‹ Traité élémentaire de matière médicale (volume 2)Chapitre 25 sur 35 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

S£ l'aCTIOU TH&BAPBVTIQUB DBS IliDIGAIIEKTS.

Les aneiens voyaient toujours les médicaments agir sur les causes des maladies ; nous» au contraire, nous les voyons toujours agir sûr les organes. Il s*occupaient seulement des améliorations que la thérapeutique en retirait ; nous nous occuperons d'abord des changements que leur impression occasione dans les tissus vivants , dans les mouvements des appareils organiques, dans l'exercice des fimctions» et c'est de là que nous ferons sortir les avantages qu*ils procurent k Fart de guérir. Quand ces agents, diminuent les accidents d'une maladie, c'est par les effets immédiats qu'ils suscitent, soit qu'ils exercent une action pm^ment locale, comme les stomachiques» ou une action générale, comme les émollients dans les phlogoses, les exilants dans le scorbut, etc. ; ou une action à la fois générale et locale, comme les emménagogues dans la rélention du flux menstruel; les diurétiques stimulants dans les œdèmes ; ou une action dérivât! ve ou révulsive, conune les vésicatoires, les sioapismes, etc.

U est toutefois des médicaments qui se rendent utiles par une influence spéciale sur la cause même des accidents morbides. Mais cette manière d'agir n'appartient qu'à un très-petit nombre de ces agents, et ne se remarque que dans quelques aficctions pathologiques. Nous citerons.

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comme moyens médicmaux, qui vont directement agir sur la cause du mal, plusieurs yermifoges qui semblent jouir de la propriété de faire périr les vers intestinaux , d'être pour ces animaux une matière délétère et contraire à leur organisation. Il en sera de même de Temploi du soufre dans les maladies psoriques, quand cette substance détruit l'insecte qui les entretient. Nous ajouterons l'albumine, quand on s'en sert dans les empoisonnements par le surblimé corrosif, peut-être le mercure dans les maladies vénériennes, etc. Les avantages que procurent ces médicaments dans les maladies que nous avons désignées, ne sont plus le produit des effets physiologiques qu'ils déterminent. Ces effets deviennent même alors inutiles, quelquefois ils sont évidemment nuisibles , toujours il est nécessaire de les connaître. C'est pour cela qu'un praticien attentif choisit des vermifuges appropriés à l'état des individus auxquek il les administre. Il ne donnera pas la sementino, matière douée d'une faculté excitante, à ceux qui ont une irritation des voies alimentaires, une sensibilité de l'abdomen, une menace de phlogose dans ces parties ; mais il aura recours à l'huile de ricin, bien douce, qui, en même temps qu'elle détruira les vers, exercera sur les in*testins une influence émolliente favorable, etc.

Quoi qu'il en soit, nous allons ici oublier ces secours médicinaux, peu nombreux, qui se portent sur les causes merbifiques et les anéantissent, pour continuer à examiner la grande masse de ceux dont l'utilité thérapeutique dérive de l'impression qu'ib font sur les organes, et des changements qu'ils déterminent dans l'exercice actuel des fonctions de la vie : cette condition est applicable à la presque gêné-

DBS MiorCAMENTS. " 169

ra)!té des moyens de la matière médicale. En continoant l'exposition de nos principes généraux de pharmacologie, Doos ferons abstraction des autres.

Il n'existe pas dans les médicaments une faculté spéciale qui soit distincte de leur action physiologique, et à laquelle on puisse attribuer les effets curatifs qui suivent leur emploi.

Une seule puissance effective réside dans les médicaments , c'est celle qui tient à leur composition chimique, à la nature des principes dont ils sont formés, et qui pro- Toque les phénomènes organiques que Ton observe après leur administration. Ces agents ne sont pas de même doués d'une propriété indépendante de celle que nous venons d'indiquer, dont Texercice amènerait des effets curatifs, et produirait nécessairement un amendement dans des maladies déterminées. Une série de propositions va servir d'appui ou de preuve à cette assertion.

1*. Un médicament ne cause jamais d'amélioration dans nne maladie, que d'abord il n'ait mis en jeu le pouvoir qa'il a d'attaquer les tissus vivants, et provoqué une opération organique dans le corps malade. Il y a entre les effets immédiats et les effets curatifs une telle liaison, qu'il fout toujours que les premiers précèdent les derniers. Si dans les agents pharmaceutiques la vertu curative était distincte de la puissance agissante, serait-il indispensable que le développement de celle-ci se ftt avant que l'autre se manifestât ?

2*. Lorsque, par vétusté, par une mauvaise préparation , ou de tout autre manière , le médicament a perdu l'a

XJO DE l'action THÊHAPBUTIQUE

faculté d'agir sur les organes yjyantâ : ou , mieux encore , lorsque , par la puissance de l'habitude , ou par une constitution particulière à l'individu qui emploie cet agent, les organes sont insensibles h son action , que son administration ne cause aucun mouvement , aucune mutation dans le système animal, il devient aussitôt inutile comme moyen thérapeutique ; il n'a plus la faculté ni de soulager ni de guérir. Les mêmes causes qui annulent la force active des médicaments, anéantiraient donc aussi leurs vertus curatives si l'on voulait que celles-ci eussent une existence positive , séparée dans ces médicaments.

3^ J^es médican^ents qui provoquent les mutations les plus étendues dans le système vivant , qui occasionent le& ébranlements les plus profonds, les secousses les plus violentes , sont aussi ceux dont l'utilité thérapeutique est le mieux démontrée ,. et ceux dont on conteste le moins la puissance curative. On saisit sans peine le bien que procure l'emploi du tartre stibié, de l'opium, du quinquina , etc. ; ces secours , que l'art de guérir nomme héroïques , laissent après eux un résultat favorable ou fôcheux qu'il est toujours facile de déterminer. On ne peut pas apprécier avec cette évidence l'influence bienfaisante du petit-lait , de l'infusion de fleurs de mauve , de guimauve, de bouillon blanc, de tous les moyens, enfin, dont les effets immédiats sont peu sensibles : la cause des amendements qui suivent leur usage, reste souvent équivoque ; on hésite avant de rapporter ces amendements à l'action débOe de ces remèdes. Quand le thérapeutiste les emploie seuls , il croit rester dans l'inaction , se jconfier dans les ressoiu'ces de la nature , faire une médecine

VE$ MtolCAUBRTS. 171

expectaoiô. Or , reconnaître que Tefficacité cwaiivc des agents pfaarmacologiqQes se proportionne toujours à Ténoi^e de leur action première sur les parties vivantes , n'estnce pas avouer que Tune tire son origine deraotrc?

On a dit que plusieurs médic^aments dont l'action iœ* médiate était presque imperceptible , produisaient cepen* dant des effets thérapeutiques très-remarqus^les. On a ajouté qu'il n'y avait pas toujours de proportion , de liaison entre les phénomènes oq;aniques qu'un médicament faisait naître , et les résultats curatifs que l'on obtenait de son administration. Toutes ces assertions reposent sur une étude imparfaite, inattentive des effets de la puissance médicinale* Le calomel dont on ne prend que deu^ grains par jour, mais dont on continue l'usage un ou deux mois, peut-il avoir sur les tissus organiques une action douteuse ou insignifiante , quand on est arrivé par degrés à la dose d'un gros et plus de cette substance ? le calomel dont les molécules remplissent alors toutes les parties du corps n'a-t-il pas un pouvoir très-étendu sur les tissus malades» ne peut-il pas leur faire éprouver peu à peu des modifications aussi heureuses que profondes? On a cité aussi l'iode : mais l'iode ne fait-il pas une impression très-profonde sur les organes digestifs ? n'a-t-il pas surtout une puissance bien remarquable sur la nutrition -ou plutôt .^ur l'absorption ? son usage ne cause-t-il pas une diminution assez prompte du volume des tissus glandulaires, des sein» chez les femmes ? Cet effet n'espUque-t-il pas suffisamment les succès que procure cette substance dans les engoi^ements, dans les endurcissements de tissus, dans les hypertrophies ?

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On revient sans fin au quinquina pour demander quel rapport il 7 a entre la vertu tonique de cette substance et sa faculté fébrifuge. D'abord nous ne savons pas comment le quinquina arrête le cours des fièvres d'accès et des autres maladies périodiques : nous ignorons à quoi tient la périodicité des mouvements morbides. Mais Texpérience prouve que ce n'est point aux phénomtees fébriles que le quinquina s'oppose, puisqu'il rend souvent la fièvre plus forte quand on le donne au moment du frison. C'est le retour de l'accès qu'il empêche; or qui sait ce qu'il opère alors? qui oserait assurer que sa vertu tonique n'est point utile dans ce cas?

4^ L'existence d'une faculté spéciale et indépendante qui produirait les effets curatifs , ne peut se démontrer dans les médicaments. Pris dans l'état de santé, on ne découvre rien dans les phénomènes physiologiques qu'ils suscitent, que l'on doive rapporter à l'exercice de cette faculté, qui puisse déceler son influence actuelle. Dira-ton qu'elle reste latente». qu'elle ne se montre que quand la maladie contre laquelle l'auteur de toutes choses l'a destinée à agir, provoque son développement? Mais alors chaque médicament pouvant rendre des services réels dans un certain nombre de maladies dijBférentes , il faudrait admettre que toutes ces vertus curatives , distinctes entre elles , existent rapprochées et saiis confusion dans cet agents et que chacune d'elles entre en jeu aussitôt qu'elle rencontre la maladie contre laquelle elle doit servir.

/ 5*". Quelquefois les médicaments, au lieu de se montrer favorables et de calmer les phénomènes morbides auxquels

Dss nimcAiiBHTs. 173

on les opposait» produisent une exaspération (ftcheusc dans les symptômes de la maladie, donnent à Taffection pathologicjae une plus grande violence : supposera- t-on que ces agents possèdent epcore une autre propriété pour produire ces accidents ? Pœsonne ne doute que ceux-<:i ne soient la suite de Timpression inopportune f intempestive , que le médicament a portée sur les tbsus malades : pourquoi ne ferions^nous pas dériver de la même soiu*ce les effets plus heureux, les succès que la thérapeutique retire, dans d'autres circonstances , de Temploi de ce même agent?

6*. 11 est connu que les secours pharmacologiques, pour être utiles dans le traitement d'une maladie , ont besoin * d*être administrés à propos. Tel moyen qui procure des avantages sûrs au début d'une maladie fébrile, ne conviendra plus dans le milieu de cette affection, nuira même, si ron s'en sert à la fin : s'il existait dans les médicaments nne vertu positive, affectée à la guérison de telle ou telle maladie, le succès de leur administration dépendrait-il ainsi de l'époque où l'on y aurait recours? serait-il subordonné au talent, à l'adresse du praticien qui met ces agents en osage? Si le médecin est obligé de suivre la marche et les progrès de la maladie pour se décider dans l'application des remèdes; si c'est sur la nature des accidents qui se manifestent que le praticien se règle pour choisir ses médicaments, ces agents ne sont donc pour lui que des instruments à l'aide desquels il fait naître dans le corps malade toutes les opérations organiques qui promettent d'être salutaires.

7^ Ajoutons que les circonstances extérieures, que les

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éfénements qui ont le pouvoir de causer un changement , une révolution » dans fétat actuel du corps , sont susceptibles de faire, lorsqu'il devient malade» ToiBce des agents pharmacologiques, peuvent être des remèdes efficaces.Fau> dra-t-il attribuera ces circonstances des vertus curatives? Une grande peur a guéri la fièvre intermittente » parce qu'elle a suscité un violent ébranlement dans toute la machine, au moment où l'on attendait l'accès, au moment oix le mouvement fébrile allait nattre. Une indigestion est quelquefois devenue un accid^it salutaire. La privation totale d'aliments est une ressource diététique dont on s'est servi avec succès pour déraciner des aiSections vénériennes i invétérées , ou guérir des maladies cutanées opiniâtres ; i on conçoit assez quelle altération doit occasioner un pareil i procédé dans l'état intime des solides et des fluides. On i voit souvent une lésion nouvelle faire cesser des lésions i anciennes contre lesquelles les secours de la pharmacologie restaient impuissants. Dans la thérapeutique des anciens, qui connaissaient peu de médicaments, on trouve un grand nombre dé ces moyens qui se rendent utiles par leur i action pertubatrice , et dans lesquels on ne peut supposer des facultés curatives. Ils faisaient souffrir la soif à leurs malades, ce qui allumait la fièvre et causait une anxiété cruelle ; ils les exposaient à un soleil ardent , ils les obligeaient à des exercices forcés, etc. , etc.

Concluons que les médicaments tirent de leur force | active la propriété de soulager les malades , que les avan- -a tages qu'ils procurent ne procèdent pas de l'exercice d'une \ vertu spéciale destinée à guérir lès maladies. Les mots faculté fébrifuge , propriété antispasmodique , qualité hé-

chique, rertu antiftcorbntiquey etc. , ne doivent être pris que comme des locutions de convention, dont on se sert dans le langage médical, non point pour désigner une chose réelle, an être effectif, mab pour annoncer un produit probable de la mise en usage du composé dont on parie dans lesmaladies qne ces adjectifsdésignent. Unmédicament auquel on attribue une vertu fébrifiige sera toujours un tonique, un exci» tant, ou même un narcotique que Ton aura employé avec snccès dans une fièvre intermittente. De même un agent béchique n'est qu'un émollient , un excitant, ou un calmant, dont on se sert contre la toux. Dans un antiscorbutique , nous retrouverons souvent le médicament excitant qui s'était montré déjà fébrifuge et béchique; mais ici sa puissance médiéihale est dirigée contre une affection différente : elle combat le scori>ut, etc. Sans doute ce fut la reconnaissance qui fit admettre des propriétés curatives. L'homme qui se sentit soulagé par l'usage d'une production naturelle, prouva comme le besoin de remercier en elle une puissance secrète à laquelle il devait sa guérison et le bonheur dont il jouissait

D*où procèdent les avantages que procurent les agents

phartnacologiq ues.

Le médecin qui arrive au secours d'un malade voudrait bien que les composés pharmaceutiques dont il va se servir possédassent, comme l'assurent des auteurs de matière médicale, la faculté de faire cesser les accidents morbides, qu'ils eussent une vertu réelle , positive pour rétablir la santé. Malheure;:^p^ment ce précieux privilège n'existe pas

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dans les agents médicinaux : ils n'offrent au praticien cpe des moyens actifs à l'aide desquels il peut susciter dans les tissus malades tous les genres de modifications qui lui promettent quelque avantage. Le médecin n'entre dans les intérêts de rhonuone qui l'appelle» il ne travaille à le soulager» qu'en agissant sur ses organes» souvent en augmentant momentanément son malaise ou ses souffrances.

En recourant aux composés pharmaceutiques » le médecin invoque donc le secours d'agents qui conmiencent par être perturbateurs. En les employant» il sait bien s'il stimulera les oi^anes» ou s'il modérera la rapidité de leurs mouvements ; s'il fortifiera les tissus vivants» ou s'il diminuera leur tension; s'il établira une irritation ou même une phlogose sur une surface» s'il augmentera une sécrétion» etc.; mais il ne doit rien assurer au-delà; le bien que le malade peut retirer de cette opération organique est l'ouvrage de la nature. Toutefois l'expérience du praticien» éclairée par les lumières de la physiologie» lui fait connattre s'il doit compter sur le résultat thérapeutique qu'il espère : elle rend pour lui plus ou moins probable l'amélioration qu'il cherche à obtenir en provoquant le mouvement que le médicament va déterminer.

Remarquons qu'en thérapeutique la probabilité prend un caractère particulier qui la fait sortir du calcul ordinaire. Lors de l'administration d'un remède » l'espoir de réussir à réprimer ou à calmer les accidents de la maladie est surtout fortifié par la présence dans le corps malade de cette force intérieure qui veille à sa con$er?ation et qui » dans ces moments de trouble , fait des efforts sans cesse renaissants pour y ramener l'ordre normal. Pendant

DES MÉDICAIURTS. lyj

qu'on médicunont déyel^^pe sa puissance, la nalnre de son côté cheiche à s*aider des mouvemeats organiques qu'il suscite; car c'est elle qui effectae la gaérison des maladies, qui décide dn succès des moyens dont on se sert. Aussi Yoit-on les mêmes affections pathologiques céder à des traitements très-diflTérents et quelquefois opposés* Si les médicaments avaient reçu le don de guérir quelques maladies déterminées» il faudrait toujours prendre ceux qui jouiraient de cette fayeur» et il n'y aurait qu'une manière de traiter les affections semblables. L'art de guérir n'est pas astreint à cette régularité. Les praticiens, dans une même maladie, ne tiennent pas la même conduite : les uns ont recours à des agents que les autres n'emploient pas; tous suivent des méthodes curatives particulières, et, chose remarquable, tous obtiennent des succès qu'ils apportent ponr justifier leur pratique. Nous ayons donné la solution de ce probl^ne ; c'est la nature, et non point le médicament, qui, dans les affections pathologiques, rappelle les appareils organiques à leur condition normale. Les agents pharmaceutiques sont bien la cause occasionelle de cet heureux résultat; ils le décident en excitant une modification salutaire dans l'état actuel des tissus malades , en provoquant des évacuations par divers émonctoires, en aidant des efforts qui promettent d'être utiles, etc. ; mais ce n'est pas d'une manière directe que ces agents ont rétabli le calme ;^ et la cessation du désordre morbide n'était pas une suite obligée de la mise en jeu de leur propriété agissante. Aussi, de ce que deux maladies ont été guéries par les mêmes moyens pharmacologiques , on n'est pas autorisé à conclure qu'elles dépendaient des mêmes lésions.

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péruvienne sont nécessaires pour obtenir cet effet. Une congestion sanguine existe vers la tête» die fait craindre un épanchement^ l'apoplexie. Un praticien se bome-t-il à prescrire Tinfusion d*une plante céphalique ? La propriété seule de Tinfusion de serpolet , de flears de tilleul , de feuilles d'oranger/ etc. , pourrait-elle détruire une cause /aussi grave? Une personne éprouve habituellement des accidents spasmodiques qu'entretient une susceptibilité morbide des centres nerveux » et surtout des plexus des nerfs ganglionaires ; espérera-t-on la guérir en lui faisant prendre une infusion de fleurs de primevère ; ou quelques pilules antispasmodiques ? Il est évident que le corps tout entier de ce malade doit éprouver une modification, qui ne peut être opérée que par un ensemble de moyens hygiéniques et médicinaux.

Il est donc une condition importante l^ remplir dans la pratique de la médecine , c'est de mettre entre l'intensité du mal et la puissance du médicament» de la proportion, de l'égalité. Il faut que ce dernier ait un degré de force qui le rende capable d'intervertir la marche de la maladie, d'abattre les.symptômes dominants, de ramener les tissus ou les organes malades à leur condition naturelle. Dans l'art de guérir, comme dans l'art militaire , les moyens d'attaque doivent en général se mesurer sur, ceux de résistance; s'il y a des exceptions, elles dépendent» dans l'un et l'autre cas , de l'habileté de <:elui qui dirige le combat.

Ces principes de thérapeutique conduisent hon-seulemenl à choisir des o^dic^ments convenables et à en bien régler la dose , ils conduisent en même temps à adopter un

DBS MiDlC^yBNTS. l8l

mede d^admiaistration qui assnre leur efficacité. Celui qui se persuade que les agents pharmaceutiques recèlent des vertus curatives» et que ce sont elles qui guérissent les maladies, se croit dispensé de surveiller leurs effets immédiats » de s'assurer si l'opération de ces agents a eu la liberté, l'étendue , la force nécessaires pour opérer quelque bien. Le médicament a été administré , cela suffit : on attend avec confiance les avantages qui doivent être la suite de son emploi. Mais le praticien qui n'oublie pas que les secours pharmaceutiques tirent leur utiUté de l'action première qu'ils exercent sur les tissus vivants , a soin de spivre les modifications qu'ils font éprouver à ces tîssiis, de diriger l'opération du médicament de manière qii elle devienne salutaire. S'il donne im tonique pour rétablir l'int^ité des digestions, pour favoriser l'élaboration des matières nutritives , il le fait prendre immédiatement avant l'heure des repas, afio^ que l'impression corroborante de cet agent soit encore conune présente dans l'organe gastrique, au. moment où il travaillera à la formation du chyme. S'il a reeoura à une teinture alcoolique, pour dissiper un état général de faiblesse et d'épui* sèment, il n'en fera pas prendre une grande quantité en nue tois , pour n'y plus revenir; mab il donnera , toutes les tTMs heures , par exemple , une cuillerée de ce composé stimulant , afin d'entretenir, de rendre permanent dans tout le système animal le développement de vitalité qu'a proToquera, etc.

Tous les effets qui apparaissent sur les diverses parties du corps, après l'administration d'un médicament, ne sont pas également utiles dans le traitement de la maladie contre

l84 I>fi l'action THiBAPAVTIQUE

brable de faits ? Des discussions , des contradictions» des doutes; et la matière médicale est encore une collection de conclusions trompeuses» d'annonces décevantes» plutôt qu une yéritable science.

Si jusqu'ici la matière médicale n'a pas pris part an progrès des antres branches de la médecine » c'est qu'elle n'a jamais eu de principes bien établis » qu'elle ik'a jamais ofiert une doctrine qui lui f&t propre. Le médecin» imbn de Vidée qu'il existe dans les médicaments des yertiis enratives» ne s'occupe que de leur recherche : pour lui la matière médicale est toujours de la thérapeutique» et lors^ qu'il étudie l'action d'un moyen phannacologique» c'est seulement pour découvrir les maladies que ce moyen peot guérir. Administre-t-il à un malade un médicament» il s'attache aux accidents morbides pour apprécier la diminution qu'ils éprouvent; il ne manque jamais de rapporter à l'influence de ce médicament tout ce qu'il survient d'avantageux dans la marche de la maladie» dans la violence des symptômes. 11 conclut tcNijours comme si l'administration du remède et le mieux obtenu se tenaient et découlaient nécessairement l'un de l'autre : post hoc, ergopropter hoc. C'est sur cette base fragile que ji'on voulait asseoir les fondements de la science des médicaments ; elle se composait trop souvent de ces observations qu^nne fausse expérienee enfante» et auxquelles la crédulité donne de l'importance.

Quand on se représente le nombre d'affections pathologiques dans lesquelles la nature triomphe toute seule de la cause du mal; quand on réfléchit que Uos parties vivantes ont une tendance spontanée à revenir à d^ mouvements

DBS HÉMCAHXIITS* l85

régalien» dèsqo'elleft s'cb sontécartées ' ; qoând on est limt les jour* témoni d*aiiiAlioration$ mom^Dtaiiées on dar aUes, qa'ilfaat rapporter aux «fforts dn principe «pii noos anime : comment peut-on eq>érer» après Pnsaged'nn médicament, de démêla* tonjonrs le produit de son opération , de le séparer de ce qoi appartient anx forces médicatrices de la nature? Dans le cours d*ane maladie dont nous suppose* nms même la fin malheureuse, celle-ci ne se laisse vaincre qa'après de longs et fréquents combats , dans lesquels les afantages ont été souvent balancés; comment opérer un départ exact du produit particulier de chacun des moyens que l'on a mis en usage pendant ces grandes agitations • pendant ces rérolutâons ? Néanmoins il est des praticiens qui ne manquent jamais d'attribuer au médicament dont ik viennent de se servir tous les mieux, même passagers, qu'ils remarquent. C'est en général d'après cette marche qo'ont été dressées les listes des vertus qui , sans choix, sans critique, figurent confusément k la suite de chaque substance médicinale dans les anciennes matières médicales.

Mais la force médicatrice de la nature n'est pas la seule cause d'erreur que doit éviter le médecin qui s'occupe de constater les propriétés des agents médicinaux. Pendant qne les maladies parcourent leurs diverses périodes, com-bien ne sorvient-il pas d'amendements qui sont causés par

* C'eit cette tend—ec, trèt-pnifMDte dans h JenneMe , qui bÀt que l'on obtient piu de nccèf , tontes les circonftancet éUst égaies, dans ■oa nlleii de mîlftairety dans les collèges» dans les pensionnats, dans les têminaires, que dans la pratique civile, dans les hospices de vieillards

HUtuul.

l88 Dl L ACTION TBiBAPBUTlQUE

et la lésion que suppose la maladie, le médecin verra s*il y a entre ces deux choses une liaison, si la première a pu détruire la dernière, si elle a pu faire peu à peu ou brusquement disparaître la cause organique qui entretenait le trouble morbide.

Quand les éloges donnés à un remède ne peuvent se justifier par le caractère , ou seulement par Ténergie de son action , restez dans le doute , demandez de nouvelles observations , appelez-en à un nouveau jug^nent. Il faut toujours que les effets physiologiques qu'une substance naturelle provoque, fassent concevoir les cures que l'on assure avoir obtenues de son administration. Il existe entre ces deux objets le rapport obligé d'une cause à son effet: or c'est ce rapport qu'il faut justifier. Voilà le fond essentiel, la matière propre de la pharmacologie. S'il n'y a point de proportion entre l'action que le médicament exerce sur le corps malade, et la lésion pathogénèse qu'il passe pour avoir combattue ; si cette action est trop faible, si elle dure trop peu de temps ; si les modifications qu'elle détermine dans les tissus vivants ne sent pas opposées à celles d^où dépend l'état de maladîie ; si eUes ne sont pas de nature h expliquer le retour des parties affectées à leur condition première ; si enfin il vous paraît impossible que la physio- Ic^e donne la raison de l'utilité de cet agent, regarder les guérisons attribuées à son usage comme appuyées sur une fausse expérience*

Le médecin doit toujours avoir sous les yeux les effets vrais, légitimes, significatife, d'un médicament, lorsqu'il veut dé cider quel intérêt ce dernier peut inspirer. Ainsi, proposetron d'introduire une substance nouvelle dans la thérapeuti-

DES MtolCAIlBNTS. 189

que; ou bieo easaie-t-oo de ramener sar la scène un remède ancien » de loi faire jouer un rôle pins important que celui qa'il y a joué? le knédecin qui voudra estimer sa valeur tbérapeatique, examinera d*alNW*d sa composition chimique et ses qualités sensibles, qui déjà lui permettront de prévoir s'il peut tenir les promesses de ceux qui le vantent ; ensuite il le mettra en action sur Téconomie animale , il recueillera avec soin les modifications qu'il provoque dans les tissas vivants » il suivra le développement de sa puissance sur tous les appareils organiques* C'est seulement quand il aura constaté le pouvc!r de ce nouveau secours, qa^ connaîtra quelles sont les affections dans lesquelles •n doit l'employer , k queUe espèce de lésions on pourra avec confiance roj^KMer* Pourvu de ces données, le médecin pnmoncera sur le mérite de cet agent; il se sera garanti de toutes les illusions qui assi^nt celui qui s'occnpe de vérifier les facultés des composés médicinaux.

Une antre marche ramènerait toujours au même point la science des médicaments. Rassemblez tous les jours des observations sur les avantages curatifs que procurent les agents phannacologiques; tentez sans fin de nouveaux eisais , vos travaux ne vous donneront que des conclusions fausses , des attributions erronées, si vous ne constatez d'abord l'action physiologique de chacun de ces agents , pour y trouver la raison des effets thérapeutiques qui suivent leur administration'. La noix vomique, proposée

* Cette marche est celle qae noot arons tu tnWre récemment (1819) à deux hommes célèbres. M. Halle , daos soa rapport sur le» effets d'un remède proposé pour le traitement de la goutte , et M. Ghaussier, dans

igs DE L*ACTIOH THiBAPBUTIQVE

éprouver éur le» points affectés. Il est des effets qui ne paraissent même qu'après un certain temps de Tusage des médicaments » conmié une excitation vasculaire , une pins grande chaleur, un état d'agitation» dix à quinxe jours après que l'on a commencé l'usage des excitants résineux gommorésineux» des martiaux^ etc., un engorgement fluxioimaire des glandes salivaires , quand on prescrit des préparations mercurieUes; un amaigrissement des tissus glandulaires après l'usage de l'iode; un ralentissement du pools sur les personnes qui prennent la digitale pourprée, etc., etc.

Il est rare que des effets organiques qui se sont établis si lentement soient le produit simple de l'action du médicament que l'on a employé. D'autres causes ont toujours contribué à les réaliser ; et le changement que le corps subit progressivement est un résultat complexe auquel ont concouru une réunion d'influences distinctes qu'il fiint signaler et démêler. Le médicament a pu avoir une grande part dans l'amélioration qui s'est opérée pendant qu*on en faisait usage; mais il n'a point tout £ait seul: il a été aidé efficacement par des circonstances actives, qui modifiaient dans le même temps le corps malade , et dont la puissance ne doit point être méconnue. Nous citerons» comme les principales , le genre de nourriture qu'a pris le malade, les divers exercices auxquels il s'est livré, un changement de pays , de saison ,. etc.

Déplus, il s'établit souvententreraction des moyens hygiéniques et l'action des moyenspharmiacologiques une co^ relation, qui amène desrésukats.importants, des avantages remarquables. Ceux-ci naissent de la réunion, de l'accord de ces moyens , et cessent de'se produire quand ces der-

DBS lltolCAIIBIlT». jg5

nie» Tont séparés» quand ils agbsent isolément. Ainsi» ^ on indiTÎdu dont les digestions étaient lentes et imparfaites» TOUS administre! on médicament tonique; vous loi conseillei en même temps des aliments substantiels et ea quantité suffisante: vous obtenez alors des effets particnliers » des phénomtees nouveaux » que ce médicament ne produit pas quand on le donne seul. La matière alimentaire» qui n'aurait pas été Gonvenablement élaborée parles oi^anes gastriques» fournit» à cause de l'influence corrobwative du médicament» une grande abondance de principes réparateurs ; cet agent devient par là cause éloignée des changements organiques qui dériveront de la répartition de ces principes dans toutes les parties du corps» et de leur assimilation au sang et aux tissus vivants.

Souvent» à deux causes qui ont une action conjointe» et qui donnent des effets conmiuns» il vient encore s*en joindre d'autres » dont il faut apprécier les influences particolières » dont on doit tenir compte dans le résultat obtenu. Supposons» par exemple, que l'individu dont nous parlions tout à l'heure » et à qui on donne à la fois un to* nique et une nourriture choisie » quitte brusquement la m inactive qu'il menait pour se livrer à des exercices spontanés » ou qu'il monte tous les jours à cheval ou en voiture; combien l'effet stimulant du mouvement musctdaire, ou le poavok* tonique de la gestation » n'aura-t-il pas de part au rétablissement de la nutrition dans les fluides et dans les solides » au retour des forces et de la santé! Si le malade avait abandonné la ville pour aller habiter une campagne située sur une colline sèche » cette

ig4 DB l'action THiftAPBVTIQUK

circonstance deviendrait un évéïraBMnt Important dam le calcul des causes médicinales qui ont ohan^ Tétat morbide de son corpa el amené la guériaon de sa midadie. .

Cette nouvelle efficacité qu'acquiert un moyoi pbtfmacologique qu^nd son opération est iicondée par ceik d'un moyen hygiénique » a dû frapper les médecins et leur donner le désir de la ûiire toomer au profit de la thénpeuitqae. C'est aussi l'objet quo l'on ae propose lors^ l'on dirige <M)ntre une seule maladie tm ensemble de se^ cours tirés de l'hygiène et de la matière médicate» et qoi r <m combine leurs effets particuliers de manière à les fiiire tendre vers un but conminn. Ces coUectioiiBc d'agents^ vers, disposés dans un ordre savant et raisonné, forment une méthode twratioe. Là le médicament n'a plus ^t adtion simple; le développement de sa force médicinale^ outre le résultat thérapeutique qui lui est ordînairei doane d'autres produits qui dépendent de ce que des iyaDuences qui lui sont étrangères se mettent en jeu en même temps que la siemie et s'unissent avec elle* LA un agent médi" cinal' multiplie ^% facultés» et fait naître des changements organiques inaccoutumés.

La puissance des méthodes curatives sur le corps ms" lade est étendue : elle peirt modifier la coioiposition actuelle du sang et la constitution des tissus vivants. Une méthode curative donne ma nouveau mode d'exercice à toutes les fonctions assimilalrkes : ce nouveau mode l'établit; il dure au moins pendant quelque temps*: alsn toutes les parties du corps réparent leur matériel et se nourrissent d'après une mesure r^ée par «Sètte méthode elle-même : Tétat intime des humeurs et des ^lides

nW MÂBICAIUHTS* I9S

éproHfs aa dbmgwwn^ot; le système aoHul toat entier subit progremYement «me profonde fransmotatioa. Ansai \e% médecins n*eai-îls recours à ces grands moyens de la tbéfapeotîqae ^pie peor ccmibattre des causes très-graves ds nudadte , oo pour déraciner les affectMms les pins invétérées.

Il est impossible de snivre )por par )oar la marche de la révolution qu'une méthode cnrative suscita dans Técono^ mie animale » et de noter les progrès succesMfii des modifia estions qu'^to détermioe dans toutes les parties du corpT. Seukoiant on voit paraître dans les individas soumis à la puissance de ces réunions de moyens pharmaodogiques et hygiéniques » des phénomènes qui décèlent les mutations iiiteslînes et secrètes que nous Toulons ici signaler. Bat^ dm {Mmkd* fkraniq^ ) r^>ète souTont que Tusage des eaax mnérales prodoit une petite fièrve. Il cite llûstoiia d'an }88na déh.2îiclié » ^ était tombé dans an ^and état de ttarasme, qui n'avait plus ni force ni appétit > el qui ne pfNivait s'aider d'aucun de ses membres. La boisson des eam^ ebei^ka de Barégas et les bains tempérés rappelé^ reni l'appétit etlas forces; mois alors la fièvre cammeaça à patattre » et il ao fisnna sur ia peau ano émotion mmblidlo à oeUe de Vherptê miliabre : enfin » au bout de soiiaaio joarst après des saeurs et un écoulement d'u* fines troubles, la santé s'était rétablie. Clerc » dans ^o^ Histoire de l'homme malade , rapporte l'observation d'une princeaaak qui il fit prendre du lait pendent trois mois et demi; au mmnent où sa situation s'améliora, elle éprouva une démaagerisoB animvelle. Les observations cliniques de toas les joars présentent des iaits analogaes. On voit

ig6 DE l'action thàrafbutique

les malades pour qui on a institué une méthode curatWe éprouver des accès de fièvre , des hémorrhagies , des abcès » des éruptions de diverses natures , etc. : l'époque 0(1 se manifestent ces efforts critiques est fréquemment celle où la maladie s'affaiblit» où l'on voit s'effacer jusqu'aux traces de son existence dans le corps vivant.

Si nous devions ici traiter de la composition des méthodes curatives , nous dirions que Ton y distingue des moyens positifs et des moyens négatifs , qui tous contribuent aux succès qu'elles prociirent. Les premiers sont les médicaments que l'on emploie , les circonstances hygiéniques que l'on fkit agirsur l'individu que l'on traite, etc. ; les seconds sont la diète , l'abstinence de café , du via et des autres choses auxquelles le malade était habitué, la cessation de pratiques nuisibles» d'excès de divers genres, etc. L'interruption seule de ces influences contraires» qui agissaient journellement sur lui, devient comme une cause qui aurait une existence réelle; et le pouvoir qui résulte de ces secours négatifs doit être pris en considération » lorscp'oa veut juger d'où émane la puissance ihérapei^ique d'tiD traitement méthodique. On pourrait aussi établir une sorte de préséance ou de rang entre les moyens qui format oœ méthode curative, et distinguer, 1" les secours principaux ou primaires , «""les secours auxiliaires , 3* les secours explétifs.

Que font Us médicaments dans le traitement des maladiesi

Il est facile de concevoir l'étendue et l'importance * cette question. Sa solution serait facile , si déjà la scienfli^

patMogiqne avait bien détenniné ce qui fait la maladie, jpoÎBqn'on saurait alors ce que le médicament doit com^ battreoo détruire. Les mouvements insolites des tissus vifants , le trouble des organes , les actions douloureuses , les «Sorts menaçants, qui s'observent sur l'homme malade, attestent bien qu'il s'est opéré un changement , une alténtioD dan« la condition naturelle de ses* fluides ou de ses solides, qu'en un mot son corps a éprouvé une modification partielle ou générale, qui ne pennet plus h l'ordre normal 00 physiologique dé continuer. Mais l'état de maladie peut 6*étQdier, se concevoir de plusieurs manières.

On peut vouloir pénétrer l'essence de la détérioration qa'ont alors subie les fluides et les solides du corps. On pent avoir la prétention d'arriver à décider quelle est la discordance qu'offre la composition chimique des parties orginiséea, savoir si c'est l'azote, le carbone, l'hydrogène «a l'oxygène qui est devenu plus abondant dans leur coustitotion; ou si, au contraire, l'un de ces principes s'y troure pour une moindre quantité, y est en défaut : quel est, en un mot, le vice de proportion qui s'est introduit dans les matériaux élémentaires du sang et des organes.

Sans remonter même jusqu'aux éléments des tissus animaux pour expliquer leurs altérations morbides , on pent concevoir f opinion que ce sont les principes secondaires de leur formation qui prouvent alors un changement, une détérioration : on peut vouloir chercher les causes de nos maladies dans les qualités diff*érentes , dans les propriétés nouvelles qu'ont acquises la gélatine, Talbnmine , la fibrine , l'osmaeome, etc. , dont ils sont plus directement composés pour nous.

198 DE l'action THiBAPXVTIQUE

Mais d«toùê^iioiis jamais wpérer àt déterminer oei tanations morbides dans lès oombinaiaons moléculaires de nos organes ? Avons^nons des moyens d'inrestigation qui nous conduisent à saisir ces arrangements anermaiix des principes chimiques des tissus vivants « ces modifications secrètes qu'éprouvent les substanices animales , quand il y a maladie? On tréerait , avec ces prétentions , ime pathologie où tout serait hypothétique» cbmme dans la théorie humorale des anciens. Nous retomberions dans ces obscures et stériles discussions oh tout était fondé sur des suppositions, où les faits ne trouvaient pku d'application. Combien d'hommes recomma&dables ont épuisé leur existence dans ces recherches inutiles I Éclairés par l'insuccès de leurs e£forts , par Tinutilité de leurs travaux , serions-nous excusables de commettre la même faute ?

Donnons à la pathologie une autre méthode » doat les faits forment la base et pour laquelle nos procédés d'exploration suffisent. Un tissu oiiganique cesse d'exécuter ses fonctions comme il le faisait ; il se livre à des mouvements qui ne sont plils selon Tondre physiologique : il a évidemment changé d'état Au lieu de vouloir décider s'il y a eu addition ou soustraction dansle nombre de ses éléments, si ces derniers ont subi un arrangement nouveau^ violent, dans leur proportion respective » où si eAfin la substance animale qui compose ce tiséu s'est idétériorée^bornonaHions

à constater les qualités nouvelles» iAfioUfeS» illégitimes» que ce tissu a ^ises. Est-il aocesbiUe k nos aens» nous noterons sa coloration , son gonflement» sa teis^ératu^, aon degré de susceptibilité aux agresaiona extérieures, son aspect, sa consistance , tout ce qu'il pourra présenter d'anormal

itm «M 4|BaIîtéft natoroUiM» dans sa coodilioa ordinaire. Si ce li$6ueai «euatrait à l'examen direct de no$ 9ns$^ nous <nq»)orerons au moins la région qu'il occupe» nous nous servirons encore delà yuc, du toucher; nous 7 ajouterons h pepcnssion, l'audition pour signaler tout ce qu'il- 7 a d'étranger à l'ordre naturel ou physiologique dans ce point du corps. Nous aurons ensuite pour ressource la fimction à laquelle ce tissu prend part; nous saisirons facilement toutes les variations que présentera son mode habituel d'exercice : nous recueillerons surtout avec soin tous les mouvements , tous les phénomènes qui sont hors de l'état de 9anté« qui ont toujours une origine morbide.

Tons ces signes dont nous nous contonterons par Tim* puissance de remontor plus haut , nous découvriront ce qui fait maladie. Ces signes ou sympt&mes, ces accidents, s'eiSriroat h notre esprit comme la saillie ou l'expression des altérations intimes qu'éprouvent nos organes quand ils sont actuellement malades. Us seront les annonces » le» caractères de ce que nous nommons les lésions patho* genèses.

Étudier ces lésions» les réduire à un certain n<Hnbre de types, établir les attril^uts qui distingueront chacun d'eux, démontrer l'individualité de chaque mode de lésions, bien dfiHJner ceUes^i dans leur état d'isolement ou de simplicité, pour qu'on puisse encore les reconnaître quand elles m trouveront réunies plusieurs ensemble , quand elles fermeront les as«(M)iations variées > les combinaisons multiples, que toutes les maladies nous mettont sous les 7eux; Toilà ce qui doit donner à la pathologie une doctrine spéciale.

200 DB l'action TU&BAPBUTIQUE

La pathologie» comme noos l'enseignons » se diyise en trois brancbesprincipales. La première, qoe nous nommons la lisionistique , est l'étude des changements de condition qn'a éprouvés quelque point du corps» quelque tissu » quelque organe» lorsqu'il y a maladie. Les mouvements qui sont hors de Tordre naturel » les troubles qui ont un caractère morbide» tiennent à ce que les parties de l'économie animale où ils se montrent ont perdu leur disposition légitime» ont pris une autre condition. Or c'est cette vie pathologique qu'il faut contempler» dont il faut signaler les mobiles , exposer les raisons cachées. C'est l'objet principal de la lésionistique de déterminer de combien de modifications distinctes nos parties vivantes sont susceptibles» en quoi chacun de ces changements d'état consiste, quelles qualités nouvelles les tissus organiques présentent. Dans chaque maladie» il 7 aura donc à déterminer: 1"* le siège; 2^ la nature ; 3* le nombre des lésions que le corps renferme. La lésionistique cherche les maladies pendant la vie : elle est donc bien distincte de l'anatomie pathologique qui ne les voit qu'après la mort. La seconde partie de la pathologie^est la séméioti^ue, ou l'appréciation de chacun des symptômes d'une maladie. C'est à l'aide de ces signes que Ton remonte aux organes » que l'on découvre leurs lésions, que l'on dévoile le caractère de ces dernières. Enfin» la troisième ou Vétiologie oSve les causes qui ont donné paissance aux lésions» et par suite aux maladies. On voit par là quelles idées nous nous faisons des lésions pathogénèses» et quelle importance nous attachons à leur étude.

Si maintenanl on demande ce que les médicaments

DBS llàDICàlUfITSk SOI

f#Dt lorsipi'ib anétenl le cours d'une maladie» lorsqu'ils calment ou dissipent les accidents qui la caractérisent; deTon»-nous avoir la prétention de décider si la substance médicamenteuse se décompose » si elle fournit à la substance animale des organes malades les principes élémentaires qui lui manquait, si elle répare les vices de sa compoâtion chimique, si elle rétablit le carbone, l'azote» foxjgène et l'hydrogène dans la propprtion qui convient à l'état normal de cette substance : ou devrons-nous seulement essayer de reconnaître si ces médicaments reslau«> rent les matériaux qui constituent les tissus animaux » s'ils font reprendre À la gélatine» à la fibrine» à l'albumine» etc. , dont ces tissus sont formés» leur composition première» les qualités qui leur sont propres et qu'ils avaient perdues.

Il est évident que nous ne pourrons jamais éclaircir ces mystérieux effets des médicaments. La science phapona-cologique continuerait de se composer d'hypothèses arbitraires» d'annonces hasardées» de fausses promesses» si ces spéculations obtenaient quelque crédit : Tobservatlon loi deviendrait inutile ; les faits ne l'éclaireraient plus. Elle retomberait sous l'empire des causes occultes» et» ressuscitant les idées des anciens auteurs de matière médicale» chacun expliquerait à sa manière les guérisons qui suivraient l'administration des agents pharmaceutiques.

Mais nous avons signalé dans les maladies quelque chose de positif; ce sont les lésions pathogénèses. Si nous connaissons les lésions que recèle l'économie animale, quand il y a maladie; si chacune de ces lésions, caractérisée par des attributs propres » apparaît à notre intelligence, comme la cause de cette maladie » comme la source

ao4 BE l'action THiBàPEUTIQUE

on arrii^rait à enlever aux organes hypertroj^iés leur surabondance de substance. On a employé l'iode dans cette intention. Les pnrgati&9 les évacuants en général aideront anssià diminuer l'action nutritive : la privation des aliments très-sulistantieb est indispensable pour le succès. Mais ces aecoujro thérapeutiques portait leur action sur le corps tout entier, et le praticien voudrait bien, pouvoir diriger seulement leur puissance sur quelques organes. Trop souvent il voit ces secours causer un amaigrissement èfi tous les .tissus 9 et laisser à. ceux auxquek il s'intéresse leur excès de volume. Ce résultat peut tenir à une cause organique, à un développement trop grand des artères ou des aerb dans les parties qui sont hypertrophiées.

6^. Z^i MAtÀxiBs. Il y a perte de la consistance normale dés tissus organiques. Ces tissus n'ont plus la même solidité, ils ont subi une modification qui s'étend jusqu'à leurs principes constitutifs. Cette dégénérescence molle trouble l'exercice des fonctions : elle donne lieu à des bémorrha- ^s qui se succèdent sur divers points» à' des ecchymoses cutanées , à des épanchements de sang dans la profondeur des organes, à des mélanoses, etc. Les. médicaments tonir ques peuvent-ils provoquer quelque changement hi^jureu^ d'ans cette condition morbide des tissus. organiques?

7"*. Les scLÊRiAsiES. Il y a un endurcissement de b substance des tissus organiques ; ces derniers ont acquis une consistance, une solidité anormales, ils sont. devenus inextensibles, leur texture anatomique n'est, plus la mêma

On a conseillé contre ce mode de lésions les médicaments émoUients : on avait' Tintention de relâcher les fibriles du tissu altéré. On a administré, sous les noms d'à-

DJS8 IliDICàlfBNTS. 9o5

péridfs» de fondants» des sobstances toniques et excitantes. Lesextraits amers des plantes chicoracées, les préparations mercurielles , des composés alcalins » la cignë» l'aconit, la jusquiame» etc. , etc. , ont été favorables dans des affections dont la dégénérescence dnre des tissus oi^aniques paraissait être l'origine.

8*. Les iRBiTàTiONS. Les tissas vivants prennent tout à coup d'autres qualités physiques et vitales : ils deviennent plus rouges, leur température s'élève, leur sensibilité s'exahe; les organes qui en sont formés montrent une activité extraordinaire. Leurs fonctions suivent un rhythme plus pressé, un cours précipité. Si ces organes fournissent une humeur exhalée ou sécrétée , celle-ci devient bien plus abondante; ces oi^anes donnent souvent un produit anormal, un fluide gazeux, sanguinolent, du saûg pur même.

Après la mort, on ne découvre sur les tissus qui étaient le siège d'un travail d'irritation , aucuu changement notable; les attributs de ce mode de lésion , la rougeur, la chaleur, la sensibilité plus vive, une action organique plos rapide, sont effacés sur le cadavre. Seulement il reste dans les parties qui forment cavité , le produit séreux , gazeux ou sanguinolent, dont l'irritation a occasioné la sécrétion ou l'exhalation.

Ce mode de lésion s'observe très-fréquemment, il mérite bien d'être signalé. Il mè paraît impossible, si on le néglige, que la pathologie prenne jamais un rang parmi les sciences naturelles. Les ouvertures des cadavres ne peuvent éclairer le praticien, servir à l'avancement de la médecine, qu'autant que l'on tiendra compte du travail morbide que nous

âo6 DE l'action THiBAPfiVTlQUE

DomoiODs irrUatUm, que Toa désignera par la titre de sur* escitation» de subinflammation, ou par tel autre que Ton Toudra. Ce travail se manifeste pendant la «vie par dss signes positL&9 ostensibles, que l'on ne retroure pins après la mort; il faut que le médeci^ qui^ sur le cadavre, exar mine , inspecte , compare toutes les parties du corps pour y découvrir la source des symptômes » des accidents qu'il observait , sache que des irritations en ont fourni un bon nombre» et que cette lésion ne laisse aucune trace de son esdstence. L'anatomie pathologique ne fournit alors qu'une démonstration négative : j'annonce pendant h maladie qu'un organe est prb d'une iiritation; je le prouve après la mort en montrant que le tissu de cet orgwde ne présente aucune altération notable»

La pathologie doit être vivante; c'est sur l'homme actuellement malade qu'elle doit se constituer. L'anatomie pathologique lui fournit sans doute des lumières bien précieuses y mais on ne doit pas chercher toute la maladie mv 4e cadavre. Il y a entre le coips malade et le corps mort un vide immense.

Il est des médicaments, lesémollients, les acidulés r <pi ont une action marquée sur l'irritation , quand ces agents pwvent être sais en contact avec les tissus que cette lésion occupe. L'impression relâchante des émoUieot^» l'improii^ sien picotante des acidulés diminue l'activité de ce travail morbide, paribis ramène proniptement les tisaua organi^ ques à leur condition naturefle.

Les préparations opiacées ont aussi une influence utile» assea puissante sur les irritations.

L'applicatifiin permanente de l'eau £mde sur les parties

DBS MÀOICAIfBRTK. fioy

irritées éleinl irèa-fke Texcitatioa morbide doni il« sont le siège.

Om coBubat ces lésions par ime autre opération thérapeutique, par la prorocation d'autres irritations ou de réritaliks phlogosea sur des points du corps malade pins ou moins éloignés de ceux où existent les irritations patho* genèses. C'est ainsi qn*agisser.t ks topiques irritants , rabéfianls » vèsieants ; ils font naître sur les pieds , i^ur les jambes » sur les cuisses ou ailleurs, des rongeurs , des gon*flements, des picotements» des chaleurs, des sécrétions morbides , etc. Ces noayelles lésions defiennent des een* très qui ont un pouToir dérivatif ou révulsif, qui déplacent, qui anéantiseent les irritations morbides dont d'autres parties de l'écononûe animale sont le siège. Les cataplas* mes Irès^ii&ands que l'on tient autour. des pieds et des jaaibes, ks pédibives sinafnsés ou antres, les épispastiques^etc. , ont ce mode d'action.

9^ l£$ pniooosBS* La phlogose doit être distinguée de riiritation. La phlogose n'est pas seulement un trenble qui exahe la vie dans les organes» qui force» exagère leurs mouveoieilts » leurs opérations, comme le fait l'irri'lation. C'est un taravail qui s'opère dans la profondeur des parties qu| en sont atteintes et qui en modifie promptement lasubstance. Les signes dala phlogosesont l'intumescence, la rpugeur, la chaleur, des douleurs spontanées; eUe tend èialléter la texture des tissus 'organiques, à leur imprimer des caractères anatomiques différents de ceux qoa leur sont naturels. Dans la phlegoae le sang ne reste pas dans les vaisseaux; il s'épanche; il scmide se comUner avec la substance de l'organe, il y a imbibition de ce

2o8 DE l'action thàbaprutique

fluide dans les fibres des tissus enflammés. Il faut parfois peu de temps à la phlogose pour dénaturer la substance de nos organes» pour les rendre impropres à accomplir leur destination» pour qu'il en sorte un liquide anormal que l'on nomme pus. Jamais le mode de lésion que nous nonunoiu irritation ne donne ce dernier produit.

Une phlogose qui a fait un séjour même assez court sur une partie vivante y laisse toujours des traces de son existence , que les ouvertures cadavériques nous révèlent.

Nous n'avons pas de médicament qui ait la propriété de combattre directement la phlogose et de la détruire. Nous cherchons à modérer ses progrès par l'action des médicaments émoUients et acidulés , par des applications froides; nous nous servons aussi des préparations opiacées comme topiques. L'action des préparations mercurielles sur la phlogose mérite d'être suivie et q>préciée. Nous ne parlons pas de l'utilité des saignées» de la diète» du repos» etc. , qui ont tant d'influence sur la marche de cette lésion.

1 o°. Les ULCÉRATIONS. Il y a ici plus que de la phlogose : il y a une altération spéciale sur les tissus organiques qu'eUe occupait Un point de cette surface s'est dénudé, Jl est d'un rouge plus on moins vif^ souvent creusé dans la substance organique : il fournit continuellement une sécrétion anormale.

1 1^. Les ABCÈS. Qu'un travail'de phlogose dénature les tissus organiques dans leur profondeur» que le pus dont il détermine la formation s'amasse au milieu de la substance de ces tissus; voilà un abcès. Nous l'iélevons à la condition d'un mode spécial de >|ésions» parce que la phlo-

BBS viDICAMBHTS. 909

g09e pei^ abandonner cet abcès» qtt*alors la présence seule da pas an miliea des organes» son absorpticNi» son introdaction dans le sang , donnent lien à des accidents morbides particnliers; que, dans cet état d'isolement» Fabcès réclame des moyens thérapeotiqaes qui ne sont plus ceux de la pUogose nmple.

is*. Les GAHGBkNSs, Los tissus organiques perdent lenr TÎtalité, et éprouvent une modification spéciale de leur substance.

i3*. Les CON6B&T10KS sANoviNBs* Le sang se porte en trep grande quantité sur un organe» il en remplit tous les raisseaux , il en distend toutes les ramifications ; il produit nue intumescence remarquable des tissus dans lesquels il s'est accumulé : mais ce sang n'est pas sorti de ses canaux» il ne forme pas d'épanchement comme dans les hémathroses» ni d'imbibition comme dans la phlogose. Ce sang» par sa surabondance» comprime la substance de l'organe» gêne ses mouTements » trouble l'exercice de ses fonctions. Le» congestions sanguines les plus remarquables en pathologie sont celles qui occupent le cerveau et le tissu des poumons » auxquelles on laisse le nom d'apoplexie encéphafiqueou pulmonaire.

On s'obstine \ tort h confondre la congestion sanguine a?ec lapblogose ou avec l'irritation. Ce sont trois modes de lésions que la pathologie doit nécessairement distinguer.

On dissq>e les congestions sanguines en appliquant des

topiqws révulsife sur des points du corps plus ou moins

éloignés de celui que le sang embarrasse ; c'est ainsi que

par des bains de pieds irritants » par des cataplasmes ru*

313 DB l'aCTIOU THiBAPBUTIQUB

sécrétion arinaire, la digitale pourprée^ les alcalinsy Taoé" tate de pota88e> le nitrate de potasse , etc.

• iy\ Les PNEUMATHROSES. Il y a accumulation d'an fluide gazeux dans une des cavités du corps. Voilà une nouvelle cause morbide qui natt«ncore d'une première lésion» d'une irritation, d'une phlogose, ou même d'une congestion sanguine; mais cette cause secondaire prend une existence indépendante comme lésion pathogénèse, lorsque le travail pathologique qui l'a fournie s'efface, et qu'elle reste un produit isolé. La distension que le fluide gazeux opère sur les tissus qui le renferment^ la compression qu'il exerce sur les oi^anesavec lesquels il a quelque contact» suscitent des accidents qui dépendent de sa présence.

Les médicaments émollients ont amené la disparition des pneumathroses, peut-être parce qu'il restait encore sur les surfaces qui leur avaient donné naissance, un reste de phlogose ou d'irritation. Les médicaments excitants se sont montrés plus utiles, plus puissants; ils ont décidé l'absorption , l'expulsion des fluides gazeux. J

18*. Les CANCERS. Un corps nouveau tout-à-fait hors de l'ordre normal , étranger à l'état physiologique, naît au milieu de la substance des organes, ou s'implante sur leurs surfaces. Il a une existence parasitique ; il se développe aux dépensde la matière animale qui le supporte; il envahit les tissus contigus, il subit un certain nombre de modifications ou d'évolutions ; il prend un certain nombre de formes ; il ressemble successivement à une expansion dn tissu cellulaire^ à un corps fibreux, dur, à du suif, à de la graisse, à la substance cérébrale, puis il passe à un état de difilupnce. Dans sa marche il déforme 'les parties qu'il

DES uiDICAMSlITS. 2 »3

occnpey il les absorbe, il semble s*y sabsiituer; des accidents variés , nombreux , accompagnent ces altérations , décèlent ces désorganisations*

On a Ta des tumeurs de nature cancéreuse et squirrhense, diminuer peu à peu de volume, s'effacer d'une manière insensible dans un espace de plusieurs mois. Il n'j a qu'une salutaire absorption de la matière anormale <|ui constituait ces tumeurs, qui puisse expliquer ces heureux résultats. On ne trouve plus de tumeur là où elle a existé si long-temps , et la fonction des organes qu'elle occupait reprend son exercice. Mais ces faits sont rares; le pins ordinairement ces produits parasitiques ont une marche progressive qui ne rencontre pas de bornes ; ils se multiplient dans le corps; ib conduisent è une mort inévitable'.

l9^ Les TUBERCULBs. Dcs petits corps durs, dont le mode de génération est inconnu, apparaissent dans les tissus organiques; ils modifient la texture de ces derniers, ils donnent à leur substance une consistance , une couleur, des qualités nouvelles et anormales. Ces tubercules se multiplient assez vite dans les tissus; ils les remplissent. Ces tissus semblent devenus un milieu où germent sans fin de ces nouveaux êtres qui ont aussi une existence parasitique. Les agglomérations de tubercules et de la substance animale dégénérée qui les environnent, forment des masses

' Si, dant les substances oon.'osives que Ton applique sur les cancers ({nisoiit àrextérienr du corps, on distingue l'arsenic par sa plus grande efficacité, n'est-ce pas parce que cette substance tue le principe de vie ^e recèle la tumeur parasitique, ce que ne font pas les autres matières que l'on emploie pour cautériser les cancers ?

2l4 I>E l'action THiRAPBUTIQVE

qui souvent se ramollissent, se convertissent en une pulpe puriforme, pins ou moins liquide.

On (dit que les tubercules sont fournis par une esdialation vicieuse : il faut alors admettre un mode spécial d'altération des tissus où ils se montrent * pour que cette ^dialation génératrice des tubercules ait lieu. Or, il resterait à rechercher en quoi consiste cette altération. Pourquoi refuserait -on de croire que des corps parasitiques s'emparent dans les animaux des tissus organiques, qu'ils changent la nature de ces derniers , qu'ils les rendent impropres à remplir leur destination? Ne voyons -nous pas de nombreux parasites opérer des désordres analogues sur les oi^anes des végétaux?

On ne connaît pas un médicament qui ait la faculté de s'opposer à la naissance des tubercules dans nos parties vivantes y ou qui puisse opérer leur destruction, quand ils viennent de s'établir sur un organe. Nous savons bien que nous n'en trouverons jamais qui soit capable de rendre à des tissus organiques leur texture, leur souplesse» leur condition anatomique , quand les tubercules s'y sont multipliés , et qu'ils ont dénaturé la substance de ces tissus.

Les médicaments toniques et excitants sont salutaires dans les cas où il y a une prédisposition aux tubercules, même dans ceux où l'on soupçonne qu'il en existe déjà dans le corps. On a expérimenté sur des animaux, qu'un état de dépérissement, qu'un certain degré de maladie des tissus organiques , favorisait ia naissance des tubercules. On a vu qu'une nutrition suivie , énergique, de ces tissus, contrariait, repoussait au contraire les germes de ces êtres pathologiques. Alors s'expliquent les bons effets

BBS MÉDICAMBNTS. 91&

des toniqaes et des excitants» donnés tous les jours et pendant un temps assez long, à des doses modérées dans les cas où l'on craint les tubercules.

se*. Les ENT020AIBBS. Dos aDimaux se sont développés dans rintérieur de nos organes et y yivent. Les yers intes» tinanx» les hydatides » etc. , sont dans ce cas.

La thérapeutique a ici deux indications à remplir : 1* opérer la destruction des animaux qui occupent les organes du corps, et dont la présence est une source permanente d'accidents ; fi* prévoir les altérations que le tissu des organes a pu éprouver, et ramener ces derniers à une condition dans laquelle ils redeviennent propres à remplir leur destination.

On connaît des moyens médicinaux qui ont la propriété de tu^r les entozoaires. Les vermifuges font périr par une action spécifique les vers intestinaux, on donne des bains de sel marin, de sel ammoniac, contre les hydatides, etc. Les désordres que la substance des organes a pu subir réclament des secours qui varieront comme la nature même de ces désordres.

Les lésions que nous venons de signaler comprennent. tons les modes d'altération qu'il est possible de découvrir sur les organes malades. Tous les degrés, toutes les nuances de ces altérations doivent se rapporter aux vingt modes qae nous venons d'établir. Si l'on rencontrait une lésion qui eût des caractères propres, dont l'individualité fôtbien établie, elle acquerrait des droits à l'isolement , à l'indépendance ; on en formerait un nouveau genre qui prendrait rang parmi les changements d'état des tissus vivants, parmi les modifications morbides, parmi les dégénéra-

2l8 D£ L* ACTION THÉBf PBVTIQUE

Toot se conçoit quandon ne toH dans les maladies qœ des lésions. On reconnaît en effet que les ensembles de symptoiBeâ auxqnels le iiosologiste donne le même nom , sont I0ÎD de former quelque chose' de constant, d'arrêté, d'identique. La péripneumonie est bien l'inflammation du tissu puhnonaire; mais que de dissemblances ne présentent pas les personnes atteintes de cette lésion I Non-seulement la pfalogose n'est pas sur le même point des organes pulmonaires » non-seulement elle n'a pas la même étendue , la même énergie ; mais de plus il 7 a une diversité remarquable pour d'autres lésions qui ccnncident avec celle-ci , et qui jouent un grand rôle dana la maladie; sur des individus il y aura en même temps un ou plusieurs points de pleurésie , une pi^icardite , etc. , il y aura sur d'autres malades une gastrite, une arachnoïdite, une péritonite , etc. , etc. Comptons encore la condition d'organisation propre à chaque individu , la prédominance relative de chacun des appareik organiques du corps, le volume du cœur» des poumons, des centres de l'innervation^ur chaque malade , etc. , etc. Les lésions occiUtes ou silencieuses que chacun de nous porte souvent, des ramollissements de certains tissus , des commencements de dégénérescences , etc. , etc. , ne doivent point être oubliés.

Quand on rassemble ainsi tous les éléments pathologiques qui peuvent s'associer avec la phlogose du tissu pulmonaire , on voit aussitôt se former une foule de combi-* naisons différentes, que dans les Qosographies on place cependant sous un titre commim. Le praticien qui, par une étude méthodique du corps malade, l'a rendu comme

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transparent , reconnaît que dans toutes les péripneumonies les lésions ne sont pas les mêmes, que chacun des malades dont le tissu pulmonaire est phlogosé, se trourè dans une condition spéciale , offre des dissemblances importantes, des particularités qui changent la marche de la maladie , qui en font varier l'issue. Trouvera-t-il étoa«oant d'après cela que le même traitement ne soit pas toujours suivi d'effets paiement heureux^» que lés mêmes moyens» employés de la même manière, n'obtiennent pas les mêmes succès ?

Le vice de ces calculs est encore plus sensible quand ils s'appliquent à des maladies qui se composent d'une pluralité incertaine , indéterminée , de lésions , comme les fièvres adynamiquesy ataxiques , typhoïdes, etc. Dans ces mala^ dies, le praticien reconnaît l'arachnoïdite, l'irritation delà substance méduOairedu cerveau et de la moelle épinière, mie condition morbide des plexus nerveux des nerfs gan^ glionaires» Texocardite, l'irritation du tissu du cœur et des Taisseaux sanguins , une phlogose de la membrane mu^ queuse de l'estomac, des intestins, une bronchite, une pleurésie, etc. , etc. Mais sur chaque malade, ces lésions, liées, simultanées, ne se trouveront pas en même nombre ; elles ne se développeront pas dans un ordre uniforme; elles n'auront pas un degré égal d'intensité ; en un mot elles formeront des combinaisons pathologiques différentes. Or, de ce qu'un remède se sera montré utile dans un cei^tain nombre de ces maladies, en tirerai-jela conséquence qu'il le sera toujours ? M'étonnerai-je de ce qu'annoncé comme un secours salutaire , éprouvé par l'expérience, it restera sous mes yeux inhabile , impuissant ? En réunissant un

S30 DE l'action TH&BAPBUTIQUE

nombre assez grand de cas dans lesquels on aura constaté les succès et les revers des saignées, des toniques ou d'aur très procédés thérapeutiques, pourra- t-on (aire des calculs bien solides ? €es calculs offrent*ils un moyen sûr d'établir le crédit de ces procédés, ou de prouver qu'ils necontieanent pas , qu'il faut les repousser ?

Peut-il y avoir un remède qui ait la faculté de gaérir toutes lesépilepsies ? Dans cette maladie, il faut distinguer des lésions permanentes et des lésions paroxystiques. Pour réussir à empêcher les attaques de cette maladie, il faut détruire les premières pour s'opposer au développeanent périodique des dernières. Or les lésions permanentes sont très-variables : chez un épileptique il existe une cérébmte partielle, ouun tubercule dans le cerveau, ou une exostose des os du crâne qui comprime les hémisphères, ou nu endurcissement sur un point des cordons nerveux, etc. ; chez un autre il y a hypertrophie du cœur avec dilatation du ventricule gauche et de l'ouverture aortique, etc., etc. : peut-on demander un moyen thérapeutique qui soit propre à toujours combattre des causes aussi disparates?

Citerons- nous une autre affection : l'hémoptysie est regardée par les nosologistes comme une maladie particulière : cherchera-t-on un médicament qui convienne à toutes les personnes qui crachent du sang ? mais la présence de ce fluide dans les cellules bronchiques peut dépendre d'un travail d'irritation fixé sur la membrane muqueuse qui les tapisse intérieurement : l'hémorrhagie pulmonaire peut être la suite d'un état de malaxie ou de dégénérescence molle de cette membrane; elle peut tenir à une déformation du cœur, à la dilatation de son ventricule

]>8S HiMCAMSHTS. ttl

droH» k l'élargiêseaient de son ooyeiiure ariërielle » etc. Qu'elle est peu fondée» tant que la nomenclature pathologique ne sera pas réformée ', Tespérance de ceux qui

* La nomenobitiire pathologique de? iept «ajoard'hol on dos rajet* de la médectoe dont il est le plot urgent de l'oocaper. On sait que c'est en moment où le botaoiqne et le chimie fiÛMtent de grendt progrès, qu'il a falli établir une nomenclature pour ces sciences. On sait aussi quelle «nflacDce ces nomenclatures out exercée sur leur avenir, il n'y a point de principes adoptés « de lois établies pour la formation des noms des maladia; tantôt c'est d'un symptôme dominant, tant(kt d'une cause occulte y tantdt d'une altération organique, etc. , que leurs noms sont pris. J'ai souvent arrêté mes réflexions sur cette matière. 11 me semblait que pour arri • ver à donner ans maladies des noms qui pussent éclairer le thérapeutiste* il fallait, à l'exemple de ce qui se pratique en histoire naturelle , ne pas s'attacher seulement A l'extérieur des affections pathologiques, mais qu'il fallait pénétrer leur intérieur, j'ai presque dit leur organisation.

Omis mon projet de nomenclature, les lésions pathogénéaes sont tout» Le nom d'une maladie doit réYéler le nombre, le siège, la oatore des léiioQs qui la constituent.

Nomkrt dei Uiiamtm Nous rangeons d'abord les maladies par familles , celles-ci rénniiont toutes les affections pathologiques qui présenteront le néflie nombre de lésions. Dire A quelle famillenine maladie appartient, oe len dire de combien de lésions elle se compose.

II est des maladâes que produit une seule lésion , ces maladies formeront la famille des. . monopathieu

Les malailii» OÙ U y aura deux lésions donneront les. . dipûthisi.

Celles de trois lésionsles. iripaihiêt*

GeQes de quatre lésions les Utrepaihiêê.

Les aggrégats de lésions les pofypalhieg.

SUgê dêt iéswnt. Dans chacune de ces familles il y aura des divisions : celles-ci exfmmeront le siège des lésions pathogénèses. Il y a des maladiea oh la même lésion se trouve A la fois sur plusieurs organes différents; comme une péritonite associée A une pneumonite, A une arachnoïdite. Il en est où plusieurs lésions de caractère dissemblable se remar- <pient sur divers points du corps, comme des tubercules pulmonaires, une dilatation ducceur, des ulcérations intestinales. Dans d'autres mata-

^«4 DE l'action THiBAfBVTlQUB

jugée déjà, doit être seulement suivie sur le mode de lésion que l'on a sous les yeux.

Voudrait-on encore reproduire ici les étemelles objections tirées de la yertn du quinquina dans les maladies périodiques , et du mercure dans les affections syphilitiquej^? Nous ne cesserons de dire que ces deux substances médicinales sortent de la ligne commune. €e n'est pas contre les lésions que le corps peut receler» que le quincpina agit dans les fièvres d'accès et dans les phlegmasies qui ont un cours intermittent. C'est seulement à la périodicité que s'oppose le quinquina : il empêche le retour des accès. Comme la cause de ce retour nous est toui-à-fait inconnue , nous ne pouvons dire ce que cette substance médicinale enlève alors» ce qu'elle détruit Pour le mercure» ne peutp^n pas avancer que c'est sur la cause même de la maladie vénérienne que ce remède agit? Cette maladie est contagieuse; eUe a une cause spécifique; c'est celle-ci que le mercure doit anéantir; il ne guérit pas tonjours les lésions pathologiques que cette cause a fait naître. Le thérapeutbte a besoin de se rappeler que les altérations qu'il rencontre sur les cadavres ne se sont effee> tuées qu'à la longae. En fréquentant nos amphithéâtres» en observant les modifications matérielles qu'éprouvent les tissus» les viscères, les désorganisations dont sont susceptibles toutes nos parties» on reste surpris de leur nombre, de leur profondeur» de leur importance: puis» en mesurant h ces altérations pathologiques la puissance de nos moyens médicinaux» on est découragé» on reconnaît toute leur insufiisance. Peut-on voir les tissus organiques endurcis, changés de nature, privés de leur texture natu-

reUei, oviMeo ravotti, polpdtt». difflimilfi; de# vwcère$ cooverli» en matas» tobefcideiito», tra&«lbrm黫n.inie $idi* stanee Afoirrhense» stéarifiMme, céribrifbriiie» etc. ;^ AM-ca^ vit^s remplies d*an liquide séro-puriforme, 4o Mnig« oq ^Itendqeapar. dc4 §|j(r<l««n paroi» cooyertea d^exapdationsfâatkuMiMH de ï^lalioDt , d'ulcémtpons, etc. , «ana se damander ce f«e. peo^eot faire» contve de pareib désordrea* tioa médicmients ei toos les mpyeas doat la thér rapeatit|ae peut dispoa^?

Les redhencbes d'analemie pathologiiiw te^dmMIt i<Nic à dinmiaér la oaofiaikee <|tiieile$ revièdes doivent 4atr pirar ae pratîcieaf à faireioédie satire contre enx ui)e tt*cheose prévention. Mm» «e wi sei»lipa» Iqa IMon» Idles qa'eRes existedi daqs lesr cadfmtes, que Ton «prétend comi liatftre avec les-^ebenrs Ihémpentiqnes* Ces lésiona 09I alor».aUefaH kw Xmm^.; elle» ont d^assé le powt 1^ l'on pâmait ea mapendre le eoimi« où l'on pwt^k'i^arer. iea aMmtiena mailé^MQiea^'olles pvo4uisent. Ce^ )Mo^;pn(; ea on commencement , nn accroissement ; . alfm .qa e)laa étaient récentes » l^^ères, qu'elles n'avaient pas pénétré profondément, qn'dles n'avaient pas modifié, dénaturé les tissus, ou opéré d'autres désordres graves, etc. , elles n'étaient pas au-desaus des ressources de la thérapeutique : il 7 avait de la proportion entre ces lésions et la puissance oa l'effet des agents médicinaux. On conçoit que ces agents procurent la guérison des mêmes lésions que ceUes dont nous venons d'exposer les produits anatomiques, ptdsqa'on les a attaquées dans leur début, et avant qu'elles aient causé tout le mal que dévoilent les ouvertores de cadavres. L'utilité des instruments thérapeutiques

s 26 DE l'action TH&ikAt>lSirTr<^£ DB9 MÂDICAHENTS.

dépend ordinairement de tép&qae ^ 01» leê met en action; Tel moyen qui aujont^hni déthifrait sùnoment mt travail moi^bide, t*e$tèra inhabile on insuffisant ^elqnes jdors plits tard.

' Rèmar<[nons tfoè ce ébat stirtouf les botàliii^s^ les chimistes» qui obt' dbté les productions naturelles et les composés pharmacentiques des vertus' naerveiUenses qn'on leur attribue dans les ouvrages de mati^« médicale. Ce sont les savants étrangers à la pratique de la médecine, étirangei*s surtout aux travaux anatomiques , qui parlent avec «ne confiance illiniitée'de la toute-puissance des médicaments et des cures qu'ils of^reùt Ouvrant fréquemment des cadavres, a jant journellement sous les yeux les lésions kfûLi emtëtiéâtieM tefirmaladiiBS^ les ddsorganisaticMi» que ces lésions ont atoèuéès; tes anafomistes prennent sootent ixàe èpinion invène iflyne peuvtSM^ciMidetiair'que ees lésiôus'éèdetit jamaîë àractionde nogmoyepsmédioniaax; ils fihistont |S^r dédaigner ces defmers^ 41» êef{e«tte»iiH justes envers* eux.

GLASSIFIG ATIOir W» 0OJBT5 DE LA raAmUACOLOGlK. H^J

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