‹ Traité élémentaire de géographie, contenant un abrégé méthodique de Précis de la géographie universelle en huit volumes ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'un aperçu de la géographie ancienne, sacrée et profane;Chapitre 30 sur 142 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des révolutions arrwées à la surface au ghhe, et des causes actuelles fjui la modifient.

Nous avons décrit l'état physique actuel du globe terrestre ; à chaque pas que nous avons fait dans cette carrière, nous avons pu nous convaincre que Tordre de choses qui subsiste aujourd'hui a été précédé par une série de modifications graduées , qui ont successivement amené la surface de la terre à l'état où nous la voyons actuellement. L'histoire de ces changemens forme le domaine de la géo* logie, qui marche à grands pas vers une théorie rationnelle propre à satisfaire la raison et à expliquer tous les phénomènes.

Les travaux des Deluc, des Saussure, des Werner, des Pallas, des Dolomieu, ont imprimé à la géologie une direction nouvelle. L'observation des faits est venue dès lors remplacer l'esprit de système. Cette route plus sûre a été parcourue de nos jours avec éclat par MM. de Humboldt^ de Buch^ Leonhard^, Cuvier, Brochand^ Brongniart^ Cordier, Beudant, Breislak, Bucklahd, Conybeare, Webester, Macculok^ etc.; ils ont, ainsi que leurs disciples, aujourd'hui si nombreux, réuni une prodigieuse quantité de faits, de détails; et c'est à les comparer, en les rapprochant, à tir«r les conséquences générales que cette comparaison peut produire, que l'on doit désormais s'attacher, afin de rassembler un corps de doctrine qui puisse servir de guide aux géologues qui eux-mêmes ne pourraient plus reconnaître la marche de la science au milieu de cette immense réunion de matériaux qui finirait par accabler leur esprit.

Cest ce ti^avaîl que paraît avoir entrepris M. de Férussac ; malheureusement ce savant n'en a publié que des ré-

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sultats très-gënéraux ; mais comme ces résultats méritent de fixer l'attention et semblent devoir réanir tous les esprits sages, nous les ferons sommairement connaître. Ils ont d'ailleurs l'avantage d'offrir les bases de la science et de donner la clef de tous les phénomènes géologiques. La tliéorie de M. de Férussac tend à faire abandonner entiè* rement ces systèmes oh les perturbations dans Tordre de la nature étaient évoquées pour rendre raison des laits ^ souvent mal observés, qu'il s'agissait d'expliquer. C'est i lui que l'on doit particulièrement cette nouvdle direction donnée aux esprits. Il a eu surtout en vue, dans ses écrits, de placer la géologie sous l'empire des lois naturelles qui règlent l'ordre général et permanent de l'univers. Il s'est attaché à combattre la théorie des cataclysmes ou bouleversemens généraux , et il considère tous les phénomènes géologiques comme étant la suite et les conséquences successives d'un état différent de l'état actuel, mais qui tendait sans cesse à s'en rapprocher; en un mot, comme étant les résultats des mêmes causes aujourd'hui existantes, mais alors bien plus puissantes ; résultats qui ont toujours été en diminuant d'importance avec l'énergie de ces causes.

Le vulcanisme primitif et ses suites, la formation des eaux par la condensation des gas, l'abaissement de leor niveau par suite de l'infiltration qui s'est opérée propoi^ tionnellement an refroidissement et à l'épaississement de la croûte terrestre et la diminution de la température à U surface du globe, par suite de ce même refroidisBemeot; voilà les causes primordiales d'où découlent, par enchaînement de conséquences et sans efforts, rex{Àication de tous les faits géologiques de M. de Férussac; et cette nouvelle théorie satisfait l'esprit, autant par sa simplidlé que par l'accord qu'elle présente avec les lois mathémati* ques et physiques qui règlent la marche générale des choses ici-bas.

Sans entrer dans aucun détail géologique, qui nous ferait sortir du cadre que nous nous sommes tracé, nous allons donnar ici une application de la théorie de M. de

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FéruBsac ^ en ce qui toudie les changemens que la vie a éprouvés à la sur£aice du globe. Ce morceau offre un ré* sumé d'uu grand intérêt , et mérite de fixer Tattention de tous les hommes éclairés.

Chaque jour, dans les deux mondes^ on découvre de nouveaux débris de l'antique et primitive animalisation qui précéda Thomme sur la terre; chaque jour de nouveaux faits augmentent les documens qu'on a pu recueil* lir sur Thistoire et les diangemens successifs des diverses races qui devancèrent les races actuelles. Il en est de même à Végard de la végétation qui embellissait la terre à cette époque recqlée, et avec laqudle ces animaux se trouvaient dans un rapport nécessaire. Elle a éprouvé les mêmes vicissitudes; des végétaux, des animaux nouveaux ont pris la place de ceux qui ont été anéantis, et dont Tantique existence ne nous est révélée que par leurs débris. Ainsi, dans le cours des siècles qui ont précédé Tapparition de rhomme sur la terre , sa surface a successivement changé d'aspect, de verdure et d'habitans; les mers ont nourri d'autres êtres ; les airs ont été peuplés d'oiseaux différens.

Les débris de cette animalisation , de petfce végétation successivement différentes, attestent qu'elles furent dans l'origine beaucoup plus uniformes; les végétaux des houillères, par exemple, n'ofirent entre eux presque aucune différence, quelles que soient la latitude, la longitude, ou l'élévation où on les rencontre; l'Europe, l'Asie et TAmé* rique, du nord au midi, nourrissaient des éléphans, des rhinocéros, des mastodontes,. etc.; les différences que pré* sentent aujourd'hui les végétaux et les animaux, suivant les climats et les lieux , se sont établies par degrés sous l'empire d'un petit nombre de causes naturelles, successivement modifiées, pour constituer enfin l'ordre de distribution que la vie présente à la surface actuelle de la terre.

D'abord étendue d'un pôle à l'autre, la vie animait toute cette sm*face. Les t^res glacées du nord, les cimes des Alpes étaient couvertes de la même verdure; et les formes

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de ranimalisation et de la végétation primitives présentaient^ ou des types extraordinaires dont nous n'avons plus aucun exemple, ou des espèces qui appartiennent h des familles, à des genres encore existans aujourd'har, mab seulement entre les tropiques, dans la plupart des cas« En se rapprochant des temps actuels, on trouve pour chaque lieu des débris de plus en plus semblables à ceux des plantes et des animaux qui vivent aujourd'hui sur les mêmes points. Plus tard cette végétation et cette animalisatioD primitives furent refoulées par degré du nord vers le midi, des sommités vers les plaines, à mesure que la température moyenne uniforme de la surface du globe cédait aux causes successivement plus puissantes, qui sollicitaient l'établissement des climatures terrestres. Ces variations graduées dans la température, rabaissement do niveau général des mers, la diminution également successive et graduée, dans Ténergie des phénomènes volcaniques, suites du vulcanisme primitif^ dans la force, la puissance des phénomènes atmosphériques et des marées; telles furent les causes naturelles, régulières, générales et continues des modifications que la vie a éprouvées et de presque tous les changemens qu'a subis la surface du globe. Les résultats de ces causes premières, tels que rétablissement des influences locales sur la température d'un même climat, la formation d'une foule de bassins particoliers les uns contenant des eaux salées , les autres des eaux douces ; le déversement de ces lacs les uns dans les autres et dans les grands bassins des mers ; les débâcles partidla qui en furent la suite; les ravages des eaux marines sur les parties basses des continens, d'abord, puis la formation de vastes lagunes sur ces mêmes parties; enfin rétablissement du système général d'écoulement et d'arrosement , ou da réseau hydrographique qui couvre le globe , telles furent les causes secondaires, irrégulières et plus ou moins violentes et perturbatrices des vicissitudes partielles quVprouvèrent l'animalisation et la v^étation. Les êtres qui ne purent râister h l'influence de ces causes diverses furent

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anéantis et disparurent de la terre avec les circonstances pour lesquelles ik avaient été créés; de nouvelles espèces apparurent y avec des conditions d'existence nouvelles. Mais y en parcourant la série des débris fossiles enfouis dans les couches du globe, on n aperçoit nulle part une ligne tranchée de démarcation entre les différens termes de cette série, de manière à prouver que la vie a été, une ou plusieurs fois, renouvelée en totalité sur la terre. Au contraire, on y reconnaît la preuve du changement successif et gradué ^que nous avons signalé ; certains types primitif ont à la vérité disparu complètement, mais on les retrouve esistans à diverses époques, et leurs débris sont confondus avec ceux des types plus modernes; avec de nouvelles espèces des types qui se sont conservés, nous en trouvons quelques-unes des époques antérieures; certains genres encore vivans sont communs à tous les termes de la série ; comme aussi vers la fin de cette série, avec des types anciens, avec des espèces éteintes, nous trouvons les débris de quelques-unes de nos espèces actuelles. Par suite de rétablissement des climats terrestres, la vie a presque abandonné les contrées polaires , et les glaciei^ ont remplacé, sur les hautes sommités, la verdure des temps primitif. Les palmiers, les dattiers, les cocotiers, les dracœna, lespandanus, les areca, les grands roseaux, les fougères arborescentes, ont abandonné nos climats, de même que les éléphans, les tigres, les panthères, les hippopotames, les tapirs gigantesques, les rhinocéros, les palaeotherium, les anoplotherium , les mastodontes et autres animaux perdus; de même encore que ces énormes reptiles, dont les formes étaient si extraordinaires : seuls maîtres alors des pays aujourd'hui soumis à la domination de rhomme, ces animaux, ou sont anéantis, ou ne vivent plus qu'entre les tropiques.

L'hosmie parait n'être arrivé sur la terre qu'après que sa surface eut été disposée à le recevoir, qu'après l'établissement des climats terrestres, et lorsqu'un heureux équilibre entre les élémcns eut déterminé la permanence I. 20

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de l'état de choses actuel, ou du moins en eut rendu 1 variations presque insensibles.

Laissant actuellement de côté cet ordre de choses aiii rieur à la création de Thomme et à Tordre actuel ncj allons maintenant exposer les causes différentes que la ei\ logie et la physique nous montrent comme agissant ^ cesse pour changer la surface du globe , quoique avec tA énergie incomparablement moindre à celle que ces mêsj causes avaient autrefois.

De toutes les forces connues, il n*y ea a aucune qd n*àit contribué, pour si peu que ce soit , à changer la ^ face du globe ; le feu joue le rôle le plus bruyant ; mJ\ Feau semble avoir eu une sphère d'activité encore rlJl grande. L*air cache derrière son apparence de feihlesc une très-grande force destructive et recomposante. l\ terre elle-même , en obéissant aux lois de Féquilibre, : concouru à modeler sa surface. Enfin, les travaux d lliomme, quoique en dernier rang, figurent dans qudques coins de ce vaste tableau.

Nous allons parcourir rapidement les fastes du gl6bt. L'atmosphère produit des météores dont les effets, leod. mais continuels, doivent, en s'accumulant de sîèdeer siècle, former une somme immense. Les vents, qui déncinent des forêts entières, ont posé de loin les fondemec: des houillères. Les pluies, en ruisselant des flancs deb montagne , en dégarnissent et en hérissent une partie, laay dis qu elles en arrondissent et en élèvent d'auti*es. La grâe, la neige, se rassemblent en vastes glaciers, d*où sortent les fleuves impétueux qui excavent la vallée. Ramond i vu que les sommets des Pyrénées étaient partout siOonrà par la foudre.

Mais Tair, à lui seul, a une force dissolvante très-coih sidérable. Il décompose à la longue toutes les substances connues. La roche la plus solide se fend et se divise et pierres; les pierres se brisent, se délaient, et forment do gravier, du sable, que les vents et les eaux courantes en* traînent loin du sgl qui les vit naître. La chaleur et rbii*

DE GÉOGRAPHIE. 3on

ûdité, en se succédant , accélèrent celte dégradation lente . ui se continue sous nos yeux.

L'air dissémine la poussière fructifiante des plantes,

^ansporte des nuages entiers de sable et de cendre volca*

ique, tient en. dissolution beaucoup de parties aquati- Z" ues, salines et terreuses. Il contribue donc incontestable» i' lent à changer la surface de la terre. ^' Les fleuves contribuent puissamment à changer la sur-

ice de la terre par leurs aUu\^ions. Nous empruntons à ^^n savant célèbre Texplication de cet important phéno- '^lène. Les eaux qui tombent sur les crêtes et les sommets ^les montagnes y dit M* Guvier, ou les vapeurs qui s'jr con* ^ensenty ou les neiges qui s'y liquéfient, descendent, par me infinité de filets, le long de leurs pentes; elles en en* : èvent quelques parcelles , et y tracent par leur passage les sillons légers. Bientôt ces filets se réunissent dans les oreux plus marqua dont la surface des montagnes est la ^ oourée; ils s'écoulent par les vallées profondes qui en entament le pied , et vont former ainsi les rivières et les leuves, qui reportent à la mer les eaux que la mer avait données à l'atmosphère. Â la fonte des neiges, ou lorsqu'il mrvient un orage, le volume de ces eaux des montagnes, mbitement augmenté, se précipite avec une vitesse proportionnée aux pentes; elles vont heurter avec violence 4e pied de ces croupes de débris qui couvrent les flancs ^de tontes les hautes vallées; elles entraînent avec elles les fragmens déjà arrondis qui les composent ; elles les émoussent, les polissent encore par le frottement; mais à mesure qu'elles arrivent à des vallées plus unies oii leur diute diminue, ou dans des bassins plus larges, où il leur est permis de s'épandre, elles jettent sur la plage les plus grosses de ces pietrres qu^elles roulaient; les débris plus petits sont déposés plus bas , et il n'arrive guère au grand canal de la rivière que les parcelles les plus menues ou le limon le plus imperceptible. Souvent même le cours de ces eaux, avant de former le grand fleuve inférieur, est obligé de traverser un lac vaste et profond oà leur limon se dé-

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po&e^ et d*o& elles ressortent limpides. Mais les flenves inféiieurSy et tous les ruisseaux qui naissent des montagnes plus basses, ou des collines, produisent aussi , dans les terrains qu'ils parcourent, des. effets plus ou mcnns analo* gués à ceux des torrens des hautes montagnes. Lorsqu ils sont gonfles par de grandes pluies, ils attaquent le pied des collines terreuses ou sableuses qu'ils rencontrent dam leur cours, et en portent les débris sur les terrains 1*25 quils inondent, et que chaque inondation élève d*ace quantité quelconque : enfin , lorsque les fleuves arrivent aux grands lacs ou à la mer, et que cette rapidité qui eotraînait les parcelles de limon vient à cesser tout-à-fait* ces parcelles se déposent aux côtés de Tembouchure^ ell» finissent par y former des terrains qui prolongent la cote; et, si cette côte est telle que la mer y jette de son côté du sable, et contribue à cet accroissement, il se crée aiosi des provinces, des royaumes entiers, ordinairement les plus fertiles, et bientôt les plus riches du monde si les gouvememens laissent Tindustrie s'y exercer en paix.

C'est ainsi que se sont formés les deltas du NU, du Gange, de l'Indus et autres grands fleuves. L'histoire nous offre même le moyen de déterminer approximativement l'augmentation progressive de ces nouveaux terrains dam quelques contrées les plus anciennement connues da globe. Les bouches canopique et pélusiaque étaient autrefois lo branches principales du Nil, et la côte de l'Egypte s*âecdait en ligne droite de Tune h l'autre; elle parait eocorc ainsi dans les cartes de Ptolomée ; depuis lors , Feau s^ jetée dans les bouches bolbitique et phatnitique ; c'est à leurs issues que se sont forma les plus grands atlériisemens qui ont donné à la côte un contour semi-circolaire. Les villes de Rosette et de Damiette , bâties au bord de h mer sur ces bouches, il y a moins de mille ans, en sooi aujourd'hui à a lieues. L'élévation du sol de l'Egypte s'opëre en même temps que cette extension de sa snr£ice. et le fond du lit du fleuve s'élève dans la même propor* tion que les plaines adjacentes, ce qui fait que chaqne siè* 1

Ofi GÉQGRJU>RIB. Sog

de rinondation dépasse de beaucoup les marques qu'elle a laissées dans les siècles prëcédens. Â Éléphantiae, rinondation surmonte aujourd'hui de 7 pieds les plus grandes hauteurs qu*elle atteignait sous Septimc-Sévère , au commencement du lu^ siècle. Au Caire, pour qu'elle soit juge'e suffisante aux arrosemens, elle doit dépasser de 3 pieds et demii la hauteur qui était nécessaire au nc^ siècle. Les monumens antiques de cette terre célèbre sont tous plus ou moins enfouis par leur base. Le limon amené par le fleuve couvre même de plusieurs pieds les monticules factices sur lesquels reposent les anciennes villes. M. Gérard , qui mieux que tout autre a traité ce sujet difficile , tout en réduisant de beaucoup les évaluations exagérées de Larcher, de Shaw, de Dolomieu, et autres auteurs respectableSy évalue à 0,126 mètres ou environ 4 pouces, Texhaussement séculaire du sol d,ans la vallée du Nil.

Le delta du Rhône n'est pas moins remarquable par ses* accroissemens. Aigues-Mortes était, au xui^ siècle, voisine de la mer, qui à présent en est éloignée de a lieues.

Chacun peut apprendre, en Hollande et en Italie, avec quelle rapidité le Rhin, le Pô, l'Arno, aujourd'hui qu'ils sont ceints par des digues, élèvent leur fond 3 combien leur emboudiure avance dans la mer, en formant de long» promontoires à ses côtés, et juger par ces faits du peu de siècles que ces fleuves ont employés pour déposer les plaines basses qu'ils traversent maintenant. Le savant M. Prony a constaté que le Pô, depuis l'époque où on Ta enfermé de digues, a tellement élevé son fond, que la surface de ses eaux est maintenant plus haute que les toits des maisons de Ferrare; en même- temps, ses attérissemens ont avancé'dans la mer avec tant de rapidité, qu*en comparant d'anciennes cartes avec l'état actuel, on voit que le rivage a gagné plus de 6,000 toises depuis i6o4; ce qui fait i5o ou 180 pieds, et en quelques endroits 200 pieds par an. On peut dire à peu près la méipe chose de la Brenta, de TAdige et d'autres rivières.

On ppurrait citer une foule d'exempleç d'autres atté^

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rissemens considérables offerts par les fleuves de la Saède^ de la Finlande et d'autres contrées limitrophes de la mer Baltique; attérissemens qui, mal appliqués^ ont servi aux naturalistes dessécheurs à soutenir leur opinion de rabaissement progressif du niveau de cette men

Beaucoup de villes qui^ à des époques biea cosinnes de rhistoire^ étaient des ports de mer florissans, sont aujourd'hui à quelques lieues dans les terres; plusieurs même ont été ruinées par suite de ce changement de poÂtioiL Spina, qui avait été fondée au bord de la mer Adriatique par les Grecs^dès le temps de Strabon en était éloignée de 90 stades ; Adria , qui a donné son nom à cette mer, dont elle était il y a vingt et quelques siècles le port principal, en est maintenant à 6 lieues; Venise a peine à maintenir les lagunes qui la séparent du continent, et il y a d^à longtemps que Ravenne, après avoir vu combler les siennes, est devenue une ville entièrement continentale.

Les effets que la mer produit sans le concours des fleuves, dit M. le baron Cuvier, sont beaucoup moins heureux que ceux dus aux eaux courantes. Lorsque la côte est basse et le fond sablonneux, les vagues poussent ce sable vers le bord ; à chaque reflux il s*en dessèche un peu, et le vent qui souffle presque toujours de la mer en jette sur la plage. Ainsi se forment les dunes, ces monticules sablonneux qui, si Tindustrie de Thomme ne parvient à les fixer par des végétaux convenables, marchent lentement, mais invariablement, vers l'intérieur des terres, et y couvrent les champs et les habitations, parce que le même vent qui élève le sable du rivage sur la dune , jette celui du sommet de la dune à son revers opposé à la mcr: que si la nature du sable et celle de Teau qui s^ëlève avec lui sont telles qu'il puisse s'en former un ciment durable, les coquilles, les os jetés sur le rivage en seront incrostà; les bois, les troncs d'arbres, les plantes qui croissent près de la mer seront saisis dans ces agrégats; et ainsi naîtront ce que Ton pourra appeler dunes durcies, comme on en voit sur les côtes de la Nouvelle-Hollande. On peut tn

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prendre une idée nette dans la description qu^en a laissée feu Péron, dans son Voyage aux Terres Australes.

Selon M. Tassin, les dunes du golfe de Gascogne ont déjà couvert un grand nombre de villages mentionnés dans des titres du moyen âge; et, dès Tannée i8oa, dans le seul département des Landes , elles en menacèrent dix d'une destruction inévitable. Celui de Mimisan même lutte depuis quelques années contre elles, et une dune de fAuB de 60 pieds d'élévation s'en approchait, il y a quelque temps, pour ainsi dire, à vue d'œil. La Bretagne offi:*e de senoblables exemples ; près de Saint-Pol-de-Léon , un village entier a été enterré sous les sables, de jpianière qu'on n'en voit plus que le clocher. M. Balbi,.dans son Essai statistique sur le royaume de Portugal et d*AU gan^e, comparé aux autres états de l'Europe, cite des effets non moins désastreux, quoique généralement incoqnus, qui ont lieu le long de toute la côte occidentale du Portugal, surtout entre Péniche et l'embouchure du Minho. La côte , qui s'étend depuis Povoa de Yarzim jus-, qu'à Viana de Minho, était autrefois bordée de terrains tiès-fertiles en grains et en fruits, qui aujoi^rd'hui sont devenus stériles, à cause des cables qui les ont eiivahis. Le village de Parades, situé au nord de la forêt deLeiria, se fait à peipe reconnaître par quelques vestiges de ses anciens édifices, qui paraissent comme des taches sur le sable. Le village de La vos, sur la rive gauche du Mondego, ep est aujourd'hui complètement recouvert. Sur les traces de M. José Bonifaçe d'Ândrade , M. Balbi évalue la marche progressive de ces déserts arides 3o palmes par an. Feu M. Bremontier, qui a fait de grands travaux sur les dunes dans le département des Landes, estimait leur mar^ che à 60 pieds par an, et dans certains points à 7a ; il ne . leur faudrait, selon ses calculs, que a,ooo ans pour arriver à Bordeaux. L'Angleterre, le Jutland et la Scanie ont éprouvé et éprouvent encore des inondations semblables. Au Groenland, la fameuse chaîne de collines de pure glace, nommée Vlsblink, est située entre deux caps formés de.

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sables mouvans que les vents portent quelquefois sur des vaisseaux éloignés de plas de 12 lieues. Ainsi les phâiomènes des déserts africains se trouvent près du p61e.

Les lacs y dit M. le baron Guvier^ les étangs> les marais^ les ports de mer où il tombe des ruisseaux , surtout quand ceux-ci descendent des coteaux voisins et escarpe , déposent sur leur fond des amas de limon qui finiraient par la combler, si Ton ne prenait le soin de les nettoyer. ILsl met jette également dans les ports, dans les anses, dans tons les> lieux oh ses eaux sont plus tranquilles des vases et des acdimens. Les courans s'amassent entre eux ou jettent sor leurs côtés le sable qu'ils arrachent au fond de la mer , et en composent des bancs et des bas-fonds.

Dans la zone tonîde , où les litophy tes sont nombreux en espèces et se propagent avec une étohnaote rapidité, leurs troncs pierreux s'entrelacent en rochers, en réci&, et, «'élevant jusqu'à fleur d*eau, ferment Ventrée des ports, tendent des pièges terribles aux navigateurs. La mer , jetant des sables et du limon sur le haut de ces ëcaeils, en élève quelquefois la surface au-dessus de son proprê ni* veau , et en forme des lies qu'une riche végétation vient bientôt vivifier. L'Océanie , surtout sa partie centrale, et la Polinésie ou sa partie orientale, ofirent un grand nombre d'iles et d*écueils qui doivent leur origine à œs animaux. Plusieurs savans ont aussi, depuis Ldng--temps, signalé la rapidité extraordinaire avec laquelle une cause semblable tend à rétrécir le bras de mer qui s'étend entre la Grenade et Saint-Vincent, dans l'archipel des Antilles.

Les travaux de l'homme, en pavant des rues, en bâtissant des maisons, en portant de Tengrais sfur les diamps, en élevant des digues le long des fleuves, tendent insensiblement, mais puissamment, à exhausser le terrain. On ^en aperçoit surtout dans les villes, auprès des anciens édifices. Pour entrer au Panthéon de Rome, il fallut autrefois monter huit degrés; aujourd'hui il faut en descendre autant {1 n*est pas à présumer que l'édifice se soit

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eïïFoncéf car il a conservé le même niveau depuis deux siècles.

Les plantes aquatiques changent souvent un marais en une prairie humide. Ce sont d^abord les hippuris, les vtrir calariœ, les equisetum et divers joncs qui forment avec leurs racines entrelacées un tissu flottant sur Feau boueuse; ensuite le sphagnum palustre se répand sur toute la surface, aspire l'eau comme une éponge , et crée un lit aux bruyères et aux lichens qui tous les ans eidiaussent le terrain par leurs dépôts. D'autres fois , une baie tranquille se peuple des nymphéa^ des arundo phragmites et d'autres plantes qui retiennent les parties terreuses rejetées par les eaux du dehors. Dès que ce limon a pris un peu de solidité y on y voit germer des saules , des osiers et d'autres arbres appartenant aux espèces qui aiment le sol aquatique.

La végétation contribue encore de diverses manières à changer Taspect de la terre. Regardons cette plante si mince, cette mousse qui s'élève le long des murs d'un palais désert : en se décomposant et en renaissant, elle aura, dans quelques siècles d'ici, couvert et enterré ces masses orgueilleuses que le luxe éleva pour loger la suprême puissance. Les cadavres des plus vils animaux s'entassent où brillaient les trônes des monarques. Les broussailles couvrent le temple de Jupiter Olympien, et les tours de Babylone sont cachées sous l'herbe.

Les éboulemens et renversemens de montagnes ont souvent des causes étrangères aux explosions volcaniques et aux tremblemens de terre. Tantôt ce sont les eaux d'un fleuve rapide, d'un lac agité, ou même d'un courant souterrain, qui rongent, creusent, minent sourdement une masse de rochers ou de terrains solides. Des couches de sable, de gravier, d'argile, de craie, qui servaient de support, sont ou dissoutes où entraînées; un vide existe, la masse supérieure s'y enfonce par son propre poids. D'autres fois des eaux souterraines pénètrent sous un terrain nouveau, sous une couche végétale; elles supportent

3l4 TRAITS

<f abord cette croûte, puis la détachent, la dédurenl, *t enfin Tentraînent par lambeaux ou rengloutisseut toal entière.

Tantôt c'est une fissure quelconque j au moyen de laquelle une partie d'une montagne se dët^che de sa masie principale, et, privée par là de son point d*appui naturel, est obligée d'en chercher un autre en se renversant ou bien en glissant. Ces sortes de fissures proviennent, daas les roches ai^euses, d'un simple dessèchement, accompagné de la retraite de certaines particules; dans les n>* ches calcaires, une espèce de fennentation pourrait bien y contiibuer; dans les roches granitiques, enfin, elles sont dues , ce nous semble , à la décomposition de certains feuillets d'une cristallisation moins forte, attaqués par l'oxigène de l'atmosphère* I^e granit de Finlande, nommé rapahiwh se décompose lorsqu'il y domine une espèce de mica ferrugineux , sulfuro^ferrugineux. Bergmann a sonvent vu le pétrosilex se couvrir d'une croûte pea cohérente, laquelle, enlevée parles eaux, mettait à na des lîserets de quartz et des grenats ferrugineux. Ainsi, les montagnes peuvent se détruire même par l'influence de cette humidité insensible qui est inhérente à toutes les substances terrestres.

Les éboulemens qui proviennent d'une excavation faite par des eaux arrivent très -souvent dans les pays montagneux , le lolig des rivières. C'est ainsi que le Rhône a formé la voûte sous laquelle il semble se perdre ; c e^ ainsi que l'Âdige, en 1767 , engloutit la ville de Neumark et autres. Dans la Norwége méridionale, le rapide Glommen descend du sommet des monts Dofrines vers la mer du Nord, et forme, un peu au-dessus de son embouchure, la belle cascade de Sarpen. Le remous des eaux de la cascade avait creusé sous le rivage une mare souterraine à 1 00 toises de profondeur. Le 5 février 1 70a, le château de Borge, avec toutes ses dépendances, s'enfonça dans ce trou, et y disparut totalement ; de sorte qu'on ne vit à sa place qu'un lac de 800 pieds de long sur 3oo à 4oo de large.

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Le désastre quVprouva, en 1618, la ville de Pleurs , dans le pays de Chiavenna, proTint d'une cause semblable.

Les plaines éprouvent d'autres soites d'éboulemens. Les terrains tourbeux^ suspendus sur l'eau, s'affaissent sous le poids des forêts , des maisons et des habitans. L'Irlande voit tous les ans le nombre de ses lacs s'accroître par Ten^ foncement des tourbières. C'est à ces enfoncemens que les forêts souterraines^ du moins en partie , doivent leur origine. U y en a y comme sur les côtes de Lincoln , qui sont formées conjointement par l'affaissement des côtes maré^ cageuses et par d'anc}ennes invasions de la mer. D'autres> comme celle qui a été découverte près de Morlaix , paraisr sent avoir été enterrées par des révolutions antérieures à l'état actuel du globe. Mais pour la plupart, elles se rencontrent dans des tourbières ; ainsi, dans l'Ue de Man, il se trouve au milieu d'un marais, à ao pieds de profondeur, des sapins encore sur leurs racines. A Hatfieldchace^ on voit des arbres qui ont à côté d'eux leurs noix et leurs glands. La Hollande, la Suisse; la France et' la Suède offrent d'autres faits semblables.

Dans la Marche électorale de Brandebourg, il y a le lac d'Ârendt, formé par deux écroulemens : l'un arrivé, à ce qu'on' croit, en 81 5, l'autre en i685. Combien de lacs ainsi formés en Prusse et en Pologne ! Combien d'autres événemens de cette nature dont la mémoire s'est perdue, ou que la tradition a défigurés !« ^

On conçoit facilement les désastres qui de temps en temps manifestent l'existence de ces lacs souterrains dans des endroits où personne ne les soupçonnait. En 1792» on vit un lac se former dans la ville de Lons-le-Saulnier ; plusieurs maisons y disparurent, aii^i qu'une portion de la grande route de Lyon à Stra^ourg. On pense que c'était un ancien étang d'eau salée, où il s'étaijt d'abord formé une pellicule, puis une croûte légère de végétaux, et enfin un terrain solide en apparence; mais une grande sécheresse ayant fait baisser les eaux souterraines , cette croûte manqua de support et dut s'enfoncer. Le mont Jura pré-

3l6 TRAITÉ ÉLÉMEUTAJRE

senCe de nombreux vestiges d'enfoncemens semblables. Les Pyrénées y autre chaîne calcaire, en offrent également. Buffon rapporte qu'une montagne , en 1678, s*étant écroulée dans des cavités souterraines remplies cTeau , causa une forte inondation dans une partie de la Gascogne. Les Alpes Juliennes, où est le fameux lac de Cirtcnitz, renferment dans leurs nombreuses cavernes beaucoup de réseiToirs semblables.

Assez d'autres causes concourent à décomposer les montagnes les plus solides. Le froid extrême fait souvent crever et sauter de gros blocs de rocher. Dans la Westrogothie, près d'Hunneberg, on voit deux piliers réguliers détachés d'un rocher par la seule force du froid. La Norwége éprouve beaucoup de ravages par des avalanches de pierres, dues à de semblables effets du froid. Dans les climats plus doux, Faction successive du froid et da chaud n'est pas moins destructive , quoique plus paisible. Dans ces mêmes montagnes de Westrogothie , dont nous venons de parler^ Bergmann a observé que les rochers de trapp avaient une croûte plus pâle et plus poreuse du côté du soleil.

L'action lente, mais continuelle et combinée de toutes les causes que nous venons d'indiquer, amène les catastrophes les plus étonnantes.

Ce fiit, selon M. Bourrit et autres écrivains suisses, le a3 septembre 17^3, que les sommets des Diablerets tombèrent tout-à-coup, et couvrirent une étendue d'une bonne lieue carrée de leurs Jébris, qui forment souvent un lit de pierres épais de 3o verges et davantage. Quoique plusieurs centaines de cabanes eussent été ensevelies dans ces mines, il n'y périt heureusement que dix-huit personnes. Les bœufà, et surtout les chèvres et les moutons, en furent les principales victimes. La poussière qui s'éleva loi^ de la chute de la montagne produisit, pendant quelques instans, une obscurité semblable à celle de la nuit, quoique Yévénement eût lieu à trois heures après-midi , par un temps serein.

Il y a encore un auti*e genre de catastrophe qui n*est pas moins curieux dans ses causes, ni moins funeste dans ses effets : c'est lorsqu'une couche de terre ou de roche glisse sur un autre terrain sans se briser, sans se morceler. Une partie du mont Goima> dans Tëtat de Venise, se détacha pendant la nuit, et glissa avec plusieura habitations qui furent entraînées jusque dans la vallée prochaine. Le matin j à leur réveil, les habitans, qui n'avaient rien senti, furent très-étonnés de se voir au fond d'une vallée, et crurent long-temps qu'un pouvoir surnaturel les avait transportés par l'air dans quelque climat lointain, jusqu''à ce qu'en examinant les environs ils aperçussent les traces de cette révolution qui les avait si merveilleusement épargnés»

Souvent divers désastres s'enchaînent; les déluges naissent des éboulemens, et en occasionent de nouveaux.

En 1 772, la montagne de Piz , dans la Marche de Tréviso , état de Venise, se fendit en deux; une partie se renversa et couvrit trois villages avec leurs habitans. Un ruisseau, arrêté par les décombres, forma en trois mois un lac. La partie restante de la montagne s'y précipita, le lac déborda, beaucoup de monde y périt; plusieurs villages sont encore ensevelis sous les eaux.

Nous citerons quelques exemples de changemens tràssinguliers dus à la seule action des eaux courantes. Sur le mont Limur^ en Norwége , on voit deux routes creusées dans un rocher de marbre , l'une au-dessus de l'autre. Le marbre, épais seulement de trois doigts, qui, les sépare, laisse apercevoir à travers ses fentes une rivière coulant dans la route la plus basse. U paraît que les eaux d'un lac situé à quelques centaines de pieds plus haut, se sont successivement creusé ces deqx débouchés à travers le rocher. C'est ainsi que la rivière Gaulen, dans le même pays, se perditen i344» ^ reparut quelques années après avec une extrême violence , en roulant devant elle les débris de la prison souterraine oii elle était descendue. Le mont Jura, et en général toutes les montagnes calcaires.

3l8 TRAITE ÉLÉHENTAmE

offrent des faits du même genre. Le lac de Jonx et bien d'autres ont creusé dans le roc les entonnoirs par où découlent leurs eaux. Quelquefois , lorsque les parois de la route sous laquelle les eaux se frayaient un chemin étaient rongées et excavées à un certain point, le toit de la route devait s*écrouler; alors il se formait tantôt une gorge coupée à pic, à travers laquelle les eaux s'enfuyaient, comme près d'Oiselet sur la route de Saint-Claude ; tantôt Tissue de ]a vallée y barrée par les décombres , forçait les eaux à donner naissance à un lac, tel que celui de Sillon, pris de Nantua.

Il y a beaucoup de lacs qui tiennent en dissolution des substances salines , terreuses , métalliques, bitumineuses; ces substances forment quelquefois des dépôts simples; d'autres fois dles sont entraînées au fond du lac par une précipitation chimique. Plusieurs causes peuvent y concourir. Les différens gaz et acides dont les eaux de ces lacs sont chargées peuvent faire battre des cristallisations; un refroidissement dans les lacs qui jouissent d'un certain degré de chaleur peut encore avoir le même effet. H est certain que les restes des éti*es qui vivent et meurent dans ces eaox y forment des couches de terre calcaire. Des arbres, des végétaux qui y sont entraînés par les eaux courantes, forment des tles flottantes qui peu à peu se lient , s*élendeot et finissent soit par couvrir les lacs d'ane croûte de teire, soit par s'y enfoncer et en exhausser le fond. Âjoutoos que plus une masse d'eau stagnante perd en pi*ofbndeur, plus elle s'évapore ; car la vaporisation de l'eau est toujours en laisoa directe de sa surface, et en raison inverse de sa profondeur, comme les expériences le prouvent. H y a, dans tous les pays montagneux et marécageux , de nombreux exemples de petits lacs qui se sont desséchés par une de ces causes; on peut donc, sans témérité, croire que la mêmes phénomènes ont eu lieu en grand, et que plnsieun grandes plaines ont été formées dans des méditerranéès» comme , par exemple, une paitie de celles qui bcHtient la mer Caspienne, la mer d'Aral et autres semblables.

DE GÉOGRAPHIE. Sig

Nous allons maintenant aborder une question qui a beaucoup occupe les géographes physiciens, nous^ voulons parler de celle relative à ïabaissement ou à Véléyation du niveau de la mer. Elle est de la plus haute iînportance pour tout ce qui concerne les changemens qui s'opèrent à la surface du globe, et elle a été traitée assez en détail dans le xxxix^ livre du Précis, auquel nous renvoyons, notre cadre ne nous permettant pas de la développer convenablement ici. Les longues recherches que nous avons faites sur ce sujet , les faits cités dans le Précis , les raisonnemens et les faits encore plus nombreux rassemblés avec tant d'érudition par M. Hoff ( *ooyez ci - dessus , à la page 253), nous ont déterminé à admettre une âévation progressive du hiveau de la mer, quoique d'une manière très-lente, et actuellement presque inappréciable dans Tensemble de ses effets. Voici en peu de mots sur quoi se fonde notre opinion :

Dans Tétat actuel des choses, les parties terrestre et aqueuse du globe ont des confins réciproques, que, généralement parlant, on peut regarder comme permanens. Les fleuves, les pluies, la neige et la grêle, la rosée, le serein et les brouillards, rident à la mer ce que Tévaporation lui enlève , et les courans polaires rétablissent sans cesse l'équilibre dans les mers équatoriales, où il avait été rompu par une excessive 'évaporation. Or, en admettant, ce que nous sommes bien loin d'accorder, que l'effet produit par les attérissemens qui, comme on l'a déjà vu, ont lieu avec une étonnante rapidité à presque toutes les embouchures des fleuves, soit compensé par les envahissevnens de la mer et par les abaissemeiis partiels du sol, observés à. Venise, Ravenne, Herculanum, et dans quelques autres endroits, il restera toujours à expliquer ce que de- -vient toute la masse d'eau qui doit être déplacée par Timynense quantité de terre charriée par les fleuves, et dont l*efifet immédiat et inévitable est d'élever proportionnellement le fond de la iher, et par conséquent son niveau supérieur. Il faut aussi observer que les envahissemens mêmes

320 TRAITÉ ÉLÉMENTAIIIE

de la mer, tout en diminuant la surface de la. partie terrestre du globe , contiîbuent à élever ce même niveau à proportion de la quantité plus ou moins grande d'eau que par leur chute elles auront déplacées.

Ueau employée par les polypes dans leurs élonnans IravauXy que nous avons vus, ne produire rien moins que des écueilsy de vastes bancs et même des lies au milieu de rOcéan et des mers intérieures; Teau que les animaux invertébrés changent en masse solide pour former ces bancs de coquillages qui nous étonnent par leur étendue et leor épaisseur; Teau consommée dans plusieurs combinaisons chimiques y soit naturelles , soit artificielles; Feau enfin employée par les végétaux et les animaux dans les différentes fonctions de la vie végétale et animale ; toute cette eau y dont la plus grande partie peut être regardée comme perdue pour la masse générale qui remplit les difierens bassins du globe , est bien loin de pouvoir compenser Teffet que doivent produire l'énorme quantité de terre charriée par les fleuves, et les prodigieuses masses osseuses et pierreuses produites continuellement par les animaux marins. Toutes ces matières solides doivent nécessairement déplacer un volume égal d'eau, et conséquenmient élever en proportion le niveau de la mer.

Plusieurs physiciens ont entrepris de déterminer de combien ce niveau devait s'élever dans un temps domië, en calculant la quantité de terre que les eaux courantes lui apportent continuellement; mais leurs calculs donnent des résultats prodigieusement difTérens* Il n'en pouvait ptf être autrement, puisque les faits rassemblés sont en trop petit nombre et trop partiels pour pouvoir obtenir des résultats généraux concordans. M. HofF, en supposant la surface de la mer deux tiers de celle de la surface totale do globe ^ trouve que, pour élever d'un seul ponce le niveau des eaux, îl faudrait qu'il y tombât une masse de aa milles cubiques allemands, égaux à i4o8 milles géographiques de 60 au degré ; ou pour comparer cette masse à d'antres objets connus, il faudrait que tout le delta du Nil, sop-

DE GÉOGEAPHIE. 3^1

posé avoir une épaisseur égale à la hauteur du Scbneekoppe dans la Silésie, c*est-à-âire 4>9^<^ pieds , tombât dans la mer, pour que le niveau de celle-ci pût s'élever d'un seul pouce. Cette masse déjà énorme devrait^ selon nous^ être encore considérablement augmentée, pour avoir des résultats plus exacts, puisque la surface de la mer estpresque les trois quarts^ et non les deux tiers de la surface totale du globe.

En examinant les évaluations de Manfredi , de Hartsoecy ker, de Paw, de Celsius, de Demaillet, de Stauhton^de Gérard , et autres physiciens et mathématiciens distingué^^ quelque différentes que soient les conséquences qu'ils ont cru devoir en tirer, nous trouvons qu'on pourrait évaluer à lo pouces environ par chaque mille ans la quantité dont toutes ces causes réunies tendent à élever le niveau général de la mef . Le peu de temps écoulé depuis que Ton a fait des observations, et l'exiguité de l'effet produit dans un laps de temps si considérable, nous expliquent pourquoi non-seulement on ne s'aperçoit pas de cette élévation progressive, mais pourquoi il y a même des savans célèbres, tels que Celsius, Linné» Dalin, de Buch et autres, qui soutiennent la proposition contraire» et qui prétendent prouver par des faits incontestables, mais mal appliqués, que le niveau général de la mer baisse continuellement. Browallius, Hoff et autres, ont réfuté victorieusement leurs raisonnemens^ et répondu à toutes leurs objections relativement au dessèchement progressif de la mer Baltique, presque généralement admis sur l'autorité imposante de Celsius, de Linné et de de Buch. A. l'égard des autres mers, nous ferons observer que les ports de Gênes, de Marseille, de Syracuse, de Navarin ou Pylos, et vingt autres dans la Méditerranée, qui depuis 2,5oo ans conservent à peu près le même niveau ; le pavé du théâtre bâti à Adria il y a environ a5 sièdes, et qui n'est que d'un pied^ et demi plus élevé que la haute marée de l'Adriatique; les ports de Cadix , de Lisbonne, et autres sur l'^dantique, connus comme tels depuis les premiers temps historiques; L II

3aa TaXITi ÉLÉMENTiiBE

le fameux puits de la Vierge-Marie à la pointe du comté de CarnavoD , sur le canal de Saint- Georges, pour visiter lequel , dès le xi^ siècle , les pëlerios étaient obligés d*al* tendre la basse marée y seule époque enoore aujourd'hui à laquelle il est accessible ; ainsi que File de sable, dans la baie de Krokala, à lembouchure de llndus, couverte encore à présent 9 comme au temps d'Ârrien, par le flux et laissée à découvert pendant le reflux , sont autant de faits décisifs qui confirment la vérité de ce que nous venom de dire, et démontrent ïapparente HabiUii du niveau de la mer, et l'impossibilité de supposer un abaissement général dans son niveau. Toutefois on peut, on doit même admettre qu'en même temps que le niveau des eaux s'élève d'une quantité imperceptible, leur masse totale tend, par plusieurs causes, à diminuer dans une proportion qu'on a'a encore aucun moyen de pouvoir apprécier, même par approximation.

Le^ tableau ci-dessous, que nous avons rédigé en grande partie sur l'ouvrage du savant M. HofT,^ présente la série chronologique des plus importans envahissemens connus, faits par la mer depuis le vm' siècle jusqu'à nos jours.

Anne*.

800. Yen cette époqne , la mer euteTo nne grande partie <k hA de llle d^Helgoland, placée entre lee emboacliares du Weser et de TEIbe.

800 — 900. Pendant le cours de ce siècle , plusieurs tempêtes cLao^mi eonsidërablement les cdtes de la Bretagne; des ▼allées n des TtUages sont cngHoutit.

Soo— gSo. De TiolentM bourrasques agitent les lagunes de Venise, et v font disparaître les lies d^Ammiano et Costanziaooy uanmées dans les anciennes chroniques.

1044 — 1309. J^e^ irruptions terribles de la mer Baltique sur les o6tes M la Poméranie, y font de grands ravages et donnent ori|;iac aux bruits populaires sur la submersion de la prétendue yUIc de Vineta, dont Tezistence est chimérique, malgré rim(K<sante autorité de Kant et d'autres savans célèbres.

1 106. ^ Vieux-Malamacco, ville alors tré^considcrablc des lapi-

nes de Venise, est englouti par la mer.

1 1 tS. ^"^ grande inondation forme le golfe de Jabde , ntntî nomme

du petit fleuve qui arrosait le pays fertile détroit par c«iu catastrophe.

1919, laaoy De terriblai ounguia lëptrant àa oQMlinent Ille actnelle è%

laai , ia4^ Wieringen, et préparent la mptore de l'isUime qni rénni»-

ct iiSi. sait la HblUmde septentrioDale actuelle aa comté de Staye-

ren» dans la Frûe d'aajonrd'hui.

1277, 1^7^» ^^ inondations engloutissent le fertile canton de ReiderlaSo, 1 187. landes, détruisent la ville de Tonim , 5o bourgs, villages et

monastères, et forment le DoUart; le Tiam et llSche, qui

arrosaient ce petit pays, disparaissent du nombre des

fleuves. laSa Des bourrasques violentes rompent Fisthme qui réunissait la

Hollande septentrionale k la Frise, et forment le Zuidenée. 1 a4o. Une irruption de la mer change considérablement la côte 00- '

cidentale du Schleswig^ beaucoup de terrains fertiles sont

engloutis^ et le bras de mer qui séparait PUe de Nordstrand

du conunent est beaucoup élargi.

i3oo, i5oo. De violentes bourrasques enlèvent les trois quarts de llie

16 {9. d^HelgoIand.

f3oo. Dans celte année, selon Fortis, la ville de Ciparum, en Is-

triC) est détruite par la mer.

i3o3. %lon Kant , la mer enlève une grande partie de 111e de Ru-

gen et engloutit plusieurs villages sur les câies de la Pomé-

ranie.

1337. Une inondation emporte 14 villages dans nie de Kadzaud,

dans la Zeelande.

1411. Une inondation couvre le Bergseweld, y détruit aa villages,

et forme le Biesboscb, qui s^étend depuis Gertruidenberg

jusqu^à nie de Dordreckt.

1475. Le mer emporte un morceau de terrain considérable placé à

remboucbure de THumber; plusieurs villages sont détruits. i5io. La mer Baltique forme Pouverture du Friscb-Haff, prés de

PiUan, large de 1800 toises et profonde de la à i5. i55o»i532i. La mer engloutit la ville de Korlgene dans nie de Nord-

Be-weland dans la Zeelande. Dans cette dernière année, elle

|en1ève aussi la partie orientale de File Sud-Beweland , avec

plusieurs villages et les villes de Borselen et Remerswalde. 1670. Une violente bourrasque emporte la moitié du village de

Scheweningen, au nord-est de La Haje. i6a5. La mer détache une partie de la péninsule de Dars, dans la

ci^evant Poméranie suédoise, et en forme llIe Zingst, au

nord de Bartb.

i634< Une irruption de la mer submerge toute Vïlo de Nordstrand :

i338 maisons, églises et tourssont détruites^ 6408 personnes

et 5o,ooo tètes de béuil périssent II ne resta de cette lie, auparavant si fertile et florissante, que les trois Ilots nommés Pelworm» Nordstnmd et LJktje-Moor.

1703 — 1746. Dans cette période, la mer enlève à nie Kadzand plus de

100 toises de ses digues. *.

1736. Une violente bourrasque change la saline d*Acajra, dans la

3^4 TRAITÉ ÉLÉMENTAïaB

province de Comeiui, partie de la CokKsbîey en on golfe de

plusieurs lieues de largeur, lyyo— 1765. Les cootana et les tourmentes creusent un canal entre la p«r

tie haute et la partie basse de File d^elgoland, et traoafW

ment en deux Ilots cette lie si étendue a^ant le tui* aièdr 1784* Uoe yîolente bourrascfue forme , selon M. Hoff, le lac dl-

boukir dans la Basse-Égjpte.

i^^i-^i^gS. De nouvelles irruptions de la mer détruisent les digao n

emportent d^autres parties de File déjà si réduite de Nofd-

strand.

i^oS. La mer emporte les deoBÔéres mines du pnenré de Civi es

Ecosse.

Contemplons maintenant les ravages (Tim autre élément Le nom de "volcan^ emprunté de celui que les Romaim donnaient au dieu qui, selon eux , présidait à Télément da feu y désigne aujourd'hui les montagnes qui vomissent de la flamme y de la fumée et des torrens de matières fondues. On dit aussi un mont ignivome. La cheminée |fttr laquelle sort la fumée et la matière fondue finit par tme vaste cavité en forme d*un cône tronqué et renversé. Cette bouche du volcan s'appelle cratère»

Cest un des phénomènes les plus effrayans et les plas majestueux, que l'éruption d'un volcan. Les signes avantcoureui*s de l'explosion annoncent déjà le combat invisible des élémens en courroux : ce sont des mouvemens violent qui ébranlent au loin la terre , des mugissemens prolongés, des tonnerres souterrains, qui «roulent dans les flancs de la montagne tourmentée; bientôt la fumée, qui sort presque continuellement de la bouche du volcan , augmente, s'épaissit et s'élève sous la forme d'une colonne noire. Le sommet de cette colonne, cédant à son propre poids, s'afiaisse, s'arrondit et se présente sous Tasped d*une tête de pin, qui a pour tix>nc la partie inférieure. Cet arbre hideux ne reste pas long-temps immobile ; les vents en agitent la sombre masse et la dispersent en rameaux, qui forment autant de traînées de nuages. D'autres fois, la scène s'ouvre avec plus d*éclat : un jet de flamme.s'élève au-delà des nuages, se lient immobile pendant quelque temps, et semble alors une colonne de fea

DE GÉOGRAPHIE. 3a S

qui repose sur la terre et menace d^embraser la voûte des cieux. Une fumëe noire TeuTironne, et en interrompt, de temps en temps ^ Téclat éblouissant par des veines obscures. De nombreux éclairs semblent sortir de cette masse enflammée. Soudain, la brillante cascade semble retomber dans le cratère ; et à ces terribles clartés succède fine nuit profonde. Cependant Tefiervescence fait des progrès dans les abîmes intérieurs de la montagne : des cendres, des scories, des pierres enflammées s*élèvent en lignes divergentes, comme les gerbes d'un feu d'artifice, et retombent autour de la bouche du volcan ; d'énormes fragmens de rochers semblent être lanc& contre les cieuz par les bras des nouveaux Titans. Souvent un torrent d'eau est chassé avec impétuosité, et roule, en siflSant, sur les rochers enflammés. Enfin, il s'élève du fond de la coupe ou du cratère, une matière. liquide et brûlante, semblable à un métal en fusion ; elle remplit toute la capacité du cratère, et vient jouer sur les bords de Forifice. Une quantité abondante de scories flotte à sa surface ; elles se montrent et disparaissent tour à tour , selon que la masse liquidé s'élève ou s'abaisse dans le cratère oh elle semble bouillonner. Ce spectacle, d'une horrible majesté, n'est que le prélude des désastres réels. La matière liquide se déborde, coule sur les flancs du cône volcanique, et descend jusqu'à sai)ase. Là, quelquefois elle s'arrête , jet , semblable à un. serpent de feu, se replie sur elle-même. Plus souvent elle se dilate, et sort de dessous une espèce de croûte solide , qui s'est formée à sa surface ; elle s'avance comme un fleuve large et impétueux, détruit et enveloppe tout ce qui se présente sur son passage , franchit les obstacles qu'elle n'a pu renverser, dépasse les remparts des cités ébranlées, envahit des terrains de plusieurs lieues d'étendue, et transforme, en un instant, des campagnes florissantes et tranquilles en une plaine brûlée , oii le désespoir erre parmi des ruines fumantes.

Les mdmes ravages peuvent avoir lieu sans-que la matière liquide , appelée lave^ sorte précisément par le haut

3^6 TRAITÉ ÉLÉBIESTAIRS

du volcan ; elle est quelquefois trop compacte , trop p^ santé, pour être soulevée jusqu'au sommet. Alors son vii«^ lent effort occasione plusieurs nouvelles ruptures dans le flanc de la montagne , par oii ce torrent igné se précipite

Considérons maintenant remplacement des principalti montagnes volcaniques.

Une grande chaîne de montagnes ignivomess'étendy quoique avec de grandes interruptions ^ tout autour du GraoJ Océan. La Terre de Feu, le Pérou, mais surtout le Chili H la Nouvelle-Grenade sont remplis de volcans. On distiih gue au Pérou celui d*Aréquipa; dans la Nouvelle-Grenade, celui de Pilchincd, et celui de Coto^Paxi, dont la flamme^ en 1788, s'éleva à plus de a,poo pieds, et dont TexpIosioG fut entendue à lao lieues de distance, s'il faut en croire les Espagnols. Le Chimboraço, la plus haute montagne d'Amérique, est un volcan éteint; il y en a beaucoup d'autres. M. de Humboldt a vu fîimer VAntisiina^ élevé de 3,020 toises. Si nous passons l'isthme de Panama, nous trouvons les nombreux volcans de Nicaragua et de Gwttinuda} il y en a qui conservent de la neige étemdle, et qui, par conséquent, atteignent à une grande hauteur. Viennent ensuite ceux du Mexique proprement dit, savoir VOrizaba, le Popocaiepec, élevé de 2,771 toises ; le Xofiillo, sorti de terre en 1759, et ceux de Tuxtla et de Colima, tous situés soùs le ig^ parallèle de latitude. 0 n est pas douteux , d'après les rapports de Cook , de La Pérouse et de Malaspina, qu'il n'y ait des volcans trèsconsidérables et en grand nombre dans le nord-ouest de l'Amérique. Le Mont-Saint-^Élie a près de a,8oo toises de haut. Ces volcans forment l'anneau intermédiaire entre ceux du Mexique et ceux des îles Aleutiennes, et de la presqu'île d'Alaschka. Ceux-ci, qui sont en très-grand nombre, tant éteints que brûlaos, continuent la chaîne vers le Kamtchatka, où il y en a cinq, dont deux d'une grande violence. Le Japon en a au moins dix , et Ttle de Formose en renferme deux ou trois. Maintenant la bande volcanique s'élargit et devient d'une immense étendue.

elle embrasse les Philippine», les Marianes, les Moluques, Java, Somatra, les îles de la reine Charlotte, les Nouvelles-Hébrides , les îles des Amis , de la Société , de Sandvrîch, et, en un mot, une grande partie de cet immense archipel qui forme la cinquième partie du monde. Il en sera parlé en détail dans la description de ces îles; il serait trop long de les énumérer tous, puisque la seule île de Java en renferme dix-sept.

Les autres chaînes volcaniques sont loin d'être aussi étendues. La mer des Indes en a une« C'est à elle qu il faut rapporter le volcan de l'île Barren, à l'est de la Grande- Adaman , et les pics volcaniques qui paraissent exister dans l'Himalaya et dans ses dépendances dans l'Indo^Cbine , ainsi que le volcan sous- marin, 3 lianes à l'est de Pondichéry , dont l'éruption fut observée par le Voyageur Prior en 1757. Le volcan de l'île méridionale ou Amsterdam, dans le petit groupe de Saint-Paul et Amsterdam; le formidable volcan de l'île Bourbon, et les jets d'eau chaude dans l'île de Madagascar, sont les autres élémens connus de cette chaîne, dont les anneaux sont à de grandes distances les uns des autres.

Le golfe d'Arabie baigne les pieds du volcan de GebeU Tar. Les environs de la mer Morte, et toute la chaîne de montagnes qui parcourt la Syrie, ont été le théâtre des éruptions volcaniques. U semble permis de lier ces deux faits.

Une vaste bande volcanique occupe la Grèce , l'Italie, l'Allemagne et la France. On connaît les fameuses révolutions de l'Archipel grec, et ces îles nouvelles produites par des explosions sous-marines. Bientôt les célèbres sommets de YÈtna se présentent à nos regards; cette montagne brûle depuis 3,3oo ans s elle est cependant entourée de volcans éteints qui paraissent beaucoup plus anciens. Les îles de Lipari semblent devoir leur origine aux volcans qu'elles renferment; du moins l'histoire fait meation de la production de quelques-unes de ces îfes. Le Vésuve n*a pas toujours été le seul mont ignivome du royaume de

Naples; on vient d*en découvrir un beaucoup plu$ grand, mais éteint, près de RoccorFina. On place dans le même rang la Solfatara. Les lies Ponces sont un produit volcanique ; les catacombes de Rome sont creusées dans des laves ; la Toscane est remplie de sources chaudes , solfureuses y et d'autres indices de volcans. Arduim a observé aux environs de Padoue, de Vérone et de Ficenee, un grand nombre de volcans éteints; la Dtdmatie en a plu* sieurs, ainsi que la Hongrie. L'Allemagne renferme un grand nombre de volcans éteints, dont les mieux reconnus sont ceux de Kamberg en Bohême, de Transberg près de Gottingue, et ceux près de £onn AAndemach^&xvXeshoiAs du Rhin. La partie méridionale de la France est remplie de volcans éteints , parmi lesquels le mont Cantal, leJPu;^de-Dâme, le mont d'Or> en Auvergne, ont obtenu une grande célébrité.

L'Océan Occidental n'est pas, comme le Grand-Océan, ceint d'une chaîne de monts ignivomes; mais il renferme dans son sein même plusieurs groupes. Si la principauté de Galles , File de Stafia , et quelques autres parties de l'Ecosse et de l'Irlande, ne contiennent, pour certains géologues, que de$ preuves équivoques de l'existence des volcans éteints, l'Islande nous présente son Hécla, sou Kotlouguia et six autres volcans, qui s'élèvent du sein des neiges éternelles; ce foyer volcanique est un des plus actifs du globe; le fond même de l'Océan est agité, et les flots portent souvent des champs entiers de pierre ponce, ou même cèdent, en bouillonnant, leur place à des Iles nouvelles. Plusieurs circonstances font présumer qu'il j a quelques volcans dans l'intérieur du Groenland. CtAt contrée glaciale éprouve des secousses de tremblemens de terre. A l'est de cette r^on glacée, l'île de Jean Majen s'élève au-dessus des abtmes polaires , et nous montre, dans le mùnlEsk^ le volcan le plus boréal du globe connu.

Le milieu de l'Océan Atlantique recèle un autre foyer volcanique : les Açores et les Canaries en ont éprouve les effets. Le pic de Ténériffe^ qui a 1900 toises d'élévation ,

DE GÉOQIUPBIE. 3^9

est un des volcans les plus âevés de Tancien monde. Il est très-probable que Lisbonne a dans son voi^nage un volcan sous-marin.

Les Antilles ont maintenant trois volcans brûlans, dans les îles de Saint-Fincent^ de Sainte^Lucie et de la Guadeloupe, sans compter la Solfatare de Nevis et autres tles. La Trinité oiTre, selon M. de Humboldt, les phénomènes volcaniques qui rendent si remarquable le TurbacOj aux environs de Garthagène, dans la Colombie.

On peut encore citer quelques volcans épars, ou qui appartiennent à des groupes peu connus. Tels sont le mont Elburtz en Perse, les volcans éteints de la Daourie, reconnus par Patrin ; peut-être quelques volcans au nord de la Chine : les montagnes de Tourfan et de Bisch-Balikh, presqu'au milieu de l'Asie Centrale, qu'un célèbre orientaliste, M. Abel Remusat, vient de nous faire connaître comme des volcans actifs, et qui sont les monts ignivomes les plus éloignés de la mer que Ton connaisse \ le volcan de nie Fuego, dans rarchipel du Cap-Vert; ceux que les auteurs portugais indiquent dans la Guinée, le Congo et le Monomotapa ; enfin le volcan du groupe du marquis de Traverse, découvert dernièrement par les Russes , et remarquable pour être la montagne ignivome, bien connue , la plus méridionale de tout le globe.

Il résulte de cet aperçu général des principaux volcans, que le plus grand nombre se trouve dans le voisinage de la mer et dans les îles. Cependant il y en a beaucoup qui ne paraissent pas avoir de communication avec la mer. Un autre fait général , c'est que les cratères des volcans s'ouvrent dans toutes sortes de terrains granitiques, schisteux, argileux, primitifs ou secondaires, le plus souvent cependant dans les terrains de por^yre primitif et feuilletée ; mais rien ne nous éclaire sur une autre question bien plus intéressante, savoir, dans quel terrain est le foyer de ces terribles feux. La solution de cette question tient, à celle de l'origine du feu volcanique, laquelle a été discutée depuis bien des années, sans qu'on ait pu

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8*accorder. On peut dire cependant que plusieurs gaz, Teau en vapeur^ Félectricitë et le magnétisme , paraissent devoir être considérés comme les causes pribcipales de ce teirible phénomène de la nature.

Peu de volcans actuellement brûlans offrent tous les phénomènes connus. Les uns ne donnent que des laves ^ des scories, et jamais des pierres ponces; les autres, au contraire, en rejettent des quantités quelquefois énormes. Il en existe qui ne vomissent que des eaux et des boues; ce sont ceux qu'on appelle communément salses ; on en trouve dans les environs de Modène^ dans Ftle Taman, près de la Crimée, et à Kertsih, dans cette presqu*tle; k Macaluba en Sicile, entre Aragona et Girgenti , est le plus célèbre de ce genre. Enfin , il y a des volcans qui donnent seulement de Tair ou des gaz d^une pureté que nous ne pouvons égaler dans nos laboratoires, malgré le perfectionnement de nos appareils. C'est dans cette classe q[a'on peut ranger les terrains ardens, unis ou moqtueux, qu'on trouve en différentes contrées, où depuis long-temps ils jouissent d'une grande célébrité. Ils doivent leur origine au gaz hydrogène pur, ou combiné avec d'autres substances. Ceux deBarigazzo et de Pietramala, dans les Apennins; ceux de Siunt-Barûiélend , dans le Dauphiné, et ceux de Bakou, dans le Daghestan , sont les plus connus. D'après le» savantes recherches de M. de Humboldt^ iJ paraît démontré qu'il existe des rapports entre l'énergie des éruptions, le diamètre du cratère, et la hauteur do cône; selon ce physicien célèbre, ces éruptions sont d'antant plus fortes, que le cône volcanique est plus élevé, et le cratère plus vaste ; et elles sont d'autant plus fréquentes que le cratère est moins élevé. Ces principes , aussi nooveaux qu'importans , sont confirmés par l'examen de^ éruptions comparées du Stromboli, du Vésuve, de l'Etna, et des volcans de l'Amérique.

Tout ce qu'on a dit des lies créées ou englouties par le» volcans démontre d'une manière incontestable l'existencc des volcans sous-marins, qui tantôt forment, tantôt dé-

truiseiit les boi'ds de leur cratère. Le voisinage' de Ttle de Santorin dans UArçhipel, les parages des îles de Lipari, ceux des Açores*, de l'Islande, des Aleutiennes, et autres , fournissent de nombreux exemples de ces sortes de révolutions. Il est aisé d'en conclure que les tlots réellement créés ou détruits par des volcans ne peuvent être que d'une très-petite dimension y et que les prétendues catas^ trophes de T Atlantide et de la Frislande, dont on a ^'ailleurs donné la véritable explication dans le Précis, ne sauraient être attribuées à des éruptions volcaniques par des hommes accoutumé à examiner avant de croire.

Un phénomène terrible, intimement lié avec les éruptions volcaniques, demande notre attention. Nous voulons parler des tremblemens déterra,, de ces mouvemens convulsifs qui ébranlent la surface de la terre, soit en suivant une direction horizontale, par des ondulations semblables à celles de la mer; soït verticalement , lorsqu'une paitie du terrain est soulevée, l'autre engloutie; soit enfin circulairement, lorsque les masses pesantes des rochers et de terre se tournent comme sur un pivot. Telles sont les trois espèces de mouvement distinguées par les Italiens, qui s'y connaissent*

Les tremblemens de ten e produisent les effets les plus désastreux ; ils changent souvent la surface d'un pays de manière qu'il est difficile de le reconnaître. D'énormes crevasses semblent découvrir aux yeux des vivans l'empire des ombres ; ces fentes exhalent des flammes bleuâtres et des vapeurs mortelles ; avec le temps elles donnent naissance à des vallées nouvelles. En d'autres endroits, les montagnes sont englouties ou renversées ; souvent détachées l'une de l'autre , elles glissent sur des terrains plus bas ; et comme leur force d'impulsion redouble par chaque mouvement, ces rochers ambulans franchissent des vallons et des collines. Ici le vignoble entrain^ descend de sa hauteur, et vient se placer au milieu des champs de blé; là, des fermes avec leurs jardins, dé^chées en masse, viennent se joindre à des villages éloigna. Autre part, de

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nouveaux lacs sont creusés au milieu des terres ; Ik , des rochers, jusqu'alore invisibles, élancent soudain leurs hu* mides sommets du sein de la mer écumante. Des sources tarissent, d(BS rivières disparaissent et se perdent sous terre ; d'autres, arrêtées par les débris des rochers, se répandent et forment de vastes marais. Des sources nouvelles jaillissent des flancs déchirés de la montagne; les fleuves naissans, dans leur jeunesse impétueuse, s'efibrcent de se creuser un lit à travers les ruines des villes , des palais et des temples. L'humble cabane, ou la tente légère, devient Tasile des malheureux qui ont échappé à cette terrible catastrophe.

Les causes de ce terrible phénomène , dont aucune partie du globe ne semble être exempte, mais auquel le Pë^ rou, le Chili, et autres contrées, sont le plus souvent sujettes, ne sont pas bien connues. Les géologues et les physiciens les plus célèbres s'accordent à Tattribuer prin* cipalement au fluide électrique.

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