CHAPITRE PREiMIER
une personne. Quand Caligula élevait son cheval à la dignité de sénateur romain, il « feignait que ce cheval fût un homme. Dirat-on quhl n^y avait pas de fiction, parce que le cheval était un être réel avant que Caligula en eût fait un sénateur ?
Je conclus de là que la conception sociologique des groupements personnes naturelles est furidiquernent inexacte. Si cependant cette opinion a pu prendre quelque crédit, cela vient de ^exagération qu^ont commise les partisans du vieux système de la fiction légale quant à la manière d^ expliquer ce que cette fiction veut dire.
Explication de la personnalité morale par Tidée de fiction légale. — Le vieux système de la fiction, dans la forme dernière que lui a donnée Savigny “, ne diffère en somme du système de la personnalité des groupements qu’en ceci : il construit fictivement ce que le professeur Gierke admet comme existant naturellement, savoir des personnes morales distinctes des individus dont la collectivité les constitue. C’est ainsi que les extrêmes se touchent. Nous sommes dix associés : Gierke voit ici onze personnes naturelles : savoir, nous dix, pris séparément, et la collectivité formée par notre association ; et les partisans du vieux système de la fiction voient de même ici onze personnes ; seulement, il y a dix personnes naturelles et une personne fictive
Ce n’est pas ainsi que je comprends la fiction. Nous ne sommes que dix, et non pas cnze. Il n’y a pas une onzième personne de plus, soit naturelle, soit fictive. Seulement nous pouvons, à nous dix, être propriétaires individuellement ; nous pouvons aussi être propriétaires indivisément ; nous pouvons enfin être propriétaires collectivement . Or, si nous sommes propriétaires collectivement les choses se passeront, les règles de droit s’appliqueront comme si nous formions une seule personne, la personne morale. La fiction ainsi comprise n’apparaît plus que comme un procédé permettant d’expliquer plus simplement le fonctionnement des règles de droit dans cette situation particu-
1 assimilation de la volonté collective, de la conscience collective à une volonté et à une conscience d'homme me parait insuffisante pour répondre à cette objection. Cette assimilation est elle-même une fiction, — Un tas de cailloux est autre chose que les cailloux qui le composent. Les qualités propres des cailloux n'appartiennent pas nécessairement au tas,