III. De l’emploi thirapculiquc des prcparalions nyirtiales
Ces préparations ont une grande célébrité en méd"eclnc ; une foule de faits bien constatés attestent leur utilité, leur cfllcacitii'dans les maladies qui procèdent de l’atonie des tissus vivants, de l’inerlie de leur faculté réparatrice, de la faiblesse des mouvements organiques. D’un autre côté, l’expérience clinique démontre qu’elles sont nuisibles lorsque les propriétés vitales
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sont tro]) développées, lorsque le pouls est vif et fréquent, lorsqu’il y a, sur quelque point du système animal, de la chaleur, de l’irritation et surtout de la phlogose. Ces résultats sont parfaitement d’accord avec la doctrine pharmacologique. En reconnaissant que les agents médicinaux qui nous occupent recèlent une propriété d’une nature tonique , on en déduit comme conséquences les principes thérapeutiques que nous venons d’exposer sur l’emploi de ces agents.
Les ferrugineux sont contre-indiqués dans les fièvres; mais ces agents deviennent quelquefois favorables dans les convalescences de ces maladies pour rétablir la fonction digestive , et pour réparer, par un meilleur mode de nutrition, la faiblesse matérielle qu’éprouvent les organes, la détérioration que la maladie a introduite dans l’économie animale.
On a voulu faire servir la force tonique des martiaux à la guérison des fièyres intermittentes. Le docteur Marc et daul-es médecins après lui ont obtenu des succès en administrant le sulfate de fer, dans l’intervalle des accès, à la dose d’un gros en solution dans une pinte d’eau : alors cette substance saline étend à tout le corps l’influence de sa vertu ; elle suscite dans tous les organes un développement des forces toniques. Toutefois les préparations martiales ne présentent pas un moyen
commode pourobtenirnnemédication générale. Quand
on en prend h la fois une quantité un peu élevée , elles font sur la surface gastrique une impression fâcheuse.; elles suscitent souvent une turgescence artérielle • elles causent divers accidents. Ces remèdes réussissent
DES MliDlCAMENTS
mieux quand on veut seulement diminuer peu à peu l’inlensilé de la fièvre , par un emploi journalier de ces moyens , que l’on administre à petites doses , et que l’on continue pendant quelque temps.
Les martiaux ne peuvent être admis dans le traitement des phlegmasies ; leur action générale , leur impression sur le lieu qui est phlogosé, seraient également à redouter. Les mêmes raisons étendent celte proscription aux hémorrhagies actives. L’usage du fer développe d’une manière soudaine la vitalité de l’appareil circulatoire, augmente 1 energie de toutes les parties du corps, devient évidemment contraire dans des affections qui réclament des influences adoucissantes, tempérantes , émollientes. On a cependant tiré un parti utile de ces agents contre les flux qui succèdent aux phlegmasies des membranes muqueuses; des diarrhées, des leucorrhées , des urines glaireuses, ont trouvé dans les martiaux des remèdes efficaces. Ces accidents attestent qu’il y a lésion de la surface muqueuse des intestins , du conduit vulvo-utérin ou de la vessie ; que cette surface est dans un état morbide : or nous savons qu’une impression slyplique détruit souvent les irritations , les ulcérations mêmes qui ont leur siège sur
une membranemuqueuse, qu’elle rappelle cette dernière
sa condition physiologique. L’observation signale les martiaux comme des moyens funestes dans les maladies de poitrine avec chaleur, irritation , dans les crachements de sang chez les sujets irritables , dont la libre est sèche. On voit très souvent des personnes qui ne peuvent employer les eaux minérales ferrugineuses , sans éprouver aussitôt une toux sèche , conti-
TONIQUES
nuelle, faligante. Ces eaux ont souvent hâté les progrès de la phthisie.
Les médicaments ferrugineux sont renommés dans les hémorrhagies que l’on a nommées passives. Leur action sur la partie par où s’écoule le sang peut déterminer un resserrement des ouvertures vasculaires, qui s’opposera à la sortie du fluide que contiennent les artères : de plus , en rétablissant Lexercice des fonctions nutritives , ces agents répareront le désordre que l’excès ou la permanence de l’hémorrhagie a pu occasioner dans tout le système. Mais on conseille aussi ces médicaments pour provoquer un écoulement de sang lorsqu’il doit être salutaire, lorsque sa suspension cause un trouble dans la santé, pour déterminer , par exemple, le cours des règles. Si l’organe utérin est actuellement frappé de faiblesse , en ranimant sa vitalité , les martiaux le disposeront à recevoir la congestion menstruelle. On sent que les ferrugineux ne conviennent que quand le défaut de menstruation tient à une débilité générale ou à l’inertie de la matrice; ces agents sont nuisibles dès qu’il y a de la chaleur dans la région utérine, des douleurs dans les lombes, un état de pléthore, etc. Ne résulte-t-il pas de ces observations cliniques que c’est dans l’opération tonique du fer qu’il faut chercher la raison des effets emménagogues que ce métal produit? On a noté, dans quelques ouvrages de matière médicale, cette particularité des médicaments ferrugineux : on les donne tantôt pour arrêter une perle utérine, tantôt pour exciter l’écoulement des règles. On avait conclu que ces médicaments recélaient deux propriétés contradictoires, l’une astringente, et l’au-
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U'o apérilive. 11 csl évideni qu’ils ne font toujours qu’un môme effet physiologique; qu’ils exercenl, dans les deux cas, une impression tonique sur la mairice , et que c’est de celle seule et même impression que dépendent les deux résultats opposés que l’on obtient. Le médicament augmente toujours le ton, la vitalité de cet organe; ce produit excite les règles que la faiblesse retenait, il arrête le sang que la même cause pathologique laissait s échapper.
Dans un grand nombre de névroses , on a tiré un parti très utile de l’usage prolongé des martiaux; on les conseille pour prévenir les anomalies de 1 influence nerveuse, pour guérir les accidents qui proviennent d’une trop grande mobilité des nerfs; mais ces accidents supposent une lésion, une modification morbide de quelques parties de l’appareil cérébral , et les martiaux sont loin de convenir dans toutes les lésions qui affectent cet appareil : s’ils se montrent favorables lorsqu’il existe une faiblesse matérielle de 1 encéphale et du prolongement rachidien , ils sont nuisibles quand les accidents spasmodiques tiennent à une irritation de ces organes ou des cordons nerveux eux-mêmes; ces agents animent davantage cette lésion , ils l’exaspèrent. On rencontre fréquemment des hypochondriaques , des mélancoliques qui ne peuvent soutenir l’usage des martiaux : or, chez ces malades , l’appareil cérébral et l’appareil digestif sont h la fois dans une condition pathologique ; l’action de ces remèdes les offi ose fréquemment l’un et 1 autre.
Les martiaux offrent une ressource précieuse toutes les fois que l’on veut fortifier les organes .ligeslifs, et
TONIQUliS.
combattre le relâchement, la débilité, l’oligotrophie de leurs tissus. On a vu que ces mêmes moyens étaient nuisibles quand il y avait de la chaleur, de l’irritation dans les voies alimentaires. On les vante comme de puissants vermifuges. Ils ont produit d’excellents effets â la suite de pertes de semence trop abondantes. Ils ont quelquefois réussi h faire cesser la stérilité dans les femmes et l’impuissance dans les hommes. On conseille leur usage dans les affections scrophuleu^es , dans les infiltrations cellulaires, dans les diabétès, dans les maladies cachectiques. C’est toujours de leur opération tonique que ces agents tirent leur puissance curative. Lorsque le sang a perdu sa bonne complexion , lorsque les tissus vivants sont dans une profonde atonie , que leur matériel se restaure mal , qu’il y a pâleur générale, bouffissure, etc. , on découvre sans peine comment un oxyde de fer, pris trois ou quatre fois le jour, à la dose de cinq â six grains, ou le sulfate de fer dissous dans l’eau et pris aux repas, deviennent des secours thérapeutiques efficaces. Le premier effet du médicament est de rendre à la digestion son intégrité : puis la propagation de son influence à tout le système anime l’exercice de la nutrition sur tous les points, et le corps malade subit une profonde et salutaire mutation. Souvent il survient un mouvement comme fébrile, après quelque temps de l’usage de ces médicaments : le pouls s’élève et devient plus vif, plus fort; la chaleur animale se développe , la couleur de la peau s anime , diverses excrétions se montrent plus abondantes, etc. S il y a œdème, le médicament ferrugineux décide la résorption de l’humidité cellulaire c^
DIÎS médicaments
son expulsion par les urines ; c’esl alors que les acci dents morbides se dissipent et que la santé renaît. Ce grand trouble semble n’être qu’un effort critique qui s’opère au moment où la nature se rétablit dans ses droits , où elle rend à chaque tissu sa condition première ou normale , à chaque mouvement organique sa mesure naturelle.
Ou regarde avec raison les martiaux comme dangereux pour les femmes enceintes d’un tempérament sanguin, pour les personnes pléthoriques, irritables, d’une complexion sèche et. bilieuse. C’est également une sage expérience qui a conseillé l’usage momentané et de temps en temps renouvelé des agents médicinaux qui nous occupent , aux individus d’une constitution lymphatique, à ceux qui ont la fibre lâche et molle, et qui sont prédisposés aux affections muqueuses, aux maladies par relâchement, par faiblesse, etc.; il leur est très avantageux, même dans l’état de santé, de fortifier le tissu de leurs organes , de réveiller l’énergie vitale de ces derniers, en prenant, pendant quelques jours , un oxyde de fer ou une eau ferrugineuse aux repas.
Sulfate acide d’alumine et de potasse. Alun. Alurnen. L’alun est un sel composé d’acide sulfurique uni à deux bases , l’alumine et la potasse. Ce sel est incolore, diaphane, d’une saveur très styptique , soluble dans un poids d’eau bouillante moindre que le sien. Il cristallise le plus ordinairement en octaèdres réguliers. Exposé à l’action du feu , il se fond , perd son eau de cristallisation , se boursoufle, devient blanc, opaque , léger et poreux ; alors on le nomme alun
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oaleiné; et, comme dans cet état il a une grande avidité pour se combiner avec les corps humides , on s’en sert pour ronger les chairs baveuses , pour aviver les surfaces ulcérées , pour détruire les excroissances molles.
On ne trouve d’alun naturel qu’aux environs des volcans; maison en fait artificiellement des quantités considérables pour les besoins du commerce. Celui que l’on appelle alun de Rome est remarquable par sa teinte rougeâtre ; il est plus pur que les autres. Il y a quelques années, on le payait encore le double de l’alun de nos fabriques; mais on est parvenu à donner à ce dernier la perfection de l’alun de Rome, et dans nos ateliers , celui-ci a perdu la supériorité dont il jouissait. D’après M. Berzelius , l’alun à base de potasse est formé de
Sulfate d’alumine. ...... 36 85
Sulfate de potasse 18 1 5
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On donne l’alun , en pilules ou en solution dans l’eau, à la dose de six ou huit grains à la fois ; on peut en administrer un scrupule par jour. Cullen, en augmentant graduellement, a pu faire prendre cette quantité à plusieurs reprises dans la journée. Pour convertir la poudre d’alun en bols, on emploie souvent la conserve de roses.
L’alun agit avec beaucoup de force sur les organes. Son impression détermine un resserrement soudain de leurs fibres ; son contact avec la surface Interne de l’estomac occasione souvent un sentiment désagréable cl
DES JliDlCAMIlNTS
douloureux à la région épigastrique. Quand on en prend une dose un peu Ibrle, il cause même des nausées , des vomissemenls , des coliques , des évacuations par les selles. Ces effets accidentels tiennent évidemment à ce que la substance saline attaque trop vivement le canal alimentaire : cette agression trouble ses mouvements naturels. Chez d’autres personnes, l’alun donne lieu à une constipation opiniâtre ; ce produit survient principalement quand on donne ce sel à petites doses. Les molécules de l’alun, qui sont prises par l’absorption et portées dans le corps font sentir à tous les appareils organiques leur puissance corroborante ; elles déterminent un développement de la tonicité de tous les tissus; on a remarqué qu’elles irritaient les poumons et provoquaient souvent la toux.
L’alun passe pour un moyen utile dans les diarrhées; je l’ai vu faire cesser un dévoiement qui épuisait une femme très âgée , et que les autres remèdes ne modéraient pas. Mais il faut toujours alors se demander quelle est la lésion qui produit les évacuations intestinales. S’il y a dans les voies digestives de la chaleur, de l’irritation, l’usage de ce moyen n’est pas sûr; il demande même des précautions: les prati^ ciens préviennent que, dans ce cas, l’alun augmente souvent les accidents. Franck cite cependant une observation où , malgré les douleurs d’entrailles que ressentait le malade, il administra avec succès, daus le courant d’une journée , seize grains d’alun en quatre doses. Il ne faut pas oublier que l’emploi momentané d’un styptique ,même d’un irritant , n’est pas toujours contraire dans les phlegmasies des membranes mu-
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qucuscs. Les inllaimnalions de la conjonctive, celles de l’arrière-Louche , celles de la peau, disparaissent souvent à l’occasion d’une application de substances slypliques ; il doit en être de même pour les phlogoses , même pour les ulcérations récentes et superficielles qui sont fixées sur la membrane muqueuse intestinale ; l’impression vive et passagère d’un astringent peut en déterminer la guérison , mais le succès est toujours équivoque , et n’autorise pas h recourir au même procédé curatif, toutes les fois que l’on rencontre les aflections pathologiques qui nous occupent. Lorsque la diarrhée dure depuis long-temps, qu’elle est entretenue par des lésions du tissu des intestins , lorsqu’il existe à leur surface interne des ulcérations profondes qui sont établies sur un fond endurci , lorsqu’il y a dégénérescence des tuniques intestinales, etc., l’opération passagère que produit l’alun ne peut plus rétablir la condition naturelle de ces parties ; son administration est souvent nuisible.
On conseille l’alun dans l’hémoptysie ; il faut alors prévoir quelle doit être la suite de son action styptique sur le parenchyme des poumons ; car c’est toujours cette action qu’il faut avoir en vue. Il ne sulBt pas que l’alun empêche le sang de sortir, il faut surtout que cette substance ne le retienne pas dans le tissu irrité des poumons ; on doit avec soin éviter que l’opération de l’alun sur ces organes n’allume unephlogose sourde d’où résulterait bientôt une dégénérescence fâcheuse, une maladie mortelle.
Le composé salin qui nous occupe s’est montré un remède puissant dans le traitement des hémorrhagies
DliS MÉDICAMENTS
utérines. On sait que l’alun teint de Mynsichl ou les pilules d’Helvétius ont joui d’une grande réputation contre ces maladies ; or c’est de l’alun que ce composé tire principalement son efficacité ; aussi pour recourir avec jconüance à ce remède, il faut que la sortie du sang tienne à l’atonie des vaisseaux de l’utérus, que l’hémorrhagie ait été abondante , qu’il y ait faiblesse , épuisement; car l’action styptique de l’alun pourrait avoir des suites fâcheuses, s’il y avait une pléthore locale, si le tissu de l’utérus était irrité, si le pouls était fort et vif, etc.
Cullen a essayé de guérir les fièvres intermittentes , avec un mélange d’alun et de muscade en poudre: il en faisait prendre, une heure ou un peu plus avant l’accès , des doses capables de susciter une médication générale. Dans quelques cas, la fièvre n’a pas paru; mais l’estomac soutenait avec peine l’action de ce remède , il ar fallu renoncer à s’en servir.
On applique une solution d’alun dans l’eau sur les plaies saignantes , sur les surfaces extérieures par où le sang s’écoule ; le contact de cette liqueur crispe les petits vaisseaux, et l’hémorrhagie s’arrête. On met cette substance saline dans les gargarismes que l’on conseille contre le gonflement atonique de l’arrièrebouche , contre l’esqiiinancic tonsillaire , etc. L’alun entre souvent dans la composition des collyres irritants avec lesquels on combat les ophlhalmies, dans celles des injections astringentes que l’on dirige contre )a leucorrhée , etc.
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Section 111. De la médication tonu/ue.
Lorsqu’on ne donne qu’une petite dose d’un médicament Ionique, il agit seulement sur la partie qui le reçoit, ou au moins on ne peut apercevoir que sur ce point du corps les effets de son opération. Mais si la dose de substance médicinale est plus élevée, si les molécules actives de cette substance sont absorbées en assez grande quantité pour que leur puissance soit sentie à la fois par tous les appareils organiques, ils ne se bornent plus h déterminer une mutation dans le lieu de leur application , ils suscitent des modifications importantes dans les mouvements de tous les organes. On voit clairement que le corps se trouve alors sous l’empire d’une force étrangère à celle qui régissait auparavant les actes de la vie, et que cette force est émanée de la substance médicinale que l’on a administrée. Nous allons parcourir chacun des appareils organiques du corps , pour constater tous les changements que leur action éprouve après 1 emploi d’un tonique. En réunissant les détails que nous recueillerons, nous prendrons une idée juste de l’importance et de l’étendue de la propriété agissante que recèlent les médicaments de cette classe. Nous pourrons, prévoir quel parti la thérapeutique peut en retirer.
A ppareil digestif.
Etat physiologique. Nous devons examiner ce que devient la substance du médicament tonique dans l’estomac , avant de nous occuper de son action sur cet or-
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gaiie. Si l’on j)rcnd des végétaux qui contiennent de la fécule, de l’albumine végétale, du mucilage, un corps oléagineux ; s’il se trouve du sucre dans les composés toniques, ces matériaux seront dénaturés dans la cavité gastrique , et transformés en chyle ; mais les matières extractives , résinoïdes , le tannin , l’acide galliqoe, la matière colorante, les bases salifiables, des plantes toniques, la substance tout entière des produits minéraux qui ont la même vertu , ne se prêtent point aux altérations que les forces digestives font éprouver aux principes amylacés, sucrés, albumineux , muqueux. Les matériaux médicinaux conservent dans les voies alimentaires leur nature, leurs qualités, leur faculté active ; et celle-ci provoque dans les organes digestifs des changements qu’il est important de constater.
L’observation démontre qu’après l’ingestion des. médicaments de cette classe , les tuniques gastriques éprouvent un resserrement fibrillaire, que ces tuniques deviennent plus fermes , plus solides , et que l’estomac se contracte sur lui-même. Elle autorise également
h penser qu’à mesure que ces agents avancent dans l’intérieur du canal alimentaire, ils impriment aux tissus des intestins une modification analogue. Leur contact suspend l’exhalation et les sécrétions qui humectent habituellement la membrane niuqueuse de ces organes; cet effet est plus prononcé quand la substance tonique | a une qualité styptique. L’impression que ressent cette membrane se transmet à la tunique musculaire; elle décide un resserrement des fibres ou des faisceaux qui constituent cette dernière: ce mouvement rend le corps !
TONiytES.
de l’intestin plus dur, plus ferme, plus résistant, et rétrécit en même temps sa cavité. L’enveloppe péritonéale ne paraît pas éprouver, dans l’action des toniques sur l’appareil digestif, de modification appréciable. Il n’est pas possible de déterminer les changements que les substances toniques produisent dans le tissu du foie, du pancréas, de la raie : les phénomènes qui nous les feraient apprécier restent occultes.
Ce que l’on remarque dans l’exercice de la fonction digestive après l’administration des agents toniques découvre assez que l’influence à laquelle ils soumettent les organes qui l’exécutent , fortifie leur tissu , augmente leur vigueur. Ne voit-on pas les toniques à des doses modérées ouvrir l’appétit , faire manger davantage, rappeler la faim plus tôt que de coutume? 11 est bien des personnes qui trouvent dans les subst.ances Ioniques des moyens peur favoriser, pour hâter l’exercice de leurs digestions. Cette fonction se fait sans peine, quand elles prennent avant le repas , ou en mangeant, la poudre, l’infusion ou la décoction d’une de ces substances: elle est lente, pénible, accompagnée de malaise , imparfaite, quand elles négligent ou qu’elles oublient de corroborer leur système gastrique à l’aide d’un tonique. Une digestion actuellement languissante jet difficile, par suite d un aflaiblissernent des organes digestifs, prend aussitôt un cours plus libre, et cesse i d'être une opération fatigante, si l’on administre un médicament doué de celte vertu.
L emploi des médicaments qui nous occupent fait i ordinairement acquérir plus de consistance aux matières fécales, que l’expulsion en soit plus tardive
DES MÉDICAMENTS
ou plus prompte. Souvent ces matières paraissent moins abondantes. L’absorption , alors très active sur la surl’acc Intestinale, dépouille le résidu de la dij'eslion de toutes les parties liquides qu’il contient. On sait que l’usage journalier des toniques à petites doses dispose à la constipation. Dans quelques cas, ces agents tiennent le ventre libre, pareequ’ils réveillent la vitalité des gros intestins , qu’ils tirent ces organes d’un état d’inertie qui facilitait le séjour, l’accumulation des matières^' fécales dans leur intérieur.
Lorsque les .substances toniques , prises à fortes doses, font sur les organes digestifs une impression plus profonde, plus tenace, elles modifient l’état actuel de ces organes , elles troublent leur action naturelle , elles provoquent des phénomènes remarquables. Alors les toniques causent un sentiment de chaleur à l’épigastre , et , par une sorte d’irradiation dont les nerfs sont sans doute les agents , cette chaleur se propage dans le ventre, dans la poitrine, à la tête, même dans les membres: ils occasionent de la soif, de l’anxiété, des rapports, des pesanteurs d’estomac, des pneumatoses gastriques, des nausées, quelquefoisdes vomissements. Lorsque la substance médicinale ai gagné les intestins, des portions de ces canaux se tendent, se tuméfient, clics éprouvent une sorte d’érection vitale. 11 se fait dans leur intérieur une exhalation de gaz qui les distend : en même temps les faisceaux musculaires qui entrent dans leur composition, se livrent à des contractions anomales qui produisent des coliques répétées. D’autres portions du canal alimentaire sont dans un état oppo.sé; leurs libres
TONlQtKS. 447
sont contraclées .rinleslin est resserré , durci , rétréci, il se passe alors de grands mouvements dans la cavité abdominale ; cependant il n’y a pas de selle; ou si l’individu médicamenté va du bas, il rend des matières solides; l’absorption a toute son activité dans les gros intestins , et l’exhalation n’augmente pas sur la surface des voies digestives. '
11 n’est pas rare toutefois de voir les médicaments toniques prod aire des déjections liquides et même abondantes. C’est pour avoir observé ce résultat que Cullen s’est cru autorisé 5 placer les amers parmi les purgatifs. Mais alors on donne ces médicaments à haute dose; une grande quantité de matière tonique agit à la fois sur la surface intestinale ; l’impression pénible que celle-ci ressent décide comme une commotion de tout le système abdominal; le mouvement péristaltique des intestins s’accélère , se précipite , et tout ce qui se trouve dans leur intérieur est expulsé au dehors.
Etats pathologiques ’. Quand les tissus organisés ont
> Je distingue deux sortes de lésions pathologiques: i°des lésions matérielles dans lesquelles les tissus de la partie malade offrent un changement dans leurs qualités sensibles , une variation dans leur état anatomique ; 2” des lésions vitales dans lesquelles l’action seule de l’organe est altérée, mais tous les tissus de ce dernier restent sains, conservent leur intégrité.
Dans les lésions matérielles, nous distinguons, i“ l’irritation , qui a pour caractères la rougeur, une température plus élevée, une sensibilité plus grande , des mouvements plus rapides ; 2° la pblegmasie , qui s’annonce par une intumescence des tissus vivants, plus ou moins grande, selon
DES JIIÎDICAMHNTS
|)crdu leur condition naturelle , quand ils sont dans un état morbide, les mêmes impressions portées sur eux
que l'enveloppe de l’organe permet à son parenchyme de s’étendre , une rougeur profonde , une exaltation de la chaleur vitale dans toute la partie; 5® l’hémorrhagie, ou la sortie du sang de ses vaisseaux, son épanchement à la surface ou dans la profondeur de l’organe ; 4‘ l’abcès ; 5“ l’ulcération ; 6“ la gangrène; 7“ l’hypertrophie, ou l’épaississement des tissus par un excès de nutrition, sans modification morbide de leur substance; 8“l’oligotrophie, ou l’amincissement des tissus , la diminution du volume de l’organe ; 9° l’endurcissement des tissus, 10° leur ramollissement, 1 1“ leur dégénérescence en tissus squirrheux, cancéreux; 12® la formation de tubercules, de mélanoses, etc.
Nous ferons remarquer que la phlegmasie à laquelle on donne le nom de chronique n’est point une phlegmasie qui serait seulement devenue avec le temps languissante, qui ne ferait que prolonger son existence sans changer de nature. Le travail morbide que l’on désigne sous le nom très générique de phlogosc chronique présente plusieurs modes de lésions qui sont différents, qui n’ont pas la même essence. Il donne lieu à des produits pathologiques bien distincts les uns des autres. L’état morbide qui conduit a l’ulcération , à l’induration, à la désorganisation, etc., des parties affectées, peut-il être toujours identique, avoir un caractère d’unité ? peut-on lui donner le même nom?
Les lésions que j’appelle vitales ont leur source hors des parties où on les remarque. Ün organe est intact, son matériel a conservé son intégrité; cependant ses mouvements, son action, ne suivent plus l’ordre accoutumé, l’ordre naturel. Cet état morbide procède d’un changement dans l’influence des nerfs. Cette influence est augmentée.
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ne causent plus les mêmes phénomènes, et elles en suscitent qui sont nouveaux et insolites. Nous trouvons I la preuve de cette proposition dans l’élude de 1 action des Ioniques sur l’appareil digestif.
Lorsque la cavité gastrique est échauffée ou irritée ,
I ou seulement lorsque des places, des zones de cette
i affaiblie ou désordonnée. C’est donC dans l’appareil céré- ; bral qu’il faut chercher la cause des lésions vitales : elle peut être dans l’encéphale, dans le prolongement rachidien, même dans les cordons nerveux qui forment les plexus, qui animent toutes les parties du système animal. Les affections spasmodiques qui se manifestent daijs l’appareil digestif, dans l’appareil respiratoire, qui attaquent le cœur, le diaphragme, etc., appartiennent à la classe des lésions vitales.
Un grand nombre de maladies offrent à la fois des lésions matérielles de plusieurs appareils organiques. Les pathologistes désignent par un seul nom, donnent comme un être simple, ces affections qui tiennent à des lésions multiples et simultanées : ils rassemblent pêle-mêle dans un même cadre des symptômes qui partent de plusieurs points bien distincts, qui, nés de causes différentes, éloignées, viennent comme se mélanger à l’extérieur du malade.
Souvent aussi il existe dans une même maladie des lésions matérielles et des lésions vitales.
Dans le cours de pathologie interne que je fais à l’école secondaire de médecine d’Amiens , je me suis formé un plan conforme à ce que je viens de dire. J’étudie les maladies par appareils organiques; je distingue pour chacun des organes qui les composent les lésions rnatérielles et les lésions vitales dont il est susceptible. J’arrivé enfin aux lésions multiples; l.à se trouve l’étude des fièvres,' des affections scorbutiques, etc.
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cavité sont dans la condition pathologique que nous indiquons , l’administration dos substances toniques détermine une tension , comme une contraction llxe des tuniques musculaires de l’estomac; les mouvements de ce viscère sont gênés, l’exercice de ses fonctions est perverti. L’irritation de l’organe gastrique se manifeste par la rougeur, la sécheresse des lèvres et de la langue , par la petitesse , le rétrécissement de cette dernière, par la soif, par la sensibilité de l’épigastre , etc. : eh bien , ces symptômes se prononcent davantage, si dans cette circonstance on fait usage de médicaments toniques ; la bouche devient plus sèche , la soif plus grande. On observe même de nouveaux phénomènes; après chaque prise de substance tonique , l’estomac semble gonfler, le malade éprouve une chaleur désagréable, souvent douloureuse, une pesanteur, une tension dans la région épigastrique; il désire toujours une boisson acidulé ou émolliente , comme la limonade, l’eau de groseilles, l’orangeade , le bouillon de poulet , etc., après l’ingestion de l’agent tonique.
Si au lieu d’une irritation superficielle de la membrane muqueuse gastrique, il y a phlegmasie des tissus de l’estomac, si ces tissus sont pénétrés de sang, brûlants, d’une sensibilité exquise, dans un état de turgescence, les médicaments toniques provoquent des efifets encore plus prononcés , des phénomènes plus remarquables : leur ingestion est suivie d’une ardeur très pénible dans l’épigastre , que le malade compare à un feu qui le consume ; d’un gonflement de cette partie avec sensibilité à la pression, de pneumatoses gastriques , de tiraillements d’estomac , d’une grande
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^oif, d un malaise extrême, d’accablement ou d’acilation , et de divers autres phénomènes qu’offrent les appareils circulatoire, pulmonaire, cérébral, qui ne conservent pas leur condition physiologique, qui entrent dans un état morbide plus ou moins sérieux, dès que l’estomac s’enflamme. Le malade repousse , si ses perceptions sont bien libres, un remède qui lui cause tant de mal , qui redouble ses souffrances. Rappelons-nous toutefois que, dans la gastrite, le travail ( inflammatoire n’occupe pas toute l’étendue de l’estomac ; souvent des points, des endroits seulement de ce viscère sont affectés. Si la substance tonique n’arnve pas sur les lieux malades , si ses principes ne les attaquent pas, elle ne cause plus les effets ni les accidents que Ton devait attendre ou craindre; les tissus phlogosés ont été épargnés, ils n’ont point senti l’impression de la matière médicinale, i Un mode de lésion assez commun de l’organe gastrique, c’est l’amincissement de ses tuniques, la diminution de leur volume ordinaire, leur oligotrophie. La nutrition a perdu de son activité, ou, comme cela arrive à la suite des gastrites, la résolution a été trop prompte, l’assimilation n’a pas réparé les pertes que les tissus de l’estomac ont éprouvées ; toujours le ma-
- tériel de ce viscère est moins fort, son action est languissante, on dit alors que l’estomac est dans un état de faiblesse ou d’atonie. Dans ce cas les toniques produisent des effets bien sensibles. L’appétit ^ait incertain , ils I excitent; la faim était promptement salis-
- faite, ils font manger davantage: la chymification était pénible, lente, irrégulière; ils rétablissent son"inlé-
PF.S MiîDICAHENTS
PF.S MiîDICAHF.NTS
"•rité. Un usage prolongé de ces agents, à petites doses, refait alors l’estomac, établit dans ses tuniques un mode d’assimilation plus actif, leur rend l’épaisseur, la force qui appartient à leur condition normale.
Les tissus gastriques éprouvent quelquefois une modification morbide qui les fait paraître ramollis , comme gélatineux. Alors les médicaments toniques produisent des effets assez évidents. Celte altération organique occasione une grande débilité de la vie stomacale : il y a anorexie , répugnance pour les aliments mucilagineux ou gras ,* on dit encore dans ce cas que l’estomac est affaibli. L’impression des amers sur les tuniques de ce viscère détermine un resserrement salutaire de. leurs fibres, donne à 1 action nutritive de ces tuniques un autre mod&qui répare leur matériel et les rétablit dans leur condition naturelle. Les effets sensibles que les toniques produisent dans cette circonstance sont une augmentation d appétit, et un exercice plus libre , plus facile des digestions.
Quand les tissus de l’estomac sont épaissis, plus solides , dans un état d’hypertrophie , l’impression des principes toniques ajoute à leur vigueur matérielle. L’appétit se montre exigeant , on est grand mangeur, surtout si l’organe gastrique a en meme temps une grande capacité; la digestion est toujours très prompte. Si les toniques agissent avec une certaine énergie sur un organe gastrique qui déjà est trop robuste , ils exagèrent sa vigueur organique , ils déterminent dans ses tuniques un état de contraction fixe qui génères mouvements , qui retarde la chymification. Alors on sent une pesanteur h l’épigastre après les re-
TONIQUES
pas , (le la chaleur daus celle région pendant le séjour des aliments dans la cavité gaslric[ue ; ou dissipe ces accidents par l’usage de l’eau sucrée, ou d’une autre boisson émolliente ou réfrigérante.
Si les tissus gastriques sont endurcis, si une dégénérescence squirrheuse ou cancéreuse occupe quelques points de l’estomac, les elléls des médicaments toniques ne peuvent plus être déterminés d’avance. Ils varient selon l’état où se trouve ce viscère, selon même que les lésions dont nous venons de parler existent du coté du cardia, ou du côté du pylore, dans la petite ou dans |a grande courbure de l’estomac. Si ces lésions organiques sont associées à un travail phlegmasique , les toniques animent ce dernier et causent des accidents qui naissent de leur action sur les tissus phlogosés. Mais si les indurations des parois de l’estomac ne se trouvent pas au milieu d’un loyer inflammatoire, ou si ce dernier est éteint, les effets ne sont plus les mêmes. Souvent les toniques éloignent momentanément les accidents de l’affection gastrique : ils retardent les vomissements, ils diminuent la fréquence des rapports aigres , ils causent un sentiment d’appétit que le malade n’avait plus , etc. Ce dernier produit tient probablement à l’action des toniques sur la partie saine de l’estomac. ^
Dans les ulcérations de ce viscère, les efl’ets des toniques varieront selon que ces lésions seront avec ou sans inflammation. Si elles sont placées sur des tissus phlogosés , l’impression des toniques sera très vive , elle causera de la soif, de la chaleur, de la douleur. Si les tissus qu’occupent les ulcérations sont exempts
DUS MÉDICAMENTS
fie phlogosc , les subslanccs Ioniques ne provoquent ])liis les nrêmes accidents: souvent même leur action sur les surfaces ulcérées dévient salutaire; elle hâte, elle décide leur cicatrisation Nous noterons que ces ulcérations peuvent se trouver sur des points différents de la surface gastriqué, qü’elles sont tantôt très accessibles aux substances médicinales, que d’autres fois au contraire ces dernières né les atteignent pas. ’ '
L’action des toniques sur les intestins, lorsqu’ils sont dans un état pathologique, mérite un examen particulier. Quand la membrane muqueuse qui recouvre la surface interne de ces organes est irritée, quand dfes parties ou des zones de'cette membrane sont rouges, plus sensibles , gonflées, couvertes de petits boutons , etc. , qu’il y a des coliques , dés déjections séreuses ou glaireuses très fétides , que le malade éprouve un sentiment de chaleur dans le bas-ventre, etc., l’usage dès toniques donne pour effets sensibles une augmentation de ces accidents; leur abord sur lés endroits malades exaspère la lésion dont ils sont le siège. Si l’inflammation est plus profonde, si les tissus musculaires des intestins sont phlogosés, gonflés, turgescents, s’ils ont une chaleur, une sensibilité morbides , l’opération des toniques
' Nous venons de trouver à l’Hôtel-Dieu d’Amiens,, dans l’intérieur de l’estomac d’un vieillard qui était mort d’un catarrhe chronique, une cicatricé de la grandeur de deux pouces, dont le centre était lisse et les bords froncés : elle occupait la grande courbure de ce viscère. Nous n’avons pu nous procurer de renseignement sur ce qui avait pu causer celte lésion, qui est plus IVéqiienle qu’on ne le croirait.
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se manilesle encore par l’inlensité plus grande que montrent tous les phénomènes pathologiques; il y a des coliques sourdes , elles redoubleront après l’administration du médicament; le sentiment de chaleur que l’on éprouvait dans le bas-ventre deviendra plus vil‘; le canal intestinal se tendra , se gonflera , occupera plus de volume ; les portions d’intestins qui sont dans un état fluxionnaire n’ont plus leur mouvement péristaltique habituel , il en résulte une stagnation des matières alvines dans leur intérieur , il y a constipation; l’usage d’un tonique peut déterminer quelques déjections. Dans ces afiections, des zones d’intestins conservent toujours leur état physiologique parmi celles qui sont dans une condition morbide : les efiets des toniques varieront selon que les premières seront plus nombreuses et plus étendues ; en un mot , ces effets se conformeront à la disposition où se trouve acluellement. l’ensemble du canal digestif.
Lorsque la surface muqueuse des intestins fournit du sang par exhalation, l’impression d’une substance tonique peut arrêter celte hémorrhagie. Si celle surface est recouverte en même temps d’ulcérations , de végétations, de points dephlogose, comme ou le voit dans la dysenterie, les effets des toniques ne seront plus certains; ils changeront comme la condition pathologique de la surface intestinale.
La tunique musculeuse des intestins grêles et dos gros intestins perd fréquemment son épaisseur, son volume physiologique: ou l’assimilation languit dans celle tunique, elle ne répare plus les perles qu’elle fait; ou bien après un gonflement inflammatoire, après '• 29.
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un état fluxionnaire des tissus inleslinaux , il s’est fait une résolution trop prompte , poussée trop loin , qui a enlevé des principes propres à la substance organique de ces tissus : toujours trouve-t on alors les parois des intestins amincies, dans un état d’émaciation souvent extrême : cet étal pathologique, que nous nommons oligotrophie des intestins, se rencontre très fréquemment à l’ouverture des cadavres : il existe toujours sur les individus qui succombent à de longues maladies, qui ont été usés par la douleur, par la fièvre, par des désorganisations de viscères , etc. Pour constater cet état, il faut comparer, avec les intestins que nous indiquons ici , les intestins de personnes qui ont été victimes d’une chute, d’un coup de feu ou d’épée, ou d’une attaque d’apoplexie : on verra combien la densité , l’épaisseur de la tunique musculeuse de ces derniers contraste avec l’extrême ténuité, la presque nullité de la même tunique dans les premiers. Dès qu’il y a oligotrophie des intestins , les aliments séjournent plus long-temps dans les voies digestives, ils donnent lieu à un gonflement du ventre, ils sont mal digérés, ils fournissent une grande proportion de résidu excrémentitiel. Quand , ce qui arrive souvent , les intestins ont, avec leur débilité matérielle, une vive irritabilité, il survient des déjections alvines qui enlèvent la nourriture dont l’élaboration n’a pas lieu. Si l’oligotrophie porte principalement sur les gros intestins, il y a une constipai ion habituelle que les boissons adoucissantes, laxatives , augmentent. Dans la condition morbidç du canal intestinal dont nous venons de nous occuper, lès médicaments toniqiies produisent
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des loffels parliculiers; ils favorisent l’exercice de la digestion, ils préviennent les accidents qui ont coutume de les accompagner, ils rendent les selles plus régulières. Leur impression donne aux tissus émaciés des intestins une énergie momentanée ; â la longue ils peuvent déterminer la restauration de la tunique musculeuse de ces organes, en ranimant sa vitalité, sou action nutritive.
La tunique musculeuse des intestins grêles et des gros intestins peut acquérir un volume plus considérable que celui qui lui est naturel , passer à un état de polytrophie ou d’hypertrophie. Cette disposition est beaucoup plus rare que l’état opposé ou l’oligotrophie des intestins : elle ne produit pas d’accidents remarquables : on la méconnaît ordinairement, i Toutefois elle apporte des variations dans les phénomènes qui suivent l’usage des toniques. Ces agents, mettant en jeu les forces matérielles d’intestins très robustes , rendent les digestions plus promptes : ces organes enlèvent aux aliments tous les principes alibiles qu’ils contiennent, ils réduisent le résidu excrémentitiel au moindre volume possible.
Ou trouve fréquemment les tuniques musculeuse et muqueuse des intestins ramollies , comme gélatineuses : dans ce cas les toniques produisent encore des effets parliculiers: ces effets naissent toujours de la comparaison du mode d’exercice actuel des fonctions intestinales , avec celui qui a lieu après l’administration d’un agent corroborant: les digestions sont plus libres, plus faciles, il se forme moins de pneumatoses, les déjections alvines se font avec régularité , etc., lorsque l’on prend en
DES MÉDICAMENTS
mangeant une des substances médicinales do celle classe.
Les tissus inleslinau.x peuvent éprouver un autre genre de modification , la lunique musculeuse devient plus épaisse, moins extensible; elle oCfre une texture serrée, blanchâtre, homogène, elle est changée de nature; la tunique muqueuse est ramollie, ses replis sont plus épais, plus apparents. Il est difficile de décider ce que cette 4ésion peut occasioner de difTérence dans l’opération d’un médicament tonique ’.
Des dégénérescences squirrheuses , cancéreuses des intestins, modifieront l’opération des toniques. Mais il est impossible de toujours prévoir les effets que ces lésions feront naître. L’impression de ces agents sur les parties saines du canal alimentaire est suivie des produits ordinaires de leur emploi ; c’est lorsqu’ils arrivent sur les endroits affectés qu’ils déterminent des mouvements insolites, des phénomènes étrangers à la médication qui nous occupe.
S’il existe sur la surface intestinale des ulcérations , on verra les effets des toniques différer selon que ces ulcérations seront anciennes ou récentes, superficielles ou profondes et à bords endurcis , selon qu’elles existeront sur un fond phlogosé, épaissi, couvert de végétations, ou que les tissus qui les entoureront seront sains et
' J’ai rencontré il y a peu de jours les tissus des intestins grêles et des gros intestins transformés en un corps blanc, lardacé, homogène, qui formait tout le canal inicstinal. Ce dernier était solide, immobile, privé de son mouvement péristaltique. Le malade avait depuis louglemps une constipaliou que rien n’avait pu vaincre.
TONIQOES.
exempts d'inllammalion. Si les ulcérations sont récentes, superficielles, l’impression des toniques peut , en changeant brusquement leur mode de vitalité, décider leur cicatrisation : si les ulcérations ;sont vives , si elles pénètrent dans dès tuniques intestinales phlogosées , si elles sont accompagnées d’une grande rougeur, de gonflement, les toniques pourront animer davantage le travail phlegmasique ; ils augmenteront l’ardeur abdominalej les coliques, les pneumatôèes; ils rendront les déjections plus fréquentes, plus fétidès etc. Il faut observer que les ulcérations qui occupent lès gros intestins sont peu accessibles à l’action dès médicaments toniques que l’on administre par la bouche, parcequ’une forte partie de leurs principes iactifs , absorbés dans les intestins grêles , n’arrivènt pas jusques à ces organes. C’est quand on injecte les médicaments toniques dans les'gros intestins qu’ils modlrent une grande puissance sur les ulcérations qui occupent l’intérieur de ces organes. ’ '
Souvent l’estonlac e't léÿlihléstins sont “sbulèment affectés dans leur vitalité, 'fies tissus dè ces organes n’ont éprouvé aucune modification, il ne s’èst opéré aucun changement dans leur matériel. Mais l’influence que ces viscères reçoivent des nerfs est augmentée , affaiblie ou désordonnée. L’origine de ces affections pathologiques est donc dans l’appareil cérébral',' dont 1 influence ne vivifie plus les tissus de l’estomac et des intestins comme auparavant, ou dans les cordons nerveux que reçoivent ces tissus , dont la condition physiologique est altérée. Si cette influence est augmentée , les organes digestifs sont Irrqv vivants , trop sensibles :
UilS médicaments
l’exercice de la digestion cause de la iiesaïUeur, une tension douloureuse , des pneuinatoscs. Si elle est pervertie , il apparaît une foule de phénomènes que l’on nomme spasmodiques, des coliques, des gonllcmenls soudains des intestins, le sentiment d’une barre qui serre le ventre , des douleurs qui communiquent avec la colonne vertébrale, des vomissements, etc. Si la puissance nerveuse est affaiblie , on remarque de l’inappétence, des digestions languissantes ou imparfaites, des diarrhées , etc. Dans les deux premiers cas , les médicaments toniques exaspèrent les accidents ; mais dans la dernière aflection,:ces remèdes, pris à petites doses au moment des repas , régularisent l’exercice des digestions. .Ce produit dépend de l’action que la substance tonique exerce sur les nerfs de l’estomac et des intestins , et peut-être de l’impression que ses molécules fonV sur le prolongement. rachidien et sur l’encéphale.
Il n’est pas rare de rencontrer sur le même individu une lésion vitale el une lésion matérielle des organes digestifs. Une des associations les plus remarquables dans ce genre est celle-ci : une extrême délicatesse de l’estomac et des intestins , dont les tuniques sont plus minces et dans un état d’oligotrophie, avec une trop grande' dose de vitalité, une excessive susceptibilité qui. procède de l’influence vivifiante trop forte , trop puissante des nerfs. On voit cette combinaison pathologique dans les personnes qui sont très irritables, d’une mobilité remarquable ; elle existe dans les alléelions que l’on nomme hypochondrie, mélancolie; elle semble appeler et repousser à la fois les toniques, les
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tissus gastriques et intestinaux qu’aninae une sensibilité exagérée, morbide , s’irritent de leur impression.
Les substances toniques ne se mettent pas en contact immédiat avec les autres pièces de l’appareil digestif. Cependant elles peuvent agir sur le foie , sur le pancréas , sur la rate , i ° par la sympathie que les plexus nerveux établissent entre toutes ces parties, 2 par la pénétration des molécules médicamenteuses dans le sang, 3“ sans doute aussi par le voisinage , la contiguïté des tissus intestinaux avec ces organes.
Le foie est plus qu’aucun autre organe soumis à l’action des médicaments, puisqu’il reçoit directement les molécules de ces agents que les extrémités veineuses prennent sur la vaste surface des intestins. Si la puissance des toniques sur l’organe hépatique est peu sensible tant qu’il conserve son état naturel, elle devient évidente dès qu’il entre dans une condition pathologique. Cet organe est-il irrité ou phlogosé, l’administration d’une substance tonique ne manque pas d’animer davantage le travail morbide , et de donner une nouvelle intensité aux accidents qui en sont le produit. Ce remède donnera lieu à des vomissements bilieux; détendra souvent l’inflammation aux autres parties de la cavité abdominale , notamment è l’estomac , aux intestins. S’il y a diminution du volume du foie , oligotrophie de son tissu , les toniques exciteront l’action nutritive dans cet organe , ils concourront eflicacement à lui restituer ses dimensions physiologiques. Cet état morbide du foie est très commun : il vient directement d’une langueur dans la fonction assimilatrice de ce viscère; il vient souvent d’une absorption désordonnée
46a DES MÉDICAMENTS
qui enlève au Ible les naalérlaux mêmes qui appartiennent à sa substance; ce changemeni a lieu è la suite des maladies aiguës dans lesquelles le l’oie a été gonflé, pris d’un certain degré d’inflammation: une résolution trop brusque ou trop prolongée amoindrit, rétrécit cet organe.
On voit quelquefois le foie dans un état contraire; il s’est développé outre mesure, il y a hypertrophie de son tissu. Dans ce cas, l’organe hépatique a une vie prédominante dans l’appareil digestif; il sécrète une trop grande quantité de bile ; cette humeur reflue souvent dans l’estomac, remonte à la bouche ; il survient des vomissements spontanés de matières bilieuses. La peau a ordinairement une teinte jaunâtre. Quand cette lésion du foie existe, les substances toniques l’augmentent. L’impression de leurs molécules donne encore plus d’activité à l’assimilation dans le tissu hépatique , qui est déjà trop développé : ces molécules excitent la sécrétion de la bile , déjà trop' forte.
Si un travail morbide opère la transformation du tissu hépatique en une matière graisseuse et jaunâtre, on croit que les substances amères peuvent arrêter ses progrès , et même réparer le mal qu’il a déjà fait, en imprimant à l’action assimilatrice un autre mode, un caractère diflerent , en ramenant par une nouvelle modification organique le matériel du foie à sa condition naturelle. 11 y a alors désordre dans la sécrétion de la bile , dans les digestions , jaunisse , etc. Ces accidents disparaissent à mesure que l’organe revient à son étal primitif. On a vu souvent l’usage prolongé de substances
TOXIQUES
amères et Ioniques dissiper des endurcissements du foie ; ces succès supposent que les agents qui nous occupent ont donné dans le tissu malade un autre ordre à la nutrition et h l’absorption : c’est parceque la nature enlève des matériaux dégénérés ou morbides à la partie affectée, et qu’elle les remplace par d’autres d’une composition conforme à l’état physiologique de l’organe , que ces indurations disparaissent. Mais le plus ordinairement les toniques ne font alors que tourmenter, qu’offenser inutilement le foie.
Lorsque ce viscère est le siège de tubercules, de tumeurs cancéreuses , lorsqu’une portion de son tissu est devenue squirrheuse , les toniques ne produisent pas d’action sur cet organe que nous puissions ici déterminer, ni de phénomènes que nous puissions indiquer.
Le foie peut aussi éprouver des lésions vitales : sans que l’état anatomique de cet organe offre aucun changement , sa fonction naturelle prend une mesure morbide ; le cours de la bile est altéré ; tantôt elle reflue dans le sang, ses matériaux se répandent dans toutes les parties du corps , tantôt elle est sécrétée avec exubérance; elle est rejetée au-dehors par le vomissement, etc. Cependant la source de ces phénomènes existe dans l’appareil cérébral. Lorsque c’est l’influence déréglée des nerfs sur l’organe hépatique qui provoque ces mouvements pathologiques, l’administration des toniques ne pourrait qu’augmenter le trouble , des fonctions de l’organe hépatique : ce genre d’affec-
1 tion est regardé en médecine comme spasmodique.
I Le pouvoir des toniques sur la rate , sur le pancréas
DES MÉDICAMENTS
reste obscur, même quand ces organes sont dans une condition morbide. Comme ils ne fournissent alors que des symptômes peu distincts , on ne peut juger les variations qu’ils éprouvent après l’administration d’une substance tonique. Il n’en est pas de même pour le péritoine ; quand cette membrane est dans un état de phlogose, qu’elle a une sensibilité pathologique, il n’est pas difficile de voir que l’usage d’un tonique l’irrite , que les molécules qui pénètrent son tissu animent le travail inflammatoire dont elle est le siège. Que la puissance du tonique procède du lien matériel qui unit la face interne des intestins avec le péritoine , ou bien qu’elle provienne de la présence des molécules du médicament que l’on vient d’employer dans le sang qui arrose cette membrane , il est constant qu’après l’emploi de cet agent, le gonflement de l’abdomen, sa sensibilité, sa tension , etc. , augmentent ; il apparaît de nouveaux accidents , des vomissements , divers phénomènes nerveux , etc.
Appareil circulatoire.
Ètatphysiologique. Les substances toniques agissent sur l’appareil circulatoire de deux manières. Aussitôt qu’elles arrivent dans l’estomac, l’impression qu’elles font sur lesnerfsdes tissus gastriques se transmetpar continuité h ceux du coeur, et cette sympathie peut changer les mouvements, l’action de cet organe. Mais c’est surtout par les molécules de ces substances qui s’introduisent dans le fluide sanguin que les instruments qui servent è la circulation sont attaqués et modifiés ; ces molécules, mêlées au sang, se trouvent en contact immé-
TONIQUES
(liai avec l’iulérieui' des ventricules, des oreillettes et des canaux artériels et veineux: elles pénètrent de plus avec le sang des artères coronaires dans le tissu même de ces parties , elles s’y trouvent en rapport avec leurs libres : elles déterminent en elles une mutation intestine, une tension (jui donne plus de i'orce, de vigueur, à l’organe qu’elles constituent. Lorsque l’on a pris une dose assez forte d^un médicament tonique pour que son influence devienne générale , il est facile de s’apercevoir que les contractions du cœur se font avec plus d’énergie, que ce viscère communique une impulsion plus forte au sang qu’il pousse dans les canaux circulatoires. Si on porte alors son attention sur les artères , il est permis d’avancer que les parois de ces dernières sonfplus résistantes, plus solides : après l’administration d’un tonique à une dose élevée, on trouve le pouls serré et dur ; le vaisseau paraît sous les doigts moins gros et plus tendu. Mais il est bien digne de remarque, que le cours du sang n’est pas accéléré, que les mouvements du cœur ne sont pas plus pressés : c’est un des caractères de la vertu tonique de fortifier les organes sans précipiter leur action. 11 serait difBcile de constater l’influence que les toniques ont sur les veines, et la mutation que ces agents causent en elles.
Les toniques agissent aussi fortement sur les vaisseaux capillaires: ils développent le ton , l’énergie de ces canaux. Donnés sans prudence à des jeunes gens , à des personnes fortes, d’un tempérament sanguin, d’une complexion irritable, ils provoquent des congestions sanguines , ils causent des hémorragies, même des plilogoses. On observe fréquemment ces résultats, '• 3o
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