AVANT-PROPOS
Avant de passer aux exercices, on placera les enfants, filles ou garçons, par peloton et par rang de taille ; cette mesure est indispensable pour l’exécution des exercices ; on leur apprendra ensuite à s’aligner en regardant tous du côté droit; puis on leur fera répéter la même manœuvre en regardant du côté gauche; on leur fera ensuite recommencer ces deux petites manœuvres, en leur demandant de conserver plus ou moins de distance entre les rangs. Puis, bien que cela soit déjà indiqué comme exercice rhythmé dans la première partie, on leur apprendra dès le commencement, à faire face à droite, face à gauche, et les demi-tour à droite, vu qu’on aura besoin, dès le début, d’avoir recours à ces petites manœuvres pour disposer les enfants de façon à ce qu’ils ne puissent se rencontrer en s’exerçant. Le professeur aura soin d’adoucir tous les commandements, afin qu’ils fussent plus en rapport avec l’éducation de la jeunesse. Ainsi, au lieu de ces longs commandements inutiles pour l’exécution, comme par exemple :
Garde à vous,
Peloton,
Par le flanc droit,
A droite;
En avant,
Pas accéléré,
Marche.
Nous commandons Face à droite; droite.
Pas accéléré ; marche.
Pour les demoiselles, les commandements sont encore plus adoucis. Nous leur commandons : Alignez-vous, au lieu de : à droite, alignement.
Bien, au lieu de : fixe.
Faites un à droite, au lieu de : face à droite.
Partez, au lieu de : marche, etc.
Voici quelques observations pratiques d’une grande importance.
Chant.
L’exercice de la voix étant aux poumons ce que les mouvements sont pour le reste du corps, tou les mouvements d’ensemble devront être exécutés en chantant.
Nombre des séances.
Pour que les exercices soient profitables, ils devront avoir lieu trois fois par semaine, pour chaque "érie d’élèves.
Durée des séances.
La durée moyenne d’une séance doit être d’une heure.
Temps propre aux exercices.
Le moment le plus convenable pour appliquer les élèves aux exercices est la matinée, avant le repas, mais non de très-grand matin.
Costume.
Un costume particulier, qui permet une grande liberté de mouvements, est indispensable pour les exercices.
Nombre d’élèves.
Le nombre d’élèves le plus convenable est de quinze par peloton, au maximum.
Temps impropre aux exercices.
Les exercices pris immédiatement après le repas sont nuisibles à la santé; ceux qu’on prend immédiatement avant le coucher troublent le sommeil.
Manière d’exercer.
Dans aucun exercice on 11e devra débuter par des mouvements violents, et les mêmes précautions devront être prises pour terminer les séances, c’est-à-dire qu'il faut commencer doucement et finir de même.
Abus des exerciees.
Des exercices trop forts et trop fréquents pour la jeunesse empêchent la croissance, et dénaturent les formes.
Autres abus.
L’abus des exercices de bras, pour élever le corps aux cordes, perches, barres ou trapèzes, arrondissent le dos, ferment la poitrine, élèvent les épaules et excitent à porter la tête en avant ; les exercices libres avec les altères, les barres à sphères et les massues (poignées à sphères mobiles pour les demoiselles) sont le plus puissant moyen pour combattre cette fâcheuse disposition.
Un mot sur les jeux.
Les enfants et les jeunes gens de nos jours se poussent et se heurtent brusquement; mais ils ne savent presque plus se plaire à aucun jeu : pris de cette fièvre pernicieuse, qui veut tout connaître sans rien examiner, ils abandonnent, dès le début, l’exercice qu’on leur prescrit, si la machine ou l’instrument 11’obéit pas de suite à leur mobile volonté Vu l’importance qu’ont les jeux sur le bienêtre, la gaîté et la santé des enfants, je voudrais qu’à l'avenir ils fassent partie de la gymnastique pédagogique, en les assujettissant aux règles qui leur sont propres, et qu’ils soient enseignés par les professeurs de gymnastique, dès qu’ils commencent l’éducation physique des enfants.
Un mot d’explication sur la manière de diriger les poignets, les avant-bras et les bras, ne sera pas inutile avant de passer à l’exécution des exercices. Je suppose: 1° que l’enfant doive lancer le bras droit en avant de lui, com me le représente la figure nu 2 de la troisième partie; pour arriver à la première
pose, l’enfant courbe d’abord le poignet, en lui faisant décrire un petit cercle d'arrière en avant, puis le fait monter en ligne droite le long de la partie latérale du corps, en éloignant un peu le coude, puis aussitôt arrivé à la hauteur du sein, le poignet finit de décrire le cercle qu’ou lui a fait commencer en bas, et il vient se placer devant l’épaule, en ramenant le coude près du corps, et un peu retiré en arrière, voyez la première pose ; de là le bras est lancé en ligne droite en avant, en laissant aller un peu l’épaule avec lui, voyez la pose n° 2; aussitôt le bras entièrement allongé, on tourne le poignet les ongles en dessus, puis on le ramène vers l’épaule en lui faisant décrire un demicercle de haut en bas en levant successivement le coude jusqu’à ce qu’il soit arrivé à la position de la troisième pose, et enfin de là, le poignet est dirigé avec un peu de vigueur vers le bas, en parcourant la ligne qu’on lui a fait suivre pour monter; voilà le mécanisme qu’il faut employer pour lancer le bras en avant sans risquer de se faire aucun mal, et en donnant aux mouvements une souplesse assez gracieuse, ce qui n’aurait pas lieu si l’on portait brusquement le poignet à l’épaule, n’importe de quelle façon. Si, au lieu de lancer le bras en avant, on devait le lancer vers la droite, on répéterait exactement les mêmes mouvemens, en terminant de façon à ce que le poignet soit placé près de la partie supérieure de l’épaule, et prêt à être lancé vers la droite, voyez la première pose de la figure n° 4 de la troisième partie. En dernier lieu, si le bras, au lieu d’être lancé en avant ou vers la droite, devait être lancé en l’air au-dessus de l’épaule, les mouvements seraient encore les mêmes, jusqu’à ce que le poignet soit arrivé à la première pose de la figure n° 6 de la troisième partie. En dernier lieu, pour tâcher de mieux faire comprendre comment on doit procéder, il faut, n’importe de quelle façon qu’on doive lancer le bras, que ce soit toujours le poignet qui commence et continue le mouvement, l’avant-bras et le bras n’obéissant que successivement à la marche du poignet; il est bien clair que les mêmes règles sont applicables au bras gauche, et qu’il n’y aura rien à changer lorsque les deux bras fonctionneront ensemble.
Pour les jambes, le mécanisme n’est pas plus compliqué, mais il présente peut-être plus de difficulté dans l’accomplissement des mouvements. MM. les professeurs pourront se rendre un compte exact des observations ci-dessus en exigeant constamment que toutes les parties du corps qui ne prennent pas part au mouvement qui a lieu, restent presque dans une immobilité complète sans roideur et sans aucune gêne.
Les figures du texte ont été dessinées par M. E. Bocourt, et gravées par M. Sottin. Mademoiselle Clémentine Lebègue, professeur de gymnastique dans les hôpitaux, et Mademoiselle Louise Lefranc, son élève, ont posé pour toutes les attitudes.