‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 2 sur 40 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

La doctrine dont cet ouvrage offre le développement a déjà été soumise au jugement des médecins. En i8o3 j’en fis le sujet de ma thèse ; deux ans après, j’essayai de l’exposer avec plus de détail dans un ouvrage ayant pour titre : Principes généraux de pharmacologie , etc. J’ai fourni depuis au Dictionnaire des sciences médicales divers articles qui n’en sont que de nouvelles applications.

Il m’a semblé que , pour assurer l’avancement de la science pharmacologique , il fallait déterminer nettement , fixer d’une manière précise ce qui fait le sujet de son étude. On est frappé de voir toujours cette branche de la médecine prendre la marche, adopter les couleurs des autres sciences naturelles ou physiques : on la croirait successivement une partie de la botanique , de la chimie , de la thérapeutique , suivant l’ouvrage que l’on choisit pour l’étudier. Elle est partout , elle figure dans toutes les recherches ; mais elle ne se trouve nulle part

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rassemblée en un corps de doctrine qui lui soit propre.

L’action que les médicaments exercent sur les organes , les effets immédiats , les phénomènes physiologiques qui en sont le produit , me paraissent la base sur laquelle doit être appuyée la doctrine pharmacologique. Tout corps médicamenteux a la faculté d’exercer une impression sur les tissus organiques , de provoquer un changement dans l’état actuel de leur vitalité , et , par une suite nécessaire , des modifications dans l’ordre , l’énergie , la vitesse , l’étendue de leurs mouvements , ou des variations dans le mode d’exercice des fonctions de la vie. Ce sont ces mutations qui forment le fond de la science des médicaments. Reconnaître leur nature , calculer leur importance , mesurer leur durée , apprécier leur influence , voilà l’objet essentiel de cette science.

L’histoire naturelle nous fait connaître 1 origine des substances médicinales ; c’est elle qui nous apprend d’où on les tire , comment on se les proeure , quelles conditions sont nécessaires pour qu’elles puissent convenir à l’emploi auquel on les destine. Le chimiste vient soulever le ^ voile qui couvre les matériaux dont se composent CCS substances : ses savantes analyses isolent les princii)cs auxquels sont attachées les utiles

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propriétés que réclame la thérapeutique ; elles montrent quels procédés il faut suivre pour faire entrer ces principes avec toute leur efficacité dans les composés pharmaceutiques. Les praticiens nous racontent les avantages, les succès que procure journellement, dans le traitement des maladies, l’administration de telle ou telle substance. Mais toutes ces recherches , toutes ces notions , tous ces faits ne compléteront pas , ne créeront pas, à proprement parler, la science pharmacologique : ce sont des données importantes, nécessaires même , qui se rattachent au fond de sa dpctrine , mais qui n’en forment pas l’essence ; il manque l’ohjet propre de cette science , ses éléments essentiels , l’exposition détaillée et méthodique des effets primitifs, de tous les phénomènes que chaque médicament peut susciter dans l’économie animale. En matière médicale tout est subordonné à cette étude : les recherches de la chimie découvrent la cause matérielle de ces effets ; ces effets , à leur tour, expliquent les avantages que la thérapeutique obtient avec les agents qui les provoquent.

La pharmacologie tend à s’unir à la physiologie ; celle-ci lui apprend à démêler le genre d’impression que chaque substance porte sur les lis.sus vivants, à reconnaître l’espèce de inodiiication que ces derniers éprouvent. Déjà la ma-

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tièro médicale doit beaucoup à la physiologie ; elle désire plus encore ; elle ne craint pas de s’allier avec cette science de l’économie animale qui semble embrasser toutes les autres.

Est-il nécessaire de dire que la thérapeutique gagnera singulièrement aux progrès de la science pharmacologique ? Les procédés de l’art de guérir ne semblent-ils pas se réduire à ceux-ci : la lésion qui fait la jualadie étant connue, employer un remède qui , par son action immédiate , corrige cette lésion. La pathologie sert de guide aux opérations , aux manœuvres du médecin , parcequ’elle lui fait connaître ce qui produit le trouble morbide. La pharmacologie vient en seconde^ ligue lui présenter ses instruments, lui exposer leur pouvoir, afin qu’il choisisse ceux qui pourront combattre le désordre qui s’est introduit dans l’économie animale.

La thérapeutique réduite à une combinaison entre une lésion dont on détermine la nature, et un moyen pourvu d’une force active , dont l’exercice doit rétablir l’état naturel , donne à la pratique de la médecine une séduisante simplicité, promet aux résultats des opérations de l’art de guérir une certitude qui malheureusement est loin d’être réelle. Quand les recherches de la pathologie auront été poussées assez loin pour que la raison de chaque maladie soit cons-

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talée; quand la pharmacologie aura étudié assez scrupuleusement la puissanjic de ehacuir de scs agents, pour que le médicament à employer ne soit jamais équivoque, on verra toujours un troisième élément venir déranger toute espèce de calcul : c’est le malade qui se présente avec son tempérament originel, sa constitution actuelle, son îîge , son sexe , ses humeurs , ses fibres , la susceptibilité de ses tissus, toutes les particularités, en un mot, qui le distinguent. Les dissemblances qui naissent de la disposition intime de chaque individu laisseront toujours éventuels les succès thérapeutiques ; elles ne permettront jamais que l’art de guérir ait des procédés arrêtés , certains , comme ceux des autres arts. La lésion pathologique est évidente ; l’action directe du remède doit l’anéantir ; mais le corps malade offre un fond mobile , et tout ce qui s’exécute sur lui ne peut avoir de fixité.

Si la pathologie , qui fait connaître la maladie, est une section importante de la médecine , la pharmacologie , qui montre le parti que l’on peut tirer des médicaments, n’est pas moins intérc.ssante. Les guérisons que le médecin tentera dans la pratique do sou art seront d’autant plus sûres, qu’il aura mieux étudié la capacité des remèdes , qu’il connaîtra mieux la portée de leur puissance, qu’il aura une idée plus juste , plus complète

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des changements organiques qu’ils vont susciter dans le corps soumis à leur influence. Une sage administration des moyens thérapeutiques repose autant sur une connaissance exacte du caractère et du pouvoir dejeur force agissante, que sur une étude approfondie des causes pathologiques auxquelles on les oppose.

Consultez , sur l’importance de la matière médicale, le médecin qui se trouve au milieu d’une famille au désespoir, près d’un malade expirant, dans ce moment vraiment redoutable, où , au tribunal de sa conscience , il se demande s’il a épuisé toutes les ressources de son art , s’il les a 'mises en usage à propos , s’il n’en a pas négligé qui auraient pu être salutaires, s’il n’a pas administré des moyens qui ont été nuisibles. Alors qu’il sent tout le poids de son ministère , il voudrait que l’on connût d’une manière plus précise tout ce que l’on peut opérer avec les agents pharmaceutiques ; il conçoit que , par un industrieux emploi de ces secours si variés et 'si puissants , il est possible que l’on parvienne un jour à maîtriser davantage les mouvements morbifiques , à arrêter surtout le développement d’accidents dont on prévoit tout d’abord le danger.

Les progrès de la pharmacologie tendent direetement à perfectionner la thérapeutique.

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Cette dernière est la fin des sciences médicales; elle est toute la médecine dans l’intérêt de l’inimanité. Que de motifs pour encourager l’étude de la matière médicale , pour voir avec bienveillance les efforts de ceux qui désirent son , )

avancement!

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