‹ Traité élémentaire de géographie, contenant un abrégé méthodique de Précis de la géographie universelle en huit volumes ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'un aperçu de la géographie ancienne, sacrée et profane;Chapitre 20 sur 142 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De l'eau qui couv^rc la surface du globe,

L'ea^u, dans son état pur, e^t un fluide transparent, sans couleur, sans odeur, jouissant d'une grande mobilité; elle se présente sous trois formes d'agrégation : comme un solide, alors elle porte le nom de glace; comme un liquide, c'est Ye€ui, dans le sens vulgaire du mot; enfin comme une 'vapeur, un gaz almosphériçue.

On avait long-temps regardé feau comme un élément; mais la chimie moderne compte parmi ses triomphes la découverte des substances élémentaires dont l'eau est composée. L*on ne regarde plus ce fluide, dans son état de pureté, que comme un oxide d'hydrogène, c'est-à-dire de l'oxigène combiné avec de l'hydrogène. Ces deux substances sont unies dans la proportion de a volumes d'hydrogène et I volume d'oxigène, ou, à cause de la grande différence de leur pesanteur spécifique, dans le rapport de 1 1,1 d'hydrogène à 88,9 d'oxigène en poids. Mais l'eau ne se trouve presque jamais pure ; elle tient en dissolution des parties siliceuses, calcaires, métalliques, des acides, du soufre. L'air est dissous par l'eau , qu'il dissout à son tour et en plus grande proportion.

Les sources sont de petits réservoirs qui reçoivent les eaux des tenues voisines par de petits canaux latéraux , et qui répandent leur trop plein, soit par écoulement, soit d'une autre manière quelconque.

L'origine des sources ne saurait être attribuée exclusivement à une seule cause. La nature , simple dans ses lois générales, emploie une grande variété de moyens. Ainsi, la précipitation des vapeui*s atmosphériques, la fonte des glaces, l'infiltration des eaux marines, le^soulèvement des L i5

aati TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

vapeurs souterraines, concourent également à former les sources.

Les montagnes attirent vers elles les nuages et les brouillards ;c*est une observation qui s'offre d'elle-même à ceui qui ont vécu quelque temps dans des pays moDtagoeui. Comme le froid devient plus vif à mesure qu*on ^âèrt dans les aii^, il est aussi nécessaire qu'il tombe plus de neiges y et qu'il se forme plus de glaces dans les endroits élevés que dans les plaines. Ce sont les deux principale» causes visibles qui contribuent à imbiber les montagne de cette grande quantité d'eau qu'elles versent de touto parts.

Les neiges et les glaces donnent sans doute , dans certaines contrées, naissance à une plus grande quantité d'eao courante que les pluies, les rosées et les vapeurs aqueuses de l'atmosphère. Mais pour concevoir combien l'eflet leni et continuel de celles-ci contribue en général à la fimiiation des sources, on n'a qu'à considérer l'Apolie ci d'astres presqu'îles dépourvues d'eau courante^ parce que leurs montagnes n'offrent pas une masse asse^ large cl élevée pour attirer et retenir les vapeurs aqaeases de l'atmosplière. De même, puisque c'est de la mer qne Fatmosphère pompe de l'eau sous une forme gateose^ il esi aisé de voir pourquoi l'intérieur des grands continens, comme de l'Afrique et de l'Asie ^ contient tant de déserts arides. Si les deux Amériques sont plus abondamment arrosées, elles le doivent à la masse et à l'élévation de leurs montagnes, ainsi qu'à la continuité de leurs pentes.

L'eau qui circule à la superficie du globe n'a gâiéiralement d'autre principe de mouvement que son propre poids et la pente du terrain. Cest cette pente qui la porte de montagne en montagne , de vallée en vallée^ jusque dam le bassin de la mer.

Les sources jaillissantes^ qui forment quelquefois de» jets d'eau naturels, suivent les mêmes lois d'équilibre que les antres sources. Seulement les canaux qui lenr fournissent de l'eau doivent venir des lieux très->élevéi , et psi

6£ GÉOORAPHiB. 2^7

une pente rapide; les eaux portées de cette manière à un réservoir scolerrainy o& elles se trouvent k rétroity.s'é*lancenty par la pression, de la méiB« manière que les jets d'eau dont Fart embellit nos jardins.

Les jets d'eau bouUltmte, qui pareûsseot accompagner les volcans, suivent probablement les mêmes lois.

Les fontaines intermittentes^ surtout lorsque leui^ aliaîi» semens et leurs retours suivent des périodes rëgulièrai.^ excitent Fëtonnement du peuple, qui les décore du tUm lie fontaines miraculeuses^ La fontaine périodique de Corne, dans le Milanais, a été décrite par JPfiine; elle s'élève et s'abaisse d'heure en heure. La ville de Colmars, en Provence, en a une qui s'élève buit fois dans une heure. Il y en a une à Franzanches, dans le Languedoc, dopt le haussement périodique retarde tous les jours de 5o. minutes. L'Angleterre, l'Allemagne et autres contrées offrent beaucoup de fontaines de cette espèce. On en explique le jeu en supposant, dans les terrains où elles se montrent, des ï^servoirs et des tuyaux de conduite en forme de siphons recourbés.

La liaison qui existe entre l'état plus ou moins humide de l'atmosphère et les réservoirs des fontaines intermittentes, justiQe jusqu'à un certain point les conclusions que le peuple tire du mouvement de ces sources pour deviqer la constitution favorable ou désastreuse de l'année; «oonclusions qui fout donner à plusieurs d'entie elles le nom àe fontaines de disetie et d^abondanc^.

Il est naturel de croire que plusieui^ veines d'eau , ne trouvant pas d'autre écoulement convenable, se répandient dans des cavités souterraines, s'imbibent dans les ten-es, ou même se rendent sous terre jusque d^ns la mer. On pourrait ainsi expliquer l'origine des sources d'ea,u douce qu'on voit jaillir au milieu même des flots amei^ de l'Océan. Les eaux rejetées par les volcans, les subites et ter-' ribles inondations des mines, les rivières qui se perdent sans reparaître, les montagnes qui soudain s'engloutissent dans le sein des nouveaux lacs, tout cobcourt à prouver

228 TÂÀITÉ ÉLÉMENTAlftE

qu*il y a des cavités souterraines assez considérables, souvent remplies d'eau. Les nappes d'eau souterraines, dans le ci-devant Artois y citées par Deiamétherie , celles da ModenoiSy dont parle Ramazzini, et celles du Wad-Rea^, daBS le pays d* Alger, décrites par Shavr, ne laissent aucun doute sur Texistence de ce phénomène.

.Lés neiges, accumulées pendant des siècles, s'affaissent, se compriment et se consolident tant }*ar révaporaboD que. par Talternative des fontes et des regels. Ainsi se forment d*immenses calottes qui couvrent des montagnes entières, ou des champs de neige glacée qui s'étendent entre les sommets. C'est ce qu'on appelle glaciers. Leoi* grandeur diffère selon les lieux. Les Alpes et les Pyrénées en offrent d'immenses. M. de Humboldt n*a pas trouvé de vrais glaciers dans la partie des Cordillères qu'il a parcourue, malgré leur gi^nde élévation. Il en existe dans le Caucase in<iien.

Les glaciers semblent, en quelques endroits, s'accrottre pendant une longue suite d'années; ils ont même, eo Suisse, comblé des vallées entières, enseveli des viUagcfs et fermé une passe entre le Valais et le canton de Berne. Mais les diminutions compensent ordinairement d*on côte ce que Taccroissement fait gagner de l'autre : quelque^ années chaudes suffisent pour rétablir l'équilibre.

L'utilité constante des glaciers est de fournir aux continens, dans une progression lente et à peu pi*ès i^nlière, les eaux qui , sans cette congélation, se seraient précipitées impétueusement du haut des montagnes pour inondei et dévaster les campagnes qu'elles doivent fertiliser. Grâce au froid qui les convertit en neiges et en glaces, elle> restent suspendues sur les flancs des monts, et s'écouleot en abondance de dessous les pieds de ces masses énormes, ou du sein de leurs grottes cristallines.

Les épanchemens des sources et les écoulemens des gUciei'S en fonte forment de petits courans plus ou moins tranquilles; ce sont les ruisseaux. Les eaux des grandes pluies se précipitent avec plus de rapidité, et sillonnent

DE GÉOGRAPfilE. 22g

les flancs des montagnes par des torrens impétueux et va* gabonds. La rëunion de ces courans forme les rùfihres qui^ en suivant la pente du teirain, se réunissent le plus sou» vent dans un plus grand canal^ qui prend le nom à^fiouve^ et qui porte à l'Océan le tribut de la terre.

Uensemble des pentes^ d'où découlent les ruisseaux et rivières qui se jettent dans un certain fleuve, s'appelle le bassin de ce fleuve, ou sa région hydrographique. Les bassins des deux fleuves se touchent souvent de très-près. En Amérique y le Cassiquiari et diverses autres rivières réunissent même le bassin de FOrénoque à celui de TAmazone. En Ëurape, les sources de la Duna, du Niémen et du Borysthène^ se confondent presque dans une plaine marécageuse. La géologie s'est beaucoup occupée des bassins; ordinairement les couches minérales et les pétrifications d un même bassin offrent une certaine analogie. Mais, selon Desmarets et les savantes observations faites par M. Coquebert de Mombrety à Foccasion d'une question de géographie physique, il serait aussi essentiel de bien distinguer les massifs hydrographiques ou les groupes des montagnes qui fournissent des eaux à un certain nombre de rivières^ de quelque côté que coulent celles-ci , et qui ne reçoivent d'eau d'aucune autre part. La connaissance des massifs est nécessaire pour expliquer la nature des rivières. Les terrains calcaires fournissent des eaux d'une nature bien diOérente de celles qui descendent des glaciers à travers les sables on les argiles. L'élévation des sources détermine la quantité de la pente, et celle-ci influe sur la coui-se rapide ou tranquille, régulière ou vagabonde, des fleuves et des rivières.

Les fleuves, les rivières et les ruisseaux occupent toujours les parties les plus basses du terrain sur lequel ils coulent; c'est ce qu'on appelle leur lit.

Dans les commencemens, la pente du terrain peut seule déterminer les eaux à couler; mais lorsqu'une fois Timpulsion s'est communiquée à la masse, la pression seule de l'eau la fait couler, la pente f&t-elle môme nulle. Plusieurs grands fleuves coulent en effet avec une pente près*

ft3o TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

que insensible. L' Amazone n'a, sur aoo lieues marines, que lo pieds et demi de pente, ce qui fait -~- de poocf sur xooo pieds. La Loire, entre Briare et Orléans, na qa*un pied de pente sur a,a66 toises.

On peut dire qu en général , la vitesse d'un coarant est d*autant plus grande que la masse de Veau est plus considérable. Cest ce qui fait qu'un fleuve peut quelquefois ce recevoir un autre presque aussi grand que lui , sans élaitrîr considérablement son lit; l'augmentation de masse accroît seulement la rapidité de la course* Quelquefois, une nvière qui tombe dans une autre sous un angle très-aigu ti qui a beaucoup de rapidité, oUige la première k rebrousser chemin et retourner vers sa source pendant quelqoe instans. C'est ce qui est arrivé plus d'une fois au RbAne. près de Genève ; l'impétueuse Arve, qui descend des montagnes de la Savoie, gonflée au*delà de son ordinaire, a fait refluer dans le lac de Genève les eaux pins traoquilles du Rhône ; on tit les roues des moulins tourner a aixière.

Quelques fleuves n'ont point d'écoulement; les causes en sont aisées à découvrir. Le terrain ayant peu de pente, ne leur donne pas une assez grande force d'impnînon ; dt» sables leur opposent une lente et perfide résistance. Quelquefois ces eaux sont vaporisées par le soleil, comme cci le cas avec beaucoup de rivières d'Arabie et d*AfHqi}e. Plus souvent ces rivières s'écoulent dans des étangs, dan^ des marais ou dans des lacs salés.

Les eaux courantes s'élancent quelquefois des temin^ élevés sur des terrains plus bas. Si la chute ap|>artient ^< un torrent ou bien à un ruisseau , elle prend le nom d** cascade; c'est un saut ou une cataracte, si elle est format par un fleuve, une rivière ou même un lac. Le sautJf Niagara offre un magnifique et célèbre exemple des ca* cataractes formées par des lacs.

On a généralement exagéré la hauteur des cataracte» Celle de Teqnendama, formée pat^ le Rio^de-Bogota.ff^ Amérique Méridionale, évaluée par Bouguer k i^^'

DE GÉOGRAPHIE. a3l

pieds, n*eQ a pas 600, seloo M. die Humboldt; et une des plus hautes chutes connues » celle de Staubbach, au lieu de 1400, n*eo a que ^00» conforméoient à des mesures ti'igonométriques.

Lorsque le terrain oQre une pente foile.ment inclinée, au lieu d'une falaise coupée verticalement, le lit du fleuve ou de la rivière forme un rapide, c'est-à-dire un espace plus ou moins long oh Teau présente une si grande vi* tesse , qu'il est impossible aux bateaux de refouler le courant. Quelquefois on peut cependant les descendre.

Les crues périodique^ du Nil, regardées jadis comme un phénomène unique et comme un des plus grands mystèi^ de la nature, sont communes à tous les fleuves dont les sources et les bassins hydrographiques sont placés sous la zone torride ou dans son voisinage. Ces débiM-demens sont dus aux pluies régulières et abondantes qui tombent presque saus discontinuité dans les régions équatoréales, alternativement dans l'hémisphère boréal et dans Thémisphère austral.

Aucune rivière, hors de la zone torride, n'est sujette à des crues régulièrement périodiques; les débordemens qu'on éprouve dans les zones tempérées dépendent uniquement de la fonte des neiges dans le print,emps, et de la quantité des pluies tombées sur les montagnes.

Les fleuves qui se perdent sous terre ont excité la curiosité des anciens et des modernes. Les poètes ont célébré l'Âlphée, qui , selon eux , passe du Péloponèse en Sicile , sous la mer Ionienne, pour venir confondre ses flots amoureux avec ceux d'Aréthuse. Ce phénomène, qui tient, la plupart du temps, à celui des cavernes souterraines, n'a rien d'extraordinaire.

Vue rivière rencontre dans son cours un banc de roches solides qui barrent son lit; sous ces roches , s'étend une couche de substances plus molles; les eaux, en les rongeant, se fraient une route souterraine plus ou moins longue. Telles sont les causes qui ont formé 2a perte du Bhone, entre Seyssel et l'Ecluse; le poni de Véja, près

a 32 TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

de Vérone, dont Tare a plus de 1 14 pieds d'élévation , et surtout le magnifique Rockbridge en Virginie , voûte étonnante y qui réunit deux montagnes séparées par un ravin de 270 pieds de profondeur, dans lequel coule le 'Cedercreek.

On appelle embouchure d*un fleuve ou d'une rrçière le point où ces courans confondent leurs eaux avec celles d'un courant plus vaste, avec de grandes masses d'eau, ou bien avec celles de la mer. Des dépôts terreux mobiles ou immobiles de différentes hauteurs se forment peu à peu à l'embouchure d'un grand nombre de fleuves, et sont ce qu'on appelle barre de sable ^' comme le Séné* gai et le Nil. D'autres, comme le Danube, s'élancent avec une telle force dans la mer, que l'on peut, pendant un certain temps, distinguer les eaux fluviatiles de celles de la mer. Ce n'est guère qu'au moyen d'une embouchure trèsélargie, comme celles de la Loire, de l'Elbe ou de la Plala, qu'un fleuve peut se réunir tranquillement à la mei\ Cependant, les fleuves mêmes de cette nature éprouvent quelquefois l'influence supérieure de la mer, qui refoule leurs eaux dans leur lit. Ainsi, la Seine, la Charente, l'Orne, le Gange, etc., etc., forment à le;urs embouchures une barre d'eau; ainsi, la Garonne, ne pouvant verser assez rapidement les eaux qu'elle accumule dans l'espèce de golfe qu'elle forme entre Bordeaux et son embouchure, voit cette montagne aquatique, airétée par la marée montante, rouler en arrière, inonder les rivages et ballotter les navires; ce phénomène, nommé le mascaret^ n'est qu'une barre d'eau refoulée. La barï'e de l'Amazone, nommée Pororoea par les indigènes, offre le plus terrible comme le plus magnifique phénomène de ce genre.

On appelle lacs des amas d'eau entour(^s de tous côtés de terres, et n'ayant aucune communication immédiate avec l'Océan ou avec une autre mer. Lef lacs sont de quatre espèces distinctes. ' •

< La première classe comprend ceux qui n'ont point d*é- CQulement et qui ne reçoivent point d'eaux courantes. Ils

DE GÉOGHàPHIE. 333

sont ordinairement très-petits, et ne méritent géoéi'alement que pea d'attention. On peut nommer comme des exemples celni à!Arendt dans la ci-devant Vieille-Marche y et celui d'jilbanoy près de Rome.

La deuxième classe renferme les lacs qui ont un écoulement, mais qui ne reçoivent aucune eau courante. Un tel lac est formé par une source., ou plutôt par une multitude de sources, qui , placées à un niveau plus bas, dans une espèce d'entonnoir, sont obligées de remplir celui-ci avant de tronver un écoulement pour leurs eaux. Quelques grands fleuves ont de semblables lacs pour source. Ces lacs sont naturellement situa à de grandes élévations ; il y en a un sur le monte Rotondo en Corse, qui se trouve à 9,294 pieds au-dessus de la mer.

La troisième classe de lacs est très-nombreuse^ nous y plaçons ceux qui reçoivent et émettent des eaux courantes. Chaque lac peut être regardé comme un bassin qui reçoit les eaux voisines; il n*a ordinairement qu'un seul débouché, et celui-ci porte presque toujours le nom de la plus grande des rivières qui s'y sont jetées. Mais on ne saurait pas dire proprement que ces rivières traversent les lacs; leurs eaux se mêlent avec celles du bassin où elles se répandent. Ces lacs ont souvent des sources propres , soit près des bords, soit dans leur fond. Les gi*ands lacs du Canada sont les plus vastes de cette division , à laquelle appartiennent aussi ceux de Ladoga y d'Onega^ de Coiistance en Europe ; le Baïkal en Asie, etc.

La quatrième classe comprend les lacs qui reçoivent des rivières ji souvent même de grands fleuves, sans avoir aucun écoulement visible. Le plus célèbre et le plus grand parmi ces lacs est la mer Caspienne; FAsie en contient encore beaucoup d'autres. Le Tsady dans le Bornou^ visité dernièrement par MM. Clapperton et Denham, parait aussi devoir être rangé dans cette classe. L'Amérique Méridionale contient le lac Titicaca^ qui est sans écoulement , quoiqu'il en reçoive un autre assez considérable. En un mot, ces lacs semblent appartenir $1 l'intérieur des

2a4 TRAITE ÉXEIIEIITAIBE

grands continens; ils s'y trouvent placés sur deS plaines élevées, mais qui n'ont aucune pente sensible vers les mers; ce qui ne permet pas à ces amas d'eau de se firayer un chemin pour s'écouler. L'évaporation qui a conslam* ment lieu à leur surface paratt être suffisante poar les débarrasser de leur trop plein.

Le lecteur trouvera , d^ns le xxxv* livre du Précis , l'explication de quelques phénomènes pailicaliers offerts par quelques lacs, entre autres, les seiches du lac de Genève, les tles flottantfil^du lac de Gerdau en Prusse, du lac Kdk au pays d'Osna^ruck, des lagunes de Comaccbio dans le Ferrarais, etc.; la périodicité du lac de Cirknilx dans le royaume d'Illyrie; les mugissemens de l'étang de Beja dans l'Âlemtejo en Portugal ; l'agitation du lac Lomond en Ecosse , et du Wetter en Suède ; les vents impétueux du lac de Boleslavr en Bohême; et le double fond plus ou moins mobile que possèdent quelqoesmns de ces bassins.

Les eaux, considérées sous le rapport de leur nature, peuvent être partagées en deux classes : eaux ordinoirts ou douces^ et eaux minérales.

On range parmi les premières les eaux de marais, qui sont les plus malsaines de toutes celles comprises dans cette classe; les eaux des lacs; les eaux des fleures $ les eaux des puits; les eaux de neige et de glace qui , d'après l'opinion vulgaire, causent à ceux qui les boivent des goitres et d'autres tumeurs; les eaux de collme et de montagne j qui sont les plus saines de toutes, lorsqu'elles coulent sur des terrains argileux, et surtout lorsque le roolement et le frottement sur un lit pierreux leur fait épron* ver une espèce de fikration; enfin les eaux de mer^ qui sont pour nous un vomitif, et qu'on dit cependant former la boisson ordinaire des indigènes de l'Ue de Piques dans la Polynésie.

Plus une eau est mélangée, et plus elle est pesante. Voici , d'eprès Bergmann ,le8 rapports de quelques es{)èces d'eau ;

DE GÉOGRAPHIE. a35

l/eott distiUée pèse i,ooo

L'éMic <i!p source la plus pure 1,00 1 à i,oo5

\J eau de rivière 1,010

Ueaudemer, ^^^^

Ueau croupissante* i,loa

La seconde classe comprend les eaux minérales j^ c'est-* à*dire celles qui sont combinées avec quelques substances . du règne minéral en quantité assez considérable pour avoir une action marquée sur Téconomie animale, et pour leur donner le goût et la couleur dont l'absence est le caractère de l'eau douce* Ces substances étrangères Sy trouvent ou dans l'état d'une division mécanique très-subtile, ou dans celui d'une vraie dissolution chimique. Il est très-difficile d'en découvrir les proportions exactes, même en emplojant l'analyse la plus soignée. Aussi ne peut*-on les classar que d'une manière peu rigoureuse.

Panni les substances qui entrent dans la composition d'une eau minérale, il en est qui par leur abondance, ou plutôt par leur action énecgique sur l'économie animale, ont la plus grande influence sur les propriétés que cette eau possède. De là la division qu*on a faite des eaux mi« nérales proprement dites en quatre classes, savoir, oomjuc hépatiques ou sulphureuses; eaux acidulés oa gazeuses; eaux ferrugineuses^ et eaux salines. Nous dirons un mot de chacune de ces eaux, ainsi que de quelques autres qui appartiennent incontestablement à cette division.

Les acides se combinent facilement avec Teau , naais ils semparent aussi rapidement de quelque substance saline, terreuse ou métallique, de sorte que les eaux aoididées ou gazeuzes n'offrent presque jamais l'acide \ï]xe. L'acide carbonique se trouve presque libre dans la source dite le Sauerling, près de Carlsbad en Bohême. Les eaux de cette source contiennent une quantité d'acide égale à leur propre volume; celles de Selz n'en contiennent. communément que ^, celles de Pyrmont |, et celles de Spa ^.

Les e^nx ferrugineuses ou martiales sont les plus com-

mânes; nous pouriîons en compter quelques ceaUines en France et en Allemagne, en Portugal , en Italie et aoties contrées. L'acide y est combiné avec de Tocre ferragineusc; on y trouve de la magnésie, du sel de Glauber, de Talcali végétal, du muriate de soude et d^autres substances, de sorte qu'on peut facilement les imiter. Bergmano en fabriquait, il y a quarante ans, pour son propre usage et pour celui de ses amis. Les eaux martiales simples, commt* h Forges et à Aumale, sont encore plus communes. Celles de Passy contiennent du vitriol ou fer sulfuré, et deviennent noires avec des astringens végétaux.

Les eaux salines ont toutes un goût plus ou lùoins salé et désagréable, qui annonce la présence des substances salines et terreuses qu'elles tiennent en dissolution. Ces eaux sont très-communes, et le sulfate de magnée est le sel qui est dominant dans plusieurs, comme dans celles de Seidlitz et d'Epsora. Les steppes de la Sibérie, au nordest de la mer Caspienne, sont semées de lacs de cette nature; ils forment presque une chaîne depuis le Kuma et le Bas-Wolga , jusqu'au-delà du Jeniseï. A côté de ces étangs on en voit qui contiennent du natron ou de la soude carbonatée. La même abondance d'eaux amères se trouve dans tes plaines de Hongiîe.

Toutes les sources salées dont on tire le sel commun ne doivent pas être comprises dans cette classe, qui oe comprend que celles dont on se sert en médecine.

Les eaux sulfureuses y qu'on reconnaît à leur odeur d'œufs pourris et k leur goût désagréable, sont combinées au soufre qui s'y trouve à l'état de sulfite de soude, de sulfite calcaire ou de sulfite de fer. Elles s'appellent hépatûtées, lorsque le gaz hydrogène sulfuré y est en grande abondance. En général, ces eaux sont chaudes, quoique de différentes températuresi

Il s'en faut bien que toutes ces combinaisons soient bienfaisantes. Sans parler des vapeurs sulfureuses ou carbooi* ques qui sortent de plusieurs eaux, il parait très-certain qu il y a plusieurs sources qui tiennent en dissolution des

DE GÉOGRAPHIE. rti-J

vapeurs ou des sels arséoiatës et mercuriels. Mais, la plupart du temps, on a sagement enseveli sous des. amas de pierres ces affreux laboratoires , oîi la nature elle-même fait le rôle d'empoisonneuse.

Nous connaissons déjà les eaua: simplement métallifères^ ou qui roulent des molécules de métal, lesquelles n'étant pas combinées avec le fluide, $e déposent successivement. On appelle eaux métalliques^ celles qui contiennent des particules métalliques dans une dissolution complète. Telles sont les eaux cémeittaires ^ qui donnent du fer et du cuivre, et la plupart de celles des mines d'argent, d*or, de plomb, d'étaio, etc.

Les eaux salées, ou, pour parler avec les modernes, muriatées, sont peut-éti*e les plus communes de toutes;, mais elles existent rarement dans un état de puvelé parfaite. Elles abondent le long des monts Garpat^s, des monts Uraliens, et en général dans la zone comprise e^tre le 5oc et le 3o^ parallèles de latitude septentrionale^: plus au nord, elles manquent presque entièrement : plus au midi, le sel cristallisé abonde à la vérité en certainesf régions, comme dans le grand désert d'Afrique; mais nous n'y voyons que peu de sources salées. C'est également dans la zone tempérée du nord que fourmillent les lacs salés; l'Asie Centrale en est parsemée. Les physiciens n'ont pas encore donné une explication satisfaisante sur l'origine de ces eaux.

Il y a des eaux qui s'enflamment sans être chaudes. Tantôt elles contiennent des gaz inflammables dégagés des mines de fer, de zinc et d'étain, dissoutes par les acides sulfurique et muriatique-, telles sont les fontaines de Porretta-Nuova, de Barigazo et autres; tel est le ruisseau près de Bergerac, auquel on met le feu avec de la paille allumée. Tantôt ces eaux sont mélangées avec des bitumes, surtout du naphta et du pétrole, qui en général flottent à leur surface et brûlent in sein de Têau; c'est ce qu'on voit à Bakou et dans plusieurs endroits de la Perse. Le lac brûlant d'Islande parait tenir au premier genre, et il n'est

2fe3& TRAITÉ ÉLBMEKTAIRE

pas invraisemblable qu'il ait pu quelquefois s'enflammet de soi-même. Des personnes dignes de foi assareni avoir vu des feux follets voltiger à la surface du lac Weiter, en Suède.

Les eaux incrustantes doivent être soigneusement distinguées des eaux pétrifiâmes. Ces demièreSy chargées de parties siliceuses extrêmement déliées , pénètrent les poro des bois et autres substances , et substituent aux ëlémeos de ces corps d'autres élémens cristallins, arrangés et disposés de méme^ Cette vertu se montre plus forte qu*ailleni^ dans le lac dit Lougk Neagh en Irlande, et dam quelques soui'ces peu nombreuses; mais la plupart de eaux la possèdent jusqu à un certain degré : le Danube c( le Prégel pétrifient dans le cours de quelques sied es les pieux qu'on y enfonce.

Les eaux incrustantes agissent d'une manière plus ma* nifeste, en déposant comme une croûte les parties terreuses dont elles sont chargées. La source dé Guabcavelîca qui y en déposant des sédimens calcaires, fournit les moei» Ions dont léS villes voisines sont bâties; le bel albâtre que forment les bains de Saint-Philippe en Toscane, et une source chaude près de Tours; les dépôts connus sous le nom de dragées de Tivoli; le magnifique bassin que les sources de Carlsbad se sont construit elles-mêmes, et beaucoup d'autres exemples qu'on pourrait citer, seraient inutiles pour éclaircir un fait aussi simple. Observons plutôt que cette qualité d'inaiister, appartenant plus particu* lièrement aux sources chaudes, se trouve pourtant dau plusieurs eaux froides. Les dépôts ordinaires consistent en tuf calcaire ; le magnifique Gejser , en Idande , dépote un tuf siliceux.

La température des eaux minérales ou naturelles varie depuis celle de la glace fondante jusqu'à cdle de Teaa bouillante et même au-delà , comme la source de Krahland, en Mande, qui va jusqu'à ioi5 degrés du thermomètre centigrade de Celsius. Lorsque la chaleur constante des eaux est sensiblement phis élevée que celle de l'at*

DE GÉOGRAPHIE. 23g

niosphère, elles prennent Tépithète de chaudes ou thermoles ^ sans avoir égard à leur nature. Il y a des eaux chaudes de la plus grande pureté, dont la température moyenne dépasse 88 degrés de Téchelle centigrade.

On trouve dm eaux thermales dans un grand nombre de localités, dans les pays volcanisés, comme dans ceux qui n*ont jamais subi Taction des feux souterrains. Le petit royaume de Portugal, seul, en compte mo. On a attribué ce phénomène remarquable à l'action des volcans, à la décomposition des pyrites et d'autres minéraux. Les physiciens s'accordent maintenant à le i*egardei* comme un effist dû à la chaleur intérieure du globe , que les belles expériences de plusieurs savans, et surtout de MM. Trebra et Ârago, ne permettent plus de révoquer eri doute.

Les mers sont un des objets les plus importans de Ik géographie- physique* L'Océan, par ses exhalaisons cjui rafi-aicbissent et humectent l'air, entretient la vie végétale, et fournit des alimens nécessaires à ces admirables canaux d'eau courante qui, en coulant toujours, ne se vident jamais. Sans l'influence bienfaisante de ces vapeii» qui, à chaque instant , s'échappent de la surface des mers, toute la terre languirait déserte et inanimée', le dessèchement de l'Océan , lent ou subît, suffirait probablement pour plonger dans le néant toute la nature organisée. Ce vaste amas d'eau sert également à engkmtir et à déconipo^ ser beaucoup dj mauvais gas& et de diân'îs, tant du règne animal que du végétal. Enfin l'Océan^ en ouvrant un vaste champ au commerce, rend voiànes deà nations que tant d'immenses montagnes et tant de fleuves rapides semblaient pour toujours avoir séparées.

Nous avons parlé de l'aspect varié des côtes , qui sont les limites communes de la mer et de la teri'e. Quant au foràd du bassin de la mer, il semble avoir des inégalités semblables à celles qu'ofire Usurface des continens; mis à sec, il prâenterait des monUgaes> des vallées, des plaines*, il est d'ailleurs presque partout haliité par une immense

24o TRAITÉ BLÉMENTAIRE

quantité d'animaux te$tacés, ou couvert par des sables et des graviei;s.

Quelquefois le foad de la mer office un phénomène qui mente bieu d'attirer l'attention des physiciens et des naturalistes. Des sources d'eau douce très»pui» en jaiUiaseDi; d'autres fois ce sont des sources bitumineuses. Dans le golfe de la Spezia, on voit ub grand jet d'eau* douce s*é* lever comme une colline liquide. Des sources senablahles fournissaient aux babitans de la ville d'Aradus lear boisson ordinaire. A. la côte méridionale de Cuba, au sudouest du port de Batabano, à deux ou trois milles nautiques de terre y des sources d'eéu douce jaillissent avec tant de force du milieu de l'eau salée , que les petites barquo n'en approchent pas sans danger.

Il y a des endroits dans la mer oii l'on n'a pas trouvé de fond; mais il ne faut pas en conclure que la mer y soit réellement sans.fond; idée, sinon absurde, du moins pai conforme aux analogies de la physique. Les vallées des continens semblent répondre à ce qu'on appelle les aUtnes. de la mer ; et Laplace a démontré , par rinfloence que la lune et le soleil exercent sur notre planète, que la profondeur moyenne de la mer ne pouvait dépasser 8,000 mettes. Cest aussi à peu près la hauteur des plus hautes montagnes qu'où ait encore mesurées dans Fimmense chatne de l'Hymalaya, Mais on doit observer qu'il ne faut pas le tiers de cette profondeur pour qa*il soit impossible de trouver le fond avec nos petits instmmens. Le plus grand essai que l'on ait fait dans ce genre a eu lieu dans l^éan SeptentrionaL Lord Malgrave y laissa tomber une sonde tièa^pesante, et fila ds câble jusqu'à 780 toises, ou 4^680 pieds, sans troaver ie fond.

Le niveau des mers est, généralement pariant, le mtmt partout; cela provient de la pression égale en tons sens qu'exercent les molécules d'un fluide Tune sur Tantre. L'Océan, pris dans son ensemble, a donc une surface qihërique, ou plutôt sphéroïdique, qui peut être regardée

comme la vraie surface de notre planète. Les golfes et les méditerranées, qui n'ont que peu de communication avec rOcéan , peuvent seuls faire une exception à cette thèse : dans ces parties de la mer, Teau peut quelquefois être à un niveau un peu plus élevé que dans TOcéan. La mémo* rable expédition française en Egypte. a démontré de la manière la plus décisive que la mer Rouge est de 8 mètres 12 centimètres plus élevée que la Méditerranée , tandis que les importans travaux faits récemment en France, en Espagne et dans Tarchipel Britannique, pour la mesure du méridien , ont aussi prouvé que le niveau de la Méditer* ranée et celui defOcéan, dans des points si éloignés les uns des autres, ne présente aucune différence sensible. Des mesures barométriques, suivies depuis la source du Volga jusqu'à son embouchure, ont signalé aux géogra* phes le grand enfoncement du bassin de la mer Caspienne. Le niveau moyen de ses eaux est de 1 45 pieds pLvs bas que celui des eaux de la mer Baltique.

L'eau de mer contient, outre Feau pure, plusieurs substances étrangères, dans des proportions qui varient selon les endroits* L'acide muriatique ou marin , l'acide vitriolique ou sulfurique, l'alcali minéral fixe, la magnésie et la chaux sulfatée y entrent pour l'ordinaire. Par la cuisson ou Tévaporation, on en retire du sel commun (soude muriatée) qui est préféré, pour la salaison, au sel de sources. La salure et Famertume des eaux de mer les rendent dés^ agréables au goût et inutiles pour l'usage de l'homme.

Les physiciens s'accordent généraleinent à regarder la mer comme plus salée sous l'équateur que sous les parallèles moyens. Cependant M. de Humboldt, en examinant le résultat des expériences de Bladh, réduit par Kirwan à la température de i&>, a démontré que les proportions de sel existantes dans les eaux des quatre zones comprises entre o « et iJ^o deiatitnde, entre 1 5o et a5o, entre So» et 44^» et entre 5oo et 6oo, ne sont que o,o374 pour la première, o,o3g4 P^^^i^ Id seconde, o,o386 pour la troisième, et 0,0373' pour la dernière.

a^a TRAITÉ ÉtBlIBNTAlRE

En général , la salure de la mer diminue près de T bouchure des fleuves et des gUces polaires j elle est a moindre dans les mers fermées et qoi reçoivent beaucoup de fleuves, teUes que la mer Baltique et la mer Noire. EUe doitvariet aussi suivant les dimats, les saisons, la température, la direction des courans, le moment de la mante et les pluies. Généralement parlant, on peut dire que l«s eaux de la mer contiennent en poids depuis ub soixantième jusqu'à un septième de sels <UverS

Si l'on veut être de bonne foi, il faut avouer qve loa n'a encore que des hypothèses plus o« moins prainUa pour expliquer l'origine de la salure de la mer.

On a employé divers procédé» pour rendre l'eau de mer potable. liC seul qui réussit est la distillation j ma» U demande trop de soins et trop de chauffage pour pouvoir en employé en grand. La distiUâtion même n'eolcve paa touu l'amertume des eaux marines, lorsqu'elles contiennent da sel ammoniaque. Ainsi les marins, quoique nageant aa milieu de l'eau, se voient souvent exposés à moonr d< soif lorsque leur provision d'eau fraîdie est épuisée. Sib trouvent des glaces flxes ou flottantes, ils n'ont qu'à eo prendre des moit»aux, qui, en se fondant, donneat «se eau douce , quoique un peu fade.

La couleur de la mer varie en apparence beaneouf . cependant eUe est en général d'un bleu verdfitre foaoé. qiri vers les côtes, devient plus dair. fl partit que cdU OTuieur apparente de la mer ne provient que des iném« causes qui font paraître les montagw» bleues dans lâoinement , et qui donnent à l'atmosphère «a coulew aaniée Les rayon» de lumière biens, comme les plus réfraagh blés de tous , sont renvoyés en plus grande 5«»>*>(^ le fluide aquatique, qui leur feit tubir mte forte réfraction , en raison de sa densité et de sa profomleor.

Les autres nu^ce* dans k couleur des eaux manae dépendent des causes locales, et qwJquafe» dca OImioo^ On dit q«e »» ««• MAliterranée, dans sa partie sap«- «eure. prend une teinte quelquefiaû pourprée. Dans k

DE GÉOGRAPHIE. a^Z

golfe de Guinée la mer est blanche, et, aatour des iles Maldives y noire.

M. Ebreoberg a démontré, par des expériences faites pendant son mémorable voyage avec M. Hemprich, de 1820 à x8a5, que la couleur de la mer Rouge provient d'une espèce d'osciUatoria qui tient à la fois du règne ani^ mal et du règne végétal. Il se pourrait bien que la mer Vermeille dût à une semblable cause ce nom qu'elle reçut des Espagnols établis dans la Californie. On pourrait aussi attribuer à d'autres espèces doscillatoria^ ou bien à un mélange avec certaines substances terreuses ou minérales, la couleur rouge qui a été observée dans les eaux de la Plata» près de son embouchure, et en quelques autres lo* calités du globe. L'importante découverte de M. Ebrenberg vient d'être confirm^ée par M. de CandoUe; il a prouvé que la matière qui, au printemps de iBsS, avait rougi les eaux du lac de Morat au point de leur donner en certains endroits la couleur du sang, tient au dévelop* pement d'un animalcule décrit et figuré par ce savantbo* taniste sous le nom dioseillaloria rubescens,

La phosphorescence de la mer est un spectacle magni^fique et imposant. Quelquefois le vaisseau, en fendant les ondes, semble tracer un sillon de feu; chaque coup de rames fait jaillir des jetsxl'une lumière ici vive etscintil* lante, là tranquille, et pour ainsi dire perlée. D'autres fois, des milliers d'étoiles sembknt flotter et se jouer à la surface; ces points lumineux se multiplient, se réunissent, et bientôt ils ne forment qu'un vaste champ de lumière. En d'autres temps la scène devient plus tumultueuse; d^ vagues lumineuses s'élèvent, roulent et se brisent en écume briUaéte. On voit de gros corps étincelans, semblables, pour la forme, à des poissons, se poursuivre, se perdre, s'élancer de nouveau. Ces mobiles foyers de lumière se groupent de mîUe manières.

L'explication de ce phénomène a beaucoup occupé les naturalistes, qui ont proposé plusieurs hypothèses pour l'expliquer. Il paraît maintenant démontré que ce phéno-

a44 TRAITÉ ÉLÉMENTAIAS

mène, qui varie suivant Tëtat atmosphérique, la direction des coui^ans, celle des vents , la latitude et autres circonstances, est dû principalement k des animaux microscopiques plus nombreux dans les mers équatoriales cpie partout ailleurs y ainsi qu'au développement de Tëlectricitr des eaux marines, et à la décomposition des plantes, des poissons et des animaux invertébrés que Fimmense Océao et ses branches nourrissent en si grande quantité.

Les expériences faites à différentes latitudes pour codnaitre la température de la mer à de grandes profondeun sont en trop petit nombre et trop imparfaites pour qae Ton puisse la déterminer, même d'une manière approximative. On s'est trop empressé d'admettre comme démontre par Pérou le refroidissement progressif des eaux de la mer, selon qu'on s'enfonce dans ses abîmes. MM. de Humboldif Bory de Saint-Vincent et autres physiciens très^distingué ont déjà rqeté cette hypothèse. D's^lleurs , elle a conti« elle la chaleur intérieure de la terre, aujourd'hui généralement admise; la densité croissante de l'eau, la l^èreté spécifique delà glace et les mouvemens de l'Océan k tontes les profondeurs. Il faut cependant admettre, d*après les expériences dlrving, de Forster, de Homer, de LangsdorC de Pérou et autres observateurs, que la température delà mer baisse à mesure qu'on descend de la surface vers le fond, jusqu'à une profondeur qu'on ne saurait déterminer, et au-delà de laquelle l'effet de la chaleur propre de la tort se faisant sentir, doit la faire remonter progressivement Peut-être cette limite dans l'échelle des deux tempe^tores ascendantes en sens opposés ne sera-t*elle jamais abordable avec les faibles moyens dont nous pouvons disposeï

On connaît beaucoup mieux la température des cou* cbes supérieures de la mer. Un grand nombre d'expérien* ces faites à différentes latitudes par plusieurs phjracieos et par Pérou , ont permis à ce dernier d'en tirer les résaitats suivans. Ils sont aussi exacts qu'importans pour la ihéorie des climats physiques.

fo La température de TOcéan est généralement piu^

DE GÉOGRAPHIE. a45

froide à midi que celle de l'atmosphère observée à l'ombre.

ao Elle est constamment plus forte à minait.

3^ Le matin et le soir les deux températures sont ordinairement en équilibre.

4^ Le terme moyen d'un nombre donné d^observations comparatives entre la température de la surface des flots et celle de l'atmosphère, répétées quatre fois par jour, à six heures du matin, à midi , à six heures du soir, à minuit, et dans les mêmes parages, est constamment plus fort pour les eaux de la mer, par quelque latitude que les observations soient faites.

5^ Le terme moyen de la température des eaux de la mer , à leur surface et loin des continens , est donc plus fort que celui de l'atmosphère avec laquelle les eaux sont en contact.

II faut cependant observer , avec M. de Humboldt , que l'eau de la mer, sur un banc, est toujours plus froide qu'en pleine mer, et que la différence est d'autant plus grande que le banc est moins abaissé au-dessous de la surface liquide. M. H. Davy attribue ce phénomène au refroidissement que l'eau éprouve par le rayonnement et par l'évaporation. Cet abaissement extraordinaire, qui ne contredit nullement les principes posés par Péron, est très-utile aunavigateur : il peut lui révéler l'existence d'un danger encore invisible, et lui servir de sonde.

Les glaces marines semblent naître vers les pôles à mesure que la salure de la mer diminue, et que la température baisse. On voit déjà , vers le 4o^ degré de latitude, de gros morceaux de glace flotter sur la mer; ils ont été détachés de quelque endroit plus septentrional, et entraînés par les courans qui vont du pôle h Téquateur. A 5o degrés, il est déjà assez ordinaire de voir les rivières, les lacs, et même les bords de la mer se couvrir de glace. A 6o degrés de latitude boréale, les golfes, les mei*s intérieures se gèlent souvent sur toute leur surface. A 70 degrés, les glaçons flottans deviennent plus fré({uens, plus

a46 TRAITÉ ÉLÉBfENTAlRE

énormes; et vei'S le 80^ degré on trouve, le pliis sourcnt des glaces fixes ; non pas que la mer y soit gelée jttsqii*aii fond, mais parce que les glaces s'y sont accrochées et arrétées par leur accumulation.

Tous ces phénomènes se rencontrent dans l*hétnisphère austral , mais dans une progression plus rapide ; de sorte que les champs fermes de glaces se trouvent déjà à 70 degrés, et les grandes tles de glaces flottantes se montrent en foule , et quelquefois même se fixent en deçà de 60 degrés de latitude.

On nomme champ de glace une surface contraoe de glace, dont on ne peut apercevoir les limites da sommet d'un vaisseau. Il s'élève de 3 à 6 pieds au^essus de la surface de l'eau , et s'enfonce d'environ 22 pieds aa-dessous. Quelquefois il a 5o lieues de long sur 2 5 de large, et forme , en se brisant , ces bancs de glaces JlotUuiies entraînés parles courans dont nous venons de parler.

On donne le nom de montagnes de glace à d^ënormes masses d'eau gelée, qui s'élèvent considérablement aih dessus de la surface de la mer. Selon le savant capitaine Scoresby, qui a visité si souvent ces régions hyperlxh réenneSy ces montagnes flottantes ont de i5o à 180 pieds de hauteur dans les parages du Spitzherg; elles s*élèv«it jusqu'à près de 600 pieds dans la baie de Baffin.

Selon la nature des causes motrices, on peut distingnei trois genres de mouvemens dans la mer. Les marées soot des mouuemens sidériques, puisqu'elles dépendent de U puissance des astres. Les courans généraux, et la plupart des courans particuliers, ont leurs causes dans rélémeot même qui en est agité ; ce sont donc les mouuemens pnh près de la mer. La troisième espèce comprend les mouvemens atmosphériques produits par Faction des vents. Quant à ces oscillations violentes qui accompagnent les treoiblemens de terre , et rendent ainsi l'Océan complicf des volcans, on pourrait les ap{>eler tremblemens de mer: ils sortent de la série des monveikiens ordinaires.

Les mouvemens de l'air produisent à la superficie de

eaux des monveiDeos corre$pondaQ«^ Le képhir ride leur surface; un vent léger produit quelques ondulations , qui deviennent des ondes par un vent plus fort; elles se changent en vagues écumantes pendant une bourrasque, et forment des l^m^s larges et profondes lorsque ces vagues ne rencontrent aucun obstacle dans leur développement , et que les vents soufflent long-temps dans la même direction. JÛa hauteur des vagues et des lames , la manière dont elles fie déploient et dont elles se brisent, bur vitesse et leur étendue, dépendent de la profondeur de la mer, de la lar«geur du bassin , ainsi que de la force du veoL

Les marées sont des oscillations régulières et périodi* quee, que les m&% du globe terrestre subissent par Fattraction des autres corps célestai^ principalement par celle de la lune et du soleil.

Dans les parties de TOcéan sujettes aux marées, il offre chaque jour deux oscillations régulières plus ou moins fortes, et dune durée généralement inégale. Sur les côtes de France , la première de ces oscillations fait monter la aier pendant environ 6 heures. Parvenue à sa plus haute élévation, elle re^ Atationnaire à peu près un quart d'heure. C'est le moment de la hmite^mer ou de la pleine^ mer: on nomme^ux oujlot le mouvement qui Ta produite. Bientôt la mer commencé à baisser; elle met environ 6 heures pour se retirer, et demeure basse à peu près une demi-heure. Le courant produit par cet abaissement prend le nom de rejluxj de jusant ou d'è^e. Après quelques iostans de repos, la mer recommence à monter, et présente de nouveau les mêmes phénomènes : ainsi, dan& a4 heures 4S' 44' '' '» il y ^ deux marées.

Ce phénomène imposant est dû, comme nous l'avons dit ailleurs, à l'attraction, tantôt combinée , tantôt opposée, de la lune et du soleil sur les eaux qui couvrent la surface de la terre, mais dans des proportions très-inégales, à cause de la différence dans la distance à la terre de 'Ces deux astres. L'effet produit par l'action de la lune est, à parité de cii^constances, presque quatre fois plus giaad

a48 TRAITÉ ÉLÉMBIITAIRE |

que celui produit par le soleil. Les jivts grandes maréd ont lieu lo dans les syzygies ou au moment de la no» velle et de la pleine lune, lorsque le soleil et la lune agi» sent concurremment; ao lorsque la lune est à son périgée^ c'est-à»dire à sa plus petite distance de la terre ; 3» à ïé^ poque des équinoxes du printemps et de Tautomne.

Les grandes inégalités du fond de la mer; la position, des côtes; leur pente sous Teau, tantôt rapide » tantôt; douce; la différente largeur des canaux et des détroits; enfin les vents et les courans; toutes ces circonstances lo* cales, et quelquefois accidentelles , altèrent la marche des marées, la font dévier de cette régularité qu^eUe aurait dans une mer libre, augmentent l'intensité du flux sur la côtes des canaux resserrés, et, en faisant varier le dcgr^ des frottemens des eaux, raccourcissent ou prolongent la durée relative de la haute et basse mer. Ainsi , dans les Ues de la mer du Sud, on voit des marées régulières et peu considérables, d'un ou deux pieds d'élévation; tandis que sur les côtes occidentales de l'Europe et sur celles orientales de l'Amérique, les marées sont extrêmement fortes, et sujettes à beaucoup de variations.

A l'embouchure de l'Indus, la marée monte jusqu'à 3o pieds; à Saint -Malo, jusqu'à 5o; et à Ghepstow, petite ville du comté de Monmouth en Angleterre, jusqu'à 66. Selon Cbabert, au fond de la baie Française, dans TAmé- Inique anglaise du Nord, elle monte même qudquefois jusqu'à 70 pieds.

Bans la zone torride, les marées se propagent d'orient en occident avec le mouvement des astres; dans la xooe tempérée boréale, elles arrivent du sud ; et dans celle aos> traie, du nord, c'est-à-dire, dans l'une et l'autre, de la zone torride, qui est la partie du globe où la puissance des astres agit le plus directement sur les mers. 11 y a des exceptions purement locales. La zone glaciale du nord ne se ressent que fort peu des marées; son éloignement, les terres qui l'entourent, les glaces dont ces mers sont encombrées, tout concourt à détruire ici l'effet de Tattrac-

DE GéOGHAPSlE. ^49

ition sidérale. Nous ne savons rien de la zone glaciale du .sud.

i Dans les petites masses d'eau , la lune agit en même (temps sur toutes les parties; elle diminue la pesanteur de toute la masse. Aucune eau environnante ne pourrait venir s'accumuler avec la masse attirée en promontoire liquide; car cette intumescence doit moins sa naissance à ua mouvement vertical des eaux attirées , qu'à l'afiluence . Jatérale des eaux voisines, en vertu de la plus grande pe- < sauteur de cdles-ci. Voilà pourquoi la Méditerranée n'a , que de très-petites marées, qui se forment principalement dans le bassin étendu à l'est de l'tle de Malte, et qui se propagent au nord dans le golfe de Venise, ob elles montent même à 5 et 7 pieds dans les circonstances les plus favorablesii la production de ce phénomène.

L'Océan communique l'effet de ses marées aux golfes et aux méditerranées qui ont leurs canaux d'entrée tournés vers les points cardinaux d'où la marée arrive. La Baltique et la Méditerranée ne sont point dans ce cas. Les baies de Baffin et dlludson le sont; aussi la marée nonseulement y est-elle sensible, mais elle s'élève dans les parages de rUe Disco jusqu'à 18 pieds. Le golfe d'Arabie en est encore un exemple frappant*

Autant on peut rendre parfaitement raison des marées et de toutes leurs anomalies, autant il y a encore de va«> gue , de confusion et même de contradiction dans tout ce qui regarde les courans, soit généraux, soit particuliers. Ce phénomène, dont la grande importance pour la navigation a été signalée il y a quelques années par un savant navigateur, M. de Rossel, vient aussi d'être édairci en partie par une foule d'observations nouvelles ptdiliées par un autre marin versé dans toutes les branches des sciences exactes, M. le capitaine Sabine, dans la relation de l'important voyage qu'il a entrepris dans le but principal de déterminer la figure de la terre par l'observation de la longueur du pendule. Mais, malgré la grande masse de faits rassemblés jusqu'à présent, on est encore bien loin de

a5o TRA.1TÉ ÉLÉUEKTAIRE

pouvoir donner uoe ejcpKcation satisfaisante de ces mon* vemens propres de la mer : on n*y parviendra que lorsque Ton aura bien étudié, soit séparément, soit simiikanément, toutes les causes qui peuvent les faire oattre «t lei modifier, telles que Taction de la lune et du soleil , la ro* tation de la terre, la force centrifuge, Tévaporation, la différence de température , Faction des vents alises, ceUe des moussons et autres. En attendant, nous nmis bennerons à indiquer ceux des couraps généraux et particuliers qui mâîtent le plus Fattenlâon du géographe et du narigateur. Ce dernier ne se doute seulement pas de l'utilitié immense qu'il peut tirer de la connaissance exacte des courans, à Faction seule desquels M. le capitaine Sabine attribue 1600 milles géographiques snr les 9,000 qu'il t parcourus à bord du Phéasant, depuis Sierra^LiSone jo^ qu'à New* York.

On remarque, surtout entre les tropiques et juaqulà 3o degrés de latitude nord et sud , on mouvement cootinoel dans les eaux de f Océan , qui les porte d'orient en ooddent dans une direction semblable à celle des ^fenu aksêtj mais contraire à celle de la rotation du globe. Les navigateurs, pour aller d'Europe en ÂJnérique, sont obligés de descendre à la latitude des Gananes pour prendre le courant qui les porte avec rapidité à l'occident. Ils observent la même règle pour aller d'Amérique en Asie, par IXlcéas Pacifique* On pourrait croire qu'ils n'agissent ainsi qa a cause des vents alizés; mais ils assurent qu'on distingae très-bien l'action du courant atmosphérical, de celle du courant océanique. On la reconnaît, parce que le vainaan fait plus de chemin qu'il ne pourrait faire à l'aide dn vcat seul. Les corps flottans à la surface des eaux Tindiqueoi également. On en éprouve des dTets extrêmement violen» dans plusieurs détroits.

Un second mouvement porte les mers des pôles ▼ers IV quateur. Il a aussi son mouvement correspondant dai» l'atmosphère. La pi*euve la plus décrive de la réalité de ce mouvement, est celle qu'on tire de la direction des

DE GÉOGRAPHIE. ftSi

glaçons .flottans, qui se portent constamment des pôles vers Tëquateur.

Le plus remarquable de tous les courans connus est sans contredit le Gulf-Stream. Au < moyen de ce courant, que M. de Hamboldt compare à un immense fleuve, la navigation de rOcéan Atlantique, à partir des côtes d'Espagne aux Canaries, et de là aux côtes orientales de T Amérique, présente moins de dangers que la traversée des grands lacs de la Suisse, ou le voyage de Rouen au Havre, ou celui de Bordeaux à Tembouchure de la Gironde. Il parcourt en 35 mois un cercle irrégulier immense de 3,8oo lieues. i3 mois pour à aller des Canaries aux côtes de Caracas , lo pour faire le tour du golfe du Mexique, a pour par* venir au grand banc de Terre-Neuve, et lo à ii pour aller de ce banc à la côte d'Afrique, en passant près des Açores et se dirigeant vers le détroit de Gibraltar. M« de Humboldt observe que, lorsqu'un navire ae trouve vers le 33^ degré de latitude, il peut passer dans le même four du courant qui se dirige à Forient dans le grand courant équinoxial. Le GuIf-^Stream, resseiTé dans le canal de Bahama, y acquiert une vitesse de près de a mètres par seconde , malgré le vent du nord très* violent qui y rè* gne toujours. Sa température, sous les 4^^ et 4i^ parai* lèles, est encore de i8 degrés de Réaumur; tandis que celle des eaux de TOcéan , hors du courant , n*est que

de i4*

L'Océan Pacifique s'éloigne, par le mouvement général, des côtes de l'Amérique en se portant de l'est à l'ouest Ce mouvement est très<-fort dans la libre et vaste étendue de cette mer» Près le cap Corrientes, au Pérou, la mer paraît souvent fuir la terre par cette seule oause. Los vais*seanx sont portés avec rapidité dn port d'Acapulco au Mexique, aux tles Philippines. Pour en revenir, on est obligé d'aller au nord des tropiques chercher le courant polaire et les vents variables. lyun autre côté, le courant polaire du sud ne trouvant aucune terre qui l'arrête, entraine en toute liberté les glaces polaires jusqu'à des lati-

a5:i TRAITÉ ÉLÉHERTAIEE

tudes oh le mouvement du courant tropique se fait déjà un peu sentir. Voilà pourquoi , dans riiëmisphère austral, on rencontre des glaces flottantes à So, et même 4o degrës.

L*Océan Pacifique , dans son mouvement vers Touest, est arrête par un immense ardiipel de bas-fonds, d'tles , de montagnes sous^marines, et même de terres assez considérables qui modifient plus ou moins la direction du courant général. Il paraît que le Grand Océan a aussi soo Gulf-Stream»

Le courant principal , dirigé vers Fouest, agit encore avec force au nord, dans le détroit de Torres , qui sépare la Nouvelle^uinée de la Nouvelle-Hollande; et, an sud, dans le détroit de Bass, qui sépare celle-ci de la Terre de Diémen.

La mer des Indes nous offre ce fameux courant perpétuel f qui va le long de la Nouvelle-Hollande et de Itle de Sumatra, toujours au nord^ jusqu*au fond du golfe de Bengale.

Dans cette même mer, nous trouvons un autre courant de Test à Touest, qui , arrive dans les parages de Madagascar, se tourne vers le sud-ouest, et, en conservant cette direction , glisse le long de cette chaîne de montagnes, les unes sous-marines y les autres^à découvert. Ayant passé Madagascar, il se dirige vers F Afrique, vient se heurter contre ce continent, et rase , avec une grande violence, les côtes de la Terre Natal, pour aller ensuite se réunir au mouvement général de FOcéan Atlantique.

Un courant non moins remarquable traverse da nord au sud le canal de Mozambique, et se réunit , an bas do cap Corrientes, au courant précédent.

Le courant-nord qui règne le long de la Nonvelle-Hot lande et de Ftle de Sumatra pousse une branche à travers le détroit de la Sonde. Ce courant, selon quelques auteurs, serait le même qui domine dans les mers de Chine, et que La Pérouse a trouvé d'une si grande force dans la mer da Japon et dans la Manche de Tartarie.

DB GÉOGRAPHTE. a 53

On ressent, dans le détroit de Behring, le courant po^ laire qui amène les glaces des mers polaires aux environs de Kamtchatka.

Les courans polaires du nord offrent des effets ti'ès-remarquables : ce sont eux qui apportent sur les côtes de rislande une si énorme quantité de glace y que tous les golfes septentrionaux de ce pays s'en remplissent jusqu'au fond, quoiqu'ils aient souvent 5oo pieds de profondeur; la glace s'élève même sous la forme de montagnes. D'autres années, il n'arrive point de glaces , mais d'immenses amas de bois flottans, surtout des pins et des sapins. C'est dans l'enfoncement demi-circulaire de la côte septentrionale de l'Islande, que ces bois et ces glaces s'amoncellent. Il est évident que c'est une seule et même cause qui les y amène; et comme il ne peut guère y avoir, sous le pôle même, un pays qui prodiûse de grands arbres, il ne resté que la Sibérie ou l'Amérique Septentrionale, d'où ces bois pourraient venir.

Nous ne compterons point parmi les courans les prétendus doubles courans inférieurs et supérieurs, que, depuis ^ le célèbre Halley, plusieurs naturalistes admettent dans certains détroits, entre autres, dans ceux de Gibraltar et de Constantinople. Leur existence n'est rien moins que prouvée; et le savant M. Hoff vient de démontrer de la manière la plus satisfaisante comment on pourrait expliquer, par des différences dans le niveau du fond de la mer dans ces détroits, les faits partiels qui ont déterminé à admettre trop facilement l'existence de ces courans imaginaires (i). Il y en a bien d'auti*es, que des observations multipliées et plus exactes relégueront parmi les fables. Dans un savant ouvrage , publié à Édimburgh en 1817 par M. Bain, on a signalé une foule de circonstances qui peuvent avoir induit en erreur les marins, en leur faisant attribuer à l'action des courans la différence observée

( I ) Geschichu der dureh UEberlieferung naehgewiesenen naturliohen Feraenderungen der Erdoher JUieche.

a54 TRAITÉ BLBMfiMTAJEE

entre le chemin réel parcouru par le vaisseau et démontré par l'observation y et le cheoûn apparent indiqué par la boussole.

Il est plus aisé de prouver et d'expliquer Texistence des courant opposés, l'un à côté de l'autre. Dans le Katiegat, un courant nord sort de la Baltique le long de» côtes de la Suède, un autre courant sud y entre le long des côtes da Jutland. Dans la mer du Nord, il y a un courant nord qui vient du Pas-de-Calais, et un courant sud qui va depuis les îles Orcades le long des côtes britanniques. Les grands fleuves, en se déchargeant, occasionent à leur eoaboachure des courans souvent contraires à ceux de la mer : il ^rait superflu d'en citer des exemples.

Lorsque deux courant .d*une direction plus ou moins contraire et d'une force égale se rencontrent dans un passage étroit , ils tournent tous les deux sur une courbe, qui quelquefois est une spirale , jusqu'à ce qu'ils se réunissent, ou qu'un des deux s'échappe. C'est ce qu'on ap> pelle un tournant. Les plus célèbres sont: ÏEuripe, près de l'tle d'Eubée^ le Charybde, dans le détroit de Sicile; et le Malstrœm^ eu Norwége septentrionale. Ces tournans augmentent quelquefois de force par le concours de deux hautes marées contraires, ou par l'action des vents. Us entraînent les vaisseaux, les brisent contre des rochers^ oa les submergent , et en laissent reparattre les débris qudque temps après. On a brodé, sur ce fond assez simple, des fables merveilleuses ; on a parlé de gouffres au fond de la mer, de fleuves souterrains, et d'autres choses semblables, dont l'existence n'est rien moins que prouvée.

La profondeur des courons est un problème de physique assez difficile à résoudre. Cependant les courans perpétuels, par leur régularité, et par leur action extrêmement forte , même dans le plus grand calme, indiquent asset qu'ils ont une profondeur conndérable. Leur vitesse n*eit pas généralement connue ; elle est indépendante de celle des vents et des ondulations , et très-difficile à déterminer exactement. Nous avons vu la grande vitesse du G^if-

DK QÉOGRAPBI&. a 55

Stream dans le détroit de Babama. Ce courant remarquable^ selon le capitaine Sabine, ne parcourt pas moins de 99 milles géographiques dans ^4 heures , au-delà de Maranham.

a56 TRiUTE ÉLÉBfElITAIRE

Page 1