Fonctions économiques de l'Etat oa de la commune
D'autre part, le socialisme d'Etal u une tendance très nette à étendre progressivement le rôle économique de l'Etat ou des communes, et à favoriser soit la mainmise de l'Etat sur les voies ferrées ou les mines, soit l'exploitation en régie par. les municipalités de tout un ensemble de services qui jusqu'ici étaient généralement exploités par des compagnies concessionnaires, eaux, gaz, transport en conmiun, etc. (3). M. Gide fait remarquer à ce sujet que U'objection des libéraux, tirée de l'incapacité prétendue de 1 Etat, n'a qu'une valeur très relative. Jusqu à présent, en effet, dit-il, « lEtat n'a été organisé qu en vue de ses fonctions politiques et nullement de ses fonctions économiques..., mais il est permis d'espérer que le jour où l'Etat sera constitué en vue de ses nouvelles fonctions, il pourra exercer dans le domaine économique une action plus rationnelle et plus efficace que celle qu'il a exercée jusqu'à présent » (Gide, Principes d'économie politique, 7e édition, p. 87).
(1) Lehrbuch dcr politischen Œkonomie, Leipzig, 7 vol. 1876-1893 (Cf. ti;i(l. Polack, sous le titre: Les fondements de l Economie politique, 1904-1905).
(2) Quintessence du socialisme, trad, Malon.
(3) Sur le développement du socialisme d'Etat dans les colonies anglaises iiutonomes, spécialement en .\ustralie et Nouvelle-Zélande, v. infra, titre 1 , ^Ikij). 4, sect. 3.
LÉGISU IND. 3
INTRODUCTION. — CHAPITRK II
ESPRIT DE LA LÉGISLATION OUVRIÈRE
B. Socialisme chrétien ou christian:sme social. — 49. — Le ^aiiilisme ic'hrétion est pliilôt une tendance qu'une év^ole.
D'une manière |i*énérale cependant, les adeptes du socialisme îdlmMicn, catholi<jue ou évani«élique (1\ se reconnaissent à deux signes distinclil's, (pii permettent de les différencier, soit des libéraux dliréliens, comme Le Play, soit dos inlei-venlonnistes sans cpitîlièle : — 1" Ils sont partisans d'une intervention de i'Elal i)lus ou moins accentuée en faveur des travailleurs, et constituent ainsi, •dans les principaux ]/ays civilisés, un véritable parti démocrate cfhrcticii ; — 2<> Ils ne conçoivent pas un Liât aFfranclù du dogme, mais un Etat dirigé par la tradition dlirélienne : les catholiques se réclamant des encycliques du Pape Léon Xlll (Lncycl. Rcrum nomiruin, et Grmrcs de commuai), les i^rolestants s'appuyant sur îfEvauigilc et s'efforçant de réaliser le ro'janme de Dieu sur la terre (2).
(1) Lo calholirismc social, eu France, remonte à Lameuiîais (journal L'Avenir) — Mgr de Keltcîcr, l'ami de Lassalle, et l'un des fondateurs du catholicisme allemand, est manifeslemenl, au i>oint de \ »ie social, un discii)lc de I.aniennais. — Cous, sur l'hisloire du mouvenu ni calholiqiie social: de Girard, Kcttclcr et la question onrritrc, 18%; XiUi, Sociulisnie cntliotiiiite : Cliat/, op. cil. p. 'M \ \ Abbé Calippc, l/altiliidc sociidc des catholiques français au A7.\c siècle, 3 v., 1912. — C'est eu .Angleterre qu'a pris naissance, avec Th. Carlyle, Kingsley, le socialisme évangélique, qui s'est ensuite introduit et développé aux Etals-Unis, dans les colonios anglaises, et (((uoique aV3c un moindre succès) ei .\lleniai;re. Cens, sur l'évolution de ce mouvement: Verhaegen, Socialistes ancflui.^: Rév. Kerby, Le socialisme aux Etats-Unis; Price, Ilistory of polilicol cconomy in England; Goyau, L Allemagne religieuse, protestantisme, 1898; .ludson, Cochran. etc., Social Work of tlie Church (Annals of ameriinn Acadcnnj de Philadelphie, nov. 1907); CoUard, Le mouvement social dans le protestantisme, th. 1909. — Comp. (mais dans un sens défavorable à ce mouN'^nienl social): Périn, Socialisme chri'ticn, 1S70. et Le 'Salaire d'aprùs rencyclique, 181H ; Hambaud, p. 481 et s ; Joly, Le socialisme chrétien, 1892. — Sur le mouvement éthique, parallèle au mouvement social chrétien, provoqué par les œuvres de Ruskin, de Toynbee, l'apôtre lies œuvres do patronage social, de Tolstoï: Cons. Price, Verhaegen, op. cit., Geddcs-, JoJin Ruskin economist (Edimbourg, 18S-J); Bruuhes, Ruskin et la Bible: Gide-Rist, p. 581.
(2) Il convient de citer, parmi les catholiques sociaux dont les œuvres t)u la propagande ont exercé dans ces dernières années, ou exercent encore .le plus d'influence en France, MM. de Mun, Lorin, de la Jour du Pin, de Ségur-Lamoignon, Turmann, Lapeyre, abbé Lemire, Bureau, Boissard, Le Cour-Grandmaison, Fousegrive, abbé Six, Duthoit, etc. (Organes périodiques: Le mouvement social, (anciennement Association caiholique), La Démocratie chrétienne, Le Sillon (M. Sangnier), La Chronique sociale de France, L Action populaire (de Reiras), La justice sociale (.\bbé Nau- <iet); —centres de groupement : Semaines sociales; — en Belgique, MM. Verhaegen, de Wiart, Dubois, Legrand, Nyssens (l'éminent ministre du travail, Irécemment décédé), etc. (organe: Revue catholique, sociale et iuridique) ; — en Suisse, MM. Dccurtins, de Girard : — en Angleterre, cardinal Manning; — en Allemagne, 1 abbé Hilze, Mgr Fischer, cardin. nrchcv. de Cologne; — en Autriche, le prince de LichtcnstLin, leader de
50. — L'ordre social suivant l'idéal chrétien. — En d'autres bennes, les chrétiens sociaux ou démocrates chrétiens (1), abstraction faite des nuances individuelles ou confessionnel les, prennent pour devise de leurs revendications cette éloquente parole de Lacordaire : t Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c'est la liberté qui tue, c'est la loi qui affrandiit. » Cest la pure formule du socialisme d'Etat, avec cette différence toutefois que la loi, pour les socialistes dirétiens, est une loi calquée sur les t'useignemeiits du diristianisme.
61. — Sigînalons toutefois les tendances collectivistes de certains chrétiens sociaux, pour la plupart du groupe évangélique. L'abbé Mac Ghn, irlandais d'Amérique, était l'un des membres les plus influents du parti Géorgie; la Guild of Saint-Mathr.w (association évangélique anglaise) a des tendances socialistes qui la rapprac-hent du parU fabien ; il en est de même d'une fraction du parti éAangéUque allemand. Les catholiques sociaux, en Belgique et en Suisse, sont nussi en coquetterie avec le marxisme, et cetle communauté partielle de vues* se manifesta nettement au Congrès de Zurich de 1897.
En France, la liglie de démarcation est l>eaucoup plus tranchée entre le parti socialiste et les chrétiens sociaux ; les catholiques se bornant, en général, à réclamer l'intervention 'de i'Etat en faveur des faibles et la réorganisation de l'industrie sur la base corporative (2), les protestants se rattachant plutôt à la doctrine solidariste, dont nous parlerons plus loin. Signalons toutefois, parmi les
l'antisé-milisme, le comte de Lœsevitz, etc.; — en Italie, M. Toniolo, l'un des organisateurs de l'œuvre des Congrès (organe périodique; Fascio democratico); abbé Murri, chef des démocrates chrétiens (Rivista di coltura): — aux Etats-Unis, l'abbé Mac-Glyn.
Nous citerons, parmi les socialistes évangéliques: en France, MM. Sabatier Bahut, Recolin, Ch. Robert (revue Le Christianisme pratique); — en Angleterre, le Rév. Headlam, fondateur de la Guild of Saint-Malhew; — aux Etats-Unis, les pasteurs Rliss, Herron, etc. (Church social union); en Allemagne, le pasteur Stœcker (Central Verein fur social Reform, Christlichsociale lilâttcr). — Pour l'étude du mouvement chrétien social contemporain, cons., outre les ouvrages précités: Dechesne, Le mouvement social évangélique en Allemagne {Rev. d'économie polit., 1S96, p. 1901 et s.); Ma.\ Turmann, Le catholicisme social depuis l encyclique Rerum novarum, iOUO; Goyau, Le Pape, les catholiques et la question sociale, 1895; Toniolo, 7Va//. di economia sociale, Florence, 1907; Duthoit, Vers Vorganisalion. professionnelle, 1910; Cristiani, Les diverses positions du protestantisme jrançais en matière de doctrine sociale (Chron. sociale de France, nov. 1920).
Il Ik-aucoup d'entre eu.\ protestent contre le qualilîcatif de socialistes chréens qui leur est conimunémcnl appliqué par leurs adversaires ; quelques-uns
iacceptcnt cependant, surtout en Allemagne et au.\ Ktats-Unis. (2) Voir notamment: Boissard, Le syndicat mi.rte, I89G. — V. aussi,
pour l'Espagne, La Paz Social (dir. S. Àznar), Madrid.
INTRODUCTION. — CHAPITRE II
ESPRIT DE LA LÉGISLATION OUVRIÈRE
théoriciens actuels du catholicisme social, une évolution marquée dans le sens démocratique : plusieurs d'entre eux sont résolument hostiles à la conception aristocratique de Le Play, tendant à subordonner au patronat les groupements ouvriers (1 ).
C'est, à n*cn pas douter, en. vue d'entraver cette évolution que le pape Pie X nliésita pas à condamner le modernisme i)ar l'encyclique Pascendi. En présence de cette déclaration de guerre à la pensée moderne, plusieurs courants se dessinèrent dans les milieux catlioliques d'avant-garde. Le P. Tyrrell, l'un des chefs les plus en vue du modernisme, ne dissimula pas sa désapprobation; des tendances actuelles du Saint-Siège {The pope and modernisme, Times, n"» 30 sept., 1er oct. 1907). En France, à part les abbés Loisy et Naudet (2), les plus compromis s'effacèrent (disparition de Demain, direct. P. Jay) ; quelques-uns môme firent un acte éclatant de soumission. Ainsi procédèrent la Démocratie chrétienne {Une heure historique. Au tende main de l'encijdique Pascendi, par Mg'r Vanncufville, Démocr. chrét., no 8 nov. 1907), et, en Italie, l'abbé Murri.
Mais ces somnissions ne devaient pas suffire à combler le fossé profond qui sépare les démocrates chrétiens des ultramontains. témoins la mise à l'index des œuvres exégétiques de l'abbé Loisy, du Sillon et de ses Congrès, et le régime de suspicion auquel furcnfe longtemps soumis les prêtres libéraux, notamment l'abbé Lemire. député du Nord, l'un des chefs le plus courageux du mouvement catholique social. — Cf. dans le Journ. des Débats, la série des correspondances romaines publiées sous le titre : La politique de Pie X ; V. notamment les nos des 5 et 10 oct. 1907. V. aussi Peniot, La Politique de Pie X; A. Leroy-Beaulieu, Déb., no 8 nov. 1911.
G. Ecole éclectique. — 52. — L'école éclectique Ç.U accepte le m^nie point de départ que Fécole du socialisme d'Etat. Elle n'admet
(1) V. spécialement: Bureau, Le contrat de travail, le rôle des syndicats professionnels, 1902. — V. aussi Cliaîne, Les catlioliques français, 2*^ éd., Lyon, litOS.
(2) L'encyclique Pascendi et les catholiques progressistes, par l'abbé Naudet {Les documents du Progrès, décembre 1907).
(3) L'école éclectique, par ses doctrines mêmes, comporte les nuances les plus variées, et rien n'est plus malaisé que de tracer la ligne de démarcation qui la distingue des autres écoles interventionnislos. Voici cependant, sous toutes réserves, une liste, d'ailleurs très incomplète, des auteurs qui (nous paraissent, par leurs tendances générales, se rattacher à cette école (comme précurseurs, fondateurs ou adhérents). En France, le représentant le plus autorisé de cette école tut. jusquà son décès, M. Cau\vc!s, président de la Société d économie politique nationale. — Peuvent être classés dans le même groupe, parmi les auteurs déjà cités précédemment: MM. Bourguin, Bry, Dugiiit. Fouillée, Hauriuu, Lahoi'dc, Perreau, Rist, Souchon, Truchy. — V. aussi (sous réserves) Bellom, Les lois d'assurances ouvrières à l étranger, 10 vol., 1892-1909, Bcrlliélcmy, Traité de
pas, avec les libéraux intransigeants, que l'étatisme soit malfaisant en soi ; elle estime, au contraire, que l'Etat a des fonctions multiples indispensables au bon fonctionnement de l'organisme social.
L'école libérale classique compte sur la liberté économique pour corriger tous les abus, l'école libérale chrétienne escompte les heureux effets du patronage et du régime corporatif restauré. L'une et l'autre, faute d'avoir pris contact avec la réalité, ou d'avoir voulu déduire les conclusions logiques de leurs enquêtes, sont d'un optijuisme que Técole éclectique se refuse à partager.
53. — La restauration du patronage corporatif chrétien suffilait-elle comme l'affirme l'école de Le Play, à faire disparaître •dans la mesure du possible ces inégalités et à corriger les abus de la liberté illimitée ? Sans nier la puissance de l'association, récole éclectique, forte d'une expérience de plus d'un siècle, se refuse légalement à l'admettre. Il serait chimérique de prétendre restaurer en France la corporation de jadis, avec ses cadres rigides, son -caractère aristocratique, son traditionalisme chrétien ; sans -tre hostile aux syndicats mixtes, l'école éclectique accorde sa
droit administratif, 6e éd., 1910, passim; Brouilhet, op. cit., et Précis ■d'économie politique, 1911; P. Deschanel, La question sociale, 1898; Lambert, Fonctions du droit civil comparé, 1903, passim: Pascaud, Le contrat de travail {Rev. générale du droit, 1901); Thaller, éludes diverses ■dans Jes Annales de droit commercial et industriel; Torau-Bayle, Le problème social et i individualisme {Rev. pol. et pari., 1898, t. xVlII, p. 112). — Comp. les discoure parlement, de Barthou, Poincaré, Strauss] Ji. Waddinglon, Deschanel, Siegfried, etc.
En Angleterre, l'on pourrait citer comme appartenant aux mêmes tendances: Clifle Leslie, Ingram, Foxwell, et (malgré de graves divergences) Stanley-Jevons. — En Belgique. Waelbroeck {Législation industrielle, 2 vol 1865), Lambrechts .— Aux Etats-Unis: Carey, Thomson, Greelev, Clark." — Eu Allemagne et en Aufriclie List, Brentano, Schonberg, Conrad, Cobn, Lexis, Mataja, Menger. — Cons. au surplus, pour l'étude des doctrmes interventionnistes modérées enseignées dans les Universités allemandes: €ohn, System der Nationalœkonomie, 3 vol., Stuttgart, 1891; Elster, Worterbuch der YoWswirtlischaft, 2 vol., léiia (ouvr. collectif). — En Italie: Messedaglia, iXitli (directeur de la Riforma Sociale), délia Volta, Sraffa, de Mariais. — En Espagne: Piernas y Hurtado, de Saralegui y Médina.
Nous, avons déjà fait observer que la Revue déconomie politique, bien que consliluaul. uue tribune ouverte à toutes les doctrines, est plus spécia- 1 ornent, en France, l'organe de l'école éclectique ou solidariste. — V. aussi nos Questions pratiques; la Revue pratique de droit industriel: le Musée Social {Bull, mensuel et Mémoires et documents), les Annale» de droit commercial et industriel; le Moniteur des syndicats ouvriers. — ^omp. Bévue pratique de droit industriel, dir. par Bodeux (Liège); Economie Journal (Londres); Economista (Florence); Rivista di diritto ommerciale, etc., de Sraffa et Vivante (.Milan); Annals of the american Academy of political and social science (Philadelphie); Boletin de la ^ociedad de fomento fabril (Santiago-Chili), etc.
INTRODCCTION. — CHAPITRE IT
ESPRIT DE LA LÉGISLATION OUVRIÈRE
préférence aux syndicats liomogiè'nes, patronaux ou ouvriers, et dégagés de toute allndie confcssionnetle.
Mais CCS organisations syndicales, si puissantes qu'on les suppose, ne sauraient, par cllcs-môines, extirper tous les abus. L'expérience des Etats dans lesquels les groupenienîs ouvriers sont parvenus au plus îiaut degré de puissance, l'An.î^le terre et les Etats- Unis notamment, démontre que, s'ils ont souvent assez d'influence pour promouvoir^ les réformes reconnues nécessaires, ils ne sauraient prétendre à les réaliser toutes directement sans 'e concoure de la loi (r. Au surplus, s'ils devenaient jamais asse^ puissants pour faire triompher directement leurs revendications et s'emparer de la souveraineté économique, comme en Australie, il est à supposer que les libéraux regretteraient alors de n'avoir pas réalisé par les vou^s légales les réformes nécessaires.
54 — Non moins irréalisable est l'espoir, formn'é par un^ fraction de l'école de Le Play, de mettre fin aux confiits du capitcol et du travail par un ensemble d'institutions patronales (Sur ces institutions multiples, V. notre titre IV infra) .
Nous ne contestons pas l'efficacité du patronage, exercé soit ajiidividuellement par le dhQÏ d'industrie à l'égard de son' personnel, soil collectivement à l'égard des travailleurs par des associations pliilanthropiqucs ; mais nous .estimons d'abord que le patronage doit ,être discret pour être aisément accepté, ensuite et surtout qu'il est, dans l'or^^anisation industrielle acLudle, des abuv trop graves et trop généralisés ix)ur que l'initiative priv.-e, livréo a ses propres ressources, puisse en avoir raison. Auss' a-t-on vu maintes fois des Chefs d'industrie désireux d'améliorer la condilion. de leur personnel réclamer instamment une intervention législative qui on interdisant aux patrons peu scrupuleux certains modes d'exploitation manitestement condamnés i)ar l'numa.iité ou par l'hygiène, pouvait seule leur permettre, sans courir le risque d'une mine presque inévitable, de réaliser dans leurs établisseme.ils de; réformes plus proiond.s, telles par exemple que la suppression du travail de nuit.
55 — Sans doute, l'école écle2ti:/u3 ne tient pas pour légitimes tous les modes d'inlervenlion de l'Etat (2). Mais elle œnsidère que le plus sûr moyen d'édhapper aux expériences collectivistes qu'elle Uent pour néfastes, n'est point de répéter à satié.é la vieille formule usée « laissez-faire, laissez-passer », mais bien dj s'appli-
(1) V. en ce sens: Jay, Une forme noiwelle (T organisation du travail par les groupements professionnel (Reu. d'écon. polit., 1901 p 270j
R^nL/''"'* ''' ''w"'^"^ '^'' socialisme dFtat infêrrral, co'ns. notamment Bourguin, o: cit., p. 8U; Kist, Oriyines du socialisme d Etat (lieu décon. fiolii , 1907, p. 321). ^
qucr ià délimiter avec précision les attributions norma'e> de l'Etal, et de dégaaer. par une éturle attentive de l'organisation industrielle inadernc, jos principes permettant d'assigner à celui-ci son véritable rôle.
Le rôle de l'Etat n'est pas seulement d'assurer la dérense du territoire et de rendre la justice, comme le préle.ideit certains individualistes. Il doit aider aussi au développement de la ridiesse générale f^nit par d?s travaux productifs, soit par un .système rationnel dimpôls. 1! doit, d'autre part, dans l'inlérôt de l'ordresocial, non \)i\s sans doute inten-enir directement dans les contrais inklustriels. mais tout au moins veiller à ce que les contractants soient \vraimrnt libres, réprimer l'exp'oitation abusive du salarié par le dief d'industrie, et imposer dajis ce but aux inlustriels tout un ensemble de mesures destinées à protéger la vie, la sanlé, la moralité du travailleur ( 1 .
D. Coopi'ratisme ; solidarismh. — 56 — Les écoles dites coopéraliirc, solidariate, ne sont ,à vrai dire que des variantes de la précédente. Elles en diffèrent surtout en ce qu'elles s'appliquent à dégager am cvileriiun précis permettant d'établir une ligue de démarcation rationnelle entre l'action de l'Etat et l'aztion i;idividuelle.
57. — Ecole coopérative. — Le cliaf de Vécole coop'^rnlive, qui voit dans le développement indéfini de la coopération de production et dans sa substitution pro^^ressive au salariat la so'u'ion du problème {social, est incontestablement, pour la France, M. Gide, qui dans ses nombreux travaux sur la coopération (2) a élo<iueniment mis en relief les avantajîes de la coopéralion envisagée comme moyen de faire passer pacifiquement, sans révolution violente et sans expropriation, les instruments de production de> mains de l'oligarchie patronale en celles de la masse ouvrière.
Aujourd'hui, sous le régime du salariat, il n'y a pas dassociation économique vérilal)le entre l'ouvrier et le patron ; i'un et l'autre sont bien associés dans la production, mais nullemeit darn^ la répartition. C'est ce vice irrémédiable du salarial que dénonce l'école coopérative : pour elle, dans la société de l'avenir, à laquelU il est possii»le de parvenir graduellement, par étapes (la participa-
(1) Cf. Cauwès: t. !•-■•, n''*36t et s.; t. III, n"s 837 et s.; et dise, inaugural du Congrès internat, de Paris, Quest. pratiques de lég. ouirr. 1900, p. SU.
(2) (iidc, La coopération, conférences de propagande, 2e éd., 190G. Les sociétés coopératives de consommation, 2e éd., 1910; Les iastitufrons du progrés social, 5e éd., 1920. — Y. aussi la plupart des auteurs classét* infra parmi les solidarisles et spécialement: Cat)oual, Syndicats et coopératives, 1902.
Orjîanc do l'école: L'Emancipation, de Nîmes. — V. aussi Reu. de psychologie sociale.
INTRODICTIOX. — CHAPITRl- H
ESPRIT DE DA LÉGISLATION OUVRIÈRE
lion aux bénéfices généralisée constituant la plus importante de ces étapes), l'association patronale doit faire place à Passot-ialion intégrale, c'est-à-dire libre, complète, embrassant la répartition aussi bien que la production, et dans laciiielle « chacun aura ii cla-ro conscience qn'il est membre d'une œuvre collcctioe et la ferma Volonté id'y coopérer » (Gide, Principes d'écon. pol.^ le édit., I, p. 237).
58. — Ecole solidariste. — Quelcfue séduisantes que soient les pe»repectives d'avenir ouvertes par Técole coopérative, Ton est bien obligé de convenir que la solution qu'elle préconise, impliquant une transformation profonde de la société économique, est trop éloignée pour qu'il soit permis d*en attendre, dans le présent, un remède suffisant aux vices de l'organisation industrielle contemporaine.
Trop d'obstacles matériels ou moraux, M. Gide en convient tout le premier, s'opposent encore aujourd'iiui à l'extension indéfinie de la coopération de production, pour ([u'il soit permis d'envisager domme une possibilité prodhaine la disparition du salariat ; et Cepeiudant bien des abus, dont souffre la masse travailleuse, appellent oin prompt remède.
69. — Ce remède, (une école très en faveur aujourd'hui, qui rallie sous son drapeau éclectiques, coopérateurs, et même bon nombre de socialistes d'Etat, partisans de réformes profondes, mais résolument opposés au collectivisme révolutionnaire, le trouve dans le solidarisme.
Assurément, la notion de solidarité sociale n'est point une nouveauté. Elle a inspiré les systèmes de reconstruction socia'e des pocâalistes utopistes de la première moitié du xix» siècle, de Fourier et de P. Leroux ; elle est à la base de la morale positiviste (altruisme) d'Auguste Comte et de son école ; elle se retrouva dans ioutes les loeuvres des écrivains interventionnistes, à quelque nuance qu'ils appartiennent. Mais le mérite- de Técole nouvelle est d'avoir précisé et systématisé cette notion un peu vague, et d'avoir établi icfue la solidarité, — de plus en plus active et efficace au fur et à mesure qu'elle passe du domaine organique et inconscient dans le domaine des réalisations conscientes et voulues, soit par l'union en faisceau des initiatives privées, soit par le progrès des groupements professionnels, soit par l'action stimulante des pouvoirs publics, — est la loi même du progrès social.
60. — L'école solidariste se rapproche donc de l'école de Le Play (1) en ce qu'elle place le point de vue éthique avant le point
(1) Ou de l'école anglo^méricaine qui s'inspire des enseignements de Ruslvin (V. Huslcin, Unto this Last, trad. Peitier, introd. Brunlu'S, 1902;. — Coni]). Carlyle, Cathédrales d autrefois et usines d'aujourd'hui {Passé
de vue économique ; du sociahsme d'Etat ou de l'école sociale chrétienne en ce qu'elle admet la nécessité d'une interve ition éne.'gique des ipouvoirs pubUcs en faveur des faibles. Mais elle trouve, dans le (concept scientifique de l'organisme social, ou tout au moins dans la conscience de plus en plus nette de l'interdépendance, morale et juridique à la fois, de tous les individus dont se compose la société d), la justification de toutes les réformes, morales et législatives, qu'elle préconise, sans hostilité au regard des dogmes, mais sans le concours nécessaire de ceux-ci.
61. — Le point de vue scientifique eL naturiste est nette neat indiqué dans le passage suivant du discours prononcé aux fêles du jubilé de M. Berthelot (21 nov. 1901) par l'illustre savant: f De la connaissances plus profonde de l'univers et de la constitution physique et morale de l'homme résulte une nouvelle conception de la destinée humaine, dirigée par les notions fondamentalesde la solidarité universelle, entre toutes les classes eL toute i les
fiations. »
Le point de vue psydiologique, à la fois moral et juridique, n'est pas affirmé avec moins de précision dans le passage suivant de La solidarité, de M. Léon Bourgeois, le véritable chef de l'école nouvelle : ^ Au devoir moral de charité qu'a formulé le christianisme, et à la notion déjà plus précise, mais encore abstraite et dépoun'ue de sanction, de fraternité répubUcaine, la théorie de la solidarité substitue une obligation quasi -contractuelle (2), ayant, comme on dit en droit, une cause, et pouvant par suite ,être soumise là certaines sanctions (3). »
et présent), trad. C. Bos, préf. dizoulet. — Comp. aussi à l'eslliélisme de Ruskin, ou au mysticisme de Carlyle, le mysUcisme slave de Tolsloi,
Résurrection.
(1) Pour les sociologues de l'école biologique, la solidarité est avan^ tout organique (Cf. Izoulet, Worms, Durkheim, op. cit.). Elle est semiorganique, semi-contractuelle pour les sociologues, philosophes ou économistes qui, tout en considérant l'Etat comme un groupement naturel, se Tcfusenl à l'assimiler à un organisme vivant (v. les ouvrages précités de iFouillée, Ilauriou, Duguit, 11. Michel, P. Deschanel). — V. aussi Sfcrétan, Du rôle de l'Etat dans Vordre économique {Rev. d'écon. polit. ^ lSi>2, p.' 155 et suiv.); et Mon utopie, 1892; Léon Bourgeois, La solidarité., 7c éd., 1912; Bougie, Le solidarisme, 1907; Mauranges, Sur l'histoire de lidée 4e. solidarité, th. 1910.
(2) Sur la supériorité de la notion de quasi-contrat sur celle de contrat social, v. Charment, Reu. critique, 1907, p. 501.
(3) Il convient toutefois de remarquer que cette conception, essentiellement stientifique et positiviste, de Berthelot ou de Bourgeois, ne se retrouve pas chez tous les solidaristes. C'est celle des hommes d'Etat démocrates-, comme Waldeck-Kousseau (Questions sociales, 1900), Millerand ou Guieyss© (rapports jxirlementaires) , — des économistes comme Gide, op. cit., on Mabilleau (La prévoyance sociale en Italie, et œuvres div.) en France; — Sidgwick en Angleterre (The principles of political economij, 1887); Ely,
INTRODUCTION