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CHAPITRE II

ESPRIT DE LJV LÉGISLATION OUVRIÈRE

parfaite que l'Etat, par son abstention, laisse un plus libre je» au développement des forces éœnomiciues naturelles (1).

Viunenient cette école prit-elle le qualificatif déclcctiqne, sous le prétexte qu'elle avait fait quelques concessions aux écoles divergentes, et qu'elle assignait à l'Etat un rôle un peu moins effacé que fécole de Manchester : elle n'en procédait pas moins direclcment de l'école Hbérale anj^aise et de la doctrine physiocralique du laisscz-faire, laisscz-passcr.

35. — L'école libérale contemporaine. — L'école libérale se^ senut-ellc prolondément transformée dans ces dernières années, conmie ses leaders l'ont maintes fois proclamé (2) ? A parler franchement, nous ne le croyons pas. Sans doute, l'école libérale contemporaine, à part quelques intransigeants du libéralisme (3), s'est appliquée, d'une part, à atténuer ce que cet optimisme avait de manifestement inacceptable par certaines concessions, habilement dosées, là rinterventionnisme ; d'autre part, à établir qu'elle Jie voyait pas dans ^économie politicfue une sinij^le science de la ricliesse ou chrcmatistiqnc, puis(pi'elle se préoccupait aussi de Hiomme lui-même et des moyens d'améliorer sa condition sociale

36. — :Mais, au fond, récole libérale, fidèle à ses principes, pei-siste à voir dans l'ingérence de l'Etat sur le terrain économique une atteinte aux lois naturelles qui régissent la production, et aussi à dénier à Fécono^nie sodale le caractère de science. « Il est de toute évidence, écrit à ce sujet M. Paul Leroy- Beaulieu (4), qu il ne s'agit pas là dune science... Il s'agit d'iiu

(1) Sur l'école optimiste française, cons. notamment: Cossa, p. 373; Gide-Rist, p. 370— aussi Ronce, Frédéric Bastiat, 11)00. — Sur les Iravau.x tics libéraux étrangers de la même période: Calrnes et St-.Ievons en Angleterre, \Vall<er aux Etals-Unis, de Tliùnen, Rau en .\llemagne, Roccarda ou Minghetti en Italie: — Cons. Cossa, op. cit.

(2) V. notamment Réchaux, Les écoles économiques au XX'^ siècle (3 vol.)^ et Scliatz, Jjindinfditalismc. op. cit.

(3) Nous avons lait ressortir déjà l'intransigeance d'il. Spencer, dont Jelibéralisme, fait d'une vérilat)tc aversion pour l'Iital, confine par certains côtés à l'anarcliisme — I/atjsolutisme de l'éminent piiilosoplie anglais fut égalé, sinon dépassé, par de Molinari, qui pendant un demi-siècle lutta pour la défense des libertés économiques, et par son continuateur Yves Guvot. -^ Cons. notamment: de Molinari, Les lois naturelles de l'économie politique, 1891; Les problèmes du XX- siècle, 1901; — Yves Cuvot. La science ■économique, 2« éd.. 1907. - Cf. Léon Say et Cliaillev-Rert, Xouncau dictionnaire kF économie politique, 3 vol., 2^ étl., 1900; ' Yves C.uvot et Raffalovjch, Dictionnaire du commerce, de Vindustrie et de la banque^ 1898-1901; Payen, L« réglementation du travail: ses illusions, ses danners" 1«13. -^ '

(4) Paul Leroy-Reaulieu, Traité ^économie politique, t. \^^, l^e part , chap IV (4 vol., 5e éd., 1911). — Cons. aussi du même auteur: L'Etat moderne et ses fonctions, 4e éd., 1911 (sorte de testament scientifique de l'auteur;. — Parmi les auteurs récemment disparus se rattachant à l'école-

art, c'est-à-dire de questions d'application contingentes et variables suivant les milieux et les hommes ; si utiles que puissent être ces observations, elles ne mènent pas à la constatation de véri^ tables lois permanentes ft universelles. »

II. — lu'olc libérale chrvliennc, ou école de la réforme sociale (Le PlaijJ.

37. — Le Play, sa méthode, ses tendances. — Il est intéressant! de constater (pie. procédant de principes très divertç'cnts, l'école classique et l'école de la réforme sociale, ou de Le Play, sont aaijoui^lliui parvenues à des conclusions assez voisines, sur la qfuestion du rôle dévolu à l'Klat dans l'ordre économique.

Le point de départ de Fécole de l'économie sociale rdénommée aussi écol<* "de la réforme sociale ou école libérale dirétienne) est manifestement une pensée de réaction contre l'optimisme égoïste de récole classique. S'eni^a.neant plus avant dans la voie frayée par Sismondi et Villeneuve-Barir^monl, adversaires déterminés de la dhrématistiqne ricardo-malthusienne, Le Play, véritable fondateur de l'école, a eu Je double mérite de substituer le point de vue éthique, moral, au point de vue économique étroit, et d'opposer, à: l'apriorisme des formnles, à la superstition des lois naturelles, la méthode d'observation scientifique, basée sur l'étude monoî^raphiqiie des groupes sociaux (Le Play, Les ouvriers européens, Les ouvriers des Deux-Mondes, L'organisation du trœm'L etc.).

Quelques réserves qu'il convienne de formuler sur ses conclusions, l'on ne saurait contester, ni la supériorité du point de vue»

libérale, citons notamment: Frédéric Passy; Beaurcsard, Essai sur la théorie du salaire, et Eléments d'économie politique, 1804; l.cvasseur, plus connu d'ailleurs par ses remarquables travaux d'histoire économique sur L'histoire des classes ouvrières. L'ouvrier américain, Les questions ouvrières en France, etc , ou de statistique, que par ses études do^nnali(iucs d'économie pure; Sauzct, dont nous retrouverons également plus loin les travaux historiques. Parmi les contemporains, nous mentionnerons: Colson, Couns d'Economie politique, 2c éd., 19<»8. et Organisation économique et désordre social, 1912; d'Eichlhal, La liberté individuelle du travail, 1908; Villey, La question des .salaires, et Traité élémentaire d'économie politique, 2e éd., 1894, qui, plus que tout autre parmi les libéraux, pourrait revendiquer l'épithlèlc d'éclectique. — Le même qualificatif conviendrait soit à M. Dufourmantelle (Précis, et Code Manuel de législation industrielle), soit aux auteurs étrangers, assez rares aujourd'hui, demeurés fidètes au libéralisme économique, notamment à réconomiste anglais ^larsliall (Principles of économies, 2c éd., 1891, et traduct. Sauvaire-Jourdan), aux économistes italiens Luzzati, l'apôtre des banques populaires, et Cossa, Premiers éléments d'économie politique, trad. fr., 1901.

Principaux organes périodiques de l'école libérale: Economiste français (Paul Leroy-Beaulieu, puis Liesse), Journal des économistes (de Molinari, puis Yves' Guyot), Monde économique (Bcaurcgard, puis Doucet). — Comp. en .\nglcterre: The economist, et aux Etats-Unis: Q"ar/e/7j/, /o/ir/ja^ of Economies (revues plus éclectiques).

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moral sur le point do vue industrialiste, ni la fécondité de la méthode inoiiopai)hi((ue, reprise depuis lors et perfecliounée par de nombreux dierclunirs, français ou élraiige.'s, appa.'ic.iant d'ailleurs |:i toutes les écolos économi({ues. Nous aurons maintes fois à aitiliser, chemin faisant, les travaux mon:),:îraphiques el statistiques (de la phipart d'entre eux, tels que Levasseu.-, M. B ock, Cheysson, du Maroussem (1), Gibon, (.riiher, Fougerousse, Babeau', LavolJée, d'Avenel, Turquan, Wyniarck, Ch. Beaoist, Eii.ir. lîostand, Valiez, Waxweiler, Brants, de S imlzc (ravernitz, Hogvrs, etc., et de toute la pléiade du Mnsée Social, de Bousiers, G. B ondeî, de Seilhac, Martin Saint-Léon, de Rocrfuigny, elc.

38. — Mais, de ce double point de dépari, à la 'fois humanitare et scientificpie. qui est aussi cehii de Técole sjlUarisfe (V. infra), l'école de Le Play ne déthiira pas ton 'es les conséquen-es qui semblaient logiquement devoir en découler: — lo parce qu'elle est trop profondément imbue des idées couse ' va tri ces et de la nécessité primordiale de maintenir dans la société l'ordre traditionnel ou providentiel fondé, d'une part, sur rafiïrmaîion du princi|>e d'autorité ,anto:'ilé de la religion dans l'Etat, du pore dan^ la laniille, du patron dans l'usine), et d'autre pa.'t sur le jnaiiitiea el la consolidation de la propriété individuelle, à l'aide de tout un ensemble de mesures législatives/destinées à favoriser la coiiceu'.ration djs fortunes ,^V. Rambaud, p. 321) ;

2<> Parce que celte même école, prérisémciit à raison de ses tendances iaristocratifpies, a le regard plus volontiers tourné vers le passé (retour à la contiimr) que vers l'aveivir, vers les corporations à forme ardiaïque que vers les formes nouvelles de groupements professionn?l's.

Le Play et ses successeurs n'ont dans TEtat quune conliance restreinte ; ils comptent plutôt, jxjur faire ren lîlre l'harmonie entre iHiefs (d'industrie et salariai ;, sur rmtiativj priîvée (2;, stimulée par la charité chrétienne et par un.^ notion i^his haute et phis large de la solidarité sociale. Quand la majorité des patrons aura Conscience de ses devoirs, que chacun d'eux che/ch.M-a à aiué- Horer :1a condition matérielle et morale de ses ouvTiers par des institutions ^le patronag- (3) (économats, logements nnvrie/s, participation aux bénéfices, cercles ouvriers, clc. , <piand les patrons et les ouvriers réconciliés auront reconstitué spontanéiheiit ces

(1) V. flans l'ouvrage de du Maroussem, Les cnqucirs, l'exjwsé seieulifique de la méthode. — Cf. Armand Gautier. Le Play et sa wèthode de recherches iRéf. sociale, n° 16 nov. 1995, p. 693).

(2) V. les quatre séries déludes publiées chez Guillaumin par Kug. Hosianri^ sous ce litre si^'n-fifatif : /, cl>on sf.eiale par linilinii.ye privée 1895-1907 — Cf. de Montesquiou. L\tuure de F. Le Play, 1912.

(3) Cf. Roguenant, Patrons et ouvriers, 1907.

corporations professionnelles mixtes dont la Révolution avait méconnu Paction pacificatrice, Tœuvre de régénération de la société cpntamporaine sera accomplie, la pa'x sjciale redeviendra une réalité, et le rôle du législateur se bornera à une mission générale de ,*police et de surveillance.

39 — Mouvement conv argent do l'ésola claisiq^iie et de l'école libérale chrétienne. — Cette conception du rôle du législateur est aussi, nous l'avons établi, celle des libéraux sans épithète. (Aussi assistons-nous, depuis <iucl(iues an lées, surtout en. France (1), à un mouvement convergent des deux écoles lil^érales : récole classique abandonnant son culte des fonnu'es et des lois jiaturelles iponv rétablir ^i son p"an le point d3 vue éthique, et l'école de Le Plav, effravée de^ hardiesses des catholiques sociaux. (V. (z/i/ro), accentuant son libéralisme et reléguant parfois au second plan ses préoccupations morales aHu de consacrer ses efforts (à la lutte contre le socialisme d'Et;it {2).

(1) Eu IMijiijuc il n'eu va pas tout à fait de auôme. Soit que la poussée démocratique clirélicune y soit plus puissante, soit que les ensclgaemcuts <le l'Hucyclique de Léou XIII aient trouvé eu terre flamande un terrain mieux préparé, les deux fraclious de l'école catholique sont beaucoup moins çjéparées qu'eu France. L'un des chefs les plus en vue de l'écolo catholique belge, V. Brants, est sans doute un libéral, mais son libéralisme n'exclut pas d'assez larges concessious à la tlu\ie inlervcnlionnisle, et la Revue sociale catholique, dont il e-it un des aspirateurs, est également ouverte aux libéraux el aux démocrates chrétiens. — V. aussi, du même auteur. Les grandes lignes de l'économie politique, iBOl ; La petite industrie, >op. cit., et ses nombreux articles de la Réforme sociale. — Vanlaer, professeur à l'Université de Lille, noii^s paraît représenter eu France cette nuance intermédiaire.

(2) Cons à lappui de celte proposition, rouvra;îe de Claudîo Jannet, Socialisme dEiat: Béchaux, La réylrmcntation du travail, 190 1 ; Rambaud, Le socialisme et les lois économiques, 1890, et Eléments d'économie politique, 1895. A rapprocher des écrits de ces troi5 auteurs, professeur!* d'économie politique dans les Facultés libres de droit françaises, les Premiers principes d'économie politique de Ch. Périn, prédécesseur de Brants à l'Université calholi(iuo de Louvain. ~ V. aussi Hubert Va'lero.ix, Con'rat de. travail, 1895 (d'un ILIu'raHsme intransigea il . — Il convient de classer à part, parmi les libéraux chrétiens: Rostand, partisan convaincu de liuilia- \\\v individuelle, moins absolu cependant que Hubert Valieroux dans son abstentionnisme (L'action sociale par linitiativc privée, op. cit.; Cheysson, éclectique assez voisin de l'école solidarisle sur le terrain des a,ssurances sociales; Anatole Leroy-Beaulieu, le vaillant champion de la pacification sociale. — A citer également parmi les principaux coUaboraeurs de jla Réforme sociale, organe périodique de l'école de Le Play (Société d'économie sociale et Unions de la paix sociale): G. Bloiidel, l'un des historiens les plus compétents du mouvement social germanique; IL Lorin, M. Dufourmantclle, de Curzon, Mazel, Cazajeux, etc.. — Cpnf. Revue catholique des Jnstitutions et du droit. — Sur l'œuvre d'ensemble de l'Ecole, cons', notamment: Vignes, La science sociale d'après les principes de Le Play et de fies continuateurs, 2 vol. 1897; Auburlin, Le Play d'après lui-même, 1906; Gide-Rist, p. 560. — V. aussi la série des travaux publiés en 1900 à

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