‹ Traité élémentaire de gymnastique classiqueChapitre 4 sur 61 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Un mot d’avertissement. 70

Lancer ensemble en avant les extrémités du meme côté en les fléchissant. 7 1

Lancer ensemble les extrémités du même côté vers la droite et vers la gauche en les fléchissant. 72

Lancer ensemble les extrémités opposées en avant en les fléchissant, 73

Fléchir sur les jambes les pieds réunis en portant ensemble les bras en avant. 74

Lancer ensemble les deux bras et une jambe en avant en les fléchissant. 75

Fléchir les jambes les pieds réunis en élevant les bras au-dessus des épaules. 7i;

Lancer ensemble les extrémités du mcine côté en avant en pivotant sur place. 77

Lancer en se fendant les deux bras en avant en pivotant sur place. 78

Fléchir le corps eu avant et en arrière les bras suivant son mouvement. 7t)

Fléchir sur les jambes les mains placées sur les hanches en étant fendu. 80

Les personnes, Maîtres, Maîtresses d’institution, ou Chefs de familles, ipii désireraient être renseignées pour la parfaite exécution de tous ces exercices, pourront s’adresser à M. Laisné.

Mon but, en publiant ce Traité sur la gymnastique élémentaire est, avant tout, de faire naître dans l’esprit de la jeunesse des deux sexes le goût des exercices qui leur sont si favorables. Je voudrais, par l’exposé des préceptes que je crois bons, faire connaître ce qu’il y a de faux et de dangereux dans la plupart des exercices actuellement en usage. On convient aujourd’hui qu’il y a lieu de réformer ce qui existe, et l’on sent tout le bien qu’on pourrait tirer d’un enseignement plus sagement dirigé.

Depuis longtemps les hommes de science et les praticiens les plus compétents ont pu constater, par de nombreux résultats obtenus dans les hôpitaux et dans les familles, les services que peut rendre l’application bien entendue de cette partie si essentielle de l’éducation physique; et je puis affirmer, pour mon propre compte, qu’il y a parfois de quoi se trouver surpris, en voyant de pauvres sujets arrivés à un état de décrépitude tel qu’on perd tout espoir de les sauver, et que, par suite de l’application d’une gymnastique variée à l’infini et sagement appliquée, quand ils ont le bonheur d’y être soumis, on peut les voir revenir à la vie, par une progression presque semblable à celle que produit le soleil lorsqu’il ramène les beaux jours après un long hiver.

Si les exercices gymnastiques ont assez d'influence pour guérir certaines maladies lorsqu’ils sont bien appliqués, que ne doit-on pas attendre d’eux pour les prévenir?

Mais, bien que nous en fassions souvent l’application, il n’y a pas lieu de parler ici de >a gymnastique médicinale.

Je ne dois pas m’écarter du but que je me propose d’atteindre en publiant ce petit ouvrage, celui d’arriver à faire exercer les enfants avec ordre et méthode, de façon à ce que ces exercices protègent leur santé, régularisent leur tenue, et leur donnent la dignité de maintien qui doit accompagner l’être humain dans toutes les actions de sa vie : le mouvement est l’âme de l’univers; Dieu seul règle ceux pour lesquels nous ne pouvons absolument rien, mais il n’est pas douteux qu’il nous ait imposé le devoir de régler ceux qui sont de notre domaine particulier.

Mil

Si ce modeste ouvrage peut devenir le point de départ d’une gymnastique beaucoup plus étendue et mieux comprise, ce qu’il m’est bien permis d'espérer, puisqu’il s’adresse à la plus intelligente et la plus dévouée partie de la Société, je me trouverai suffisamment récompensé, et cela m’encouragera à continuer l’œuvre que j’ai commencée il y a déjà bien longtemps.

Four rendre l’exécution des exercices plus facile, je les ai divisés en quatre parties. Ceux qui sont renfermés dans les trois premières parties sont accompagnés de chants notés et, autant que cela m’a été possible, j'ai choisi ces chants parmi les airs les plus connus et que les enfants chantent déjà presque tous.

La première partie comprend les exercices les plus simples.

La deuxième partie, les exercices de bras et de jambes, sans les fléchir.

La troisième partie, les exercices combinés de façon à réunir l’agilité, la grâce, la souplesse et le rhythme.

Enfin, la quatrième partie comprend les exercices qui demandent une certaine énergie et sont destinés aux garçons seulement.

J’aurais voulu, pour rendre leur exécution plus simple, pouvoir me servir uniquement de chants dont la mesure aurait été exactement en rapport avec le nombre de mouvements dont se compose l’exercice, cela ne m’a pas été complètement possible, attendu l’extrême difficulté d’obtenir, des différents auteurs, l’autorisation de faire emploi de leurs œuvres, etc., etc. J’ai dû adopter les chants qui m’ont paru les plus convenables, parmi ceux passés dans le domaine public; et j’ai placé au-dessus des notes qui marquent chaque mouvement déterminé, un numéro qui correspond avec celui qui est indiqué près de la partie du corps soumise à l’exercice.

Quant au rhythme appliqué à chaque exercice, je l’ai déterminé en m’aidant du métronome, et de façon à ce que les enfants, les jeunes gens, et toutes les personnes qui voudront exécuter ces exercices puissent le faire sans aucun danger, en laissant toutefois aux professeurs qui auront des élèves à conduire, ainsi qu’aux personnes qui voudront s’exercer méthodiquement elles-mêmes, la facilité, soit de ralentir ou d’accélérer les mouvements, soit de forcer ou diminuer l’action du chant, on pourra également, lorsqu’on voudra prolonger l’exercice, doubler et même tripler la répétition du chant qui lui sert de mesure, comme on pourra, lorsque les enfants seront initiés à tous ces exercices, leur faire exécuter des petites courses, des petits sauts, en se conformant rigoureusement aux règles prescrites pour ces derniers exercices.

Dans les écoles, institutions ou collèges, où les enfants seront plus avancés, rien ne sera plus facile que de suppléer aux chants indiqués par une infinité d’autres, exprimant des sentiments en rapport avec le but qu’on se propose d'atteindre.

Je dois cependant recommander de n’user que modérément de cette latitude, et de n’en faire usage qu’ après s’être bien rendu compte de la nécessité des changements qu’on croira

devoir y apporter.

Il importe de se rappeler souvent que, s’il faut faire de la gymnastique pour favoriser le développement de la nature’, on ne doit, dans aucune circonstance, abuser des heureuses dispositions du jeune âge, parce qu’on nuirait alors à ce développement, comme on nuit aux progrès de l’esprit, en l’accablant trop tôt de travaux au-dessus de ses forces.

On ne devra jamais oublier, d’ailleurs, que tout en exigeant beaucoup d’ordre pendant les exercices, une trop grande sévérité serait plus nuisible qu’utile au bien qu’on se propose de faire, il faut tâcher, en donnant l’exemple, de joindre une gaieté entraînante à une sévérité toute paternelle, il faut éviter que les enfants puissent penser qu'on les tient là comme de petits esclaves, il faut mettre leur amour-propre à profit, pour les engager à bien fairej et les récompenser ensuite par tous les moyens imaginables, mais il ne faudrait pas non plus qu’ils puissent penser qu’ils sont en récréation, il faut, au contraire, les convaincrent et leur répéter souvent que la gymnastique n'est point un jeu; qu’elle est enseignée pour perfectionner toutes nos qualités physiques, comme l’instruction est donnée pour perfectionner notre esprit.

Les enfants comprendront facilement la différence qu’il y a entre les jeux auxquels ils peuvent se livrer en toute liberté, avec la gymnastique, qui exige d’eux une bonne tenue, de l’ordre et de la discipline, sans lesquels les résultats sont pour ainsi dire nuis.

Je puis affirmer que les enfants comprennent très-bien celte différence, car môme dans les hôpitaux, où la plus grande punition que nous infligions à un enfant consiste à le mettre quelques minutes à genoux, nous obtenons un ordre et une discipline admirables pendant tous nos exercices, ce qui n’empêche nullement les enfants d’être gais, bien que tous ces petits êtres soient certainement les plus malheureux, puisqu’ils appartiennent à la classe la moins aisée de la société.

Sans prétention aucune d’avoir atteint la perfection dans l’art d’enseigner la gymnastique, je puis au moins appuyer mes conseils sur l’expérience acquise par une pratique toute exceptionnelle, qui date de près de quarante années, pendant lesquelles je l’ai appliquée sous une infinité de formes et avec une persévérance qui ne s'est jamais démentie; si mes efforts n’ont pu être appréciés par tout le monde, j’ai du moins la douce satisfaction d’avoir obtenu une sympathie presque générale de la part des personnes qui ont eu recours à mes soins.

Cette sympathie, dont je suis toujours profondément touché, a soutenu mon courage : professeur dans les lycées et directeur des exercices gymnastiques dan* les hôpitaux de Paris, j’ai pu découvrir la cause du mal et la dangereuse influence d'une gymnastique matériellement enseignée.

J’ai bien des fois tenté des essais sérieux pour relever cet enseignement. Car tout récemment encore, j’ai formulé un projet d’école normale de gymnastique générale, j’avais fondé sur ce projet les plus grandes espérances, et son adoption aurait comblé un.' lacune qui

existe depuis trop longtemps; mais des raisons pécuniaires sont venues malheureusement mettre obstacle à sa réalisation.

11 n’est cependant plus possible de se passer en France d’une école normale d’exercices physiques, et j’aime à croire que bientôt tous les hommes éclairés et amis de l’humanité déploreront avec moi la funeste direction donnée à l’enseignement de la gymnastique. Cet état de choses est d’autant plus regrettable qu’il ira toujours en s’aggravant, par cette simple cause que la plupart de ceux qui enseignent la gymnastique, sortent de l’armée, où l’enseignement est trop restreint, et dure trop peu de temps pour qu’ils acquièrent le degré d’aptitude nécessaire pour un enseignement aussi difficile que compliqué.

Malgré tous ces retards, j’aime à espérer qu’on ne laissera plus longtemps à la discrétion du premier venu l’enseignement d’un art qui doit contribuer si avantageusement à l’amélioration de notre constitution physique.

Je déclare hautement ici, appuyé sur mes quarante années d’expérience, que l’enseignement de la gymnastique sans école normale est et ne sera toujours qu’un corps sans âme, et je me suis souvent demandé s’il ne serait pas préférable qu’on n’en fit pas du tout, plutôt que d’en faire comme on en fait aujourd’hui; et je répète ici ce que j’ai déjà dit ailleurs, je ne dis pas que personne ne fasse bien, cette opinion est loin de ma pensée, mais je dis qu’il est fort regrettable qu’un individu quelconque se constitue plus facilement professeur de gymnastique qu’on ne pourrait le faire pour toute autre profession, môme la plus infime, c’est ainsi que l’on voit des personnes, sans connaissance pratique se constituer directeurs de gymnases.

Je ne dirai plus qu’un mot pour appuyer ce que j’ai dit jusqu’ici, sur l’incapacité d’un trop grand nombre de professeurs, la plupart de ceux qui viennent des départements ou de l’étranger pour prendre connaissance de ce que nous faisons à l’hôpital des Enfants, ne tiennent presque aucun compte des exercices les plus salutaires, qui sont souvent accompagnés de chants ; tandis que tous ceux qui se font sur les machines attirent généralement leur attention : ici je dois rendre justice à quelques professeurs étrangers qui sont venus nous visiter dans le même but; ils ont assisté à tous nos mouvements d’ensemble, ainsi qu’à tous ceux qui ont un but d’utilité réelle, et n’ont accordé qu’un bien médiocre intérêt aux exercices dont le seul mérite est de procurer une distraction à celui qui les exécute.

Ici je n’entreprendrai pas défaire, l’éloge de personne, mais j’éprouve une vive satisfaction à pouvoir dire qu’au mois de juin dernier, j’ai eu l’honneur de recevoir à l’hôpital des Enfants, la visite d’un vénérable docteur, M. A. G. Drachmann, directeur de l’Institut orthopédique et de la gymnastique médicale à Copenhague, et qu’après avoir vu exécuter par nos pauvres petits enfants tous nos exercices accompagnés de chants, il nous a fait des questions à l’infini, sur tous les procédés que nous mettions en pratique pour venir en aide à la souffrance, puis il est venu voir quelques sujets traités en ville par nos procédés, il est venu visiter nos enfants de la Salpêtrière, et nous a quitté en nous témoignant sa

plus vive sympathie. De mon côté, j’ai pu profiler de l’honorable visile de ce digne docteur pour lui demander des renseignements, sur certains procédés de la gymnastique suédoise, et son dévouement, ainsi que ses connaissances pratiques, m’ont été on ne peut plus profitables, puisqu’elles m’ont fait connaître des applications que j’aurais probablement encore ignorées longtemps. J’en témoigne ici hautement toute ma sincère reconnaissance à M. le docteur A. G. Drachmann, avec lequel du reste, j’ai le bonheur d’être resté dans les meilleures relations.

J’attendrai donc avec confiance l’adoption de mon projet qui, une fois adopté, permettra aux familles de confier leurs enfants aux professeurs sortis d’une école digne de son titre. Mais, en attendant, je ne saurais trop conseiller aux parents de veiller eux-mêmes à ce qu’on n’abuse jamais des facultés physiques de leurs chers enfants. Trop souvent ils sont victimes d’un développement de force prématuré, et, chez la plupart, ces exercices provoquent ou augmentent des désordres que la gymnastique rationnelle aurait dû corriger.

Cessez donc, pères et mères, cessez de vous tromper, ou de vous laisser tromper, à ce point de prendre pour de l’éducation physique des tours de force que l’ignorance enseigne faute de connaître quelque chose de mieux : bien heureux les enfants qui ne sont pas victimes d’accidents graves en subissant une éducation aussi faussée.

Gomment donc ne s’étonne-t-on pas, lorsqu’on voit de petits êtres de neuf et dix ans, livrés à des maîtres d’armes, d’autres à des maîtres de canne et de boxe, et enfin d’autres à des pédotribes qui, sans le savoir, les exercent de façon à empêcher le développement de leurs facultés physiques au lieu de les protéger?

Rappelez-vous donc, chers parents, et vous tous, amis de l’enfance et de la jeunesse, que, de même qu’un enfant de dix ans ne peut être un poète ni un écrivain consommé, de même on ne peut en faire un hercule à cet âge, sans apporter dans son organisme un désordre dont il se ressentira toute sa vie.

Comment peut-on d’ailleurs oublier que l’enfant est, avant tout, imitateur, et que si on lui donne des maîtres incapables, il n’en cherchera pas moins à les imiter dans toutes leurs erreurs, et même leur mauvaise tenue.

Je dois aussi faire remarquer qu’il n’est pas prudent non plus de laisser exercer les enfants seuls sur les machines, comme pourraient le faire sans danger les animaux, le plus souvent. Dieu a donné à ces derniers la faculté de faire usage de leurs membres presque dès leur naissance, et cela avec une grâce qui attire et charme nos regards, tandis qu’au contraire les enfants naissent incapables de bien faire quoique ce soit En songeant à cette incapacité native, on ne s’explique pas pourquoi l’enfant, dès les premiers moments de son existence, n’est pas l’objet des soins les plus minutieux pour exercer ces petits membres, qui prendraient sans peine d’excellentes habitudes. Yoi ;i à ce sujet, un conseil qui, je crois, sera bien placé ici.

11 est extrait de l’excellent livre De ï Éducation des enfants, traduit de l’anglais de Lock,

par M. Cosle, en 1737, page 45; le voici :

« Nous sommes généralement assez avisés pour songer à discipliner les animaux dans « le temps qu’ils sont fort jeunes, et à dresser de bonne heure toute autre créature de cct « ordre que nous voulons employer à notre usage. Nous ne manquons en ce point qua « l’égard des créatures que nous mettons au monde. »

Comme on le voit, ce ne sont pas les conseils qui ont manqué de tout temps, mais ce qui a toujours le plus manqué, ce sont des hommes de pratique et d’exemple, et c’est justement ce qui me fait regretter amèrement qu’on ajourne sans cesse la création d’une école normale de gymnastique générale, car elle serait le point de départ d’une émulation et d’un bien qu'on cherche partout, excepté là où l’on pourrait si facilement le trouver.

J'entends continuellement dire (pie nous marchons vers un progrès immense, pour bien des choses cela n’est pas contestable, mais je dirai ici ce qu’a dit Lock dans un temps beaucoup plus reculé : Nous ne restons en arrière, absolument que pour le développement et la perfection de nous-mêmes.

L'enseignement de la gymnastique rationnelle est donc d’une nécessité absolue, puisqu’elle nous prépare à accomplir tous nos devoirs avec plus de persévérance, plus d’énergie, plus d'activité et d’adresse en rendant moins pénibles toutes les fonctions auxquelles chacun peut dire appelé : n’a-t-on pas toujours dit aussi avec juste raison qu’une bonne éducation physique est le remède naturel le plus puissant pour combattre les maux qui accablent l’espèce humaine, ceux qui empêchent le bien-être de chaque individu, et enfin, pour combattre aussi ceux qui s’opposent systématiquement à la prospérité de la société entière.

Je cite, en terminant, un passage que j’extrais de la Gymnastique de la Jeunesse , par M. A. Amar Duvivier et L. L. F. Jauffret, 1803, page 5 :

« Le vœu constant de tous les sages, le but principal de l’éducation chez tous les « peuples qui ont brillé sur le grand théâtre du monde par leurs exploits et par leurs « vertus, fut toujours de rendre l’esprit sain et le corps vigoureux.

<« Par quelle étrange fatalité est-il donc arrivé que l'on ait insensiblement perdu de vue « ce principe salutaire, et (pie l’éducation physique des enfants soit absolument nulle chez « les peuples modernes, qui ont d’ailleurs, sur les anciens, tant d’autres avantages? » Puissiez-vous, chers lecteurs, dire avec moi que la gymnastique ne doit pas rester dans l’état de marasme où elle se trouve; elle doit progresser comme tout ce qui est utile à la vie, car il y a des services infiniment précieux qu'elle seule peut rendre.

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