‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 4 sur 39 · DES IIÉMORRHAGIES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES IIÉMORRHAGIES EN GÉNÉRAL

cœur est supérieure à la force naturelle de résistance des parois des vaisseaux ; qu'elle surmonte actfvement cette résistance , et produit ainsi l'effusion du fluide sanguin. On pourrait croire que dans la seconde les parois des vaisseaux affaiblies ne sont plus capables de retenir le sang renfermé dans leur intérieur, ou que ce liquide , trop ténu, trop peu dense , fdtre au travers de ces parois ; mais avec ces hypothèses, spécieuses à la vérité, comment expliquer ces cas nombreux , et même bien plus nombreux que les précédents , où l'hémorrliagie n'est ni hypersthénique ni hyposthénique , où elle arrive sans phénomènes précurseurs et chez des sujets qui ne présentent aucune prédisposition? Il faut bien admettre qu'il existe une disposition organique qui n'est ni hypersthénique ni hyposthénique, et qui donne lieu à l'issue du sang. Quelle est cette disposition ? Ainsi qu'une multitude de phénomènes nciturels , la connaissance nous en a été dérobée.

Lorsque vers le déclin d'une maladie aiguë il survient une hémorrhagie qui produit une diminution sensible ou même la cessation complète des accidents , cette hémorrhagie porte le nom de critique. On sent bien qu'il faut se garder de combattre et d'arrêter une semblable hémorrhagie.

On a donné le nom de symptomatiques à celles qui se montrent dans les premiers jours d'une maladie qui n'apportent aucun amendement, etmême II. 7

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qui aggravent ordinairement l'état du malade , sine decremento morbi, velpottùs istius cum damno. Mais nous avons dit que cette dénomination était vicieuse , et qu'il fallait leur donner l'épithète d'acritiques, pour ne pas les confondre avec les hémorrhagies qui sont l'effet d'une altération sensible d'organe.

Les hémorrhagies peuvent être habituelles , constitutionnelles pour ainsi dire ; on voit des individus avoir à des époques à peu près fixes des épistaxis , des hémorrhoïdes , des hématémèses , etc. Ces espèces d'hémorrhagies derviennent en quelque sorte nécessaires à la santé des personnes qui y sont exposées, et leur suppression produit des accidents analogues à ceux de l'aménorrhée ou de la dysménorrhée.

Les menstrues et les autres évacuations sanguines habituelles cessent , et dans le même moment on voit paraître sur un point quelconque du corps une hémorrhagie insolite qui remplace la première : c'est l'hémorrhagie supplémentaire. Les exemples n'en sont pas rares ; mais le plus frappant que j'aie eu occasion d'observer et de faire voir à mes élèves, c'est celui de la femme Martin. Cette femme avait eu ses règles par tous les points par lesquels le sang peut faire irruption au dehors ; hémoptysie supplémentaire, épistaxis , hématémèse , méloena, hémorrhagie intestinale , héinorrhagiepar le grand angle de l'œil, par le conduit auditif externe, par le

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point d'union des ongles avec la pulpe des doigts , enfin par la cicatrice d'un bras amputé. C'est bien certainement dans ce genre un des faits les plus extraordinaires. Les hémorrliagies constitutionnelles sont souvent héréditaires.

On a multiplié à l'infini les distinctions des hémorrhagies. Notre intention n'est pas de les exposer toutes. On a admis des hémorrliagies vagues , par opposition aux hémorrhagies périodiques; des hémorrhagies accidentelles , par opposition aux hémorrhagies habituelles. M. Chomel pense que cette dernière espèce est très rare ; mais il nous semble, au contraire, que la plupart des hémorrhagies idiopalhiques spontanées sont accidentelles ; car qu'elles soient acritiques , critiques , actives , passives , etc. , elles sont bien plutôt le résultat d'un accident que l'effet d'une habitude. Cet estimable médecin voudrait qu'on réservât l'épi thète d'accidentelles seulement pour les hémorrhagies qùi ne se montrent qu'une fois dans la \ie , qui sont produites par une cause physique ou morale énergique, et qui ne tiennent à aucune disposition organique préexistante.

On a admis des hémorrhagies traumatiques , ce sont celles qui re'connaissent pour cause une solution de continuité des vaisseaux; solution de continuité produite par un corps vulnérant et non par une altération locale organique des parois de ces vaisseaux , ce qui rentre dans les hémorrhagies

symptomatiques. Enfin les hémorrhagies ont été distinguées en artérielles et veineuses ; mais cette distinction ne peut appartenir qu'aux hémorrhagies traumatiques ou produites par la solution de continuité d'un vaisseau ; cardans les cas de pure exhalation il est impossible de savoir si le sang s'échappe des artères ou des veines, etc.

Maintenant jetons un coup d'reil sur les altérations organiques que l'on trouve après la mort chez les individus qui ont succombé par ce genre d'affection.

Il est indubitable que l'hémorrhagie a souvent lieu parla rupture d'un vaisseau. J'ai eu occasion de voir l'aire béante d'une artériole ossifiée dans un foyer sanguin cérébral ; j'ai vu à la surface d'un cancer ulcéré de l'estomac chez un individu qui avait éprouvé plusieurs vomissements de sang, une artère d'un assez gros calibre ouverte et béante: et dans l'un comme dans l'autre cas ce n'était pas l'effefde la dissection, mais bien celui delà maladie. Je crois cependant que cette espèce d'hémorrhagie est rare, et que dans beaucoup de cas où elle a lieu il est très difficile, pour ne pas dire impossible , de trouver le vaisseau ouvert. Dans le plus grand nombre de ces hémorrhagies idiopathiques les choses ne se passent point ainsi : on n'observe aucune altération sur la membrane qui a été le siège de l'exhalation sanglante , on n'y trouve ni solution de continuité ni cicatrice; seu-

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lement cette membrane est rouge , injectée , vie-' lette ou très pâle et . très décolorée. En la comprimant on en voit sourdre souvent une multitude de petits points comme de très petits grains de sable.

Maintenant si l'on compare entre eux les phénomènes fonctionnels et organiques des inflammations et des hémorrhagies , on aura facilement la conviction que ces affections doivent former deux classes différentes , puisque si elles ont des points de contact multipliés, elles en ont un plus grand nombre d eloignemcnt.

Il est bien vrai que l'exhalation sanglante est fréquemment l'effet de l'inflammation. Ainsi dans la bronchite intense , dans la pneumonie , dans la gastrite, dans l'entérite, etc. , il y a souvent du sang dans les matières excrétées. Mais qui ne sent la différence immense qui sépare une bronchite d'avec une hémoptysie ? qui ne connaît la différence qui existe entre l'exhalation sanglante consécutive à la pneumonie et celle qui peut être le résultat d'une simple exhalation pulmonaire l Dans le premier cas, les phénomènes inflammatoires locaux et généraux sont intenses et le sang se trouve en très petite quantité dans les matières muqueuses; il y est intimement mêlé, ou y forme de simples stries: dans l'autre cas, il n'existe aucun signe d'inflammation, souvent même aucun phénomène précurseur, et le malade vomit une quantité con-

sidérable de sang. De même pour l'entérite etThémorrhagie intestinale : dans la première quelques stries sanguinolentes serpentent sur les mucosités , dans l'autre il s'écoule des flots de sang; dans le premier cas avec tous les phénomènes d'une yîolente inflammation, et dans l'autre avec absence de tous ces phénomènes. Un individu est pris trois, quatre fois, dix fois par jour d'une épistaxis; at-il un coryza? Je ne le pense pas. Les menstrues sont-elles une phlegmasie? De plus les altérations organiques ne ressemblent en rien à celles que produit l'inflammation. Concluons que l'altération d'organe qui occasione l'effusion du sang n'est pas la même que celle que détermine l'inflammation , et qu'on a eu raison de séparer ces deux classes d'affections.

Avant de terminer cet article , nous devons cependant déclarer que les hémorrhagies sont bien plus souvent symptomatiques que de toute autre nature; qu'il est de la plus haute importance pour le malade et pour le médecin de distinguer ces cas. Une hémoptysie n'est point une maladie , ce n'est qu'un symptôme; il s'agit de déterminer à quel genre d'affection elle appartient. Nous verrons plus tard que c'est sur ces distinctions, que toute médecine rationnelle est fondée. Il faut savoir si elle est primitive ou consécutive , idiopathique ou symptomatique ; si elle appartient à une exhalation bronchique, à une ulcération tuberculeuse, à

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