‹ Traité élémentaire de législation industrielle [microform]. Les lois ouvrièresChapitre 167 sur 466 · CHAPITRE IV. — DES SYNDICATS PROFESSIONNELS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — DES SYNDICATS PROFESSIONNELS

res se sont, dès 1884, posés en adversaires résolus de la loi, quils considéraient comme une loi policière.

Il nous paraît superflu de réluler longuement de telles allégations . il faut èire id'une bouuie foi douteuse pour contester le carac tère franchement libéral d'une loi qui affranchit les syndicats de toute tutelle (v. supra, nos 354 et s.). L'obligation de déposer les statuts à la mairie n'est gênante que pour les syndicats anarchistes ou nettement révolutionnaires ; mais cette obligation est au contraire une garantie pour les ouvriers sérieux. Ceux-ci s'en rendirent compte des le lendemain du vote de la loi. Aussi opposèrent-ils à la Fédémtion du parti des travailleurs socialistes de France une organisation respectueuse de la légalilé, dite Union des chambres syndicales des ouvriers de France (organe, Moniteur des syndicats ouvriers).

Celte organisation, un instant assez puissante grâce à l'appui du parti ouvrier possibiliste, déclina rapidement, les milieux ouvriers français étant naturellement enclins à adhérer aux opinions extrêmes. Le Moniteur des syndicats est demeuré sur la brèche, mais l'Union dont il était l'organe s'est désagrégée. L'on vit par contre, en 1899-1901, là la isuite des grèves du Creuset et de Montceau, se constituer sur différents points des syndicats partisans de l'aclion légale et adversaires déterminés de la lutte de classes, les syndicats jaunes, qui tinrent en mars 1902, à Paris, leur premier Congrès, auquel étaient représentés, paraît-il, 317 syndicats représentant près de 200.000 adhérents {Mus. soc, mai 1902) (1).

Ces syndicats forment aujourd'hui une fédération nationale ; ils ont un organe officiel, et plusieurs Bourses du travail indépendantes.

Il est difficile de se prononcer sur l'avenir d'une organisation, dont les tendîuices sont louables, mais qui a contre elle d'apparaître h la masse des ouvriers comme un organisme artificiel, suscité par les patrons pour fomenter la division parmi les travailleurs. Ces griefs peuvent être dépourvus de tout fondement ; mais ce serait nier l'évidence que de contester l'énorme supérioriîé numérique des syndicats à tendances socialistes accentuées. Nombre de e.s derniers, d'ailleurs, n'ont pas hésité à se me'.tre en règle avec la loi.

525. — 2o Les libéraux intransir/eants. — Les économistes de .ce groupe, peu nombreux d'ailleurs (2), offrent un contraste complet

(1) Sur les syndicats jaunes, cons. : Gros, Syndicats jaunes ou indépendants, th. 1905;' Biétry, Les jaunes de France, 1907; Warin, Les syndicats jaunes, th. 1908.

(2) La majeure partie des économistes appartenant à l'école libérale est, sous certaines réserves, favorable aux syndicats. — V. notamment Villey,

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avec les précédents. Ils sont, par leurs idées ci par leurs iulé.èls, à lanlipodo de> Ihéories rév>)Iu Joim i es ; ce sont de> con'ervalejrs résolus, qui redoutent le^ associations profession ne'.! es, p. éJ dénient parce quils les <-onsiJèrcnt comme lUie arme dange. eu^e enlre les mains des patrons.

L'association ouvrière est dangereuse, disent-ils, pour l'ordre social, parce qu'elle dégénère fatalement en associalion polilique poursuivant un but révolu liomuùro ; ces so -iélés li lissent toujours par servir de tremplin à des polilicicns de bas é âge, fauîeurs dû grèves; et de révoltes. Les associations i)alronales ne valent pas mieux, car elles aboutissent généralement à des coalilions ruineuses pour le consommateur. Quant aux si/nd'Cils niixles, ajoute-t-on, leurs avanîages sont hypollié^iiues attendu (juj les ouvriers ne supporteront jamais la tutelle des patrons ; leur danger, par contre, est certain : de tels syndicats ont une tendance fatale ai se constiluer en corix)rations fermées; or, si ces tend m es se réalisaient jamais, c'en serait fait de la linerlé du travail proclamée par la Révolution (1).

526. — 3« Les éhrélieiis sociaux (2). — Conservateurs en politique comme les précédents, — pour la pluparl du moins, car cetrtains soi'ialisles cliréliens jxinchent vers le colleclivisme (v. supra, no 51), — les cliréliens sociaux professent en é:!ononiie pnli iquc une doctrine diamélralcmenl oppo .é.\ Ils considèrent la liberté du travail proclamée par la Révolution comme la source de toutes les misère;-, endurées par les travailleurs, et pré:onise!it la re:'onstitution de la corporation cliré;iennc, avec sa hiérarchie et ses règlements. Imbus de telles idées, ils ne peuvent é^'idemment que condamner le caractère libérai de la loi de 18SI. Pour eux, c'est sur la législation autrichienne ou alleniiuide qu'il conviendrait de prendre exemple.

Nul d'ailleurs ne demajide le i-etour j)ur et simple à la corpora'ion hiédiévale. Les ims voudraient que la corporation fiit rendue obligatoire, au moins dans la petile industrie ; mais celle corporation

Traité 'd'économie politique, p. 78 et s. et Les pèrila de la démocratie, 1911. — La phipart s'clcvcnt contre la ti/ranm'e syndicale; mais lea adversaires syslémaliques de la liberté syndicale se lont rares dans le camp libéral. La liberté dassocialion n'est-dle pas en effet le coroHjUire Xiiéce.s.saire de la liberté économique? — Aussi est-ce aux abus, plutôt -qu'au 'principe, que prélerident s'attaquer Paul Leroy-Bcaulieu (Traité, t. Il, p. 465 et s); Liesse, Le travail aux points de vue scientifique, industriel et social; D'Eichtlial, La liberté individuelle du traïa'l, 190S.

(1) Cons. en ce sens: Yves Guyot, La tyrannie socialiste; Arth. Mangin, Les syndicats et les prétendus intérêts communs des gens de même profession (Econom. franc., 9 iév. 1881); Audouard, Boycottage (Monde

■écon., IG janv. 1897)

(2) Sur les nuances très variées de ce groupe, v. supra, n<" 51 et s»

CH.^PITRK IV. — Dl'S SYNDICATS PHUKKSSIO.NNKLS

englobant de droil tous les travailleurs, patrons ou salariés, aurait un caractère démocratique que ne pré .entait à aujun dejré la corporation 0e lancien ré^nme (1). D'autres, sans réclamer Ja corporation obUijaloire, préconisent une légidatim dans laquelle le syndic it mixte sérail ouvertement favorisé et pourrait nolammient élaboixîr des règlements obligatoires, même pour les noiXsijndiqiiés (2).

D'autres enfin, placés à l'aile gauche des chréie ns sociun, formulent des revendicalions assez voisi les de celles du pari ouvri^r, repoussent toute i;lée de corporation assurant à l'élément patronal une prééminence quelconque, et demandent simplement la transformation des syndicats, palronaux et ouvriers, en syndicats obligatoires : le trait d'union entre patrons et ouvriers synJi lués djvant résulter moralement de la communaulé d'idées religieuses, et pratiquement de la généralisai ion des conseils d usine (3).

527. — Just'fication de la loi: réponse aux objections. — Telles sont, brièvement résumées, les principales cri i pies formulées oonle princiixî même de la loi de 188 i. Il nous paraît facile de les

réfuter.

Les critiques des partis rciK>lu!ionnaires, tout d'abord, contiennent, à noire avi>, l'une des (meilleures jus;i i^alions de la bi. Ces partis, eiv effet, ont bien compris qu en donnant aux ouvii rs sérieux le droit d'association, qui devait leur permettre de débattre librement avec les patrons les condiions de travail, l3 Parlement cmtrariail leur action sur lies masses laborieuses ; de là leur hosèi ité non déguisée contre la loi de 1881. Aussi bisn ces cogères un peu artrficielles s'apaisent-clles, et le gros du parli soiialiste, suivant l'exemple des s^Tidiaits belges, s'est-il oriené dins le sens du dévelopiDcment des coopératives syndicales (4) Loi ne pcul qu'app'audir à une telle évolution, gage de paix sociale, même lorsque l'arrière-pensée des promoteurs du mouvement coopé/atif est d'accroître les ressources ydu parti ouvrier pou- la lu te contre 1 orga-

(1) Sic Martin Saint-Léon, Histoire des corporations de métiers, conclusions. — Cf. lois balkaniques, étudiées, supra, n° 531.

(2) Propos, de Mun, v. supra, n° 350. — Conf. Boissard, Le syndicat mixte. — Cp. Pawlowski, Les syndicats féminins et les syndicats mixtes,

(3) Lorin, U organisation professionnelle et le Code du travail, 1907, et Le dynamisme de Vidée syndicale (^Chron. sociale de France, avr. 1909); Démocratie clirétienne, Association catholique. Le Social, pa<sim... — V. aussi Bureau, Le contrat de travail, le rôle des syndicats professionnels;' Duthoit, Vers Vorganisation professionnelle, 1910.

(n G. Sorel, L'avenir socialiste des syndicats; Cabouat, Syndicats et coopératives; de Scilhac, La verrerie ouvrière dAlbi; Gide, La coopération, 1906. — V. aussi Dechesne, L'évolution syndicale et ses perspectives d'avenir (Rev. écon. internat., déc, 1920).

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nisalioii capitaliste : l'objectif final, la Kévolulioji sociale, se trouve par le fait même de cette ulilisalioii des forces syndicales à une œuvre de lontruc haleine (comme le Vooruit de Gand, par exemple, ou la verrerie d'Albi), relé^çué dans un lointain nébuleux, et l'œuvre demeure essentiellement moralisatrice.

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