h, Vie intérieure des collèges; leur rôle social
L'Empire, en soumettant les collèges au régime de rautorisalioil préalable, ne porta aucune atteinte sérieuse à la liberté dont ils jr)uissaient en ce qui concerne leur organisation intérieure.
Les statuts déliliérés en assemblée générale déterminaient librement le but de l'association (poui-\'u que ce but ne fût pas contraire aux lois), le mode d'élection et les poirvoins des cliefs de la corporation, les jours de réunion et fêtes corporative^, la tenue des assemblées, etc. Par contre, aucun des statuts dont le texte nous est pan-enu ne contenait l'affirmation d'un monopo'e industriel quel(on(jue au ])rofit du collège ; aucun .ne formulail de règles tedlînifpaes. destinées à assurer l'uniformité des procéiés de fabrication, et il maintenir l'égalité entre les associés. A ce double point de vue, le contraste est absolu entre le collège romain el la cor-* poration médiévale.
86 — Sans doute, tes empereurs, ainsi que nous l'avons fait olvserver i)réc.édemment, dierchèrent, à partir du second siècle de l'ère c"nrétienne, à constituer les collèges d'artisans en véritables corps de métier. Mais ces efforts n'eurent qu? des résultats très imparfaits ; la prohibition, édictée par Alexandre S?vère, de Fafiiliation d'un même individu à plusieurs corps de métier, ne fut jamais sérieusement observée, surtout en (îaule 1 ; et tous les documents (|ue nous possédons démontrent cpie le douille caractère, religieux et muualiste, de> collèges de la République séUiit perixitué sous 1" Empire.
La préoccupation constante du collège est toujours, d'une part, d'iiffiriner en toute occasion la solidarité de ses membres, notani-
(1) Plusieurs inscriptions lyonnaises dénionlrent que laffilialion d'un même individu à plusieurs cor{)orations était un lait assez Iréquent (ex.: seinr augiistalis Semius liegulianus, à la fois marcha.id de vin [negociatûr
vinanus
„ marchand d'huile [di/fusor olearius] et naufe de la Saône).
ment par l'assistance en corps aux cérémonies publiffues ou funé-* raires, d'autre part, d'organiser en l'honneur de la divinité protec-* trice de la corporation et de la divinité impériale un culte régulier.
87. — En résumé, tout ce <[ui, <lans la corporation médiévale^ nous apparaît connue un accessoire, par exemple le secours funé-» raire, la réunion périodiciue des maîtres ou des compagnons, — ou comme une simi)le manifestation extérieure destinée à affirmer la vitalité de l'association, — nous apparaît au contraire comme l'objet primordial du collège romain : et ainsi se trouve reléguée ai l'arrière-plan. dans mie pénombre confuse, la défense des intérêts professionnels.
111. Les collèges d'artisans au bas-empire. — 88. — L'organisation sociale du Bas Emi)ire a pour caractère dislinctif le servage de la profession ; à la fin du ive siècle, l'artisan est devenu la serf du collège, comme le colon est en;"haîné à la glèbe, comme le décurion est serf de la cité. Eu enchaînant les citoyens à leur profession, en décrétant même l'hérédilé de celle-ci et en obligeant les fils d'artisans ou les fils de colons à suivre la condition paîer-. nelle, sous peine de poursuites criminelles, et ce. e l'échange de qucl<iues privilèges illusoires (1), les empereurs espéra'e.it arrèier lu idésagrégation de l'Empire, conséquence fatale d'une }X)litique économi(pie déplorable.
89. — La fiscalité excessive qui paralysait le commerce et l'industrie, la i)ropension naturelle des masses ouvrières à abandonner un métier qui les nourrissait mal, et les livrait sans défense à une exploitation inhumaine, pour venir dans les capitales, à Rome ou, ai Hyzance, grossir les rangs de cette plèbe qui vivait des largesses du Trésor, la rupture d'écjuilibre entre la production et la consommation causée par la raréfaction du travail esclave, toutes ces causes réunies avaient déterminé, dans tout l'Empire une crisa é<conomique intense : crise que des palliatifs grossiers, tels c[ue les mesures draconiennes destinées à maintenir chacun par la con- Lrainte dans la profession paternelle, avaient été impuissants à, conjurer.
90. — Seule la réhabilitation du travail, tentée par le christianùsjne, aurait pu, en restaurant les mœurs, conjurer le péril, içurtout si les empereurs, au lieu de recourir uniquement à la contrainte, eussent compris la nécessité d'améliorer, par une légis-. latron tutélaire, exempte de toute atteinte à la liberté de la per-» sonne, la condition des travailleurs ruraux ou lu'bains. ;
<1) V. L. I, Cod. Thcod., De collégial., XIV, 7; L. S, ibid., .XIV.
nC)
INTRODICTIOX. — CHAPITUK III
RKGI.F.MENTATION LÉOALK Dl' TRAVAIL INDUSTRIEL
Mais ni la société roinaiuo ou byzaiiliiic, pi-oioiideincnl gaiitî^rcjiée, jii les empereurs et leur entouriue uéta cnt capables de discerner la cause du mal qui devait eulrainer la ruine du monde îinliciuc, ni par conséquent de recourir aux seuls rcnuiles eft■i^ •qaces.
91. — Loin de relever le travail libre, le Has-Emi>ire s'apiiliquai iplutùt ô. le ravaler au niveau du travail servile. Considérant le travail' industriel, non comme l'exercice d'un droit qu'ils devaient protéijfer, mais comme un service dont ils pouvaient exi«:îer l'accomplissement, les empereurs furent lo.fi<iuement conduits à faire, <les diverses professions, autant de fonctions d'Etat obligatoires, et de ceux <|ui les exerçaient des serfs du métier: sans jamais ,'e iwéoccuper d'ailleurs de la condition matérielle ou morale de l'artisan ou du salarié.
Esclave, l'ouvrier était la c'hose du maître qui i>ouvait le maltraiter presque impunément ; c'est au prix de milliers de vies •hlumaines. sacrifiées sans pitié, qu'ont été édifiés par l'Enq^ire ces monuments orgueilleux dont Jes ruines parsèment enœre l'ancien monde. Libre, l'artisan était livré à lui-même et pouvait à son tour exploiter à son 4?ré les ouvriers à son ^service. L'Elat indcm nisait en <iuclque sorte l'artisan travaillant pour son compte de la œntrainte légale <iu'il lui imposait, en lui laissant toute latitude dans l'organisation du travail des salariés qu'il s'adjoiiiiiail. L'on cftiercherait ^vainement trace dans les lois romaines d'une légis'atiou protectrice du travail.
SECTION Iir. — L'cpoque féodale
s^ 1er. Origines historiques de la corporation
l. Les iwasions. — 92 — Entre la périod- gallo-romaine, et celle q-ui a vu (se constituer et ise développer le ré<>ime féodal, s'élend un long espace de cinq siècles environ (106, grande invasion, — 911, fondation du dudié de Normandie), occupé par les invasions qui refoulent la civilisation romaine, et dans le tunuilte desquelles la vie calme de l'industrie n'a pu s'établir.
Aussi savons-nous peu de dioses sur la condition des travailleurs pendant cette période. Il est à présumer que ce fut l'industrie purement domestique qui domina (1). La population groupée au
(1) « Dans les villes dépeuplées, — écrit Levasseur, — il reste à peine avec le« débris de l'organisation municipale quelques rares débris de la corporation. » Certaines corporations puissantes, celle des nautes parisiens notamment, survécurent cependant à la chute de l'Empire d'Oc-
pied des chfdeaux forts, ])V'}{c à s'y réfugier en cas de péril oir minie derrière les remparts de villes, est sous la dépendance étroite du seigneur laï(iue ou ecclésiastique. Point d'autonomie véritable. A la campagne, les hommes du seigneur cultivent la terre, -(luelques-uns fomme tenanciers libres, la plupart connue colons qui deviendront dans la suite des serfs, forme atténuée de t'oscJavage,