‹ Traité élémentaire de géographie, contenant un abrégé méthodique de Précis de la géographie universelle en huit volumes ... précédé d'une introduction historique, et suivi d'un aperçu de la géographie ancienne, sacrée et profane;Chapitre 36 sur 142 · o TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE · texte numérisé non relu

o TRAITÉ ÉLÉMENTAIRE

pandu en Europe; les historiens en accasent les Scythes, les CimbreSy une tribu de Calédoniens et d'autres peuple du Nord. Les sacrifices humains étaient connus des Grecs des Romains, aussi bien que des Celtes, des Scandinaves et des nations orientales. Or, ces horribles sacrifices paraissent souvent avoir été terminés par un festin plus horrible encore.

Le désir de se procurer une exaltation momentanée a fait inventer chez toutes les nations des boissons enivrantes, dont la nature différente, depuis nos vins les plus généreux jusqu'au dégoûtant a^a des Otaïtiens, mérite d'être indiquée dans les descriptions géographiques.

Dans l'immense variété âiusages qui donnent à la vie sociale de chaque nation sa physionomie particulière, la géographie politique choisit les traits les plus marqnans, ceux qui intéressent la morale et ceux qui sentent à éclaicir l'histoire de l'espèce. Ainsi, la circoncision introduite chez des nations africaines non mahométanes; les momies des Guanches» semblables à celles de TEgypte; la coutume d^ laisser les corps morts sécher à l'air, commune aux Otaïtiens et aux anciens Mèdes ; la coutume des femmes indiennes, wendes et Scandinaves, de s'immoler sur le tombeau de leurs époux; et en général tout ce qui regarde les mariages, les naissances et les funérailles, offrent des analogies intéressantes.

Les lois cii^iles présentent quelquefois des singularités qui méritent d'être consignées dans le tableau d'uae nation. Il suffit de rappeler ces réglemens qui marquent scrupuleusement un cérémonial humiliant, ces supplices qui font frémir l'humanité, ces tarifs de meurtres et de mutïlations, ces épreuves superstitieuses encore en vigueur chez diverses nations, et mille autres traces d'une ancienne barbarie ou monumens d'une tyrannie récente.

L*état des lumières sociales termine cette longue série des rapports sous lesquels on peut envisager les nations. Religion, lois, coutumes, mœurs, gouvernement, genre de vie, organisation sociale, arts, sciences, littérature,

DE GÉOGRAPHIE. 43 l

langage , toutes ces choses sont comprises dans le mot ciVi- Usation; toutes sont susceptibles de variation , de degi*ës, et suivant \e& combinaisons qu'elles produisent^ elles doivent modifier à l'infini le caractère qu'on assigne à chaque peuple. Il faut donc se garder d'attacher un sens trop précis et trop rigoureux aux dénominations qu'on adopte. Aussi n'offrons-nous qu'une classification approximative, lorsque, en suivant les plus savans géographes, nous distribuons toutes les nations connues en peuples sauvages^ peuples barbares ou demi civilisés et peuples civilisés.

Les sauvages sont ceux qui ne connaissent point l'art d'écrire ou de fixer leurs pensées par des signes équivalens à l'écriture. Leurs idées mobiles ne s'attachent qu'aux choses qui firappent leurs sens \ ils aiment à se parer d'une manière qui nous semble ridicule; ils s'adonnent aux exei^ cices du corps , et nous y surpassent infiniment. Leur iiH dustrie se borne ordinairement à un peu de jardinage , à la pêche et à la chasse. Cependant quelques-uns font des ouvrages très-jolis, et ont même des habitations commqdes et élégantes. La classe des barbares, ou dend cMUsés^ comprend tout peuple qui, par l'écriture, par des lois écrites, par une religion extérieure et cérémooielle, par un système militaire plus stable, s'est éloigné de l'état sauvage. Mais les connaissances qu'un tel peuple possède ne sont encore qu'un amas irréguiier d'observations incohérentes : ses arts sont exercés par routine; sa politique se borne à la défense momentanée de ses frontières, ou à des invasions sans plan. En général, il ne fait que des progrès lents et incertains, parce que, même en marchant vers la civilisation^ il n'a encore aucune idée de ce sublime but de l'existence du genre humain. Un peuple civilisé est celui qui a rangé ses connaissances en forme de sciences; qui ennoblit ses arts mécaniques jusqu'à en faire des beauxarts; qui, pour l'expression de ses sentimens, a créé des beUeS'letires; un peuple qui a un système' fixe de législation, de politique et de guerre, calculé non-seulement pour le moment, mais pour les siècles à venir; un peuple

432 TRAITÉ ÉLÉMEMTAUIE

chez qui la religion , dégagée des superstitions^ enseigna une morale pure; un peuple enfin qui se soumet au dro de la nature et' des gens, en se regardant en temps de pa* comme l'ami de toute autre nation , et respectant, mécn en temps de guerre, les propriété des citoyens non arme^

Le caractère général d'une nation est le résultat de to« tes les circonstances physiques dans lesquelles elle x trouve, et des institutions politiques qui modifient cescb constances. U est donc absurde de faire dépendre ce caractère du climat seul. Sans doute le degré de température, la nature du sol et d'autres conditions physiques , moàfient l'homme en modifiant ses habitudes, qui sont elley mêmes le résultat du plus ou moins d'efibrtsqu^il est obLg^ de faire pour satisfaire des besoins plus ou moins étendu5, plus ou moins impérieux. U est faux que les chaleurs d: la zone torride énervent les Africains : leur constituiez physique est au contraire très-robuste et bien supérieure : celle des Mexicains et des Chinois, qui habitent des régions moins chaudes. Quant au froid, son action deviect nuisible dès qu'il est excessif; mais tant que Thomme peiti lui résister, iï conserve toutes ses facultés physiques et mo> raies. Il n'y a que des localités malsaines qui aflTaiblisseu: l'énergie vitale des peuples : l'Egypte, sous le tropiqae, et la Scandinavie, sous le cercle polaire, ont ^^alemeo: vu naître des héros, des génies et des sages.

Lesaoteuisqui, comme Montesquieu, ont suppose udc ti?ès-grande influence au climat, ont méconnu cette vente et oublié les vicissitudes dont chaque nation nous oflre k tableau, tout en habitant le même sol. Us n'ont pas non plus fait attention à un fait très-important; c*est que bîeo des peuples n'ont pas toujours occupé le solqu'iUhalitent actuellement. On voit partout les traces des transautgrations et du déplacement des races humaines, et plusieurs nations, dont Montesquieu attribue la mollesse .'u climat, sont originaires de pays fort éloignés de leui demeure actuelle.

La nature du pays a plus d'influence que la temptra-

' DE GÉOGIUPHIB. 4^3

tare, parce qu'elle influe singulièrement sur les habitudes des peuples* Ces centres montagneux de la Grèce étaient |adis les demeures chéries du courage et de Tindépendance; ils sont encore aujourd'hui les endroits les moins accessibles au despotisme. En Thrace, les Sarres, habitans des montagnes, conservèrent plus long-temps leur indépendance; ils y sont lemplacées, ainsi qu'en Macédoine f par des hordes de Turcomans, dont la vie n*a d'autres règles que leur caprice et leur volonté. Les Illyriens résistèrent aux rois macédoniens et aux légions romaines. Les jàmaouts ou Albanais, errans sur ces mêmes montagnes, n'obéissent aux Turcs que lorsque ceux-ci les paient. Les Grecs, tout opprimés qu'ils étaient, ofTraiaat encore, dans quelques cantons montagneux, le caractère mâle et l'esprit répablicain de leurs ancêtres. Sans parler des Maïnotes, tant de fois cités, regardons le bourg d'^d^m» bélakia^ placé sur le penchant du mont Ossa, au-dessus de Tempe : ses habitans, aussi braves qu'industrieux, ont deux fois repoussé les troupes ottomanes, et auoun Turc n^osait se montrer dans leurs heureuses vallées. La petite viUe de Parga, située entre les rochers et la mer, a souvent offert le spectacle de femmes s'armant et combattant pourjla liberté. Les SphadiioteSy qui habitent les monts Blancs dans l'Ile de Crète, ne furent récemment subjugués que par suite de leurs discordes, plutôt que par les armes des Turcs ; ils conservent encore plusieurs institutions des anciens Cretois. Enfin le courage héroïque avec lequel les Grecs soutiennent, depuis quelques années, une lutte inégale contre l'empire turc, atteste hautement que sous ce rapport ib n'ont point dégénéré de leurs aïeux. L'audace, la constance, la présence d'esprit qui lèvent, en général, les peuples de l'Europe au-dessus du reste des humains, sont peut-être dues à notre sol plus entrecoupé, plus âpre et plus stérile. Ces ijualités appartiennent éminemment aux habitans des Alpes, des Dofrines et des Cévennes.

Cependant tous les habitans des montagnes n'offrent pas des traits semblables : il est des montagnards moins bra- L a8

yeSf moins acti& » moins jaloux de la liberté qae les habi* tans des plaines : témoin les paysans des montagnes de la Colombie et ceux des JUanas; les premiers sont paresseux et sans courage, tandis que les seconds sont infatigables et d'une bravom-e sans pareille. Cest que les uas vivent dans rinertie, tandis que les autres, sans cesse à cheval , acquièrent une activité remarquable» Les montagnes de li Colombie sont fertiles, et les plaines sont sonvent stériles. Les nations qui habitent dans les montagnes, svBtovt lorsque, jalouses de leur liberté, elles vivent s^nrées en de petits États, parlent ordinairement un grand iKmdbre de dialectes qui, avec le temps et en se répandant^ deviennent autant de langages* Dans le Caucase, on parle phi de vingt idiomes diiférens. Rappelons-nous les nombrâi dialectes de la Grèce et de la Scandinavie.

Les peuples qui habitent de vastes plaines dtfpoorws de grandes rivières et de forêts, se livrent natardlemeiil à Tentretien des troupeaux et à une vie errante. Le goe* vernement patriarcal natt au milieu des tribus nomades qui, libres chez diles, deviennent les despotes des peupla dont elles font la conquête. L'isolement ralentit les progrès de la population ; la facilité avec laquelle on se pracure les alimens, retarde la naissance des arts et de Findostrie. Telle est la cause de la barbarie où restent les nalioos de TÂsie Centrale. Mais si ces pen})les, dans leurs ëaaipatiens ou incursions firéquentes, reacontrenl des flemci considérables bordés de prairies favorables à lears troa* peaux, ils en suivent le cours; et, descendus dans des vallées fertiles, ils deviennent parfois pécheurs et sgmuileurs ^ fixent leur domicile, et voient peu à pso nattre dans leur sein tous les arts et toutes les sciences. Ghes les peuples pasteurs et nomades, les idées de propriété coidmencent à prendre de la consistance; les iam3lës posstdspl en propre des troupeaux , des tentes et les nstensyes dn ménage; les usages, pour les partages, deviennent des lois; les droits de succession s'étdolissent; on stipole des dots, on fait des contrats. Ches ces peuples il y a des ohe&, dei

hommes libres et des servitem^^ mais point de gouvernement permanent ni d'autorité unique et stable. Chez les peuples agincoles, le sol commence à avoir des maîtres, et le droit de propriété devient la loi fondamentale et amène l'inégalité des conditions et la perte de la liberté pri« mitive*

Les forêts durent âtre les premières habitations des nations européennes , lorsqu'elles se nourrissaient de ^ands: aujourd'hui encore fhomme liabite en Afrique les forêts de palmiers. La chasse des animaux fut une occnpa*tion naturelle de ces peuples ; mais elle ne fut pas la seule ; ils connurent dès la plus haute antiquité l'agriculture et plusieurs arts ; ils élevèrent des chevaux et des bestiaux ; c'est pourquoi, aux premières lueurs de la civilisation, ces nations de chasseurs, ayant le corps et l'esprit form^ par des exercices violens, des dangers et des travaux perpétuels, durent prendre un essor bien plus rapide que les peuples pasteurs, et bâtir plus tôt des maisons et des villes ; les forêts leur en fournirent les matériaux , et jusqu'au modèle de leur architecture. Les troncs d'arbres soutenant une salle de verdure ont donné la première idée des colomiades grecques et indiennes, tandis que l'architecture chinoise ne se compose que de tentes imitées en bois et en pierre ; et que , dans l'architecture gothique, on reconnaît rimage des sombres cavernes et des rocs sourcilleux. Ce qui, selon nous, contribua puissamment à la rapide civilisation des peuples du nord de FEurope, ce fut le respect qu'ils eurent pour les femmes, tenues chez presque tous les sauvages dans la plus abjecte dépendance. L'influence de ce sexe enchanteur sur le perfectionnement des liens sociaux , est ce qui distingue le plus les nations avancées en culture, de celles qui ne sont qu'à demi civilisées.

Les montagnes^ les fleuves et les forêts ayant dirigé les premières tribus dans leurs émigrations , et ayant influé sur le caractère physique et moral, ont encore donné nais* sance aux premières divisions et dénominations géographiques.

438 TRÀITB éLÉMENTAIliB

Mais* ce qui a suilout accéléré Textension de Tespèe humaine et les progrès de la civilisation , c^est Tiaventid de la navigation.

La nécessité força Thomme à s*aventurer «ar de Irâci bai^ues, et à voguer d'abord sur les lacs, les fleuves, d ensuite à se lancer sur le vaste Océan. Le besoin de so^ sistance, la crainte d*un ennemi puissant , furent sas doute les premiers motifs qui excitèrent chez rhomme kl pensée hardie de naviguer. Etablis dans des lies oo surcfel côtes faciles à défendre contre les peuplades de pasieandi de chasseurs , et à portée de peuples agricoles, les familk de navigateurs eurent bientôt atteint un haut degré de iv chesse et de puissance; tandis que Tamour de la liberté <l de rindépendance ne fut point éteint chez eux par les pn** grès de la civilisation.

Lorsque le génie et le courage eurent lancé le premie esquif sur la mer, tout Tétat physique et moral chan^eÀ chez la tribu que sa position mit à même de profiter à cette grande découverte. Un petit territoire, riche par ses pêcheries, se couvrit d'une nombreuse population. De» îles heureuses devinrent des asiles inaccessibles aux sanvages conquérans. Ces petits coins de terre, isolés par la sature même y firent nattre les premières idées de jnarie et ^indépendance notionafa.jMême Tintëmpérie de Fair maritime influa sur les progrès de la civilisation. Dans fintérieur des terres, une tente ou une cabane de verdiire mettait à Tabri de la pluie et des vents. Près de la mer, rhumidité de Fatmosphère nécessita des habitations nuecu fermées. Les grandes villes naquirent sur le rivage d'un fleuve ou sur les bords de la mer.

X^e caractère des peuples insulaires s'est toujours distin* gué par l'originalité. Attachés à leur sol natal, mais so«vent injustes envers l'étranger; fidèles aux souvenirs nado> naux, mais enchaînés , comme tous les peuples, par des superstitions et des préjugés, ils offrent ordinairement d& vertus plus énergiques et des passions plus fortes que les paisibles habitans des plaines continentales. Livrés aa cois-

DE GÉOGRAPHIB. ^ 43?

merce et familiarisés avec les. usages des divers pays, ils Srent de tout temps des progrès plus rapides dans les arts, les sciences et la manière de se gouverner, que tous les autres peuples. L'industrie, en augmentant leui^ richesses, développa en eux le désir de s'assurer la propriété par des [ois justes et fondées sur Tintérét commun. C'est pourquoi les peuples navigateurs et commerçans qui habitèrent des lies à Tabri des attaques des nations- féroces, se sont généralement montrés les ennemis du pouvoir absolu et les partisans du système âectif et des .formes de gouvernement dans lesquelles les lois sont faites pour le bien dé toute La communauté, et non au profitexclusif d'un individu , d'une famille ou d'une caste. Parmi les nombreux exemples de la sagesse des institutions des insulaires, il suffit de citer Crète et Tyr dans l'antiquité, et l'Angleterre dans les temps modernes. Le commerce ramena chez les hommes l'amour de la liberté, et réveilla en eux le sentiment de leurs. droits. U a puissamment contribué à diminuer l'influence permanente et l'ascendant de la classe riche en fonds de terre et héréditaire.

Dans l'histoire du genre humain, les progrès de la navigation tiendront toujours la première place après ceux de l'agriculture. La civilisation que l'agriculture fait naître n'est que locale ;«elle s'arrête dès que les besoins de la nation sont assuré; alors les peuples cultivateurs, ordinaire* ment partagés en maîtres indolensetescla^es malheureux, s'isolent du reste du monde, plus encore par leurs lois et leurs usages que par leurs grandes murailles. Mais la navigation trouble cette prétendue félicité dontla Chine offre le type; elle fait cesser ce repos ignoble et contraire aux destinées du genre humain. Un vaisseau réunit les parties du monde les plus éloignées; des cités, des nations entières se transplantent sous d'autres climats; au milieu des paisibles sauvages, s'élève le tumulte de la civilisation; un mouvement universel saisit les peuples : l'homme, à son insu, est entraîné à la conquête du globe.

Le sort des grandes familles humaines a été décidé par

438 TRAITÉ^ÉLÉHBIITAIRE

la dir ecticui qu*ettes.ont prise dans leur émigration , par U nature des terres qu'elles occupèrent, mais surtout parla position des grandes mers du globe, et le parti qae les hommes surent en tirer. La constance dans la pluput da habitudes, qu'on observe chez les Chinois, n'est-elle pas dsc principalement à leur ignoranœ de Fart de la naivigatioo? Au contraire^ si les Makis ont montré un caractère i> goweux, entreprenant^ et difiërent de cdoi dea autre Asiatiques^c'étaitàrépoqueoùleurs vaisseaux paroomraîcflK le grand Océan Oriental, encore anjourdliui rempli àt leurs cûlonies. Lts nations africaines se sont Gooame » g;ourdies au milieu d'un grand continent dépourvu de golfes et de bras de mer ; cette circonstance^ qui eoipéc^ la navigation d*y porter l'industrie, a puissamment coatribué à les abrutir.

L'Egypte, du temps de Sâostris et dans les fpoqws encore plus reculées de son antique et étonnante qiî» deur, dut sans doute une grande partie de sa poissaocr et de sa prospéiité h la navigation , que plus tard ^e céài aux Tyriens, aux Phéniciens et aux Carthaginois Le Égyptiens, conquérans de l'Asie , possesseurs de tonte TArabie, de la Chaldée, de la mer Rouge et dn golfe Po^ sique, étaient sans contredit un peuj^ navigateur; mais, vaincus par les Perses, subjugués par les Grecs et les Romains, leur gloire s'est évanouie. Les Ewopéens Sfnk étaient appela à étendre leur em{Hre sur le ^ohe. Les nations qui ont peuplé l'Europe ont eu à frand^ le Cau> case et les Alpes , le Pont^Euxin et la Baltique, FArckipel, l'Adriatique et la Méditerranée. De si grands ob^des ralentirent d'abord leur marche, mais en même temp ils développèrent et fortifièrent ce grand caractère d'activité et d'audace communaux peuples européens. Bientôt lo Phéniciens perdent l'empire delà mer; AthènesrivaBseaTec Tyr ; une vole grecque domine l'Egypte vaincue ; Garthagt succombe sous Rome : l'Europe saisit le sceptre dn monde A cette époque, toute la civilisation était rassemblée antour de la Méditerranée : c'était presque la seule mer sur

DE GÂOGRAlPBIE. 439

laquelle on Daviguâl; c'était le grand chemin de tous les peuplas policés.

Une seconde époque comneoce, et c'est encore aux progrès de la navigation que se lie la marche de la civilisation* Les Scandinaves y préludent par leurs courses au-* dacieuses, qui s'étendirent jusqu'en Amérique. La boussole et Colomb paraissent. Un nouveau monde voit aborder Bos vaisseaux; une nouvdle Europe s'élève , et croît dans ces magnifiques solitudes. V Océan Jtdmiêi^ue est devenu la Méditerranée nomieUe-, la^grande route comarane qui rapproche entre eux les peuples civilisés, et qui tantôt retentit du bruit de leurs combats, tantôt leur apporte paisiblement les tributs du reste de l'univers.

Mais la marche de la civilisation est loin d'être terminée ; les merveilles de l'Europe peuvent encore être efiacées. Les Européens s'arrêteront-ils aux bords de cet Océan Atlantique qui, tout immense qu'il parut aux Hercules phénicien et grec, n'est pourtant qu'un bras de mer, si on le compare à ce Grand^Océan qui, sous les noms d'Indien, de Pacifique et d'Austral, s'étend d'un pôle à l'autre? Déjà, montés sur des barques légères, les navigateurs américains firanchissent sans crainte tout cet hémisphère'aquatique ; déjà des colonies anglaises ont commencé à conquérir ces vastes terres, ces îles indombrables qui forment, au sud-est de l'Asie, une cinquième partie du monde ; et la plus belle de toutes, cette superbe Océa» nie, offrira peut-être, avant quelques siècles, le spectacle de la plus vaste civilisation qu'il soit donné à l'homme d'espérer, et que les bornes du globe terrestre puissent admettre. Qu'un autre Cadmus y porte ce flambeau des arts et des sciences qui éclaire l'Europe! Que des colonies, échappées à nos guerres civiles, fondent dans une des grandes terres de l'Australie ou de la Malaisie une nouvelle Grèce ! Alors ces collines, qui ne produisent aujourd'hui que des végétaux inutiles, se couvriront de villes et de palais; dans ces baies, qu'ombrage une forêt de palmiers, on verra voguer une forêt de mâts; l'or et le

440 TRAITÉ tUÈMSBTAXBB

marbre seront tirés des flancs des montagnes encore TÎcrges ; le corail et les perles seront rechercha au fond, de la mer pour orner des capitoles nouveaux; et, un jour peut-^e , TEurope» TAsie^ l'Afrique et lIAmërique , données et jalouses, trouveront une rivalité dangereuse dans des contrées dont Texistence les occupe à peine aujourd'hui.

Ainsi, dans rhistoire.da genre humain, le passé, k présent eiïavenir se lient à la position des grandes mcn du globe et aux progr^ de la navigation.

^M^MaMW

DE GEÛGRAPHIB. 44 <

*^m0%^^^^^^%^t^^0m^^vmm^^M^^^0*^0»^*^^fmt^*M^^M^%^^^m0%^%^^^^^^^^^^^^%^^^%^%^^^^^V^

Page 1