‹ Traité élémentaire de législation industrielle [microform]. Les lois ouvrièresChapitre 166 sur 466 · CHAPITRE IV. — DES SyNi>U:ArS PHOFKSStONNELS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DES SyNi>U:ArS PHOFKSStONNELS

521. - Toutes les tentatives failes pour coasliluer en Fran e un vaste groupement des fé léralions de méliers, sans alliage d éléments étrangers, ont jusqu'ici échoué, et en 189 L au Congrès ouvrier de Nantes, la Fédération Jialionale des syndicats, péniblement constituée en 1886 au Congrès de Lyon, s'est ej7oadréj pour faire place à la Fédération des Bout.ies du tramil, créée en 181)9, et à la Confcdéralion gcnéralc du traimil (Congrès de Limoges, 1895).

La Confédération générale du travail aspire, il est vrai, à devenir, pour les Unions de métiers, un organisme central analo.;ue à la Fédération allemande des GowcrJcsckiften sodalisles ; mais ses moyens d'action, même depuis sa demi-fusion, en 1902, avec la Fédération des Bourses, ne sont pas à la hauleur de ses anibilions. Affaiblie à plusieurs reprises par le.s di isensions iiitesti.ies de ses cheXs (V. aupra, no 2(i), désertée par les syndicals mo^dérés, (V. supra, n" 438), la Confédération est loin de représenler la niasse des travailleurs français, bien quelle donne parfois 1 illusion de la force par la violence de ses revendications (1).

En fait, et malgré leur afiiliation collective à la G. G. T , les Bourses du travail sont demeurées, au moins dans un grand nombre de centres, les organismes les plus vivants, les plus ctualifiés pour rcpré>enter le travail organisé. Elles sont les véritables •citadelles du prolétariat.

522. — Celle orientation générale du mouvement fédéralif ouvrier n'e..t pas sans inconvénients. Dèi l'ias.ant en elTet que les groupement ; d ouvriers de toutes pi-o fessions p enaient le i^as sur les léJéralions de iméliens,il ét'iL fatal qu^e les unioùstesliii^sant de coté les problèmes techniques, fussent entraînés dans lorbile des agiialeurs politiques. La Confédération, nous l'avons vu, a trop souvent dévié sur le terrain de l'action révolu'.ionnaire ; et la ré>istance qu'elle a opposée à la Troisième Internationale ne saurait faire ou-

(1) V. notre article sur Le Premier Mai et sa mystique (Ouest, praf.y 1920 et 1921). — Pour la critique du syndicalisme révolutionnaire, affiché par la C. G. T., cons. notamment: de Seilhac, Le XV I^ Congres corporatif de Marseille, 1909; Challaye, Syndicalisme révolutionna' re et syndicalisme réformiste, 1908; Franck, La Confédération générale du travail, 1909; Pawlovvski, id., 1910; Martin Saint-Léon, Syndicalisme ouvrier, 1920. — V. aussi Bourguin et Levasseur, passim; Mermeix, Le syndicalisme contre le socialisme, 1908. — Cons. au contraire, en faveur du syndicalisme: Pouget, La Confédération du travail, 1907; Griffuelhes, Laction syndicaliste, 1907.; Jtouhaux, Le syndicalism>e et la C. G. T., 1920; Probus, La constitution syndicale de la France, 1920. — Cf. La Vie ouvrière ,et la Revue syndicaliste, organes de la C. G. T.; la Bataille syndicaliste.

La C. G. T. ne paraît pas grouper actuellement (1921), plus du quart de l'effectif svndical. A la suite des grèves de mai 1920, ses effectifs sont tombés cîe 1.350.000 membres à 750.000, alors que la Confédération •générale agricole, anti-socialiste, passait de 350.000 à 670.000 adhérents.

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blier la i)art néfaste qu'elle a prise aux grèves révolutionnaires de mai 1920.

Le contraste est complot à cet éi^ard entre ces organisations et les Unions purement proressioimelles, telles que la Fédération des travailleurs du Livre (1), celle de la chai>e lerie, ou celle djs employées. Ces Unions, même lorsque leurs tendances sont nettement socialistes, s'inspirent de la tactique réformiste. Elles font presque toujours passer les questions d'ordre professionnel au premier plan ; et grâce à la modération et au bien-fondé de leurs revendications, elles obtiennent souvent des chefs dindustrie des concessions durables.

La puissance fiiiancièi'c relative des organisations réformistes suffirait à établir la supériorité de leur méthode sur celle de la C. G. T. La Fédération française du Livre a un budget annuel supérieur à 200.000 francs, que le libéralisme de la loi de 1920 permcllra certainement d'accroîti*e, et une réserve à peu près égale. La C. G. T., au contraire n'encaisse annuellement ique 40.000 francs et n'a pour ainsi dire aucune réserve: chiffre misérable, si on le compare aux budgets des grandes fédérations anglaises, allemandes ou américaines (v. supra, n»» 457 et s.).

523. — Les adversaires de la loi de 1884. -— Quelque; opinion que l'on puisse avoir sur les doctrines sociales préconisées dans certains milieux syndicaux, il est manifeste que l'institution des syndicats a poussé en France de profondes racines, et que son rapide dévelopi)ement est dû, pour une bonne part, à la loi de 1884. Faut-il s'en réjouir ou s'en alarmer? La loi, nous le savons, compte sous sa forme actuelle de nombreux adversaires, tant à droite qu'à gauche. Ces adversaires peuvent se classer en trois catégories bien distinctes : les réuoliitionnnires, les libéraux inlransîgcants, les chrétiens sociaux (2).

524. — l<i Les révolutionnaires . — Les socialistes révolutionnai-

(1) L'on peut se demander comment ces fédérations, affiliées pour la plupart à la C. G. T., n'ont pas réussi à la préserver de la surenchère révolutionnaire. La faule en est avant tout au règlemenl de la C. G. T. Le Congrès de Monlj)elller ayant rejeté la représenlalion proportionnelle et donné un mandat à chaque syndicat isolé, les syndicats les plus infimes ont dans la Confédération les mêmes droits que les grandes fédérations. Les voix des 90.000 mineurs du Nord et de Lens sont tenues en échec par celles des plus obscurs syndicats parisiens. Un tel règlement . favorable au nOfjaiifage, cher aux bolchevisles, est un véritable défi au bon sens, et l'on ne peut que regretter que des Unions syndicales sérieuses, et foijtement organisées, aient si imprudemment accepté le joug des professroni>els de la violence, qui ne représentent qu'une infime minorité.

(2) Sur les trois tendances entre lesquelles eut à opter le législateur de 18S4, V. supra, n<' 343.

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