‹ Traité élémentaire de matière médicale (volume 2)Chapitre 22 sur 35 · SUR LE CORPS VIVANT · texte numérisé non relu

SUR LE CORPS VIVANT

étonnants : pendant qne Ton voit des substances qui ont une action locale presque caustique produire des effets généraux peu évidents.

De l'action que tes médicaments exercent par la contiguité

des organes.

Il est certain qu un médicament qui recouvre une partie du corps ne borne pas son action à sa superficie, mais qu'il étend son influence à travers les tissus qui se trouvent au-dessous, et qu il peut par Ih atteindre des organes situés assez profondément. L'agent médicinal semble alors propager sa force active par une sorte d'irradiation. Cette force embrasse un rayon souvent étendu, et tous les organes compris dans cette limite sentent sa puissance : ils rexpriment par les variations que l'on remarque dans leur état actuel , daùas leurs mouvements, dans leurs fonctions. Pour faire accorder à cette voie de médication l'importance qu'elle mérite en thérapeutique, il convient de rappeler encore le phénomène si curieux de l'endosmose et de l'exosmose.

Souvent la thérapeutique modifie d'une manière favorable l'état morbide de certains organes, en agissant sur eux par voie de contiguité. C'est ainsi qu'elle veut opérer, lôrsqu elle applique sur la région épigastrique un emplâtre de thériaque , un sachet de quinquina, pour ibrtiGer l'appareil digestif, ou pour faire cesser des vomissements s|>asmodiques, etc. On met aussi des épithèmes composés de substances toniques, excitantes, émoUientes, calmantes, sur la région du foie, de la vessie et d'autres

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oi^imes. L'intention du médecin, dai)9 ces circonstances» Qst de faire pénétrer la vertu défit médicameats de dehors en dedans , depuis la surface externe sur laquelle repose la matière médicinale , jusqu'à l'organe malade dont on veut changer |e mode de vitalité. L'imagination pourra suivre de proche en proche les progrès de cette opération médicinale, en donnant en profondeur et en circonférence une certaine latitude à l'impression que le médicament fait sur le lieu avec lequel on le met en contact.

C'est encore par le mod^ d'action dont nous parions que se rendent utiles les cataplasmes dont on recouvre les tumeurs inflammatpires, les onguents» les emplâtres qœ l'on applique sur les congestions firoides» sur les engorgements de glandes» etc. La puissance de ces topiques pénètre les parties sous-jacentes pour atteindre les tissus malades. Pans une pblegmasie des voies pulmonaires avec une tQUx sèche et fatigante, une cuUleré^ de looch blanc ou d'une potion d'huile douce el; de sîrçip a pu ii peine lubrifier le pbarinx et l'intérieur de l'œsopha^ , que déjà le malade éprouve du soulagement, souvent méfne rend quelques matières par l'expectoration. Peut-on méconnaître que l'iippression émoUiente, relâchante, de ce cempasé onctueux, sur le canal œsophagien, se, tranamet alors jusqu'aux organes pulmonaires ^i do^t ^ est trèsrapproché?

II ne sera pas inutile de rappeler {ci 1^ fixpériences de M. I^cbknc^chner, desquelles il résulte que l^çf substances salines, acres, acerbes, que l'on applique ^ur ime des faces du péritoine, traversent ce^te mep^rane, et se me^ trent peu de minutes après sur la face ppposée 4 m^e

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dans les muscles qu'eUe recouvre. Ainsi ?ingt grains de moriate de fer dissous dans une demi -once d*ean furent poussés dans le ventre d*un chat : quatre minutes après» la face externe du périleioe teignait le papier et prenait une teinte bleue par le prussiate de potasse. On fit la même ewférieaem avec de Tendre noire t au bout de dix minutes, en tua Tanimal ; les muscles appuyés sur le péritoine étaient Boirfitres » et la face externe de cette membrane noircissait le papiWé {Jounu ^oompl. du Diction, du Se. méd. , tom* Yi p. a4<>» ) Nos tissus sont-ils donc perméables pen-> dant la vie » et tes principes des médicaments que Ton applique dessuE peuvent-ils les pébétrer par une sorte d'imbtbitioa ?

Dinma-noua iei que sur quelques surfiices on trouve le moyen d*exciter des iq^pareik sécréteurs , de loin et sans toocber ku^ tissu? L'observation physiologique prouve qu*il suiBt d'irriter l'extt'émité du conduit excréteur d'une l^andè pour faire «itler ceUe-ci dans une sorte de turgea^ cence , et aecélé^r sa fonction sécrétoire. C'est ce que font les éméliques et les purgatifs» lorsqu'ils arrivent dans le duoéénum s l'impression que ressent l'extrémité du canal cholédoque se transmet au fine et même au pancréas ; ces organes se mettent dans un état d'orgasme et fournissait une grande quantité de bik et d'humeur pancréatique» C'est encore ce que noua voyons arriver pendant l'usage des masticatoires iMtaaIs : toutes les ^andea salivams éptoovtMit un gosiloliient » teor action sécrétoire défiant exeesah^ » la salive découle en abondance de la bouche.

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pour derenir jamais usoeL On sait que les partisans de cette manière de médicam^ter l'économie animale insis^ iaient principalement silrles décompositions que la faculté digestive de Testomac devait opérer dalis les principes de» matières médicinales, et sur Taltération qu'éprouvaient alors les propriétés curatires dont on supposait ées mttières dépositaires. C'était pour les trouver avec la su^ préme efficacité d<mt l'auteur de toutes choses les avmil pourvues » que l'on imagina de les verser iminédiaie*mebt dans les veines. Comme en même temps on admet* tait que toutes les maladies avaient leur cause nïJitérieUe dans le sang , il paraissait incomparablement plus utile de porter ii&médiatement dans ce liquidé les ivmèdes qm devaient, par exemple, détruire la fièvre, parce qu'ib anéantissaient les humeurs , les éléments knorbifiques qui Fentretenaient. Nous nous contenterèns d'observer : i ® que les forces gastriques ne dénaturent dans les production» végétales ou animales qui servent à former des médica^ ments , que les matériaux qui ont une qualité alimentaire, comme le sucre , le mucilage, la fécule, etc. ; mais qu'elles ne peuvent rien contre les principes qui recèlent une pro** priété médicinale, comme le tannin, Textractif, la résine, i'huile volatiloi un alcaloïde , etc. ; t"* que les agents phaiv macologiques n'ont pas de vertus cuoratives qu'ils poissent perdre en passant dans l'estomac , et que les avantages de leur usage dérivent de Faction que les principes dont vous venons de parler, et qui traversent œ Viscère sans être décomposés, exercent sur les organes malades.

Le docteur Scbwilgué avait de plus proposé d'admettre un mode de propagation de Faction des médicaments.

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par la cantiniiité des tusos organiques : ainsi» une impression &ite sur rorigioe on sur nn point d'une membrane muqueuse se répand fréquemment sur toute la sniiace : la similitude d'organisation de ces tissus, la communauté èe TÎe qu'ils entretiennent , expliquent cette propagation, n roulait aussi que les agents pharmaceutiques étendissent leur puissance par la subordination de certains organes à l'égard des autres ; absi, en changeant Télat actuel de l'estomac , on influait sur l'appareil cérébral ; il est éndent que ce mode de transmission rentre dans celui qui tient à la sympathie. Enfin, on a proposé d'admettre on pouToir sur certains organes en particulier, par suite fane action générale; ce qui revient encore du à l'action qn'exercent les médicaments , par suite de l'absorption de leors moléaules , ou h celle qui procède du jeu des sym-* pafhies.

Du pouvoir de V habitude sur l'attion des midicùmenîs.

Si Ton réitère tou$ les jours Tâdministration du même médicament, si son action se répète sans interruption tur la même surface , on observe un résultat singulier. Lt puissance de Cet agent pharmacologique parait s'affaiblir de jour en jour , il perd peu à peu de son énergie, il finit par ne plus produire à'eîBeU sensibles. On le toit alors rester impuissant sur des parties où , peu de temps aupA^ rarant, sa présence se signalait par une activité remarquable. Toutefois, l'inertie du médicament n'est ici qn'ap* parente, car, pour lui, il n'a éprouvé antun changement ; il a conservé ses principes , ses qualités physiqUiss et dii-

g« DB l'action DBS IfiDIGAHENTS

qaons qn*iine surface peut cesser de sentir Timpressioii d'un médicament > sans que ce dernier ait perdu sen pouToirtur les autres» TeUe substance h'agitplusstvrestomac» qui a consenré tont|B son énergie si tous Vouë en servez en lareaienl ou si tous k portea sur là surface dei yeux , etCk Ajoutons que nos organes n^anéantiMént pas aTec la même promptitude > avec la môme facilité , là force agissante de tous ks médicaments» Les subàtances qpû ont une propriété irritante conservent plus long4iéitipB leur actiTÎié { celles qui ont une Vertu stupéfialile eèdent plus tôt*

Quand une surfaàe est doTonue insensible à raotion d'un médicatnrat , ses suçoirs absorbants n'en oonsert^iit pàà moins leur faculté» Pendant que cet agent est cdûiiàie inactif sur ce point du corps , sesmolécides toonl ImportéN dans la masse sanguine i il ne fait plus d'impresëièneurle lieu qui le reçoit , mais il proTOque ^ dans les mouttàments des autres organes et dabs rejsercice dèâ diverses fonotions de la vie ^ des diangehnents qtii m«tt(snt éti MàaûClé son pouvoir. Bientôt ks fibres ^ les tféêus organiques s'hàbitueront eux-mêmes au contact des molécules q«u kur at^ riTent avec k sang ; ils Bniront par ne plus senli» leur aiguiUon. Le corps entier paraîtra rempli de ces m^tMdeà actiTes p et rien ne viendra déi;eler kur présence» On a cité des perstMinesqui prenaient )oumelleme&t^ etsanàque leur santé en parût troublée > des doses si fortes de pkfites Téaéneuses , que leul* haleine flmppait de ttKM coût qui rinspirai^ot.

Cette indépendance de faction locale et de Taction générale 9 par rapport au poutèir de Tassuétude, n'a plus

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lîeo pour les effets qui naùsent dn jeu des sympathieft , j^arce que ces effets oqI leur priacipe dans la partie médicaQientée* Quand les extrémités sentantes, qui s'épanouis* lent sur une surface , ne sont plus ébranlées par la prélen^ d'im médicament, les communication^ nerveuses qui transmettaient au loin la vertu de ce dernier parais-seqt rompues ; l'emploi de cet agmt ne provoque pins ki mouvements sympathiques qu'il avait coutume défaire naUre.

I^ premières fois que Ton administre certains médieamepts, ils suscitent des effets que Ton n'aperçoit plus ijmnd la suriac^ qui les reçoit s'est un peu accoutumée à leur action immédiate. Souvent Tarnica trouble les mouvements patprek du canal alimentaire, provoque des ooli- <iaess des déjections alvines, lorsqu'on commence k s'en servir. Les preinières prises de térébenthine , en pilules , suscitent fréquemment une irritation passagère sur la.surface intestinale , elles donnent lieu h des selles liquides. Le camphre. Tassa fmtida, le vin antiscorbutique , les sucs dépurés des pbintes chlcoracées , crucifères , ete» » i»eea* ûopent h quelques personnes un malaise pénible k la régium épigastrique , des tirailtoanents , des gonflements d'€\s\ainftç, despneumatoses intestinales, etc. , qui cessent dks que les voies digestives se sont habituées au contact de ces substances* Or , ces effets sont de véritables acci-» drato dans la médication que suscitent les agents dont nous venons de parler^ Ce n'est peint de ces produits iUégitiipes que la thérapeutique attend des avantages , ce ae lont point ces phénomènes momentanés et inattendus qu'elle oppoieauxmouvements pathologiques; aussi, quand

()4 i>P' i/agtion des médicaments

;îu bout de dçux ou trois jours, Testomac et les intestins se familiarisent avec ces médicaments , et que leur administration ne fait plus nattre les effets qui nous occupent en ce moment , leurs principes actifs n^en provoquent pas moins les changements organiques que Ton désirait de leur action , on en retire toujours toute Futilité que Ton éXsdi en droit d'en espérer. C'est ainsi que fréquemment le quinquina et surtout le sulfate de quinine causent, sans rien perdre de leur efficacité fébrifuge , des anxiétés épigastriques, des nausées, de la soif, des coliques, etc., effets inutiles , inopportuns , et qui tiennent à une mauvaise disposition de l'estomaCk Ces produits accidentels des agents pharmacologiques ont si peu d'importance, que les ingrédients. qui entrent dans les formules, sous le titre de ciDrrectifs, ont ordinairement pour objet de les prévenir, en empêchant les substances qui forment la base du composé , de faire une impression trop vive sur l'organe gastrique et sur la surface intestinale.

Les effets du tartre stibié à hautes doses sont assez étonnants pour être ici notés. Si Ton donne par jour huit , dix, douze , seize grains et même plus de cette substancoy on observe, le premier et assez souvent le deuxième . jour, des vomissements et des déjections par le bas, des coliques, le pouls devient plus faible, plus lent; si Ton continue à se servir du sel antimonial à la même dose , ces effets n'ont plus lieu , et le remède semble sans action le troisième , le quatrième jour ; on dit alors qu'il y a une tolérance des organes pour lui. Mais le cinquième ou le sixième jour la puissance du remède se réveille; il se manifeste un dégoût très-prononcé, insurmontable pour

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ce médicamenl ; le sentiment de la faim eut tout-è-^iait éteint; il y a des renvois , des vomitnritions, un état bien marqné d'anxiété, de la pftleur» une altération spéciale des traits de la figure , etc. , on est obligé de suspendre Fusage de cette préparation* Oix est ici la puissance de l'habitude? Le médicament t il est vrai , ne fait plus vomir, ne produit plus d'évacuations alvines , mais cesse-t-il d*a* gir sur les organes digestifs? ne continue-t-il pas au contraire de les violenter, de les fatiguer , ce que démontrent bien les mouvements, les sentiments pénibles que les malades continuent de sentir dans Tabdomen.

Que Ton administre un médicament tonique ou excitant à des malades qui ont la surface interne de l'organe gastrique dans un état de phlogose ( endogastrite ) ; la première dose suscitera ime exaspération soudaine du travail morbide dont l'ostomac est le siège : le malade ressentira dans la région épigastrique des ardeurs, des picotements douloureux , parfois même il y aura de l'anxiété. Si l'on insiste sur l'emploi de ce médicament, on remarque assez fréquemment que la troisième ou quatrième dose ne tourmente plus autant le malade , que la sixième ne fait plus nattre ces produits accidentels. Un collyre composé de substances irritantes, caustiques, cafise sur un œil phlogose une cuisson trè^ponible la première fois que l'on s'en sert; peu à peu le pouvoir de ce topique semble s'affaiblir; bientôt le malade supporte sans peine son contact.

Mais ici se présente naturellement cette réflexion. Si la répétition des mêmes impressions sur des surfaces phlogosées détermine des effets de moins en moins marqués ,

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MCI tient à ce qae le« preouers contacts 4n médicapieni ont opéré un cbangejpiQQt salntaire »qr U surface malade» que ce médicament a enlevé ta susceptibilité morbide de cetl^ surface, qu'en un mot il a diminué la force des lésions dont elle était le siége^

On doit distingucor Tbabitude dont nous vepons d'observer le pouvoir sur les tissus vivants » à^ ce qqe Ton nomme encore habitude» lorsque Ton considère Tinfluence des climats, des saisons » de9 constitutions atmosphériques, etCf» sur l'homme. Ici, il p'y a plus simplement anéantissement d'une puissance eictériçure pw la répétition des mêmes impressions. $ous l'empire d'm:)^ autrç latitude, d'une saison qui commence, d'un air dopé de qualités différentes, etc. , les mouvements des organes ont adopté un mode particulier d'action , les fonctions assimilatrices ont suivi un rhythme nouveau; et c'est lorsque le swg« les oi^anes , tout le système a pris une complexion orga-nique spéciale , que l'homme passe pour s'être habitué an nouvel ordre de choses au milieu duquel il vit, Mais alors son état physique, sa constitution intime, sa prédisposition, la nature de sçs maladies, tout annonce qp'il n'est plus le même; et si les puissances extérieures ont cessé d'agir sur lui, c'est que son qorps s'est mis con^me en harmonie avec elles*

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