C. Substances minérales tonifjués
Fer. Ferrdm. Ghalybs. sfôïjpoç des Grecs , nuirs des alchimistes. Métal dur , gris avec une nuance de bleu , très ductile , d’une ténacité qui surpasse celle des autres métaux, possédant à un très haut degré la propriété d’être attiré par l’aimant, se combinant avec l’oxigène de l’air atmosphérique à la température ordinaire lorsqu’il est humide, et donnant lieu alors è la formation d’une poudre d’un jaune brun , que l’on nomme rouille. Il est précipité de ses dissolutions en noir par la noix de galle, et en bleu par le prussiate de potasse. Par le frottement, le fer acquiert une odeur sensible; il a une saveur particulière.
Le fer est très abondant dans la nature ; on le rencontre sous quatre formes différentes: i° à l’état de fer natif , 2» à l’état d’oxide , 5" à l’état salin , 4“ combiné avec des corps combustibles. Ce métal procure l’homme des avantages incalculables : la fertilité de nos champs est son ouvrage ; il est nécessaire à la construction de nos habitations, de nos vaisseaux; il préside aux opérations de tons les arts industriels. Le fer joue un grand rôle dans l’histoire de la civilisation. Telle est son utilité, son importance , que si lout-à-
TOMQUHS.
coup il venait h manquer, l’édifice social serait menacé d’une destruction prochaine. Mais laissons ces considérations brillantes ; elles sortent de notre sujet.
On n’a pas dû tarder à s’apercevoir que ce métal exerçait une action marquée sur les tissus vivants , qu’il modifiait l’état actuel des organes. Cette découverte révéla à la thérapeutique qu’elle pouvait en tirer des remèdes elficaces. Or, c’est sous ce rapport que nous devons ici examiner le fer. Nous allons successivement énumérer les préparations ferrugineuses que l’on emploie le plus fréquemment en médecine , exposer les effets organiques qu’elles produisent dans le système animal, indiquer les avantages que l’art de guérir a droit de s’en promettre.
L acier contient environ o,oi de carbone, sur o,gg de fer. Il est plus solide, plus dur que ce dernier, très ^ ductile, très malléable , sans saveur ni odeur. Lorsque 1 acier est rouge, et qu’on le plonge dans l’eau , il devient plus dur et d un grain plus fin qu’auparavant.
Les propriétés médicinales de l’acier ne diffèrent pas de celles du fer.
Prcparalion.1 fernisimusts qui servent de médicauicnts.
Nous ne prétendons pas faire connaître ici tous les I composés pharmaceutiques qui contiennent du fer, ni 1 ceux dans lesquels ce métal est un ingrédient subal- I terne. Nous no nous arrêterons qu’aux préparations i martiales qui jouissent d’un certain crédit, et qui pos- I sèdenl la vertu du fer , sans altération étrangère , sans complication.
Limaille de eer. Scobis feiwu. Limatura martis.
UES MÉDICAMENTS
Lo fer, à l’élal métallique, est- il privé de toute propriété médicinale? La saveur styptique de ce métal semblerait prouver le contraire. Néanmoins on ne peut offrir à cel égard que des conjectures , pareeque le fer , surtout quand il est divisé , a une telle facilité à s’oxyder, que l’on ne peut jamais supposer ses molécules pures et non rouillées , lorsqu elles sont en contact avec les tissus vivants, ou qu’elles roulent dans les vaisseaux sanguins. Pour administrer la limaille de fer, il faut la réduire en poudre très ténue , et ce métal est toujours à l’état d’oxyde après cette préparation, pendant laquelle la chaleur que dégage le frottement favorise encore la combinaison des particules dü. fer avec l’élément de l’air atmo.sphérique vers lequel les porte déjà une puissante affinité. En supposant même cette oxygénation imparfaite en sortant de la pharmacie , on conçoit qu elle s achèverait dans la cavité gastrique , et lorsque les sucs qui s’y trouvent humectent les molécules ferrugineuses et agissent sur elles.
On préfère, en pharmacie , la limaille des épingliers aux autres limailles de fer : celles-ci 'contiennent souvent du cuivre , et donnent lieu à des accidents , quelquefois graves , lorsqu’on les fait prendre à rmléneur. On devrait toujours retirer exprès d’un morceau de fer bien pur, la limaille que l’on destine à des usages médicinaux. Avant de l’administrer, on l’atténuera convenablement sous le porphyre. Elle se donne à la dose de quatre , six à huit grains ; on peut aller jusqu a un scrupule et plus par jour. On unit ordinairement cette substance minérale avec la poudre de gentiane.
TONIQUES. 4’ 9
de quinquina, de cannelle, de cascarille , etc. On en orme aussi des pilules, avec un extrait amer : celui de ménianlhe, de petite centaurée, d’absinthe, etc. Quand on conserve ces pilules , on s’aperçoit qu’il se passe en elles un mouvement chimique. Le fer s’oxyde davantage , et décompose une portion d’eau ; lè mélange perd du gaz hydrogène , noircit, se' durcit , etc.
DeüTOXTDE de fer , ou OXYDE DE FER NOIR. EtHIOPS MARTIAL. Ætliiops martîalls. On se sert fréquemment de cette préparation ferrugineuse : elle a une couleur noire; de là vient le nom qu’elle porte, élhîops, de'œ'Ô^M, je brûle, et ûx}/', aspect, figure: corps brûlé. Le deutoxyde de fer existe dans la nature en grande qn'anlilé , et c’est lui qui fournit une partie du fer que l’on trouve dans le commerce. L’élhiops martial qu’on emploie en médecine se préparait par un procédé particulier dont on doit l’invention à Lémery. On met du fer en limaille au fond d’un vase alongé que l’on remplit d’eau et que l’on agite de temps en temps : on a l’attention de ne le remuer que très doucement, afin que les particules ferrugineuses ne s’élèvent pas audessus de l’eau et ne se mettent pas en contact avec l’air atmosphérique ; car celles qui éprouvent l’action de ce fluide deviennent aussitôt couleur de rouille ; en quelques semaines, on parvient ainsi à convertir toute la limaille en éthiops. On croyait que cette préparation ne produisait qu’une extrême division du fer; mais la chimie moderne prouve sans peine que l’éthiops martial est un oxyde ou le fer se trouve au deuxième degré d oxydation; elle démontre également rpie cet oxyde s’est formé lentement, pareeque les molécules métal-
liqucs n’onl pu êlrc atlciulcs que par l’oxygène conicnu dans l’eau. Ce procédé long et difficile a été abandonné des pharmaciens. On obtient aujourd’hui cpt oxyde de diverses manières. Il suffit, pour qu’il se Ibrme , de faire une pâte avec dé l’éàu et de' la limaille de fer, et de laisser ce mélange exposé à l’air. On le voit se gonfler et s’échauffer vers le cinquième jour. Quelque temps après , on lave la massé; oh en éblicfit beaucoup d’oxyde de fer noir. On répète le làvagc au bout.de quelques jours , l’on relire une nouvelle quan lité de ce même oxyde. On administre 1 éthiops martial b la dose de six b huit grains b la fois ; on 7 jômt souvent d’autres substances médicinales : on donné encore cetle préparation chimique sous la forme de pilules, d’élecluaires, etc.
TuITOXYDE ou PÉROXYDE DE FER , OU OXYDE DE FER ROUGE. Safran de MAnfe astringent. Crocus màrtis astringens. Celle préparation est d’un rouge violet ; elle contient une proportion considérable d oxygène , dont on a favorisé la combinaison par une haute température. Pour obtenir ce Iriloxyde, on fait chauffer de la limaille de fer dans un vase , jusqu’b la faire rougir fortement ; on la remue continuellement: l’oxyde devient d’abord noir; puis il passe , au bout de plusieurs heures, au rouge brun : il prend la forme d’une poussière que l’on a nommée , en pharmacie , à cause de sa couleur , safran de mars astringent. On donne cette substance U la même dose que les préèédontes. On peut l’obtenir de plusieurs autres manières ; les battilures ou les écailles qui se détachent de la surface du 1er que l’on a tenu au rouge pendant quelque temps
TONIQUES
présenlenl ce Iriloxyde. Le colcolhar , ou rouge d Aiiglelerre, esl cucore la même substance que l’on a lorraée en calcinant , dans un creuse'l , le prolosulfale de fer du commerce. Dans celle opération , l’acide sulfurique cède une portion de son oxygène au protoxyde de fer , et passe è l’état de gaz acide sulfureux qui sè dégage ; le protoxyde , par suite de celle décomposition, devient Iritoxyde. (Thénard, Trait, de chim.) Enfin le Iritoxyde de fer existe dans la nature en masses considérables ; en le traitant par le charbon, oh ramène le, fer à l’état métallique. On emploie ce procédé en grand dans plusieurs pays , pour se procurer ce métal.
Sous- CARBONATE DE TRITOXYDE DE FER, OU OXYDE DE FER BRUN. SAFRAN DE MARS APERITIF. CrOCtlS martis aperiens. La matière connue sous cês noms en pharmacie esl encore un oxyde de fer ; mais celui-ci contient de l’acide carbonique. CiClle préparation a joui d’un grand crédit en médecine : le procédé que l’on suivait pour l’obtenir avait quelque chose d’imposant. On exposait de la limaille de fer à l’action de la rosée du mois de mai , dans des vases à large ouverture : les alchimistes attribuaient des qualités merveilleuses à celle rosée printanière ; on croyait que c’était elle qui , en tombant sur la terre , réveillait la nature végétante engourdie pendant la mauvaise saison; les admirables phénomènes qui apparaissent alors dans le règne végétal passaient pour être son ouvrage et attestaient sa puissance; on ne doutait pas qu’en humectant les molécules de fer , celle rosée n’y déposât quelque vertu précieuse.
La chimie réduit aujourd’hui celle préparation mar-
DES MtüICAJlENTS
tiale il sa juste valeur. Ou conçoit que la limaille de fer, exposée ii l’air libre, humectée toutes les nuits par l’eau qui se précipite sur le sol , doit promptement devenir un oxyde qui se distinguera de ceux que nous venons de voir, pareequ’il contiendra de l’acide carbonique; le {lira A' apéritif , que l’on a donné ii celte préparation, n’est pas plus juste que celui à'aslringent qu’a reçu la préçédente. Ces deux oxydes ont la propriété des composés martiaux ; ils ne se distinguent l’un de l’autre ni par l’influence qu’ils exercent sur l’économie animale , ni par les avantages que la thérapeutique peut en retirer. On emploie le safran de mars apéritif comme les agents précédents, et à la même dose.
PnoTO-suLFATE DE FER. SuLFATE DE FER. On le nommait autrefois vitriol de mars , couperose ou vitriol vert. Ce sel est le produit de la combinaison du fer avec l’acide sulfurique. 11 a une saveur slyplique; il est soluble dans les trois quarts de son poids d’eau bouillante; il lui faut deux fois son poids d’eau à la température ordinaire. Pour l’usage médical , ce sel doit être préparé en mettant dissoudre du fer dans de l’acide sulfurique étendu d’eau. Les cristaux que l’on obtient sont exempts des impuretés , des matières étrangères que l’on trouve fréquemment dans le vitriol vert du commerce. On donne cette substance saline à la dose de deux à quatre grains, quand on veut seulement agir sur l’appareil digestif : on eu fait prendre davantage quand on a l’intention de susciter une médication générale. Le docteur Marc , pour guérir les lièvres d’accès avec celle substance, eu adininislrail
TONIQUES
jusqu’à un gros par jour, en solution dans une pinte d’eau. C’est avec cette dose qu’il parvenait à opérer un luouvement qui s’étendait à tout le systèinoi et qui devenait fébrifuge. Ce sel martial est d un emploi facile; on le fait fondre dans l’eau, et on prend cellèci par verres dans la journée , comme une eau minérale artificielle : on s’en sert pour couper le vin aux repas , quand ou veut obtenir un effet stomachique. C’est un remède puissant auquel on a fréquemment recours. Il est bon de ne pas oublier que I on doit conserver, dans des bouteilles bien bouchées, l’eau qui contient le proto - sulfate de fer; car si on permet à l’air d’y pénétrer, ce sel absorbe de l’oxygène, et alors il survient une décomposition chimique: une portion de la substance saline passe à l’état de sous -trito- sulfate , qui est insoluble dans l’eau , et se précipite sous forme de poudre jaune ; l’autre portion devient du trito - sulfate acidulé; elle reste en dissolution dans la liqueur, mais elle la colore en rouge.
Sel de mars de RivibnE. Sal mariis Riverii, Cette préparation ferrugineuse n’est autre chose qu’un sulfate de fer impur ou imparfait que l’on faisait, en mettant dans une poêle de fer, neuve et rougie au feu, de l’acide sulfurique et un peu d’alcohol ; l’acide attaquait le fer sur la face intérieure de la poêle : il en dissolvait une partie, qui bientôt formait une espèce de cristallisation informe que l’on détachait coihme des raclures, et que l’on conservait dans un bocal. Rivière était l’inventeur de cette composition martiale : il en avait fait un secret : il administrait cette substance saline contre les langueurs d’estomac, contre la chlorose, contre les
DES MiDICAAIENTS
liétnorrhagies. La dose est la même que celle du sulfate doifer. ;
i Laux MiîiÉRAEKs.rBHnDGiNEtsEs. Lc fer est le principe dominant dans les eaux de plusieurs sources oilèbres ; c’est, de. l’aplion do ce métal sur les organes malades que procèdent les avantages que ces eaux procurent dans.la Uiéiapeulique ; nous devons donc placer ici ces composés médicinaux dont la nature a enriclii certaines contrées. Dans les eaux minérales qui contiennent du fer, ce, métal y est ordinairement tenu en dissolution par l’acide carbonique, comme nous le voyons dans les eaux de Bourbon - l’Archambault , de Forges, d’Aumale, de Passy, de Saint- Amand, de Provins , de Contrexeville , etc. Quand cet acide est en excès , comme dans les eaux de Spa , de Pyrmopt , elles sont en même temps acidulés et ferrugineuses. On peut facilement reconnaître les eaux qui contiennent du fer , par la propriété qu’elles ,ont de prendre une couleur noire, quand on y verse une infusion de noix de. galle.
De tout temps on a cherché les moyens de communiquer è l’eau les propriétés du fer, et, pour cela , 011 a suivi différents procédés. On faisait rougir un morceau de fer que l’on plongeait dans l’eau dont on voulait se .servir,; on répétait plusieurs fois cotte opération, et le liquide prenait une saveur styptique , métallique, qui prouvait qu’il recélait des particules ferrugineuses: ou bien on enfermait , dans un morceau de liuge , de la limaille de, fer, on la laLssait séjourner un temps as- ,sez long dans de l’eau pure dpnt pn se servait ensuite pour boisson. Enfin , quelques personnes se coulen-
TOMIQtlES. 4^5
taient de jeler des clous de fer dans l’eau , doul elles buvaient journellement avec leur vin. Les progrès 'dfe la chimie ont permis d’imiter plüs'ëxsctomerrl la inalure dans la composition dés eatix mifièrëleS.'-Paffnrén^ lier proposa' la récelte suivante' poür'lbrmer une éàii ferrugineuse extemporanée. 'Prenez- de.ux : grains de sulfate de fer, et douze grains de'sulf&fe de soude, que vous ferez fondre dans deux livres d’eau distilléte. 'Le nouveau codex donne la formule! suivante pour imiter l’eau de Spa : Eau chargée d’acide carbonique’ , vingt onces; sous- carbonate de fer, un grain; sous -carbonate de soude , deux grains ; muriale de soude , un grain; sous-carbonate de magnésie, quatre grains. '
Vin martial ou vin ciiALYnè. Viniim chaljbeatwn. On a aussi employé le vin pour enlever au fer dos mo.lécules métalliques ; ce véhicule jouit alors des p^ropriélés toniques qui sont propres aux composés martiaux. Pour' faire celte préparation médicinale, on met une once de limaille de fer non rouillé digérer, pen^ dant huit jours environ , dans deux livres do vin Wano; ensuite on filtre la liqueur, et on la conserve dans des bouteilles bien bouchées. Parmentier indique une manière plus prompte pour former ce composé: c’est de verser une once de teinture de mars larlarisée dans une bouteille de vin. On administre le vin chalybé à la dose de deux, quatre à six onces par jour, que l’on fait prendre aux malades en plusieurs fois. ; ' ■
fARTRATH DR POTASSE ET DE FITR LIQUIDE. TeINTURE DE MARS TARTARisÈE. T inctuva martîs tartarisaia. On la'prépare de celle manière : on fait une pâle avec six parliesde limaille de fer, seize parties de tarlrate acidulé
42Ü des médicaments
de potasse, et sulllsante quantité d’eau : on laisse ce mélange pendant vingt-quatre heures, et ensuite on le délaie dans un volume donné d’eau; on met cotte liqueur sur le feu , et on la fait bouillir jusqu’à ce qu’elle ait pris la consistance d’un sirop; on y ajoute, vers la fin, un peu d’alcobol. Cette composition présente une solution de tartrate de potasse et de fer. On en donne trente-six à quarante gouttes à la fois : on peut réitérer cette dose deux à trois fois par jour.
Tartrate de potasse et de fer .Solide. Tartre MARTIAL SOLUBLE. TaHarus chalybenlus soliibUis. Cette composition est encore un tartrate de potasse et de fer, que l’oti obtient en faisant évaporef, jusqu’à siccité, quatre parties de teinture de mars îartarisée et une partie de tartrate de potasse desséché. On donne le tartre martial soluble à la dose de douze , quinze , vingtquatre grains à la fois; on prend ordinairement cette substance saline dans un verre de tisane.
Boules de mars , ou de Nancy. Globuti tnartiales. Ces boules se font avec une partie de limaille d’acier et deux parties de tartre blanc en poudre , que l’on mêle ensemble dans un vaisseau de verre ; on y ajoute une certaine quantité d’alcohol affaibli. Quand ce liquide spiritueux est évaporé, on broie la masse et on l’humecte de nouveau avec l’alcohol. On répète ce procédé jusqu’à ce que le mélange ail acquis de la cohérence, de la ténacité,; alors on en forme des boules de la grosseur d’une petite noix , que 1 on fait sécher et que l’on conserve pour l’usage. Quand on veut se servir de ces boules, on les laisse séjourner pendaht quelques instants dans un volume donné d eau ; et.
TONIQUES
(jiiaml ce liquide a pris une couleur rougeâtre , on les relire. Celle eau ferrugineuse s’administre .souvent à l’intérieur. On la conseille comme un topique elEcace quand on veut forlilier des parties affaiblies , à la suite des entorses, des luxations, etc.