actuel à l’âge de vingt-cinq ans : depuis dix ans elles n’avaient pas varié.

Histologiquement c’étaient des adénomes des glandes sudoripares avec début de kystes en quelques points. (Voir au chapitre des A ævi la description des adénomes des glandes sudoripares de Perry.)

CYLINDROMES, ENDOTHÉLIOMES

CYLINDROMES, ENDOTHÉLIOMES

« Histologiquement une tumeur de cylindrome est constituée par des amas < } lindiiques ou globuleux de cellules d aspect épithélial, cubiques ou polygonales, dont les îangees exteines sont souvent implantéês normalement a la surface de la membiant limitante conjonctive, celle-ci esl fréquemment hyaline et transparente pai 1 effet d une dégenei est ence mucoïde \ dans la règle les amas épithéliaux contiennent aussi des bourgeons et blocs de même apparence et de même nature. La définition histologique de ce néoplasme est donc : épithéliome alvéolaire avec envahissement myxomaleux. » (Darier. Pratique Dermat.).

Le cylindrome, qui est fort rare, se développe surtout au cuir chevelu sous la foime de tumeui s multiples : on peut aussi 1 observer a la face et dans la cavité

bucco-pharyngée sous la forme d’une tumeur unique que l’on décrit souvent comme un épithéliome adénoïde ou sébacé. Il est plus fréquent chez la femme que chez l’homme. C’est une affection de l’adulte : elle peut être familiale.

« La tumeur initiale est dure, indolente, et croit lentement : elle a toutes les apparences de la bénignité : elle peut rester unique et de petit volume pendant des années ; quelquefois elle prend un développement considérable et en vient à former

une masse énorme bosselée et lobulée, adhérente au squelette qu'elle érode. Dans d auties cas des tumeurs secondaires naissent au voisinage ou a quelque distance de la première, et finalement par leur accroissement et leur multiplication arrivent en peu d’années à couvrir tout le cuir chevelu, quelquefois le front et les épaules, d’innombrables saillies confluentes, fermes et élastiques, d’un volume qui varie de celui d’un haricot à celui d’une mandarine, sessiles ou étranglées à leur base. La peau qui les recouvre est distendue, pâle ou violacée, quelquefois érodée. Certaines de ces tumeurs provoquent par compressions nerveuses des douleurs intenses. Les îécidives après ablation sont rares ; cependant elles peuvent parfois afteMei un caiactère malin, et donner lieu a des généralisations viscérales, mais c’est exceptionnel. » (Darier, Pratique Dermat.).

La nature réelle de cette néoplasie est encore mal connue. Dubreuilh et Auché en ont tait une étude approfondie en 1902 sous le nom d’ èpith éliomes bénins multiples du cuir chevelu L

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