‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 21 sur 40 · OU · texte numérisé non relu

OU

DUS JliDlCAMIiNTS

quinine sur l’organe gastrique cl sur les iiileslins, peut cire très vive , sans que le remède devienne plus ellicace : elle prouve d’un autre côté qu’il guérit très Lien la fièvre dans des cas où celle impression est peu marquée. La vertu fébrifuge du sulfate de quinine a donc une autre origine ; c’est, selon moi , de l’action générale que celle substance exerce sur tout le système qu’elle procède; or celle action qui naît de l’absorption de ses molécules est la même, que le sulfate de quinine soit pris on une ou en plusieurs doses , pourvu qu’il n’y ait pas trop de distance entre elles.

On a conseillé le sulfate de quinine dans plusieurs autres maladies. On a constaté qu’il était très elDcacc dans les névralgies et dans les aulresnCTeclions qui ont une marche périodique. On administre alors cette substance de manière que le corps soit sous son inlluence , et que ses effets physiologiques aient tout le développement désirable au moment où le retour de la maladie doit avoir lieu. Cette combinaison saline convient dans tous les cas où le quinquina et les autres toniques obtiennent des succès. Le sulfate de quinine possède une énergie qui le rendra toujours recommandable quand la thérapeutique voudra fortifier les tissus organiques , réveiller l’énergie vitale.

Je terminerai cet article par rapporter une observation sur l’usage du sulfate de quinine. Une femme attaquée d’une fièvre quarte , vint à l’Hôlel-Dieu après avoir pris deux vomitifs et deux purgatifs. Elle avait les voies digestives irritées ; des coliques , de la soif, la langue rouge, des chaleurs d’estomac, l’épigastre cl le ventre sensibles à la pression, en étaient la preuve.

TONIQUES

Peuilanl une douzaine de jours elle lui mise à 1 usage de boissons adoucissariles et aciduleS'5 elle prit peu de nourriture : celle-ci lut choisie dans la classe des aliments doux, mucilagineux ou amylacés.

L’irritation des premières voies subsistait encore , mais elle était bien modérée lorsqu’elle prit, deux heures avant le moment de son accès, huit grains de sulfate de quinine. Elle éprouva une grande chaleur h l’épigastre et dans le ventre, avec des pneuraatoses intestinales et des coliques sans déjections alvines. La chaleur s’étendit à la poitrine ; elle eut de grandes douleurs dans les membres , un mouvement de sueur. L’accès n’eut pas lieu. Quoique dans celle occasion le sulfate de quinine offensât la surface gastrique, il se montra toujours fébrifuge. Celle femme a pris une nouvelle dose de ce sel le troisième jour. L’opération du remède sur les voies digestives se manifesta par des effets très prononcés , et la fièvre ne vint pas. La malade cessa l’usage du sulfate de quinine, et les organes digestifs ne lardèrent pas à rentrer dans leur condition naturelle. Il est très remarquable que celle substance se montre toujours fébrifuge , même lorsqu’on l’administre à des individus qui offrent des symptômes d’une gastrite chronique ; souvent même le sulfate de quinine ne paraît point ajouter au travail phlegmasique dont un point plus ou moins étendu de la surface gastrique est le siège. J’ai donné celle substance à des fiévreux qui avaient la langue rouge , sèche , l’épigaslre sensible ; la fièvre cessait , et la lésion de l’estomac ne s’aggravait pas sensiblement. Le lieu où existe celle lésion fournil il l’explication de ce fait? Si elle occupe les envi-

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rons du cardia, la pclile courbure de reslomac, le sulfate de (juiniDC peut-il agir sur elle? Souvent des intumescences de l’abdomen disparaissent après qu’on a fait cesser une fièvre intermittente au moyen de fortes doses de sulfate de quinine ou de quinquina. Dans des cas où je voulais ménager l’estomac, je me suis bien trouvé d’administrer le sulfate de quinine en lavement.

Acétate de quinine. Ce sel est très légèrement acide; il cristallise très facilement: peu soluble à froid, il l’est beaucoup plus dans l’eau bouillante. Il s’emploie à la même dose que le sulfate de quinine et de la même manière. 11 produit les mêmes effets physiologiques que ce dernier , et paraît jouir des mêmes propriétés thérapeutiques. Un homme était à l’Hôtel-Dieu d’Amiens pour une fièvre tierce , il avait pris deux fois du sulfate de quinine à la dose de six grains: il avait éprouvé les phénomènes que ce sel a coutume de produire , et la fièvre n’avait plus lieu. La troisième fois on. lui donna , au lieu de sulfate, six grains d’acétate de quinine : une heure après , il sentait une chaleur bien marquée h l’épigastre , qui s’étendait à tout le corps, puis il survint de la sueur: il n’a eu ni coliques ni déjections par le bas : il disait avoir éprouvé les mêmes efl’ets qu’après avoir pris la première drogue.

Quinquina piton. Écorce de Sainte-Lucie. Écorce, du ciNCHONA FLoniBUNDA , Swariz ; EXOSTKMA FLOBIt nuNDA , Humboldl et Bonpland. Arbre qui croît à la Dominique, b la Jamaïque, b la Martinique, b la Guadeloupe, b Sainte-Lucie. MM. Humboldt et Bonpland lui ont trouvé des caractères botaniques diffé-

TONIQUKS.

renls de ceux des espèces du genre cinciwna : ils en ont l’ait un genre nouveau.

Le quinquina piton est en lubes de la grosseur du doigt ; ces écorces sont épaisses d’une demi- ligne à peu près , grises en dessus , brunâtres à l’intérieur ; elles ont une amertume très intense, avec quelque chose de nauséabond. MM. Pelletier et Caventou ont cherché à connaître la nature chimique de cette substance : ils y ont trouvé une matière analogue au rouge cinchonique , un principe amer qui a des qualités particulières , et qui semble se rapprocher de l’émétine , un acide qui a beaucoup de rapport avec l’acide kinique; mais ils ont constaté que le quinquina piton ne contenait ni quinine , ni cinchonine. L’absence de ces bases alcalines, dont les propriétés médicinales sont si énergiques et si remarquables, place les écorces qui nous occupent beaucoup au-dessous des quinquinas vrais dans l’ordre pharmacologique.

Le quinquina piton , qui ne provient pas d’un cincliona , dans lequel les chimistes ne trouvent pas les matériaux propres aux écorces des arbres de ce genre , se distingue aussi par une action particulière sur l’économie animale. Le quinquina pilon tourmente, irrite les voies digestives : l’observation a prouvé qu’il faisait fréquemment vomir: les auteurs lui attribuent une propriété émétique ; il est également connu qu’il provoque souvent des effets purgatifs. En poudre et à la dose d un gros , il est rare qu’il ne détermine pas ou des vomissements ou des selles. On assure que son impression sur la surface gastro- intestinale est plus marquée encore quand on emploie l’écorce fraî-

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che , comme ccJa a lieu dans les Jlcs où cel arbre croîl.

ïouleCois le quinquina pilon opère sur les organes un effet tonique. Ses molécules décidenl pai- leur impression immédiate sur tous les tissus un resserrement fibrillaire qui leur donne plus de force , plus die vigueur. Celte écorce procurerait à la thérapeutique des succès toutes les fois qu’elle désire fortifier des appareils organiques qui sont dans un état do relâchement et d’inertie. En n’administrant que de petites doses de cette substance à la fois, on préviendra les accidents qui naissent d’une trop vive agression contre la surface gastro-intestinale.

Quinquina caraïbe ou des Antilues. Ecorces du ciNcnoNA cARiBÆA, L. ; EXOSTEMA CARIBÆA , Bonpland. Arbre qui .croît à la Jamaïque, à Saint-Domingue , ù Cuba. La saveur de ces écorces est d’abord sucrée et mucilagineuse , elle devient ensuite très amère : celle production ' colore la salive en jaune verdâtre. Elle possède une vertu bien développée et propre à provoquer une médication tonique aussi forte que les intérêts thérapeutiques pourront le désirer.

Quinquina nova. Kina nova. Nous noterons ici celle écorce, que l’on ne connaît que depuis quelques années : on ne sait pas de quel arbre elle provient. Elle est en morceaux d’un pied de longueur environ ; elle a une couleur rouge pâle , une saveur fade, astringente, une odeur faible. MM. Pelletier et Caveutou ont soumis celte écorce ù des recherches analytiques : ils se sont convaincus qu’elle ne contient ni quinine ni cinchonine : ils l’ont trouvée composée ,

TÜMQUCS.

i” D’iino matière grasse ,

2° D’une matière résinoïde rouge ,

5® D’une matière tannante,

4“ D’un acide particulier qu’ils nomment acide kinovique ,

5“ De gomme ,

G“ D’amidon ,

7® De matière colorante jaune ,

8® De matière alcalescente en très petite quantité, 9® De ligneux. »

Le quinquina nova exerce sans doute sur les tissus vivants la meme impression que les agents toniques; mais son action est faible, et dans les cas où la thérapeutique demande une influence tonique, une foule d’autres productions mériteront la préférence.

Kino. Gomme -Kino. Rùsixe-kino. Gummi Kino. Gummi gambiense. On nous apporte cette substance de Sumatra , en masses dures , opaques , très fragiles, dont la cassure est brillante et d’un rouge noir; elle devient d’un rouge brun quand elle est réduite en poudre. On la retire du naüclea gambib de limiter, joli arbuste, à feuilles opposées, à fleurs axillaires groupées et infundibuliformes, qui habite les îles de la Sonde. On écrase les tiges et les branches de cette plante, on les fait bouillir dans l’eau; cet excipient se charge de leurs principes, et par l’évaporation du liquide on obtient l’extrait sec que l’on appelle kino. On a quelquefois confondu avec cette dernière matière le suc épaissi, très styptique , des haies du raisinier à grappes , coccoloba uvifera , de la famille des polygonees, qui nous vient de la Jamaïque.

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La substance médicinale si iinpropremcnl nommée gomme ou résine kino a une saveur fortement astringente , suivie d’un goût douceâtre. M. Vanquelin la considère comme une espèce particulière de tannin ; elle recèle aussi des principes extractifs; il n’est pas prouvé qu’il y existe de l’acide galliqne. Cette substance se dissout en grande partie dans l’eau chaude : à froid , cet excipient a peu d’action sur elle. Le kino est en grande partie soluble dans l’alcohol; alors ce liquide acquiert une couleur d’un beau cramoisi quand il est suffisamment étendu. Toutes ces dissolutioiis donnent des précipités lorsqu’on y ajoute de la gélatine , du sulfate de fer ou du tartre slibié. Dans l’Inde orientale, on met en couleur le nankin et les autres toiles de coton en les plongeant dans de l’eau chargée des principes du kino : en y ajoutant du sulfate do fer on obtient diverses nuances de gris de lin. (Virey, Bullet. de pharmacie, tome 4. P- 364*)

Le kino montre une grande force d’astriction lorsqu’on le met en contact avec une partie vivante. L’impression qu’il exerce sur une surface détermine un resserrement fibrillaire dans les tissus qui sont plus profonds : il provoque par là un déveloi)pement remarquable de la tonicité de l’organe auquel ces tissus appartiennent. Cet effet immédiat a lieu dans tous les appareils organiques lorsque les prinaipes du kino sont absorbés en assez grande quantité pour étendre leur puissance à toute l’économie animale.

La nature de la propriété médicinale de cette substance , le produit de son exercice sur le corps , expliquent bien comment son usage est utile dans quelques

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espèces de diarrhées , de leucorrhées , dans des écoulemenls gonorrhéiques anciens, dans des toux humides, etc. Les affections des voies alimentaires demandent que l’on administre cette matière médicinale à petites doses, de six îi huit grains, et qu’on les répète deux ou trois fois le jour. On doit en donner davantage dans les affections des membranes muqueuses des autres surfaces, parcequ’on n’agit plus immédiatement sur elles, et qu’on ne peut les atteindre que par suite de l’absorption des molécules du kino. Dans la leucorrhée , on recommande de plus les injections faites avec une solution aqueuse de cette substance , ou l’introduction dans le vagin d’une éponge qui en est imbibée. On a pu aussi se louer de l’avoir employée dans des incontinences d’urine , dans le diabétès , dans des pertes de sang, et dans d’autres affections qu’entretenait l’atonie des organes par où les évacuations s’opéraient. Dans ces maladies , il faut en faire prendre des quantités plus fortes, comme de douze à quinze grains en poudre, deux ou trois fois le jour.

On a fait servir la gomme-kino à la guérison des lièvres intermittentes. Des observations répétées prouvent que sa vertu tonique peut devenir dans ce cas une vertu fébrifuge. Alors on donne dans les huit heures qui précèdent l’accès environ deux gros de cette substance , divisés en cinq à six prises. M. Alibert dit qu’aux États-Unis on mêle une petite proportion de kino au quinquina pour empêcher ce dernier de passer par les selles. Les effets médicinaux de l’écorce péruvienne tiennent à l’absorption de ses molécules, à 1 action de celles-ci sur les organes : le kino, en pré-

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venant l’expulsion du quinquina , en assure rclTicncilé , et acquiert une part réelle à des résultats curatifs auxquels il a peu contribué par lui-mêine. La teinture de gomme-kino se prend b la dose d’une demi-once ou de six gros.

Garance. litibùe tmelorum radix. IiObia tinc- TonuM , L. Celte plante croît spontanément dans nos provinces méridionales, en Suisse, en Italie, dans le Levant : on la cultive dans plusieurs de nos départements. On emploie sa racine dans la teinture des élofl'es , elle donne une couleur rouge très estimée : on n’en fait la récolte que quand elle a trois années de végétation ; ce temps est nécessaire pour que les principes qui lui donnent tant de prix dans les arts se soient formés. La garance contient une matière colorante d’un jaune fauve , très soluble dans l’eau , et une matière colorante d’un rouge vif, qui ne s’y dissout qu’à l’aide de la première '.

La thérapeutique n’aurait pas pensé peut-être à con venir cette racine tinctoriale en un agent médicinal , si le hasard n’avait appris qu’elle avait la faculté de colorer en rouge vif la terre calcaire des os des ani-

' M. Dœbereiner a reconnu qu'en ajoutant a la racine moulue de garance, délayée dans l’eau tiède, un peu de ferment de bière ou de levure, il en résulte, après cinq à six jours de fermpntation, une liqueur vineuse qui donne de très bonne eau-de-vie par la distillation. Il a constaté en outre qu’après sa fermentation la garance peut être employée dans la teinture avec le même avantage qu’auparavant. Journal de PJiarrnade, avril 182 i, pag. 19b.

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maux cjul en avalaient. Après quatre à cinq jours d’usage de celle racine, si l’animal est jeune, un peu plus tard s’il est vieux, tout son squelette devient rouge. Ce n’est pas seulement sur les os que se porte la matière colorante de la garance, elle rougit aussi le bec et les ongles des oiseaux auxquels on la fait prendre avec leur nourriture. Sa partie colorante se retrouve de plus dans les humeurs excrétées, dans le lait, dans les urines, dans la sueur, etc.; les excréments présentent une couleur de kermès. Remarquons qu’il n’y a que les parties du corps dont la vie est nulle , ou très peu développée, qui puissent recevoir ce principe colorant; tous les tissus où les propriétés vitales sont abondantes restent intacts; même les aponévroses , les tendons , le périoste , ne participent pas à celle coloration. Il y a plus , sur un os fracturé le cal ne devient pas rouge tant que le travail inflammaloire y maiülient un excès de vitalité. On assure que le sérum du sang offre celte nuance dans ceux qui prennent de la garance; ce phénomène n’a lieu qu’après que le sang, hors de ses vaisseaux, a perdu la vie qui l’animait; alors les molécules colorantes qu’il recélait entre ses parties ont pu librement pénétrer sa sérosité , et s’unir avec elle.

Quelque singulier que soit l’effet physiologique que la garance produit sur les os et sur les liquides excrètes , quelle conséquence peut-on en tirer par rapport è son importance médicale. Cette racine est inodore ; mise sur la langue , on no lui trouve qu’une stypticité à peine perceptible, mêlée d’un peu d’amertume; elle Il a point d’action sur les tissus vivants qui soit appré-

DES MÉDICAMENTS

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ciable. Cependant, s’il est possible de juger le caractère de sa faible propriété , il paraît qu’elle a une nature tonique , et qu’elle ne peut être mise ailleurs que dans celle classe, où elle tiendra un rang Irès subalterne, où il serait même difficile de motiver son admission , si l’on prenait pour mesure les avantages que la thérapeutique peut en retirer.

On a dit que la garance était diurétique; Cullen , qui a voulu constater celte propriété, assure qu’il a toujours été trompé dans son attente. Home affirme qu’il en a obtenu des effets emménagogues ; mais il prouve en même temps la presque nullité de la puissance médicinale de celle plante, puisqu’il dit quelle n‘occasione jamais de produits sensibles, que son usage ne change pas l’étal du pouls, etc.

On ava'it conseillé l’emploi de la racine de garance, en poudre ou en décoction, dans le rachitis , dans le ramollissement des os. Bientôt on s’est aperçu que la garance ne donnait pas plus de solidité à ces soutiens de la machine animale : on a constaté quelle pervertissait au contraire les fonctions nutritives , qu elle faisait maigrir, qu’elle donnait lieu à un prompt dépérissement. On a parlé aussi de son utilité dans la jaunisse, dans la dyssenlerie , dans les toux chroniques : comment une substance à peu près inerte pourraitelle combattre les lésions organiques que supposent ces affections diverses?

Une seule chose recommandait la garance à l’atten lion des médecins , c’était la faculté qu’elle a de teindre eu rouge les os et les liqueurs excrétées. Ce produit , remarquable sans doute , procède de la matière colo-

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ranle qu’elle contient en abondance. Mais cette matière olFre-t-elle une nature médicinale? Elle n’a point de prise sur nos organes; elle est incapable de modifier leur état actuel; son contact avec une partie vivante ne change pas la disposition de cette dernière. La présence d’une partie colorante dans la garance ne suilit point pour la placer au rang des sujets pharmacologiques. En physiologie cette racine donne lieu à un phénomène fort curieux; en thérapeutique , elle restera inutile et ne pourra rendre aucun service.

Famille des anientncées.

Les écorces des arbres de cette famille contiennent du tannin et de l’acide gallique. On s’en sert dans les arts pour teindre en noir, pour tanner les peaux, etc. On en a aussi introduit l’usage en médecine comme de substances propres à opérer un effet tonique, à combattre les fièvres intermittentes , etc. En Amérique, on admet parmi les substances médicinales un grand nombre d’espèces d’arbres qui appartiennent à cette famille. Nous n’employons guère que les écorces de saule et de chêne. Nous nous contenterons de parler ici de ces substances, dont nous rapprocherons la noix de galle.

Saule , cortex salicts , écorce du salix alba , L. , arbre que 1 on trouve dans les prairies, au bord des eaux et autour des villages. Stone, qui a cherché dans cette substance un remède indigène contre les fièvres intermittentes, choisissait, pour l’usage médical, les

écorces des rameaux qui avaient atteint l’âge de quatre à cinq ans.

5*2 2 UES MIÎl)lC\MF.ÎiTS

Celle oeorec devient en séchant d’une couleur brunâtre en dedans ; elle a une amertume très intense , mêlée d’une saveur acerbe et légèrement aromatique. Le professem' Reuss a cherché en vain dans celte écorce les matières qu’il avait trouvées dans le quinquina ; mais il y a démontré l’existence du tannin.

[J ournal do pharmacie, novembre i8i 5.) MM. Pelletier et Caventou soumirent l’écorce de saule à des recherches analytiques; ils voulaient s’assurer si cette production contenait un principe analogue à la quinine ou à la cinchonine qu’ils avaient découvertes dans le quinquina. Us retirèrent de l’écorce de saule , i° une matière brune , rougeâtre , soluble dans l alcohol , très peu soluble dans l’eau ; 2“ une matière grasse , verte, soluble dans l’alcohol et dans l’éther; 5» une substance tannante, résultat de la combinaison d’un acide et d’une matière colorante, dont 1 eau s empare, et qui donne un précipité abondant par la gélatine animale ; sa non-précipitation par l’émétique montre que cette matière tannante est diflerente de celle que 1 on trouve dans le quinquina ; 4“ «oe matière gommeuse ; 5“ une partie ligneuse encore très colorée. L’écorce de saule ne contient pas d’amidon. Ces chimistes n’ont pu découvrir dans celle écorce un principe analogue aux bases salifiables du quinquina. ( Ouvrage cité, p. Gg. ) M, Barloldi, professeur de chimie â Colmar, avait donné, dans les Annales de chimie, tom. 00, une analyse du saule blanc , qui s’accorde avec celle des chimistes que nous venons de nommer.

On administre l’écorce de saule en poudre , en inlusion,en décoction, ou en extrait. Les préparations phar-

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nîacculifjucs qui auront l’eau pour véhicule contiendront une grande jiroportioii de la matière tannante de celte écorce , mais très peu de la matière hrune-rougeâlre, et point du tout de la matière grasse ycrle. La teinturo alcoliolique de l’écorce de saule recèle toutes ses propriétés , parccqu’elle possède tous ses principes actifs. On peut aussi faire un vin d’écorce de saule, qui méritera de figurer parmi les agents pharmacologiques.

Les effets immédiats que fait naître l’imprefesion de ces médicaments sur les organes mettent en évidence la vertu tonique dont ils jouissent : ils fortifient les tissus vivants , ils développent leur tonicité. C’est dans des maladies produites par la faiblesse des appareils organiques , par la perte de leur force matérielle , que le thérapeutiste les trouvera des secours efficaces. Des médecins se louent d’avoir employé cette substance dans des digestions pénibles , contre des accidents qui procédaient d’une oligotrophie de l’estomac, d un affaiblissement , ou d’un ramollissement de ses tuniques, de modifications organiques analogues des intestins, du foie, etc. 11 est facile de concevoir que deux cuillerées d’infusion ou de décoction de cette écorce , ou bien douze à quinze grains de sa poudre , pris au moment des repas, deviendront un remède utile contre ces lésions. On ne donne que de petites doses de cette substance , pareequ’il suffit , dans cette circonstance , que les organes digestifs eu sentent l’action corroborante, pour qu’aussilôt la nutrition se rétablisse dans leurs tissus, et qu’ils acquièrent par suite plus do vigueur. On a en recours h l’écorce de saule

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pour comballrc des pertes de sang , et l’on prétend en avoir obtenu un résultat avantageux.

Dans les fièvres intermittentes , 1 écorce do saule s’est montrée un puissant remède : avant que 1 analyse chimique eût démontré la distance qui sépare cette écorce de l’écorco péruvienne, on avait même pt^oclamé la première un des meilleurs succédanés de la dernière. Des observations multipliées justifient toutefois les éloges qu’on lui a accordés dans le traitement de ces maladies périodiques. Nous ajoutorions nous-même deux faits qui nous sont propres . à ceux que l’on a consignés dans divers recueils , s’il ne fallait pas <-arder une sévère réserve quand il s’agit de décider "qu’un remède a guéri une fièvre intermittente, parceque les accès ont cessé pendant que 1 on en faisait usage. Au reste, le succès dans le traitement de ces maladies dépend de la manière dont on administre le médicament : il est nécessaire que le malade prenne une forte dose d’écorce de saule dans 1 intervalle des accès, comme une demi-once, six gros,ou meme une once de sa poudre , plusieurs onces du vin, ou plusieurs cuillerées de la teinture de celte écorce : d laut , pour obtenir un produit fébrifuge , que 1 action tonique L ces agents soit bien développée et s étende à tout corps au moment où l’on attend la fièvre.

On a employé l’écorce de saule comme un moyen

vermifuge. On en a fait des bains toniques : Hai e les recommande contre la faiblesse des muscle.s extrémités inférieures dans les enfants.

Plusieurs autres espèces du genre sAUX ont été troduites dans la matière médicale. Leurs coices o

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frent les mêmes qualités sensibles que la précédente , seulement dans un degré inférieur. Elles ont saus doute une composition chimique analogue; elles doivent jouir des. mêmes propriétés. Cullen s’est servi de l’écorce du salix pentandha. L. On a aussi rais eu usage celle du saeix tiuandba , du salix FKAciLis.et du SALIX CAPHEA. L. Wilkiuson vient de préconiser Iç mérite dé cette dernière ; il assure en avoir constaté l’efficacité ; il ne balance pas h la regarder comme supérieure au quinquina. Que l’éçorce du salix caprea ait une force active qui puisse devenir salutaire dans l’exercice de la médecine, c’est un point sur lequel on tombe facilement d’accord; mais vouloir comparer cette écorce avec celle du Pérou , c’est donner dans une partialité contre laquelle l’examen chimique et l’expérience clinique se prononcent également.

Chêne. Cortex quereCts, Écorce du quercus uobur. L. et du QUERCUS RACEJiosA. Lamarck. Ces deux espèces d’arbres , dont on connaît en botanique plusieurs, variétés , font la richesse et l’ornement de nos forêts. Leur bois solide et compacte est recherché pour les constructions : leur écorce , mise en poudre , sert à tanner les cuirs. Non seulement on a voulu introduire dans la thérapeutique l’usage do cette écorce , mais on a même regardé les feuilles du chêne , ses fruits , que l’on nomme glands , et les cupules dans les: quelles ces derniers se. développent, comme des productions précieuses pour l’art de giqirir. Qn n’emploie guère aujourd’hui que l’écorce de ces arbres : nous conseillerons de choisir celle des jeunes rameaux de.

DUS JlilUlCASlliNTS

trois à quatre ans , do la prendre au printemps , et de soigner sa dessiccation.

La chimie démontre dans l’écorco du chêne une grande abondance de tannin : elle y a trouvé aussi un principe extractif. Or c’est de ces matières actives que dépend l’action médicinale de cette écorce. On peut l’administrer en poudre; on en fait des infusions aqueuses d’une grande activité : le tannin qu’elle fournit est soluble dans l’eau froide.

L’écorco de chêne est très acerbe : elle détermine sur les surfaces organiques avec lesquelles on la met en contact un resserrement fibrillaire très prononcé , qui se fait sentir dans les tissus qui sont situés audessous. Cette agression est si vive , qu’elle cause sur les parties très sensibles, comme l’estomac, une sorte de crispation pénible et douloureuse; qu’elle donne lieu à la cardialgie , à des spasmes . etc. Aussi n’administre-t-on l’écorce de chêne qu avec une certaine retenue , ou bien il faut la mêler à des substances qui modèrent l’action qu’elle exerce sur la surface interne de l’ôrgane gastrique.

On a conseillé l’écorce de cbêne dans la dysenterie . ce moyen ne doit être donné qu avec réserve lorsque des portions , des zones de la membrane muqueuse intestinale sont le siège d’une congestion sanguine, sont couvertes d’injections vasculaires, d’ulcérations superficielles et récentes. L’impression des principes de l’écorce de chêne, en changeant alors d’uue manière soudaine le mode d’action de ces parties, peut è la vérité les ramener h leur condition naturelle , mais ce résultat est loin d’être sûr. Un donne , dans ce cas , de quatre

TONIQUBS.

lieiires en quatre heures , une dose de la poudre ou de l’inl’usîon de la substance qui nous occupe. Ce remède ne peut plus faire de bien s’il existe des endurcissements , des ulcérations profondes , des dégénérescences graves du tissu des intestins : l’agression des principes styptiques du chêne ne fera plus qu aggraver la maladie, Ce remède est évidemment nuisible lorsqu’il y a un certain degré d’entérite , et que les tuniques du canal alimentaire sont prises d’inûaihmation , ce que l’on reconnaît au volume du ventre , aux douleurs sourdes que ressent le malade, à la chaleur qui occupe l’abdomen , aux difficultés des déjections, etc.

Des quantités plus élevées, et capables de propager l’influence tonique à tout le système vivant, ont pu produire un résultat favorable dans les pertes sanguines causées par l’inertie de l’utérus, dans des incontinences d’urine qui dépendaient du relâchement du sphincter de la vessie. On a vanté cette écorce dans les leucorrhées, dans les 'gonorrhées anciennes; on la donne alors à l’intérieur ; ou en fait en même temps des injections sur les surfaces qui fournissent l’excrétion morbide. La manière d’agir de cette substance médicinale sur les parties vivantes , lés changements qu’elle détermine dans leur condition actuelle, expliquent bien les succès que les auteurs assurent avoir obtenus de son emploi dans les maladies que nous venons d’énumérer.

L’écorce de chêne a joui d’une certaine faveur comme remède fébrifuge. Tous les auteurs de matière médicale parlent de la guérison de fièvres quotidiennes , tierces , double-tierces , etc. , que l’on attribue à l’eiu>^

DES MÉDICAMENTS

ploi de cette substance N’oublions pas que, pour suspendre le cours d’une fièvre intermitttente , il laul une médication générale. On devra donc donner , dans l’intervalle de deux accès , une quantité de ce médicament qui soit capable de susciter un dévelopment brusque et très marqué des forces toniques. Celte condition paraît essentielle pour la réussite du traitement.

On a essayé , dans quelques hôpitaux militaires , de substituer au quinquina un mélange dont l’écorce de chêne faisait la base. Ce fébrifuge , produit de l’industrie pharmaceutique , se composait ainsi ;

Ecorce de chêne 120, parties.

Noix de galle

Gentiane

Camomille

Lichen d’Islande

Total . .

On a employé celle poudre de diverses manières : on a été jusqu’à en donner une once avant l’accès , une demi-once quelques heures après la fièvre , et en-

’ Il existe, dans un faubourg d’Amiens, un moulin où l’on réduit en poudre l’écorce de chêne. On a remarqué que les ouvriers qui vivent au milieu de la poussière qui s’échappede ces écorces, pendant la pulvérisation, n’étaien l jamais atteints de fièvres intermittentes, pendant que \es ouvriers occupés à d’autres travaux, et lés habitants de ce lieu marécageux et humide sont fréquemment tourmenté.s de ces maladies, en automne surtout.

TONIQÜJJS. ^2Ç)

core une once avant le moment où un nouvel accàs devait revenir. Des succès nombreux ont répot^dtti^ l’attente des savants, dont l’opinion ^.lait sans doy^ que deux composés qui ont des qualités sensibles ana^ logues , qui se comportent de la même manière ayeft les réactifs chimiques , qui surtout produisent dcsielTqtS immédiats semblables, doivent, en thér,apeulique^ remplir les mêmes indications et procurer les mênçt®* avantages. {Ballet, de pliarm. , t. 2 , p. 84-) . •;

Mais on connaît aujourd’hui les principes d’pù le quinqnina lire surtout son activité médicinale , et l’pn sait que ces principes ne peuvent se Irouyey dan§ jefi préparations avec lesquelles on prétendait pouvoir se passer dé l’écorce du Pérou; il n’échappera non plus h personne que ces fébrifuges artificiels sont d’un usage difficile , à cause dç la quantité qu’il en faut prendre. Il me semble enfin que la proportion d’écorce de chêne ■et de noix de galle est trop forte dans ce mélange , et que l’impression de ces substances ne serait pas supportée sans accident , par la plupart des estomacs.

On applique fréquemment l’écorce de chêne à l’extérieur , pour produire une impression styptique. On met la poudre en sachet , ou des linges trempés dans la décoction de cette écorce, sur les parties dont on veut réveiller la tonicité, resserrer le tissu. On a recours à ces topiques dans les chutes de l’anus. On emploie la décoction en gargarisme dans les relâchements de la membrane muqueuse de l’arriérebouche et des amygdales : Gullen dit s’en être souvent servi avec avantage. ( Matière mèdic. , tome 2 , pag. 48 de la trad.)

53o «ES MÈmCA-MENTS

Noix de galle. Galla. Galke turcicm. On donne ce nom à des excroissances qui viennent sur les chênes , et qui sont le produit accidentel de la piqûre d’un insecte du genre cynips. La femelle porte sous l’abdomen une petite tarière roulée en spirale, à l’aide de laquelle elle perce l’épiderme des feuilles du chêne pour y déposer ses œufs. Cette piqûre attire les sucs acerbes dont toutes les parties de cet arbre sont remplies , et donne lieu à la formation d’une protubérance au milieu de laquelle les œufs acquièrent du volume et de la consistance. Il en naît de petites larves qui rongent l’intérieur de la galle, et qui souvent y subissent leur métamorphose : alors l’insecte perce les parois de sa prison et s’échappe. On estime davantage les noix de galle qui ont été recueillies avant la sortie de l’animal auquel elles servent de berceau : celles qui sont percées paraissent avoir subi une détérioration, elles ont moins de pesanteur et une couleur plus claire.

Les noix de galle du commerce sont récoltées sur une espèce de chêne qui forme un arbrisseau de quatre h six pieds , et qui est très commun dans l’Asie-Mineure. G. A. Olivier l’a fait connaître en France , et lui a donné le nom de quercus insectoeia. ( F oj'agc dans l’empire ottoman, tom. i.) On estime surtout les noix de galle qui viennent d’Alep ; celles qui croissent sur les feuilles des chênes de nos forêts sont bien moins acerbes que celles du chêne que nous venons d’indiquer.

La production qui nous occupe contient une grande proportion de tannin cl un acide particulier, auquel on a donné le nom d’acide galli<iuc , pareeque l’on, a

TONIQtJliS.

d’abord examiné celui que l’on retirait de la noix de galle. M. Davy a trouvé que 5oo grammes de celle substance fournissaient i85 grammes de matières solubles dans l’eau , qu’il a trouvé être composées de:

Acide galliquc uni à un peu d’extractif. .... 3i Muqueux et subst. rendue insoluble par l’évap. . 1 2

Matière saline 12

M. Laubert a extrait de la noix de galle , h l’aide de l’éllicr, une petite quantité d’acide gallique , beaucoup de tannin , un peu de matière verte , et une substance qui joue le rôle de matière colorante ou ex Iractive. {Recueil de M cm- de méd. milit., iom. 5.) L’infusion alcoholique de noix de galle , et surtout l’éther chargé de la matière tannante qu’elle contient, sont des réactifs sûrs et très sensibles pour découvrir des atomes de tartre slibié dissous ; il se forme aussitôt un précipité d’un blanc jaunâtre.

On administre la noix de galle en poudre; on peut aussi charger l’eau et l’alcohol de ses principes et de ses vertus. Les galles ont une saveur acerbe , et font une impression styplique dans l’intérieur de la bouche. Ces substances produisent un effet analogue sur les autres surfaces vivantes avec lesquelles elles se trouvent en contact. Le resserrement qu’elles déterminent dans les fibres des tissus vivants développe le ton de ces derniers , augmente la vigueur matérielle des organes qu’ils composent. Les molécules de ces substances f|uc l’absorption fait pénétrer dans le torrent

I)liS JlKUlCAMliNTS

circulatoire, doivent susciter le mcinc changement dans les parties qu’elles touchent. Voilà la source de la vertu tonique de la noix de galle , le mécanisme de l’opération corroborante qu’elle fait éprouver au corps vivant.

L’action astrictive que cette substance porte sur la surface gastrique , lorsqu’on l’administre h l’intérieur, est souvent si vive, qu’elle blesse l’estomac, organe éminemment sensible , lorsqu’on la donne à des doses un peu élevées. J’ai vu des malades chez qui elle provoquait toujours le vomissement. Bergius a noté les accidents qui résultent de l’action trop répétée de la noix de galle sur le tissu des viscères. On ne peut pas donner sans inconvénient un poids de cette pro- . duction égal à celui que l’on fait tous les jours prendre d’une substance seulement amère , comme le quassia, la gentiane, etc. C’est l’expérience qui a suggéré l’idée de mêler toujours une poudre amère à la poudre acerbe de la noix de galle, pour prévenir l’impression fâcheuse de celle-ci sur l’estomac, sans nuire à l’exercice ultérieur de sa vertu tonique.

Les maladies dans lesquelles la noix de galle a été salutaire prouveraient seules que sa force active a un caractère tonique. C’est contre des aflèclions entretenues par le relâchement des organes, par la faiblesse de leur vitalité , que son efficacité s’est signalée. Elle exaspérerait les symptômes des maladies par irritation ; elle favoriserait souvent dans tous les tissus organiques l’hypertrophie, l’endurcissement , les dégénérescences , si CCS lésions étaient en train de s effectuer.

On s’est servi avec succès de cette production pom

TONIQUliS.

forlifier l’appareil digestif, pour combattre des accidents qui tiennent à l’inertie de sa vitalité, à l’oligotropliie , au ramollissement des tuniques de l’estomac et des intestins. Alors ou ne veut susciter qu’une nçiédication locale, et huit h dix grains de la poudre de noix de galle suffisent pour ranimer la tonicité du tissu de ces organes , pour rétablir leur action. Un militaire resta quelque temps à l’Hôtel -Dieu d’Amiens pour un gonflement ( pneumatose gastrique ) qu’il éprouvait dans la région épigastrique aussitôt qu’il prenait des aliments. D’abord il y ressentait de la douleur, de la pesanteur; puis il avait des nausées, et il linissait par rejeter une partie de sa nourriture. Ge qui parut le soulager le plus , ce fut la poudre de noix de galle, prise immédiatement avant de manger, à la dose de dix-huit grains. Alors tous les accidents qui accompagnaient ses digestions étaient moindres , le vomissement n’avait plus lieu. Mais quel espoir pouvait-on fonder sur ces améliorations passagères, si la maladie était entretenue par uue lésion matérielle grave, profonde? On conseille cette substance acerbe dans les diarrhées : on en fait prendre douze à dix-huit grains h la fois. La diarrhée n’est que le symptôme d’une lésion intestinale , et c’est cette lésion qui fait la maladie : or si c’est une irritation superficielle de la surface intestinale qui produit les évacuations alvines ; si cette irritation est légère , bornée seulement à quelques points du canal alimentaire; si même elle est accompagnée d’ulcérations récentes , ou bien si uue irritation , après avoir été très aiguë , a perdu de son intensité , il est permis d essayer do détruire l’état

1)KS MtDlCA.Mr.NTS

morbide de la surface iiilcslinalc par l’impression de la noix de galle. Mais dès (|u’après les iireinières prises de CO inèdicainenl aslriiigenl , on ne s’aperçoit pas que la membrane muqueuse des intestins se rélablisse dans àa condition naturelle , ce que l’on reconnaît à ce (jue'les Selles deviennent plus rares , qu’elles s’épaississent, que les coliques elles chaleurs d’entrailles diminuent, etc. , il faut discontinuer l’administration d’un moyen dont l’effet serait d’augmenter les accidents, d’entretenir une phlogosc lente et funeste, de hâter même des dégénérescences fâcheuses. J’ai vu cette substance arrêter , dès le premier jour, un dévoiement qui avait résisté à tous les moyens , qui durait depuis plusieurs mois , et qui avait succédé à une tuméfaction du ventre , survenue à la suite d’uno fièvre contractée à la Martinique.

On vante la noix de galle dans la leucorrhée et à la fin des blennorrhagies. On conseille de donner à l’intérieur un gros de sa poudre, chaque jour, en plusieurs prises, et défaire des injections dans l’intérieur du vagin ou du canal de l’urèthre , avec de l’eau chargée des principes actifs de cette production. L action tonique qu’elle met en jeu sur les parties vivantes rend raison de son utilité dans ces maladies.

Cette mâtière médicinale a été aussi recommandée dans le traitement des fièvres intermittentes : des praticiens estimables lui accordent une vertu fébrifuge très prononcée. Pour réussir contre les fièvres d’accès , il faut que l’on provoque , â l’aide de la propriété tonique de la noix de galle, une médication générale : il faut que les forces de la vie éprouvent.

TONIQUES

sur tous les points du corps , un dévcloppeoienl qui s’oppose 5 la naissance du frisson et du trouble fébrile, il devient alors nécessaire d’administrer une dose de noix de galle telle que ses principes puissent être sentis par tous les organes. Comme cette sub stance tourmente l’estomac par son impression slyplique , il est bon de la diviser avec une autre poudre amère, qui diminuera la vivacité de son action sur la surface gastrique , et unira sa vertu particulière à celle de la noix de galle.

On conseille la décoction de cette production en gargarisme , pour arrêter la salivation mercurielle , lorsque les symptômes qui accompagnent la fluxion des glandes salivaires sont à leur déclin , et que l’irritatioh est sensiblement diminuée. {Lagneau, de la Mal. vénér. )

Famille des urlicées.

Houblon. Lupuli coni. Jlumiili strobili, fruits de riIuMüLus Lupui.us. L. Plante dioïque , qui vient spontanément autour des haies et dans les lieux incultes, elle est remarquable par ses tiges grimpantes , et par le grand nombre de fleurs qu’elle porte. Les femelles sont ramassées en chaton , à l’extrémité despédicelles ; il leur succède des fruits qui forment des espèces de cônes écailleux. Ce sont ces productions que l’on connaît en pharmacie soqs le nom de houblon. On sait que l’on s’en sert dans la fabrication de la bière : cette substance empêche la décoction d’orge germée de passer à la fermentation acide. Elle remplit encore un autre objet; elle masque le goût doucereux et fade

DKS Mi'.DICA.5IliNTS

que la bièix j»ait sans celle addition, linfin elle assure la digeslion de celle boisson quand ellcesl épaisse et nourrissante : celle espèce de bière pèserait sur restomac et occasionnerait du Irouble dans l’action naturelle du canal alimentaire , si l’impression tonique du houblon ne soutenait les organes digestifs, n’augmentait leur énergie vitale. En Angleterre , on se sert aussi de la ménianthe pour remplir le même objet. On cultive dans la Flandre, dans la Belgique, et dans plusieurs parties de la France , les j)ieds femelles du houblon, pour en recueillir les fruits. La récolte se fait à la fin de l’été : on les dessèche au four , et on les conserve dans des enveloppes de toile en les rédui- .. sant par la pression sous le plus petit volume possible. On mange, dans quelques provinces, les jeunes pousses de celte plante, que l’on fait cuire dans l’eau, et que l’on assaisonne comme les asperges.

Le houblon contient des principes amers ; il répand une odeur remarquable. L’eau , le vin , 1 alcohol , s emparent des matériaux auxquels est attachée sa puissance médicinale. Nous nous étonnions de ne point voir les chimistes s’occuper de l’analyse chimique des cônes écailleux ou des fruits du houblon. Il nous paraissait important de connaître la composition d’une production si utile à l’homme , d’une substance médicinale dont les effets sont mal jugés ou sur lesquels on est peu d’accord. M. Planche, M. Yves, médecin à New-Yorck, et MM. Payen et Chevalier, s’occupaient eu même temps de ce travail intéressant. Ces savants ont reconnu qu’il existe à la base des écailles et autour des graines du houblon une multitude de petites

TONIQUES

glandes qui sécrètent une substance jaune, particulière , de nature résineuse. Cette substance est la partie active, la partie précieuse de celte production. On peut à l’aide d’un tamis la séparer des pédicelles, des feuillets membraneux et des semences : elle est sous forme de petits grains transparents. Il paraît que la proportion de celle substance varie selon que la saison est sèche ou humide , selon la nature du terrain , la température, etc. M. le docteur Yves propose de la désigner sous le nom de lupulin. Les écailles foliacées du houblon, les pédicelles des graines, ainsi que 1 axe du fruit, ont très peu de saveur. La qualité amere du houblon procède de la sécrétion particulière dont nous venons de parler ; c’est elle qui recèle la vertu médicinale du houblon; c’est elle qui donne îi la bière la saveur qu’on lui connaît.

MM. Paj^en et Chevalier ont soumis à une analyse soignée , du houblon qui provenait de la plaine de Grenelle , près Paris. Le résultat de leur travail prouve que le houblon se compose des principes suivants qu’ils ont isolés :

Une matière verte particulière ,

Un principe amer.

Une huile essentielle très fluide , fortement aromatique et très âcre ,

Une résine ,

Une matière blanche végétale, soluble dans l’eau bouillante , qui , précipitée par refroidissement , ne se redissoul plus dans ce liquide ,

Une matière grasse ,

La gomme , '

» ‘2ti

UKS MÉDICAMENTS

L’albumine j La chlorophylle ,

L’acide raalique , - L’acide carbonique ,

Le sur-acétate d’ammoniaque ,

Le malate de chaux ,

L’acétate de chaux et d’ammoniaque ,

Le nitrate, le muriate et le sulfate de potasse ;

Le sous-carbonate de potasse ,

Le carbonate et le phosphate de chaux ,

Des traces de phosphate de magnésie ,

— de soufre ,

— d’oxide de fer ,

— de silice.

L’eau.

Les houblons de récolte récente contiennent, toutes choses égales d’ailleurs, plus d’huile essentielle et moins de résine que les houblons anciennement re-

cueillis , ce qui fait penser que cette huile est susceptible d’être résinifiée par le temps. Les houblons de Belgique et d’Angleterre , soumis à des analyses comparatives , ont fourni les mêmes principes , mais dans des proportions différentes. On a reconnu que le houblon français contenait plus d’huile essentielle que le houblon de Belgique et moins que celui d’Angleterre. {Journ. de. pharmacie, mai et juin 1822. ) On administre le houblon en infusion , que l’on doit faire en versant dessus l’eau bouillante : on le donne aussi en décoction : on peut en préparer un extrait, qui est amer et aromatique. La teinture a cohohque de houblon est souvent employée par les me-

TONIQUES. 339

clecins anglais : on en donne jusqu’à cent gouttes.

L amertume du houblon n’a rien de désagréable. Cette substance exerce sur les tissus vivants une impression qui réveille en eux la force tonique ; sous son influence, les organes acquièrent plus de fermeté et jdus d’énergie. Ce produit est bien marqué sur le système digestif : tous les Jours nous voyons l’infusion de houblon servir à exciter l’appétit, à favoriser la digestion. C est le premier effet que l’on observe sur les enfants auxquels on conseille une infusion de cette production médicinale. Lorsque l’on prend une forte dose de houblon , ou bien lorsque les organes digestifs échauffés, irrités, sont plus sensibles à l’action des principes do celte substance , on éprouve de la chaleur dans la gorge et dans la région de l’épigastre, de la cardialgie , du trouble dans le bas-ventre , rarement des déjections alvines. La tonicité et la vitalité de tous les appareils organiques éprouvent un développement notable, lorsque les principes actifs du houblon ont pénétré dans la masse sanguine et sont répandus dans tous les tissus vivants. Si des personnes affaiblies dont la complexion est détériorée, ont prolongé pendant quelques semaines l’usage de l’infusion de hou- ) on , on trouve leur figure plus colorée , leur corps olfre ,1c. .igné, évidents d’une vigueur qui n’existait |>«s, d une restauration dont l’action tonique du hou- Ivlon a manifestement été la cause.

On a attribué au houblon une vertu diurétique : nous savons qu’un écoulement plus abondant d’urine est un produ.t insidieux qui dépend souvent de circonstances étrangères au médicament que, l’on a employé ,• il fau-

des médicaments

drait qu’il existât actuellement un état d inertie des reins, pour que l’influence du houblon pÛt déterminer une activité plus grande dans les mouvements sécrétoires de ces organes. La propriété sudorifique que quelques auteurs concèdent à cette plante . demande de même une explication. Il est reconnu que tous les moyens qui développent les forces vitales favorisent la fonction exhalante de la peau : l’expérience prouve qu’ils augmentent la quantité de l’humeur perspiratoire que le corps fournit dans un temps donné. Or l’infusion du houblon produira toujours cet accroissement de la transpiration : dans quelques occasions elle fera plus : son opération tonique décidera une diaphorèse et provoquera la sueur, en élevant brusquement la vitalité du système cutané. Elle y contribuera par sa température , si on la prend très chaude. Dans tous les cas , cette boisson fournira la matière de l’exhalation perspiratoire , comme elle fournit celle des urines, quand

on obtient un effet diurétique. , , , , ,

Nous avons parlé de l’odeur forte qu exhale le houblon. L’observation a démontré que cette odeur agi fortement sur le cerveau , qu’elle trouble , qu elle suspend même les fonctions de cçt important viscère. Des individus ont été atteints d’engourdissement et son tombés dans un sommeil mortel, parcequ ils étaient restés long-temps dans un magasin rempli de houblo .

Insomnie Ciganie . les médecm,

anglais meuenlsous la .ae de malade un eonssm ^^

de cette production. Le docteur Thomas , de Salubury,

dU ,ne l’espérience a

(Méd. prat., tom. i , p- ^6 • ^

TONIQUKS. 541

les principes volatils du houblon agissent alors disséminés , répandus dans l’air que respire le malade; ils attaquent les nerfs de la surface olfactive, ils pénètrent dans les cellules bronchiques. Ces principes ont-ils encore la même facilité pour modifier 1 encéphale , lorsqu’ils sont portés dans les voies digestives , lorsqu’ils traversent l’estomac et les intestins?

Sans doute l’existence dans le houblon d’un principe qui agirait sur l’appareil cérébral , qui modifierait son état actuel , qui provoquerait des phénomènes nerveux, présente un fait qu’il est important de constater dans l’étude des propriétés de cette production. Nous ferons toutefois observer que la proportion de ce principe serait toujours bien faible dans une infusion ou une décoction qui se fait avec une pincée de cette substance pour deux livres d’eau: on ne doit pas chercher^ à l’apercevoir dans l’opération de ces boissons sur nos organes, il n’aurait aucune part aux changements organiques que la tisane de houblon produit, et ce sera seulement par l’exercice de sa faculté tonique que celle-ci se montrera utile en médecine. Il ne suffit pas, en pharmacologie , qu’un principe actif existe dans un composé médicamenteux pour qu’on y attache de l’intérêt; il faut qu’il soit assez abondant dans la dose que l’on prend de ce composé pour que le corps sente sa puissance. De plus , ce principe n’est véritablement remarquable que quand le thérapeutiste peut se servir de ses eü’els immédiats pour combattre des mouvements morbifiques , pour remplir des indications curatives ; autrement c’est une possession qu’il regarde comme inutile. Nous avons fait un certain nombre d’expé-

DES MÉDICAMENTS

riences pour nous assurer si le houblon exerce réellement sur l’appareil encéphalique une influence particulière , s’il cause un état de somnolence , s’il jette le trouble dans les facultés morales. Nous avons choisi pour faire nos observations, des personnes atteintes de fièvres intermittentes : en administrant le houblon à hautes doses , comme fébrifuge , nous trouvions des circonstances favorables pour bien voir toute sa vertu , pour saisir l’action du principe narcotique qu’on lui attribue, pour en constater tous les effets, puisque les personnes auxquelles nous le faisions prendre étaient dans un état de calme , que les mouvements de tous les appareils, l’exercice de toutes les fonctions suivaient un ordre régulier.

Nous avons d’abord donné l’extrait de cette substance à la dose d’un gros , mis en six pilules avec de la poudre do réglisse, h un homme atteint d’une fièvre quotidienne. Le malade en prenait une d’heure en heure. 11 eut des coliques assez fortes , deux déjections alvines , mais il n’a éprouvé ni étourdissement ni somnolence ; il ne ressentit absolument rien du coté de la tête. L’action du houblon troubla seulement les organes digestifs, il décida une commotion intestinale et des évacuations par le bas. Le lendemain il prit le même remède , eut des coliques , mais moins vives, et trois selles; l’appareil cérébral ne parut rien ressentir. Il a pris le jour suivant un gros de la poudre au lieu d’extrait : les effets sur les voies alimentaires ont été les mêmes ; aucun trouble dans les fonctions cérébrales. Le quatrième jour , même remède , même résultat ; la fièvre diminue de force et l’accès est moins long. Le

l’OSlQUJis. '' ■ 3.43

cinquième jour il prend un gros cl demi de; poudre de houblon , sans qu’on pûlapercevoir aucun phénomène nerveux. La fièvre cesse. ' ■

Un jeune homme do vingt- quatre ans prend deux gros de poudre de houblon en trois doses dans laijouriiée. 11 ne ressent rien dans l’abdomen ; ses selles restent naturelles; il n’éprouve ni pésanleur de tête, ni envies de dormir , ni étourdissements. Les effets physiologiques du houblon sont restreints àiix effets- ter niques qui, se passant dans lelissu intime de nos parties, restent peu apparents. ■■ i* ■ * t-, '•

Un marin prit pendant quatre jours , contrôlés accès d’une lièvre quotidienne, tantôt Li'ois gros de poudre de houblon , et tantôt deux. gros, d’extrait de cetto même substance. Le malade avu^ail.ces doses eu dix oh dbilêe heures de temps;, il ne.rfiâsentil a-ucuu phénomène qui pût déceler une action du remède sur l’organe encéphalique. La vertu narcotique, enivrante du houblon ne se manifesta point rien né ,viu.l prouver son existence. .. -Il

Un homme de quarante, ans, lit qui j’avais conseillé de prendre le malin , à jeun , une tasiie d’infusion deihoilblon , en mil une demi-poignée- infuser dausi ijii , vei t’e d’eau bouillante. 11 avala cette liqueur quioétait très chargée des principes du houbl6n'; il éprouva aussitôt après une grande chaleur dans la gorge et dans l’estomac ; cette chaleur sembla même pénétrer daus- la poitrine: il n’alla point h la selle; il ne rosseulil aucun phénomène nerveux : rien no décela une impression perçue par l’appareil cérébral... .; ,0

J’ai, pendant l’année 1 820 ..employé fréquemment

DBS MliDICAMENTS

l’exlrail Qt la poudre de houLlou cooimo fébrifuge; j’en donnais de hautes doses; je n’ai pas pu découvrir celle vertu dont parlent les auteurs. Jamais les malades n’ont été assoupis, jamais ils n’ont olFert des efiels nerveux qui nous auraient révélés une impression portée sur l’encéphale, une agression éprouvée par l’appareil qui préside aux sensatioqs , aux perceptions , aux mouvements musculaires , etc. Ce remède, quoique donné è des doses si élevées , offense peu les organes digestifs : rarement il trouble leurs fonctions, rarement il cause des évacuations alvines , lorsque l’appareil. qui préside à la digestion est sajn : jamais dans ce cas son usage n’est suivi de nausées ni de vomissements ; les malades mêmes prennent ce remède sans répugnance. Mais les effets sont plus prononcés, il apparaît de nouveaux phénomènes , quand le houblon agit sur un estomac, sur des intestins qui sont dans un étal d’irritation ou do phlogose.

On conseille à un militaire qui se plaint de douleurs d’estomac un scrupule d’extrait de houblon en deux doses î il éprouve après chaque prise de la chaleur à l’épigastre; point d’autres effets marqués. Le lendemain il prend trente grains de cet extrait : la chaleur qu’il éprouve dans l’estomac est plus forte , avec une douleur qui s’étend dans le côté; le soir il eut un peu de somnolence et de pesanteur de tête , mais ces phénomènes durèrent peu. Le surlendemain il change de préparation de houblon , il se sert de la poudre au lieu d’extrait; il en prend trente grains. L’impression de cette substance sur la surface gastrique cause une chaleur pénible qui occupe l’épigastre , et même s étend

TONIQUES

aux côtés du vonlrc. 11 assure qu’il se sent plus lourd, qu’il a de l’accablemont , des éblouissements. Le quatrième jour il ces.se l’emploi du houblon , il ne restent plus rien dans l’estomac ni à Ift tête.

Un malade qui éprouvait aussi , après avoir pris trois gros de houblon en poudre , de la chaleur à l’estomac et du trouble dans le ventre , disait ressentir des picotements légers dans les yeux et un peu de douleur dans la tête. Les phénomènes nerveux qui apparaissent après l’administration du houblon dépendent- ils toujours de l’impression que fait celte substance sur la surface de l’estomac P Ces phénomènes sont-ils sympathiques ? N’ont-ils lieu que quand la surfaèe gastrique est actuellement irritée, phlogosée , dans un état pathologique, et par suite bien plus sensible à l’agression immédiate des principes du houblon ?

Le houblon fournit des agents toniques auxquels on peut recourir avec confiance toutes les fois que l’on veut relever le ton ou animer la force vitale d’un organe , d’un appareil organique ou même de tout le sys tème animal. On emploiera avec avantage l’infusion de cette substance , prise au moment des repas , pour remédier aux vices de la digestion, qui dépendent d’un état d’inertie ou de faiblesse des organes qui exécutent celte fonction , d’une oligotrophie , d’un ramollissement des tuniques de l’estomac et des intestins.

On trouve souvent l’infusion du houblon au nombre des moyens que l’on dirige contre les affections scrophuleuses , contre le rachitisme, ou contre une disposition éloignée ou prochaine h ces maladies. Ce tonique produit un bien manifeste , lorsqu’on le fait prendre

DES JliiüICAMENTS

aux enfauls qui sont pâles , Louflis , dont le tissu cellulaire paraît trop développé , qui ont peu d’appétit , chez qui l’assimilation est viciée , et dont toutei’ois les organes digestifs ne sont pas irrités ou phlogosés. On mêle alors cette infusion avec un quart environ de vin , et on fait prendre cette boisson .aux malades , en mangeant. L’influence qu’elle exerce sur le système lymphatique et glandulaire, concourt, sans doute très eflicaccment aux améliorations qui suivent son, emploi; mais nous devons aussi noter les changements qui s’opèrent dans les fluides et dans tous les tissus , par sujte du rétablissement de la digestion et de la nutrition. L’expérience confirme tous les jours les, éloges que des praticiens recommandables ont donnés à cette substance médicinale.

C’est des mêmes causes que procèdent les avantages que l’on a retirés du houblon dans le traitement des dartres et des gales invétérées. Son action sur la surface cutanée où la maladie a son siège , sou influence sur les fonctions assimilatrices qui , juenant un mode d’exercice plus régulier , changent peu à peu 1 état intime des humeurs et de tout le corps ; voila la source des succès que procure alors le houblon.

On donne cette substance dans les affections vénériennes. Elle ne peut rien contre le principe de la maladie ; mais elle tiendra sa place parmi les moyens que l’on mettra en usage lorsque la constitution du malade sera détériorée, et que l’on voudra rétablir ses forces en augmentant l’action nutritive sur tous les points du corps. Enfin des auteurs ont expérimenté que le houblon pouvait servir pour détruire les vers intestinaux.

TONIQUES

Que l’on ait prétendu que l’extrait de houblon provoquait comme l’opium un effet hypnotique ou anodin, et que l’on substituait avec succès le premier au dernier, c’est ce que nous ne concevons pas. Il n y a aucune analogie entre la compositiou chimique de ces deux substances : il n’y en a pas davantage entre leur manière d’agir sur nos organes , et en particulier sur l’appareil encéphalique. L’extrait de houblon , même h haute dose, ne pourra jamais remplacer le suc du pavot. Ces deux agents ne pourront jamais remplir eu thérapeuliqueles mêmes indications ; et si , dans quelques cas , après l’administration du houblon , il ■ est survenu du calme ou du sommeil , cet effet dépendait d’une cause, d’une modification organique bien différente de celle qu’aurait produite l’opium.

Lupulin. Matière d’un jaune doré , que l’on trouve sous la forme de glandes végétales sur la partie inférieure des écailles foliacées qui constituent les ffuits du houblon , et sur les graines que ces écailles enveloppent par leurbase. On l’obtient facilement en agitant ces fruits sur un tamis : le mouvement, le frottement détachent les grains dont nous voulons parler : ils passent h travers le sas; on les reçoit sur un papier ou sur un drap.

Ces petits grains , examinés à une grande lumière , paraissent contenir une sécrétion particulière : celle-ci est sous la forme d’une poudre impalpable et sons consistance , qui s’attache aux doigts et rend la peau plus rude. M. Planche propose de purifier celle matière et de la séparer du sable qui s’y trouve ordinairement mêlé, eu la délayant dans l’eau froide : le sable se

UKS MÉUICAMRNTS

dépose ou fond de la liqueur ; on en relire la matière jaune, et on la fait sécher.

Denx cents grammes de lupulin , mis dans une cornue avec cinq cents grammes d’eau distillée, ont fourni , à l’aide d’un appareil condensateur ordinaire , de l’eau, et une huile d’une odeur toute semblable h celle du houblon , mais beaucoup plus pénétrante , très âcre à la gorge : celte huile paraît être dans la composition de la matière jaune pour 0,02. L’eau distillée avait la même odeur: son âcreté disparaissait en partie au bout de quelques jours; elle était alcaline. MM. Payen et Chevalier ont obtenu par l’analyse chimique de deux cents grammes de cette substance granulée les

principes suivants :

Une résine bien caractérisée «o5

Une matière amère.

De l’huile essentielle 4

Des traces d’osmazome ,

Des traces de matière grasse ,

De la gomme De l’acide carbonique ,

Du sous-acétate d’ammoniaque.

De l’acide malique,

Du malate de chaux,

De la si lice ®

Des traces de carbonate, d’hydrochlorate, de sulfate de potasse, de carbonate, de phosphate de chaux, d’oxide de fer, et de soufre.

C’est dans celte sécrétion jaune que paraît i-ésider la vertu du houblon. Il était convenable de lui donner un nom particulier. M. le D. Yves l’a désignée par ce-

TONIQUES

lui de lupulin ; M. Planche veut que celle dénomination ait une terminaison féminine , et se .sert du mot lupuline : nous ne croyons pas ce changement heureux. La matière jaune du houblon est un produit complexe de la végétation , un composé de plusieurs matériaux chimiques bien distincts; elle n a point une nature alcaline; il ne convient pas plus de faire accorder son nom avec celui de quinine , de strychnine , etc. , que d’assujettir à la même règle les mots assa fœlida , ammoniaque , scammonée, benjoin, etc. , qui ne sont pas des produits organiques simples, des matériaux élémentaires.

Le lupulin a une odeur particulière, forte, pénétrante, une saveur très amère, aromatique, un peu âcre. Il a une vertu tonique d’une grande étendue , qui se manifeste par des effets bien marqués. Lorsqu’on le donne à la dosede douzeà vingt-quatre grains, ilattaque fortement l’appareil digestif; il produit une chaleur vive qui occupe d’abord la région épigastrique, et qui se propage ensuite à tout le ventre. Il donne lieu à des douleurs abdominales avec constipation , ou s’il fait rendre des matières fécales, elles sont solides : toutefois, les fonctions digestives ne sont point dérangées; l’appétit se conserve , le plus souvent même il augmente. Les effets de l’agression du lupulin sur les voies alimentaires ne sont pas toujours également pro" noncés. Ils sont peu sensibles , peu apparents sur les individus dont les organes digestifs ont peu de sensibilité; ils ont au contraire une intensité remarquable quand ces organes sont actuellement irrités. Dans ce dernier cas, le lupulin fait naître une grande ardeur ,

DES MÉDICAMENTS

un feu dans l’eslomac cl dans le ventre, qui bientôt semble s’étendre à tout Ifc corps ; il y a des nausées , même des vomissements; la gorge est échauffée , la soif extrême.

Le lupulin n’attaque pas l’appareil cérébral quand on le donne h petites doses ; mais quand on en fait prendre h la fois une quantité élevée , comme vingtquatre grains, par exemple , il provoque souvent des phénomènes nerveux, comme des engourdissements pénibles dans les membres , de la pesanteur de tête , de l’accablement. 11 est remarquable que cette substance ne produise pas de céphalalgie, d’éblouissement, d’étourdissement; l’impression qu’elle porte sur l’encéphale a quelque chose qui lui est propre. Ce n’est point une irritation qu’elle fait naître : elle ne cause pas non plus un effet sédatif, hypnotique ; son administration n’est jamais suivie d’un état de somnolence.

Les autres appareils organiques n’éprouvent pas de variations sensibles dans leurs mouvements , de modifications apparentes dans leur action , quand le corps est sous l’influence du lupulin. Mais, comme tous les médicaments toniques , cette matière médicinale détermine , quand ses .molécules sont absorbées et qu’elles se répandent avec le sang, dans tout le système animal , un resserrement fibrillaire de tous les tissus; ce changement inaperçu accroît l’énergie des organes, donne plus de force à leurs mouvements , cause en un mot une corroboration instantanée.

J’ai employé un grand nombre de fois le lupulin contre des fièvres d’accès. Il m’a paru dans quelques cas un fébrifuge plein d’efficacité; d’autres fois sa vertu

TONIQUES

est restée incertaine. Dansées tentatives, j’ai trouvé l’occasion d’étudier les effets physiolojjiques de celte substance. Je citerai ici deux faits.

Une fille de vingt-deux ans , attaquée de fièvre quotidienne, prit le 4 août 1822 un scrupule de lupulin , rais en trois pilules avec du miel : elle en avala une le matin , une à midi , et l’autre le soir. Après l’ingestion de chaque pilule , elle éprouve une grande chaleur à l’estomac; cette chaleur descend jusqu’aux pieds , et remonte à la tête. La malade a des tranchées , des tiraillements dans le ventre; elle ne ressent ni céphalalgie ni éblouissements: elle se trouve plus lourde, un peu accablée ; l’accès de fièvre n’a pas lieu.

Le 5 août, elle reprend la même dose de lupulin, et de la même manière ; elle éprouve la même chaleur , des coliques sans déjections : la chaleur a été générale , elle a eu de la sueur à la tête seulement. Ces effets avaient lieu une demi-heure environ après avoir pris la pilule; point de somnolence, mais un peu d’accablement. La lièvre ne vient pas ; la malade demande h manger, elle est tourmentée par son appétit.

Le 6 et le 7 , elle a encore pris ses trois pilules : elles opèrent les mêmes effets physiologiques ; la fièvre ne vient plus.

Un homme âgé de quarante ans, atteint de fièvre tierce , prend un scrupule de lupulin, mis en trois bols avec du miel , dans les six heures qui précèdent le moment où il attend l’accès. 11 ressent de fortes coliques , va deux fois du bas; il sent un peu d’accablement. Il dit n avoir point remarqué de chaleur intérieure, il ne s’occupe que des coliques violentes qu’il a eues. Ses accès

DES MÉmCAMEMS

de iièyre duraient douze heures; celui-ci lut très l’uibl)^;,,au bout d’une heure il avait cessé.

, ,Lc surlenden^a^ le malade avale de nouveau les trois pilules ,<|le,lupulin. Ses coliques ont été moins fortes; il a en dçnx celles ; il ne rossent ni pesanteur de tête , ni somnolence musculaire, ni chaleur

plus forlp dp, corps.

Le cinquième jour ce malade reprend encore ses pilules: elles font moins d’impression sur les organes digestifs, ne causent auçun trouble danslçs autres appareils organiques. Le malade a un très grand appétit. La fièvre ne paraît plus.

On voit ici le lupulin arrêter le cours de la fièvre, sans avoir déterminé d’autre effet sensible que les coliques. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’opération médicinale des toniques est une opération occulte. Leurs molécules décident un resserrement fihrillaire des Ussus organiques qui accroît d’une manière instantanée l’énergie de tout le système, qui cause une corroboration intérieure que rien no décèle au-dehors, mais dont les malades ont quelquefois la conscience intime. C’est de cette corroboration qui reste secrète, que sortent les avantages principaux que procurent les toniques ; c’est elle qui , dans le cas dont nous nous occupons , repousse le frisson , empêche la fièvre de se développer.

Cannabine. Datisca cannabina. L. Nous indiquons Ici cette plante, de la même famille que la précédente, parcequ’elle contient une grande abondance de principes amers, et qu’elle possède une propriété tonique très développée , dont la thérapeutique peut sc servir avec confiance. Dans l’île de Crète, où elle croît

TONIQUKS.

sponlanéincnl , on la snbstilue au quinquina : des médecins anglais ont avancé qn’etle égalait l’écorce péruvienne par l’énergie , par l’eflicacité de sa vertu lébriluge. Les qualités sensibles de la cannabine sont pour elle, en matière médicale des litres imposants; ils assurent à cette plante le droit de figurer sur la liste des productions qui possèdent la vertu tonique.

Famille des rosace’es.

Celte famille naturelle donne., dans tous les pays, un grand nombre de sujets à la matière médicale. La plupart des plantes qu elle contient recèlent une assez grande proportion des principes qui exercent sur les tissus vivants une impression styplique, qui détm-ininent les elTets médicinaux toniques. Nous nous bornerons ici à indiquer les espèces qui fournissent des productions dans lesquelles la vertu Ionique est très développée.

Benoîte. Cmjophyllatœ radix. Geiradtx. Racine du Geum iiEBANEM. L. Plante vivace , commune autour des haies , des bois et dans les lieux couverts; Sa racine se compose d’un tronc de la grosseur du doigt, long de deux pouces environ, et garni de fibres. Ce tronc est brun aii-dehors et d’un rouge pâle en dedans ; cest cette partie que l’on emploie en médecine. On recommande de la recueillir au printemps , et de préférer cellequi provient d un sol sec et pierreux. La racine de benoîte exhale, quand elle est fraîche . une odeur de gérofle; celle odeur se perd par la dessiccation.

On a cherché à connaître la composition chiüiiqne de cette matière médicinale. MM. Mélandri .etuMoretti *• «3

DES MÉDICAMENTS

ont obtenu de deux onces de racine de benoîte, les principes suivants, et dans des proportions qu’il est important de remarquer. Bullet. de pharm. , t. 2 , p. 558.

Résine.

Tannin

Extractif oxigénable. . •

Extractif savonneux. . .

Acide gallique

' Muriate de potasse. . .

de magnésie. .

Nitrate de potasse. . .

Malate acidulé de chaux. .

Extractif muqueux . . •

Tissu ligneux

Huile volatile, eau et perte.

25 grains.

I once 16 1/2 .' . 76 1/2

M. Trommsdorff {Journ. de pharm., tom. 5, p. 5io) a aussi examiné la composition chimique de la benoîte. Deux livres de cette racine séchée et pulvérisée , soumises à la distillation avec de l’eau , ne fournirent que six grains d’une huile volatile , qui était d’une consistance épaisse , butyreuse à la température de 1 5 degrés ( R. ) , d’une odeur particulière tirant sur le moisi, ne ressemblant nullement à celle du gérofle , tandis que la substance restée dans l’alambic exhalait encore cette odeur , ce qui prouve que celleci ne tient pa* à l’huile volatile dans la benoîte. Cette huile est d’une couleur jaune verdâtre , soluble dans

l’alcohol et dans l’éther. M. Trommsdorfl’ donne pour résultats de l’analyse de mille parties de la racine de benqite les matériaux suivants :

Tannin

TONIQUES

liésine 4b oo

Huile volatile o 3g

Adragantine qa

Matière gommeuse j 58

Ligneux avec une trace de soufre. . . 5oo

Cette analyse, en démontrant presque 35 p. loo de matière ligneuse, indique assez que l’on ne doit point administrer la benoile en poudre. Mais l’eau froide, l’eau bouillante, le vin et l’alcohol s’emparent des principes actifs de cette racine et peuvent servir h former des composés pharmaceutiques variés. L’extrait aqueux renfermera aussi les parties les plus efficaces de la racine. Versé sur elle quand elle est encore dans un état de fraîcheur et aromatique, l’alcohor conserve l’odeur qui est propre à cette production végétale.

La racine de benoîte a une saveur amèïe et austère. Lllc exerce sur les organes une impression qui affermit et fortifie leur tissu. Il suffirait d’ailleurs de considérer la nature des principes chimiques qui dominent dans sa composition, pour juger que sa vertu doit avoir un caractère tonique. Buchhave,miédecin de Copenhague, qui a mis cette plante en réputation dans son pays”, et qui a souvent eu l’occasion d’en observer les effets {/lua réglai soc. medic. Jlauniensis, t. i), annonce qu elle fortifie l’appareil digestif, qu’elle ouvre l’appélit , qu elle rend les digestions plus régulières et chasse les Hatuosités que l’inertie des intestins laisse séjourner (ans eur cavité. Buchhave a également remarqué que I act.0.1 de la benoîte faisait naître le sentiment intérieur d un grand fonds de vigueur organique ; qu’après son emploi on se trouvait plus fort, p|l ^

sans

556 1^*^® MÈDICA-MliNTS

cependant (^ue la température du corps s’élevât, ni que la vitesse du sang augmentât daus les canaux artériels. Peut-on méconnaître à ces traits une médication Ionique?

Cet observateur a vu la benoîte resserrer le ventre . quand il était trop lâche, ou exciter des évacuations alvipes, quand il y avait constipation. Ce double e£fet, absolument opposé, procède cependant d’une meme cause , de l’impression corroborante de cette substance sur le canal intestinal. Elle arrête des évacuations qui tiennent à des digestions imparfaites, qui ont pour cause la faiblesse vitale ou matérielle de l’appareil di«^eslif : qlle fera cesser une constipation qu occasione l’iLrtie des intestins. Croirait-on que ce dernier produit a suffi à des auteurs de matière médicale pour décider que la benoîte avait une propriété purgative , ou au moins eûcoprotique ? On dit aussi que cette plante est sudorifique : son induence tonique , en se portant sur le système cutané, doit toujours augmenter sa fonction exhalante; elle peut, dans certains cas, contribuer à faire couler la sueur. Ce phénomène ne suppose pas une vertu particulière , qui existerait dans la benoîte , puisqu’il faut que les circonstances extérieures concourent à le déterminer, et que l’action seule de cette substance ne suffit pas pour cela. Il en sera de même de la vertu emménagogue que l’on attribue h celte racine. La nature de sa propriété active autorise bien à penser qu’elle a pu favoriser une con- ..estion menstruelle qui s’établissait, et décider l’ér.ip don des règles. Mais c’est toujours sa force tonique qu’elle met en jeu , et celle-ci ne peut avoir qu’une par

TOMQUES.

plus ou moins grande au mouvement de turgescence qui se porte sur l’utérus : ce résultat n’est pas une suite nécessaire de l’opération de cette plante sur le système animal; on ne peut lui accorder une propriété spéciale pour susciter un phénomène qui n’est que conditionnel.

Dans l’étude des efl’ets immédiats qui suivent l’emploi de la henoite, devons-nous chercher à signaler les changements organiques qui appartiennent à l’influence du principe aromatique qu’elle contient ? Nous remarquerons d’abord que l’odeur d’une production végétale ou animale dépend souvent d’une cause matérielle bien légère ; il faut très peu de chose pour communiquer h une substance naturelle une qualité odoriférante. Mais les principes qui suffisent pour causer une sensation sur l’organe si éminemment sensible de l’odorat, peuvent être inhabiles pour susciter desefléts médicinaux : on n’aperçoit plus leur puissance , quand on scrute l’action des corps qui les recèlent sur les tissus organiques ; on reconnaît leur insuffisance , quand on veut les faire servir è remplir des indications thérapeutiques. Revenons à la henoite , et avouons que c’est de la matière tannante que dérive surtout sa force active , et que sa partie aromatique ne concourt pas aux effets qu’elle produit, ni aux avantages curatifs qu’elle procure.

Les préparations pharmaceutiques que l’on compose avec cette substance présentent des agents efficaces , auxquels on peut avoir recours avec confiance, toutes les fois que 1 on a besoin d’un remède tonique. Ces composés ont une activité très prononcée; ils combat-

DES MÉDICAMENTS

Iront avec succès l’inertie des organes , l’oligolrophie ou le ramollissement de leurs tissus. Ils conviennent dans les faiblesses d’estomac , pour rendre les digestions plus faciles et plus parfaites. On les conseille aux convalescents à la suite des longues maladies , pour animer les forces gastriques. Comme on ne veut pro voquér alors qu’une médication locale , on donne ces agents h petites doses , comme une ou deux cuillerées d’iùfusion ou dé vin composé avec la racine de benoite , une cuillerée b café de sa teinture , ou deux à quatre arains de son extrait.

On recommande la benoite contre les diarrhées. On cite des succès qu’elle a obtenus dans la dysenterie ; mais oiv prévient que 1 on ne doit s en servir qu îx la fin de la maladie. C’est l’impression que la benoite exerce sur les voies digestives qui la rend utile dans ces affections : or il faut , avant de l’administrer, se représenter l’état pathologique de la surface intestinale, pour juger si l’ effet physiologique que suscitera cette plante peut devenir favorable.

Le conseil que donnent les auteurs de recourir à la benoite dans les hémorrhagies par l’utérus, et dans celles qui ont lieu par les voies urinaires, même dans le vomissement de sang , demande bien des restrictions : il serait même souvent dangereux de le suivre. On conçoit assez facilement son utilité dans les toux humides , dans les rhumes anciens, lorsqu’il n’y a point de lésions , de dégénérescences dans le tissu pulmonaire , lorsque la surface bronchique seulement fournit une sécrétion surabondante de mucosités que 1 un pression des molécules de la benoite peut réprimer.

ün a préconisé l’utjlité de celle piaule dans les lièvres inleriuillentes. Ces succès pouvaient être prévus; ils sont conformes à la doctnnc pharmacblo^ gique. C’est la manière dont on administre les agents Ioniques qui fait naître leur vertu fébrifuge. Donnez un ou deux gros d’extrait de benoite dans les six heures qui précèdent le moment de 1 accès, vous monterez les forces du système animal à un haut degré de développement, et le plus souvent la fièvre: n’aura pas lieu. Le vin ou la teinture alcoholique de benoite pourrait provoquer le même mouvement or-: ganique et , par suite , opérer les mêmes guérisons. Tous les amers toniques obtiennent des succès dans les fièvres intermittentes , quand on les fait prendre en temps convenable , et à une dose assez élevée pour déterminer l’elTel immédiat que nous venons d’indiquer. Aussi la liste des substances fébrifuges est-elle très étendue dans les ouvrages de matière médicale. La benoite n’a pas d’avantages constatés sur les autres toniques; et si, dans le traitement des fièvres intermillentes, le quinquina leur est supérieur à tous, il le doit sans doute à sa force plus étendue et plus puissante.

Quand on ne cherche pas à suspendre brusquement le cours de la fièvre avec la benoite , et que l’on eu continue l’usage long-temps, celte substance porte sa puissance particulière dans la combinaison des moyens médicinaux que l’on fait agir contre la maladie , et elle n’a plus que sa part dans les résultats curatifs que l’on retire du traitement. Ainsi un homme a une fièvre intermittente rebelle qui a amené une diathèse cachée-

3Go

üliS HfenrCAMKNTS

liqüo; H y a bouffissure générale , teinle jaunâtre de la peau, tuméfaction de la rate, anorexie complète, borboriguies fatigants, sommeil, inquiet et troublé , etc. Ou administre une infusion faite avec une once de racine de benoite et une livre d’eau ; on donne le suc des feuilles do la même plante. Mais on fait des frictions sur l’abdomen avec l’alcpholi la saison est propice, on suit un régime convenable , on se livre tousles jours à un exercice proportionné aux forces du corps j etc. Au bout d’un mois le volume de la rate diminue , la fièvre cesse., la santé se rétablit. Doit-on rapporter ce succès à l’usage de la benoite? N’est-il pas évident que cette plante a seulement coopéré avec les autres secours hygiéniques et pharmacologiques h le procurer ?

On conseille d’unir la benoite aux antiscorbutiques. Sa force corroborante peut s’opposer aux progrès du scorbut , en ranimant la tonicité sur tous les points du corps; son influence sur les fonctions nutritives peut devenir la source d’un autre avantage , celui de réparer la détérioration que la maladie a introduite dans la constitution intime des humours et des organes. La poudre de benoite , appliquée sur les gencives, corrige leur relâchement , rend à leur tissu la fermeté qui lui est naturelle.

Tokmentu.le. l'ormentillœ radix. Racine du tor- MENTiLLA ERECTA. L. Plante vivace , commune dans les prairies sèches. Cette racine est épaisse, oblonguc. lilberculée, brune au-dehors, rouge à l’intérieur. Elle contient une grande proportion de tannin , insoluble dans l’eau froide : on s’en sert dans plusieurs j)ays

TONIQUlîS.

pour lanner les cuirs. On donne cette racine en pôu-dre et en décoction dans l’eau : ori en‘ préj)ia6é‘bn''é7^- Irait qui a beaucoup d'analogio''a'?ec' là ^eTniïlë^kîfid et avec le cachou* " - 'li-nunib..

La racine de tormenlille est inodoire',^mais^ éllé d une saveur très styptiqu'é et 'amèréf." Son' 'impres8io'ri sur un tissu vivant délerniineié rapproché'nienlMdfe libres qui le composent, et dévdloppe'par là èa Ibrce matérielle. L’usage de cette racine augmente Téher^ie des organes, et dans les effets immédiats qu’elle cite on reconnaît le caractère de la propriété toniquè.

Les médecins des derniers siècles emplèyaient fréquemment la racine de lormënlille danS la diarrhée, dans la dysenterie, dans l’hématurie et dans les antres hémorrhagies. L’action styptique de cette substance est ce qui la recommande en thérapeutique ; on voit qu’elle doit échouer lorsque les causes qui entretiennent ces écoulements sanguins ou humoraux ne sont pas de nature h céder à une impression styptique. Combien de flux muqueux, séreux, sanguinolents, procèdent d’une phlogose chronique , d’ulcérations fixées sur la surface d’où découlent les humeurs qui sortent alors du corps, ou d’une dégénérescence des tissus organiques! La tormentille est aujourd’hui peu usitée, et l’on s’en servait fréquemment autrefois; cette différence est une suite nécessaire des progrès de la pathologie, qui , en faisant connaître l’étal des parties d’où proviennent les évacuations sanguines ou muqueuses, ont ap|)ris à redouter l’usage dés as tringentsi Si les médecins ne demandent de la tormen tille qu une laculté tonique, ils la trouveront en elle,

5Ga

DUS médicaments

avec le degré d’intensité ou de puissance qu’ils pourront désirer.

On a conseillé l’usage de celte racine contre les affections scorbutiques. Dans cette maladie, comme dans les précédentes , on la donne en poudre , 5 la dose de douze à quinze grains pris le matin et le soir : la décoction de cette substance , faite avec deux b quatre gros par livre d’eau, fournit un moyen médicinal efficace dont on donnera un petit verre le malin et un le soir.

La racine de tormentille a eu des succès contre les fièvres intermittentes; mais, comme le dit Cullen , il faut alors la faire prendre en substance, et à grande dose. Des auteurs veulent que l’on mêle la poudre de tormentille à celle d’un amer pur, comme la gentiane, lorsqu’on veut l’employer comme fébrifuge. Cette racine styplique est bonne pour remédier au relâchement de la luette et des gencives.

’QuiNTE-FiiuiiXE. PcntaphylU radix. Quinque folium. Racine du potuntilla beptans. L. Plante vivace , commune sur le bord des chemins et dans les lieux couverts. La racine de quinte-feuille est alongée , cylindrique , de la grosseur d’une plume à écrire, d’un rouge brun au-dehors, blanche en dedans. Cette production végétale est inodore , mais elle .a une saveur styplique un peu amère : on l’administre en poudre, et en décoction dans l’eau.

Les préparations delà quinte-feuille, en contact avec le tissu des organes , produisent les effets immédiats qui sont propres aux agents toniques. On les conseille comme des remèdes puissants dans les diarrhées

TONIQUJIS.

aucieimes et à la fin des dysenteries. C’est toujours dans l’impression styplique qu’elles portent alors sur les voies digestives que doit se trouver la raison de leur efficaoité. Chomel assure que la quinte-feuille lui a été souvent plus utile 'que l’ipécacuanha dans le traitement de ces maladies. Il faisait bouillir une once de la racine dans trois livres d’eau , pour réduire à deux , et il faisait prendre à ses malades cette tisane comme un astringent sûr. Des déjections humorales ou sanguinolentes peuvent provenir de plusieurs sortes de lésions ; il est de ces lésions que les toniques slypliqiics peuvent combattre; c’est la nature de celles ([ui sont guérissables par les toniques qu’il faut déterminer.

On attribue b cette plante des succès nombreux dans le traitement des fièvres intermittentes : on prétend même qu’llippocrate s’en est servi comme d’un agent fébrifuge. D’après ce que nous avons dit jusqu’ici , les avantages que la racine de quinte-feuille procure dans ces affections périodiques, n’ont rien qui doive étonner; elle possède une faculté tonique très développée; elle se montrera un secours recommandable dans tous les cas où l’exercice de cette faculté pourra convenir. On fait aussi, avec cette racine des gargarismes astringents.

Fraisier. F ragariœ Tadix, Racine du fragaria VESCA. L. Plante vivace , très commune dans les bois secs , sur les coteaux , et qui se rencontre aussi autour d(!s haies. Nous plaçons ici la racine de cette plante , pareeque la propriété active dont elle jouit a un caractère tonique. Cette propriété est , il est vrai , très laible; ses effets sur le tissu des organes sont pou per-

UliS MÈDICAJIENTS

coplibles; cependaiil , dans une dislrilmlion pharmacologique fondée sur la nature de l’influence que les substances médicinales exercent sur les parties vivantes , on ne peut mettre la racine du fraisier qu’avec les corps médicamenteux dont nous nous occupon?. Nous retrouverons ailleurs les fruits de cette plante , les fraises ; ils appartiennent à la classe des acidulés.

La racine du fraisier est noirâtre, rameuse, fibreuse; elle est privée d’odeur ; mais elle a une saveur styplique. Sa décoction est d’une belle couleur rouge : elle noircit avec la solution de proto-sulfate de fer. Lorsqu’on la prend h l’intérieur, la matière colorante qu’elle contient pénètre dans le corps, et se retrouve dans les urines, qui deviennent rosées. Geoffroi assure que les malades qui boivent une grande quantité de cette décoction rendent des excréments si rouges, qu’on les croirait atteints d’un flux hépatique.

La propriété que recèle la racine de fraisier est très débile; les changements qu’elle détermine dans l’état actuel et dans l’action des appareils organiques, restent toujours difficiles à saisir. Les auteurs de matière médicale accordent à cette racine une propriété diurétique ; il n’est pas plus aisé d’en démontrer l’existence : l’impression qu’exercent sur les reins les molécules de cette substance est trop légère pour en fournir l’explication. Un écoulement plus abondant d’urine après l’usage de la racine de fraisier, tient le plus souvent à ce cpi’on administre toujours cette substance en tisane , que l’on en boit une grande quantité , et que l’on porte dans le sang une humidité surabondante (pu s’écoule par les voies urinaires..

TONIQUIvS.

11 est (les médecius qui , dans le début des fièvres aiguës , dans les plilegmasies , dans la gonorrhée , etc. , l’ont prendre la tisane de fraisier édulcorée avec un sirop , du sucre ou du miel. I! est heureu.x que la faculté tonique de cette racine ne soit pas plus développée, car son exercice ne pourrait que nuire dans ces allëctions; l’innocuité de celte .substance tient ici à la faiblesse de son action. Au reste , si celle ci avait eu plus d’énergie , l’expérience aurait depuis long-temps signalé le danger de l’emploi de la racine de fraisier dans les maladies où il y a de l’irritation, de la chaleur ou de la phlogose.

Les auteurs de matière médicale conseillent la tisane de racine de fraisier dans les hémorrhagies , le flux de ventre, les dysenteries, comme un remède propre à fortifier, par son action astrictive , les parties par où s’opère un écoulement morbide d’humeurs.

Les feuilles du fraisier ont des qualités sensibles , une constitution chimique et des propriétés médicinales analogues à celles des racines^ de cette plante. Des auteurs les ont citées comme propres à remplacer le thé.

Roses eouges, ou Roses de Peovixs. Hosa- rubiw flores. On connaît sous ce titre, en pharmacie, les pétales du nosA callica , L. , arbuste qui croît spontanément dans quelques provinces de la Francp, f,t que 1 on cultive dans tous les jardins, à cause de la beauté de ses fleurs. Celles-ci sont grandes, et d’un rouge pourpre très foncé. Pour l’usage médi(:al ,. on cueille les boulons avant leur épanouissement , on les effeuille , on jette les calices, cl l’on fait sécher promp-

DES MÉDICAMENTS

SGG

Icmcnt les pélalcs, pareequ’il est reconnu qu’une (lessiccalion lente altère leurs qualités. Pris avant que la Heur soit ouverte , ces pétales ont une couleur plus vive et une force médicinale plus développée : on en lire une quantité notable de fer.

M. F. Cartier [Journ. dePharniac. ,tom. 7,p. 627), en faisant des recherches sur la matière colorante des pétales de la rose do Provins , en voulant s’assurer si la couleur de ces pétales était due au fer , a été conduit à faire leur analyse chimique, l.es principes qu’il en a extraits sont :

1” Du tannin,

2“ De l’adfle gallique ,

3“ Une matière colorante ,

4“ Une huile essentielle ,

5° Une matière grasse ,

6° De l’albumine;

7» Des sels solubles , carbonate , phosphate et hydro-chlôrate de potasse ,

8* Des sels insolubles , carbonate et phosphate de chaux ,

g“ De la silice ,

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