‹ Traité élémentaire de diagnostic, de pronostic, d'indications thérapeutiques, ou cours de médecine clinique (volume 3)Chapitre 26 sur 40 · DES MAIADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE · texte numérisé non relu

DES MAIADIES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

même une douleur aiguë dans les membres, avec une raideur plus ou moins prononcée , en outre , le trismus, des convulsions où la paralysie. La respiration difficile , anhéleuse ; la rougeur de la face, les yeux vifs, brillants ; la soif intense, la déglutition difficile ; le pouls fréquent, plus ou moins fort, etc. , sont des symptômes qu'on remarque quelquefois, mais spécialement quand le cerveau ou ses membranes participent à l’inflammation.

»La marche de la méningite rachidienne est ordinairement rapide , et sa terminaison funeste. Le plus souvent les malades succombent le huitième, le dixième ou le quinzième jour, quelquefois le troisième ou le sixième. M. Ollivier Ta vue se

prolonger à l’état aigu jusqu’au trentième jour. Il est à remarquer que les phénomènes morbides suivent une marche ascensionnelle, de sorte qu’on voit la raideur ou la difficulté des mouvements survenir graduellement dans les membres supérieurs, et après qu’on a observé ces symptômes dans les membres inférieurs. Les lésions cadavériques prouvent en même temps cette progression ascendante de l’inflammation. Des observations assez nombreuses l’ont convaincu que cette inflammation peut passer à l’état chronique ; elle est accompagnée alors de symptômes fort obscurs ou tout-àfait inappréciables. Quelques altérations pathologiques , comme des adhérences , des épaississements de ces membranes, annoncent aussi que

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cette phlegmasie est susceptible de guérison; mais les exemples en sont rares. »

Quant aux maladies qui altèrent profondément le tissu de la moelle épinière , ou qui, développées dans les parties circonvoisines, compriment cet organe et empêchent ses fonctions, leur diagnostic différentiel est encore peu avancé. Elles ont pour symptômes communs ceux qui aecompagnent la compression lente de cet organe; et ces symptômes varient suivant la hauteur à laquelle est placée la lésion organique, et suivant aussi qu’elle occupe toute la moelle, ou bien une partie. Ainsi, lorsqu’une altération organique est située dans la région lombaire, si elle est encore peu développée, qu’elle ne comprime ou ne détruise qu’une partie de cet organe, il peut y avoir engourdissement, douleur, fourmillement, picotement, insensibilité, difficulté de mouvoir le membre pelvien situé du côté opposé à la lésion organique. A mesure que la maladie détruit ou comprime la moelle' tout entière, ce n’est plus une hémi-paraplégie qui existe, c’est une paraplégie plus ou moins complète ; les phénomènes qui existaient d’un côté commencent à se faire sentir de l’autre, à mesure qu’ils deviennent eux-mêmes plus prononcés. Enfin , au bout d’un temps plus ou moins long , suivant la nature et la marche de la maladie, la paraplégie est complète. Il y a perte du mouvement, et quelquefois perte du sentiment

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dans les extrémités inférieures; la miction et la défécation, d'abord difficiles, finissent par devenir impossibles. Il faut sonder les malades pour les faire uriner, et aller à la recherche des matières fécales; car les purgatifs ne produisent aucun résultat, et enflammeraient plutôt les intestins. Le malade traîne une existence malheureuse, qui se termine enfin par des eschares gangréneuses , qui naissent sur tous les points de pression, par l’infiltration générale, etc.

Lorsque la maladie occupe la région dorsale, à ces phénomènes se joignent souvent ceux d’une respiration difficile, par la difficulté des mouvements des muscles inspirateurs , animés par les nerfs intercostaux. Enfin, lorsque l’altération organique occupe la région cervicale, outre les phénomènes propres aux lésions précédentes , il faut joindre des accidents semblables dans les membres thorachiques,de plus quelques troubles dans la voix et la parole, et souvent des mouvements spasmodiques dans les membres. Cet appareil de symptômes est accompagné de peu de douleurs dans la partie malade; il se développe avec plus ou moins de lenteur; et rarement on observe des phénomènes généraux de réaction, ou cmiplement sympathiques.

Les maladies qui les produisent sont le cancer et ses variétés , le tubercule, les tumeurs fongueuses*, les tumeurs osseuses, les hydatides, la déviation et la carie des vertèbres, enfin la plupart

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des altérations morbides dont nous avons tracé les caractères dans nos généralités.

Le cancer de ces parties pourrait être reconnu à des douleurs lancinantes, revenant par intervalles , se rapprochant vers la fin de la maladie ; à la teinte jaune paille de la peau ; à l’existence d’un cancer dans une autre partie du corps ; à l’âge du malade , puisqu’il est rare que cette maladie attaque les très jeunes sujets.

Le tubercule se reconnaîtrait à l’existence de cette maladie dans un autre organe ; à l’âge du sujet, ordinairement jeune; et à l’absence des signes précédents.

La déviation et la carie de la colonne vertébrale sont faciles à constater par la simple inspection.

^ Les tumeurs osseuses intérieures pourraient coexister avec des tumeurs semblables au dehors, et avec une disposition syphilitique générale.

Quant aux autres, il est, je crois, impossible, dans l’état actuel de la science, de leur assigner quelques caractères ; mais leur extrême rareté doit faire peu regretter cette lacune.

§ IIÎ, Diagnostic des maladies des appareils sensitifs.

Les maladies des organes des sens sont très nombreuses, et tellement qu’elles ont donné lieu à des traités spéciaux volumineux ; et c’est dans ces traités qu’on doit les étudier. MM. Scarpa,

Sœmmering, Demours, et un grand nombre d’autres, ont publié des monographies importantes sur les maladies des yeux ; M. ïlard a fait un beau travail sur les maladies de l’oreille ; M. Hipp. Cloquet a réuni, sous le titre d’Osphrésiologie , tout ce qui concerne les maladies du nez. La seule analyse , quelque succincte qu’on la supposât , de ces divers écrits dépasserait de beaucoup les bornes de cet ouvrage. D’ailleurs la chirurgie s’est emparée de la plupart des affections des sens, et nous n’exposerons ici qu’un très petit nombre d’entre elles.

Les maladies des appareils sensitifs peuvent avoir leur siège, dans les parties constituantes de l’organe ; 2“ dans le nerf qui reçoit et conduit l’impression au cerveau; 5° dans le cerveau luimême, dans le centre de perception. Les altérations des sens dépendantes des maladies du centre de perception ne peuvent être regardées que comme des symptômes de ces maladies : voilà pourquoi il est très important de distinguer ces cas, si l’on veut faire une médecine rationnelle et ne pas s’exposera combattre une maladie pour une autre.

* Nous les avons signalées dans plusieurs endroits de cet ouvrage. Celles qui dépendent de l’altération morbide des nerfs sont obscures , -difficiles à distinguer; enfin parmi celles de l’organe lui-même il en est un petit nombre qui sont de notre res- *sort.

Ophthalmie,

L’ophlhalmie et lamaiirose sont les seules maladies dont nous ayons à tracer les caractères , encore Tune et l’autre sont-elles réclamées par la chirurgie. Quant aux diverses névroses de la vue et des sens en générai , nous pensons qu’elles ne sont que des symptômes d’autres affections dont on ne doit nullement les séparer.

L’ophthalmie s’annonce par la cuisson , la chaleur des yeux, un picotement insupportable , accompagné de larmoiement. Ces phénomènes sont plus ou moins prononcés suivant que l’ophthalmie doit être plus ou moins intense. On observe quelquefois des symptômes généraux lorsque lâ maladie doit être violente; un frisson suivi de chaleur en signale l’invasion , et ses prodromes sont les mêmes que ceux des affections aiguës.

Bientôt la conjonctive oculaire perd sa blancheur; elle prend une teinte rosée, tantôt uniforme, tantôt inégale, sillonnée par des vaisseaux capillaires visiblement injectés. Le picotement , la cuisson, la douleur, deviennent plus vifs; le malade ne peut supporter une forte lumière ; tout le globe de l’œil est douloureux ; des grains de sable semblent interposés entre l’œil et les paupières; la vue se trouble , et l’on peut apercevoir que la cornée a perdu de sa transparence. Une chaleur in-

commode, vive, insupportable, se fait sentir dans ces organes.

Tous ces symptômes peuvent croître à un point extraordinaire ; la cuisson et la douleur peuvent être insupportables ; la plus faible lumière produit une impression douloureuse; la conjonctive n’est plus simplement injectée, elle devient rouge, écarlate, pourpre ; les paupières se collent l’une contre l’autre; la pupille se rétrécit ; les malades froncent les sourcils pour éviter la lumière ; des larmes abondantes arrosent leurs joues, et quelquefois les corrodent ; d’autres fois au contraire l’œil est parfaitement sec.

Plus tard , vers le onzième jour environ , la tuméfaction de la conjonctive est telle qu’elle forme une saillie, un véritable bourrelet autour de la cornée transparente et sort d’entre les paupières ; c’est ce qu’on appelle un chemosis.

Vers le quinziènîe jour, mais plus tard ou plus tôt suivant les moyens employés , et suivant aussi l’intensité de l’inflammation et sa cause, tous ces symptômes s’arrêtent, s’amendent, diminuent; la chaleur est moins vive; la cuisson, le picotement, la douleur, sont plus supportables; la rougeur n’est pas moindre, mais on voit qu’elle prend un autre caractère; elle n’a plus l’aspect de la turgescence, de l’irritation ; les larmes se troublent par le mélange d’une sécrétion puriforme qui a lieu sur la conjonctive; elles perdent leur âcreté, devien-

nent douces ; enfin , plus tard , elles reprennent leur caractère normal, et tous les phénomènes que nous venons d’exposer disparaissent. La rougeur seule persiste plus long-temps; elle peut même durer un temps indéterminé, ce que Scarpa attribue à l’afflux mécanique du sang dans les vaisseaux primitivement développés par l’inflammation.

Dans l’ophthalmie intense on observe des phénomènes sympathiques plus ou moins graves : l’insomnie, une céphalalgie violente, le battement des artères temporales, la chaleur générale, la soif, accompagnent cette espèce d’inflammation.

A la suite des ophthalmies on observe des taches sur la cornée, qui portent le nom de taies , et qui sont souvent ineffaçables : c’est l’accident le plus commun. Il en est d’autres , tels que la suppuration des paupières, etc., qui sont moins fréquents.

On a. distingué un assez grand nombre d’ophthalmies. Ces distinctions ne sont pas sans importance pour le traitement; aussi les indiqueronsnous. On a établi une ophthalmie des nouveaunés , ou ophthalmie puriforme ; -elle est surtout remarquable par les phénomènes généraux graves qu’elle occasione : cris, larmes, tremblements continuels , convulsions , insomnies , romissements ; surtout elle est redoutable parcequ’elle occasione l’opacité prompte et générale de la cornee.

L’inflammation totale du globe de l’œil doit être

distinguée de la maladie dont nous parlons, en ce quelle est beaucoup plus grave que la précédente, qu’elle fait naître le délire, l’inflammation du cerveau et des méninges, et se termine souvent par la mort. La suppuration du globe de l’œil est une de ses terminaisons ordinaires. Mais si ces distinctions sont utiles^ nous ne croyons pas qu’il soit fort intéressant de décrire à part l’inflammation de l’iris, de 'la choroïde, du cristallin même, enfin de toutes les parties constituantes de l’œil.

L’ophthalmie varie suivant la disposition particulière de l’individu qu’elle attaque. Elle peut être dartreuse , scrofuleuse, blennorrhoïque , vénérienne, variolique, etc. Enfin elle passe souvent à l’état chronique ; alors elle est moins violente ; elle est ordinairement bornée aux bords libres des paupières.

Amaurose,

Il ne faut pas oublier que l’amaurose peut n’être qu’un symptôme d’une affection cérébrale ou du nerf optique. On l’a vue accompagner l’oblitération ou la dilatation anévrysmatique de l’artère optique, l’ossification de la rétine , son changement en tissu fibreux, la destruction du nerf optique , son oblitération, sa compression par une tumeur sanguine, cancéreuse, tuberculeuse, osseuse du cerveau ou de ses enveloppes; le ramollissement, la désorganisation de l’encéphale dans le voisinage des nerfs II^ 35

Optiques , rinflammation et lepaîssissement des méninges; on a trouvé quelquefois des tumeurs fibreuses ou squirrheuses dans les nerfs optiques eux-mêmes, etc. Mais Tam^aurose est aussi souvent le résultat d’une altération insensible du nerf optiquejet de son expansion.

La perte complète ou presque complète de la ^vue, survenant tout-à-coup ou d’une manière graduelle, avec transparence ordinairement parfaite de toutes les parties de l’œil et imimobilité de la pupille , constitue l’amaurose.

Lorsque l’amaurose est subite, le malade perd tout-à-coup la faculté de voir; mais lorsqu’elle est graduelle, les objets éloignés ou légèrement éclairés cessent d’être aperçus; des filaments, des brouillards, des toiles d’araignées, voltigent sans cesse devant les yeux , suivent les regards , importunent les malades , qui souvent cherchent à s’en débarrasser en se frottant le globe de l’œil. Ces phénomènes augmentent, ils voilent fortement les objets. La pupille se dilate, conserve sa transparence , mais devient immobile dans la majorité des cas. Il peut survenir un léger strabisme , et quelquefois la prunelle devient irrégulière ; elle peut se dilater considérablement, ou, au contraire, se rétrécir beaucoup, au point de s’effacer presque complètement. Dans certains cas on aperçoit une teinte bleuâtre, grisâtre, à travers cette ouverture. Il est rare, lorsque l’amaurose est complète , que l’iris conserve

quelque mobilité : les cas où ce phénomène a été observé sont même révoqués en doute.

L amaurose peut être héréditaire ou acquise ^ symptomatique, sympathique, métastatique, idiopathique, complète, incomplète, continue, intermittente et périodique.

La plus grandé difficulté dans le diagnostic consiste à distinguer si l’amaurose est idiopathique ou symptomatique d’une affection cérébrale ; nous devons même avouer que cette distinction est le plus souvent impossible , à moins cependant que la maladie primitive ne soit bien caractérisée. Quant à la distinction de ramaurose des autres maladies de l’œil , elle est en général facile, et les cas qui présentent quelques difficultés sont très rares.

Otite, otalgie, dysécée, paracousie, etc.

L’inflammation de l’oreille a son siège , soit dans le conduit auditif externe , soit dans l’oreille interne elle-même . Il existe à peu près entre ces deux espèces d’inflammation la même différence qu'entre l’ophthalmie proprement dite et l’inflammation du globe de Fœh. La première est souvent légère, la seconde peut occasioner l’encéphalite, la méningite , et être suivie de la mort.

Suivant le siège et l’intensité de l’inflammation, il peut y avoir ou ne pas y avoir de prodrome. Une douleur plus ou moins intense arrivant subi-»

tement ou d'une manière graduelle se fait sentir; en même temps l’ouïe devient dure ou s’exalte ; le malade éprouve de la chaleur , de la tension dans l’oreille malade : il entend des bruits de cloches , de vents, de ruisseaux ; des sifflements , des bourdonnements , des tintements de toute espèce ; le moindre bruit devient difficile à supporter , et même intolérable. Si l’otite est violente et interne, il existe de la céphalalgie, de l’insomnie, du délire même ; les enfants poussent des cris , se plaignent continuellement ; il survient des pertes de connaissance, des convulsions; enfin le cortège des phénomènes généraux accompagne alors cette phlegmasie.

Elle peut se propager jusqu’aux méninges et à l’encéphale ; alors les symptômes des phlegmasies de ces organes se joignent à l’otite. D’autres fois les maladies cérébrales commencent, et l’otite n’est qu’un effet consécutif. La mort peut alors terminer cette affection.

Lorsque l’otite est simple, externe et peu intense, elle se termine par résolution au bout de sept ou huit jours ; dans les cas plus graves, elle dure quinze, vingt ou vingt-cinq jours et même plus ; elle se termine alors par suppuration : une espèce de liquide séreux, ou purulent et sanguinolent , s’écoule par l’oreille et souvent par la trompe d’Eustachi. La destruction du tympan, l’ulcération des parties molles, la carie de

DES MALADIES DES OKGANES DÈS SENS, SSq

quelques os de Toreille, 1 épaississement de la membrane qui tapisse le conduit guttural , l’oblitération de ce conduit, et par suite la dureté de l’ouïe, etc. 5 sont les suites les plus ordinaires de l’otite grave. Cette maladie peut aussi passer à l’état chronique.

Une douleur violente , subite , revenant par intervalles réguliers ou irréguliers , sans phénomènes de réaction, n’occasionant aucun des désordres que produit l’inflammation, ne laissant à sa suite aucune trace sensible, affecte quelques individus , et a reçu des pathologistes le nom à'otalgie , parcequ’on a supposé que cette affection avait son siège dans le nerf acoustique ou dans la portion dure de la septième paire. Il est facile à ces traits de distinguer cette affection de la précédente.

Parlerons-nous de la djsécée , de la paracousie, de la surdité, ainsi que d’une multitude d’autres altérations du sens de l’ouïe? Sont-ce là bien réellement des maladies , ou bien simplement des symptômes ? Il ne faut que jeter un coup d’œil sur l’ouvrage de M. Itard pour se ranger de cette dernière opinion. Dès lors on conviendra que ces sujets sont mieux placés en traitant des maladies dont iis sont les effets. INous devons simplement dire ici que l’inflammation chronique des parties constituantes de i’oreiîle, les abcès des parties voisines, les caries des os, les abcès du cerveau, etc., sont les causes les plus fréquentes de ces accidents ;

DIAGNOSTIC SPÉClAl ET DIFFÉRENTIEL' .

qu'ils dépendent même souvent d'une altération insensible des nerfs , d’une paralysie, etc.

L'otorrhée de quelques auteurs ne doit être considérée que comme une otite chronique.

" Des hémorrhagies peuvent s’effectuer par l'o^ reille externe ; le diagnostic local en est très évident ; mais la cause organique n'est pas toujours facile à reconnaître. Ces hémorrhagies sont ordinairement supplémentaires des règles. Elles peuvent être trannîatiques ; c’est-à-dire le résultat de la fracture des os de la base du crâne ou de toute autre lésion mécanique. Ces hémorrhagies sont d’ailleurs susceptibles des divisions que nous avons établies dans nos considérations générales.

Coryza»

L’inflammation de la pituitaire est généralement une maladie peu grave, malgré le voisinage de l’encéphale.

Elle s’annonce rarement par des signes précurseurs. Ses premiers symptômes sont la sécheresse de la membrane pituitaire , une douleur gravative qui se fait sentir vers les sourcils , dans la région qui correspond aux sinus frontaux , et quelquefois sous les yeux, vers les pommettes : les malades dissent avoir toute la tête et la face entreprises ; les yeux sont brillants , larmoyants, et parfois légèrement endoloris ; l'orifice des narines est rouge et fendillé ; leur intérieur est le siège d’une chaleur

DES MALADIES DES OEGANES DES SENS- Sgl-

et d’une tension incommodes ; l’odorat est obtus ; la respiration plus ou moins gênée ; les malades dorment la bouche ouverte , sans doute à cause du gonflement de la pituitaire.

Au bout de deux ou trois jours , à l’état de sé-» cheresse succède une sécrétion abondante de mucosité nasale , claire, limpide, âcre, irritant les parties voisines, la lèvre supérieure principale-^ ment. Au bout de quelques jours le liquide exhalé prend de la consistance, de l’opacité, et perd de son âcreté ; en même temps les phénomènes locaux diminuent d’intensité, et la résolution est ordinairement opérée vers le septième ou dixième jour, lorsque les causes qui l’ont déterminé ne persistent pas.

L’épaississement de la membrane qui tapisse le canal nasal et l’oblitération de ce canal , d’où résulte une tumeur et une fistule lacrymales, sont les

suites les plus fâcheuses de cette maladie. On obser-

ve aussi quelquefois après elle des ulcères rebelles de la pituitaire , la carie des os du ne'Z ; enfin , lorsque cette inflammation se répète, des polypes, et autres altérations profondes des parties constituantes du nez. La terminaison par gangrène est justement révoquée en doute ; mais le coryza peut passer à l’état chronique*

J’ai eu occasion d’observer un écoulement abondant de mucus nasal arrivant tout-à-coup après une affection morale vive , et disparaissant aussi

5g2 DIAGNOSTIC SPÉCIAI, ET DIFFERENTIEL

d’une manière spontanée après une durée de quelques moments ou de quelques heures ; je suis porté à croire que cette exhalation est sous l’influence encéphalique , et n’est pas le résultat d’un travail inflammatoire.

La diminution, la perte de l’odorat, reconnaissent, comme les altérations analogues de l’ouïe et de la vue, une multitude de causes organiques qui ont leur siège dans l’organe lui-même , ou dans le nerf ou dans le cerveau : ce que nous avons dit en parlant de l’amaurose s’applique donc au sens des odeurs.

Le coryza qui survient dans la rougeole , la scarlatine 5 la variole, etc. , nous paraît participer de la nature de ces phlegmasies cutanées, et peuvent constituer des espèces distinctes.

Les hémorrhagies les plus fréquentes sont celles qui ont lieu sur la pituitaire ; leur diagnostic a été établi dans la séméiologie : il n’offre en générai aucune difficulté.

• Inflammation de la bouche.

Les lèvres, les gencives , la membrane buccale, la voûte palatine, la langue, sont exposées, ensemble ou séparément , à diverses maladies. Ces parties peuvent être enflammées , ulcérées , détruites, couvertes de diverses tumeurs , etc. ; elles peuvent être le siège d’hémorrhagies , etc.

Leur inflammation doit principalement nous oc-

DES MALADIES DES ORGANES DES SENS» ogS

cuper ici. L’inflammation de la bouche peut être idiopathique, mais elle est plus souvent spécifique; c’est ainsi que la scarlatine, la rougeole, la variole, la syphilis, la diphthérile, les aphthes, produisent les inflammations spécifiques de ces parties.

L’inflammation de ces organes est caractérisée par une douleur , une chaleur plus ou moins vives, une rougeur intense , une sécheresse très prononcée dans le début , et une tuméfaction sensible. Les gencives, surtout, sont susceptibles de se tuméfier d’une manière remarquable. Les fonctions dont ces parties sont chargées ne s’exécutent qu’avec difficulté. La mastication, la parole, le contact des corps introduits dans la bouche, surtout lorsqu’ils sont chauds ou sapides, occasionent des douleurs violentes.

Î1 se forme , dans quelques espèces d’inflammations , des exsudations albumineuses , concrètes , grisâtres, qui se rassemblent en pelotons sur les dents, près les piliers du voile du palais, etc. Ces flocons empâtent la bouche, rendent la voix nasonnée. On aperçoit aussi quelquefois des espèces de plaques rondes grisâtres , opaques, lardacées , qui diffèrent des aphthes , et dont on a aussi fait. une espèce particulière d’inflammation , etc. Ces phénomènes locaux et fonctionnels peuvent présenter divers degrés d’intensité ; ils peuvent occasioner des accidents généraux , tels que céphalalgie, soif vive, inappétence, chaleur à la

peau j fréquence du pouls , etc. , ou exister à un

moindre degré sans déterminer ces phénomènes

de réaction. Après une durée variable, tous ces

signes perdent de leur violence , et la maladie se

termine par résolution ; quelquefois néanmoins il survient des ulcérations , et même des points et des plaques gangréneux : mais une terminaison assez fréquente, et que j’ai eu occasion d’observer plusieurs fois , c’est la suppuration de la mem« bràne alvéolaire ; lorsqu’on comprime les gencives sur les dents , il sort au point de contact une certaine quantité d’un pus très fétide. Cette suite de l’inflammation des gencives est très rebelle aux divers moyens thérapeutiques.

Les gencives se boursouflent, et deviennent saignantes dans le scorbut et par l’usage du mer-^ cure. Elles peuvent être le siège de diverses tumeurs fongueuses et cancéreuses. La plupart des affections de ce genre appartiennent à la chirurgie.

Nous donnerons d’autres détails en traitant des diverses espèces d’angines.

Aphtiies, muguet.

Mais il est une affection dont nous devons nous occuper d’une manière spéciale : ce sont les aphthes. Cette maladie est plus particulière à l’enfance, cependant elle peut affecter l’âge adulte. Plusieurs auteurs ont parlé des aphthes en traitant des maladies de la peau. Le célèbre professeur Pinel les

DES MAIADIES DES OKGANES DES SENS. SgS

rangeait avec raison parmi les phlegmasies des membranes muqueuses.

On donne le nom d’aphthes à une éruption qui se présente à son début sous la forme de petites pustules grises, blanches et convexes ou déprimées à leur centre; elles soulèvent bientôt lepiderme, s’ouvrent et s’ulcèrent plus ou moins profondément ; les boutons s’affaissent promptement et sont remplacés par une espèce d’ulcération arrondie, environnée d’une aréole rouge. Quelque profonde que paraisse cette ulcération , il n’en résulte jamais de cicatrices. Les plaques occupées par les pustules restent quelquefois blanches: alors il se manifeste bientôt une nouvelle éruption : il peut ainsi se manifester plusieurs éruptions successives. Les pustules peuvent devenir brunes , ardoisées, noirâtres, ce qui est d’un fâcheux augure; la mort survient fréquemment dans ce dernier cas, lorsque l’éruption attaque des viscères importants. On a quelquefois obseiTé une excrétion albumineuse , aphtheuse , excessivement abondante , qui entraîne souvent la perte des malades, lesquels succombent dans le marasme et l’épuisement. Le développement de ces pustules, leur état, leur maturation , leur décroissement , s’opèrent avec plus ou moins de rapidité. Cette éruption commence ordinairement par la face interne des lèvres, des joues ^ par les parties latérales inferieures de la langue , quelquefois par le voile du palais et par

la luette. Elle acquiert promptement tout son développement; elle peut se borner à la bouche, mais elle s’étend fréquemment au pharynx, à l’œsophage , dans la plus grande partie du canal alimentaire; elle remonte dans les fosses nasales , ou descend dans le larynx et dans les bronches.

- Cette éruption peut être symptomatique , c’està-dire survenir , ainsique les pétéchies et le millet, dans une multitude d’affections différentes dont elle n’est alors qu’un épiphénomène , ou bien être , idiopathique , c’est-à-dire former le principal phénomène d’une maladie, constituer une affection essentielle.

Les altérations organiques sont toujours celles que nous venons d’exposer, quel que soit le lieu que l’éruption occupe ; mais les signes locaux fonctionnels varient suivant les organes malades. On conçoit en effet que les signes de cette maladie doivent exprimer le trouble de la fonction à laquelle préside l’organe affecté : ainsi , dans la bouche , la succion , la mastication , les mouvements de la langue, seront empêchés; dans le pharynx la déglutition deviendra pénible et douloureuse ; des altérations fonctionnelles de l’estomac et de l’intestin décèleront la présence de cette maladie dans ces viscères. Une voix rauque, enrouée, de la gêne dans la respiration, feront reconnaître son existence dans le larynx ou

les bronches ; une voix nasonnée fera soupçonner

quelle est remontée vers les fosses nasales, etc.

Des phénomènes généraux , sympathiques , proportionnés à l’intensité, à l’étendue de la maladie, à l’importance des organes entrepris, se manifesteront: ainsi, l’on pourra observer de .l’agitation , de l’insomnie, de l’anxiété précordiale, des hoquets, des vomissements, du dévoiement, de la difficulté à respirer, de la somnolence , de la stupeur, une chaleur violente dans la bouche , une * soif ardente, de la fréquence dans le pouls, etc.

Cette éruption diffère du muguet ou blanchet, que nous allons faire connaître, de l’angine couenneuse, pultacée et autres affections dont nous parlerons bientôt avec quelque détail.

Le muguet, d’après M. Denis et quelques autres auteurs , est une phlegmasie des membranes muqueuses avec exsudation albumineuse lenticulaire ou en flocons. Cette maladie commence par un gonflement de l’extrémité et du bord de la langue , ou par une rougeur plus ou moins étendue de cet organe avec développement de ses papilles ; une ardeur, une sécheresse insupportables de la bouche , une difficulté plus ou moins grande d’exercer les organes renfermés dans cette cavité; succion, articulation, déglutition, gênées, douloureuses, impossibles. Au bout de deux ou trois jours il se manifeste des petits points semi-transparents, mais qui deviennent bientôt mats ou luisants; ces points se réunissent et forment des plaques blanches,

SgS DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL

irrégulières, bosselées, luisanes, adhérentes, plus ou moins étendues. Elles se développent à la partie interne des joues, des lèvres, au voile du palais, enfin sur toutes les parties de la bouche et de Tarrièrebouche , où elles offrent l’aspect d’une substance caséeuse ou crémeuse ; l’éruption ne dépasse pas le bord des lèvres où l’épiderme s’épaissit. La couleur de cette exsudation, ordinairement laiteuse, peut être jaune, grise , brunâtre, etc.; elle est quelquefois tellement abondante , qu’elle recouvre exactement et sans intervalle tout l’intérieur de la bouche ; d’autres fois, elle est simplement disséminée en plaques circonscrites, irrégulières, en filaments, etc.

Les symptômes généraux de cette éruption sont les mêmes que les précédents , et varient suivant les mêmes circonstances. Les complications lui impriment des différences plus importantes. Cette affection peut se terminer par résolution , par l’état chronique, ou par la mort. Celle-ci arrive ordinairement lorsque le muguet naît à la fin d’une maladie grave.

Après la mort on peut trouver l’exsudation dont nous avons parlé dans tout le canal alimentaire et dans les voies aériennes. On avait pensé, et M. Denis avait écrit, que le colon était exempt de cette espèce d’éruption ; mais cet auteur a eu occasion depuis d’en voir quelques exemples. Cette exsudation a lieu immédiatement sous l’épithélium, ce qui est prouvé par le poli , le brillant de la cou-

che albumineuse, et surtout par son adhérence; cette adhérence n’existe plus lorsque l’épiderme a été*déchiré, ou dans les lieux où il est extrêmement fin et où son existence est même douteuse. Cette phlegmasie offre beaucoup d’analogie avec la diphthérite.

Glossîte.

La glossite, ou inflammation de la langue , peut être légère ou violente : elle peut être idiopathique ; mais elle est plus souvent l’effet d’une cause spécifique.

Après les signes précurseurs ordinaires , ou sans aucun de ces signes , la langue devient douloureuse, chaude, rouge et se tuméfie. Lorsque le malade veut la mouvoir, les efforts qu’il fait sont pénibles , douloureux. Les signes locaux, faibles le premier jour, bornés à un point de l’organe, s’étendent et augmentent d’intensité ; la douleur devient très vive , lancinante , brûlante ; le moindre contact d’un corps un peu consistant est insupportable ; les mouvements sont impossibles ; la déglutition , la voix , l’articulation des mots , et surtout la succion , sont impossibles; la rougeur devient plus vive, plus vermeille; mais l’accident le plus remarquable et le plus dangereux , c’est l’augmentation énorme et rapide du volume de l’organe : il est porté au point que la suffocation devient quelquefois imminente ; l’introduction de l’air est totale-

4oO DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFERENTIEL

ment empêchée par le gonflement de la base de la langue, qui abaisse l’épiglotte et ferme le larynx.

La langue sort quelquefois de la bouche , et pend sur la lèvre inférieure : elle est recouverte d’un enduit épais, adhérent, muqueux; il s’écoule de la bouche une salivation visqueuse, abondante. Les phénomènes généraux qui accompagnent toutes les phlegmasies se joignent à ces phénomènes locaux , et sont ordinairement proportionnés à la ' violence de l’inflammation locale. Telle est la glossite idiopathique: mais cette maladie est bien plus ordinairement un effet de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, et principalement de l’éruption aphtheuse , etc.

La glossite est ordinairement d’une courte durée; elle atteint rapidement son plus haut degré d’intensité, et se termine promptement la plupart du temps par résolution, rarement par suppuration , plus fréquemment par la gangrène et par la mort.

Il est rare que cette phlegmasie passe à l’état chronique; mais le cancer de la langue peut survenir à la suite de cette maladie.

Cancer de la langue.

Cette affection a été rarement observée ; elle occupe ordinairement la pointe de l’organe et quelquefois ses bords. Lorsqu’il n’a pas existé d’inflammation préalable 5 la tuméfaction et Tinduration

de la langue sont les premiers phénomènes que l’on observe. Des élancements, rares d’abord, plus fréquents à mesure que la maladie fait des progrès , se font sentir et servent à faire reconnaître la nature de cette affection. Les mouvements de la langue sont pénibles et douloureux ; la mastication, la déglutition, la succion, enfin tous les actes de cet organe , deviennent de jour en jour plus difficiles ; une salive d’une fétidité repoussante s’écoule de la bouche des malades ; leur haleine est infecte , insupportable. Cette affreuse maladie marche d’abord avec lenteur ; mais si elle n’est pas combattue à temps par le seul moyen capable de l’arrêter , par l’ablation , elle envahit toute la langue , les parties environnantes , et conduit le malade au tombeau plus ou moins rapidement, mais toujours trop tard pour lui, puisque ce n’est qu’à travers les angoisses les plus inexprimables , les souffrances les plus horribles.

Les phénomènes généraux de l’affection cancéreuse se déclarent dans la dernière période : des hémorrhagies qu’on ne peut arrêter épuisent le malade, qui tombe dans un profond découragement et dans le marasme.

On peut confondre des ulcères syphilitiques avec le cancer de la langue. L’aspect particulier des ulcères syphilitiques et celui du cancer, le genre de douleur, l’effet des mercuriaux , la marche rétrograde des ulcères vénériens ^ la circonstance com-

t^02 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DITFÉRENTIEÊ

mémorative d'une infection syphilitique, empêcheront de commettre cette erreur.

J’ai observé des tumeurs érectiles sur la langue: elles m’ont toujours paru stationnaires et sans inconvénients. Sans doute cet organe est exposé à la plupart des altérations morbides que nous avons décrites dans nos généralités , mais elles n’ont point encore été observées.

Diagnostic des maladies de l’appareil locomoteur.

Parmi les maladies de cet appareil , la médecine ne réclame que le rhumatisme, la goutte, les névralgies, et les névrites que nous placerons ici à cause de leur ressemblance avec les trois premières. '

Quant à l’épilepsie, l’hystérie, la catalepsie , la danse de Saint -Weith, le tétanos, etc. , nous en renverrons le diagnostic au chapitre des maladies dont le siège n’est que probable.

Goutte.

Sans entrer dans les discussions des auteurs sur la nature de la goutte et sur sa cause prochaine , sans répéter ici toutes les théories enfantées par un dégoûtant humorisme , bornons-nous à dire que cette affection reconnaît bien positivement une cause particulière. En effet , comment expliquer, sans cette cause , la facilité avec laquelle cette maladie affecte les diverses articulations ,

DES MALADIES DE l’aPPAREÎL LOCOMOTEUR.

comment elle passe de l’une à l’autre sans intéresser les tissus intermédiaires ? comment expliquer la formation de ces calculs tophacés qui se développent dansées mêmes articulations? etc. On a répondu à ces questions en disant que la goutte passait avec facilité d’une articulation à une autre , parceqiie les tissus étant identiques, ils avaient une tendance à s’enflammer simultanément ou successivement; que les concrétions et autres phénomènes caractéristiques de la goutte étaient dus à la structure des parties, des articulations, etc. Mais il est une réplique péremptoire à toutes ces raisons spécieuses ; pourquoi , s’il en est ainsi, une inflammation articulaire occasionée par un coup, par une chute, ne produit-elle pas l’inflammation simultanée ou successive des autres articulations ? pourquoi ne produit-elle pas les calculs d’acide urique ou autres? enfin, pourquoi un individu qui a une entorse, qui a reçu un coup sur une articulation, n’a-t-il pas la goutte? c’est que sans doute il existe autre chose que l’inflammation, une disposition particulière , qui vraisemblablement siège dans les fluides de l’organisme. La justice nous oblige de dire que cette réponse est due à M. Foville, que nous avons souvent cité, jeune médecin plein de mérite, aujourd’hui chargé de l’hôpital des aliénés à Rouen.

La goutte est une inflammation particulière des petites articulations d’abord , et des autres quelle.

4o4 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFïÉllENTIEI

quefoîs plus tard. Ses caractères sont la douleur, la rougeur, le gonflement, la chaleur des petites articulations , principalement du gros orteil ; revenant par accès , par attaques , pouvant s’étendre aux autres articulations, produisant^fréquemment des concrétions tophacées dans les articles , souvent rérosion de surfaces articulaires , une espèce de suppuration, quelquefois Thémorrhagie de ces parties , etc. , enfin la plupart des lésions qui sont la suite des inflammations ; donnant naissance à des phénomènes généraux , parmi lesquels les troubles des organes digestifs tiennent le premier rang.

Dans son état de simplicité, de régularité , d’acuité , la goutte est souvent annoncée par les phénomènes précurseurs des autres phlegmasies ; l’abattement , la tristesse sont surtout remarquables ; quelquefois cependant plus de force, plus d’énergie, plus d’alacrité, précèdent son invasion. Le plus souvent , vers l’équinoxe du printemps , au milieu de la nuit, l’individu que la goutte va frapper s’éveille en proie à une douleur vive , qui a son siège au gros orteil dans les cas les plus ordinaires , rarement au talon , à la malléole ou dans quelque autre articulation du pied. Cette douleur est semblable à une crampe ou à la sensation d’eau tiède versée sur la partie malade, ou plutôt elle varie chez tous les sujets; elle devient bientôt violente, intolérable, âcre, pulsative, lancinante; le malade éprouve un tiraillement, une dislocation,

DES MALADIES DE t*APPAREIL LOCOMOTEUR. 4^5

un tenaillemeiit, une torsion, etc. , difficiles à peindre. Cette douleur est si vive , que le poids le plus léger, le moindre mouvement Texaspèrent et la rendent insupportable, et cependant elle oblige à changer à chaque instant de position. Un frisson, suivi de chaleur], accompagne souvent les accès 5 le matin , lorsque l’attaque est sur le point de se terminer, une sueur se manifeste, et précède le soulagement ; le malade s’endort , et à son réveil il aperçoit de la rougeur, du gonflement dans la partie qui a été le siège de la douleur. Le soir, les accidents reparaissent avec une nouvelle intensité, qui augmente pendant quelques jours, et décroît ensuite graduellement. Parmi les phénomènes locaux , le gonflement est celui qui persiste le plus long-temps.

On conçoit bien qu’une atteinte si vive ne peut avoir lieu sans réaction ; aussi observe-t-on tous les symptômes généraux des maladies inflammatoires; chaleur de tout le corps, mais suitout du membre affecté, rougeur de la peau, soif vive, fréquence du pouls , etc.

Il est rare qu’une seule articulation soit prise , et si cela arrive quelquefois dans la première attaque, dans celles qui succèdent, d’autres articulations se prennent simultanément ou successivement ; mais les phénomènes vont en décroissant depuis l’articulation primitivement douloureuse jusqu’à la dernière attaquée.

4o6 DIAGNOSTIC SPECIAL ET DIFFERENTIEL

L’attaque de goutte se termine ordinairement par résolution ; une espèce de desquamation s’observe quelquefois sur la région qui a été occupée par la rougeur. Toutes les fonctions reprennent leur activité première , souvent même le malade semble jouir d’une santé plus parfaite.

Au bout d’un temps plus ou moins long, une attaque semblable à la première se reproduit; plus tard ces attaques se rapprochent, et ne laissent que des intervalles fort courts, entre lesquels la santé n’est même pas parfaite ; elles laissent surtout de la gêne, de la raideur dans les articulations, du gonflement dans les parties, qui sont parcourues par des veines dilatées.

On a distingué plusieurs espèces et plusieurs variétés de gouttes : la goutte simple , régulière , aiguë, que nous venons de décrire; la goutte chronique, fixe ou mobile; la goutte atonique; la goutte remontée, mal placée, vague, incomplète, chaude , froide , etc. Distinctions scolastiques fort peu utiles pour la plupart.

La diminution des phénomènes locaux et généraux, leur rapprochement au point de paraître continus , et simplement séparés par des exacerbations peu intenses ; des nodus dans les articulations , quelques mouvements spasmodiques, le trouble des fonctions digestives , quelquefois la voracité de l’appétit, l’abattement moral, une faiblesse générale , l’absence de mouvements fé-

DES MALADIES DE l’appAREIL LOCOMOTEUR. 4^7

briles , sont les principaux caractères de la goutte chronique^ atonique. Dans cette espèce de goutte, les articulations demeurent volumineuses, irrégulières, rugueuses ; elles sont parsemées de nodosités , et surtout elles sont déviées en tous sens , de sorte que les doigts affectent les formes les plus bizarres ; il existe de véritables luxations , les deux surfaces articulaires ne se correspondent plus ; ces luxations ont lieu en avant, en arrière, sur les côtés, et cela sans ordre, sans syniiélrie ; de véritables ankylosés finissent par souder la plupart de ces articulations.

Lorsque cette espèce de goutte s'annonce par des phénomènes précurseurs assez marqués, que des douleurs sans gonflement, et les autres signes locaux disparaissent avec facilité pour se porter sur d’autres articulations , on dit que la goutte est vague.

ISous ne croyons pas qu’il soit bien philosophique d’admettre une goutte mal placée; nous pensons, ainsi que notre estimable confrère M. Ferrus, qu’on a donné ce nom à la plupart des maladies chroniques qui surviennent chez les goutteux.

Nous croyons tout aussi peu important d’admettre une goutte incomplète^ caractérisée par le gonflement sans douleur; et tout aussi superflu, pour ne pas dire ridicule, de reconnaître une goutte chaude ou froide.

4o8 J)UGNOSTIO SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL

Mais nous devons nous arrêter un instant sur la rétrocession de la goutte^ sujet sur lequel nous aurons d’ailleurs occasion de revenir.

Un individu éprouve tous les accidents de la goutte, tout-à-coup ces accidents disparaissent, il est pris d’une plilegmasie de quelque viscère intérieur ; on dit alors que la goutte est remontée, qu’il y a eu rétrocession de la goutte. Le vice arthritique s’est il véritablement déplacé, s’est-il porté sur l’organe nouvellement affecté ? ou bien n’est-ce là que l’effet d’une simple révulsion ordinaire?

Lorsqu’un arthritique est atteint d’une phlegmasie viscérale, on a vu souvent cette plilegmasie disparaître par l’apparition d’une attaque dégoutté; y a-t-il là autre chose qu’une simple révulsion ?

11 faut avouer qu’il est impossible de prouver matériellement que le vice arthritique joue un rôle actif dans la production de ces phénomènes remarquables. Une irritation se manifeste sur un point, la nature abandonne le travail qu’elle opérait sur un autre, et semble concentrer ses forces sur le dernier point affecté ; rien ne démontre qu’il y ait là présence d’un principe particulier. Nous devons cependant dire qu’ayant eu à traiter des personnes goutteuses, chez lesquelles il s’est manifesté des phlegmasies viscérales accidentelles, ces phlegmasies, traitées énergiquement par tous les moyens convenables, offraient un caractère particulier d’opiniâtreté, de persévérance, et ce n'était

DES MALADIES DE i’aPPAREIL LOCOMOTEUR. 4<^9

que lorsque nous étions parvenu , par des révulsifs, à rappeler la fluxion arthritique vers son siège habituel que les accidents phlegmasiques disparaissaient. On tirera de ceci telle conclusion cj[ue Ton voudra ; toujours est-il qu’on doit en inférer que les seules indications ne sont pas de combattre la phlegmasie , mais qu’il faut porter son attention sur la disposition antécédente, d’où dé-r couleront les moyens de traitement les plus efficaces. C’est lorsqu’elles conduisent à des conséquences aussi utiles que les discussions sont permises et même nécessaires.

Lésions organiques. Toutes les parties constituantes des articulations sont altérées plus ou moins profondément. Yoici les lésions que j’ai rencontrées le plus fréquemment : La synovie était quelquefois très abondante et conservait tous ses caractères physiologiques. D’autres fois elle était trouble et contenait des flocons opaques, pour ainsi dire albumineux ; elle avait souvent l’apparence d’un pus de mauvaise nature; je l’ai vue rosée, sanguinolente, et même mêlée à des caillots de sang, conjointement avec mon collègue M. Ferrus. Dans cehains cas les surfaces articulaires sont sèches, il y a beaucoup moins de synovie que dans l’état naturel. Alors la membrane synoviale est rouge, injectée, elle a perdu son poli, sa transparence, et le cartilage lui-même participe à cette altération. Il est très commun de voir le cartilage

4lO DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL

détruit, comme ulcéré, rongé, c’est la lésion la plus fréquente; c’est même cette destruction du cartilage qui paraît changer la direction des phalanges, et qui, à la longue, détermine de véritables luxations* J’ai souvent trouvé les surfaces articulaires soudées les unes avec les autres. On rencontre aussi autour de l’articulation, sous les li* gaments, des concrétions irrégulières, gypseuses, crétacées ou dures ; ces concrétions sont plus rares que ne pourraient le faire croire les inégalités qu’on sent pendant la vie sur les parties malades, inégalités produites la plupart du temps par les angles saillants des extrémités articulaires altérées par la maladie. A mesure qu’on avance vers la circonférence les parties sont moins malades ; on voit peu de concrétions en dehors des tissus fibreux , qui sont eux-mêmes peu susceptibles de désorganisation. Les concrétions dont nous venons de parler sont en général formées d’acide urique, soit libre, soit uni à la chaux et à la potasse.

Les nodosités peuvent occuper les tendons et leurs parties environnantes, mais cette altération est assez rare* Les os voisins des lieux malades participent à la maladie; ils sont mous ou friables: enfin les muscles sont fréquemment dans un état de contracture et d’atrophie, etc.

Il est une maladie qui présente avec celle que nous venons de décrire des points de contact nombreux et qui rendent le diagnostic de l’une

DES îîAtADIES DE l'apPAREIE LOCOMOTEUR. 4^ ^

et de l’autre difficile ; nous exposerons notre opinion sur ces deux affections quand nous aurons tracé les caractères du rhumatisme.

Rhumatisnie.

L’histoire du rhumatisme est encore un point obscur dans la science malgré les recherches de quelques modernes. La nature de cette affection, son anatomie pathologique, sont encore couvertes d’un nuage épais, quoique M. Chomel, avec la supériorité de talent et de raison qu’on lui connaît , ait fait des efforts pour les éclairer. Le rhumatisme est-il une inflammation ? cette inflammation est-elle simple ? Y a-t-il un vice rhumatismal? Dans quels organes réside cette inflammation ? Laisse-t-elle après elle des traces sensibles ? quelles sont ces traces ? Nous n’ignorons pas que beaucoup de personnes sont disposées à répondre à toutes ces questions, et à les trancher selon leur habitude; mais ce ne sont pas des affirmations ou des dénégations que nous voulons, ce sont des faits. C’est la nature qu’il faut interroger.

Une douleur plus ou moins vive des muscles et peut-être des tendons , des aponévroses, etc., augmentant par la pression et surtout par les mouvements, se déplaçant avec la plus grande facilité, affectant des retours périodiques, a reçu le nom de rhumatisme.

Le rhumatisme est plus ou moins intense^ il

4i2 diagnostic 6PÉCIAI ET DIEEERENTIEE

est aigu ou chronique, et dans ces divers états présente des phénomènes différents ; il varie aussi , principalement pour les altérations fonctionnelles, suivant le siège qu’il occupe.

Phénomènes morbides locaux. Lorsque le rhumatisme est aigu et violent, il s’annonce en général par les prodromes des inflammations; d’autres fois il arrive tout- à-coup sans signes précurseurs, et atteint un haut degré d’intensité. Une douleur vive, poignante, déchirante, se déclare le plus ordinairement sur les muscles d’un ou de plusieurs membres. Cette douleur, qui présente un caractère variable, augmente par la pression, par l’impression du froid , mais principalement par les mouvements qui nécessitent l’action des muscles affectés ; elle est quelquefois portée à un si haut degré de violence que tout mouvement est impossible. Le membre malade se tuméfie, devient légèrement rouge, et chaud.

Les douleurs ont leur siège dans les muscles, dans le trajet des membres, et non dans les articulations; elle est fixe dans la variété que nous décrivons, elle est mobile lorsque le rhumatisme est léger et chronique.

Phénomènes morbides généraux ^ sympathiques, A ce degré, la face est rouge, colorée, les yeux brillants ; la peau est chaude, sèche ou moite ; le pouls fort, fréquent, développé; la soif vive, la langue blanche^ quelquefois rouge sur ses bords. Il existe

DES MALADIES DE I’aPPAEEIL LOCOMOTEUR. 4^^

rarement des nausées, des vomissements, etc., l’urine est rouge et peu abondante; enfin Ton observe tous les phénomènes de l’inflammation hypersthénique ; l’ensemble des phénomènes cérébraux peut même accompagner cette affection.

A un moindre degré, la douleur seule existe, et même à un degré médiocre et supportable. Il n’y a ni rougeur, ni gonflement des parties malades, et moins encore des phénomènes de réaction.

Le rhumatisme peut affecter la marche aiguë ou la marche chronique : dans le premier cas, s’il est violent, il peut durer jusqu’au trentième jour; s’il est léger^ le repos, la chaleur, un traitement convenable, le dissipent dès le premier septénaire. Cette affection a cela de remarquable, que, même à l’état chronique, elle peut être très violente ; ce sont alors les accidents que nous avons décrits qui se prolongent indéfiniment.

Les douleurs rhumatismales se reproduisent ordinairement après un laps de temps plus ou moins long, et plus ou moins fixe et déterminé.

Il est rare que cette maladie cause la mort : j’ai cependant vu mourir des individus affectés de rhumatisme chronique intense ; ils succombaient dans un véritable marasme, épuisés par les douleurs. Ses terminaisons ordinaires sont la résolution et la délitescence.

Phénomènes organiques. Cq qui jette le plus de doute sur la nature de la maladie qui nous occupe,

4l4 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFERENTIEL

c’est le résultat des ouvertures de corps. En effet ce précieux moyen d’instruction ne nous apprend rien à ce sujet, ou plutôt il ne nous fournit que des faits négatifs. On croit avoir trouvé du pus infiltré dans les fibres musculaires ; mais il n’est pas certain que ce pus ait été produit par l’inflammation de la fibre elle-même, mais bien par le tissu cellulaire qui l’enveloppe ; et il n’est pas certain non plus que ces individus aient été rhumatisants. On n’a jamais vu le rhumatisme se terminer par gangrène. Enfin on croit avoir rencontré de la rougeur vive, de l’injection dans les muscles, dans des cas où on ne pouvait soupçonner d’autre cause que l’inflammation, mais on n’a pas la certitude que ces individus aient été affectés de rhumatismes pendant leur vie. Dans les rhumatismes chroniques les muscles malades sont simplement plus bruns que dans l’état normal. D’après cela, il nous semble qu’il est prématuré de se prononeer sur la nature inflammatoire du rhumatismé. Nous devons dire cependant que nous penehons beaucoup à reconnaître cette nature inflammatoire du rhumatisme: r parceque l’inflammation des muscles est entièrement inconnue, et n’est décrite nulle part dans les anciens auteurs qui ont parlé du rhumatisme ; ce qui fait une lacune singulière, et doit porter à penser que cette inflammation n’est autre que le rhumatisme ; 2° que le tissu des muscles étant éminemment vasculaire et irritable, il ne

DES ÜALADIES DE L'APPAEEIL LOCOMOTEUR. 4*5

saurait être exempt d’inflammation ; 5® que la terminaison étant en général heureuse, ce qu’on doit attribuer à l’importance secondaire des organes afr fectés, il est rare d’avoir l’occasion d’explorer les traces que cette maladie laisse après elle, et ce qui explique l’ignorance où nous sommes encore aujourd’hui à ce sujet; enfin , que les phénomènes fonctionnels, quoique insuflisants pour établir la nature de la maladie, sont cependant bien ceux des phlegmasies, et doivent rendre probable la nature inflammatoire du rhumatisme.

Maintenant cette inflammation est-elle simple , ou bien est-elle produite par un vice particulier ? Nous ne voyons ici aucun phénomène spécifique qui nous porte à admettre un caractère particulier à cette phlegmasie des muscles ; nous croyons que sa nature est simple, et que son siège seul lui donne les caractères qu’elle présente.

Ceci nous conduit naturellement à comparer la goutte et le rhumatisme. Quoique ces deux affections puissent exister simultanément, nous ne croyons pas qu’elles soient identiques. Le rhumatisme qu’on a appelé articulaire , n’est autre chose que la goutte, et ne mérite pas d’en être distingué; il offre les mêmes signes fonctionnels, et les mêmes traces après la mort : les différences que quelques auteurs se sont efforcés d’y apporter sont de nulle valeur. Quant au rhumatisme musculaire , nous pensons qu’on ne saurait le confondre

4l6 DIAGNOSTIC SPÉClAt ET DIFFÉRENTIEL

avec la goutle; son siège dans le trajet des membres , l’absence de lésions organiques, enfin les caractères que nous venons de lui attribuer, le font essentiellement différer de l’arthritis spontanée.

Des maladies des nerfs.

La médecine organique ayant attiré les regards des jeunes médecins sur les altérations de tous les organes , d’où les avait momentanément détourné la médecine physiologique , chaque organe est devenu tour à tour l’objet d’une investigation spéciale. MM. Dugès et Martinet ont porté leur attention sur l’inflammation des nerfs ; le premier chez les femmes en couches , le second d’une manière générale. Mais ces médecins ne sont pas les premiers qui se soient occupés de l’inflammation des nerfs. Reil a parlé de cette maladie , qu’il a observée chez un individu affecté de typhus. Le docteur Gallereux a cité le fait d’un individu chez lequel le nerf optique a été trouvé en suppuration ; et les faits de ce genre ne sont pas rares chez les auteurs.

M. Descot a choisi pour matière de sa dissertation inaugurale les altérations locales des nerfs : aidé par les conseils et la coopération du professeur Béclard , il a traité son sujet aussi complètement que le permettait l’état de la science. Il a parlé avec détail de toutes les maladies des nerfs,

DES MUADIES DE NEBFS. 4^7

tant cliiriirgicales que médicales, et ces maladies sont en grand nombre. On trouve dans sa thèse la description des piqûres , des blessures , des divisions , des contusions, des compressions, des commotions des nerfs , des corps étrangers introduits dans leur tissu, de leur ligature, de leur cautérisation, de leur inflammation, de leurs tumeurs ou névrômes, la plus fréquente de leurs altérations, etc.

Nous ne devons nous occuper ici que de l’inflammatioii des nerfs et des névralgies.

De la névrite.

Une douleur violente, qui se manifeste sur le trajet d'un nerf, douleur qui augmente par le plus léger mouvement et par la pression , dont le caractère est déchirant, et d’ailleurs variable chezi les divers individus , mais toujours intolérable , accompagnée d’un sentiment d’ardeur, de chaleur brûlante dans le trajet du nerf malade; douleur produisant quelquefois de la chaleur dans le membre lui-même, qui se tuméfie légèrement, et rougit principalement sur le trajet du nerf affecté ; douleur continue, arrivant graduellement àsonplus haut degré de développement, précédée du prodrome ordinaire des phlegmasies, accompagnée des phénomènes généraux de réaction et sympathiques que l’on observe dans les inflammations, tels sont les signes fonctionnels qui caractérisent la névrite, n. 27

4l8 DIAGNOSTIC SPÉCIAL ET DIFFÉRENTIEL

La névrite peut se terminerpar résolution ; mais aussi lorsqu'elle est intense, les organes intérieurs s altèrent, leurs fonctions se dérangent , la nutrition cesse de s opérer; l’atrophie du membre malade se décdare; le marasme s’empare du malade , qui peut succomber au milieu d’affreuses douleurs. Lorsque cette maladie passe à l’état chronique, elle présente la plus grande ressemblance avec la névralgie, avec laquelle on a dû la confondre fréquemment.

Ces signes varient suivant le nerf malade. On conçoit que les phénomènes locaux ne doivent pas être exactement les mêmes , suivant que le nerf porte l’action et la vie dans tel organe ou dans tel autre; nous allons entrer dans quelques détails à cet égard en parlant des névralgies.

. À Itérations organiques^ Ce qu’il y a de plus remarquable dans la névrite , ce sont les lésions anatomiques que l’on rencontre dans les nerfs. On a trouvé, selon les époques de la maladie, une rougeur plus ou moins vive du tissu des nerfs , du névrilemme et du tissu cellulaire ambiant; un gonflement uniforme ou inégal et comme ganglionnaire des nerfs; des ecchymoses, des infiltrations sanglantes, séreuses, ou séreuses et sanguinolentes; du pus concret ou un liquide séroso-purulent entre les filets des nerfs; enfin on affirme les avoir trouvés gangrenés.

Dans l’observation citée par lleil , le tissu des

nerfs était rouge , le névrilemme ayant été détruit, la pulpe du nerf fut trouvée jaune, pénétrée de sang ; et à la suite d’une céphalalgie violente, qui durait depuis six mois , le malade ayant perdu l’usage d’un œil, M. le docteur Gallereux , après avoir incisé la gaine du nerf optique , trouva ce nerf réduit en suppuration dans la moitié de son étendue , et réduit à une matière liquide d’un blanc sale. Ce sont bien certainement là des exemples de névrites. Cette maladie est surtout fréquente dans les inflammations des organes que les nerfs parcourent ; il est rare qu’ils restent alors complètement étrangers au travail inflammatoire, d’autant plus que ce travail ne peut avoir lieu sans la coopération des nerfs eux-mêmes.

Névralgie.

Bien que les altérations organiques qui donnent naissance à la névralgie ne soient pas parfaitement connues , nous croyons cependant devoir en parler ici , d’abord parceque cette maladie a été confondue par quelques auteurs avec la névrite, par les anciens sans le savoir, et par quelques modernes avec connaissance de cause ; en second lieu parcequ’elle offre avec elle et avec le rhumatisme des points nombreux de ressemblance.

La névralgie est une véritable névropathie , une douleur nerveuse, et nous savons que ces maladies sont entrées, dans ces derniers temps, dans la cias-

sificatîon de la nouvelle doctrine. On y a reconnu que toutes les douleurs n’étaient pas inflammatoires ; eh bien, nous croyons que les névralgies sont de cette nature. Ce qui nous le fait penser, c’est que ces maladies ne présentent aucun des symptômes qui caractérisent l’inflammation, ainsi qu’on va le voir ; qu’elles arrivent , par exemple , tout“à“COup à leur plus haut degré d’intensité, sans signes précurseurs, qu’elles cessent souvent de la même manière, et qu’aux ouvertures de corps on ne rencontre aucune altération qui puisse constater l’existence d’une phlogose. Elles diffèrent sous tous ces rapports de la névrite, qui arrive graduellement, qui est annoncée par des signes précurseurs, accompagnée de phénomènes de réaction, et qui laisse après elle des traces manifestes d’un travail inflammatoire.

Les seules raisons probables que l’on peut alléguer en faveur de la nature phlegmasique des névralgies, c’est que depuis long-temps on a observé cette maladie, et que jusque dans ces derniers temps on n’avait nullement parlé de l’inflammation des nerfs. Ainsi que nous l’avons dit relativement au rhumatisme , ceci pourrait bien faire présumer que cette affection n’est autre chose que la névrite; car il n’est nullement vraisemblable que le tissu des nerfs ne soit pas susceptible de s’enflammer, comme on l’a avancé récemment dans un ouvrage polémique. On peut répondre

aussi que si la névralgie n’offre pas de signes inflammatoires, c’est que la névrite est alors chronique. Ces raisons, que par amour de la vérité nous exposons dans toute leur force, ne nous paraissent cependant pas suffisantes pour nous faire admettre que les névralgies sont des névrites chroniques. Ces probabilités sont trop légères. Certes les symptômes pourraient bien n’être pas exactement ceux d’une pblegmasie, mais au moins on trouverait, ainsi qu’il arrive pour les autres pblegmasies chroniques, des altérations organiques plus prononcées que dans la névrite aiguë; et c’est justement l’inverse qui a lieu, c’est-à-dire qu’on ne trouve* rien:

Que si la névrite offre pour ressemblance d’avoir le même siège que la névralgie, ce n’est pas une raison suffisante pour qu’elle soit la même chose que la névralgie, puisqu’il est nécessaire qu’elle occupe le même organe. Enfin, lorsque dans les névralgies on a trouvé des altérations organiques, ces névralgies étaient bien véritablement des névrites.

La douleur qui caractérise la névralgie offre la plus grande variabilité ^ c’est-à-dire qu’elle fait éprouver la sensation d’un froid glacial ou d’une chaleur vive, un tiraillement insupportable, un engourdissement pénible, une espèce de commotion électrique, qui se répand avec une étonnante rapidité, non seulement dans le nerf malade, mais même dans tout l’organisme ; des fourmillements

incommodes, des déchirements passagers maïs intolérables, des élancements rapides, et portés jusqu'au point d'arracher des cris. Cette douleur ou plutôt ces espèces de douleur se font sentir sur le trajet d’un nerf; elles se répandent dans toutes ses ramifications, ou sont bornées à quelques filets ; elles se propagent le plus ordinairement du tronc aux branches qui en partent, et quelquefois suivent une marche inverse. Ces douleurs ne sont pas toujours au même degré de violence; elles offrent des intervalles de rémission ; elles semlilent se calmer par la pression, tandis que l’opposé a lieu pour la névrite. Elles se déclarent subitement sans signes précurseurs, et atteignent tout-à-coup leur plus haut degré de développement. On remarque assez souvent de l’agitation , des spasmes, des mouvements involontaires, des contractions dans les muselés auxquels le nerf malade se distribue. On n’observe ni rougeur, ni tuméfaction, ni chaleur dans la partie du membre correspondante au nerf affecté. Cette maladie s’exaspère tantôt par la chaleur, et tantôt par le froid ; elle se reproduit par la moindre cause : une impression morale vive, un mouvement brusque, un excès dans les plaisirs de la table ou de Yénus, etc., sulfisent pour la renouveler. La névralgie attaque la plupart des nerfs du eorps, passe des uns aux autres avec la plus grande facilité. On a remarqué cju’elie se fixait presque constamment sur les nerfs superficiels.

A moins que la douleur ne soit extrême, cette maladie n’est point accompagnée de phénomènes généraux ; mais dans ce cas le cœur et l’estomac sont troublés dans leur exercice, ainsi que les autres fonctions de l’organisme. Si cette douleur se prolonge long-temps, le membre peut diminuer de volume, s’atrophier, rester engourdi, incapable de se mouvoir, contracté ou agité de mouvements involontaires, habituellement endolori, etc.; dans quelques cas plus graves, le malade peut succomber, épuisé par les douleurs et par le marasme.

Le savant Chaussier, à qui l’on doit le premier travail bien fait sur les affections dont nous parlons, a décrit toutes les névralgies connues; mais ces affections ont entre elles la plus grande analogie, et ne diffèrent que par des nuances données par le siège de l’affection. Ainsi il décrit la névralgie faciale^ sous-divisée en frontale , soûs~ orbitaire et maxillaire; Vilio-scrotale ^ la fémoro-poplitée ^ fémoro-prétibiale^ plantaire, cubiio-digitale , etc.; il admet aussi des névralgies anomales.

On a ajouté depuis un assez grand nombre de névralgies. Celle du nerf optique, de la portion dure de la septième paire, celle des nerfs intercostaux, celle des nerfs lombaires, des nerfs spermatiques, celle du nerf sus-scapulaire, celle du nerf musculo-cutané externe ; on sent bien qu’il nous est impossible de donner une description de toutes ces variétés : il suffit de connaître la direction des

424 DIAGNOSTIC SPÉCIAt ET DIFFÉRENTIEL

nerfs, leurs divisions, et les organes auxquels ils se distribuent, et de leur appliquer les symptômes que nous avons décrits d’une manière générale, en leur faisant subir les modifications nécessitées par le siège de la maladie, pour avoir une idée exacte de chacune de ces névralgies.

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