‹ Traité élémentaire de géographie, contenant un abrégé méthodique de Précis de la géographie universelle en huit volumes ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'un aperçu de la géographie ancienne, sacrée et profane;Chapitre 34 sur 142 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

De l'homme physique.

La. terre dominait au-dessus des mel^^ les nuages ovoy aient leur douce rosëe; les ruisseaux serpentaient dans la plaine; les forêts revêtaient les flancs de la montagoe; les fleurs ëmaillaient la colline; dans les airs et au fond de Tocéan, et sur toute la surface du globe, les animaoi divers se livraient aux mouvemens de leur inteUigeoce imparfaite. Mais aucun être ne concevait la majestueuse harmonie de ce vaste univers qui venait de naître; aucune pensée I libre et immortelle, ne planait au-dessus de toute cette poussière animée; aucun œil ne s*élevait^ humide de larmes pieuses, vers la source étemelle de la vie. Le créileur du monde voulut qu il existât des êtres capables de comprendre son divin ouvrage, ^Vhomme naquit.

L'homme (0, considéré par la plupart des naturalistes comme formant un genre isolé, se rapproche tellement des autres mammifères par sa conformation générale, notamment par la construction de sa charpente osseuse v^, qu*un de nos premiers savans croit qu'on doit y adjoindit le genre orang C^). Pris en masse , la supériorité de Thoaune est immense et incontestable sous le rapport des facultés intellectuelles; mais cependant, si Ton examine quelque» peuplades incultes et jusqu'ici presque entièrement inlu-

(i) Noos derons la rédaction de ce cbapiu>e, pour la partie relative à U clMsificatîon desTarîctés deTespèce hamaliie, k Tobligeance do aorant dot' tear Gamot, naiuralisie et médecin de la CotfuiUe^ dans aoa cxpcdibBa aaioor da monde.

(a] Voyez les Considérations anatomiqoes sur le bassin des raoe nés, publiées par M. le docteur Yrolik, professeur k Âmsterdaoï.

(3) Bory de Saint-Vincent {Essai xoohgique surUgettre ànmain).

DB GÊOGBAPHIE. 3^g

biles à la civilisation, les différences tfeffacenl à tel point, que certaines races ne s'élèvent que très-peu au-dessus de la brute, abstraction faite du langage articulé^ qui établit une véritable ligne de démarcation.

Quoique l'espèce humaine, dit le célèbre M. Cuvierv paraisse unique, puisque tous les individus peuvent se mêler indistinctement et produire des individus féconds, on y remarque de certaines conformations héréditaires qui constituent les races.

Les savans ne sont point d'accord sur le mode de distribution des variétés dans lé genre humain. L'immortel Buffon n'admet qu'une espèce humaine. Linné, qu<Mque partageant la même opinion, a adopté cinq vaiiétés. lo Y américaine brune ^ a© V européenne blanche, 3© J'ojiotique jaune, 40 Xafricàine noire, 5o la monstrueuse.

Blumenbach en établit de même cinq ; lO caucasienne, nomongoliçue, 3» éthiopienne, 40 américaine, 5o malaise.

Le savant professeur M. Duméril, dans ses Élémeas des sciences naturelles, reconnaît également cinq variété principales : i» la caucasiçue ou arabe européenne ao Yhjrperboréenne, 3© la mongole, 40 la nègre, 5o taméricaine. M. Cuvier ne considère dans les variétés de l'espèce humaine que trois races éminemment distinctes : lo la blanche ou caucasiçue, ao \^ jaune ou mongoliçue, 3o la nègre ou éthiopiçue.

M. Virey, dans le Dictionnaire de Déterville, reconnaît deux espèces qu'il caractérise par la mesure de 1 angle facial, et décrit six races : i» blanche, a» basanée, 3? cuivreuse^ 4^ brune foncée, 5© noire, 60 noirâtre.

M. Desmoutins les porte à onze : xo Ceho-Svhyth-jirabes, a^ Mongols^ 3» Éthiopiens, 4^ Euro-Africains, 50 Austro- Africains , 60 Malais ou Océaniques, 70 p^pous, 8* Nègres océaniens, 90 Australasiens , loo Cblombiens, xio Américains.

M. Bory de Saint-Vincent, dans son ouviage sur l'Homme, propose encore un plus grand nombre de divisions. D en fait quinze espèces : lo Ujapétique, subdivi- I- 24

3no TUAITÉ ÉLÉMENTAiRE

sée en quatre races; a» V arabique^ qui comprend da races; 3» Xhindoue, 4«> la schfthiçue, 5» la sinique^ 6« \k perboréerme, 7® la neptunierme, divisée en trois raci 80 Yaustralasienne ^ 9«> la colombique, io«> Vamérictùn n^la patagone, i^^^ Y éthiopienne^ l'i^ldL cafrc, i4«l mélanienne, 1 5» la Aotte/itote.

Sans prétendre juger le mérite de ces difTëi^ntcs daâJ ficatioDS, on s'en tiendra à la plus simple, celle qui ^ pare l'espèce humaine en trois gi*andes divisions, à car*! lères fortement tranchés, savoir :

!•. Race blanche j dite caucasienne; a» r^ce Jaune olivâtre mongolique ,• et S» race nhgre ou éthiopienne,

La première a son centre principal en Europe et it l'Asie Mineure, l'Arabie, Ja Perse et l'Inde jusqu'au Gar, et l'Afrique jusques et y compris le Sahara. La deuxièsr comprend tout le reste de l'Asie, et a en quelque sorts > foyer sur le plateau de la grande Tartarie et du Tibet E* paratt avoir peuplé originairement l'Amérique du >'or. Enfin la dernière couvre la plus grande partie de l'Afrij* et quelques îles de la Nouvelle-Guinée , la terre des h pous, la Nouvelle-Hollande. On croit devoir s'abstenir i. reproduire dans cet ouvrage les nombreuses recbcrc-^ qui ont été faites pour démontrer que ces trois races àc cendent de Cham, Sem et Japhet.

lo La Race Blanche, Arabe-Europkenne, CKvchsass. à laquelle nous appartenons, se reconnaît principalemi?:: à la forme ovale de la tête, à la couleur plus ou moiosLIac* che, au nez généralement droit o\i à peu près ; à k boocbe moyennement fendue, aux lèvres petites, plus oa mois» rouges et jamais grosses; aux dents placées verticaleioest Les traits de la physionomie sont ordinairement r^olîe^ ce qui fait regarder cette race comme la plus bdle d i* plus agréable. C'est à elle qu'on rapporte les Circassie^ nés les Lesghiennes, lesMingréliennes et les Géo^gienoe^ femmes qu'on admire pour leur beauté. C'est aussi daoâla race caucasique que l'angle facial est le plus développa il est de 80 à 90.

DE GÉOGRAPHIE. S^t

^ On divise cette race en plusieurs familles (0. La pre- 'miere^ iW€ibiguej comprend les Arabes du désert ou les 'Bédouins^ les Hébreux, les babitans du Liban, les Syriens, 'les Ghaldéens, les Egyptiens, les Phéniciens, les Abyssins, les Maures et les Marocains.

La deuxième famille, Hindoux^ comprend les habitant du Bengale , de la côte de Coromandel , lès Malabares , \es peuples du Candahar et autres.

' La troisième, Schythes^ est composée de nations qui habitent la chaîne du Caucase et des environs de la mer Caspienne, les Circassiens et les Géorgiens, les Scbythes, 'les Parthes, les Afghans, les Cosaques, les Usbecks, les :Tschérémisses, les anciens Moscovites, les Turcs, les Hongrois; les Finlandais reconnaissent également la même origine.

La quatrième souche, purement européenne, se com- :pose de toutes \es familles celtiques. M. Bory de Saint- Vincent en fait i<> la race pelage (méridionale); 20 la raceeeltigue (occidentale); et 3^ la germanique (boréale). Cette dernière comprend deux variétés, la teutone et la slavone.

La première, /?é/age, comprend des peuples d'une taille moyenne ( 5 pieds 3 pouces environ); la tête, petite, par rappo;*t au corps, est garnie de cheveux fins, bruns, châtains, rarement blonds, très-longs ; le nez est droit, les yeux sont grands et gros; le teint, ordinairement blanc , présente quelquefois des nuances brunes.

C^est de cette branche que les Grecs et les Romains tirent leur origine.

La deuxième, celtique, se compose de peuples dont la taille est plus élevée ( 5 pieds 5 pouces, taille moyenne). Elle se reconnaît à des cheveux moins longs, châtains foncés, quelquefois rouges ou bruns, très-fournis^ assez fins; la barbe fournie ; le front bombé sur les côtés; le nez

(i) Virey, article Homme^ du Dictionnaire des sciences médicales.

372 TRAITÉ ÊLÉMERTâinE

rectîligne; la boache moyenne; les yeux gënëralement noirs ou bmns, quelquefois gris; la peau, moins belle que dans la race pékge^ est souvent d'une pâleur jaunâtre; les membres bien proportionna.

Le rameau celtique comprend les peuples d*origiDe tudesque et gothique. On ea retrouve encore des rejetons dans les Highlandais des lies écossaises , les Gallois d'Angleterre^ les Bas-Bretons de Textréme Axmorique^ et les Basques des Pyrénées centrales.

l troisième, germanique^ est celle qui présente ks hommes dont la stature est la plus haute; leur taille moyenne s'élève à S pieds 6 à 7 pouces. Ils sont d'un tan* pérament lymphatique^ la plupart fort gros; lenr teint est d'une blancheur éblouissante, quand il n'est pas blafard ; leur face est arrondie ; leurs yeux sont common^ment bleus; leurs dents très-souvent mauvaises; leurs cheveux très*fins , presque plats et par grosses mèches de longueur moyenne, blonds dorés ou jaunes, et blandiissant fort tard. Les femmes sont remarquables par l'édat At leur carnation et l'ampleur de leurs formes. Elles sont rarement nubiles avant 16 à 17 ans.

Variété teutone. Les Teutons, sous le nom de Cimbres. occupèrent la presqu'île du Jutland, pénétrèrent jusque dans la Scandinavie, y devinrent ces Suénones appelésde puis Coths, et furent la souche des peuples qui habiteot actuellement la Suède, la N<M^ége et le Danemark. Lis* lande a été aussi peuplée par des hommes de la variée teutone.

Variété sclauone. Se compose d'hommes venus probablement des monts Krapacks. C'est de cette variété que descendent les Sarmates, les Lithuaniens, les Rosses, les Bohèmes, et une foule d'autres peuples compris dans b famille slave de M. Balbi.

lo La Race Jaune on Monoolique se reconnaît h U face large, carrée, aplatie, des peuples qui la composent, les éminences de la tête paraissent en général moins prch noncées, parce que les os de la pommette sont plus âevé5

OB GAOGRilPHIE. ^73

le ne& plus enfoncé, plus plat, gros et écrasé à sa racine; les narines sont très-ouvertes sur les côt&; l'angle facial n*est pas ouvert au-delà de 8oo à 85* ; les yeux sont placés obliquement et semblent bridés par les paupières; la couleur de la peau est olivâtre ou basanée ; les cheveux sont noirs, droits , longs*

Cette race, qui parait tirer son origine des monts Altaï, offre trois rameaux principaux et plusieurs va* riétés.

Le premier nuneau comprend une foule de hordes mongoles de la grande Tartarie , surtout au-delà de Tir* tisch, lesKalkaSylesKalmoucks, les Bourètes, etc. Cest sous les Gengiskhan, les Koublaï, les Tamerlan, que ces peu-' pif s fondèrent les plus vastes empires du monde.

Le deuxième rameau , qui s'étend vers les parties méridionales et orientales de l'Asie, se compose des Chinois; des Coréens, des Japonais, des Cocfaînchinois, etc. Les Chinois se sont répandus dans les îles de la Sonde , des Moluques, des Philip|ânes; on en voit jusqu'à Sainte-Hélène, où ils sont assez nombreux relativement à la population européenne.

Les caractères physiques de ces peuples sont : cheveux droits et noirs, dair-semés comme la barbe; quelques-uns laissent croître les moustaches, ce qui est chez eux un caractère de dignité; les yeux obliquement placés, les oreilles élevées, la bouche grande, le nez légèrement épaté, les lèvres épaisses; la peau jaune-paille.

Le trois Ame rameau (espèce et race hyperboréenne de MM. Bory de Saint-Vincent et Desmoulins) , remarquable par la petite taille et les traits grossiers raboo^pis des peuples qui le composent, comprend les Kamstchadales , les Tchouichis, les Qstiaques, les Tunguses^ les Samoièdes, une partie des Lapons, les Esquimaux et les Groënlandais. Ces hommes, dont la stature ne s'élève guère au-delà de 4 pieds ; (taille moyenne), sont trapus, quoique maigres; ils ont une tête énorme, un visage foit large et cour^, aplati vers le front, des yeux écartés l'un de l'autre, un

374 TRiMTÉ ÉLÉMENTAIRE

nez écrasé, une bouche très-grande , peu de barbe ^ des clieveux plats, durs et noirs ^ les yeux noirs, la peau enlbmée. Les femmes sont hideuses : leurs mamelles, molles et pendantes, oi^t la forme d'une poire.

il est à remarcpier cependant que les caractères physiques et moraux de ces peuples oITrent des différences notables; mais peut-être doit^n les attribuer à rinfluence des peuples qui les avoisinentv

Variété malaise. On désigne sous ce nom les peuples qui habitent la péninsule de Malaca, les nombreuses îles qui constituent les archipels des Philippines, des Molu* ques, des Célèbes, de la Sonde, les Mariannes, File de ' Timor ; on en retrouve encore à Madagascar, sur les terres des Papous au sud, et à la Nouvelle-Guinée. Les naturalistes qui ont fait dernièrement le voyage de circumnavigation sur la corvette la Coquille ne partagent pas l'opinion de la plupart des savans qui comptent au nombre des Malais les Taïtiens, les Sandwichiens, les Mendocins et les Nouveaux -Zélandais. Ces derniers peuples différent des autres par leur conformation physique, leurs arts, leui^ usages et leur langage.

MM. Garnot et Lesson ont proposé d'en £aûre une variété sous le nom d'Océaniens (0. M. Bory de Saint» Vincent les range dans l'espèce neptunienne, et en fait une race qu'il nomme Océanique.

Les Malais [?) sont d'une taille moyenne, de coolear cuivre rouge, assez bien pris dans leurs formes; leurs die* veux sont longs, unis, luisans et noirs; leur face est aplatie, leur nez épaté; leur bouche est grande; leurs lèvres un tant soit peu épaisses; leurs dents bien rangées, teintes en rouge passant au noir^ ce qui provient sans doute de ^'usage de mâcher du bétel mêlé avec de l'arec et de la chaux. Les femmes ont des formes arrondies et courtes, la goi^e bien faite dans le jeune âge, une chevelure rude et

(0 Voyage autour du monde de la corveUe la Coquille, zoologie, ( t) Jouraal de M. le docteur G.....

DE GÉOGRAPHIE. i'jS

très-noire, une bouche très-ouverte. L*ensemble, sans être aussi bien que quelques voyageurs Font avance, n'est pas toutefois dénué d'agrémens.

Le Malais est rarement à Tétat complet de nudité ; les plus misérables s'entourent les reins d*un marrot ou d'un pagne. On ne voit que les enfans qui soient quelquefois nus. M. Gamot observe qu il n'en a point vu qui fussent circoncis.

Rameau océanique. Ce rameau habite la majeure partie des îles de la mer du Siid ; tels sont le groupe de la Société, les Marquises, les Miilgraves, les Sandwich, les Amis, les Fidgi , la Nouvelle-Zélande et Tîle de Pâques.

Les habitans de Taïti (i), pris pour type des Océaniens, sont généralement btenJàits; ils ont la figure ovale, le front découvert et aiTondi, les cheveux noirs, lisses, non crépus; Tœil bien fendu, surmonté d'un sourcil très-four ni; un nez moyen, légèrement épaté ; la bouche un peu grande, le menton arrondi, les lèvres épaisses, le teint basané ou cuivre rouge; Vangle facial aussi ouvert que celui des Européens; le col gi*os, cependant bien propoitionné ; les jambes bien dessinées.

La plupart des voyageurs ont consigné dans leurs ou* vrages que les Taïtiens avaient une stature de 6 pieds; M. Garnot, qui en a toisé on grand nombre, n'en a pas rencontré qui eussent plus de 5 pieds 9 pouces. La taille ordinaire est de 5 pieds 4 è 5 pouces.

Taïti , anciennement désignée sous le nom de la nouvelle Gythère, n'offre. plus de Vénus au^ yeux des voyageurs.

Néanmoins, dans le printemps de Tâge, quelques femmes sont attrayantes : la blancheur de leurs dents et leurs yeux agaçans donnent du piquant à leurs traits basanés (jaune-citron clair); leur main est vraiment belle. A la Nouvelle-Zélande , les femmes Sont moins bien qu'à Taïti;

( I ] Sont compris sous ce nom les naturels des lies de la Société.

376 TfiAlTÉ ÊIiÉMEl^TÀIRE

les habitans des tles Meadoce et de Rotouma sont , à ce (ju*on rapporte, les Oc^iem les mieux faits. M. Lessos dit que les naturels de Rotouma ODt une physionomie douce, des traits réguliers, une chevelure longue , relevée sur le derrière de la tête en grosse touffe; leurs meinbres sont bien proportionnés ; ils pourraient servir de modèle» à un statuaire.

Le tatouage est généralement répandu parmi les Océaniens.

Fariété ou race améncame. Cette variété, qui hahiu le vaste continent d'Amérique, n'offre pas de caractères assez tranchés pour en faire une race à pail. M. Bory de ^aint**yincent range les espèces propres au Nouvean- Monde sous trois che6 : i^ espèce colombiiptei %• espèce américaine^ 3^ espèce patagone. On donne généralemenl pour caractères physiques aux Américains un visage large, triangulaire; une peau couleur rouge cuivré; des cheveux noirs, plats, longs; une barbe rare; un nés épa^é et saillant. C'est à cette variété qu'on rapporte les Péruviens, les Mexicains, les Araucanos, les Patagons, les Paet ches, les naturels du Paraguay, de Buénos-Ayres, du 'B^ sil.hesBotocudos de cette dernière région, souvent presque blancs, ressemblent plus à la race mongole que les autres Américains, Bien qu'appartenant à la même variété, les Ai*aucanos et les naturels du Pérou diffèrent beaucoup entre eux, sauf la couleur bronzée de la peau, qui est la même chez les deux peuples (0. Les Araucanos sont grands, fort bien musclés, tandis que les Péruviens sont flos grêles et d'une plus petite stature. Dans les premieis, la face est large et pleine, plus arrondie en b^ que vers le haut; l'expression est aussi féroce qu'elle parait douce dans I4 figure des Péruviens^ dpnt les traits sont plus réguliers.

Les Patagons, relégués au-dessous du 4<>^ sud vers lex-

( 1) Le doetear G ( Journal dc0 Toytgefl , leptcabie 18217).

trdmité deTAmérique Méridionale, sont remarquables par leur taille gigantesque, qui dépasse ordinairement 5 pieds I o pouces, et même 6 pieds de hauteur. Leur teint est basané^ leurs cheveux, plats, bruns ou noirs, sont généralement longs.

3o Race Noire ou Nègrb- Éthiopienne. M. Bory de Saint-Vincent considère cette race comme appartenante aux espèces éthiopienne, cafre, mi^lanimne^ hottentote, australasienne et neptunienne.

La race nègre habite tout le mkli de TAfrique, forme des mélanges avec les Maures de cette partie du monde, vit sur la grande île de Affidagascar et sur les terres des Papous, dans le$ il,<9s Hébrides, Saloipon, 3cbouten, dans la Nouvelle-Holiande et la terre de Van-Diémen.

Cette race a le teint noir ou noirâtre, les cheveux crépus, frisés, laineux; le crfine comprimé; le nez épaté, écrasé et gros; son museau saillant, et ses grosses lèvres la rapprochent,. dit M* Cijivier, manifestement des singes. L'angle facial est de 70^ à 7 5^. Cette race peut être divisée en plusieurs rameaux (0.

10 Rameau éthiopien ou nègre proprement dit. Il se compose des Joloffes, des FoMlhas, des peuplades da Sénégal, d'Angole , du Congo, etc.

Les traits de ce radeau sont tellement caractérisés, qu'on reconnaît un Ethiopien au premier regard. Sa peau est de couleur foncée, ses cheveux laineux; la boite osseuse du crâne est très-étroite en avant, aplatie sur le vertex, arrondie dans la région postérieure vers laquelle est reculé le trou ot^eipital ; les dents incisives sont implantées oblirjuemei!^; les pomimettes saillantes, les lèvres épaisses; le nez large et épaté; les hanches saillantes; les reins cam-^ brés; les extrémités inférieures très-courbées. Chez les femmes 9 les mamelles sont tellement pendantes, et le mamelon est si aloagé, qu'elles peuvent, disent certains

(1) M. Uflson, Mnuel d« mammologie.

378 TRAITÉ ÉLÉMËK TAIRE

voyageurs, donner à téter à leurs enfans par-dessus les épaules. M. le docteur Busseuil, médecin de la marine qui a été près de trois ans sur les côtes d'Afrique, assure qu*il n*a jamais vu mettre en pratique ce mode d*allaite* ment. Les Nègres exhalent une odeur sui generis ^u^on sent de loin.

C'est de Talliance de ce rameau avec les Européens que proviennent les mulâtres qui peuplent en glande partie les colonies.

2» Rameau cqfre. Il habite dans la paiiie orientale de l'Afrique, depuis la rivière du Saint-Esprit jusqu^au détroit de Bahcl-Mandel. On en retrouve encore à Madagascar. La colonie du Cap s*accroissant de jour en )6or, les Cafres sont repoussés danâ Tintérieur. Ils ont un teint moim foncé, gris noirâtre, moins luisant, une face moins proéminente, des traits plus réguliers et plus beaux , noe odeui moins forte que les nègres éthiopiens. Ils sont bien constitués, grands. Le Vaillant dit que ceux qu'il a vus n*avaîaH pas moins de 5 pieds 5 pouces, et qu'en général ils ont 5 pieds 8 pouces de hauteur.

3^ Rameau hottentot. Les Hottentots habitent la poinii méridionale^de l'Afrique, en dehoi*s du tropique. Ce ra> meau, dit M. Bory de Saint- Vincent, fait le passage (h genre homme aux genres orang et gibbon, conséquemment aux singes. Les peuples connus sons ce nom soo*. les Namaquois, les Coranas, les Boscbismans, les Hotle»tots, proprement dit, les Gonaquois et les Hoaxouana> Les Hottentots, proprement dits, font journeUemenl <kb alliances avec les nègres de Mozambique ; d*où il résuk que dans peu d'années on n'en retrouvera plus à TéUt àc pureté.

On reconnaît en général les Hottentots aux caFaclirr> physiques suivans : le front proéminent, surtout en batii. le vertex aplati; les cheveux noirs ou noirâtres, comU laineux; peu de barbe; les sourcils minces, peu proooi:* céj;les yeux écartés l'un de l'autre, à demi feiincs;!^

DE GÉOGEAPHIE. 379

lèvres épaisses, projetées en avant; le nez écrasé etlai*ge; la couleur de la peau est lavée de bistre et plus ou moins jaunâti'e^ mais jamais noire; Tangle facial a au plus 760; la figure est généralement rabougrie.

Le savant M. Lichtenstein assure que, comme dans les macaques , les os du nez chez les Hottentots sont réunis en une seule lame écailleuse, aplatie et beaucoup plus large que dans toute autre tête d'homme : la cavité olécrânienne de Thumérus est aussi percée d*un trou. Lesfemmes, plus hideuses encore que les hommes, sont aussi beaucoup plus petites, proportions gardées. Leurs mamelles sont pendantes, et les nymphes ou petites lèvres fort alongées. Cest à cette disposition dans les organes de la génération qu'on a donné le nom de tablier.

Tout bruts que soient les Hottentots, le gouvernement anglais est parvenu à leur faire apprendre quelques aits mécaniques. M. le docteur Gamot, pendant son séjour dans le district de Zwellendam (août 18124)9 ^ ^^ divers ouvrages confectionnés par eux, et qui étaient faits avec assez d'habileté.

4^ Hameau papou. Les Papous ^0 habitent les tles nombreuses des Hébrides, la Nouvelle-Calédonie, hi Nouvelle^ Irlande, la Nouvelle*Bretagne, Tile dTork, la Nouvelle* Guinée, Waigiou. Cest en quelque sorte une variété hybride.

Les naturels de Waigiou (a) sont d'une constitution grêle et délicate. Us sont généralement petits : sur ao individus, un seul présentait une taille de 5 pieds 2 pouces; la taille moyenne était de 4 pieds 6 pouces à 4 pieds 9 pouces; les dievenx lisses et droits chez les uns, crépus chez d'autres, chez quelques-uns intermédiaires, sont généralement noirs et épais, formant des masses rondes, globuleuses , qui font paraître la %ure trè&-petite. On voit des naturels qui les

(1) Consul lez la Zoologie du Tojage de rUranté, par MM^ Quoi et Gai mrd.

(3) Le docteur G (Journal des yojages, mari 18^7.)

38b Taàn*É ÉLélfElITAlRE

nouent par-derrière; ce qui forme alors une toufle extréordinaire. Ils laissent croître leurs favoris et leurs moustaches; Fangle facial (Oest au ntaximum de 690, et de 6: à 64^ au minimum.

Les habitans de Yan-Diémen, que M. Lesson noauL les TasmanienSy ont une conformation physique semblable à celle des Papous.

Les naturels de la NouveHe-HoUande^ dont M. horji Saint^Vincent fait son espèce australasienne (j^ifouna australasienj Lesson), sont sans contredit les peuples k: plus hideux qui soient connus.

Les naturels des tribus des entrons de Sjàney^Coft t' de Paramatta sont (*) d*une taille moyenne; on eo toi quelques-uns cependant dont la stature a^élève à 5 piec: 6 pouces; la couleur de leur peau n^est pas d'an beau noir, on ne peut mieux la comparer qu'à celle du café au L fonce en couleur. Us sont génëralement d^uoe constitttion grêle et énervée. .Ceux qui habitent rintërieur t qui se nourrissent de chasse ont le sjrstème musculair. plus développé ; les cheveux, non laineux comme cou de nègres éthiopiens, sont durs, noivs, très^épais, tantôt à^ posés en mèches frisées $ tantôt très*comts; la barbe ^tî apparente sur les côtés du menton que partout ailleurs; !« visage est plat dans le liant, le neas épaté, large; la boock saillante ; les lèvres épaisses; Fangle facial est de 61^^67*

Il y a^ indépendamment des races énoncées ci-dess) des variâés accidentelles dans le genre humain ; \t&Jà^ nos de FÂfrique , les Cagots des Pyrénées, et les Crvtx^ du Valais.

Ces variétés peuvent être considérées comme le réaik: d'affections maladives.

Les nombreuses races répandues sur la sorfiàce du g^ diffèrent essentiellement par la couleur de la peau et à^

(t) L*«ngle résulte de detuL lignes partant dea dents înctsâTca cl se rendant 4 Tune à la racine da nez, et Fantre au trou anditilL (a) lournal de M. €».....

JDE OtOQKk^niZ. 3^1

ebeveux. Les variétés de cooltor dépendent-elles de Tinfluence des circonstances extérieures? H est certain que les chaleurs brûlantes du soleil font éprouver à la peau des changemens notables; mais die revient à son état primitif, si on la soustrait à Faction des rayons solaires.

Transportes des familles nègres en Europe et des Euro* péens au Congo, vous ne verrez point les premiers devenir blancs et les derniers noirs. Les cheveux varient aussi singulièrement suivant les pays^ la latitude , les climats 6t les races. Leurs couleurs principales sont le noir, le blond ,' quelquefois le rouge de feu : ces trois couleurs présentent un grand nombre de nuances.

M. Desmoulins , dans son excellent ouvrage sur l'histoire des races^ relate des faits qui tendent à prouver rinvaria** bilité de la couleur de la peau et des cheveux , quand les races sont restées sans mélange.

La couleur de la peau réside, disent la plupart des naturalistes et des anatomistes^ dans le réseau muqueux ou de Malpighi , placé au-dessous de Tépiderme ou cuticule. L'absence de ce réseau explique pourquoi les cicatrices ont chez les nègres la même couleur que chez les blancs. Le crâne offire autant de formes variées qu'il y a de races ou d^espèces d'hommes sur le globe.

M. le docteur Gall pense que les facultés intellectuelles impriment à la surface extérieure de cette boite osseuse des éminences en rapport avec les fonctions qu'il attribue à chaque partie du cerveau.

 l'inspection d'un crâne, on peut presque, h priori ^ dire à quel peuple il a appartenu , si tout^ois il ne provient pas d'une race abâtardie.

En outre, la forme du crâne ne doit-elle pas varier par l'habitude qu'ont certains peuples de donner une forme déterminée è la tête des enfans nouveau-nés, soit par des licns^ soit par la simple pression des mains.

Telles sont les principales variétés de l'espèce humaine répandue sur toute la surface du globe. Les anciens s'étaient à tort imaginé que la zone torride, embrasée des

38a TRAITÉ . ÉLBMEIITAIKE

feux du soleil, ne permettait pas aux babitans des deux zones tempërëes de communiquer ensemble. Ces Préjueà, qui rétrécissaient Tunivers, ont disparu devant les lumière que les Colombyles Gamaj les Cook, les Parry, ]es/>a^ ham nous ont procurées. Les navigateurs et les voyasenn ont trouvé des babitans dans les climats les plus brûlansct dans le voisinage des pôles , sur les côtes les moins abordables, et dans ces îles qu'un immense océan semblait sé^ parer du reste du monde. Au nord, le Spitzberg, la Nouvelle-Zemble, et la plupart des îles et ardiipels de'couverts dernièrement par les Anglais à Touest de la baie de Baffin; et au sud, la Géorgie , la Terre de Sandwich, les lies de Falkland, de Kerguélen, le Nouveau -Shetland Méridional et les Nouvelles -Orcades; et sous l'équatear les lies Oallapagos, sont les seuls pays d'une étendue remarquable qui se soient trouva absolument sans babitans*

La terre entière est donc la patrie de Fbomme. Il supporte tous les climats, et ses habitations s^étendent îusqu'aux derniers confins de la nature animée. Les Esquimaux du Groenland habitent jusque sous le çuatre^ine* tihme parallèle. A l'autre extrémité , la stérile Ten*e de Feu nourrit les pauvres Petchères. Le Non veau -Monde» quoique en général moins peuplé, est donc habité d'an bout à l'autre. Dans l'Ancien Continent, les habitations de l'homme forment un ensemble qui n'est interrompu que par quelques landes sablonneuses; et, au milieu même de ces déserts, l'homme a peuplé les oasis , ces îles de vct^ dure éparses dans un océan de sable.

On dit assez communément, et en répétant d*ancienne évaluations aussi vagues qu'exagérées, que le nombrt total des hommes vivans sur la terre peut s*élever à un milliard ou looo millions. Mais presque tous les calculs qu'on a faits à ce sujet sont chimériques; il est même impossible d'en donner qiii soient exacts. Les tentatives faites sur ce sujet par M. Adrien Balbi, dans son Compendioii geograjia imiversale, ont été les premiers essais sur la population générale du globe qui nous paraissent mc?n-

ter quelque confiance, par Tesprit qui a présidé à leur rédaction , par les faits sur lesquels ils sont appuyés, et par l^s raisonnemens qui les accompagnent. M. Balbi a continué depuis lors ses recherches, en tenant toujours compte pour chaque pays des derniers recensemens lorsqu'ils ont eu lieu , ou en comparant entre elles les évaluations parfois si étrangement différentes des voyageurs et des géographes les plus estimés à Tégard des contrées sur lesquelles on ne possède aucun recensement, et en analysant les élémens divers qui doivent entrer dans de sembla^bles calculs; ainsi, nous n'hésitons pas à suivre ses évaluations^ en nous rapportant à celles qu'il a adoptées pour sa Ba^ lance politique du globe ^ qui va paraître incessamment. En suivant donc les calculs et les conjectures de ce géographe, nous trouvons que l'Europe comipie actuellement un peu tooins de aasi millions d'habitans; que Y Asie peut en avoir 4oo> ?^c \ Afrique et YOcéanie en contiennent peut-être, la première tfo, et la seconde 3o, tandis que la vaste Amérique en compte à peine 39. On voit, par l'addition de ces sommes, que la population totale du monde ne s'élève qu'à 77 t. millions. Quand même on voudrait la porter en nombre rond à 800, ce serait toujours 200 millions de moins que le nombre auquel s'arrêtent tous les géographes routines, ainsi que des savans et des littérateurs qui, étrangers à la statistique , ignorent les résultats des importantes recherches faites dans ces dernières années sur un grand nombre de pays et sous presque tous les climats, ou bien reculent devant les difficultés inséparables de toute recherche relative à la population des grands états et des grandes régions du globe.

Nous trouverons des résultats plus positifs en considérant les divers rapports qui existent entre les nombres des naissances, des décès, des mariages et des individus vivans de chaque sexe et de chaque âge.

La borne naturelle de la vie humaine semble être l'âge de 80 à go ans. Peu d'hommes dépassent ce terme ; l'immense majorité périt long-temps avant de s'en être rap-

384 THiJTÉ ÉLéBIENTAlEE

prochee. Le quart de tous les individus nouveau — meurt dans la première année , ou peu de temps nj: qu^elle est révolue; deux cinquièmes ti*atteîgoenC pat sixième année ; et avant la vingtième^ ou l^ vin deuxième année, la moitié d*une génération est dans tombeau. L'ordre que la moit observe en frappant les li mains est un des phénomènes les plus admirables d£ la nature; les causes en sont trop multipliées et trop coi pliquées pour pouvoir être développées ici. En gënér la durée moyenne de la vie humaine. Tune portant Tautl se trouve entre ^8 et 36 ans. On estime que si tous les c^ fans étaient soumis à la vaccination peu de tempis aprj leur naissance, la vie moyenne serait, toutes choses é^ d'ailleurs, plus longue de 3 ou 4 s^QS qu'elle n'était avatf ee préservatif de la petite-vérole.

Âf ais ce rapport varie singulièrement selon les sexes, i^ localités et les climats, non-seulement d'une région à o» autre, mais même d'un lieu à l'autre. Les savantes redier ches faites dernièrement par MM. Fourier^ ViUot et Ti lermé en France, et par M. Quetelet dans les Pays-6s^ ont démontré la vérité de ce principe. La mortalu moyenne de la France est d'un individu sur 89,98 vivao^ elle n'est que d'un individu sur 5o,8 dans le départeme: de l'Orne, et d'un sur 53,5 dans les Hautes-Pyrénées; mi elle s'élève jusqu'à 3 i,a dans le département du Morbiki et même jusqu'à a6,3 dans celui du Finistère. Les Par- Bas, quoique dans des bornes si resserrées, n'offrent f. de moins grandes anomalies. La moiialité moyenne y ^ d*un individu sur 43,8 vivans; dans la province de Dra;* elle n'est que d'un sur 55, et dans celle de Namur, cTii sur 57,9, tandis qu'elle s'élève jusqu'à 34,5 dans la Hcllande septentrionale, et qu'elle va jusqu'à 3 1,4 dans h Zélande. Le mouvement moyen de la population du o* devant royaume d'Italie pendant les années 1804, i^:^ et 1806, offre le maximum de la mortalité dans les <1^ partemens de l'Adriatique et dellstrie, où l'on compta lu décès sur a4 habitans ^ et le minimum dans ceux du Cros*

olo et du TrontOy où Ton ne compte qu*un dëcès sur 4o, ''4 un décès sur 4^ habitans. Généralement parlant, on ?)eut calculer un décès sur ^o vivans; ce rapport nous '•paraît actuellement mériter la préférence, lorsqu'il est - 'Question d'une vaste étendue de pays et d'une nombreuse ''')opulatioh. Il faut aussi observer que presque partout les •%nimes sont un peu plus vivaces que les hommes. ' La mortalité est plus grande dans les villes, et surtout flans les grandes villes, que dans les campagnes. Ainsi , -orsque pour la France entière elle est annuellement de -\ individu sur 4^, elle est dans Paris de i sur environ 33. -^ristote déjà engage les gouvernemens à empêcher Taccu- -[nulation de la population dans les villes. Wargentin supl'^pute qu'il meurt dans tout le royaume de Suède un homme iiiur 33 , et une femme sur 35, tandis qu'à Stockholm, c'est I homme sur xy, et i femme sur ai. Suivant Price, il oneurt dans les grandes villes d'Angleterre x individu sur 19 à a3, dans les petites villes 1 sur 28, et dans les camgpagnes seulement i sur 4o à 5o. Sussmilch estimait, pour l'Mlemagne, la mortalité annuelle des habitans dans les It villages à ^ dans les petites villes à ~, et dans les grandes r villes à ^, ^,et même plps. Aussi compare-t-il les villes à une peste continuelle. Ce préjugé, qui est général, exa- ; gère un mal réel; ii est dû principalement à ce que les hôpi- .taux sont presque tous établis dans les villes, et à ce qu'une r partie des malades de la campagne viennent y mourir. ; Toutefois, les manufactures, dont la prospérité se lie^né- I cessairement à celle du commerce, étant ordinairement concentrées dans les villes, les ouvriers y ont un travail moins assuré que dans les campagnes. Des redierches, aussi savantes que nouvelles , faites dernièrement par le docteur Yillermé, mettent hors de doute cette cause principale de l'excédant de la mortalité dans les villes populeuses, et prouvent qu*on l'a beaucoup trop attribuée jus^ qu'ici à la corruption des mœurs, à un air rendu insalubre, et aux dangers qui accompagnent plusieurs métiers. Il paratt que l'air des plaines nues et élevées, ou des

386 TRAITÉ ÉLÉIfESITAIRE

montagoes d'an accès libre, est favorable à la longëvité; oa peut dire la même chose de Fatmosphère insalaire» qui est toujours renouvelée par Fair maritime. La Russie, la Norw^e, la Suède, le Danemark, l*Ecosse , Vlrlande et la Suisse^ voilà les pays qui nous fournissent les exemple les plus nombreux et les ^us authentiques d'hommes et de femmes ayant poussé leur vie au*-delà de loo ans. On peut compter dans ces pays un centenaire sur 3 ou 4 mille icdividus. Mais il y a beaucoup de contrées où la longévité est commune, sans quon ait à cet égard des donné<>j exactes. Pline désigne la région de l'Italie qui s^étend d^ Apennins an Pô, et de Plaisance vers Bologne, Gommi ayant été trouvée singulièrement riche en vieillards de ICO ans jusqu à i5o, loi-s des dénombremens faits sous les empereurs Claude et Vespasien. Les rares exemples d'ooe longévité extrême, d'une vie de i5o ans et au^lelà, semblent pourtant appartenir indistinctement à tous les pays. Si TAngl^erre , dont on vante la salubrité, a offert fusqu a trois ou quatre exemples d'hommes parvenus à Tâge de i5o à 169 ans, la Hongrie, qui n'est pas, gâiéralement parlant, un pays très-salubre, a vu le fameux rPierre Cxartan pousser sa carrière jusqu'à i85 ans; et Jean Rth %fin^ âgé de 17 2 ans, avait une femme de 164 ans, et un fils cadet de 1 17 ans. Cest dans le bannat de Temeswar, pys marécageux ^ sujet à la fièvre pétéchiale , cette peste earopéenne, qu'on a observé ces exemples de longévité, et bien d'autre^. Une vie âobre et exempte dO' passions tunioltneuses contribue certainement à prolonger l'existence ^ niais y quoi qu'on en ait «lit, beaucoup moins qu^iine demeure et un vêlement qui garailtissent des intenàpéries , qu'un travail non forcé , m^is Surtout qu'une boone oc suffisante nourriture, ou que l'aisance qui procure ces avantages. C'est une vérité que M. le docteur yiliermé a mis6 tout récemment dans son plus grand jour. Ses redierdies, fondées uniquement sur des documeus authentique», comprennent une période de cinq années consecutives ( 1817-1822 )« Pour la ville de Paris, il a tenu

compte y non-seulement du nombre, de la proportion des décès dans chacun des quartiers, mais encore des difTërentes expositions, de Féloignement ou du rapprochement de la rivière, de Fexhaussement ou de rabaissement du sol, des eaux dont on fait usage; et, à Taide des résultats du cadastre, il a calculé Tétroitesse, la largeur des rues, et même combien de mètres carrés, tei*me moyen, chaque personne occupe dans les maisons. De ce travail, il est résulté qu'aucune de ces circonstances n'influe sensible^ ment sur la mortalité ; mais, en rangeant les difierens quartiers à la suite l'un de l'autre, dans l'ordre suivant lequel, proportionnellement, plus d'habitans y paient l'impôt, et des impôts plus forts, c'est-à-dire dans l'ordre de leur aisance comparative, on les range justement dans Tordre Suivant lequel la mortalité diminue.

Non-seulement M. le docteur Villenné a fait ce travail pour Paris , mais il en a encore, pour la France entière, fait un autre, qui conduit , toujours en rapprochant entre elles la proportion des décès et celle des habitans imposés, à des résultats semblables. Il a trouvé, par etempie, qu'il meurt annuellement , termes moyens généraux, I individu sur 34 dans les départemens pauvres, et i sur 46 dans les départemens riches. Si l'on voulait étendre de pareilles recherches à d'autres pays d'une grande étendue, mais où d'autres causes dépendantes du climat, des localités et de la manière de vivre des habitans , exercent une influence plus considérable, on pourrait ne pas arriver toujoui^ au même résultat, ainsi que M. Quetelet l'a dé* montré pour le royaume des Pays-Bas, où la mortalité est plus forte dans les provinces si riches de la Hollande que dans les provinces moins riches de la Belgique.

Dans Tordre ordinaire, du moins chez les peuples civilises, et en faisant abstraction des cantons marécageux, qui sont périodiquement ravagés tous les ans par des épidémies, surtout dans les pays chauds, il naît plus d'h ommes qu'il n'en meurt : l'accroissement général de la population en est la preuve. Mais autrefois, à Londres et

388 TRAITÉ ÉLÉMEKTAIRE

k Paris, à Londres avant Vannée 1790, et à Paris à la fin du xniP siècle et au commencement du xvin« , les décès étaient, comme aujourd'hui dans les cantons marécageux des pays chauds, plus nombreux que les naissances. Mais à mesure que Fadministration de ces vilk» est devenue plus éclairée, qu^elle a su prévenir les disettci faire disparaître diverses causes d'insalubrité , et cpie d'ailleurs l'expérience , les progrès de l'industrie ont amené d'heureux changemens dans la condition de leurs haLh tans, les grandes mortalités y sont devenues plus rares, et les nombres des décès moins différens d'une année d l'autre. Autrefois, comme à présent, les naissances annuelles y variaient) peu^ mais la marche extrêmement inégale de la mortalité y était, pour ainsi dire, celle Jm torrent; depuis, elle s'est régularisée, et son cours n'est jamais plus fort qu'autrefois aux époques où il Tétait le moins. Ceci est plus ou moins applicable à tons Jes pays qui passent de la barbarie à la civilisation, d'un mauvais gouvernement à un bon , et de la pauvreté à Faisance. Les recherches déjà citées de M. Yillermé en sont la démonstration. Les modifications favorables que ce médedo et M. Benoiston de Châteauneuf ont démontré s'être introduites en France dans les lois de la mortalilë , telles qu'elles avaient été établies il y a environ soixante ans, a par suite dans les lois des naissances, ne tiennent pas à d'autres causes. Alors, en effet, c'est-à-dire avant i78o,ii nous nous en rapportons entièrement à Necker, la proportion annuelle la plus générale était, |x>ur la Fiana, d'une naissance sur a5 à a6 habitans, et d'un décès sur 3«. tandis qu'elle est, depuis 1817, d'une naissance sur 3i et d'un décès sur ^o. M. Benoiston de Châteauneuf cs^ time que , dans l'Europe entière , le terme commun dei naissances est aujourd'hui d'un sur 3o individus, et cdm des morts d'un sur 4o.

Ces rapports généraux , très- variables dans les dive^e^ localités, sont très-différens, ainsi que nous Tavons d^ vu, pour la mortalité, dans les villes et dans les camp»-

DE GÉOGHAPHIE. 889

gnes. Dans celles-ci , les naissances sont beaucoup plus nombreuses que les décès. En gënëral^ lorsque le mouve* ment de la population est accéléré, ou bien, au contraire, retardé pour la mortalité, il l'est aussi pom* les mariages et pour les naissances. Les faits confirment pleinement cette remarque de M. Maltus.

On se tromperait grandement si Ton croyait que les climats les plus salubres et les pays les plus riches produisent toujours le plus d'enfans. MM. Makus, Yillot et Yillermé l'ont surabondamment -prouvé. Cela est surtout merveil* leusement démontré par le mouvement de la population observé dans le département français de l'Ain, où la salu*< brité et l'aisance sont très-différentes dans les diverse» zones ou localitâ. Un ancien préfet de ce département , M. Bossi , y a bit des recherches dont voici les résultats :

vrcs , mais trés-gaïubres, on trouve 1 jUoSa ' 1 38

Daw les ï«y. de mages qui aonltjj;^^ \ ZZZ ,^^ aises, mais peu salubres, on uouve 1^^ ^ ^ ^

Dans les plaines emblaTées, qui (naissances. 1 -— ^— a? soni moins aisées que les rivages, on rmariages. . » ■■■■■ iSa^

trouve ^ ^ décès. ... 1 — — a5

Dans les pajrs d^étangs et de ma- ( naissances. 1 -~ -■ 36

raïs, qui sont trés-insalnbres, on/ mariages. . i — — gj trouve ^décës.. . . i -.—- — ai.

Ces faits, offerts pu* un seul département^ en appreur nent plus, étant bien médités, qu'un long discpurs*

La fécondité du genre humain est assujétie à. beaucoup de circonstances. Dans les pays où elle n'est pas restreinte ^ dans ceux où elle est encouragée par la facilité d'élever les enfans , de s'emparer du sol , de s'étendre autant qu'on le veut, et chez les peuples qui s'y livrent sans réflexion ou sans retenue, les femmes donnent bien plus d'enfans que dans les autres pays , surtout quand ceux-ci sont très-por puleux. Dans ces derniers , aux causes physiques qui limitent la reproduction, il s'en joint de morales cjui i\e sont

3go TRAITE ÉUBMERTAIRE

pas moins pnû^^ntes. Chercher k dévdopper loates ces circonstances, la manière d'agir et Fintensitë if action de diacnne, serait évidemment sortir des bornes dans leqadles nous devons nons renfermer. H suffit à notre obj€t d'établir qn'en Europe il natt, terme moyen , 4 enfans oq un peu pins par mariage. Cétait autrefois , c*est-à-dire il y a 5o on 60 ans, et c'est encore anjourdlini à peu près la même chose en France.

On a dit qu'en avançant du nord au midi , la Fécooàiié devient plus grande. M. Benoiston 4e Châteauneaf , qui a (ait de longues recherches sur ce point important de b marche suivie par la population , résont ainsi cette queltion :

Si Ton partage l'Europe en deux climats uniques , dont l'un s'étend du Portugal aux Pays-Bas, et l'antre de Bruxelles à Stockholm , on trouve que, dans le premier, un mariage donne 4 rh enf^ns» ^^9 ^^^^ ^^ second, 4 ^* La différence devient encore plus grande si Ton compare entre eux les deux climats extrêmes : en Portugal , il oail 5 ^„ enfans par mariage; en Suède, 3 ^ seulement. Enfin, dans les provinces du midi de la France, c'est 4 ;^> ^ dans celles du nord exactement, 4* Mais si l'on pousse plus loin les recherches, les différences que l'on pouvait attribuer au climat, à la tempéi*ature, s'effacent. On tronre que la Moscovie donne , par mariage, 5 ^ enfans , la Bohême et la Belgique, 5 ^, le canton de Fribourç, 5 ^. une partie de la Bretagne, 5 ^, la Savoie, 5 ^, etc.

Le genre de vie, la nature des différens métiers, et h qualité des alimens dont un peuple fait usage, voilà de^ circonstances qui influent plus sur la propagation de Yefpèce que le climat. On croit avoir observé que les peuples qui se nourrissent de poissons multiplient plus facilemect que ceux qui ne mangent que de la viande. Mais M. Benoiston de Châteauneuf a fait voir combien cette dernière

observation est illusoire. On a aussi attribué la féconditr des femmes de la Sologne au sarrazinj qui fait la noumture principale des habitans de cette contrée ; mais toot

DE GÉOGRAPHIE. Sgi

porte à croire qae si ^ dans ce pays mar^ageux et pauvre^ le nombre des enfans par mariage Vemporte sur celai des pays voisins y qui sont riches et saliibres, c'est que la nortalité y est plus forte. Chez les peuples qui* mènent upe vie errante et qui sont peu nomlM*euxy il natt moins d^en-^ fans que dans les pays où les individus des deux seies se ti*ouvent plus rapprochés et {dus souvent en présence Tun de Tautre. Cependant, à l'époque d'une hanta civilisation^ le nombre des naissances diminue par la cherté dés subsistances, qui rend les mariages plus difficiles. L'époque oîi un peuple vit principalement d'agriculture et dans une aisance moyenne, paraît être celle où il augmente le plus.

Des causes politiques et morales influent trè^lirectement sur Faugmentation des naissances. Le défaut de subsistance s'oppose à la multiplication des mariages; et ce n'est que par des mariages que l'Etat peut espérer de voir naitre beaucoup d'enfans : le libertinage, la communauté des femmes, la polygamie, le divorce, n'ont jamais eu d'influence salutaire sur la population. Il est démontré par des dénombremens authentiques que, sur deux masses d'individus égales en nombre, celle qui vit dans le mariage produit plus d'enfans que celle qui se livre à la débauche. Quant à la fametise institution proposée par Platon, nous nous en rapportons h ce philosophe lui-même; la commnnauté des femmes, telle qu'il la concevait , ré^ glée par des lois austères,* avait pour but de limiter la population en l'épurant. La polygamie des Orientaux, vu l'égalité de nombre des deux sexes, ne donne à un homme plusieurs femmes, qu'en condamnant au célibat une gi ande partie de la nation. Aussi Montesquieu l'a déclarée nuisible à la population ; mais ce même philosophe s'est constitué le défenseur de la facilité et de la fréquence du divorce ; il a osé attribuer à cette in^itution l'énorme nombre d'habitans qu'il donne à l'ancien empire romain; enGn, il insinue que la religion chrétienne, en préchant la continence et l'indissolubilité du mariage, a fait dimi-

Quer le nombre da genre humain. Cette ingénieuse calomnie est aisément réfutée par les témoignages des anciens eux-mêmes y qui tous s'accordent à représenter Tantique sainteté du mariage comme la source la plus directe des forces inépuisables de la république romaine; tandis que sous les empereurs, dans les siècles de la corroption, riialie serait restée inculte, faute de bras, si elle n*eftt pas été cultivée par des légions, ou plutôt des nations entijns d'esclaves, amenées de toutes les parties du monde. Le mal réel que fait le célibat des prêtres, institution purement humaine, ne saurait balancer les services qu'a rendus le christianisme, même sous le seul rappoit de l'augmentation et de la conservation de notre espèce.

L'usage immodéré des liqueurs fortes énerve paiement un peuple, et dessèche les sources de la propagation. Un peuple actif, sobre, modéré dans ses passions comme dans ses plaisirs, sera toujours plus fécond qu'un peuple abâtardi par le luxe, la mollesse et la jouissance des voluptés que dédaigne ou que désavoue la nature. Une preuve de ce que Ton vient de dire nous est fournie par la comparaison des pays agricoles et des pays de vignobles. Il parait prouvé qu'un terrain d'une lieue carrée en champs ne peut occuper et nourrir que 1 3go individus; au lieu qu'on pai*eil espace planté en vignes entretient a6o4 personnes. Pourquoi néanmoins les pays de vignobles sont-ils souvent plus mal peuplés que des provinces agricoles sous le même climat? Pourquoi les paysans vignerons sont-ils souvent si malheureux 7 C'est sans doute parce que l'ivrognerie esl plus favorisée dans un tel pays, et aussi, surtout , parce que le produit annuel de la vigne est plus incertain que celui des semailles en blé.

La table suivante, calculée par le célèbre Euler, o&e au lecteur un moyen prompt et facile d'apprécier exactement l'augmentation de la population d'un pays quelconque, dès qu'on en connaît le nombre annud des décès et des naissances.

Pays de

100,000 habitons : mortalité de

X sur 36.

TiM décès élant

Le sorplos

Ce surplus fera

Le doublement

aux naissances

des naissances

de la somme

de populatioa

ooninae

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des viyansy

aura lieu en

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35o l années .

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