‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 19 sur 40 · III. Chicoracécs · texte numérisé non relu

III. Chicoracécs

CuicoRÉE SAUVAGE. Ctckorii hcrba , radia;. ‘Ciciio- KiüM iNTYBus. L. Gctte plante vivace croît spontanément sur les bords des chemins. On la cultive pour la lourriture des bestiaux. On prélendque les moutons, qui , par leur complexion molle , sont' très sujets aux maladies par atonie , se portent mieux , ont plus d’énergie. quand ils prennent cette nourriture tonique.

La chicorée sauvage n’a point d’odeùr, mais elle se Bislmgue par une amertume considérable, quand elle

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est parvenue à son entier développement A cette ^ époque de sa végétation . la chicorée est remplie dans toutes ses parties d’un suc propre, laiteux, qui en découle aussitôt que l’on fait une incision à la tige , aux feuilles, à la racine, etc. Nous n’avons point encore une analyse chimique bien exacte de ce suc, qui se , remarque dans la plupart des espèces de la famille des | chicoracées. 11 contient sans doute une matière extractive et un principe résineux. On a trouvé dans la chicorée du nitrate de potasse , du sulfate de po lasse, et un muriale. On emploie principalement les feuilles de celte plante : on en fait une décoction en les mettant bouillir quelques instants dans l’eau: on i en tire un suc dépuré dont on se sert fréquemment, , soit seul, soit mêlé à celui de cresson de fontaine, de • fumelerre, etc. On conserve dans les pharmacies extrait de chicorée sauvage , que l’on administre seul , et

. Les feuilles radicales de la chicorée que le jardinier

a su soustraire à l’influence de la lumière sont tendres, blanches , é peine amarescentes. Ces feuilles ne contiennent nue des sucs mucilagineux; elles sont alimentaires Lesmatériaux d’où procède leur puissance médicinale ne, sont pas encore formés à cette époque de la végétation. On prend quelquefois cette plante un peu plus avancée en âge pour la faire cuire et la manger avec de la viande om

une’sauce convenable J elle commence alors à

amertume plus prononcée; ses matériaux pharmaeolog • ques sont en partie composés. La chicorée cuite dev.en dans ce cas un aliment médicamenteux qui a souvent pro curé des succès.

TONIQUES

qui est aussi l’excipienl d’une foule de pilules que l’on donne sous les litres variés de pilules stomachiques , fondantes, apéritives, etc.

La chicorée sauvage a une action tonique ; l’impression qu’elle exerce sur les tissus vivants affermit la complexion des organes, augmente leur énergie. L’observation prouve que cette plante fortifie l’appa^ reil digestif; son usage augmente visiblement l’appétit, favorise l’exercice de la digestion. Tous les effets, soit immédiats soit curatifs, qu’elle produit, dérivent de sa faculté tonique. -G est pour ressusciter la vigueur affaiblie des systèmes organiques qu’on la donne dans les maladies avec atonie. Mais comment expliquerons-nous les vertus thérapeutiques que l’on désigne par les titres d’apéritives et de fondantes , et dont on dit que la chicorée sauvage jouit au plus haut degré? Ces vertus devaient fondre les épaississements de la lymphe , les coagulations des humeurs qui avaient donné naissance aux engorgements, aux obstructions des viscères. L anatomie pathologique a dévoilé les causes et la nature des affections que l’on comprenait sous ces dénominations, et la faculté fondante de la chicorée s’est évanouie. C’est aussi dans celte intention thérapeutique que l’on a nommé la chicorée sauvage une plante savonneuse : celle plante contient un suc blanc qui imite l’eau dans laquelle on a dissous du savon ; et comme ce dernier composé çhimique jouit de la réputation d’êlre un puissant agent pour liquéfier les humeurs épaissies , dissiper les obstacles qui se forment dans leur cours, on a concédé au suc de la chicorée la meme vertu.

/„ des médicaments

La chicorée sauvage, avec sa puissance Ionique, peut rendre des services signelds à l’art de guérir. On emploie avec succès son extrait, sou infusion, dans les vices de la fonction digestive qui tiennent au relâchement, ii l’inertie de l’estomac et des intestins. Il y 0 alors une simple lésion vitale , un affaiblissement de l’innuence que les nerfs portent sur ces organes : ou bien ils sentie siège d’une, lésion matérielle, comme un ramollissement ou une oligotrophie , un amincissement de leurs tissus. Les composés pharmaeeuliques oue l’on tire de la chicorée ont été recommandés eonlre les épaississements récents des tuniques du canal alimentaire ; ils seraient nuisibles s’il y avait actuellement un travail de phlogose dans ces partie». On '

lorsque 1. sécrétion de la bile est perverte, mais cette affection peut reconnaître des linctes. 11 est incontestable que la chicorée sauva e a combattu avec succès des lésions du foie. Cette plant, convient quand ce viscère tend b 1 induration ,

nuand son tissu éprouve un ramollissement , quand ! a une oli-otrophie ou diminution de volume de cet

Lane. Comme ces dégénérescences dépendent tou es

:’oi::n::- peut 1.0» étr. opposée T Llécules de la chicorée sauvage , en arrivant au LtTuotnentuneautremo..^ ‘"\rde":r:et: éfa't physiologique. Celle

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TONIQUES

que l’on employait , tous les jours et à petites doses , l’infusion ou la décoction de chicorée sauvage ou l’ex* trait de cette plante. Ce tonique, doux , modéré , procure des succès refusés à d’autres agents , qui , plus puissants, agacent, tourmentent par leur impression immédiate les voies digestives.

On a aussi recours à la chicorée sauvage dans les maladies de la peau. On choisit alors le suc dépuré, l’extrait ou la décoction de cette plante; le malade emploie ces agents médicinaux tous les jours; le traitement dure pendant plusieurs semaines. Sans lui accorder une vertu dépurative, dont il serait trop long de discuter ici la nature et les eflets, nous ferons remarquer que l’on peut trouver dans la force tonique de cette plante la raison des avantages qu’elle a procurés dans ces maladies. L’influence que les principes amers de la chicorée exerceront sur le syslèrhe cutané développeront sa tonicité; ce changement peut déjà servir à améliorer l’état morbide de la peau. Ajoutons que l’usage continué quelque temps de ce végétal donnera aux fonctions nutritives un mode d’exercice plus régulier, et qu’une assimilation plus active dans le sang et les tissus vivants a souvent été une cause de guérison dans les aflections cutanées qui étaient associées à une disposition cachectique, à une complexion détériorée.

On conseille la chicorée sauvage contre les fièvres intermittentes. Ce n’est pas ordinairement pour suspendre le cours de ces maladies que Pon se sert de celle production. On la recommande principalement dans les fièvres d’accès rebelles, qui ont amené dans

^^2 DES MfeDICMttENTS

l’économie animale un désordre général , qui ont engendré un état de cachexie. Alors on associe l’usage journalier de la chicorée sauvage à d’autres agents médicinaux, h un régime approprié, à un exercice corporel , h un changement de pays , etc. On travaille à ^ rendre l’assimilation plus active , à rétablir la vigueur des organes, h opérer une mutation profonde dans le corps , qui fasse cesser la maladie et qui en répare

les suites. . j i

Chacun sait que l’on trouve aujourd hui dans le

commerce la poudre de racines de chicorée qui ont été torréfiées : on ajoute cette poudre à celle du café pour obtenir une décoction plus chargée. Cet usage était connu dans le nord , et surtout en Prusse , longtemps avant qu’il s’introduisît dans nos provinces. Par l’action du feu , les principes chimiques de la chicorée ont éprouvé une modification; la racine a pris une couleur noire; elle a perdu de sa saveur amère. La poudre de cette racine communique à 1 eau une teinture qui approche de celle du café ; mais ce qui naannuera toujours h la décoction du succédané indigène . c’est l’arome si agréable de la graine du cafier, c est surtout l’induence stimulante et féconde en sensations délicieuses que cette dernière exerce sur tout le corps, et principalement sur le cerveau, dont elle anime agréa blement la vitalité.

PissEKUT, taraxacum, dons leoms ; LEONTODO^ taeaxacum, L. Cette plante vivace est très commune

dans les lieux incultes. L’analogie botanique sa composition chimique et ses propriétés médicinales a lap prochent de la précédente : aussi dans les préparations

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pharmaceutiques , on substitue Iréquemment ces deux plantes l’une à l’autre.

On emploie les racines et les feuilles du pissenlit. On doit avoir l’attention de ne prendre les feuilles pour l’usage médicinal que quand la plante est dans son entier développement : les feuilles naissantes ne contiennent pas encore de principes médicinaux, et se mangent en salade. Le pissenlit est inodore, il est rempli d’un suc laiteux et amer, dans lequel la chimie a trouvé une grande proportion d’extractif, une résine verte, de la fécule, une matière sucrée , du nitrate de potasse et de chaux. Le suc de la racine est plus amer que celui des feuilles, ^n administre le pissenlit en infusion dans l’eau bouillante, et surtout en décoction. Le suc dépuré de cette plante est très usité pendant le printemps et l’automne. On fait un extrait de pissenlit auquel on a souvent recours. M. Planche a trouvé dans cet extrait de l’acétate de chaux. Cette plante s’ajoute quelquefois aux bouillons de veau , de , poulet, de grenouilles, etc.

i Les principes amers du pissenlit font sur les tissus vivants une impression tonique: les effets immédiats qui suivent l’usage de cette plante attestent qu’elle développe le ton , l’énergie des organes. La tisane ou 1 extrait de pissenlit excite l’appétit , imprime aux forces gastriques plus d’activité : ce produit est sur- ' tout marqué quand ces forces sont actuellement languissantes. On a vu les composés pharmaceutiques de I ce végétal , et surtout l’extrait pris à une dose élevée,

I donner lieu à des déjections alvines : ces agents , par 1 leur action directe sur la surface gastro-intestinale.

,, des médicaments

ITOublaionl les monvcmeiits nalurcU des miesun». Dansd'aulres cos, le pUsenlil 0 occosioné un accidenl opposé ; il a resserré le reiilre , amené la censlipalion.

Ces résullals divers dépendenl de la disposl.ion ou se irouvenl les voies digeslives , lorsque ces Ioniques viennent les soiimellre II leur puissance. Parlerons-nous de 1. venu diurétique que l'on accorde à celte plante, lorsque nous savons qu’un écoulement plus abondant li’ur’ne est un syiiiptôme Insidieux auquel 1 eau, q sert de véhicule aux principes actifs d’un médicament, peut donner lieu , sans que ces principes euv-nemes y oient contribué par une inlluence particulière sur -

""sfle pissenlit a obtenu une grande réputation en Ihéropeiitique, c’est surtout porccquon I a cru capable de tendre les humeurs plus fluides , lorsqu e es avaientpris unedensilémorbide , decornger 1 épaissnment du sang , auquel on attribuait un grand nom-

rrr.le maladies. On cite en faveur de celte propri«

é„ pissenlit une observation qui parait a expérimenté que des personnes dont le sang

la veine , était couenneux .ayant pris trol è quatre onces du suc de cette plante , avaient, au bout de deux à trois mois , un sang plus fluide , et !°rne se couvrait point d’une croûte inflammatoire, llme ai, paravent. Ce cliangementdansl. constitution

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TONIQOES.

c’est au commencement do l’été que , vu de nouveau, il a paru liquéfié. Or , Ramazzini nous apprend que l’influence de la saison seule produit ce changement, cette modification, surtout dans les habitants des campagnes. Tous ceux dont les veines contiennent au printemps un liquide épîiis et glutineux , ont, à l’entrée de l’été, un sang plus rouge , et qui a perdu de sa densité. De agricolar- morbis.

La concession faite au pissenlit , d’une vertu propre à diminuer la consistance des humeurs, conduisait h regarder les médicaments qui en sont formés comme des remèdes fondants qui devaient être très efficaces contre les engorgements , les obstructions des viscères. Mais les altérations organiques que l’on connaît sous ces noms ne dépendent pas d’un épaississement du sang ; le plus souvent elles sont le produit éloigné d’une irritation méconnue, d’une phlogose sourde et latente, qui a long-temps fatigué des organes, qui, en viciant leur mode de nutrition, a modifié, déformé les tissus qui les constituaient , et qui a fini par changer totalement leur nature. Les propriétés du pissenlit sont alors impuissantes; les molécules de cette plante ne pénètrent même plus dans les parties malades ; c’était le développement de ces lésions qu’il fallait prévenir.

Le pissenlit est recommandé avec instance contre les jaunisses, les vices de sécrétion de la bile, les tuméfactions, les endurcissements du foie, etc. On donne alors l’extrait à la dose d’un demi-gros, répétée deux fois et plus le jour, ou le suc dépuré, dont on prend quatre onces le matin et le soir, etc. Lorsqu’il

DES MÉDICAMENTS

n’existe point actuellement d’ardeur, de sensibilité dans les voies digestives ni dans la région du foie ; qu’au contraire on remarque un défaut de ton , d’aptivité , dans l’appareil hépatique , ces moyens sont indiqués ; mais il ne faut pas pour cela supposer que cette plante ait la faculté spéciale d’agir sur le foie. Nous ne croirons pas plus à sa vertu dépurative. Son utilité dans les maladies de la peau, que nous ne contesterons pas . peut se concevoir par son influence tonique sur le système cutané, et par l’exercice plus régulier et plus actif qu’elle donne aux fonctions nutritives. Le pissenlit a été jugé convenable dans quelques hydropisies. Des praticiens le recommandent dans une foule de maladies ; toujours c’est l’action tonique de cette production végétale qui est la cause des avantages que l’on a obtenus; et il ne faut pas y supposer des vertus distinctes pour chaque espèce de bien qu’elle procure.

Bien des personnes ordonnent , dans le début des fièvres et des phlegmasies, la tisane de pissenlit et celle de chicorée sauvage , comme un remède délayant et rafraîchissant. Il est constant que la force tonique de ces plantes ne serait pas propre à diminuer la consistance du sang , à faire baisser la chaleur fébrile : son exercice sur les tissus organiques produirait plutôt dans ce cas des eflets opposés. Mais on fait ces boissons très légères ; elles contiennent si peu de principes actifs que l’on ne peut même plus décider si leur usage détermine quelque modification dans les organes ; alors l’exercice de la propriété tonique de ces plantes sur l’économie animale est devenu insignifiant: la tisane

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de pissenlit , comme celle de chicorée sauvage , n’agit plus que par sdn véhicule : c’est , comme ou lo dit , une boisson aqueuse.

Famille des simaroubdes.

Quassia , quassiœlignum; quassia amaba , L. Arbre de moyenne grandeur qui croit spontanément à Surinam, et qui, en 1772 , a été porté h Cayenne, où il s’est multiplié. Le quassia se plaît au bord des fleuves et dans les terrains humides. Son nom vient de celui d’un nègre appelé Quassi , qui fit connaître les bons cll’ets que l’emploi de ce végétal procurait dans les fièvres de mauvais caractère. Ces fièvres sont très répandues à Surinam, pays humide et malsain; elles y deviennent souvent d’une violence extrême. Le traitement par le quassia a produit des succès .signalés. On se sert de la racine et de l’écorce de cet arbre. On doit choisir les racines qui sont d’une moyenne grosseur ; les plus volumineuses contiennent moins de matériaux actifs. Le bois de quassia que l’on trouve dans le commerce, en bûches assez grosses, est la partie de cet arbre la moins riche en principes médicinaux , la moins convenable pour les usages thérapeutiques. Ce bois est blanc, léger; il se pulvérise diflîcilement.

Le quassia est inodore , mais toutes les parties de cet arbre, la racine, le corps ligneux, l’écorco, les feuilles , les fleurs , les fruits , sont remplis de principes amers. Ces principes y paraissent concentrés et très actifs; ce qui donne au (juassia une amertume d’une intensité qui a été remarquée par tous les observa-

g^g des médicaments

teins. On est également frappé de la durée et de la force de celle sensalion ; il suffit que lar langue touche le quassia pour qu’elle se perçoive ; la plus petite parcelle, mise dans la bouche , la produit d’une manière marquée. Une partie de la racine du quassia communique une qualité amère à cent parties d’eau , de vin ou d’un autre véhicule. Ce n’est pas seulement 1 énergie ou la permanence de la sensation que nous devions ici signaler J nous devons de plus noter la pureté de l’amertumé, qui, dans le quassia. est dépouillée de toute âcrelé, de toute impression stypliquc. Cette amertume n’est point désagréable ; le quassia ne fait point d’impression fâcheuse sur l’estomac ; il ne cause jamais de nausées.

Cette production médicinale ne contient que des principes amers; elle ne recèle ni acide gallique , ni tannin. Thomson a soumis à l’analyse chimique 1 infusion du quassia : il a vu que l’eau , en se chargeant des matériaux de cette substance , prenait une couleur citrine; qu’en évaporant le liquide, il restait une matière jaune brunâtre qui conservait un certain degré de transparence , et qui ne lardait pas à devenir cassante. Thomson considère cette matière comme le principe amer obtenu dans un étal d’isolement. L’infusion du quassia n’éprouve aucun changement par l’addition du tartre slibié, de l’infusion de noix de galle, du sulfate de fer, et de la gélatine animale : l’acétate de plomb produit un précipité blanc très abondant. Les principes de cette substance s’unissent facilement à l’eau; l’intervention de la chaleur est au moins supcrlluo’, et les infusions de quassia sont aussi amères

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et aussi chargées que les décoctions. L eau distillée de quassia a do l’amertume ; cette substance contient sans doute un peu d’huile volatile qui s’élève dans la distillation. Le quassia cède ses principes actifs au vin et à l’alcohol ; sa teinture est très usitée à Surinam. On fuit un extrait de celte racine , que l’on ordonne , sous forme de pilules , aux personnes qui ont de la répugnance pour les autres préparations h cause de leur saveur. On se sert rarement de la poudre de cette matière. Dans ces derniers temps, on a imaginé de construire des verres ou gobelets en bois de quassia , dans lesquels on laisse séjourner, pendant quelques instants , de l’eau ou du vin que 1 on avale ensuite avec les matériaux amers que le liquide a dissous.

On a observé avec assez d’attention les efiets physiologiques du quassia. Leur nature prouve que cette substance met en jeu sur les organes une propriété tonique. Les médicaments que fournit le quassia ouvrent l’appétit, développent les forces gastriques, favorisent la digestion. Ordinairement ceux qui commencent h s’en servir s’aperçoivent qu’ils mangent davantage , et que la faim renaît plus tôt qu’elle n’avait coutume de faire. On a remarqué que le quassia, même à haute dose, ne précipitait pas le cours du sang, ne rendait pas le pouls plus fréquent, n’élevait pas la chaleur animale (Bergius^ Mat. med. ; Murray, Mpp. med.); mais ces attributs ne doivent pas faire partie des changements organiques que provoquent les agents toniques; au contraire, ils caractérisent la médication excitante. Le quassia fortifie les tissus vivants , il anime l’énergie, actuelle des appareils organiques ; mais ij

n’accélère pas leurs mouvements , il ne fait pas prendre aux fonctions un mode d’exercice plus rapide. 11 est digne d’attention que la substance médicinale dont nous observons la puissance ne trouble pas l’action naturelle du canal alimentaire ; elle n’est pas , comme un grand nombre d’autres amers , sujette à occasioner des déjections alvines , à provoquer des nausées , ou même le vomissement, quand on commence à s’en servir. J’ai vu quelques femmes, douées d’une extrême susceptibilité , éprouver, après avoir pris l’infusion aqueuse de quassia , des contractions involontaires des muscles , des mouvements brusques des bras et des jambes. Ces effets sont-ils dus à l’impression qu’un des principes de cette substance porte sur les nerfs de la surface gastrique et sur le prolongement rachidien ?

Le caractère de la puissance médicinale du quassia indique qu’il sera une ressource thérapeutique efficace dans les vices de la fonction digestive qui dépendront du relâchement , de la faiblesse , des organes chargés de l’opérer: la perte de l’appétit, des pesanteurs après les repas, des flatuosités intestinales, des déjections trop précipitées ou trop tardives , etc. On donne , un peu avant chaque repas , une petite dose de cette substance tonique, comme deux cuillerées de son infusion , une cuillerée du vin chargé de ses principes , une cuillerée h café de sa teinture, quatre grains de son extrait, etc.; ces agents réveillent la tonicité de l’estomac , ils font renaître sa vigueur organique , au moment où la nourriture vient provoquer son action. Ces composés soutiennent de plus cette vigueur pendant le temps que dure l’élaboration des

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aliments ot leur conversion en chyle. On conseille le qiinssia dans quelques vomissements spasmodiques ; il est évident que s’il existait de l’irritation dans les voies alimentaires cette substance médicinale deviendrait nuisible.

On vante l’emploi du quassia dans la goutte. En soutenant le ton des organes gastriques , cette substance rendra quelques services aux personnes attaquées de cette maladie. Si l’usage des amers en général est favorable aux goutteux, le quassia , qui est un amer pur, ami des organes, pourrait réclamer la préférence sur les autres. On cite des succès obtenus de l’emploi de cette substance dans la leucorrhée: sa force tonique a pu modifier l’état morbide de la membrane muqueuse vaginale et tarir une excrétion que cet état entretenait. Quand la leucorrhée dépend d’une irritation de cette membrane . le succès du quassia n’est plus aussi sûr. On a trouvé dans cette production un bon vermifuge.

Le quassia a signalé §on efficacité contre les fièvres intermittentes. La nature de sa propriété , l’énergie de son action sur le corps vivant, sont de sûrs garants que le praticien qui dirigera avec habileté la puissance de ce remède en sera satisfait. Si l’on a l’intention de suspendre tout-à-coup le cours de la fièvre, il faut administrer les composés du quassia à hautes doses; on

I les donnera à petites doses , que l’on répétera tous les^

II jours , si l’on veut seulement diminuer l’intensité des

|i accès et les anéantir peu à peu. Les propriétés de cette

I substance ont été si bien reconnues en Amérique que

II tous les praticiens la substituent au quinquina dans le

25s DES MÉDICAMENTS

Irailemcnt des fièvres intermillenles. Us donnent le qiiassia en décoction ou en infusion. (Rob. Thomas, Méd. pratiq. , trad. de M. Cloquet, tom. i , p. 23. )

On ne s’est pas contenté d’employer cette production médicinale comme un secours thérapeutique; on a voulu de plus faire servir sa puissance tonique à la conservation de la santé. On a conseillé 1 infusion ou le vin de quassia , comme moyen hygiénique , aux personnes qui mènent une vie sédentaire, aux hommes de cabinet, etc., pour combattre les effets nuisibles du repos , et pour conserver à tous les organes une énergie que l’inaction tend sans ces.se à leur enlever.

Simarodba; qdassia simarbba, L. ; f. simardba GUVANNENSis. Arbre très élevé, qui habite les lieux sablonneux à Cayenne, à la Guiane. à la Jamaïque. On se sert en médecine de l’écorce , que l’on nous apporte en lanières, roulées ou repliées sur elles-mêmes, souvent longues de plusieurs pieds. Cette écorce est légère , blanchâtre ; elle offre une texture fibreuse , solide; elle se réduit avec peine en poudre. En quittant la plante fraîche , cette écorce laisse couler un suc laiteux : celle de la racine contient plus de principes que celle de la tige ou des branches; elle est. aussi plus estimée pour les usages thérapeutiques.

Le simarouba , remède familier dans les lieux où on i le récolte, n’a été connu en Europe qu’en lyiS; il doit son crédit aux succès qu’on lui a attribués dansle traitement des épidémies de dysenteries qui ont régné à Paris en 1718 et en 1723. L’ipécacuanha ne réussissait pas dans ces maladies meurtrières; le simacouba se montra plus favorable : il n’en fallut pas da-

TONJQDE#.

vantage pour élever tout d’un coup la répulalion de ce nouveau moyen médicinal , et pour lui faire concéder des propriétés merveilleuses. Une observation plus calme a dissipé le prestige, et le simarouba est venu prendre , parmi les tonicjues , une place cjue lui assigne le caractère de sa puissance , et la nature des effets immédiats que suscite son exercice sur nos organes.

Le simarouba est inodore ; mais cette production végétale se fait remarquer par une amertumo très pro noncée , à laquelle ne se mêle aucune âcreté. L’eau , le vin , l’alcohol , dépouillent le simarouba de ses principes actifs. M. Morin de Rouen a fait des recherches sur la composition chimique du simarouba : il a trouvé dans cette écorce, i”de la quassine , matière amère, entièrement soluble dans l’eau et dans l’alcohol : la dissolittion aqueuse de celte matière, n’éprouve aucun changement de la part du persulfate de fer , des nitrates de plomb et de cuivre , et du perchlorure de mercure : ce corps offre toutes les propriétés du principe amer du quassia ; 2“ une matière résineuse; 3“ une huile volatile ayant l’odeur du benjoin; 4° de l’acide malique et des traces d’acide gallique; 5° un sel ammoniacal; 6° de l’acétate de potasse; 7° du malate et de l’oxalale de chaux; 8“ de l’oxide de fer, de la silice, des sels minéraux; 9“ de l’ulmine et du ligneux. [Journal de pharmacie, lévrier 1822, p. 57. ) On donne le simarouba en poudre , à la dose de douze h vingt-quatre grains , même à celle d’un demi-gros, selon l’intensité que l’on veut donner aux ellets que celte substance produit. On en lait

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aussi une infusion , en mettant deux ou trois gros de cette écorce concassée macérer dans une livre d’eau , à une douce température. On peut s’aider de la faculté qu’a le calorique de favoriser la dissolution des principes végétaux, et faire bouillir celte substance dans l’eau. On administre les infusions et les décoctions de simarouba par petits verres , ou seulement par cuillerées , selon l’indication que l’on veut remplir.

Le simarouba exerce évidemment une action tonique sur nos organes ; il réveille leur contractilité fibrillaire , et affermit leur tissu. Le changement organique auquel il donne lieu est surtout sensible lorsqu’on suit ses progrès, et que l’on observe son caractère sur une surface'" relâchée, sur des appareils organiques dont la vitalité a éprouvé un décroissement. Lorsque l’on prend une forte dose de poudre de simarouba, ou que l’on se sert d’une infusion ou d’une décoction très chargée des matériaux de celte écorce, il arrive souvent qu’elle fait sur la surface gastrique une impression pénible , et qu’elle est rejetée par le vomissement. C’est pour avoir observé cet effet, qu’une susceptibilité particulière de l’estomac peut, dans certaines maladies, rendre plus fréquent, que Desbois de Rochefort s’est cru autorisé à mettre, dans sa Matière médicale, le simarouba au nombre dés agents émétiques. Mais une substance qui provoque le vomissement n’est pas pour cela douée d’une propriété émétique; celle-ci provoque une série de changements physiologiques qui sont essentiels à son opération , et qu’on ne voit pas naître après remploi du simarouba.

Les avantages que la- thérapeutique retirera du

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simarouba, découleront toujours d’une seule et meme source , de la faculté Ionique qu’il possède. Cherchons à justifier, par l’exercice de celle facullé, la célébrité dont cette écorce jouit dans le traitement de la dysenterie. Les praticiens qui préconisent ses qualités curatives, défendent son emploi dans le début et dans la vigueur de la maladie. Ils la proscrivent s’il existe une diathèse inflammatoire , si le malade éprouve de fortes coliques , si le sang vif et abondant des déjections annonce que l’irritation des voies intestinales est très intense. Ils ne commencent à employer le simarouba que quand la dysenterie est h sa fin et qu’elle traîne en longueur, surtout quand le ténesme et la chaleur commencent à diminuer, quand les selles s’épaississent et deviennent moins fréquentes.

Ces conditions éclairent suffisamment le pharmacologiste sur les succès qu’a procurés cette substance médicinale dans les irritations , les phlogoses intestinales. Si la membrane muqueuse qui tapisse l’intérieur des voies alimentaires est seule dans un état morbide, l’impression tonique du simarouba lui donne lout-à-coup un autre mode de vitalité , de sécrétion , d’action. Ce qu’il reste de phlogose sur celte membrane suffit pour entretenir les accidents dysentériques ; mais ce travail inflammatoire n est plus de nature à pouvoir être ranimé par le contact du simarouba. C’est alors que l’on voit le changement organique que celle écorce suscite , déterminer le retour de cette membrane à sa condition première ou physiologique. Sous l’influence de cet agent , les capillaires se resserrent sur eux-mêmes ; le sang qu ils contiennent rentre dans les gros vais-

DliS MÉDICAMENTS

seaux; les ulcéralioiis tle celte membrane se cicalrisenl, el la source des sécrétions et des exhalations morbides ^ qui affluaient dans le canal alimentaire se tant. ^

N’oublions pas que , dans leurs phlegmasies , les j ^ membranes muqueuses ne repoussent pas toujours . l’application des substances toniques , excitantes ou ir- ^ ritantes, comme les phlegmasies qui occupent les membranes séreuses ou le parenchyme des viscères. Quand l’inflammation est superficielle , quand elle n al- ^ taque pas les tissus qui sont sous la membrane muqueuse , quand le travail inflammatoire n’a pas causé de dégénérescence dans les oi'ganes malades , le contact d’un tonique , ou même d’un irritant , arrête souvent les progrès du mal, peut même rétablir les parties affectées dans leur condition physiologique. Tous les jours on guérit des ophlhalmies par des topiques irritants. On voit les ulcérations des gencives et de l’iulérieur de la bouche se cicatriser promptement , dès que l’on applique sur elles des amers stypÜques , le quinquina , etc. Le tartre stibié a souvent dissipé des irritations gastriques qu’il semblait devoir exaspérer. Avouons toutefois que celle thérapeutique hardie ne peut être confiée qu’à un praticien sage et prudent , qui suivra les progrès de la médication et s’assurera qu’elle n’aggrave pas le mal, au lieu de le guérir. Les auteurs qui ont employé avec succès le simarouba dans la dysenterie préviennent que si les premières doses de cette substance ne soulagent pas , il serait dangereux d’.nsister plus long-temps sur son usige. On conçoit que si l’impression de cet agent tonique sur la surface ma ade n’amène pas tout d’abord un changement favorable,.

TONIQUES. 207

i la môme agression, trop de fois répétée, deviendrait nuisible. On administre dans cette maladie douze à quinze grains de simarouba en poudre, ou deux cuil- Jeréos de I infusion ou de la décoction de cette écorce, ■de trois heures en trois heures. On donne en lavement ces derniers composés , lorsqu’on veut agir principalement sur la surface des gros intestins.

On s’est servi avec succès du simarouba dans les flux séreux des autres surfaces muqueuses, dans quelques gonorrhées, dans les toux humides avec une cxsectoralion abondante de mucosités , dans les leucor- ‘hées, etc. La faculté tonique de cette substance est •oujours la cause des succès qu’elle procure : l’opéra- •lon de ses molécules, que le sang porte sur le lieu maade, en fournit l’explication.

On parle de l’efficacité du simarouba dans les >rtes utérines : si cette écorce, introduite dans les mes digestives , a réellement contribué à modérer, à uspendre l’écoulement immodéré des règles c’est m

^veloppant la tonicité de l’utérus,endéterminant.m

bsserrement de son tissu , soit que cet effet procédât ^ 1 impression directe que les molécules du simarouba •orient sur cet organe , après leur absorption . ou qu’il ce que I action styplique de celte substance sur

vres inlcrmillenles. Le léinoigna-e

tol.»e„a.cu„

fftiste qu il pouvait avec confi-m/...

^ t «vec coniiance y avoir recours

.J 58 médicaments

dans CCS maladies. On a enfin mis en usage, avec succès , le simai'ouba dans les affeclions vermineuses.

Famille naiurellc des nibiacécs.

Celle famille nalurelle se dislingue , en botanique . par l’importance des végétaux quelle renferme et par la diversité des usages auxquels nous les faisons servir. Les plantes qui nous donnent le café , l’ipécacuanha , le quinquina et la gomme kino , se trouvent rapprochées dans celle famille. La classe des toniques réclame ces deux dernières substances.

Quinquina. Cortex peruvianus. On donne ce nom aux écorces de plusieurs espèces d’arbres dont les botanistes ont formé le genre Cinchona.

Histoire naturelle du quinquina.

Les arbres qui fournissent le quinquina sont ordinairement de moyenne grandeur, ils ont leurs branches et leurs feuilles opposées , celles-ci sont entières; leurs fleurs sont en panicules terminaux dans la plupart des espèces. Ces arbres croissent dans les immenses forêts des Andes de l’Amérique méridionale. Us sont surtout abondants dans la province de Quito. On les retrouve aussi aux environs de Santa-Fé. On a retiré une si grande quantité de quinquina du Pérou . depuis près de deux cents ans , et on a pris si peu de soins de la conservation et de la propagation des arbres auxquels on enlevait celle écorce , qu’ils y sont devenus rares. On vient d’annoncer, dans le Journal de pharmac«. <iue les racines de ployées conrnie remèdes, el que leurs piopri

TONIQUES. aSg

paru supérieures à celles des écorces do ces mêmes végétaux.

Il paraît que c’est en i636 que les Espagnols commencèrent à connaître l’efficacité du quinquina dans les fièvres. Un Indien en fit prendre à un militaire , qui obtint une prompte guérison. Mais une circonstance particulière vint en i638 donner à ce nouveau remède une grande célébrité. L’épouse du comte Del Chiuchon ou Ginchon , vice-roi du Pérou, était atteinte d’une fièvre tierce qui résistait à tous les moyens et qui la mettait dans un danger pressant. Le quinquina fut proposé , et son usage fil promptement cesser une maladie que les autres secours de la pharmacie n’avaient pu vaincre. Cette guérison fit un grand bruit, et mit en vogue ce fébrifuge. On apporta le quinquina’ en Espagne en 1640: les jésuites de Rome le firent connaître en Italie en 1649 •'••seU avalent reçu une grande quantité d’Amérique et le distribuaient en poudre

sous le nom de poudre des jésuites. En 1679. Louis XIV acheta le secret de ce remède d’un chevalier an-lais nommé Talbot; c’est depuis la publication de ce'" secret, en 1682 , que l’on a reçu en France des écorces de quinquina , et que celte production est devenue un objet de commerce. Comme tout ce qui est nouveau , le qumquma trouva des sectateurs enthousiastes et des ennemis aveugles ou prévenns. Les esprits sages consultèrent l’expérience clinique, et la cause du quinquina lut gagnée. Les débats eussent été moins Ionet surtout moins scandaleux, si l’on avait soumis ce moyen médicinal à une sorte d’enquête pharmacolog-que. en constatant d’abord le caractère de sa puis-

2ÜO UKS MÉDICAMENTS

sance.cn éludianlles eflcls immédiats que son exercice fait naître dans l’élal actuel des organes : cel examen préliminaire aurait conduit h bien régler l’administration de celle écorce; il aurait surtout fourni des données sûres , pour décider si elle pouvait produire les guérisons qu’on lui attribuait , ou occasioncr les acci dents dont on l’accusait.

On distingue plusieurs sortes de quinquina : nous nous contenterons ici de citer les suivantes, auxquelles on donne en pharmacie le litre d’officinales.

1® Le quinquina gris de Loxa. Fourni par le cincnoNA coNDAMiNEA, Humboldt et Bonpland , G. ofei- CINAUS. L. Arbre élégant, rempli d’un suc propre jaunâtre, qui découle aussitôt que l’on fait une incision à son écorce. Il croît près de Loxa. Ce quinquina est en écorces minces , compactes , bien roulées ; leur surface extérieure est lisse ou peu raboteuse , marquée de petites crevasses transversales, d’uu brun rouge foncé; leur surface interne est lisse, d’un rouge pâle. Ces écorces ont une amertume; mêlée d’une stypticité très prononcée : elles ont une odeur faible.

2“ Le QUINQUINA Orangé, Celui-ci provient du C. LANCiroLiA. Mulis. Il est pesant, compacte , dur, roulé en tubes plus gros et plus épais. Les écorces ont leur surface externe plus raboteuse, plus chagrinée; les fentes circulaires plus profondes. Au-dessous de l’épiderme grisâtre qui les recouvre , elles ont une couleur brune-rougeâtre; la poudre est orangée-pâle. Ce quinquina est fortement amer, mais peu slyplique : il a une odeur aromatique agréable. 11 recèle des principes qui stimulent les tissus vivants; aussi, parmi les

ÏONIQUIiS.

aGi

cfTels organiques qu’il (ail naîlro, on remarqué l’accéicralion du pouls , le développement de la chaleur animale , qui sont dos produits d’une faculté excitante. L’existence de cette faculté, dans le quinquina orangé, doit être notée avec soin par le thérapeutiste.

3° Le QUINQUINA y««7ie ou calisaya. G. cordifoi.ia. Mutis. Écorce compacte en tubes et eu gros morceaux peu roulés, d’un jaune pâle à l’intérieur, recouverte d’un épiderme fin , grisâtre, très adhérent. Sa poudre est plus pâle que celle du précédent , d’une amertume considérable, dépourvue d’arôme sensible; le sens du goût y découvre peu de stypticité. Ce quinquina ne paraît contenir que des principes amers. Il a une propriété seulement tonique : il n’exerce sur les or. ganes aucune impression qui puisse les stimuler. Les médecins anglais font beaucoup de cas de ce quinquina ; ils le regardent comme plus énergique, dans les fièvres, que les autres sortes. Ils estiment que sa vertu fébrifuge a une force double de celle du quinquina ordinaire : au moins cette écorce non aromatique devra être préférée, quand on aura lieu de redouter toute espèce d’influence excitante.

4” Le QUINQUINA rouge. Il se tire du G. oblongi- FOLiA. Mutis. Cet arbre , un dos plus grands du genre cincliona, porte des feuilles qui ont depuis un pied et demi jusqu’à deux de longueur. Ses fleurs blanches exhalent une odeur agréable que l’on compare li celle de 1 oranger. Son écorce sèche présente une couleur rouge foncée : elle a une saveur moins amèro que les précédentes, mais elle est remarquable par une grande stypticité; elle est inodore. Ce quinquina a tme

a6a DES MÉDICAMENTS

force tonique très puissante; on le recherclie, surtout quand on veut fortifier l’appareil digestif, suspendre des évacuations qui tiennent à l’inertie de son action naturelle, etc.

5“ Le QUINQUINA blanc. Il appartient au G. ovali- FOLiA. Mutis, Cet arbre croît dans le royaume de Santa-Fé. Les écorces qui en proviennent sont d’une couleur blanchâtre , minces et dures : elles ont une amertume nauséabonde , mêlée d’une saveur acerbe bien légère. Ce quinquina est tout-à-fait inodore.

Au Pérou , un directeur était chargé de soigner la récolte du quinquina , et de diriger cette opération. Aussitôt que l’écorce est détachée du tronc d’un cinchona , on la transporte rapidement à l’air libre, on l’expose au soleil brûlant de ce climat. Cette brusque dessiccation est nécessaire pour conserver au quinquina toutes ses qualités naturelles. Exposée à l’humidité, cette substance éprouve promptement une fermentation intestine , qui détériore ses principes médicinaux. (Bonpland, dcpliarm. , tom. I.) Toutes les écorces

que l’on récolte au Pérou et à Santa-Fé sont d abord mises ensemble ; c’est alors que l’on s’occupe de les assortir , pour les livrer au commerce. Cç sont toujours les différences extérieures que présenlent..ces écorces , et les impressions qu’elles font sur les organes des sens , que l’on consulte pour opérer ce choix. On examine leur forme physique , leur largeur , leur épaisseur , leur pesanteur, leur roulage , l’état de leur épiderme , 1 aspect de leur tissu, leur texture , leur solidité, leur ténacité. On s’attache aussi à leurs qualités sensibles, à leur couleur , à la force de leur amertume , au de-

TONIQtES.

gré de styplicilé qui l’accompagne, à l’odeur quelles exhalent, etc.

Il n’est pas toujours facile d’assigner à quelles espèces botaniques de cinchona appartiennent les écorces que l’on trouve dans les pharmacies sous le nom commun de quinquina. Il règne dans la détermination des noms qu’oD leur donne un arbitraire incontestable. Nous savons que l’âge peut établir une grande dissemblance entre les écorces du même arbre : celles des jeunes raineatix ne ressemblent pas à celles du tronc. La saison dans laquelle on les recueille produit des variations très sensibles entre elles. Les soins de dessiccation et de conservation dont elles sont l’objet exercent une inlluence remarquable sur leurs qualités physiques. N’est-il pas probable que souvent on sépare, comme distinctes , des écorces qui proviennent des mêmes espèces.de cinchona , pendant que l’on en confond d’autres qui tirent leur origine d’espèces dilTé rentes ? Ceux qui désireront des détails plus étendus sur la substance médicinale qui nous occupe consul teront le Traité des fièvres intermittentes de M. Alibert, les savantes Recherches de M. Laubert sur lé quinquina , consignées dans le deuxième volume du Journal de médecine militaire, i8i6; le Mémoire que M. Virey a inséré dans le Journal de pharmacie , sur le même sujet; et l’Histoire abrégée des drogues sirn pies par M. Guibourt, tora. I, p. 35o.

Analyse chimique du quinquina.

Les chimistes se sont beaucoup occupés du quinquina. Leurs travaux sur cette écorce ont même conlri-

264 MÏîDICAMnNTS

Lu6 aux progrès de l’analyse végétale. D’abord, ils sc contentaient de reconnaître dhns celte production , à l’aide de réactifs convenables , les principes qu’elle contenait. Mais ils ont poussé plus loin leurs jvrétentions : ils ont voulu obtenir pur et isolé chacun des matériaux qui entrent dans la constitution intime du quinquina, soumettre ces matériaux à un examen spécial , signaler leurs qualités distinctives, etc. Tel a été le but des recherches de Bucquet, Cornette, Saunders , Schol, Fourcroy , etc.; de MM. Seguin, Yauquelin, Deschamps le jeune, Reuss, Gomès de Lisbonne, PfalT, Laubert,etc.

M. Vauquelln a trouvé dans l’écorce péruvienne du ligneux , du mucilage , un acide propre qui s’y trouve en combinaison avec la chaux , et que l’on nomme acide kinique , une matière brune , soluble dans l’eau , et une matière résiniforme. Celte dernière ne paraît pas identique dans toutes les espèces de quinquina. Elle est très amère, peu soluble dans l’eau froide, elle s’unit très bien à l’eau chaude. L’alcohol s’en empare avec avidité. C’est par ces matières, brune et résiniforme , que sont produits les précipités que le tartre stibié, la noix do galle et la gélatine occasionent dans les infusions de quinquina. M. Vauquelin pense que plus elles sont abondantes dans une écorce, plus l’énergie médicamenteuse de celle-ci est développée. Aussi donne-t-il comme mesure propre à indiquer la bonté d’un quinquina, l’abondance de précipité que l’on obtient eu versant dans une infusion a(|ueuse de l’écorce que l’on veut éprouver les réactifs dont nous venons de parler.

TONIQUES

M. Plaff, professeur h Kiel , a soumis la matière. résiniforme h un examen approfondi. Ses rcclierches lui ont prouvé d’abord que ce n’était pas un principe simple ; elles l’ont conduit à la regarder comme un composé dont les parties, également solubles dans l’eau et dans l’alcohol, ne pouvaient être isolées par ce moyen. Il pense que la substance qui précipite l’infusion de noix de galle est la véritable cause de l’amertume du quinquina; que la matière qui forme un précipité avec la gélatine animale dilïère touf-à-fait de ce principe amer, qu’elle appartient ü cette modification de tannin qui colore en vert les dissolutions de fer, et qui existe dans quelques mauvaises espèces de quinquina sans le principe amer. Journal de pharmacie , i8i5.

M. Reuss, professeur de chimie 5 l’université de Moscou , a continué les recherches des savants qui l’avaient précédé. Il a trouvé dans cette substance un principe qu’il nomme amer cinchonique, et dont les caractères sont : une saveur amère, sa solubilité dans 1 eau et dans l’alcohol , la couleur verte qu’il donne aux sels ferrugineux , le précipité qu’il dépose avec la noix de galle. Il a également distingué dans les matériaux du quinquina la substance qu’il désigne par le' titre de rouge cinchonique , et qu’il caractérise par son insipidité , sa couleur rouge , sa grande solubilité dans 1 alcohol , son peu d’afilnité pour l’eau , son altérabilité par I oxygène, son uniyn constante avec l’amer cinchonique.

lin soumettant tout récemment à une analyse raisonnée le quinquina de Luxa, M. Laubert a déco'uvert

Dns MÉDICAMENTS

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1° une matière verte , de nature résineuse, qui a quelques unes des propriétés des huiles essentielles ; a“ une matière jaune amère, soluble dans l’eau et dans l’alcohol, insoluble dans l’éther; 3“ une résine blanche cristalline; 4° un principe colorant , d’un rouge brun , sans amertume , mais styptique ; 5° un peu de gomme ; G° de la fécule; 7® un acide libre; 8® du cinchonate de chaux. Ce savant pensait que les matériaux du quinquina n’étaient pas encore bien déterminés. Nous désirion's avec lui que les progrès de la chimie végétale appliqués à l’analyse du quinquina nous fissent mieux connaître chacun des principes qui constituent cette écorce.

Nos désirs s’accomplissaient alors que nous les formions dans la première édition de cet ouvrage. M. Cornés de Lisbonne avait signalé dans le quinquina l existence d’un principe particulier , blanc , cristallisable , qu’il avait nommé cinchonin. MM. Pelletier et Caventou pensèrent que ce principe pouvait bien être un alcali végétal. Ils firent l’extraction de celte nouvelle substance , et la soumirent à une série d’essais. Leurs recherches ont éclairé l’histoire chimique du quinquina , et enrichi la matière médicale de plusieurs agents nouveaux. Les succès qu’ils viennent d olilenir doivent avoir une grande influence sur le sort futur de la science des médicaments : chacun verra les avantages que la chimie végétale procure è la médecine; les analyses des productions médicamenteuses se multiplieront; la pharmacologie les fera servir d appui à sa doctrine.

M.M. Pelletier et Cavealou ont d’abord examiné le

quinquina gris { Analyse cliimu/ ue clés quinq., etc. Paris , 1821); ils en ont extrait ,

1 ° La cinchonine , substance de nature alcaline , qui dans l’écorce du Pérou est unie à l’acide kinique : c’est principalement en elle que réside le pouvoir du quinquina. Nous examinerons plus loin ce principe.

2“ Une matière grasse verte , soluble dans l’alcohol bouillant ; elle s’en précipite en partie par le refroidissement; très soluble , même à froid, dans l’éther sulfurique, ayant un peu d’âcreté. ( Laubert. )

5" Une matière colorante rouge insoluble , ou le rouge cinclionique de M. Reuss, très peu soluble dans l’eau et même dans l’étber : l’eau bouillante en dissout une petite quantité; l’alcobol , surtout chaud, en est très avide : les acides favorisent sa dissolution dans l’eau ; les alcalis décident aussi l’union du rouge cinchonique avec ce liquide , il lui communique une couleur rouge brune très intense : ce principe du quinquina paraît avoir alors subi une modification dans sa nature intime , il a des propriétés nouvelles.

4° Une matière colorante rouge soluble, ou matière tannante, qui jouit des propriétés que les chimistes accordaient au tannin. Celte matière est d’un rouge brunâtre. se dissout dans l’eau et l’alcohol, a une saveur acerbe, précipite eu vert foncé les dissolutions ferrugineuses , donne avec la colle animale un dépôt abondant , etc.

5° Une matière jaune, soluble dans l’eau , l’alcohol et meme l’élhcr, sans saveur marquée, ne paraissant pas jouer un grand .rôle dans l’action du quinquina.

6® L acide kinique, découvert par M. Vauquelin.

DES MjfeDlCAMF.K'rS

Ce principe est très soluble, très acide; il n’esl point amer; il peut cristalliser. Il est combiné en partie avec la chaux.

7“ De la gomme.

8® De l’amidon.

9° Du ligneux.

MM. Pelletier et Caventou ont ensuite procédé à l’étude chimique du quinquina jaune. Ils en ont retiré:

1° Une base salifiable particulière et différente de la cinchonine du quinquina gris. Ils ont désigné celle base sous le nom de quinine : nous en traiterons à part plus loin.

2® Une matière colorante rouge Insoluble, ou le rouge cinchonique, qui a les mêmes propriétés que dans le quinquina gris.

3“ Une matière colorante rouge soluble , ou matière tannante , qui ne diffère de celle du quinquina gris que parla propriété qu’elle a de précipiter les sels de fer en bleu , au lieu de les précipiter en vert.

4° Une matière grasse , h la couleur près , en tout semblable à celle du quinquina gris.

5° Du kinate de chaux.

G® De l’amidon.

7® Du ligneux.

8® Une matière colorante jaune.

Les chimistes dont nous exposons ici les brillantes découvertes , ont voulu connaître la composition cliimique du quinquina rouge : ils ont trouvé dans cette écorce la cinchonine du quinquina gris, et la quinine du quinquina jaune. D’après leurs recherches , cequin quina se compose,

TONlQUJiS.

De ciiichonine unie à l’acide kiuique De quinine unie au même acide ,

De rouge einclionique ,

De matière colorante rouge soluble , ou tannin ,

De matière grasse ,

De matière colorante jaune ,

De kinate de chaux ,

D’amidon ,

De ligneux.

Nous remarquerons de plus que la base saliflable est moins abondante dans le quinquina gris que dans le quinquina jaune , puisque l’on n’a retiré du premier que deux grammes de cinclionine par kilogramme d’écorce, pendant que le quinquina jaune donne neuf grammes de quinine. Le quinquina rouge réunit les deux bases salifiables en quantités bien supérieures à celles que nous venons d’indiquer , puisque d’un kilogramme de quinquina rouge on a retiré huit grammes de cinclionine , quantité quadruple de celle que recèle le quinquina gris , et dix-sept grammes de quinine, c’està-dire presque le double de ce que fournit le quinquina jaune. Le rouge cinchonique existe aussi en plus grande abondance dans le quinquina rouge que dans les autres : c’estle quinquina gris qui en contient le moins. La matière tannante est pour une proportion plus petite dans la constitution du quinquina jaune que dans celle des quinquina gris et rouge. La gomme ne se trouve que dans le quinquina gris.

On a cherché à. déterminer quels étaient, dans les produits que la chimie relirait de l’analyse du quinquina , ceux d’où émanaient ses propriétés aelives ou

DES MÉDICAMENTS

médiciniiles. Cetto recherche doit être aussi simple que celle qui a pour objet de noter dans une formule les ingrédients d’où procèdent les vertus du composé qu’elle représente. En considérant chacun des matériaux immédiats du quinquina, il est facile de voir que le ligneux, la fécule et le mucilage ne peuvent contribuer à la force active de cette substance. Le quinate de chaux n’est pas inactif; mais ce n’est pas de ce composé salin que nous ferons procéder les vertus de l’écorce péruvienne. Nous n’en placerons pas le siège dans la motière verte ni dans la matière jaune, qui ont peu de saveur, ni dans le rouge cinchonique, qui est insipide, très peu soluble dans les liqueurs aqueuses. Nous ne voulons pas nier la puissance que doit exercer sur les organes la matière tannante que recèle le quinquina : celle-ci joue sans doute un rôle dans l’action thérapeutique de cette écorce : toutefois il est impossible de ne pas s’adresser à la quinine et à la cinchonine , lorsque l’on veut démontrer la source du pouvoir médicinal du quinquina. Ces bases salifiables agissent fortement sur l’organe du goût; leur administration provoque, comme nous le verrons , des effets physiologiques très prononcés, très sensibles dans l’économie animale : l’expérience clinique proclame tous les jours leur efficacité. Voilà sans doute les agents de la puissance du quinquina , les principes dépositaires de sa force médicinale. Nous rappellerons ici que M. le docteur Chomel a administré à la dose de deux onces les matières résineuse et ligneuse du quinquina dépouillées de la base sali- (iable, contre une fièvre intermittente, que ces ma-

lières u’eo oui pas interrompu les accès , et que le sulfate de quinine, employé seul ensuite, a immédiatement suspendu celle lièvre. Traité des fièvres, page 3o2.

Préparations pharmaceutiques que Pou fait avec le quinquina.

On administre le quinquina sous une foule de formes pharmaceutiques distinctes. On en fait un grand nombre de préparations dissemblables. On le donne en poudre , en élecluaire et en pilules. On charge l’eau , le vin, l’alcohol de ses principes actifs. En mettant macérer dans l’eau froide ou chaude celte écorce pendant un certain temps, on obtient une infusion; la liqueur est peu colorée, pareeque le rouge cinchonique est peu soluble dans l’eau. On rend celte infusion plus chargée , en ajoutant une petite portion de magnésie. J’emploie ordinairement une once de quinquina en poudre ou concassé finement , et un gros de magnésie , pour une livre de véhicule. Après vingtquatre heures d’infusion , la liqueur est d’un rouge brun assez foncé.

En évaporant jusqu’à siccité la macération ou l’infusion aqueuse du quinquina , on a l’extrait sec de cette écorce , ou le sel essentiel de Lagaraye. Cet extrait est un composé de kinate de chaux , de gomme , de matières colorantes , mais il contient très peu de sel cinchonique : aussi les praticiens sont-ils en défiance sur ses propriétés.

On peut faire bouillir le quinquina dans l’eau , et le donner en décoction. Cet excipient dissout alors la

DliS SliLlCAMIiKTS

cinchonine , qui, daus celle écorce , csl unie à l’acide kinique : il dissoul en même lemps le lannin , une portion do rouge ciuchonique, la matière colorante jaune, le kinale de chaux , la gomme et l’amidon : ces substances entraînent même une quantité notable de ma libre grasse. La décoction reste claire , tant que l’eau est bouillante; mais, en se rel’roidissant , ce véhicule se trouble, pareeque le tannin qui s’unit à l’amidon forme un composé insoluble dans l’eau froide. Une partie du rouge cinchouique et de la matière grasse se séparent aussi , et , en se précipitant , elles entraînent avec elles de la cinchonine. Pour diminuer cet inconvénient, et conserver à l’eau tous les principes médicinaux qu’elle enlève au quinquina par l’ébullition, il faudrait augmenter la masse du dissolvant. Si l’on évapore la décoction chargée des principes du quinquina , on obtient un extrait dont on se sert fréquemment. Cet extrait aqueux et mou contient non seulement tous les principes de l’écorce du Pérou qui sont solubles dans l’eau , mais encore plusieurs substances qui se dissolvent par l’intermède des premières à un certain degré de concentration. On a expérimenté que, dans le traitement des fièvres intermittentes, l’extrait de l’ècorce péruvienne n’avait pas l’efficacité curative de sa poudre, et l’on attribue l’infériorité du premier à la modification que les matériaux constitutifs du quinquina éprouvent- pendant sa confection. Quoi qu’il en soit , cette préparation possède une faculté tonique très développée ; et, tous les jours , elle rend b l’art de guérir des services signalés. En ajoutant b l’infusion ou b la décoction de l’écorce

TONIQUES

jiéruvienuo , une proportion siiUîsanle de sucre, on compose le sirop aqueux de quinquina.

Le vin est souvent employé comme excipient pour dépouiller la substance qui nous occupe , de ses propriétés médicinales. Levin, dans ce composé, joint à la force tonique des principes du quinquina la force stimulante qui lui est propre. Les effets organiques , comme les produits curatifs, qui suivent l’administration de cet agent pharmaceutique , dépendent d’une double source: aussi doit -on soigner la qualité du vin que 1 on choisit pour cette préparation. Les succès du vin fébrifuge , qui aujourd’hui a tant de crédit, tiennent plus qu’on ne le croit à ce qu’on s’est servi , pour le composer, d’un vin très alcoholique et très stimulant. Il paraît même que dans des vins fébrifuges qui ont joui d’un grand crédit, on ajoutait au vin une proportion assez forte d’alfcohol. En donnant, avec le sucre , de la consistance à ce vin médicinal , on a le sirop vineux de quinquina , dont les vertus sont au-dessus de celui qui est fait avec la décoction aqueuse de cette écorce.

L’alcohol a beaucoup d’affinité avec les bases salifiables du quinquina ; aussi les teintures que l’on prépare en pharmacie avec cette substance ont -elles toujours joui d’un grand crédit. L’alcohol enlève, avec la quimne et la cinchonine , les matières colorantes de 1 ecorce péruyenne, et même un peu de matière grasse;

1 ne néglige que les principes qui contribuent le moins aux qualités médicinales du quinquina , comme la gomme, l’amidon, le kinate de chaux. Les teintures de quinquina gagnent beaucoup à être préparées avec

BJ'S Ml^DICAMENTS

(le l’alcohol très fort. Ces composés ont beaucoup d’énergie : les principes de l’écorce du Pérou semblent agrandir leur aelivitéen se combinant avec cet excipient. Les teintures de quinquina réclament l’attention des praticiens, toutes les fois que 1 alcohol ne peut pas blesser les voies gastriques , ou que quelque symptôme particulier ne repousse pas sa force stimulante. En épaississant avec le sucre ces teintures, on les transforme en sirops alcoholiques ou en ratafias de quinquina : si l’on fait évaporer le véhicule de ces teintures , il reste l’extrait alcoholique de l’écorce péruvienne , dont la puissance n’est pas équivoque.

Propriétés phcirniacologicjues du quirujuina.

L’élude des propriétés de l’écorce péruvienne est sans doute la partie la plus intéressante de son histoire. Mais pour découvrit* la vérité , au milieu de tous les éloges que l’on a prodigués à celte substance , à travers les merveilles que l’on raconte de ses vertus , il faut d’abord déterminer le produit physiologique de son action première , saisir le caractère de 1 impression quelle exerce sur les tissus vivants , suivre les changements que celte impression fait éprouver aux appareils organiques, dans leur vitalité, dans leurs mouvements et dans l’exercice de leurs fonctions. Celle recherche nous montrera que cette production recèle une faculté tonique. Nous verrons que, sous son influence médicinale , le tissu des organes s’affermit, que leur énergie vitale augmente. Celte plus grande somme de vigueur se retrouve dans la manière dont tous les actes de la vie s’exécutent. L’expérience

TONIQUES

journalière ne démontre-l-elle pas que le quinquina, è petites doses, ouvre l’appétit, qu’il facilite l’opération digestive, qu’il la rend plus parfaite et plus régulière ; qu’à des doses plus élevées , ses principes pénètrent dans la masse sanguine, se répandent dans tous les organes; qu’alors le quinquina suscite des phénomènes généraux , qu’il exerce une action évidente sur l’appareil circulatoire , qu’il donne de la force au pouls, qu’il élève la température animale, etc. Los personnes qui prennent, pendant huit ou dix jours , de grandes quantités de cette substance, comme cela se pratique dans le traitement des fièvres inter- ^ miltentes, éprouvent souvent une céphalalgie intense, des saignements de nez, de l’agitation la nuit; la ligure devient plus colorée, les urines sont rouges, etc. Ajoutons que le quinquina est un moyen précieux dans les maladies produites par le relâchement, la débilité des organes. On le donne pour forlifiei' l’estomac, pour faire cesser des sueurs affaiblissantes, pour remonter les phénomènes physiologiques à la mesure d’activité qui convient à la santé. D’un autre côté , il est évidemment nuisible dans tous les cas où les forces vitales sont en excès , où il y a de la chaleur, de l’irritation , de la phlogose , etc. On sait qu’alors il exaspère le travail phlegmasique , qu’il l’étend à d’autres tissus, à d autres appareils. Ainsi , dans les fièvres , lorsque les voies digestives sont actuellement irritées ou phlogosées , le quinquina , par son impression sur la surface gastro- intestinale , cause de la soif, une ardeur intérieure, des pneumatoses intestinales, des coliques , etc. Mais bientôt après on aperçoit l’opération

miS MKUICAMEMS

(le ses molécules sur tous les lissus organiques : celle substance donne plus de vivacité au pouls , plus d’âcroté et de sécheresse à la peau ; son action sur l’appareil cérébral se décèle par les phénomènes nerveux qui apparaissent après l’administration de celle substance , du délire , des soubresauts de tendons , de l’agitation, de l’insomnie, de l’accablement, etc. On a vu souvent le quinquina faire prendre h la maladie un caractère ataxique ou adynamique. Ne retrouvons-nous pas le caractère de la force tonique dans toutes les 'circonstances où l’on met celle substance en usage, et quel que soit le résultat de son administration ?

Par son caractère, la force active du quinquina ne diffère pas de celle qui réside dans les autres productions au milieu desquelles nous la plaçons dans la classe des toniques. Mais ce qui rehausse le mérite du quinquina , ce qui lui assure une supériorité incontestable , c’feslle développement, l’énergie de sa puissance sur l’économie animale. Sous un petit volume de celte substance , il réside une faculté aclive dont l’exercice fait naître des effets organiques très marqués. Il faudrait une quantité souvent considérable de la plupart des autres matières pour opérer un changement physiologique aussi prononcé. C’est la concentration , l’étendue de la puissance tonique dans le quinquina . qui rend cette écorce si précieuse pour l’art de guérir : ce sont ces qualités qui expliquent pijurquoi le médecin obtient , avec elle , des succès que l’emploi des autres substances de la même classe ne procurerait pas.

Pris à une forte dose , le quinquina signale son ac-

TONIQUES

lion sur la surface gastro-intestinale, par le sentiment (le chaleur qu’il fait ressentir dans l’estomac. Celte impression cause souvent de l’oppression, de la pesanteur; elle jette quelquefois le trouble dans les mouvements naturels du canal alimentaire; alors il survient des nausées, des vomissements, ou des coliques et des déjections alvines. Mais ces symptômes ‘Sont accidentels; ils dépendent d’une susceptibilité trop vive, souvent morbide, de l’estomac et des intestins. L’impression tonique que le quinquina exerce sur ces derniers tend plutôt resserrer le ventre; c’est ce qui arrive ordinairement quand on s’en sert à petites doses.

Emploi thérapeutique du quinquina.

La thérapeutique a fréquemment recours au quin quina et aux nombreuses préparations que la pharmacie a su en former. Comme la force active de ces composés est très puissante et sûre dans ses effets , beaucoup de praticiens les conseillent toutes les fois qu’ils rencontrent l’indication d’employer un agent tonique. De là vient que l’on met si souvent en usage l’écorce péruvienne dans l’exercice de la médecine. De là vient qu’obtenant des succès de ce remède dans un grand nombre de maladies différentes, on a supposé qu’il recélait des propriétés curatives distinctes , que l’on dénommait par les litres de stomachique, fébrifuge, antiseptique, nervine', anliscorbutique , etc. L’obsel'vation démontre dans le quinquina une faculté qui fortifie le tissu des organes, qui réveille leur tonicité: toutes les autres vertus procèdent de celle-ci.

J)1ÎS Hi'.mCAMllNTS

On célèbre les bienfaits du quinquina dans les faiblesses d’estomac , dans les anorexies , dans les digestions pénibles , etc. : il réussit lorsque ces accidents tiennent è un état de relâchement et d’inertie de l’appareil gastrique , ou lorsqu’ils sont le produit du ramollissement ou de l’oligotrophie des tissus gastriques et intestinaux. On prend , avant les repas , de six à douze grains de poudre de cette écorce, deux cuillerées d’infusion ou de décoction , ou quatre à six grains d’extrait de la même substance. L’impression que cet agent tonique exerce sur la surface de l’estomac détermine un développement de l’énergie vitale de tous les organes qui concourent à 1 acte de la fonction digestive. Cette corroboration, s’effectuant au moment où les aliments arrivent dans la cavité gastrique . assure que la conversion de ces derniers en chyme , et la formation du chyle qui doit suivre , se feront dans un ordre régulier. Toutes les sortes do quinquina peuvent alors procurer les mêmes avantages. On conseille aussi cette substance pour arrêter les diarrhées ; on l’a opposée avec succès h celles qui avaient pour cause des ulcérations de la surface intestinale., lorsque ces dernières étaient superficielles , et qu’il n’existait pas de dégénérescence dans les tissus du canal alimentaire; alors on préférera les écorces qui ont une stypticité marquée, on demandera du quinquina gris ou du quinquina rouge.

Quand le lait n’est pas digéré, et qu’il cause la diarrhée, ne trouve-t-on pas dans le quinquina un moyen ordinairement efficace pour faire cesser ces accidents? Les personnes en santé, dont les forces di-

TONIQUES

gcblives sont affaiblies , prennent avec succès , pendant quelques jours , cette même substance , pour remonter le ton de leur estomac , ouvrir leur appétit , cl rendre leurs digestions plus laciles. foujours il ne faut pas oublier que l’on n’administre, dans ces occasions, que des petites doses de 1 écorce du Pérou, parceque l’on ne veut susciter chaque fois qu’une médication locale.

Les auteurs de matière médicale se sont beaucoup occupés de l’usage du quinquina dans les maladies fébriles, et cependant celle matière est encore livrée à d’importantes discussions. Les praticiens reconnaissaient que cette écorce devait être proscrite dans le début des maladies aiguës et dans toutes les affections fébriles, lorsque le pouls a de la vivacité et de la dureté, que la pea4 est aride, les urines ardentes , la langue rouge ou sèche , ainsi que la gorge, lorsque le malade éprouve un sentiment intérieur de chaleur, ardor viscei'um , etc. Bergius , Mat. med.

Néanmoins on conseillait fréquemment le quinquina dans les fièvres; on croyait devoir invoquer son secours toutes les fois que dans le cours de ces maladies il se manifestait de la faiblesse , et que l’on se voyait menacé de l’adynamie. L’observation , qui n’éclaire plus quand l’autorité d’une doctrine subjugue l’esprit , semblait autoriser et justifier ce mode de traitement. Un praticien laborieux (M. Broussais) appelle l’attention des médecins sur l’état des voies digestives pendant l’existence de ces affections, auxquelles on donnait le nom de lièvres essentielles. 11 annonce que la surface interne de l’estomac et des intestins est alors irritée ,

i)i;S m/!1)u;a5h:nts

phlogosée; il' l'ait observer que celle lésion est prouvée pcmlanl la vie par les symplôincs, et après la mort par l’examon des parties dont nous venons de parler. Il demande comment on peut se. décider à mettre une substance pleine de principes acerbes , slypliques , mordicanls , en contact avec des organes qui sont rouges , gonflés , plus chauds , plus sensibles. 11 avertit que celle substance augmente la soif, l’ardeur intérieure qui tourmente le malade, qu’elle cause des coliques, des déjections liquides et fétides , le gonflement douloureux de l’abdomen , un accablement plus prononcé, etc.

La doctrine pharmacologique, qui s’attache principalement aux effets immédiats des remèdes , qui trouve dans ces effets la raison de leur utilité , ne pouvait manquer d’entendre cet appel , de comprendre toute l’importance de cette découverte. S’il y a irritation ou phlogose des organes digestifs , on ne peut y porter des médicaments qui font sur les parties qu’ils touchent une impression âcre ou slyptique , sans s’exposer à exaspérer l’étal morbide de ces organes , à donner plus d’intensité au feu phlegmasique qui les détruit , h provoquer même d’une manière sympathique le développement de phlogoses nouvelles dans les autres appareils organiques. D’un autre côté , la doctrine pharmacologique ne considère pas seulement le produit de l’action locale du quinquina ; elle suit ses molécules dans toutes les parties du corps après leur absorption; elle recueille les effets de leur impression sur tous les tissus.

Dans les fièvres, les lésions sont multiples; les principaux appareils organiques du corps sont irrités ,

TONIQUES

plilogosés , dans une condition morbide. Combien les tissus du péricarde, du cœur et des canaux artériels, des poumons, de l’aracbnoïde cérébrale et spinale, du cerveau et de ses dépendances , etc , etc. , ne doivent-ils pas se trouver offensés par l’action des principes du quinquina ! Que la lésion dominante se montre dans , l’appareil circulatoire ( fièvre innanuuatoire ) , sur la surface gastrique (fièvre bilieuse) , dans l’intérieur des intestins (fièvre muqueuse), dans l’appareil cérébral (fièvres ataxiques et adynamiques ) , peu importe ; la puissance du quinquina tourmente alors tout le système animal. Combien de fois n’a-t-on pas vu celte substance rendre le pouls plus vif, plus fort, la chaleur animale plus âcre, causer du délire , de l’agitation , des soubresauts de tendons , une congestion cérébrale avec affaissement, etc. , imprimer à la maladie un caractère pernicieux qu’elle n’avait pas d’abord !

Ce que l'expérience clinique vient de découvrir, la doctrine pharmacologique l’aurait démontré , en appelant les praticiens à l’étude des effets immédiats des médicaments. Il ne pouvait échapper h personne que le quinquina, agent tonique, ne pouvait convenir dans des maladies ou tous les appareils organiques sont surexcités, plus sensibles, ont une iempérature plus élevée , une activité qui demande à être réprimée, etc. Est-il quelqu un qui puisse nier aujourd’hui que les fièvres en général se montrent plus bénignes , que celles d un mauvais caractère sont plus rares, depuis qu’on leur oppose un traitement tempérant et adoucissant, qu on pratique des évacuations sanguines, et que l’on repousse le quinquina ?

289 DES MÉDICAMENTS

Le quinquina jouit d’une célébrité qui paraît inébranlable dans le traitement des fièvres intermittentes.

11 est devenu le remède par excellence de ces sortes de maladies. Il sert de mesure pour estimer la valeur des autres moyens fébrifuges que 1 on ne manque jamais de comparer à l’écorce du Pérou. On pourrait trouver la raison de celte efficacité curative daçs 1 influence fortement tonique de celte substance , et présenter la corroboration de tous les appareils organiques, la somme de vigueur que reçoit l’économie animale au moment où l’on attend la fièvre , comme la cause qui s’oppose à sa naissance. L’observation bien constatée que , pour rendre le quinquina fébrifuge , il faut en prendre une grande quantité , qu’il faut qu’il soit en pleine action sur le malade à l’époque où l’accès doit se développer , qu’il ne fait plus que donner une nouvelle force aux accidents fébriles si l’opération du remède et la fièvre se rencontrent ensemble , donne à celle explication un degré de probabilité qu’un grand nombre de phénomènes physiologiques envieraient. Mais la pharmacologie peut ajourner celte question jusqu au moment où la pathologie aura découvert la source de la périodicité de ces fièvres. On ne concevra bien la qualité fébrifuge du quinquina que quand on saura à quoi tient le retour régulier des mêmes mouvements morbides ; pourquoi , h des distances fixes , réglées fréquemment sur la marche diurne du soleil , le corps éprouve toul-à-coup un trouble violent, qui cesse entièrement au bout de quelques heures , pour renaître encore après un espace de temps déterminé.

On suit deux procédés différents pour guérir les

TONIQUKS.

fièvres d’accès avec le quinquina. Si l’on veut en suspendre brusquement le cours, il faut donner cette substance en poudre , h la dose de deux gros , une demionce , même six gros , selon les circonstances; on divise cette quantité en prises d’un demi-gros, et on les fuit prendre délayées dans un peu de vin ou d’eau : on peut aussi en former des bols. On modifie le mode d’administration de ce remède de plusieurs manières; mais le point essentiel , c’est que la dose entière du fébrifuge soit employée dans les six , huit ou dix heures qui précèdent le moment présumé où la fièvre doit arriver. Oii met une demi-heure do distance entre chaque prise , et l’on prend ses précautions pour que la dernière soit ingérée une heure au moins avant la fièvre. Si l’on a choisi le vin de quinquina , on le donnera par cuillerées , répétées à des intervalles assez rapprochés pour que le malade en ait avalé douze h seize à l’heure où l’accès est attendu. 11 est clair que l’on veut obtenir, dans ce cas, une médication générale , et que la vertu fébrifuge du quinquina émane du mouvement que cette substance provoque dans le corps malade. Mais il est encore une autre manière de traiter les fièvres intermittentes ; c’est de chercher à diminuer peu h peu l’intensité des accès, ù affaiblir de jour en jour leur force et leur longueur , à les guérir en quelque sorte par extinction. Le praticien suit alors , dans 1 emploi du remède fébrifuge, un mode d’administration conforme au but qu’il se propose ; il donne la poudre trois fois le jour, è la dose d’un scrupule, ou deux cuillerées du vin de l’écorce péruvienne , le matin, h midi, et le soir. Dans ces traitements, le ré-

«ES M^i«lC\MË^ÏS

gime du malade , l’exercice du corps , les autres moyens de l’hygiène, ont ordinairement concouru avec le quinquina à la guérison de la maladie.

Les succès que cette substance procure dans le traitement des fièvres périodiques peuvent donc s’expliquer par la propriété tonique qu’elle exerce sur le corps malade , et il n est pas nécessaire d y supposer autre chose. Il est même facile par là de concevoir plusieurs faits de pratique qui concernent la vertu fébrifuge du quinquina. On sait que ce remède n’arrête plus le cours de la fièvre, si l’on ne commence à le prendre qu’au moment où l’accès va débuter; n’est-il pas évident que sa puissance corroborante n’a pas eu le temps de se mettre en jeu , qu’elle n’a pas pu s opposer à la fièvre ? De même il est reconnu que si l’on administre l’écorce du Pérou trop long - temps avant l’époque de la fièvre, sa force fébrifuge ne se manifeste pas , l’accès conserve toute sa violence : cette impuissance du quinquina ne tient- elle pas à ce que sa faculté active était épuisée , à ce que sa médication tonique était terminée, è l’instant où elle aurait pu devenir un obstacle au développement delà fièvre? Enfin, si celte substance est nuisible quand on la donne pendant l’accès , c’est que l’impression de ses molécules sur les tissus vivants que la fièvre agile augmente encore leurs mouvements morbides. Dans cette circonstance, ce remède exaspère des accidents qu’il aurait prévenus s’il eût été donné avant leur développement.

Dans les fièvres intermittentes pernicieuses , le quinquina devient une ressource inestimable avec laquelle

TONIQUES

la médecine dompte , d’une manière aussi prompte que sûre, une maladie qui serait mortelle au troisième ou au quatrième accès , quelquefois plus tôt. Le pouvoir de l’art ne se manifeste jamais mieux que dans le traitement de ces fièvres ; avec six ou huit gros de quinquina , il comprime un mouvement fébrile qui pouvait, par sa violence , anéantir la vie: U empêche son développement. Il semble que l’on voie la puissance de l’écorce du Pérou enchaîner celle de la maladie, et prévenir le trouble morbide que l’on craignait tanl. L’expérience clinique a démontré que l’on devait préférer, dans le traitement de ces fièvres, la poudre de quinquina à l’infusion, à la décoction, à l’extrait, etc., de cette même substance. Il est également connu que les autres productions amères, qui réussissent dans les fièvres intermittentes ordinaires , ne méritent pas de confiance dans ces redoutables maladies. Leur infériorité médicinale ne dépend-elle pas de la faiblesse relative des effets immédiats qu’elles suscitent? Les avantages qu’obtient le quinquina ne sont-ils pas attachés à l’énergie de son action tonique?

On recommande de ne recourir au quinquina, pour guérir les fièvres intermittentes , que quand la marche périodique de la maladie est bien établie : on conseillait également de préparer les premières voies , d’évacuer les matières qui s’y trouvaient, avant d’administrer cette écorce; on avait coutume de faire prendre d’abord un vomitif et un ou deux purgatifs. Ces préparations du corps malade à recevoir le remède fébrifuge sont souvent inutiles , et même nuisibles. Il suffit de reconnaître I état actuel des organes digestifs, de s’as-

286 '>ES MÉDICAMENTS

surcr que , pendant l’apyrexie , rcslomac et les intestins n’oll'rent point de signes de phlogose, pour être autorisé à recourir au quinquina. Lorsqu’il existe dans ces organes de la chaleur, de l’irritation, on fait prendre pendant quelques jours au malade des boissons mucilagineuses et acidulés , avant de lui administrer 1 écorce péruvienne. Le plus souvent on donnera le quinquina sans aucun retard. L’expérience prouve que la langue chargée, un mauvais goût à la bouche, et les autres symptômes de l’embarras gastrique, ne nuisent pas au succès de ce remède fébrifuge. J’ai souvent vu ces accidents se dissiper, l’appétit renaître, l’exercice des digestions se rétablir , après l’administration du quinquina et du sulfate de quinine. J’avoue que la première chose à obtenir dans le traitement d’une fièvre intermittente me paraît être la suppression des accès.

Des praticiens ont coutume d associer des ingrédients purgatifs b l’écorce péruvienne; ils se promettent de grands avantages de ce mélange. Il ne faut pas oublier , quand on adopte cette pratique , que la force fébri- ' fuge du quinquina tient à la pénétration de ses molécules dans l’économie animale , et que les évacuations alvines qui surviennent peu après son administration nuisent à l’absorption de ses principes. En accélérant le mouvement péristaltique des intestins, la matière purgative affaiblira donc l’énergie médicinale du quinquina , parcequ’ejle déterminera une trop prompte expulsion de sa substance. Aussi avance-t-on, comme un axiome fondé sur l’expérience, que quand celte écorce purge,

elle n’est plus fébrifuge. .

On se sert du quinquina pour combattre toutes es

TONIQUES

affections qui suivent une marche périodique. Quel praticien n’a pas eu l’occasion d’admirer la puissance de l’écorcc du Pérou lorsqu’il s’agit de guérir des douleurs , des névralgies , des accidents de toute espèce, qui reviennent à des heures et à des jours fixes ? C’est encore à haute dose qu’il faut employer le quinquina dans cette occasion; car il ne s’oppose au retour de ces maladies que dès qu’il provoque une médication générale. On en fait prendre plusieurs gros dans l’espace de six à huit heures ; tout le système animal est sous son influence , au moment où les accidents morbides doivent se manifester.

Le quinquina s’est montré un moyen puissant dans les toux humides, lorsque le tissu pulmonaire est relâché , comme ramolli , qu’il y séjourne une plus grande quantité de sang, et que les cellules bronchiques fournissent une sécrétion exubérante de mucosités. Dans ces affèçtions , on ne prend que des doses modérées do quinquina , mais on les réitère plusieurs fois le jour. Combien de catarrhes chroniques , que l’on a souvent pris pour la phthisie , ont été guéris par cette écorce ! J’ai en ce moment sous les yeux, à l’Hôtel-Dieu d’Amiens, un militaire qui est entré avec une toux fréquente, une expectoration puriforme , de la fièvre la nuit , des sueurs le matin , une grande maigreur, L’expectoration a peu à peu diminué, la fièvre du soir a cessé , ainsi que les sueurs nocturnes, la toux est moins fréquente, les forces reviennent, depuis qu’il prend le matin et le soir dix-huit grains de quinquina avec deux grains de magnésie. Cette substance convient souvent dans la coqueluche ; j ai eu plusieurs exemples de gué-

Diis médicaments

rison auxquels elle avait manifestement eu une grande part.

On lire un parti utile du quinquina pour provoquer la menstruation , lorsque l’inertie du système utérin ou la débilité de tout le corps retarde l’établissement de cette fonction périodique. L infusion , 1 extrait , ou le vin de cette écorce peuvent être employés. On donne l’un de ces moyens seul, ou uni è des ingrédients excitants; on en fait prendre tous les jours trois prises. L’influence des principes du quinquina sur l’utérus éveillera sa vitalité , le disposera h entrer dans cet état d’orgasme qui précède et amène l’écoulement men struel (i). Nous ne devons pas omettre do dire que cette même substance communiquera aux fonctions assimilatrices plus d’activité, qu’elle augmentera la masse du sang , qu’elle rendra ce fluide plus riche , plus animé , et que cette cause contribuera h l’effet dont nous venons de parler. Dans la chlorose , le quinquina est un secours précieux. Il conservera les mêmes avantages dans le traitement de la leucorrhée.

Il est plus difficile d’expliquer les bons effets que 1 on

' Nous pardonnera-t-on de nous arrêter i cette remarque? Le quinquina, remède par excellence, des maladies périodiques, est cependant employé ici avec succès pour provoquer un mouvement organique qui suit une marche intermittente. S’il possède une vertu spéciale pour suspendre les ^héaomhies palhologit/ues qui reviennent périodiquement, cette vertu n’a donc pas le même pouvoir sur les phénomènes /i/ijsio/ogi'^ues qui sont également soumis A des retours fixes ou déterminés?

TONiQujiîs. a8g

attriliiic an (jninqnina (iaiis les névroses; ou assure (|u’il a modéré et même lait cesser des vomissements , des palpitations de cœur, des oppression!», divers autres accidents ([ui étaient de nature spasmodique. Si les organes où ces phénomènes pathologiques ont leur siège sout dans un état sain, si le désordre de leur action, de leurs mouvements, provient d’une impulsion morbide que leur transmettent les nerls, parceque les méninges , le cerveau , le prolongement rachidien , sont tourmentés, aiguillonnés par une irritation, comment les principes du quinquina peuvent-ils opérer un efiét utile , causer un changement salutaire ? Il faudrait supposer d’autres modes de lésion auxquels la vertu tonique fût plus appropriée , ou admettre qu’il y a eu alors quelque dlusiou, que le quinquina , en animant davantage le travail phlegmasique dans l’appareil cérébral , a amené une congestion sanguine, et que l’influence des neris s est trouvée interrompue momentanément ce qui a suspendu les^ccidents. La maladie alors paraît diminuer ou cesser, et cependant la lésion a réellement augmenté.

Le quiiKjuina s’est aioutii! un secours utile dans les

coDsomplioiis,dans,lesé|)ulsemenls qui sont la suite

d évacuations trop abondantes , de perles de sond abus des plaisirs vénériens, etc. C'est un eniproi jonrnaher de l’éeoree du Pérou qui convient dans ees cas ; on en donne de petites doses ; on les fait prendre au ntoinent des repas, et l’opération du médicament se confond avec l’elTel d’nne meilleure nutrition. La orco mé tctnale de cette substance ti,. alors son

'■1.1'té de I ameltoralton qu’elle oecasioi.e dans l’ever-

l)liS MÉDICAMENTS

cico des réactions nutritives. Eu rendant les digestions plijs régulières , elle lait pénétrer dans le sang et dans les tissus organiques des principes mieux élaborés, elle en décide même l’assimilation par son action sur tout le système animal. Cette action, vue isolément, et séparée du produit de la nourriture, dont elle prépare un heureux emploi, ne fournirait aucun résultat curatif : une Impression tonique sur des tissus épuisés ne pourrait être d’aucun avantage. Mais lorsqu’elle a lieu au moment où les principes réparateurs y abordent, elle devient la cause d’un changement aussi salutaire qu’important , en déterminant la fixation , l’incorporation de ces principes à la substance meme de la partie qui ressent cette impression.

Le vin et la teinture de quinquina sont des remèdes puissants dans les affections scrophuleuses , dans les engorgements des glandes des enfants. On se conduit encore comme dans les maladies dont nous venons de parler; on donne trois fois le jour, et è peu près au moment des repas . deux cuillerées de ce vin , ou une cuillerée à café de là teinture. L’opération tonique de ces composés sur tout le corps, et en particulier sur le système glandulaire, est par elle -même très favorable dans ces affections ; mais c’est lorsqu’on la voit lier ses effets è ceux du régime, et établir un exercice plus actif de la nutrition dans les fluides et dans les solides vivants , que l’on conçoit bien la raison des ■ grands avantages qu’elle procure. Le quinquina et ses préparations sont également utiles dans le traitement des affections scorbutiques : une force tonique est une influence médicinale dont on rencontre sou-

TONIQUES

vent l’occasion d’invoquer le secours dans ces maladies, où le relâchement des organes et l’inertie de leurs mouvements sont des phénomènes morbides sii prononcés et si fâcheux. ‘

Comme le quinquina décompose le lartrate antimonié de potasse-, on conseille cette substance eu décoction dans le cas où l’orna pris une trop grande dose de ce sel ; quand il donne lieu à des accidents pathologiques.i^S’il j a peu de temps que l’on a ingéré la substance saline , l’écorce péruvienne peut opérer sa décomposition-, en arrivant dans la cavité' gastrique ; elle anéantira en même temps son action malfaisante.

Dans les lieux où régnent actuellement des fièvres épidémiques ou contagieuses, le quinquina sera un moyen préservatif digue de confiance , si le pays est humide, marécageux , si une débilité profonde de tout le corps est un état de prédisposition à ces maladies. Ce moyen , en ranimant 1 énergie des organes , en soutenant les forces vitales , s’opposera avec opiniâtreté à l’agression des causes morbifiques, il est inutile de prévenir que l’usage journalier du quinquina serait contraire aux individus qui auraient un tempérament sanguin , une constitution pléthorique.

On emploie souvent le quinquina à l’extérieur. On applique la poudre ou la décoction de celte écorce sur les parties dont on veut réveiller la tonicité. Sa poudre est tous les jours mise en usage avec succès pour rétablir dans son état naturel le tissu relâché des

gencives, pour guérir les ulcérations qui y ont leur siège.

CiNcnoNiNK. Matière végétale, de nature alcaline ,

UliS MtmCAMENTS

que M. Gomès avait extrait du quinquina gris, dont M. Houlon de Labillardière neveu avait aperçu les propriétés, cl (pli a été étudiée avec soin par MM. Pelletier et Cavenlou (ouvrage cité). Pour se procurer cette matière , on prend de l’extrait alcoholi(pic de quinquina gris, et on le traite à chaud par de l’eau aiguisée d’a eide hydrochloricpie. L’acide dissout la cinclionine. la sépare du rouge cinchoniciue et de la matière grasse. On mét dans la liciueur de la magnésie en excès : cette base s’empare de l’acide hydrochlorique , et retient le rouge cinchoniciue ((ui aurait pu être dissous à l’aide d’un excès d’acide. On lave le précipité magnésien ; on le fait sécher au bain-marie , et on le traite par l’alcohol qui dissout la cinchonine. On obtient celle dernière substance par l’évaporation du liquide,

La cinchonine est en aiguilles prismatiques déliées , ou en plaques blauches translucides cristallines. Dans le premier cas , elle a été obtenue par une évaporation lente de l’alcohol , et dans le second par une évaporation rapide. Celte substance est très peu soluble dans l’eau; elle demande deux mille cinq cents fois son poids d’eau bouillante pour se dissoudre : par le refroidissement, la liciueur devient légèrement opaline, ce qui prouve que la cinchonine est encore moins soluble à froid. Elle se dissout facilement dans l’alcohol , surtout è l’aide de la chaleur , ainsi que dans l’éther , dans les huiles fixes et volatiles. Elle s’unit h tous les 3j.ides , et donne des combinaisons neutres. On a formé avec cette base du sulfate, du nitrate de 1 hydrochlorale , de l’acétate . du tartrale , du gallate , etc. ,

de cinchonine.

TO.NIOUIÎS.

La cinchonine pure a une saveur amère particulière, mais celle saveur est longue à se développer, en raison (le l’insolubilité de celle substance. La saveur amère devient bien plus prononcée dans la cinchonine , lorsqu’elle est rendue soluble par son union avec un autre corps. Ainsi la leinlure alcoholique de cinchonine, sa solution dans l’éther ou dans les huiles , les sels que l’on compose avec celle base, se font remarquer par une amertume forte ,styplique et surtout très opiniâtre. La durée de celle sensation décèle l’impression profonde, persistante, que fait la cinchonine sur les surfaces vivantes.

On administre la cinchonine délayée dans une cuillerée d’eau, ou bien on la met en bols avec la conserve de roses, le miel , on un autre excipient, A la dose de quatre, six ou huit grains, celle substance médicinale agit fortement sur l’appareil digestif: chez quelques personnes , une demi-heure après son ingestion , deux heures environ chez d’autres , elle provoque des mouvements , des gonllemenls dans le canal alimentaire , des battements dans la région épigastrique ; des portions d’intestins semblent se tendre, s’endurcir; les libres musculaires qui entrent dans leur composition se livrent à des contractions anomales; l’individu éprouve des coliques très vives. En même temps une forte chaleur se fait sentir dans l’estomac, bienlôl elle s’étend à tout le bas -ventre, elle monte â la poitrine , h la tête ; elle est très marquée à la gorge; une soif ardente se déclare , elle dure quelquefois jusqu au lendemain. Le malade rend deux ou trois selles solides avec du ténesme: souvent il ne va pas du bas;

DES JlilDlCAMENTS

il est bien rare qu’il ail des envies de vomir; quelques individus ont aussi éprouvé des douleurs , des liraillcniènis dans les membres.

Ce travail , cè tumulte dans les voies digestives , ces pneumalosés intestinales ne se remarquent pas chez tous les individus ; il en est qui n’éprouvent rien après l’emploi de la cinchoninc , ou chez qui l’action de cette substance sur les organes gastriques détermine des changements si légers-, si fugaces , qu’ils ne les notent pas. Nous avons reconnu que ces dissemblances dans les effets physiologiques d’une même substance dépendaient de la disposition actuelle de la surface gastrointestinale. Tous ceux qui ont cette surface échauffée ou dans un état d’irritation , sont très sensibles à

l’impression immédiate de la cinchonine. G est sur eux que l’on observe avec beaucoup d’intensité les phénomènes que nous avons exposés plus haut.

Tous les effets dont nous venons de nous occuper sortent de l’appareil digestif; c’est le contact de la cinchonine avec la surface gastrique et intestinale qui les produit : mais la puissance de cette matière médicinale ne se borne pas è ces organes. Scs molécules sont absorbées , portées dans le sang . et leur Impression sur les fibres vivantes cause un resserrement de tons les tissus organiques qui , pour être peu perceptible, n’en forme pas moins la partie la plus importante de leur médication. Il est même hécessaire de savoir que celte corroboration intestine , produite par les molécules de la cinchonine , est indépendante du sentiment de chaleur cl des autres mouvements que provoque son contact immédiat avec l’appareil digestif; car il arrive souvent

TONIQUES. 295

que la cinchoniiie devienne .un instrument efficace de thérapeutique, qu’elle arrête une fièvre interinillente, par exemple , sans que le malade ail rien ressenti de bien remarquable dans le bas-ventre. Si on accordait aux effets que cette substance occasione dans 1 appareil digestif trop d intérêt, si ces effets locaux faisaient perdre de vue la corroboration que détermine l’action de ses molécules , sur les fibres’ organiques, on ne saurait plus comment expliquer l’utilité de ce remède dans Jes occasions où les. organes qui servent à la digestion ne sont pas notablement troublés par son contact.

lUne dernière remarque que nous ferons sur le mode d’action de la cinchonine , c’est qu’elle agit plus tardivement que. le sulfate de quinine par exemple : cette différence provient sans do;jte de l’insolubilité de la première dans les sucs qu’elle rencontre sur la surface gas tro-in leslin ale.

Nous consignerons ici quelques observations. Une femme , à la suite d’une fièvre dans laquelle l’appareil gastrique avait été surtout attaqué (fièvre gastrique) , prit quatre grains de cinchonine. Elle ressentit de la chaleur dans le ventre , elle eut une grande soif, alla huit fois ù la selle ; elle rendait peu de chose , mais elle se plaignait d’une ardeur très pénible au fondement. Cette femme éprouvait des coliques avant l’emploi de cette substance : l’irritation de ses organes digestifs n’était pas douteuse.

La cinchonine a une étendue de puissance , d’activité que doit d abord mesurer celui qui veut en faire un moyen thérapeutique. Ce principe, dépouillé des

2<)6 I)liS Mtl'lCAMI'.MS

autres uialériaux aux(|uels la nature Tu associé dans le quinquinti', agit avec nue i'oroe que le praticien ne doit pas perdre de vue. On peut, par exemple , croire la cirichonine; un secours propre à exciter l’appétit, à IVoriser l’acte de la digestion lorsqu’il y- a do l’inertie dans les organes gastriques :eh bien, ce stomachique a dans son impression immédiate quelque chose de vif, do dur ,■ qui souvent nuira h cette opération médicinale. Pour ménager la susceptibilité dod’organe gastrique , un praticien altentif ajoutera à la cinchonine ujie certaine proportion de gomme, do sucre ou d’une poudre inerte. Or n’esl-ce pas-réiablir h peu près la. oomposilion' naturelle du quinquina ? 11 est donc des cas où l’écorce péruvienne sera préféréoià la cinchonine , à la, quinine et aux .sels neutres que l’on compose avec ces bases.

Je. ne doute pas que l’on ne vante la cinclionine comme un remède vermifuge , et qu’elle ne soit utile flans toutes les affections où les agents toniques réussissent.

J’ai employé avec- succès la cinchonine contre les fièvres intermittentes. Je pense qti à cause de son insolubilité , de la lenteur probable de I absorption de ses molécules, il convient de l’administrer de cinq h six heures avant l’accès-.

Une femme attaquée de fièvre quarte prit six grains de cinchonine deux heures avant l’époque présumée de sou accès. Elle n’éprouva rien de bien remarquable jusqu’au moment où la fièvre survint; mais les frissons se firent sentir, et aussitôt on vit les symptômes de la maladie et les eficts du rrmèdr. paraître en

TOKlQiniS.

même temps. Nous rapporlâmes h l’aclion He la cinchonine les phénomènes siiît'ants: chaleur ù la gorge, épigastralgic vive , coliques âvec'ai’fleuri'pneumaloses dans le bas-venlre j vomissemon'ls': OfciS eflfels ont duré deux heures ; la' malade en a beaucoup' soüffèrt , et les attribue h la drogue qu’elle rt prise? elle répète souvent que dans les autres accès , ellC' rte tess'entail pas la môme' chose : la fièvre a été plus longue. Le troisième jour après cetle‘tentative , elle' prit de nouveau six grains de cinehonine ,* le frisson se fit sentir presque aussitôt après. -Elle a vomii pendant un quart . , d^heure; elle a éprouvé des gondements pénibles d’estomac et beaucoup de chaleur dans le ventre; peu de coliques, point de selles. L'accès de fièvre a été très long. Pour avoir des effets comparatifs do la cinchonine, je lui fis prendre le lendemain , jour où elle ne devait pas avoir de fièvre , six grains de celte substance. Elle la trouva peu amère , mais elle laisse , dit-elle , à la gorge un sentiment âcre , piquant, qui la tourmente long-temps. Quatre heures après l’administralion de la cinehonine , ses effets se manifestèrent. Elle, eut une grande soif , de la chaleur à l’épigastre , dans le ventre et dans les reins : cette chaleur était très forte ; elle n’eut point de vomissements, mais elle alla deux fois du bas. Le lendemain matin elle se plaignait encore de la chaleur du ventre; elle.se sentit irritée , échauffée par cette, substance : elle n’a pas dormi la nuit.

Je pensai alors que si je n’avais pas réussi à diminuer la force des accès de cette fièvre , ou même à les suspendre tout-à-fait , c’est que j’avais administré la

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cincl)onino trop près de l’épocjue où la lièvre devait avoir lieu , que ses molécules ne s’élaienl pus encore introduites dans le système animal , que la puissance médicinale de cette substance n’avait pas eu le temps de se développer Je me disposais è soumettre ces idées h l’expérience , mais la malade s’éloigna d’A-niieus , et je la perdis de vue.

Sulfate de cincuonine. Ce sel, qui est très.; soluble dans nos humeurs , réclame la préférence sur la cinchonine pure. Il me semble ofténser motus qüe cette dernière les surfaces vivantes sur lesquelles ou l’applique; Il a été employé par M. te docteur Ghomel et par M. le docteur Dufour contre la fièvre inr lermitlenle. On le donne délayé dans un peu deau; on en a composé aussi un syrop.

Quinine. Substance de nature alcaline que MM. Pelletier et Gaventou ont retirée du quinquina jaune , et qu’ils ont reconnue être dilTérenle de la cinchonine. Ces deux principes existent ensemble dans le quinquina rouge.

La quinine n’est pas cristallisable ; lorsqu’on la dépouille de toute humidité, elle se présente sous forme d’une masse poreuse, d’un blanc sale; elle est inaltérable à l’air,. et très peu soluble dans l’eau : quand ce véhicule est bouillant , il en prend. environ o,oo5; il en prend encore moins à froid. Bien que la quinine se dissolve peu dans les sucs aqueux, elle donne cependant une saveur très amère. On lui a de plus reconnu une certaine affinité pour l’eau : lorsqu’on évapore une solution alcoholique de quinine , cette matière retient avec force de l’eau , et forme une sorte d’hy-

TOKlQUliS. *^99

drale. L’alcohol s’empare très facilement de la quinine, elle s’unit également à l’éther; elle se dissout, mais en petites quantités, dans les huiles fixes et volatiles, elle se combine avec les acides , et forme des sels neutres, solubles et oristallisables.

Aussitôt après la découverte de cet alcali du quinquina , M. Magendie a étudié son action sur les animaux : il a reconnu qu’il n’avait point de qualité rnalfaiàante ; il en a injecté dix grains dans les veines d’un chien sans qu’il en résultât aucun accident. On l’a depuis employé comme substance médicinale. On la donne , comme la cinchonine, à la dose de quatre, six , huit grains, et même davantage , délayés dans uu peu d’eau, ou mis en bols arec uu excipient convenable.

La quinine a une action analogue à celle de la cinchonine ; elle attaque l’appareil digestif de la même manière et produit les mêmes phénomènes organiques. Son emploi cause une grande chaleur dans le basventre, avec une sorte de commotion dans le canal alimentaire : il y a des gonflements intestinaux , ([uelquefois des coliques , des déjections par le bas de matières solides. Ces effets sont subordonnés à la disposition actuelle des voies digestives , ils ne montrent pas toujours la même intensité , ils manquent souvent tout-à-fait. Il est évident que l’action médicinale de la quinine n’est pas tout entière dans ces effets : ce n’est point du trouble qu’elle produit dans les voies alimentaires , que procède la force curative de cette substance. Les molécules de la quinine pénètrent dans l’économie vivante , soumettent tous les

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DUS MÉDICAMKNTS

tissus îi leur inlluence. Le resserretueiil cju’éprouvoni toutes les fibres , l’énergie c|ii’en reçoivent tous les organes, la corroboration universelle qui en est le produit, et qui se rend quelquefois sensible par un sen liment de vigueur insolite, une chaleur plus forte de tout le corps, voilà sans doute les causes principales des avantages que celte nouvelle richesse pharmacologique procure à l’art de guérir.

On pourra se servir de la quinine comme d un moyen propre à fortifier l’appareil digestif, à rétablir la force matérielle de l’estomac et des intestins , lorsque les tuniques de ces organes auront été affaiblies par un défaut de nutrition , ou lorsqu’une modification morbide les aura ramollies. On trouvera encore dans cette substance un secours efficace, lorsque les organes gastriques seront dans un état de débilité vitale , lorsqu’ils ne recevront plus des nerfs qu’une influence affaiblie , insuffisante. Mais , dans ces cas , la quinine fera souvent une impression trop vive sur la surface gaslro intestinale ,on sera obligé de la mêler à un corps inerte pour modérer son activité, et alors le quinquina en poudre ou la décoction de cette écorce devra obtenir la préférence.

La quinine offrira un remède utile dans les œdèmes, dans les engorgements des glandes lymphatiques , dans les dispositions scorbutiques, dans tous les cas où l’on aura besoin de corroborer tout le système animal , d’appeler une nouvelle énergie dans les tissus organiques , pourvu que l’état des premières voies ne

repousse pas ce remède. '

Mais c’est principalement dans les fièvres inlermit-

TONIQUES

lentes que la quinine a répondu îi ratlenle des praticiens. On l’a ordinairement vue arrêter les accès de fièvre tierce, quotidienne, double-tierce , lorsqu’on en donnait quatre h huit grains six heures environ avant l’époque du frisson. Nous donnerons ici deux observations sur l’usage de cette substance dans les fièvres périodiques, moins pour prouver de nouveau sa vertu fébrifuge, que pour exposer les effets physiologiques qu’elle fait naître , et que nous avons recueillis.

Un jeune homme d’environ vingt ans , qui a une fièvre tierce simple, prend , à six heures du soir , huit grains de quinine én une pilule; il attendait la fièvre à dix heures. Il trouve cette pilule très amère; une demi-heure après, il sent dans la région du cœur une grande chaleur qui descend dans l’estoniac; il lui semble que la tête est également un peu échauffée : cette chaleur reste pendant deux heures sans offrir de variations pour son siège et pour son intensité; il a ensuite un peu de sueur , puis survient un léger frisson qui s’évanouit bientôt. Le malade s’endort et ne se réveille que le matin , assurant qu’il n’a pas eu de fièvre. Le surlendemain il ne reprend pas ce remède , il n’a plus d’accès.

Un jeune homme atteint d’une fièvre quarte prend, le 22 janvier 1822, quoiqu’il se plaigne d’avoir la bouche un peu amère et de la douleur dans l’épigastre, deux pilules faites avec huit grains de quinine et s. q. de conserve de roses. Il attend son accès de fièvre à dix heures du matin ; il avale unè de ces pilules h six heures et l’autre è huit. Il les trouve très amères; il sent encore à neuf heures et demie l’amei"-

DKS MÉDICAMENTS tumcdola dernière. Une demi-heure environ après l’in- <reslion de chaque pilule , et surtout de la deuxième , il a éprouvé une certaine douleur , dit-il , avec des battements dans l’épigastre, et avec le sentiment d’une chaleur qui descendait dans le ventre. Celte chaleur a duré plusieurs heures. Il n’a point eu de coliques ni d’envies de vomir ; il a été deux fois du bas , et a rendu des matières solides. L’accès de fièvre est venu à l’heure où il devait avoir lieu ; il a été plus fort et a duré plus long-temps que de coutume.

Le 25, il a è cinq heures du malin une seule pilule contenant six grains de quinine. Il lui trouva un goût excessivement amer ; il sentit encore la même chaleur , avec du gonflement et des battements légers dans l’épigastre ; il eut des tranchées , mais point de selles. Une heure après il a une forte céphalalgie frontale avec des élancements dans les tempes ; le pouls n’est pas fébrile , il n’y a pas de chaleur à la peau. La fièvre ne vient pas , mais à dix heures le malade éprouve une forte sueur. La céphalalgie a duré toute la journée avec des éblouissements : elle décèle pour moi une irritation des méninges : celte irritation dépend- elle de l’action des molécules de la quinine sur le tissu de ces membranes? ou est -elle la suite d’une provocation sympathique de la surface gastrique qui a reçu le médicament ?

Le 28 , il a encore pris à cinq heures du matin six erains de quinine. Une heure après il existe une grande chaleur dans l’épigastre, il a dans celte région la sensation d’une tension intérieure , d’une barre ; il lui semble que l’estomac se contracte sous l’impression

ïONlQUJiS.

de celle substance, que ses tuniques se durcissent, et que bientôt après cet organe éprouve un gonflement douloureux. Les intestins ou des portions d’intestins subissent les mêmes changements. C’est alors que le malade a des coliques, avec une ardeur dans tout le bas-ventre ; il ne va pas du bas ; il a soif. Dans le même temps il se manifeste une douleur forte de la tête avec serrement des tempes, et comme des battements dans l’intérieur: par moments, la tête devient pesante, le malade sent que le sang s’y porte. On cesse l’usage de ce remède, et la lièvre ne paraît plus.

Sulfate db quinine. Ce sel , que forme la combinaison de l’acide sulfurique avec la quinine , cristallise facilement; il se présente sous forûie d’aiguilles ou de lames très étroites , allongées , nacrées et légèrement flexibles , ressemblantes à de l’amiante. Ce sel est peu soluble à froid , mais il le devient si l’on y ajoute un excès d’acide : il est beaucoup plus soluble dans l’eau chaude , et se cristallise par le refroidissement. L’alcohol en dissout de grandes quantités ; l’éther a moins d afllnité pour ce composé salin: le sulfate de quinine est décomposé par les alcalis fixes et par l’ammoniaque.

C-est surtout de ce sel que l’on s’est servi en médecine depuis la découverte de la quinine. On a reconnu que par son union avec l’acide sulfurique , celte dernière substance ne perdait rien de ses propriétés , qu au contraire sa solubilité dans les humeurs animales lavorisait le développement de son activité médicinale ; ce n est donc pas sans raison que l’on a préféré administrer la quinine dans une combinaison qui assulait , qui hâtait même 1 exercice de ses vertus.

DUS Mi'.DICAMUNTS

On lait pren(li’(f le sulfate (le quinine dans une cuillertie d*eau ou (în bols , la dose de deux , (|uatrCf huit , douze grains et plus. Selon l’eflot organique que l’on veut produire , ou l’indication que l’on désire remplir , on donne celle dose à la fois , ou on la divise en plusieurs prises, entre lesquelles on met l’intervalle que l’on juge convenable. On a composé aussi un syrop de sulfate de quinine.

Ce composé salin apposé sur l’organe du goût cause une^ amertume considérable: ce n’est pas seulement l’intensité de cette sensation qui est remarquable, c’est aussi sa durée, son opiniâtreté. Cet effet doit être noté ici , parcequ’il prouve que le sulfate de quinine an-it profondément et avec ténacité sur les tissus vivants. Chez quelques personnes, cette amertume amène une abondante excrétion de salive.

Un quart d’heure environ après avoir pris le sulfate 'de quinine , on ressent une grande chaleur dans l’estomac. Bientôt cette chaleur se répand dans les intestins jusepe dans les lombes; il survient des coliques, du trouble dans le bas-ventre , des pneumatoses intestinales , le plus souvent sans qu’il en résulte des déjections par le bas. Une demi-heure après, la chaleur s’est propagée à la poitrine, elle monte à la tête, descend dans les membres ; le corps tout entier paraît réchauffé. Dans le même temps, tous les tissus sont corroborés; le malade a le sentiment d’une plus grande énergie; il est plus fort, il l’annonce quelquefois en disant qu’il éprouve le même effet qu’après avoir bu du café : aussi j’ai cru remarquer que les malades . et surtout les militaires , aimaient a.ssoz è prendre ce

TOMQUr.S.

remède ; ils se plaisent à sentir son action. C’est b peu près b celle époque de la médication du sulfate de quinine qu’il survient une sueur plus ou moins prononcée. La chaleur b laquelle ce sel donne lieu esl plus sensible dans le tronc que dans les membres, plus forte chez les jeunes gens que chez les vieillards. Si un appareil organique ou un organe est actuellement dans un état d’irritation , si une phlogose , quelque légère qu’elle soit, s’y est établie, c’est principalement sur ce point que la chaleur se manifeste, c’est là que le malade la sent avec une vivacité toute particulière. L’élévation de la température est chez quelques individus peu marquée , elle paraît chez d’autres poussée si loin qu’ils s’en plaignent comme d’un accident; ils se sentent l’intérieur du corps échauffé, comme brûlé, disent-ils; ils se découvrent, ils cherchent ce qui peut les rafraîchir: ils boivent beaucoup; ils ont dans la gorge une ardeur pénible. 11 est certain que ce moyen médicinal agit avec violence , avec dureté sur les organes gastriques. Chez les personnes qui ont ces organes actuellement irrités, les efl’ets physiologiques du sulfate de quinine sont toujours très prononcés; chez eux, la chaleur est considérable, elle s’étend jusqu’aux doigts des membres; il y a de la courbature, de l’agitation, de l’accablement, etc. Lorsque l’appareil digestif est sam, on voit ordinairement, pendant l’usage du sullate de quinine . les fonctions digestives conserver leur intégrité; ce corps salin augmente l’appétit: les malades veulent manger davantage; s’il^ vont du bas ils rendent des matières solides. Il est rare que cette substance occasione le vomissement.

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