‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 16 sur 40 · MÉDICAMENTS TONIQUES · texte numérisé non relu

MÉDICAMENTS TONIQUES

Section 1. Considérations générales sur les médicaments toniques.

Les médicaments que nous réunissons ici sous le titre commun de toniques , médicamenta tonica , de TÔvoç, ton, tension, roideur, ont été aussi appelés corroborants, de corroborare [robur), fortifier, rendre plus fort; styptiques, de a-réepco, je resserre; astringents, d' astringere , serrer, rétrécir, etc. La propriété agissante que recèlent ces médicaments détermine dans les organes vivants une modification de leur tissu qui spécifie leur opération , et que nous allons essayer de faire connaître.

Pour saisir le produit de l’impression que les médicaments de cette classe exercent sur les tissus vivants, il faut les voir successivement an contact avec des parties vivantes , 1 “ dans une disposition naturelle , 2“ dans un état de relâchement, de faiblesse morbide, 5“ tourmentées par une irritation , ou par une phlogose.

Si l’organe sur lequel on cherche à étudier l’action d’un médicament tonique a la somme de vigueur qui lui convient, si ses mouvements se font avec le degré de force et de liberté que comporte la santé, l’influence de cet agent devient difficile à suivre ; pen-

DJiS MliDICAMENTS

dant qu’il agira sur le corps, les organes ne changeront pas ordinairement leur mesure d’activité; la circulation , la respiration , les sécrétions, etc. , conserveront la régularité dont elles jouissaient. Ce que peut alors opérer de plus reûiarquable le médicament dont nous parlons , c’est de communiquer un peu plus d’énergie aux appareils qui exécutent ces fonctions , de donner un peu plus de facilité au jeu des organes ; mais le pharmacologiste trouvera-t-il dans ces légères mutations des caractères saillants , des symptômes qui puissent servir h former un tableau de la médication tonique ? Ce n’est pas sur des personnes en santé qu’il est facile de démontrer la nature de la propriété active des médicaments de celte classe , pareeque les effets physiologiques qu’ils provoquent ne se prononcent pas

sur elles.

Les organes sur lesquels la force tonique va s’exercer se trouvent-ils affaiblis , leur tissu est-il relâché , ramolli ou dans un état d’oligotrophie ; l’impression tonique suscite des changements évidents dans la condition actuelle de ces organes. En les faisant remonter de la disposition morbifique où ils sont tombés au degré d’énergie vitale qui leur est naturel , ces agents produisent des phénomènes qu’il est facile de constater. Les mouvements étaient faibles, ils deviennent plus forts : dans chacune des fonctions , l’effet de ce changement se manifeste ; on peut même dire que plus le relâchement des tissus vivants est considérable, plus le pouvoir des agents toniques s’aperçoit visiblement.

Quand la force des organes a dépassé la mesure qui lui est habituelle, quand leurs propriétés vitale^ sont

TOMQBES.

trop développées, les médicamenls toniques trouvent encore une condition favorable à la démonstration de leur vertu. En ajoutant à la vigueur déjà trop grande des tissus vivants, ils jettent le trouble dans l’économie animale, et l’état pathologique qu’ils font naître prouve que leur propriété a une nature corroborante; c’est toujours une phlegmasie ou une hémorrhagie qu’ils occasionent. Si l’on administre ces agents à un individu actuellement atteint d’une irritation ou d’une inflammation , on voit encore le caractère de la faculté qui nous occupe se déceler : à peine les molécules toniques auront-elles été absorbées , que le travail local augmentera; la tension , la chaleur, la douleur, tous les accidents s’exaspéreront sur la partie malade; le trouble morbide général prendra en même temps plus d’intensité, le pouls sera plus vif, la peau plus aride et plus chaude , etc.

Déjà nous pourrions décider quel est l’eflet que les médicaments de cette clqsse opèrent dans le système animal; toutefois nous ajouterons que les substances toniques, appliquées en poudre, en cataplasmes, en emplâtres, en lotions, produisent un rétrécissement subit des ouvertures qui aboutissent à la peau , qu’elles rapetissent sensiblement leur diamètre ordinaire; que ces substances, en contact avec les membranes muqueuses , dessèchent momentanément leur surface, en occasionant la oonstriction' des pores qui les humectent; que , mises sur une plaie récente, elles arrêtent 1 écoulement du sang; qu’elles diminuent visi-' blement les œdèmes des membres; qu’elles rèslituent aux parties vivantes relâchées, tuméflées, mollasses, '• i3

UliS MÉDICAMENTS

leur tension, leur volume habituel, etc. L’impression que les agents toniques font sur les tissus vivants, détermine un resserrement de leurs fibres : cellesci se rapprochent , se condensent , et les organes qui en sont composés acquièrent une plus grande force matérielle. Ce mouvement intestin de la substance organique est lié è un développement de la tonicité de la partie où il s’exécute. Cette modification fibrillaire des organes rend h la fois leur texture plus solide et leurs mouvements plus énergiques , plus robustes. Cette confortation instantanée s’aperçoit souvent dans le jeu des appareils organiques , dans 1 exercice des fonctions.

11 est facile de concevoir comment la mutation organique , que provoquent les agents toniques, peut devenir tantôt le remède d’affections entretenues par un état de faiblesse, tantôt la cause d’accidents qui tiennent à un excès de force. On voit également pourquoi ces agents provoquent des effets si peu apparents ; leur opération sur l’économie animale n’intéresse que la tonicité des organes, que le genre de contractilité à laquelle Bichat avait donné le nom d’insensible. parce que son exercice se fait- d’une manière imperceptible, et que son développement ne suscite aucun phénomène ostensible. Seulement le tissu .organisé où il ai lieu devient plus ferme, plus dense ; en pressant sur lui, on sent qu’il résiste davantage, et en voyant agir l’ensemble organique qu’il forme, on reconnaît que ses mouvements ont acquis une force nouvelle.:

TOMQUES. igS

Section II. Des substances naturelles qui ont une propriété tonique.

Les trois règnes fournissent des produits d( ués de la vertu tonique. Nous commencerons par l’examen des végétaux dans lesquels elle se trouve.

A. Des substances vége'tales toniques.

Quand l’homme examine des substances médicinales, et qu’il cherche à dévoiler le secret de leur vertu, la première épreuve à laquelle il les soumet, c’est à celle des sens du goût et de l’odorat. Or, mis sur la langue, les végétaux toniques donnent une sa • veur amète ou styptique. L’organe olfactif les trouve inodores ou très peu aromatiques.

Les matériaux qui dominent dans la composition chimique des substances végétales toniques sont un principe extractif, le tannin , l’acide gallique, et dans quelques unes une matière alcaline. Si l’on y découvre de la résine et de l’huile volatile , ces corps y sont ordinairement pour une proportion si petite, que l’on ne peut apprécier l’influence qu’ils exercent dans l’action médicinale des productions qui les recèlent. Les chimistes démontrent aussi , dans plusieurs végétailx toniques , la présence de la fécule et du mucilage : mais que peut opérer la force adoucissante , relâchante ou émolliente de ces principes sur les tissus vivants , puisqu’au moment où elle doit se mettre en exercice, d’autres matières plus puissantes développent leur propriété, et déterminent des changements opposés à ceux que

DKS MâuiCAMKNTS

icndenl à produire les principes que nous venons d’indiüuerî La vérin tonique paraît attachée, dans les végétaux , à rexlraclif , au tannin et à l’acide gallique ; dans les quinquinas , elle émane surtout d’un alcali végétal : ‘ces matériaux n’existent pas ensemble dans toutes tes productions qui ont une vertu tonique ; ils ne sont pas non plus pour des proportions égales dans toutes les plantes qui jouissent de celle vertu. Rappelons ici en peu de mots la nature et les propriétés de chacun de ces produits de la végétation.

De t’exlraclif.

Ce principe est très abondant dans la conshlution intime d’un grand nombre de substances végétales toniques ; les chimistes l’ont nommé extractif, parcequ’il forme la plus grande partie des extraits pharmaceutiques. On l’a d’abord regardé comme un des matériaux immédiats des corps végétants : on lui donnait pour caractères d’être d’un brun fonce, bril an , cssanl lorsqu’il était soo.d’unesaveur dans l’eau, dans l’alcobol, insoluWe dans I éther. Ou arait remarqué que quand ce principe s était combiné a,ec l’oxsséne , » refusait de se dissoudre dans I eau t mais que l’aleohol continuait de s’en emparer, on c éésianait alors son, le nom d’extraelif oxygéné La nlno^rt des chimistes n’admettent plus anjourd bu, Lue matière au nombre des principes des végétaux;

ils pensent que l’extractif est un produit complexe un cou, posé d’acide , de substance colorante de nia tière axolL, etc. L’extractif que contiennent le, végétaux toniques exerce toujeurs sur les organes une inipressio

TOMQUES.

qui affermil leur tissu matériel, développe leur tou , leur énergie. L’action de ce principe a quelque’clidsc de doux; il n’a point l’aprelé, la violence que montre le tannin, qui appartient aussi à la composition intime de ces végétaux. Les effets de l’extractif sur les parties vivantes avec lesquelles on le met en contact sont plùs lents, plus modérés, et se prêtent mieux au désir du thérapeutiste , lorsqu’il les fait servir à corriger l’atonie, la faiblesse d’un organe ou d’un appareil organique qui demande des ménagements , qui a une grande susceptibilité.

Du tannin.

Le tannin, qu’on avait de même regardé comme un principe immédiat du corps de certaines plantes , a été, dans ces derniers temps, placé parmi les produits complexes de la végétation. M. Chevreul pense que c’est un composé d’acide gallique , de matière, colorante , et de plusieurs autres substances. Le tannin n’a pas toujours les mêmes propriétés. Toutefois il se dissout difficilement dans l’eau froide , mais très aisément dans l’eau chaude. 11 décompose l’émétique, et forme, avec les éléments de ce sel, une combinaison qui n a que peu d’action sur l’éconpmie animale. 11 précipite la gélatine, et forme avec elle un corps insoluble : on ne doit pas administrer les substances qui contiennent ce principe , et qui en tiren t leur propriété, dans du bouillon, dans du petit-lait, dans des véhicules enfin où la gélatine existe. Le tannin SC comporte de même avec l’albumine; lorsqu’on veut mettre h 1 état sirupeux les infusions et les décoctions qui renferment du tannin, on doit employer le

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sucre, cl ne point sc servir de blanc d’œuf pour clarifier le sirop. La matière tannante ne paraît plus un composé identique , quand on la traite par 1 alcohol. Cjelui que l’on obtient de la noix de galle est absolument insoluble dans ce liquide. Au contraire, cet excipient s’empare du tannin qui existe dans le cachou , dans l’écorce de saule.

Le tannin exerce une action très prononcée sur les orgaqes vivants; mis dans la bouche, il produit une forte astriction , qui semble rétrécir subitement 1 étendue de cette cavité. Ce principe détermine une impression analogue sur les autres parties ; il décide un resserrement soudain de leurs fibres : cet effet devient quelquefois si marqué , il est ordinairement si brusque, qu’il cause des accidents. L’emploi des substances dans lesquelles le tannin est abondant, comme la noix de galle, le cachou, etc. , donne lieu fréquemment à des douleurs d’estomac , à de l’oppression , qui annoncent que ce viscère supporte péniblement la présence de ces matières actives.

De l’acide gatliquc.

L’acide gallique est encore un principe générateur de la vertu tonique. Cet acide est. toujours uni au tannin; il cristallise en petites aiguilles blanches, brillantes; il a une saveur acide faible, et laisse dans la bouche quelque chose de sucré: l’eau bouillante dissout le tiers de son poids d’acide gallique, tandis qu’il n’est soluble que dans vingt parties d’eau froide. L’alcohol a beaucoup d’affinité avec cette matière. Les sels b base de deutoxyde ou de tritoxyde de fer sont

TOMQOES.

décomposés par l’acide gallique pur, qui forme un précipité bleu dans les premiers, et d’un brun noir dans les seconds. L’acide galliqlie agit de concert avec le tannin sur les tissus vivants ; il concourt, avec ce dernier, à créer la puissance médicinale tonique dans les substances végétales qui contiennent ces principes.

Des alcalis organiques toniques.

Nous exposerons plus loin les qualités physiques et chimiques des matières alcalines que recèlent les quinquinas. Nous ferons en même temps connaître ce qui spécifie leur opération médicinale.

Compositions pharmaceutiques.

Les productions dont nous allons nous occuper servent h former un grand nombre de préparations; elles prennent différentes figures dans le laboratoire du pharmacien. On peut d’abord les administrer en substance, en les réduisant en poudre fine: avec celle-ci on peut faire des électuaires , des pilules. En se servant de 1 eau, du vin ou de l’alcohol , on enlèvera aux matières végétales toniques les principes d’où émane leur vertu médicinale, et on obtiendra de nouveaux composés, Dans ce cas, le médecin ne perdra pas de vue la nature et les qualités du véhicule qu’il emploie. L’eau laissera agir les principes qu’elle se sera appropriés, sans gêner 1 exercice de leur puissance , mais sans ajouter è son intensité. Le vin et l’alcohol ne connaissent pas cette inertie; ces excipients conservent la faculté stimulante qui leur est propre; et dans les prépara tions dont ils font partie, dans les vins médicinaux,

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DES lliDICAMEMS

les teintures , les élixirs , les quintessences , etc. , celle lacullé se développe en même temps que celle des matériaux dont ils ont dépouillé les ingrédients Ioniques; elle modifie , elle augmente les effets immédiats que ces derniers provoquent. Nous renverrons à la classe des diffusibles ( 111' classe) l’examen du produit organique ou physiologique que fait naître 1 exercice simultané de la double vertu que recèlent les vins et les teintures toniques.

L’eau sert à former des infusions et des décodions toniques. Comme les principes chimiques d’où dérive la propriété qui nous occupe , sont fixes et nullement évaporables , on peut s’aider de 1 intervention du calorique pour en faciliter la dissolution : aussi met-on souvent les ingrédients qui les recèlent infuser dans l’eau chaude. On verse ce liquide bouillant sur les matières végétales concassées ou coupées par morceaux; ou bien on les fait bouillir pendant quelque temps dans cet excipient ’. En ajoutant aux ingrédients toniques une petite portion de magnésie , on augmente la faculté dissolvante de l’eau , et on obtient souvent des préparations plus chargées. On fait, avec

' Lorsqu’on met macérer des substances médicinales dans un excipient, on doit avoir l’attention d’agiter de temps en temps le vase, afin de changer les rapports respectifs du liquide et de la matière médicinale, d’éloigner de cette dernière les parties du liquide qui sont saturées de principes actifs, et de mettre en contact avec elle des portions de véhicule qui aient encore i\ satisfaire leur tendance é la combinaison-

TOMQUES.

les plantes toniques , des sucs dépurés qui possèdent une efficacité bien constatée. L’art du pharmacien sait convertir en sirop les infusions , les décoctions , les sucs dépurés, les vins médicinaux. C’est en faisant évaporer la partie liquide de ces composés pharmaceutiques que l’on forme les extraits, médicaments souvent employés dans la ihérapeutiqne , et dont un grand nombre appartient à la classe des toniques.

Nous allons maintenant examiner les végétaux auxquels sont applicables ces considérations générales. Pour mettre de l’ordre dans cette élude, nous adopterons la marche suivie par les botanistes , nous réunirons les plantes toniques par familles naturelles. Nous reconnaîtrons que souvent les végétaux qui se ressem blent par leur extérieur , par leur organisation , ont une analogie aussi remarquable dans leur composition chimique et dans leurs vertus pharmacologiques.

Famille naturelle des gentianées ’ .

Ce groupe de végétaux présente un exemple bien frappant de l’analogie qui existe souvent entre les formes extérieures des plantes et leur propriétés médicinales. En effet, toutes les gentianées ont une sa-

' Nous avons profité des recherches de ftl. Decantlolle, consignées dans son Essai sur les propriétés médicales des plantes, 2' édition , Paris, 1816. Nous ne pouvions choisir un meilleur guide pour déterminer les rapports qui existent entre les caractères botaniques des plantes et leurs vertus.

DES MÉDICAMENTS

veur amère et très peu d’odeur : louies recèlent une propriété dont l’exercice sur les tissus vivants détermine un développement de leur tonicité. Dans les diverses régions du globe, des plantes de celte famille fournissent à la médecine des médicaments corroborants , stomachiques , fébrifuges , vermifuges, etc. A la gentiane jaune, à la petite centaurée et à la ménianlhe que nous employons , on a substitué d’autres espèces dans les autres pays, et partout on a trouvé dans cette famille , des toniques d’une grande efficacité.

Gentiane. Gentianœ rubrœ radix Gentiana lutea L. Cette plante vivace est une des plus grandes espèces de son genre : elle croît dans les pâturages secs des montagnes : elle habile les Alpes , les Pyrénées , les Vosges , etc. On la distingue de loin dans les prairies , pareeque les bestiaux n’y touchent point. C’est la racine de ce végétal que réclame la médecine; celle racine est grosse , très allongée ; elle offre comme une série d’anneaux très rapprochés les uns des autres, ce qui donne à son extérieur un aspect rugueux. Une écorce brune recouvre celte production , son intérieur ' est d’un jaune vif,' sa substance présente une texture spongieuse ; une amertume très intense décèle en elle une grande activité médicinale. On ne doit prendre ces racines pour l’usage de la médecine , que quand elles ont trois â quatre années d’existence. Il laul ce temps pour que la végétation ait pu former les sucs propres d’oii émanent leurs vertus.

* Nom pharmaceutique.

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Haller avait remarqué que la gentiane exhalait une odeur qui rappelait celle d’une espèce d aconit. M. Planche a constaté que l’eau distillée de celte racine recélait un principe nauséabond volatil, qui agit sur le cerveau à la manière des plantes vireusés. Ce chimiste prit une cuillerée à bouche de celte eau distillée : il eut aussitôt de fortes nausées , et au bout de trois minutes il éprouva une sorte d’ivresse qui se prolongea pendant plus d’une heure. Mise en macération dans l’eau à une température chaude, la racine de gentiane éprouve une fermentation vineuse; à l’aide de la distillation , on retire de ce mélange une eau-devie d’un goût désagréable et qui conserve l’odeur de la gentiane. On prépare cette liqueur dans les Vosges et dans le Jura.

MM. Henry et Cavenlou ont soumis la racine de gentiane à l’analyse chimique. Ils en ont retiré : i“ un principe d’une belle couleur jaune , sans odeur, d’une amertume aromatique très forte. L’eau froide a peu d’action sur ce principe , cependant il la rend très amère : l’eau bouillante en prend davantage, et le laisse en partie se précipiter par le refroidissement. Il se dissout très facilement dans l’élher et dans l’alcohol , et s’en sépare par l’évaporation spontanée, sous I forme de petites aiguilles cristallines jaunes. Les aci- I des affaiblissent la couleur jaune de ce principe, et l| le dissolvent en quantité très notable : ces dissoluj lions; sont d’une très forte amertume. Ce principe pa- [ raîl entrer en combinaison avec la magnésie, il perd I alp,rs une partie de sa saveur amère. Ces chimistes le i regardent comme un corps doué de propriétés par-

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ticulières : ils proposent de lui donner le nom de gen-

tianin.

2" Un principe odorant, qu’ils pensent être une huile * volatile très fugace, et qu’il est difficile de coerccr!

Ce principe n’a aucune amertume : en distillant de t l’eau sur la gentiane , on obtient un liquide incolore , d’une odeur extrêmement forte et repoussante , sans i autre saveur qu’un peu d’âcreté. Cependant des traces ^ du principe amer passent à la distillation.

5° Une matière identique avec la glu , qui est sans» odeur et sans saveur, se dissout dans l’éther, mais» reste indissoluble dans l’eau , l’alcohol froid , les acidess et les dissolutions alcalines. L’alcohol bouillant eni prend très peu , et cette substance se précipite par Icp refroidissement.

4“ Une matière huileuse, verdâtre , qui jouit de. toutes les propriétés reconnues aux huiles fixes. H

5° Une très petite quantité d’un acide libre , de nature végétale.

C“Du sucre incristallisable; c’est lui qui, avec la ma» tière colorante fauve et le principe amer, fornie la trèi grande partie de la masse extractive que donne la gem tiane dans nos pharmacies ; la saveur amère de l’extraii de gentiane est précédée d’une saveur sucrée.

7® Une matière gommeuse qui se rapproche du salep

8“ Une matière colorante fauve.

9“ Du ligneux.

On ne trouve dans celte racine ni amidon ni inu line. Si les décoctions de gentiane se troublent pa. le refroidissement, cet effet dépend de la séparation du principe amer, dont l’eau chaude est plus avid'

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que l’eau froide. [Journal de pharmac. , tom. 7, p. 170.)

On administre la gentiane en poudre. On peut composer avec cette poudre des électuaires et des pilules. Nous venons de voir que les principes actifs de cette racine étaient peu solubles dans 1 eau, aussi remarquons -nous que les décoctions et les infusions aqueuses de gentiane sont peu usitées. D’une autre part nous savons que ses principes ont plus de tendance à s’unir au vin et à l’alcohol , et les pharmacopées nous apprennent que l’on a composé avec cette racine des vins médicinaux, des teintures, des élixirs qui jouissent d’une grande réputation. Elle est un des principaux ingrédients de la teinture stomachique de Whytt , de l’élixir de Peyrilhe , et de plusieurs autres préparations estimées. L’extrait de gentiane entre fréquemment dans la composition des pilules amères que l’on administre sous des titres différents , selon i l’espèce d’indications que l’on veut remplir avec elles, î Les diverses préparations que fournit la gentiane i exercent sur les tissus vivants une impression qui les I affermit, et qui détermine un développement de leur ( force tonique. Après leur administration , les organes I ont plus d’énergie, leurs moùvements annoncent plus I de vigueur, lés fonctions qu’ils exécutent sont plus : libres , plus parfaites. Ces effets paraissent surtout sensibles quand un état de débilité nuit actuellement à 1 intégrité des actes de la vie. Alors la gentiane, par son influence corroborante sur chacun' des appareils j organiques, sert è rétablir successivement dans leur i mesure naturelle l’exercice de toutes les fonctions.

DES MÉDICAMENTS

D’abord on voit le produit de l’action de cette substance sur les organes digestifs ; puis , après l’absorption de ses molécules , on suit son pouvoir sur l’appareil circulatoire, sur toutes les parties, etc. Il n’est pas rare d’observer , quand on emploie ce remède pendant quelque temps, une commotion artérielle due à son influence; le pouls devient plus vif, plus élevé , la flgure se colore , le malade éprouve de la céphalalgie , des saignements de nez , etc. , etc. Dans les effets médicinaux que produit la gentiane, nous reconnaissons bien l’opération des matériaux amers (du gentianin), que cette racine contient en abondance; mais nous ne comptons pas l’influence du principe volatil , odorant , qu’elle paraît aussi recéler. Ce principe n’agit sur le système nerveux que quand on 1 a concentré , comme dans l’eau distillée de la gentiane. Dans les autres composés que cette racine sert à former, ce principe est plus rare; il n’est jamais assez abondant dans la dose que l’on en prend à la fois, pour que sa puissance se manifeste, et produise quelque changement physiologique que l’on doive apprécier dans l’usage médical de cette production.

La propriété tonique de la gentiane annonce qu’elle sera un remède puissant , toutes les fois que la thérapeutique désirera corroborer les tissus vivants, augmenter la force de leurs mouvements. Les praticiens louent son eflicacité contre les aigreurs, contre les diarrhées, contre les défauts d’appétit, contre les digestions lentes et imparfaites, contre les coliques, les pneumatoses, les nausées, et contre diverses antres affections de l’appareil digestif. Mais on veut aujour-

TONIQUES

d’hui plus de précision dans los indications thérapeutiques. Il faudrait d’abord décider quelles sont les lésions qui produisent les accidents dont nous venons de parler, alors on concevrait facilement si la gentiane est capable de les détruire. Il est évident que cette racine sera un remède sûr, lorsqu’on l’emploiera pour dissiper une débilité purement vitale du système digestif, pour lui rendre la vigueur qu’il a perdue. Si les tuniques de l’estomac et celles des intestins sont plus minces, dans un état d’oligotrophie , ou bien si elles sont ramollies , relâchées , la gentiane en donnant plus d’activité à la nutrition dans ces tuniques, restaurera les organes qu’elles forment, corrigera leur altération matérielle ; par ce moyen elle rétablira l’intégrité des digestions. Lorsque le praticien veut seulement agir sur le système digestif, soit pour dissiper son atonie, soit pour corriger une lésion organique; il se contente de susciter des médications locales. Aussi donne-t-il de petites doses de gentiane; huit à douze grains de sa poudre, trois à six grains d’extrait, deux cuillerées de vin de gentiane, ou une cuillerée h café des teintures dont cette racine fait la base. On a soin de prendre ces agents immédiatement avant les repas, afin que le moment oü l’estomac ressent l’influence de leur vertu tonique , soit celui oii l’arrivée des aliments dans ce viscère, vient provoquer le développement de sa vitalité, et l’obliger â un travail que sa faiblesse rendait pénible et incomplet. Cetle substance pourra encore servir toutes les fois que l’on voudra changer la condition actuelle de la surlace intestinale. Ainsi lorsqu elle est tourmentée par une phlegmasie

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chronique, couverte d’ulcéralions superficielles, on peut au moyen de la gentiane occasioner un changement brusque, instantané dans l’état morbide de cette surface. On a vu ce mouvement perturbateur opérer un heureux effet. Il suffit souvent d’irriter les membranes muqueuses , pour les rappeler à leur condition physiologique.

On recommande encore l’usage journalier de la gentiane, quand la bile a perdu ses qualités stimulantes ou sa composition naturelle, quand, devenue inerte , elle ne remplit plus son office dans l’exercice de la digestion. Cette altération du liquide biliaire suppose une lésion du foie: ce viscère est dans un état d’oligolrophie,, il est moins volumineux qu’il n’était; ou bien son tissu a éprouvé une modification matérielle, il est mou, il tend à tomber dans une dégénérescence graisseuse. On peut opposer la gentiane ces altérations organiques ; l’impression des molécules de celte substance est propre à rétablir la nutrition dans le parenchyme hépatique , et à changer par là sa condition pathologique.

On conseille les préparations pharmaceutiques de la o-entiane dans les affections arthritiques : ou sait que les amers ont la réputation d’être favorables àces affections. On donne encore la gentiane à petites doses dans ce cas : on en continue l’usage pendant long-temps. Il semble que ce soit dans la régularité qu’elle donne aux fonctions digestives , et dans l’état d énergie quelle maintient dans le centre épigastrique , qu il faille chercher la raison du bien qu’elle procure. La .renlianc est un des ingrédients de la poudre du duc

TONIQUES

lie Portland , et de plusieurs autres remèdes proposés contre la goutte.

La gentiane a reçu de grands éloges pour ses vertus fébrifuges : on lui a attribué la guérison de fièvres quotidiennes, tierces, double tierces, etc.; mais on sait que les succès à l’aide desquels on veut prouver l’existance de ces vertus dépendent souvent de la saison , du régime, ou d’une autre cause méconnue. Toutefois nous ne voulons ici que restreindre et non contester les avantages que l’on peut obtenir de l’emploi de la gentiane dans les fièvres intermittentes. Dans ces maladies, on donne de fortes doses de la poudre ou du vin de gentiane : on pourrait aussi se servir de sa teinture alcoholique : on rapproche ces doses de manière à déterminer une médication générale. C’est de cette grande et profonde mutation, c’est de ce développement instantané des forces de la vie, que découle la faculté qu’ont les médicaments Ioniques de repousser un accès de fièvre qui devait bientôt paraître. Cullen a remarqué que la gentiane seule agit faiblement contre ces maladies; il a expérimenté que son effet curatif était plus sûr quand on y ajoutait une petite proportion de noix de galle, de tormentille ou de bistorte. La gentiane ne contient pas de tannin, ni d’acide gallique; les additions proposées par ce praticien portent ces principes dans la production dont nous nous occupons, elles rapprochent sa composition chimique de celle des substances que l’expérience clinique présente comme les plus efficaces contre les maladies périodiques.

On donne tous les jours le vin et l’élixir de gentiane

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dans les maladies scrophuleuses. On fait prendre cés composés d’une manière continue : on en administre une cuillerée le matin, îi midi et le soir; on maintient en quelque sorte, pendant très long-temps, le corps malade sous l’influence tonique du remède. Ces composés ont alors un pouvoir très étendu sur la digestion et sur les autres fonctions nutritives. Le seul rétablissement de l’intégrité de ces fonctions opère déjà un changement salutaire dans les fluides et dans les solides : mais le vin et l’élixir de gentiane n’agissent-ils pas contre la cause même des maladies scrophuleuses? Nous placerons ici la recette de l’élixir amer de Peyrilhe que l’on conseille journellement à toutes les personnes qui ont le teint pâle, la figure boufllc , le tissu cellulaire très développé, les glandes lymphatiques engorgées , etc. ; ce remède ne peut avoir du succès que quand les voies digestives ne sont pas irritées , quand il n’existepasde phlegmasie occulte de quelque viscère, ou d’autre lésion matérielle que l’action stimulante de ce médicament pourrait aggraver ou faire dégénérer d’une manière fâcheuse.

Racine de gentiane concassée 5 j.

Carbonate de potasse concret 5 ij.

Eau-de-vie commune, tbij.

Laissez ce mélange en infusion, à une température douce, pendant cinq à six jours, en agitant de temps en temps la liqueur;, puis ültrcz pour vous en servir.

La J.hérâpeutique peut recourir avec confiance au vin de gentiane et aux autres agents pharmaceutiques formés avec cette substance , dans les afliections scor-

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buliques. On donne encore la gentiane contre les vers intestinaux. Sa qualité amère peut faire périr ces animaux; son impression tonique sur le canal alimentaire détermine leur expulsion , s’oppose ensuite à leur re-' production.

Enfin on fait avec cette racine des pois qui servent à entretenir les cautères.

Plusieurs autres espèces indigènes de gentiane ont été portées sur la liste des productions médicinales. On a surtout noté les G. amabella, L. G. cbuciata, L. Ces plantes ont une saveur très amère , une force tonique très prononcée. Elles peuvent fournir des agents thérapeutiques efficaces.

On a apporté des Indes orientales un bois médicinal qui porte en Asie le nom de chirayita, et dans le cornraerce celui dechiretla. Ce bois provient du gentiaxa CHIRAYITA , Roxburgh, sous-arbrisseau qui se plaît sur les montagnes. Les habitants de l’Indostan , du Bengale , emploient sa tige et sa racine en décoction et en poudre, llsla vantent comme lin remède sûr contre les fièvres intermittentes , la goutte, l’inertie des organes digestifs. Les Anglais commencent à prescrire cette, substance : elle sera probablement adoptée par la médecine française. {Virey, ioura. de pharmacie, tom.7, pag. 224. ) MM. Lassaigne et Boissel , pharmaciens, ont analysé la chirayita; ils en ont extrait, 1“ une matière amère d’un jaune foncé, 2® une matière colo rante d un jaune brunâtre, 3“ une résine, 4° de la gomme , 5® de l’acide malique , 6® du malate de potasse, 7® des sels minéraux, 8® de la silice, q® quelques traces d’oxide de fer. ( Même ouvrage, pag. 283, )

DES MÉDICAMENTS

Petite centauiiée. Ccntaurium minm. La plante que nous employons en médecine sous le nom de petite centaurée n’est point, selon M. Decandolle , le gentiana centaurium de Linné, qui est rare en France , mais une variété de cette plante dont on vient de Taire une espèce sous le nom de chironia pdi-chella. fi., fr. erythræa centaurium, Richard. Celle-ci est annuelle, elle vient dans tous les bois , elle est très commune dans quelques uns ; elle se fait remarquer dans les mois de juillet et d’août par ses jolies Heurs d’un rouge très vif formant une sorte de corymbe terminal.

On se sert en médecine de sa tige et de ses som-

mités fleuries. Ces productions médicamenteuses sont inodores, mais elles ont une amertume très prononcée. On a observé que les corolles de la fleur avaient peu de saveur, et que les principes actifs, de cette plante résidaient surtout dans les rameaux , les feuilles et les calices. M. Vauquelin a expérimenté que la décoction de petite centaurée précipitait en vert la dissolution de sulfate de fer, et qu’elle n’exerçait aucune action sur la gélatine , sur le tartre stibié ni sur le tannin. M. oreUi s’est occupé de l’analyse comparative de la racine de gentiane et des sommités de la petite centaurée :

d’après ses recherches , ces dernières contiennent , ,0 un acide libre , 2“ une matière muqueuse, 0° une substance extractive amère , 4» de la chaux, 5» une certaine quantité d’extractif oxygénable , 6» de l ac.de hydrochlorique que l’on peut supposer un. à la chaux.

f Journal de pliarmac. . tom. v. pag. 98. )

L’eau s’empare des principes amers de la petite centaurée, elle s’approprie .en même temps son acti-

TONIQÜES.

vité : aussi donnc-t-on fréquemment celle plante en infusion cl en décoction. On en prépare un extrait que l’on conserve dans les pharmacies, et dont des praticiens se servent assez souvent. On administre encore la petite centaurée en poudre. On pput en former un vin médicinal et une teinture.

La petite centaurée recèle une propriété tonique : l’existence et la nature de celle propriété sont faciles à constater. D’un côté, on voit celte plante fortifier les tissus relâchés , remonter l’action affaiblie des organes au ton qui leur est naturel , rendre à leurs fonctions languissantes un mode régulier d’exercice qu’elles n’avaient plus. D’un autre côté, les agents médicinaux tirés de celte plante sont nuisibles dans les irritations morbides, dans les phlegmasies, dans tous les cas où les parties vivantes ont trop d’énergie , une vitalité trop développée. Peut-on méconnaître, dans ces effets organiques, l’influence de la force médicinale â laquelle nous donnons le titre de tonique? On a remarqué que quelquefois la petite centaurée troublait l’état actuel des voies alimentaires, qu’elle déterminait des évacuations alvines. Ce produit, qui a lieu assez fréquemment lorsqu’on commence l’usage d’un médicament amer, peut dépendre do l’impression insolite que ses principes exercent sur la surface des intestins ; il cesse ordinairement aussitôt que l’habitude a familiarisé celte surface avec leur contact, ce qui arrive à la quatrième ou cinquième prise du médicament. Cet effet peut ai^i avoir lieu pareeque la surface des voies alimentaires est actuellement échauffée ^ ou irritée ; alors on doit cesser l’emploi de ce remède ;

Wl'-S MÉDICAMENTS

les évacuations alvines alloslenl qu’il blesse l’intérieur des intestins.

On conseille la petite centaurée dans tous les désordres do la digestion , qui ont leur source dans la débilité des organes chargés de cette importante fonction. On prescrit , avant chaque repas , une tasse d’infusion de cette plante , trois ou quatre grains de son extrait , ou une cuillerée de sa teinture alcoholique. On veu t corroborer l’appareil gastrique au moment où il va entrer en exercice pour l’élaboration des matières alimentaires; une médication locale suffit; aussi c’esjt toujours à petites doses que l’on emploie les toniques comme moyen stomachique. Mais si l’on désire rétablir l’assimilation sur tous les points du corps, lorsqu’un état de faiblesse la rend languissante, on doit élever la dose du médicament tonique, et généraliser modérément sa médication. 11 faut que 1 influence de cet agent ait réveillé la tonicité , la vitalité des tissus organiques,,, à l’instant où les principes nourriciers viennent les pénétrer, si 1 on veut que ces tissus les retiennent et se les approprient.

Les auteurs vantent la petite centaurée comme un moyen favorable dans les affections goutteuses. Clle entre dans plusieurs préparations pharmaceutiques que l’on regarde comme propres à éloigner les accès de la goutte , à diminue»’ leur intensité, même à combattre le principe morbifique qui les produit. Pour obtenir ce résultat, on recommande un usage journalier et prolongé de ces remèdes. Il est évident qu’ils ne doivent être permis qu’aux personnes d’une complexion molle, d’un tempérament lymphatique. Les individus secs ,

XOMQUES.

irritables , pléthoriques , ne pourraient supporter, sans éprouver bientôt des accidents variés, comme une commotion artérielle, de l’agitation, delà céphalalgie, de l’insomnie, des douleurs d’estomac, etc. ,1 action jour nalière d’un agent qui sans cesse déterminerait un resserrement des fibres de leurs organes, qui les irriterait à force de répéter ses attaques.

C’est surtout contre les fièvres intermittentes que l’on a prodigué des éloges à la petite centaurée. On l’a présentée comme un fébrifuge indigène qui rendait inutiles tous les remèdes exotiques. On a apporté une foule d’observations en faveur de l’efficacité de cette plante dans le traitement des maladies dont nous parlons. Nous soumettrons au lecteur plusieurs réflexions. La petite centaurée tire ses propriétés des principes amers qu’elle contient; elle n a , par sa composition chimique , aucune analogie avec le quinquina , que l’on a toujours en vue quand on traite des médicaments fébrifuges. De plus , comment administre-t-on cette plante? on fait prendre au malade plusieurs tasses par jour de son infusion ou de sa décoction : si on la donne en poudre, c’est à la dose d’un demi-gros ou d’un gros. Or, ces quantités de l’agent médicinal qui nous occupe , peuvent-elles provoquer cette situation de tout l’organisme animal , ce développement des forces de la vie qui s’oppose à la naissance d’un accès de fièvre ? Ce n’est pas ainsi que l’on se conduit avec le quinquina. D’abord les doses que l’on donne de cette substance sont plus fortes que celle à laquelle on a coutume d’employer la petite centaurée ; de plus , on les réitère , on les rapproche les unes des autres , afiq

DiiS MEDICAMENTS

que tout le corps seule promptemenl la vertu tonique de l’é*corce péruvienne : car c’est la manière de se servir d’une substance médicinale qui crée sa propriété fébrifuge. Celui qui tenterait d’obtenir avec la petite centaurée les mêmes succès qu’avec le quinquina, doit d’abord penser que la force active du dernier est dix fois .peut-être, plus puissante que celle de la première plante. Il faudrait donc , pour rendre les chances égales , décupler la dose de la petite centaurée, si l’on voulait obtenir des effets comparables à ceux que fait faire une dose d’écorce du Pérou , ce qu’il serait impossible de pratiquer, vu le volume considérable de poudre que le malade serait obligé d’avaler. Quoi qu’il en soit, lor^u’on abandonne à la nature la guérison de CCS affections , comme dans les fièvres intermittentes printanières , il peut être avantageux de mettre le malade à l’usage d’une infusion de petite centaurée , qui soutient l’énergie des organes digestifs. Cette boisson est également recommandable dans la convalescence des longues maladies qui ont afloibli tout le système , lorsque les voies digestives sont absolument libres d irritation. L’estomac et les intestins, journellement corroborés par l’action de cette infusion tonique , donnent plus de perfecliori'h l’élaboration des matières alimentaires , et préparent des éléments réparateursplus abondants et mieux conditionnés, dont l’assimilation à toutes les parties du corps amène le retour des forces et un prompt rétablissement de la santé.

MEniAnthe. Meniantlies , trifolium fibrinum , trifolium palustre. Menianthes tiufoliata. L. Celte plante habite les lieux aquatiques : on trouve souvent

TONIQUBS.

dans les marais , des endroits qui en sont recouverts. Ou la reconnaît à ses feuilles radicales portées sur de longs pétioles, et composées de trois folioles; ce qui lui a fait donner le nom de trèfle dcati, trèfle des mcirais. Scs fleurs, d’un blanc rougeâtre, sont asse^ grandes; leur corolle monopétale offre cinq divisions qui sont frangées intérieurement ; ce qui les rend très agréables à la vue : cette plante ornerait nos parterres , si elle se prêtait aux désirs des amateurs , si elle voulait recevoir les soins de la culture.

On emploie les tiges et surtout les feuilles de la ménianthe ; elles sont à peu près inodores , mais elles ont une amertume très prononcée. M. Tromsdorffs’est occupé de l’analyse chimique de cette plante ; il a vu qu’elle perdait, par la dessiccation , yS parties pourioo de son poids. Son suc exprimé contient une matière féculente composée d’albumine , 0,76, et de résine verte, 0,26 ; cette matière se coagule et se sépare du suc par l’ébullition. On y trouve un extractif très amer, azoté, une matière animale particulière, une gomme brune, de l’acide malique , de l’acétate de potasse, une fécule blanche, soluble dans l’eau bouillante, qui se précipite par le refroidissement. On donne rarement la ménianthe en poudre : on en fait des infusions, des décoctions, un suc dépuré, un extrait aqueux que l’on emploie très fréquemment. Le vin et l’alcohol se chargent aussi des principes médicinaux de cette plante, et deviennent des médicaments efficaces. On pourrait dans l’action dos agents pharmaceutiques que fournit la ménianthe, distinguer ce qu’elle opère sur les voies digestives et ce que font ses molécules sur

UES MI^.UICAMENTS

tous les lissus organiques après leur absorption. C’est l’impression immédiate que ressentent 1 estomac et les intestins lorsqu’on donne de fortes doses de ménianlhe.qui cause la cardialgie , les nausées, même le vomissement , et plus tard les coliques , le trouble dans les intestins, et les déjections alvines , etc. , dont l’usage de cette plante est alors suivi. J’ai toujours vu ces accidents avoir lieu chez des militaires à qui je donnais en 1820 , comme remède fébrifuge, un , deux et même trois gros d’extrait de ménianthe, que Ion mettait en bols avec la poudre de la même plante , et que le malade prenait en quelques heures , avant l’époque de sa fièvre. Ces effets ne se manifestent pas lorsque l’on n’administre la ménianthe qu’à petites doses; ils sont prononcés lorsque les voies alimentaires sont rendues plus sensibles par un état d’irrilation. Mais l’usage de la ménianthe provoque une autre partie d’effets qui, pour rester plus secrets, n’en constituent pas moins ce qu’il y a de plus utile dans son opération , n’en est pas moins la source des avantages principaux que l’on peut en retirer. Je veux parler de la modification que les molécules de cette plante font éprouver à tous les tissus organiques après leur absorption , de la corroboration que ces tissus ressentent alors, de l’énergie qu’enreçoit tout le système animal. Or, ce changement est indépendant des effets que produit la ménianthe dans l’appareil digestif: ces derniers peuvent manquer, sans que les autres perdent de leur lorce cl de leur utilité.

Les médicaments tirés de ce végétal sont laciles à se procurer, et d’une grande efficacité; 011 peut s’en

TOMQUES. 219

servir avec confiance toutes les lois que l’on veut forlilier le tissu relâché des organes , et le ramener au degré de tension qui lui est naturel. On les administrera lorsque l’on aura à combattre 1 inertie, la débilité de l’appareil digestif, et que cette lésion sera j)urement vitale ; qu’elle tiendra à un décroissement de l’influence des nerfs : un verre d’infusion de ménianthe , ou de trois h six grains de son extrait , pris avant chaque repas , rétabliront assez l’énergie de cet appareil, pour que la digestion qui succédera à cette médication locale soit plus facile et plus régulière. Le vin ou l’alcohol de ménianthe , à petites doses , conviendraient également. Continués pendant quelque temps , ces médicaments corrigeront aussi quelques lésions matérielles, l’oligotrophie et le ramollissement des tissus de l’estomac et des intestins , qu’accompagnent souvent le dégoût, le défaut d’appétit, des digestions pénibles, imparfaites , etc. On pourra appliquer avec avantage cette méthode curative aux toux humides , aux expectorations abondantes , qui annoncent un relâchement morbide dans la membrane muqueuse des voies aériennes.

La ménianthe jouit d’une grande réputation comme moyen fébrifuge. Si l’on veut , par l’influence de sa force médicinale, suspendre le cours de la fièvre, empêcher l’accès de se développer, il faut la donner à haute dose, et faire que tout le système ait acquis une énergie insolite au moment où l’efibrt fébrile doit avoir lieu. Quand on se contente de faire prendre tous les jours deux ou trois doses de ce médicament, c’est par une influence plus lente, et probablement par suite d’un exercice plus actif des fonctions assimilatrices ,

que la méniantlie occasione la guérison des fièvres inlermitlenles. Toutefois les essais que j’ai tentés avec cette plante pour obtenir la guérison des fièvres quotidiennes, tierces et double tierces, ne lui ont pas été favorables , j’ai reconnu que le quinquina conservait une su|)ériorité qui ne pouvait être méconnue ni contestée.

On recommande l’emploi de celle planlc dans les alfeclions arlhriliques. On prélend que 1 usage jour nalier do sa poudre ou de son Infusion éloigne les accès de la goulte, diminue leur inlensilé; mais il peut être dangereux, dans ces maladies, de reproduire plusieurs fois chaque jour , sur les mêmes organes , une opération qui resserre leur tissu , anime leur tonicité. Des praticiens justement célèbres ont remarqué que les personnes qui avaient, pendant long-temps, usé de remèdes amers , devenaient sujettes à des accidents graves, h des dyspepsies rebelles, à des hydropisies , I des névroses , etc. Ces accidents sont sûrement le produit d’irritations, de phlogoses, que l’action trop souvent répétée des toniques a allumées dans quelques points de l’abdomen. On doit, avant d’administrer la ménianthe aux goutteux, consulter leur complexion, leur tempérament.

On lui a de plus attribué une vertu emménagogue ; U est possible que l’exercice de la propriété tonique de celte plante, en augmentant les forces dans tout le système , en animant surtout celles de l’appareil utérin . ait quelquefois déterminé l’écoulement des menstrues, qu’un étal de débilité et de langueur retenait. Mais le nom de celte plante , de mois

TONIQUES

menstrues), et de âvOoç, fleur, ne pourrait-il pas expliquer pourquoi on l’a mise au rang des remèdes emraénagogues ? Ce motif ne serait pas avantageux à la ménianthe. En botanique , l«s noms génériques ne sont pas significatifs. De plus, les propriétés que les botanistes accordent aux végétaux ne sont pas toujours confirmées par l’expérience clinique.

La ménianthe est placée au rang des médicaments autiscorbutiques. Par son influence sur les fonctions digestives, et par son action sur toutes les parties vivantes, cette plante deviendra un secours précieux dans les aflections scorbutiques qui seront associées h un relâchement, à une atonie des organes. Enfin, des médecins ont assuré qu’ils avaient vu la ménianthe combattre des céphalées périodiques , faire cesser des spasmes, des palpitations de cœur, etc. Ces accidents décèlent ordinairement une lésion dans l’appareil cérébral et dans la moelle épinière , comment concevoir que l’action de la ménianthe sur ces parties ait pu eflacer cette lésion?

Famille naturelle des composées.

Celte famille naturelle , l’une des plus nombreuses du règne végétal , fournit des sujets à celte classe. Nous trouvons des espèces douées de la propriété tonique , parmi les corymbifères , les cynarocéphales et les chicoracées.

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