II. — Empire ottoman
519, — Dans TEmpire ottoman, les artisans et ouvriers grecs sont, de môme que les marchands, groupés en corporations ; le syndicat corporatif est moins général chez les ouvriers turcs. Les corporations jouissent d'une grande liberté dans leur constitution intérieure ; elles ont la personnalité morale et peuvent posséder des immeubles (V. Glotin, p. 346).
§ 3. — Des législations qui ont établi un régime corporatif nouveau (Autriche-Hongrie, Allemagne et Roumanie).
520. — Ces législations sont les lois autrichienne, hongroise, allemande, et roumaine. Leur objectif commun a été « de restaurer les corporations anciennes, mais sous une forme compa-
(1) Les opinions les plus contradictoires ont été formulées sur les artèles, qa*uD décret impérial récent (14 juin 1902, Quest. Prat,, 1902,317), vient de réglementer à nouveau. Certains auteurs estiment que cette antique institution, conforme aux habitudes de travail en commun du peuple russe, peut se plier aux nécessités de la production moderne, la coopération étant par elle-même un rég^ime d'une souplesse merveilleuse, susceptible des adaptations les plus diverses : Merlin, Les associations ouvrières et patronales, p. 334. ^ D*autre8. et des plus autorisés, ont rapporté d'une enquête approfondie cette conviction que Tartéle russe était une institution essentiellement routinière, rebelle au progrès technique, propre à annihiler chez l'ouvrier tout esprit d'indépendance et d'initiative. Aussi voient-ils, dans la décadence du mir ou de Variété^ un gage de l'affranchissement futur des travailleurs des champs ou de la ville. Schulze-Gôvernitz, op. cit. — La vérité pourrait bien ^tre entre ces deux opinions extrêmes. — V. infrh, tit. IV.
tible avec Tesprit moderne et avec les origines de l'industrie contemporaine ». Nous citons les propres paroles du prince de Lichtenstein, Tun des chefs du parti conservateur autrichien, et Tun des auteurs de la loi autrichienne de 1883 sur l'organisation de l'industrie. La liberté de l'industrie, proclamée par la Révolution française, adoptée vers le milieu du XIX® siècle par tous les Etats de l'Europe, a causé, disent les partisans du régime corporatif, plus de maux qu'elle n'a rendu de services ; elle a permis, il est vrai, à la grande industrie de se développer, mais cet essor même de la grande industrie s'est produit au détriment de la petite industrie, des petits patrons et aussi de la classe ouvrière, qui trouvait dans le régime corporatif une sécurité dont elle ne jouit plus sous le régime nouveau. D'immenses fortunes se sont constituées, mais ces fortunes n'ont pu s'élever que sur des ruines ; d'où les plaintes légitimes de la petite bourgeoisie et de la classe des travailleurs.
Que doit donc faire un État prévoyant pour remédier au mal? Son devoir est de rétablir, au moins pour la petite industrie, les cadres corporatifs, d'y faire entrer de gré ou de force patrons, ouvriers et apprentis, et de surveiller de près le bon fonctionnement de la loi, fût-ce au prix d'une ingérence plus grande que par le passé dans les rouages de l'organisation corporative. An patronage proprement dit, c'est-à-dire à la tutelle exercée par les maîtres sur les compagnons et les apprentis, vient donc s'ajouter, dans la conception corporative nouvelle, nettement imprégnée de socialisme d'État, le patronage supérieur de l'État. C'est cette conception de TÉtat-providence, de l'État imposant sa protection à tous et cherchant à satisfaire les aspirations de la classe ouvrière, tout en respectant et môme en renforçant les prérogatives traditionnelles des patrons (afin de sauvegarder l'espril hiérarchique qui est à la base de tous les régimes monarchiques), c'est cette conception, disons-nous, qui est la caractéristique véritable de la législation récemment inaugurée dans les Étals de l'Europe centrale, mais surtout en Autriche, où les théories nouvelles ont été aussi complètement que possible traduites en articles de loi (1).
(1) Sur le mouvement corporatif et ses caractères distinctifs, cons. notamment : Brants, Le régime corporatif au XIX« siècle dans les Etats germani'ques^ 1804 ; Cazajeux, Le mouvement social à Vétranger (Réforme «oc, janv. 1894) ; Hoissard, Le mouvement corporatif en France et à Vétranger^ syndicats mixtes, 1897 : Le Cour Grandmaison, Le mouvement corporatif en Europe {Bev, des Deux-Mondes, 15 lev. 1900) ; Martin St-Léon, Hisl. des corpor. de métiers, suivie d'une étude sur l'évolution de Vidée corporative au XtX* siècle. — V. aussi suprà, notre introduction, passim.