II. Cynarocéphales
Chardon - bénit. Carduus benedictus. Carduus sanctus. Cent.vdrea benedicta. L. Cette plante se trouve dans la Provence, dans le Dauphiné elle est commune en Espagne ; elle croît spontanément dans l’Europe méridionale. On se sert des feuilles et des sommités fleuries. Le nom spécifique de celte plante atteste assez l’importance que l’on attachait à ses vertus.
Cette plante est peu odorante, mais elle a une amertume très intense. Elle contient une grande abondance de principes amers qui sont solubles dans l’eau, dans le vin et dans 1 alcohol.. On prétend qu’elle recèle du nitrate de potasse. Cueillie dans sa pleine végétation, comme au commencement de juin , cette plante est remplie d un suc propre rougeâtre , qu’elle ne conte- .
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nait pas plus lot, el qui paraît plus lard se dissiper. On administre le chardon-bénil en poudre , et plus souvent en infusion. On en fait rarement des décoctions, parceque, plus chargées de principes médicinaux , ces boissons font une impression pénible sur l’estomac, elles troublent les mouvements naturels du canal alimentaire, elles occasionent le vomissement et d’autres fois des déjections alvines. On conserve dans les pharmacies l’extrait de ce végétal. Peyrilhe se servait souvent du vin de chardon-bénit.
Les médicaments tirés de cette plante provoquent sur les organes le mouvement qui caractérise 1 action des toniques; les tissus vivants se resserrent, leur énergie se développe; aussi la conseille -t- on dans toutes les maladies oh les appareils organiques sont relâchés et dans un état d’inertie. La puissance corroborante de ces agents se borne aux voies digestives, lorsqu’on n’en prend que des petites doses; mais elle se généralise et se manifeste sur tous les points du corps , dès qu’on en donne une quantité plus forte : les principes du chardon-bénit se répandent alors dans tout le système animal. On accorde à cette plante une vertu sudorifique : l’exercice de sa force tonique sur la peau tend bien à favoriser, à exciter la fonction perspiratoire de cette surface; mais cet effet reste insensible , et , pour provoquer une diaphorèse -, il lui faut des auxiliaires. Quand le chardon bénit a fait couler la sueur, on le donnait en infusion dans l’eau ; on faisait prendre cette boisson chaude et à grande dose ; de plus , on tenait le malade au lit , bien couvert. Or, dès que l’on remplit ces conditions, tous les li-
toniques.
quides sont propres à établir le phénomène dont nous venons de parler. Cette plante pasise en même temps ^ pour diurétique : les mêmes substances que les auteurs donnent comme capables d’augmenter 1 exhalation cutanée sont ordinairenaeut vantées par d autres observateurs pour exciter le cours des urines ; en voici la raison. Quand on a introduit dans le corps une surabondance d’humidité , il faut qu’elle s’écoule par la peau ou par les reins; et quand une de ces deux issues se refuse à la laisser passer, elle s’écoule par l’autre. Souvent la faculté active de la substance médicinale dont on s’est servi n’a pas contribué à cette évacuation.
Le chardon-bénit est renommé comme un puissant stomachique. Par ce mot, on entendait une propriété qui se rapportait à Pestomac , qui devait toujours lui être favorable. Lorsqu’on s’attache aux lésions diverses que cet organe peut éprouver, on voit facilement qu’il n’y a pas de remède stomachique absolu.
Si l’infusion , l’extrait* et le vin de chardon-bénit ont dissipé des inappétences, des diarrhées, ont rétabli l’exercice des digestions qui se faisaient péniblement ; ou il y avait une lésion viude de l’estomac, ce vispère ne recevait plus l’influence nerveuse qui vivifiait son tissu ; ou bien les tuniques du canal alimentaire se nourrissaient mal , elles avaient diminué de volume ou éprouvé un ramollissement. L’action du chardon-bénit a rappelé leur vigueur dans le premier cas, restauré leur matériel dans le second ; et dans l’un comme dans l’autre, elle a rendu aux fonctions digestives leur intégrité. La même substance serait nuisible si les dé-
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sordres dont nous venons de parler dépendaient d’un état d’irritation, d’une phlogose, ou d’une induration des tissus de l’estomac ou des intestins.
Le chardon -bénit passe pour un fébrifuge dont de nombreux succès ont constaté l’elGcacité. Mais pour que cette plante suspendît le cours d’une fièvre intermittente , il faudrait en donner la poudre ou le vin h des doses élevées , et susciter, au moment où l’on attend l’accès, une médication qui embrassât tout le système. On pourra amoindrir progressivement l’intensité de la fièvre , et la faire peu à peu cesser, si tous les jours on fait prendre au malade trois ou quatre tasses d’infusion de chardon-bénit, ou trois demi.-verres de son vin médicinal. Doit-on parler aujourd’hui de l’emploi de cette plante dans les fièvres ataxiques ou malignes, où on la conseillait comme capable d’opérer d abord la séparation des principes morbifiques quel on croyait exister dans le sang, puis de déterminer leur expulsion hors du corps ? C’est celte faculté occulte qui lui a valu la réputation d un puissafit alexipharmaque.
On a recommandé cette plante aux goutteux dans l’intervalle des accès , et à ceux qui étaient tourmentés par des douleurs rhumatismales chroniques.
On prétend que le chardon-bénit a guéri des pleurésies , des péripneumonies. On a peine à concevoir comment les composés pharmaceutiques que fournit cette plante auront pu devenir utiles dans des affections que toute impression tonique ou excitante doit irriter, qxaspérer. Voici nos conjectures. On aura administré l’infusion de chardon-bénit dans le début de ces phlegmasies; alors le ^travail inflammatoire était
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encore superficiel, peu tenace, mal établi : cette boisson aura provoqué une abondante sueur, une diaphorèse très prononcée : la fluxion cutanée sera devenue une force révulsive à l’égard de la lésion qui existait sur les organes pulmonaires; celle-ci encore à son début aura été éteinte, enlevée , par le travail de la peau. Vers la fin de ces maladies , une légère infusion de chardon-bénit peut aussi servir à animer les forces expultrices des poumons, à favoriser l’expectoration, à soutenir las eflbrts critiques de la nature. Au reste, on s’étonnerait davantage de voir l’usage d’une plante tonique conseillé dans des pblogoses de viscères , si l’on ne savait que ce ne sont pas toujours des praticiens qui ont déterminé les vertus dont on dit les plantes dépositaires dans les ouvrages de botanique etmême de matière médicale.
On s’est servi du chardon-bénit comme d’un remède anthelminlhique. Sa qualité amère et sa faculté tonique expliquent les succès qu’elle a obtenus dans les affections vermineuses.
Chausse - TBAPE. Calcitrapa. Centauhea caecixnAPA. L. On connaît aussi cette plante sous le nom de chardon étoilé , carduus stellatus. Elle croît spontanément dans toute l’Europe. Elle se plaît dans les lieux stériles et pierreux. On la trouve aussi dans les prairies sèches.
M. Figuier, professeur de chimie à Montpellier, a soumis la chausse-trape à l’analyse chimique. Il a vu qu elle ne contenait pas de tannin. Les principes qu’il a découverts dans sa constitution sont : i“ une matière résiniforme ; 2° une substance animaliséo ; 3“ une
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substance gommeuse; 4” de l’acétate de potasse, du sulfate de potasse et do sdfale de chaux , du muriate de chaux et de potasse ; 5“ une matière colorante verte ; 6“ une petite quantité d’acide qu’il soupçonne être de l’acide acétique. ( Bullct. de ■phnrmac. , tom. i , p. igS.) M. Petit y pharmacien à Corbeil , s’occupe de déterminer la nature du principe amer du chardon étoilé. Comme la noix de galle occasione un précipité dans la décoction des fleurs de cette plante, il serait possible que ce principe appartint à la classe des alcalis organiques. {Journ. rfc p/iarmac., septembre 1822.) On se sert de la tige avec ses feuilles , de sa fleur et de la racine. Les feuilles sont les parties de la plante dont la saveur amère est le plus développée. On donne la racine en infusion dans l’eau, et surtout dans le vm.
L’impression que cette plante exerce snr les organes
fortifie légèrement leur tissu. Cet effet immédiat lui donne une place parmi les agents doués d’une force ionique. Des auteurs accordent h cette plante une vertu diurétique ; mais nous aurons souvent l’occasion de remarquer qu’une excrétion plus forte du liquide urinaire ne prouve pas toujours que les rems ont senti
une impression médicinale.
On assure avoir donné avec succès le suc des feuilles de la chausse-trape contre les fièvres intermittentes : on en faisait prendre aux malades , au moment du fripon, de quatre à six onces. On s’est on»i sert, de la poudre et de l’extrait de cette plante , ainsi que c l’infusion de ses fleurs. En administrant une forte dose de ces composés toniques, on peut susciter une médicalion générale, et empêcher par Ih le Ir.sson de
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naître. Le docteur Gilibert a trouvé dans cette plante indigène un remède elBcace contre des fièvres tierces , des fièvres double tierces et quartes. M. Ghrestien , médecin de Montpellier, a également été satisfait de sa propriété fébrifuge.
Baedane. Bardana. Lappamajor. Arctiüm lappa. L. Cette plante croît dans les lieux incultes ; elle est commune autour des villages. On se sert de sa racine, qui est grosse, noirâtre h l.’extérieur, blanche intérieurement ; elle aune saveur douceâtre , un peu amère et acerbe.
Cette racine parait contenir un peu d’extractif, de l’amidon, du mucilage. La tige et. les feuilles fournissent, par la combustion, une grande quantité de potasse. Elles recèlent aussi du sel de nitre : quand on les fait sécher et qu’on les brûle , on voit des particules de ce sel fuser de temps en temps. On donne la racine de bardane en décoction dans l’eau. L’alcohol se charge de plusieurs de ses principes chimiques.
La force médicinale de la hardane a peu de développement; Les effets qu’elle produit sont toujours peu marqués , pareeque cette plante contient] une très faible proportion de principes amers ou toniques. On la regarde comme un sudorifique puissant; elle ne fait couler la sueur que quand on l’administre en tisane, qu’on la donne chaudement et en grande quantité. Or une diaphorèse dans ce cas est un phénomène organique auquel la puissance médicinales eu peu départ. Nous ne trouvons plus dans la racine de bardane cette faculté corroborante dont l’exercice favorise le travail de la peau, en augmentant l’énergie dn cœur et des vais-
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seaux sanguins, en ajoutantà la force propulsivedu sang, j en éveillant surtout la vie de l’organe cutané. On dit J également que celte plante est diurétique : une excrétion plus copieuse d’urine , après l’usage de la tisane de Lardane, n’est pas un indice bien solide que cette plante a exercé quelque influence sur 1 action sécrétoire des reins. On rend alors par les urines l’humidité ijue la boisson a introduite dans le corps. On ne voudra pas sans doute faire jouer un grand rôle à la potasse et au nitrate de potasse que les chimistes retirent de cette plante; ces sels y sont en trop petite quantité ; quand on réfléchit à la dose de sel de nitre que quelques morceaux de racine peuvent porter dans cinq à six tasses de décoction , on cesse de penser que les molécules salines contenues dans la bardane puissent contribuer )
aux vertus de celle plante.
On vante la tisane de bardane dans les rhumatismes et dans la goutte. Si celte boisson est chaude, en portant les forces vitales à la peau, en épanouissant le réseau capillaire qui la recouvre, en déterminant enfin une diaphorèse bien prononcée, elle peut affaiblir les douleurs rhumatismales , ou soulager les parties tourmentées par la goutte; mais ce n’est plus de la vertu tonique de celte plante que procèdent ces avantages curatifs.
Nous dirons la même chose de l’emploi de cette boisson dans le traitement des maladies syphilitiques. La tisane de bardane ne peut point agir contre le principe de ces maladies. Sa débile propriété tonique n’est pas capable non plus de remédier au désordre que ces affections produisent h la longue dans les humeurs
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comme dans tous les tissus vivants. Si la décoction de bardane est utile dans le traitement de la syphilis, c’est sans doute pour modérer l’irritation que les remèdes mercuriels exercent sur les voies digestives et sur tous les organes. Cette boisson peut aussi servir,
; quand elle augmente l’action exhalante de la peau , à entraîner les molécules de ces remèdes hors des vaisseaux, et à prévenir un séjour qui, prolongé, deviendrait nuisible.
On conseille la bardane dans les maladies du système dermoïde ; M. Alibert emploie la décoction de cette racine dans celles où l’on remarque de l’aridité sur la |peau. Si la force tonique de cette plante avait plus d’énergie , elle ne conviendrait pas dans des ajlTeclions cutanées , qui sont associées à un état de chaleur ou d'irritation.
On emploie à l’extérieur les feuilles de bardane ; on es applique pilées et réduites en cataplasmes sur les ulcères rebelles, sur les croûtes laiteuses, etc.