‹ Traité élémentaire de matière médicaleChapitre 26 sur 40 · GG · texte numérisé non relu

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lorsque l’on fait pendant un certain temps un usage journalier d’un médicament tonique. Toutefois, pris à doses modérées , ces agents ne troublent pas ordinairement la circulation capillaire. Les observateurs préviennent que les toniques n’animent pas le teint , qu’ils n’élèvent pas la température de tout le corps, comme le font toujours les médicaments excitants; car c’est dans l’influence que ces deux classes d’agents exercent sur la circulation et sur la calorification que se mohtre principalement la différence du caractère de leur force médicinale.

Il faut distinguer les effets qui émanent de l’action d’un médicament tonique que l’on vient d’administrer, qui tiennent à Timpression actuelle de ses molécules sur le tissu du cœur, des artères , des vaisseaux capillaires, de ceux qui ne paraissent qu’après un usage prolongé de ce même agent. Ainsi une dose d un médicament tonique ne rendra pas le pouls plus vif ni plus plein, ni surtout plus fréquent; mais le pouls prendra peu à peu ces diverses qualités lorsque 1 on réitérera tous les jours l’emploi de ce même médicament : ces changements auront leur cause dans le nouveau mode d’exercice que suivra la nutrition. Une prise de quinquina, d’une préparation martiale, etc., ne communiquera pas une couleur plus vive, plus animée à la peau; mais celte coloration sera sensible quelques jours après, parceque ce moyen aura donné plus d’activité aux fonctions nutritives , aura fait acquérir au sang une complexion plus riche , et l’aura rendu plus abondant. La chaleur vitale elle-même deviendra plus élevée , plus prononcée.

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Etats pathologiques. Lorsque, dans les maladies fébriles, le cœur bat plus vile, que ses conlraclions sont en même temps plus rapides et plus fortes , que l’on sent un tumulte dans la région qu’occupe cet organe , i|ue le malade y éprouve plus de chaleur, que le pouls est plus fréquent, qu’il offre une grande vivacité; il est difficile de ne pas penser que cet appareil a subi une modification, que le péricarde , le cœur et l’intérieur des vaisseaux sanguins sont plus rouges, plus sensibles, dans un état d’irritation. Bien que ces changements ne soient pas toujours très perceptibles après la mort, les phénomènes que l’on remarquait pendant la vie mettent hors de doute leur existence: la plus grande activité de l’appareil circulatoire n’est qu’un produit de sa condition morbide. Que cette lésion procède d’une provocation sympathique que l’organe central de la circulation a reçue d’une surface ou d’un organe enflammé , ou qu’elle reconnaisse une cause directe, il suffit pour nous qu’elle existe. On trouve toujours, dans les cadayres des individus qui avaient le pouls vif, dur, fréquent, de l’eau dans le péricarde: cette exhalation est la preuve qu’une irritation morbide existait sur celle membrane séreuse. Le cœur est ordinairement, dans les personnes qui succombent fi des maladies fébriles, d’une couleur violacée, il offre, un aspect morbide: l’intérieur de ses cavités a une couleur plus foncée. Si ces signes restent sur les cadavres, qu’étaienl-ils pendant la vie? Quelle vivacité avait la couleur inflammatoire de ce viscère ? Quel était le développement de sa température , de sa sensibilité, etc. ? Lorsque Içs vaisseaux capillaires sont plus

DUS Ml'iDlCAMI'.NrS

vivants, qu’ils répandeiil le sang avec plus de vitesse sur tous les points du système animal , que les réseaux qu’ils forment sur toutes les surfaces s’épanouissent, sont plus apparents ; le tissu de ces canaux u’a t il pas éprouvé un changement , n’est il pas devenu plus rouge, plus sensible aux impressions extérieures ?

L’appareil circulatoire présente cet état d’irritation dans un grand nombre de maladies , dans les phlegmasies, dans les fièvres, etc. il est facile de concevoir quel pouvoir exerceront alors sur lui les substances douées de la vertu tonique. Les molécules do la matière extractive , résinoïde , alcaline , colorante , du tannin, de l’acide gallique, etc., que recèlent ces substances, arriveront - elles dans le tissu du péri carde , du cœur, des artères , des vaisseaux capillaires , pourront-elles traverser leur intérieur, sans les irriter davantage, sans solliciter le cœur à des contractions encore plus rapides ,isans presser les oscillations des petits vaisseaux? Aussi observe-t-on que si l’on administre un médicament tonique aux malades qui ont un pouls vif et fréquent, dur et roide , une chaleur âcre et brûlante, la peau aride, etc., l’appareil fébrile augmente après chaque prise de cet agent, les accidents prennent plus d’intensité , le pouls redouble de force et de vitesse, la chaleur se montre encore plus accablante; bientôt il survient de l’agitation , de l’anxiété , des inquiétudes dans les membres, de l’insomnie, etc. L’observation prouve que s’il existe un travail inflammatoire dans quelque tissu organique , une.subslance tonique, donnée i'i l’intérieur, ne manque pas de l’animer davantage, de l’étendre , parceque les vaisseaux capillaires compris

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tlans ce tissu sont irrités par la présence ries molécules de celte substance.

Jusqu’ici nous n’avons vu qu’un travail superficiel , qu’un simple état d’irritation des organes qui servent à la circulation du sang; mais si le tissu de ces organes se trouvait prolbn dément pblogosé, s’il était gonflé , plus chaud, etc. , comme dans la péricardite, dans la cardite, dans l’augiotite , l’opération des toniques paraîtrait encore plus prononcée: leurs molécules deviendraient pour le péricarde, le cœur et les vaisseaux sanguins comme des aiguillons qui exalteraient davantage le travail morbide dont ces organes sont le siège. Le pouls prendrait un antre rhythme , il surviendrait de nouveaux accidents. Dans ces maladies , l’affection de l’appareil circulatoire s’étend au cerveau, aux poumons , aux organes digestifs , etc. Combien les molécules des toniques ne feront-elles pas de mal en abordant sur ces parties, qui ont alors une susceptibilité excessive !

Lorsqu’un seul , ou lorsque les deux ventricules du cœur sont épaissis, dans un état d’hypertrophie, l’usage des toniques produit des effets particuliers. Si ce sont les parois du ventricule gauche qui ont pris plus de volume, les médicaments qui nous occupent donnent encore plus de force, plus de dureté au pouls, plus de violence aux battements du cœur; ils augmentent l’embarras du cerveau , les étourdissements , les éblouissements, les engourdissements des membres, etc. Si l’hypertrophie occupe le ventricule droit, c’est de l’op pression , de la toux , même le crachement de sang que I on observe après l’administration des agents toni ques. Il survient un mélange de ces deux ordres de

DES MiDlCAMENTS

symptômes après l’emploi d’un tonique, s’il y a épaississement , excès de nutrition des deux ventricules.

Dans l’oligotrophie du cœur, dans sa diminution de volume, les toniques produisent d’autres phénomènes : par leur action sur l’organe central de la circulation qui est émacié, ils rendent momentanément le pouls plus fort , et les battements du cœur plus sensibles. Cet état morbide se rencontre fréquemment; il existe dans la convalescence d’un grand nombre des individus qui sortent d’avoir une maladie fébrile. Pendant ces maladies le tissu du cœur a éprouvé une modification : quand la maladie a cessé , il a perdu de son volume , puis peu à peu il se rétablit dans sa condition physiologique.

L’action des médicaments toniques mérite d’être remarquée , lorsqu’il y a dilatation des ventricules du cœur avec amincissement de leurs parois : ces agents , par l’impression directe de leurs molécules sur le tissu de ce viscère , doivent élever momentanément sa puissance vitale, imprimer pendant quelques instants à ses mouvements plus de vigueur. Les changements que l’on remarque alors dans le pouls et dans les contractions du cœur ne sont que passagers; mais un usage prolongé des toniques ne pourrait-il pas davantage? ne pourrait-il pas exciter une nutrition plus active dans les tissus de cet organe, faire acquérir plus de volume , pbis d’épaisseur à ses parois ?

Ils produiront un changement également salutaire dans la nutrition de cet organe, lorsque son tissu sera ramolli, que ses libres auront moins de cohésion : dans ce cas, il y a faiblesse des battemeuls du cœur et des

TONIQUKS.

pulsations artérielles, infiltration des extrémités inférieures , souvent d’une seule. Cette lésion cause une mort subite. A l’ouverture du cadavre , on trouve le cœur flasque , mou ; son tissu est pâle et se déchire avec une extrême facilité. L’impression des molécules toniques sur le tissu de cet organe se rend sensible par l’énergie momentanée qu’elle donne aux contractions du cœur : elle peut aussi amener un autre mode d’assimilation qui restaurera cet organe, lui rendra ses qualités physiologiques.

Le cœur subit aussi des lésions vitales dans lesquelles il est intéressant de constater les effets des toniques. Ainsi on voit ces agents suspendre des palpitations de cœur, ramener à une mesure régulière un pouls intermittent, inégal , déréglé. Les mouvements désordonnés que peut éprouver l’organe central de la circulation ne tiennent pas toujours à une altération de son tissu ; ils l'econnaissent souvent pour cause une influence morbide de la moelle épinière ou du grand sympathique. La puissance nerveuse trop forte, trop développée, donne aux battements du cœur une force, une vivacité qui sort des limites physiologiques : si cette puissance est désordonnée, elle provoque des mouvements tumultueux de cet organe , des palpitations , des spasmes; elle rend les pulsations artérielles fort irrégulières : si au contraire elle n’arrive plus au cœur avec la même énergie, on remarque de la faiblesse, delà lenteur dans les contractions de ce viscère; on retrouve dans le pouls les mêmes caractères. Dans ces lésions de la circiilalion , qui sont purement vitales , les Ioniques ne restent f*as sans pouvoir. Par leur impression sur l’appareil

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cérébrül , sur le prolongement rachidien , sur les plexus des nerfs ganglionaires, ils ajouleronl à l’intensité des phénomènes qui naîtront de la première cause; ils augmenteront souvent, ils calmeront quelquefois les accidents qui dépendront de la perversion de l’influence des nerfs sur le cœur; ils pourront au contraire faire cesser ceux qui seront causés par une débilité de celte influence.

Appareil respiratoire. '

Etat physiologique. Lorsque l’on observe l’action des médicaments toniques sur des personnesen santé, il n’est pas possible de déterminer si ces agents produisent quelque changement dans l’état actuel des organes pulmonaires. L’usage des toniques ne cause pas de variation perceptible dans les phénomènes mécaniques de la fonction respiratoire. Ou n’a pas cherché à reconnaître si les phénomènes chimiques subissent quelque modification pendant que le corps est sous l’influence d’une substance amère ou styptique. Enfin, on n’a pas constaté si l’exhalation que fournit la vaste étendue des bronches est alors augmentée ou diminuée.

Les rapports que les nerfs établissent dans l’économie animale entre les poumons et l’estomac favorisent l’action des matières médicamenteuses sur les premiers organes , qui perçoivent en quelque sorte toutes les impressions que ressent la cavité gastrique. De plus , les poumons reçoivent la plus grande partie dos molécules que l’absorptiôn importe dans le système vasculaire. Ces molécules arrivées avec le sang veineux dans

TONlQUliS. 4?^

le veulrlcule droit, ne sont elles pas conduites dans le tissu pulmonaire? Une proportion assez lorle de ces molécules s’échappe môme alors par la surface qu’offrent les cellules bronchiques. L’appareil pulmonaire est sans contredit un des points de l’économie animale le plus exposé aux attaques des agents pharmacologiques.

Etats pathologiques. Toutes les fois que le cours du sang est plus rapide , que les inspirations et les expirations sont plus rapprochées, que 1 arrière-bouche est sèche, que l’air qui revient des poumons est brûlant, on ne peut douter que les organes respiratoires ne soient dans une condition morbide; l’intérieur des bronches est alors aride , tendu , plus rouge , plus sensible ; cette surface a comme la peau une température très élevée : or cet état pathologique des poumons existe dans les fièvres , dans les phlegmasies. Si après ces maladies on ne trouve pas toujours à 1 ouverture des cadavres des traces de l’irritation de l appareil respiratoire , c’est que la mort efface les attributs qui prouveraient son existence , la rougeur, la chaleur, la sensibilité. Cependant il n’est pas permis de la révoquer en doute, dès que les symptômes que nous avons exposés la décèlent. On peut facilement prévoir quels effets les molécules des médicaments toniques produiront sur les organes pulmonaires lorsqu’ils seront dans cette condition morbide : ces molécules animeront davantage le foyer qui s’y est établi ; elles pourront parfois provoquer le développement d’une phlegmasie.

Dès que la membrane muqueuse qui tapisse l’intérieur des voies aériennes^est phlogosée (dans la bronchite, dans le catarrhe pulmonaire) , ou quand le tissu.

klk üliS MiiDICAMliNTS

le parenchyme même des poumons est pris d’une in flaramalion ( dans la péripneumonie) , les médicaments toniques produisent comme effets sensibles un redoublement de la toux, de l’oppression; ils rendent plus forte la chaleur que l’on ressent dans la poitrine , donnent de l’anxiété, de l’angoisse; ils suppriment | 1 expectoration. Il est évident que ce sont les molécules de ces agents qui causent ces résultats par leur impression sur les tissus pulmonaires alors en proie à un travail inflammatoire. Si les progrès , la durée de 1 inflammation ont altéré les poumons , s’ils ont rendu leur parenchyme épais, compacte, s’ils l’ont hépatisé, les toniques ne feront qu’aggraver cet état morbide. Mais le travail inflammatoire a-t-il diminué, ne reste-t-il plus qu un gonflement, qu’un embarras sans irritation du tissu pulmonaire ; les toniques peuvent établir une expectoration abondante , et par suite causer un dégorgement salutaire des poumons.

Dans la pleurésie, l’action des molécules toniques sur la plèvre qui est rouge, gonflée, d’une sensibilité exquise , se manifesterait par le mal qu’elle produirait. Après l’ingestion de ces agents, on remarquerait plus d oppression , une toux plus pénible , une douleur plus déchirante, etc. Nous passons ici sous silence l’effet que les molécules toniques provoqueraient dans les autres appareils organiques dont la phlogose de la plèvre comme celle des poumons troublent la condition naturelle, qu’elles entraînent dans un état pa^ thologique.

Lorsque la surface bronchique fournit du sang par exhalation , et que le malade en rend avec ses cra-

chats (hémoptysie), les substances toniques peuvent, en déterminant une astriction des vaisseaux capillaires, suspendre cette évacuation ; mais fréquemment elles allument un travail inflammatoire , elles substituent une lésion à une autre.

Dans la phthisie, le tissu pulmonaire est endurci , changé de natui’e, rempli de tubercules, percé de cavernes, etc. Alors les substances toniques excitent la toux , fatiguent les malades , causent de l’agitation , de l’insomnie, de la chaleur, etc.

Les organes respiratoires éprouvent encore d’autres altérations matérielles. Leur tissu peut être comme ramolli , avoir perdu de sa consistance , de sa force matérielle: est -il dans ce cas moins bien restauré par l’action nutritive? peut-il exister un mode de lésion opposé à ce dernier, une augmentation de densité , de volume des poumons ? Nous ne pourrions qu’offrir des conjectures sur les variations que l’emploi des toniques fait alors éprouver aux phénomènes habituels de la fonction respiratoire. Peut-on prétendre à déterminer les modifications que les toniques opèrent dans les tissus pulmonaires , lorsqu’il existe un œdème ou un emphysème des poumons ?

Nqus ne devons pas ici exposer les lésions vitales des organes pulmonaires , puisque celles-ci ne tiennent pas à ces organes, qui ont conservé leur condition physiologique, mais à l’appareil cérébral , l’encéphale, la moelle épinière , les plexus du grand sympathique, dont l’état naturel est troublé , et l’influence habituelle pervertie. On rencontre souvent des accès de suffocation , d’asthme, des oppressions, des toux par

DBS MÉDICAHEM'S

quintes, olc. , avec des douleurs dans !c dos, entre les épaules, douleurs qui se rendent dans l’épigastre, , qui paraissent diffuses ou n’avoir pas de siège fixe , qui 8 associent à d’autres douleurs dans l’encéphale et dans les membres , etc. Ces maladies ne sont que des lésions vitales des poumons , mais elles dépendent d’une lésion matérielle de I appareil cérébral , du prolongement rachidien , ou même des cordons qui forment les plexus nerveux.

^ Appareil cérébral.

Etat physiologique. L’appareil cérébral comprend les membranes qui recouvrent l’encéphale et son prolongement, le cerveau, lecervelet, la moelle alongée, la moelle épinière , les cordons nerveux, le système des nerfs ganglionaires , même les organes des sens, qui sont comme une dépendance de cet appareil'.

Les médicaments toniques ont deux manièfes d’agir sur l’appareil cérébral. Aussitôt qu^ils sont en contact avec une surface vivante, ils font sur elle une impression ; les nerfs qui existent dans les tissus que les toniques attaquent , éprouvent une modification : Celle - ci se transmet aussitôt au cerveau ; elle se propage même à tout le système nerveux. Les agents médicinaux ont une autre voie pour soumettre l’appareil cérébral 5 leur puissance : leurs molécules reçues par le sang et disséminées dans tout le corps, arrivent dans l’encéphale, se répandent dans toutes ses dépendances : le tissu du cerveau, du cervelet, de la moelle épinière , des mé ninges , même des cordons nerveux, ressentent les impressions directes de ces molécules.

TONIQUES

Quoi qu’il en soit, l’action des toniques est peu remarquable sur toutes les parties que nous venons d’énumérer, tant qu’elles conservent leur condition physiologique. Une opération qui tend seulement à fortifier leur matériel ne peut pas causer de variations bien évidentes , bien sensibles dans leurs mouvements et dans l’influence qu’elles exercent sur les autres organes. Aussi l’administration d’une substance tonique ne cause-t-elle aucun changement dans l’ordre actuel des sensations, des perceptions, dans les facultés morales; aussi l’emploi d’un tonique ne produit-il ordinairement aucun phénomène nerveux, lorsque la personne à qui on l’administre est dans un état de santé.

Etats 'pathologiques. Dans l’état naturel, l’arachnoïde est mince, incolore, transparente: elle est insensible ; les tractions , la pression qu’elle éprouve , lorsque la tête est ébranlée , ne causent aucune sensation. Mais cette membrane éprouve fréquemment une altération morbide. Toutes les fois que dans les fièvres le malade se plaint d’une vive céphalalgie avec chaleur, tension, tiraillements dans l’intérieur du crâne, l’arachnoïde est gonflée, rouge, elle a une température morbide, une sensibilité exquise, surtout dans les points de la tête où la douleur se fait sentir. Je donnerai pour preuves que l’arachnoïde cérébrale est actuellement dans un état d’irritation , le ballottement douloureux du cerveau que le malade ressent lorsqu’il secoue la tête , le travail interne et pénible qu’il éprouve dans cette partie, lorsqu’on la percute. L’arachnoïde est devenue un centre de perceptions

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morbides ; le rrotlcment de ses deux lames l’une con- i Ire l’autre, la pression du cerveau sur le tissu enflammé de cette membrane, causent les effets dont nous venons de parler. En vain on objecterait qu’à l’ouverture des cadavres les lésions de l’arachnoïde ne s’aperçoivent pas J nous avons déjà dit que la mort efface les signes de l’irritation. Toutefois on trouve l’arachnoïde plus épaisse, injectée , opaque: il existe entre les lames de cette membrane et celles de la pie-mère une sérosité plus ou moins abondante; celle-ci donne à ces méninges l’aspect d’une couche albumineuse qui couvrirait le cerveau. Cette sérosité, souvent abondante , atteste que l’exhalation de l’arachnoïde a eu plus d’activité; or cette activité n’est-elle pas un produit de l’irritation ? ne peut-elle pas suffire pour prouver que la membrane qui nous occupe était dans une condition pathologique? Quoi qu’il' en soit, on sent que les médicaments de cette classe qui n’ont pas de prise sur l’arachnoïde quand elle est saine, insensible, agiront fortement sur son tissu , quand il sera rouge , plus chaud , qu’il aura une susceptibilité pathologique. Aussi voit-ou les substances toniques produire des effets qui attestent leur impression sur cette membrane, lorsqu’on les donne à des malades qui ont une vive céphalalgie frontale ou occipitale : la douleur s’exaspère, la chaleur encéphalique devient plus forte, après l’ingestion de ces substances; il survient de l’inquiétude , de l’agitation , de l’insomnie, du délire; les phénomènes nerveux acquièrent plus d’intensité, etc., et souvent la phlogose des méninges se communique au cerveau. La lumière, le bruit, tons les excitants

TONIQUES

cérébraux auxquels on se montre indifférents tant que l’encéphale reste dans un état sain , ne deviennent-ils pas insupportables dès qu’il est le siège d’une phlogose ?

L’arachnoïde cérébrale qui reste long-temps tourmentée par un travail phlegmasique se transforme en une membrane d’une densité singulière; elle peut contracter des adhérences avec la surface qui lui est contiguë. On la trouve couverte de granulations , de suppuration ; il est difficile de dire qnels phénomènes produiront les médicaments toniques, pendant que les méninges seront dans ces divers états pathologiques.

L’arachnoïde spinale entre fréquemment dans un état d’irritation : elle offre ce mode de lésion dans un grand nombre de maladies, surtoutdans les fièvres, etc. Cette lésion se décèle par une multitude de symptômes ou d’accidents qui se manifestent dans la poitrine , dans la cavité abdominale et dans les membres. Elle cause une douleur au cou , entre les épaules , le long du dos, dans les lombes, selon que l’irritation occupe l’une ou l’autre de ces régions. On voit avec étonnement dans les ouvertures des cadavres combien est fréquente la lésion des membranes de la moelle épinière, et combien est rare l’altération de cette dernière. Après les fièvres ataxiques , après les phlegmasies qui ont offert des phénomènes nerveux , ou trouve toujours une quantité plus ou moins grande de sérosité dans l’arachnoïde spinale ; sérosité qui prouve que cette membrane était pendant la maladie dans un état d’irritation, qu’elle fournissait une exhalation morbide. Son tissu offre souvent d’autres signes d’altération , tandis que la moelle épinière paraît saine , ou au

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moins que Ton ne découvre dans la substance de celle dernière aucune modiücalion remarquable.

L’irritation de l’arachnoïde spinale, donnant ü la moelle épinière qu’elle entoure un autre mode de vitalité , produit une foule de phénomènes qui se montrent dans tous les appareils organiques, dans l’exercice de toutes les fonctions. C’est lorsque celte irrita- j lion survient dans une maladie, qu’apparaissent ces j symptômes nerveux, qui constituent l’état ataxique. j Comme la moelle épinière préside aux mouvements des I organes respiratoires , du cœur , de l’estomac < des in- j testins , etc. , tous les actes de la vie n’offrent plus que j désordres , dès que l’inQuence de cette partie sur les j autres appareils est troublée ou pervertie. Aussi une irritation de l’arachnoïde spinale selon son degre de force, et selon l’endroit du prolongement rachidien où elle se fixe , produit-elle de la difllculté dans la déglutition , le spasme de l’œsophage , de 1 oppression , des tensions pénibles du diaphragme, une respiration entrecoupée ou suspicieuse , une toux sèche par quintes, le hoquet , des palpitations de cœur , du tumulte dans les contractions de cet organe , un pouls inégal , irrégulier, intermittent, des pneumatoses gastriques, des crampes d’estomac, des vomissements, des coliques, des gonflements soudains du ventre, des pneumatoses intestinales , des tremblements , des roideurs , des contractures des bras et des jambes, des secousses, des engourdissements passagers dans les mêmes parties, des soubresauts de tendons, des paralysies, etc., etc.,

même des morts inopinées, lorsque l’aflèctioii de celte

membrane est poussée assez loin pour ipi’elle déréglé

TONIQÜliS. 481

d’abord, et qu’elle Unisse par inlerroinpre les mouvements du cœur ou de la poitrine. Quand l’arachnoïde spinale est actuellement irritée, les toniques attaquent avec force cette membrane : dans ce cas , leur adminislration donne toujours lieu à une exaspération soudaine des accidents dont nous venons de parler, lorsqu’ils existent. Le pouvoir des médicaments toniques, qui paraît nul sur l’arachnoïde tant qu’elle reste dans sa disposition physiologique , devient évident, étendu, aussitôt que son tissu acquiert une sensibilité morbide.

Portons maintenant notre attention sur le cerveau. Cette partie de l’encéphale peut éprouver plusieurs sortes de lésions; examinée sur chacune d’elles , l’action des toniques occasionera des phénomènes différents.

La première lésion du cerveau que nous noterons , c’est l’engorgement de son tissu par le sang. Il arrive souvent que ce fluide se trouve en surabondance dans les vaisseaux du cerveau ; qu’il les dilate, qu’il remplit , qu’il épanouit des ramifications dans lesquelles il ne pénètre pas toujours. La présence d’une plus grande quantité de sang dans la substance cérébrale tend h opérer un gonflement de sa masse; mais la boîte osseuse qui la contient s’oppose à cette intumescence; il en résulte une compression du cerveau, qui gêne, même arrête ses mouvements naturels, qui affaiblit et même suspend l’influencé que ce viscère répand par le moyen des cordons nerveux sur les tissus musculaires, sur les organes des sens , etc. On peut distinguer dans l’engorgement cérébral trois degrés : 1“ quand il est léger , il y a pesanteur de tête , obscur-

^8ü UES MÉDICAMENTS

cisseuient des lacullés inlellecluellcs , engourdisseiticiil dus sens , débilité musculaire , répugnance pour le mouvemenl, pour le travail: 2° quand rengorgemenl du tissu cérébral est plus prononcé, la pesanteur de tête ; ne se sent plus aussi distinctement; il y a surdité, dilliculté extrême de remuer les membres, lenteur des actes de la vie qui sont exécutés par des organes mus- 1 culaires, comme la respiration, la circulation, etc.; ; coucher en supination , indilTérence , hébétude, im- | mobilité des traits de la lace , adynamie; 3° quand la congestion sanguine que le cerveau a reçue se trouve poussée à l’extrême, il y a perte du sentiment et du mouvement, aphonie, état apoplectique, paralysie, etc. Cette lésion du cêeveau se remarque dans un grand nombre de maladies difl'érenles : 1 irritation ou la phlogose de l’arachnoïde la détermine en appelant avec force le sang à la tête; elle est ordinairement le produit d’une forte dose d’opium , de liqueurs alcoholiques, de l’ingestion d’une plante vireuse : dans les fièvres , elle s’établit souvent. L’usage des toniques, des excitants, favorise sa formation dans les all'ections fébriles ; et ce qu’il y a de bien remarquable, c’est qu’à mesure que la

congestioncérébraleseforme.desphénomènesnerveux.

des symptômes morbides, l’agitation, le délire, les mouvements convulsifs, les palpitations de cœur, les vomissements, la toux, le hoquet, etc. , diminuent et cessent peu à peu. On ne manque pas de se réjouir, et d attribuer au remède que l’on a employé un résultat que l’on regarde comme une amélioration, tandis qu’il lient à la compression , à l’inactivité morbide du cerveau ; tandis qu’il dépend d’une nouvelle lésion qui est venue s’ajou-

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1er aux autres, qui ne l’ait qu’obscurcir la rnalafl'i’c , qu’entraver sa marche, qu’ajouter à son danger.

Hue seconde h'-sion dont nous nous occuperons , c’est l’épanchement du sang dans le cerveau . la compression mécanique qu’il exerce sur ce viscère, les déchirements rré(|uents qu’il occasione dans la substance cérébrale. Selon le lieu où le sang se trouve, les accidents vaiienl. Les organes qui tirent le principe de leurs mouvements des points comprimés ou désorganisés seront frappés de paralysie. Au contraire , la présence du fluide sanguin irritera les endroits voisins, allumera un travail phlegmasique tout autour de lui : l’influence de ces endroits iri ités ou enflammés sur les parties qui leur sont subordonnées troublera , perverliia l’action de ces dernières et provoquera des accidents nombreux; alors se remarquera dans le système animal un mélange de symptômes, les uns d’irritation, les autres de stupeur. Les toniques nc' peuvent manifester leur pouvoir sur les parties du cerveau qui sont comprimées ou désorganisées, puisqu’elles ne’ répondent plus aux agre.ssions qu’elles reçoivent; mais l’impression de leurs molécules sur la zone cérébrale qui enveloppe ces parties comprimées ou désorganisées, -et qui alors olTre un étal d’irritation ou de phlogose, peut devenir très sensible pour l’observateur.

L inflammation du cerveau est le troisième mode dé lésion que nous noierons. D’abord le tissu cérébral n’est pris que dans un point; mais bientôt la l’ésion gagne, s etend; une partie du cerveau est enflammée, et le reste éprouve nn engorgement considérable. Dansle premier temps de cette maladie, on observe partout-

/|S4 DUS MtüICAMKNTS

des signes d’cxcilalion : les nerfs apporlcnl dans tous les tissus un excès d’inllnence, et ils la distribuent’ comme par jets irréguliers. Les mouvements de tous les appareils organicpics sont désordonnés : dans Ifcs organes des sens , dans les muscles soumis à la volonté, dans la circulation, dans la respiration, dans lès organes digestifs, il apparaît des anomalies , des phénomènes morbides, qui révèlent le trouble, le désordie de la puissance nerveuse : le délire, le tremblement, les secousses convulsives des membres , des soubresauts de tendons, des hoquets, des oppressions, des vomissements, un état tétanique, etc. Dans le deuxieme temps de cette maladie, tous les efforts morbides, ce grand appareil de symptômes, tout disparaît. Il y a la suite ordinaire de toute interruption complète de l’influence du cerveau sur les organes qui constituent l’édifice animal , la perte du sentiment et du mouvement, l’anéantissement de toutes les facultés. On conçoit que, dans le premier temps, les toniques auront beaucoup de prise sur le tissu cérébral: une ejcaspéralion soudaine de tous les accidents attestera ou décèlera l’action de leurs molécules. Dans le second temps, les molécules agiront encore; leur opération aura toujours lieu , mais elle ne suscitera plus la même réaction : l’immobilité forcée de tous les tissus la tiendra secrète.

Une inflammation de la substance cérébrale peut la liquéfier, occasioner sa diffluence, améner la formation d’abcès, laisser des collections de pus. Les accidents varient selon l’étendue du désordre et principalement selon le lieuqu’iloccupe. II est assez difficile de

TONIQUES

(lélerminer quels eflels produisent alors les médicaments toniques . quels changements ces agents causeront dans l’ordre, dans l’ensemble des accidents effrayants qui se succèdent.

L’exis|.Qnce d’un endurcissement du tissu cérébral, de tubercules, ou d’autres dégénérescences analogues dans le cerveau, occasione ordinairement de grandes révolutions dans l’économie animale. Les tissus ou les organes qui vivent sous l’influence des parties que ces lésions occupent offrent d’importantes altérations dans leurs mouvements et dans l’exèrcice de leurs fonctions. Peut-on assigner l’effet que les toniques produiront, dans cette disposition pathologique de l’encéphfiie ?

La substance cérébrale éprouve encore d’autres altérations. Nous noterons, comme deux modes de lésions bien fréquents, et qui ont une importance physiologique et pathologique que l’on n’a pas encore bien appréciée, la solidité et la mollesse du cerveau. Ce viscère acquiert souvent une consistance remarquable : il a une densité , une fermeté , une sécheresse qui constitue sans doute une condition morbide. Une coupe de celte substance présente parfois l’aspect da marbre. Devons-nous attribuer celle modification de la matière cérébrale à une plus grande activité de sa fonction assimilatrice, à une hypertrophie du cerveau? Attribuerons-nous à une cause contraire, à une langueur de l’action nutritive, 5 l’oligolrophie, la mollesse que l’on rena, arque souvent dans le tissu de cet organe? Il sç liquélîq,, sous les doigts, il est plus humide, il se soutient à peine, il s’aplatit. L’usage des médica-

UKS. AlKDlCAJlIiINTS

i 1 8 II

inems Ipaiquos auginenteruil-il la première lésion ? Ces mêmes agents auraienl-ils là laciilléde comballre la dernière , de restaurer la matière cérébrale , de lui rendre ses qualités naturelles? Dans le premier cas, les IJacullés morales ont-elles plus d’énergie , les passions plus de force, l’influence des nerfs est-elle plus puissante, les mouvements organiques oflrent-ils plus de viguçur? Dans le second cas, l’intelligence diminue t-elle , le caractère est-il amolli, la puissance nerveuse éprouve-t-elle un décroissement , y a-t-il par suite un certain degré de débilité dans tous les actes de la vie ?

Les variations que l’on observe dans la coloration de, la substance cendrée sont aussi très digues de remarque. Tantôt plus rosée, tantôt plus pâle, cette partie du cerveau éprouve de^ modifications qu’il sorail très important de pouvoir rattacher à des aflèctious, à des accidents pathologiques déterminés. Sans ' doute, dans les cadavres , nous ne retrouvons plus toute la couleur morbide de la substance cendrée ; elle n’a plus le ton, la vivacité qu’elle avait; la mort a décoloré, cette substance. 1! est permis de penser que quand elle est plus rouge , plus vivante , les molécules des pi’oductions toniques fout sur elle une impression qui est plus vivement sentie, qui dure davantage, qui pénètre, plus profondément.

Le cervelet peut éprouver les diverses lésions que nou.s venons d’indiquer pour le cerveau. Toutefois , nous dirons qu’il pusse moins souvent i> un état pathologique que celte dernière partie de l’encéphale : on le trouve plus rarement malade. Nous n’essaierons pas de faire connaitre les elfets particuliers que les iiiédi-

TONIQUE»

cainents toniques peuvent produire lorsque leurs molécules agissent sur le cervelet, et que cet organe est dans une condition pathologique. Nous irons encolre moins jusqu’à vouloir apprendre les variations que chaque mode de lésion du cervelet peut opérer dans les effets des médicaments de cette classe. Nous trouvons bien fréquemment cette partie de 1 encéphalé dans un état de mollesse digne d’attention : cette situation morbide du cervelet a sans doute une valeur que les pathologistes n’ont pas encore déterminée. Elle existe dans les fièvres ataxiques; est-elle la suite d’un tràvail phlegraasique du tissu cérébelleux?

La substance de la moelle épinière peut éprouver diverses sortes de lésions ; comme elle est intimement liée avec le système des nerfs ganglionaires ou avec le nerf trisplanchnique , il devient impossible de distinguer les affections qui sont propres à chacune de ces deux importantes parties de l’appareil cérébral. La moelle épinière et lès nerfs ganglionaires tenant tous les viscères , tous les appareils organiques sous leur dépendance, il en résulte que les lésions de ces parties se manifestent sur les divers po^ints de l’économie animale; qu’elles se montrent par le trouble d’orgariës qui sont sains, dont les tissus n’ont éprouvé aucune modification morbide. Ainsi des spasmes de l’œsophage, la strangulation, une déglutition difficile, des palpitations do cœur, des accès d’asthme , des vomissements, des crampes d’estomac , des coliques , des pneumatoses gastriques et intestinales , etc. , ont souvent pour causes, non point une lésion des organes où ces accidents se remarquent, mais une lésion de la liioelle épinière ou

DKS médicaments

«les plexus gauglionaires, qui lait que ces organes ne reçoivent qu’une incitation morbide; qu’une influence désordonnée des' nerfs qui les animent. On reconnaît que les afièclions dont nous venons do parler ont le siège que nous leur assignons , en ce qu’elles sont associées à des douleurs 'tantôt avec un sentiment de chaleur, tantôt avec un sentiment de froid, dans le cou, dans le dos , dans les lombes , qui se contournent et qui pénètrent dans la poitrine et dans le ventre (le plus ordinairement les douleurs suivent le trajet du diaphragme et viennent aboutir dans l’épigastre), à des céphalalgies passagères, à un sentiment de courbature dans les membres, à un état de malaise pénible , universel , à une foule d’autres phénomènes nerveux qui décèlent la condition morbide du prolongement rachidien. Les convulsions, les tremblements, les contractures des membres, la danse de Saint-Guy, dépendent ordinairement d’une irritation de la moelle vertébrale ou de ses enveloppes. C’est dans le prolongement rachidien ainsi que dans les nerfs ganglionaires qu’est le plus souvent le siège de la névropathie, de l’hystérie, de l’épilepsie. Ce qui caractérise la cause matérielle de celte dernière maladie, c’est qu’elle s’établit et disparaît périodiquement. Que ce soit une irritation, une compression qui attaque l’encéphale et le prolongement rachidien, il faut toujours admettre que celte lésion morbide vient avec les accès de celte affection , et qu’elle se dissipe avÆC eux, en laissant souvent des altérations qui expliquent l’étal de stupeur et les autres accidents que l’on remarque encore dans les intervalles. C’est le propre des maladies qui tiennent à une lésion de l’appareil cé-

TONIQUES

rébral d’avoir des rémissions, de venir par accès , d’affecter une marche périodique. Il est digrïe de'UB^ marque que'lès altérations palhologiqoeis delà' iflôellé' épinière, comme airreslo cellesrdu cerveau { sont fréu quomment-oxemples de douleur, ^ ^ . 1

La substance de la moelle épinière peut éprouver un étatninflammatoire; alors une grande perlurbatièn 'éé* manifeste dans les appareils respiratoire , circulatoifte; digestif : on croirait le siège de la maladie dans là poitrine Ou dans l’abdomen, pendant qu’elle existé dans la colonne vertébrale. Selon le lieir qu’occupe cette lésion , selon la hauteur où elle eât située , on voit apparaître des phénomènes différents.' Les organes qui reçoivent leurs nerfs des régions' qûi sont au-dèssus de l’endroit malade conservent leur intégrité'; c'’est sür ceux qui se trouvent au-dessous qu’agit surtout ce travail pathologique ; c’csl leur action qui est troublée , en désordre. Les praticiens les plus habiles ont souvent pris pour des signes certains d’une lésion organique^ du cœur ce qui était produit par une afi’ection du'prb-' longement rachidien. Les mouvements liimulluéux et étendus de ce viscère, le trouble du pouls , semblaient'» prouver que le cœur avait éprouvé une altération 'Orga-iJ* nique ou matérielle. A l’ouverture du cada'Tre, oiî !è, trouvait sain: c’était l’état morbideide la moelle épi'^l^ nière qui entretenait l’état convulsif de cet orgarté.’ÏI'^ en est de même pour des spasmes de roèSOphàgevpoWF des hoquets rebelles, des accès'*' d’asthme ; deà tott^»^ convulsives, des vomissements , desCrampes'd-e^tomàC',' ‘ des pneumâtoses gastriques et ‘intestinales-,' dèà'doliques que l’on nomme nerveuses ou .spasmodiques, etc.

DKS MÉUICAAIENTS

An cominencement de novembre i8ii2, il vint à rJIôlel-Dieu d’Amiens iine jeune fille de iG ans qui d>;puis deui mois se plaignait par moments de douleurs dans la tête avec chaleur et pesanlcur : elle n’étai't pas encore réglée. Elle avait été prise subitement la veille de convulsions violentes , qui venaient par accès et qui se répétaient environ de deux heures en deux heures; elle éprouvait des secousses comme galvaniques de tout le corps ; elle avait toute sa connaissance, ses facultés morales paraissaient dans un état d’intégrité ; le basventre était gonflé ; les mouvements de la respiration gênés. Les battements du cœur étaient tumultueux , durs , très étendus : ce viscère semblait remplir toute la poitrine , il soulevait le sternum ; le pouls était inégal , très irrégulier. La déglutition se faisait avec beaucoup de peine.

Le lendemain il y avait dans la situation extérieure de la malade un grand changement ; état comme apoplectique ; perte du sentiment et du mouvement ; difficulté extrême de respirer; battements du cœur aussi forts, aussi désordonnés que la veille; pouls tendu, très vif, très irrégulier : elle mourut dans la journée.

A l’ouverture du cadavre , nous trouvâmes le cœur un peu plus volumineux qu’il ne devait être, son tissu était sain, et cette augmentation légère dé volume lie pouvait expliquer les palpitations violentes et le désordre qui existait dans les contractions de cet organe. Les pouinou-S étaient dans l’état naturel. Nous ne vîmes dans le bas-ventre (ju’une distension , un gonflement de tout le canal alimentaire : la couleur de ce del-hièr était telle qu’on la trouve ordinairement. L’in-

TO.MQUliS.

teneur de l’estomac u’ollriill rien de remarquable. Ce fut l’appareil cérébral qui fixa surtout notre attention. Il y avait (depuis la veille de la mort sans doute) un engorgement du cerveau ; les vaisseaux qui rampent à sa surface étaient gonflés , distendus par le sang ; ceux qui pénètrent cet organe étaient dans le même état; et, en coupant la substance cérébrale, le sang qui remplissait leur intérieur venait s’épaucber au-debors ,et la ponctuait de rouge. Les vaisseaux sanguins qui recouvrent la moelle épinière étaient plus développés , et vers les premières vertèbres dorsales il y avait , dans la longueur de trois travers de doigt , un ramoUissement complet de la matière médullaire, avec du sang infiltré, répandu tout autour de celte partie du prolongement rachidien.

La cause du désordre de toutes les fonctions était évidemment dans la moelle épinière: l’état apoplectique de la veille a été produit par l’engorgement sanguin qui s’est alors formé dans le cerveau.

Quand il existe une irritation sur la moelle épinière , ou quand une portion de ce prolongement est actuellement dans un état de phlogose , les molécules des médicaments toniques doivent exaspérer le travail morbide ; leur administration doit provoquer une augmentation de tous les symptômes que produisent ces affections.

Les autres lésions que la moelle épinière est susceptible d éprouver sont mal connues. Ne peut-il pas se former une congestion sanguine dans les divers points de cette partie de l’encéphale, même dans toute son étendue? Contenue, renfermée dans une membrane

DES médicaments

propre, fibreuse, solide, n’éprouve-l-elle pas alors ime compression de son tissu qui ralentit le cours de son influence? Aurions-nous ici la cause de la foihiesse, do l’inertie qu’offrent parfois dans les fièvres les viscères que vivifient les nerfs spinaux ou gan"lionaires? Devons -nous rapporter à des congestions partielles du prolongement rachidien les refroidissements, les ])âleurs locales qui surviennent alors dans le corps malade ? N’oublions pas qu’il faut bien peu de chose pour produire de grands résultats, pour provoquer de nombreux phénomènes, quand ce peu de chose a pour siège quelque point de l’appareil cérébral. La moelle épinière peut- elle acquérir plus de fermeté, plus de densité , plus de volume, passer à un état d’hypertrophie? Dans ce cas, son influence sur tous les appareils organiques augmente t elle ? Ces appareils deviennent-ils alors plus forts, montrent-ils une plus grande somme' d’énergie vitale , leurs mouvements sont-ils plus libres , plus robustes? Les personnes qui possèdent cette organisation n’ont-elles pas une grande vigueur musculaire? La moelle épiuière n’éprouve-t^elle pas souvent une diminution de volume, une sorte de mollesse, d’amaigrissement, d’oligotrophie ? N’est-ce pas alors que son influence sur tous les viscères perd de sa puissance, éprouve un décroissement? LoS; individus qui ont cette délicatesse de la moelle épiuière ne sont-ils pas toujours faibles, sans énergie, nonchalants?

Les affaiblissements qu’éprouve l’action du cœur, de l’eslotnac, des intestins, des poumons, sans que les tissus de ces viscères offrent le moindre changement , sont des

TONIQUES

lésions vitales , qui procèdent d’une diminution de la force que ces parties recevaient des sources de la vie. Quand l’énergie ou la faiblesse d’un organe ne lient pas à son état anatomique ou matériel .' elle dépend d’une augmentation ou d’une diminution de la puissance que les nerfs exercent sur lui. Dans ce dernier cas, les médicaments toniques sont très salutaires. L’impression de leur.s principes sur les organes débilités réveille leur vitalité; en même temps ces principes stimulent la moelle épinière, ils remontent son influence sur toutes nos parties au degré qui lui est naturel. C’est sans doute de cette manière que les médicaments toniques agissent lorsqu’on les donne pour combattre des faiblesses d’estomac, des défauts d’appétit , des lenteurs des digestions , des débilités du pouls, des difficultés des mouvements inspiratoires, etc. , et que le canal alimentaire, le cœur, l’appareil respiratoire, n’olTrent aucune altération.

Les cordons nerveux sont eux-mêmes susceptibles d’éprouver diverses sortes de lésions. Dans les névralgies, leur tissu gonfle, s’enflamme ; alors ils font éprouver une douleur brûlante, lancinante, déchirante, avec torpeur, formication, frémissements, etc. Ce qu’il y a do remarquable ici pour le pathologiste , c’est queda phlogose d’un cordon nerveux peut se propager par continuité de tissu dans sa longueur et parcourir ses ramifications. Une blessure légère au bout du doigt cause souvent une douleur le long du bras; et la pression des parties que traversent les cordons nerveux augmente celte douleur. Il arrive sans doute quelque chose de semblable dans les parties internes

4g4 BliS JIlSuiCAMUKTS

du corps : la lésion d’un cordon ou d’un filet nerveux se propage à toutes les ramifications , s’étend dans les plexus, pénètre des nerfs d’un viscère dans ceux d’un autre viscère. La transmission d’un état de phlogose, , que l’on rapporte 5 une cause sympathique, est souvent due à un moyen tout mécanique. Le feuplilegrnasique a passé à travers les filets nerveux d’un organe dans un autre , où il s’est établi. Nous trouvons aussi dans cette faculté l’explication des effets que produisent les médicaments que l’on nomme anti.'ipasmodiques : ces agents commencent par opérer un changement dans les nerfs avec lesquels on les met en contact, et ce qu’éprouvent ces nerfs retentit aussitôt dans d’autres points du système nerveux, gagne d’autres divisions du vaste réseau que pré.'^ente ce système.

Dans toutes les inaladies où les cordons nerveux , les plexus du système ganglionaire sont lésés, il y a des douleurs profondes , pénibles , accablantes , qui s’étendent dans les deux cavités pectorale et abdominale , qui semblent diffuses, n’avoir pas de siège fixe; ordinairement il existe plusieurs centres de douleurs qui augmentent et (jui s’apaisent, en même temps, des tiraillements intérieurs et vagues qui partent d’un grand nombre de points différents , un état de malaise insupportable, des frissons,, des refroidissements do tout, le corps, ou des chaleurs qui semblent s’élever de divers endroits, s’étendre, s’évanouir, un pouls serré et petit, etc. Ces accidents n’indiquent-ils pas que la lésion des cordons nerveux se communiquedans les diverses portions du système, de l’ensemble que forment les nerfs ganglionaires ? Comme ces cor-

TONIQUES. 49

(Ions s’éleudeut d’un viscère à un autre et qu’ils les enlacent tous, on conçoit le vague, la succession des accidents qui accompagnent la lésion d’un fdet de ces nerfs. Un organe semble entraîner les autres dans sa condition pathologique, parceque la lésion du premier se transmet par la continuité des nerfs aux parties, aux viscères avec lesquels il communique. Dans les névralgies ou les ncurilémites , il y a des jets douloureux et souvent répétés dans les parties qui avoisinent le centre de la maladie.

Lorsqu’un état morbide donne aux cordons nerveux qui partent de l’encéphale, du prolongement rachidien, ou qui appartiennent aux ganglions du grand sympathique, un mode nouveau , insolite de sensibilité, les médicaments toniques n’ont-ils pas la faculté d’agir plus fortement sur eux? Après l’administration de ces agents, le tissu des nerfs n’est -il pas inquiété, tourmenté par les molécules toniques que le sang répand partout ? Leur impression ne concourt-elle pas h produire cette anxiété, ces sentiments si pénibles que les malades éprouvent dans tout leur être, lorsque, dans une fièvre, une phlegmasie , on administre le quinquina ou une autre substance Ionique? On a vu dans ce cas la douleur suivre les principaux troncs nerveux.

C’est encore un état morbide de toutes les divisions nerveuses qui peut expliquer l’extrême susceptibilité' de toutes nos parties dans un grand nombre de maladies. On voit des personnes qui ne peuvent supporter un vésicatoire; la plaie devient rouge, elle cause les j ^ plus vives douleurs; sur ces personnes les im|»ressions t ordinaires provoquent un effet exagéré , une réaction

DES MÉDICAMENTS

qui n’a plus de proportion avec sa cause. Ces individus qui ont une sensibilité exquise , une mobilité de nerfs remarquable, portent sans doute un système nerveux dont toutes les divisions sont dans un état habituel , permanent d’irritation. Dans tous ces cas, les médicaments , et en particulier les toniques, ont beaucoup de prise sur les tissus vivants ; leur opération est toujours plus apparente; ils donnent lieu à des phénomènes plus prononcés.

Les cordons nerveux offrent encore des modifications différentes de celles que nous venons d’indiquer. Leur tissu peut être plus dense ou ramolli; cos cordons peuvent devenir plus volumineux, plus nourris, ou bien offrir une diminution de grosseur, être plus minces. Est-il possible de juger ce que ce mode d’organisation opère sur les facultés physiques, sur l’exercice des fonctions? Devons-nous chercher à déterndner ce que les substances toniques feront dans ces dispositions dissemblables des nerfs?

Les organes des sens sont comme des appendices de l’encéphale. L’étude du pouvoir des toniques sur ces organes n’est pas sans intérêt. 11 faut distinguer, i° la partie instrumentale qui prépare la sensation, 2® les nerfsqui la reçoivent, et la transmettent au cerveau, ou se fait la perception. Les médicaments toniques porteront sur les organes - des sens une impression qui décidera une sorte d’astriction dans les tissus qui les composent, qui fortifiera leur matériel, et les rendra plus aptes à exécuter leurs fonctions. En même temps, l’action que ces toniques exerceront sur les nerfs augmentera leur vitalité, et pourra , dans plusieurs occa-

TONIQUES. 497

S ions , rendre la transmission de la sensation plus libre, plus fidèle : ajouterons-nous que les toniques pourront donner au cervea.u une attitude qui favorisera l’acte dé la perception ? On a souvent vu des convalescents, d’autres individus dont la vue était affaiblie , l’ouïe moins subtile, les autres sens obtus, recouvrer la plénifu'de de leurs facultés sensitives, en faisant un usage journalier d’un composé tonique.

Appareil musculaire.

Etat physiologique. Nous ne devons ici nous occuper què des muscles soumis à la volonté , que de ceux qui reçoivent de l’encéphale et du prolongement rachidien le principe de leurs mouvements. Comme ces musclés sont, pour tous leurs actes, dans une dépendance absolue de l’innuence nerveuse, il faut distingüer avec soin cé qui procède des variations de cétle influence, du produit de l’impression que portent directement sur les tissus musculaires les moléculès des iliédicaments après leur absorption.

Dans l’état naturel , les particules des substances toniques qui pénètrent avec le sang dans les muscles déterminent un resserrement de leurs fibres, animent leur force tonique , leur donnent plus de vigueur. Mais ces modifications intestines ne sont pas perceptibles h la vue ; peut-être pourrait-on trouver une preuve de leur existence dans l’énergie plus grande, plus soutenue des contractions musculaires. Toutefois , comme c’est seulement sur la force dés muscles que les toniques agissent, mais qu’ils ne développent pas leur faculté contractile , il en résulte que I • 5a

4(j8 1)E« >lill)ICAMENTS

leur emploi rend l’iioimne plus robuste , sans lui donner plus d’agilité.

Les tissus musculaires qui entrent dans la composition des viscères éprouvent la même modilication fibrillairc après l’administration des substances toniques; le changement qui s’effectue alors dans ces tissus contribue sans doute à la l'orceque l’on remarque dans l’action, dans les mouvements du cœur, du canal ali mentaire, etc., sur les personnes saines qui viennent de prendre un médicament tonique. Mais nous de viens ici perdre de vue ces parties musculaires , le pouvoir des agents pharmacologiques sur eux se constate dans l’examen des viscères ou des appareils organiques dont ils font partie.

Etats pathologiques. Dans les maladies fébriles, les muscles sont dans une condition morbide. La'pression des membres cause de la douleur, leur contraction est accompagnée d’un sentiment pénible; n’est-il pas évident que les muscles ont alors changé d’élat; leur couleur est plus vive, leur température est plus élevée, ils ont acquis une sensibilité morbide. Dans cette disposition acquise , les molécules des médicaments toniques ont beaucoup de prise sur les fibres musculaires. C’est l’impression qu’elles ressentent , après l’administration du quinquina ou de toute autre substance tonique qui cause, au moins en partie , plusieurs phénomènes que l’on remarque alors dans les fiévreux : la courbature du malade augmente; il éprouve des inquiétudes continuelles dans les membres, son agitation est extrême; on observe des tiraillements dans les muscles , des crampes , des secousses , etc. N’ou-

TONIQUES

Liions pas ici les impressions que reçoivent en même temps \Jes méninges , l’encéphale et le prolongement rachidien; n’oublions pas que l’inllueuce nerveuse a pris plus de puissance, plus de vivacité, et que celte cause contribue pour beaucoup aux elTet-s que nous venons de signaler.

Lorsqu’un muscle ou une masse de muscles sont le siège d’un travail phlegmasique, d’une ulcération, etc. , les toniques attaquent plus fortement encore ces tissus musculaires, pareeque leur sensibilité est plus développée. Les molécules de ces médicaments signalent leur abord sur la partie malade par la chaleur , la douleur, les picotements qu’elles occasionent; le phlegmon éprouve un gonflement manifeste, la surface ulcérée devient plus ronge, elle s'irrite, etc. Dans le même temps, les molécules qui traversent les autres mu.scles semblent rester inertes sur leurs fibres : elles ne causent aucun effet apparent.

Nous ne parlerons pas des diverses modifications matérielles , des dégénérescences que peut éprouver le tissu musculaire; nous ne chercherons pas à déterminer les effets que les médicaments toniques produiraient sur chacune de ces lésions. Une hypertrophie musculaire, un développement du corps des muscles par suite d une nutrition trop forte, trop active, est-il un étal pathologique? Les agents toniques peuvent -ils contribuer à opérer ce développement par leur influence sur le tissu musculaire? On remarque plus souvent le changement opposé, l’amincissement, la diminution du corps des muscles , leur oligothophie. Cei état morbide est toujours produit par un manque de

DES médicaments

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nutrition ou par une absorption trop active; il se remarque h la fin de toutes les maladies aiguës : pendant qu’elles existaient la nutrition a été altérée ou suspendue dans tous leS' tissus ; lorsqu elles cessent, les absorbants renrennent des matériaux qui n’y sont qu’interposés : en peu de jours , on les voit diminuer de volume. Ce qui se passe alors sous nos yeux nous éclaire sur ce qui arrive ilnns les viscères qui , prolbndément situés, ne peuvent être aperçus; leurs tissus éprouvent la même altération matérielle; ils perdent de leur poids , de leur grosseur ; ils sont plus petits ou plus minces. Celte lésion dure jusqu’à ce que la nutrition les ait restaurés, leur ait rendu leur condition naturelle. Un-emploi raisonné des médicaments toniques est une ressource sûre et bien puissante pour hâter cette salutaire rénovation. On voit souvent après les fièvres les masses musculaires des jambes, des cuisses, former comme un tout continu: les pièces qui forment ces masses semblent réunies , adhérentes les unes aux autres; les mouvements sont gênés. Estce un travail inflammatoire qui a opéré cette adhésion. Il faut ordinairement un temps assez long pour réparer cette modification morbide, pour rétablir ces parties

dans leur condition naturelle.

Il est digne de remarque. que les muscles fournissent en pathologie un grand nombre de symptômes , de phénomènes importants ; les lassitudes spontanées, la débilité , l’aversion pour le mouvement ou le besoin d’agir , l’agitation du corps , les soubresauts de tendoi^s, l’engourdissement , la roideur, le tremblement , les convulsions des membres , le grincement de dents.

TOMQUES.

lü Irisaïus, la difficulté de respirer, les contractions fixes ou tensions du diaphragme, les soupirs , le hoquet, l’altération des traits de la face, le rire sardonique , les accès épileptiformes, les paralysies, les étals. télapiques, etc., etc. Tous ces symptômes n’indiquent rien pour les parties où ils apparaissent; mais ils conduisent le praticien à l’appareil encéphalique ; ils lui décèlent une lésion du cerveau , du cervelet , du prolongement rachidien, ou de leurs enveloppes et du système. des nerfs ganglionaires. C’est celte lésion que recherche le médecin: guidé par ces accidents , il juge de sa nature et des secours qu’elle réclame. Ainsi , bien que le désordre se manifeste alors dans les muscles , on remonte à la cause qui les met en jeu , sans s’occuper d’eux.

Appareil urinaire.

Etat physiologique. L’influence des toniques , sur les appareils sécréteurs et exhalants n’est pas de nature à produire toujours une accélération soudaine dans les fonctions qu’ils remplissent. Fortifier le matériel de ces appareils , ce n’est pas presser leurs mouvements; augmenter leur énergie, ce n’est pas les forcer de fournir un produit plus considérable. Aussi, après l’usage d’un médicament tonique, on ne voit pas. ordinairement les évacuations humorales devenir plus abondantes. En développant le ton des organes sécréteurs et des surfaces exhalantes , cet agent tend seulement h maintenir toutes les excrétions dans la mesure qui convient à la santé.

Les agents toniques n’ont pas d’influence bien marquée sur la sécrétion urinaire lorsque le corps est

I)liS MÉDICAJIKNTS

dans Télal de saule. Si l’on prend ces agents délayés on dissous dan?» une grande quantité d’eau , le liquide que l’on porl,e dans le canal alimentaire passe dans le sang et peut s’écouler par les reins. La quantité d’urine que l’on rend alors est proportionnée h la quantité de boisson que l’on a prise ; mais celle évacuation est étrangère à l’opération de la partie médicamenteuse do celte boisson.

Etals pathologiques. Lorsqu’il existe un trouble fébrile fort intense , le cours des urines est perverti : on ne rend qu’une faible quantité de liquide urinaire. Ce dernier est rouge, sédimenteux, et présente des qualités particulières : il semble irriter l’intérieur de la vessie et de l’urèthre. Souvent il y a éréthisme des reins; ces organes ne peuvent plus exécuter lèur opération sécrétoire ; l’urine ne coule plus. L’usage des substances toniques ne peut qu’aggraver cette disposition : leurs principes offenseraient cqs organes, ils arrêteraient totalement la sécrétion urinaire, ou ils ne laisseraient passer qu’une petite portion d’un liquide presque sanguinolent.

Au contraire les glandes rénales sont-elles dans un état d’inertie , leur vitalité est-elle affaiblie; les toniques rétabliront le ton de ces organes, et donneront de l’activité à l’exercice de leur fonction : c’est l’effet que l’on obtient souvent de l’emploi des toniques dans les infiltrations cellulaires, dans les diverses hydropisies. On les a vus , dans ces maladies , causer une évacuation copieuse d’urine: le corps recélait une grande quantité d’humidité; la propriété tonique est parvenue à décider l’absorption de celte dernière , elle l’a fait.

ïOMQUliS.

entrer dans les vaisseaux ; les reins lui offraient une issue libre, par où elle s’esl écouU^e. A l’aide des agents pharmacologiques de cette classe , on peut aussi dans le diabétès rappeler les reins à leur condition normale , empêcher la sécrétion immodérée d’une urine douée de qualités insolites.

Dans les affections pathologiques des uretères , de la vessie et de l’urèthre, les toniques feront naître des phénomènes en rapport avec la disposition actuelle de ces parties. Pour eux, ils produisent toujours la même faculté, mais il en résulte des effets différents si les tissus qu’ils attaquent sont dans des conditions dissemblables ou opposées, .^lons prolongeriotis trop ces considérations générales si nous voulions les détailler.

Appareil ^énilal.

Dans l’homme , les médicaments toniques aninu nt davantage les organes qui préparent la liqueur séminale ; leur usage excite des désirs vénériens plus vifs et plus fréquents. Ces agents peuvent opérer ce der- I nier effet chez la femme; mais il est pour elle une

j remarque plus importante , c’est le pouvoir des toni-

ques sur l’utérus, et par suite sur la fonction menstruelle. Cn animant les propriétés vitales de cet organe, ces j agents peuvent déterminer une congestion sanguine j sur lui , et devenir ainsi la cause d’une évacuation qui , n aurait pas eu lieu sans leur assistance. Aussi a t-6n i attribué une propriété emménagogue aux substances ■| que nous réunissons dans celte classe. Il est bon de noter que ces mêmes agents sont employés pour mo dérer, arrêter la menstruation, lorsqu elle sé pro-^

DES MÉDICAMENTS

longe trop , qu’elle est trop forte , et que cet accident dépend de la laxité, de la faiblesse du tissu utérin.

Nous aurions pu trouver des remarques intéressantes dans l’étude de l’action des toniques sur l’utérus , considéré dans les diverses conditions pathologiques où cet organe peut se trouver: mais nous avons craint de trop prolonger ces vues générales.

Syslcme cutané.

Etat physiologique. L’action des toniques sur l» peau augmente toujours l’énergie de cette surl'ace, soutient l’exercice de sa fonction perspiratoire ; mais cet effet ne constitue pas un produit sensible. Ces mêmes agents peuvent animer davantage la vitalité du système dermoïde , déterminer l’épanouissement du réseau capillaire que recouvre l’épiderme, y appeler le sang, produire une exhalation abondante, une sueur considérable : ce phénomène, que l’on nomme diaphorèse , rend bien évidente la puissance des toniques ; c’est alors qu’on leur donne le titre de diaphoréliques ou de sudorifiques. N’oublions pas toutefois que cet effet n’a ordinairement lieu que quand on prend les toniques en tisane et que l’on boit cette dernière chaude et en grande quantité. Alors le liquide que l’on introduit dans le corps fournit la matière de la sueur; l’action du calorique sur les nerfs gastriques concourt puissamment à éveiller la vie cutanée.

Etats pathologiques. Dans les diverses positions pathologiques où la peau peut se trouver , l’adniinis- Iration des toniques ne provoque pas les mêmes effets. Loin de favoriser la fonction perspiratoire, ces agents

TOSIQOKS. ‘"J''

la suppriment dans les affections fébriles où la peau est sèche, brûlante. L’emploi d’un Ionique produit, au moment où ses molécules se répandent avec le sâng dans tous les tissus, un picotement, une^démangeaison, une ardeur insupportable sur la surface cutanée , lorsqu’elle est actuellement le siège d’une irritation, d’une éruption , d’une phlogose. Au contraire, cet agent ;rétablit l’exercice de la transpiration dans sa mesure naturelle, si une mollesse du tissu cutané, une inertie de sa vitalité , rend cette fonction languissante. L action des principes toniques sur les fibres de la peau peut modifier cet organe , cprriger son relâchement, rétablir sa condition normale. La peau était molle, moins résistante, moins colorée, elle devient plus lisse, plus ferme, plus rouge , plus vivante. Une nutrition plus active a restauré son tissu. C’est la faculté d’augmenter la vitalité du système cutané qui rend les toniques propres à combattre les sueurs affaiblissantes , passives , qu’entretient l’atonie de ce système.

Nous ne nous arrêterons pas à rechercher s’il existe d’autres organes sécréteurs ou exhalants dont, les. toniques puissent changer l’étal actuel et les fonctions. Nous rappellerons ici que les toniques communiquent aux humeurs excrétées des qualités particulières qu jl est important de remarquer, parcequ’ellcs sont produites par les molécules mêmes des productions naturelles que- l’on a administrées , qu’elles prouvent que ces molécules ont pénétré dans la masse sanguine et qu’elles se sont répandues dans tout le système animal. Le hait devient amer quand les animaux qui le

DES MÉDICAMENTS

lournissenl mangent des herbes remplies de principes extraclils. La süeur prend la couleur des matières toniques dont on fait usage. On a signalé l’existence du fer dans les urines des personnes qui emploient les préparations martiales : fournie par des animaux qui avaient pris l’écot^ce de chêne , cette humeur contenait du tannin. ( Compte rendu des trav. de l’école vétér. d’Alfort , 1811.)

Nutrition et absorption.

Ces l'onclions s’exécutent sur tous les points du corps vivant, elles n’ont point d’appareils particuliers pour leur exercice, elles ont une action simultanée et elles donnent un produit commun.

Etal physiologique. L’influence que les toniques exercent sur la nutrition commence à l’acte de la digestion. L’énergie qu’ils donnent aux organes gastriques tend à faire fournir par les matières alimentaires que l’on prend la plus forte somme possible de principes réparateurs. Quand ces principes arrivent dans le sang et dans le lissn des organes, les toniques contribuent encore à assurer leur assimilation : leur faculté corroborante , en se généralisant , imprime à la nutrition un rhythme plus actif dans les fluides comme dans les solides.

L’observation démontre cotte plus grande activité de l’assimilation dans le sang. Lorsque l’on continue pendant quelque temps l’usage des toniques , ce fluide devient plus abondant dans les vaisseaux qui le cou tiennent, il acquiert en même temps une compicxiou plus riche : il est facile de constater que si le pouls

TONIQUiiS.

prend de la dureté, il se montre aussi plus plein; on voit se développer peu à peu une disposition pléthorique qui donne lieu k des hémorrhagies diverses', k des étourdissements , k une coloration particulière de la figure : cette pléthore finit même par provoquer dos accidents. N’a-t-on pas accusé les eaux minérales ferrugineuses et l’emploi prolongé des amers d’avoir causé des apoplexies , des hémoptysies, etc.

Les toniques ont une influence réelle sur la consistance du sang; des expériences faites à Lyon sur des chevaux et des chiens auxquels on faisait prendre de très grandes quantités d’écorce de chêne (un cheval en a pris vingt livres dans l’espace de vingt jours) ont appris que celte substance rendait le sang veineux plus rouge et plus consistant; il seconcrétait un instant après être sorti du vaisseau. Le quinquina rouge a le même pouvoir sur les qualités physiques de ce fluide : des animaux qui avaient avalé , pendant un certain temps, de fortes doses de ce quinquina offraient un sang plus dense, plus disposé k se coaguler, (Pilquer.) Le docteur Rauschenbuch le compare, sous le rapport de la couleur et de la formation d’une couenne , k ce qu’il est dans les maladies inflammatoires.

Les toniques animent aussi la force assimilatrice dans le tissu des organes; ils rendent ces derniers plus forts par une meilleure réparation de leur matériel. L’activité que l’assimilation reçoit de l’usage des toniques c.st surtout sensible sur les individus dont les organes sont actuellement détériorés , diminués , amincis , dans un état d’oiigotrophie. On reconnaît facilement sur eux que l’influence de ces agents établit un mode plus

uns SltuiCAMliNTS

régulier fie nutrition ; on voit toutes leurs parties prendre plus de volume et plus de lorce.

La dose à laquelle on administre les agents toniques doit être remarquée, quand on veut estimer leur influence sur les fonctions nutritives. Donne-t-on de ! petites quantités de ces substances amères ou styptiques au moment des repas , leur pouvoir se borne j h l’acte de la digestion : le système animal reçoit un chyle plus abondant et mieux constitué. Si pendant quelque temps l’élaboration des aliments continue à j être ainsi fructueuse , les toniques pourront concourir ; à faire prendre de l’embonpoint au corps. Lorsque la j dose de la substance tonique est plus forte , sa puis- [ sance active s’étend à tous les tissus vivants; si elle reste toujours douce et modérée , elle n’aura qu’une influence salutaire sur l’assimilation. Tout change lorsque l’on prend des quantités considérables de substances toniques , et qu’on les réitère souvent ; l’impression de leurs molécules semble tendre outre mesure les fibres vivantes , et pervertir ou suspendre la faculté qu’elles ont de se nourrir. Tous les auteurs parlent des désordres qu’occasionent les amers , quand on en continue trop long-temps l’usage; l’expérience prouve qu’une extrême maigreur , la consomption , des fièvres lentes , ont été la suite de l’abus que l’on avait fait des composés toniques. Ajoutons la remarque que l’usage habituel des agents qui nous occupent est contraire aux personnes d’une constitution sèche et irritable: l’impression qu’ils portent sur des tissus organiques qui déjà semblent se dessécher, nuit à leur reslauraticn nutritive et fMigmcnte encore la maigreur.

TONIQUES

11 n’esl pas difficile de reconnaître que les médicaments Ioniques l'avorisenl l’absorplion ; ils donnent plus d’activité à celte fonction sur la surface intestinale, puisqu’il est prouvé que les selles sont ordinairement moins abondantes et plus sèches quand on prend une substance amère ou slyptique avec la nourriture : cet ellet annonce qu’il y a eu pénétration dans le sang de tous les matériaux susceptibles de s’animaliser. L’absorption qui s’opère dans le tissu même des parties vivantes n’augmente-t-elle pas pendant que le corps est sous l’influence d’un agent tonique? Un certain nombre de faits autoriseraient à le croire. Les personnes qui sont atteintes d’une infiltration cellulaire, dont tous les organes offrent un gonflement atonique, voient souvent cette iulumescence diminuer en se mettant à l’usage d’un médicament tonique. Lorsqu’à la suite de longues maladies on conseille aux convalescents de prendre tous les jours la poudre de quinquina , une infusion de quassia , des pilules d’extraits amers , ou tout autre agent tonique, le premier effet dont on s’aperçoit c’est un amaigrissement qu’éprouve le corps de ces individus. Tous les tissus vivants , en reprenant leur tou, en se resserrant sur eux -mêmes, contribuent à produire ce résultat ; mais le tissu cellulaire, en perdant les sucs lymphatiques qui le distendaient, y a plus de part encore. Le changement qui se passq dans toutes les parties se manifeste principalement sur la figure ; l’état de bouffissure que l’on y remarquait se dissipe , elle acquiert plus d’expression. On a souvent répété que les eaux minérales ferrugineuses faisaient toujours maigrir un peu ceux qui commençaient à

5lO UES MÉDICAMENTS

s’en servir : ce que nous venons de dire donne l’explication de cette observation. On concevra auSsi pourquoi l’usage journalier des amers nuit à l’accumulation de la graisse, empêche de prendre de l’embonpoint : un certain degré de relâchement dans la fibre est une - condition favorable à l’engraissement ; ,or les toniques déterminent une disposition opposée.

Etals -pathologiques. Dans toutes les maladies où se remarque ce trouble , cette agitation des principaux appareils organiques que l’on nomme lièvre, la nutrition est suspendue ou son exercice est vicié. Le sang traverse'livec trop de rapidité les tissus vivants pour que ces derniers puissent s’approprier les principes nourriciers qu’il contient: les excrétions trop abondantes les attirent hors des vaisseaux; tout conspire à gêner, â empêcher l’assimilation des matériaux alibiles aux divers organes du corps. Dans ces mêmes alTections , l’absorption prend une activité insolite ; il semble qu’elle dévore les tissus organisés. Aussi remarque-t-on un amaigrissement rapide, les signes d’une détérioration progressive, dans les personnes actuellement atteintes de phlegmasies , de fièvres. Il est facile de prévoir l’effet que produiraient les médicaments toniques dans cette disposition de l’économie animale. Leurs molécules pre.sseraient davantage les oscillations des fibres vivantes; cette plus grande agitation opposerait de nouveaux obstacles à l’incorporation des principes réparateurs. D’un autre côté, l’action des Ioniques n’est pas propre à réprimer l’avidité des suçoirs absorbants. Sous l’inlluence de ces agents , la maigreur hâterait donc encore ses progrès.

TONIQUKS.

5ll

Nous u’avons en vue ici que les tissus organiques , mais il serait également important pour nous de pouvoir suivre, pendant les alTeclions fébriles, l’exercice delà nutrition dans le fluide sanguin : nous y découvririons le secret de ces modifications qu’il présente dans sa densité , dans sa viscosité, dans toutes ses qualités phjcsiques. Pendant long-temps les pathologistes se sont occupés de ce sujet sans pouvoir l’éclaircir. Serionsnous plus heureux ?

Lorsque la nutrition est devenue languissante, parccque les tissus vivants ne sont plus convenablement vivifiés par l’influence nerveuse, parceque la vitalité de ces tissus est affaiblie au-dessous du degré qu’exige 1 exercice de la fonction assimilatrice, les médicaments toniques montrent une puissance que l’on ne peut mécomiaîtrc. Non seulement , en excitant l’appétit, en régularisant les digestions, ils assurent au corps un chyle, abondant et d’une bonne qualité, mais ils font plus : l’impression de leurs molécules sur les tissus organiques réveille leur activité, leur ton; leur opération sur 1 appareil cérébral rend au cours de la puissance nerveuse sa liberté, sa force; l’emploi de ces agents rétablit l’acte de la nutrition sur tous les points du système animal. Donnés journellement à des individus dont le sang est comme décoloré , sans consistance , dont les tissus semblent exténués, ils leur font en peu de temps reprendre des couleurs, de l’embonpoint des forces , recouvrer tous les signes de la vigueur.

C est 1 exercice morbide de la nutrition et de l’absorption dans un tissu , c’est la perversion , la dépravation de ces deux fonctions dans une partie du corps ,

DES MiiDlCA-MENTS

qui amène ces conversions si élonnanles que peuvent ' subir nos organes, ces épaississements, ces indurations, j

ces dégénérescences, que les viscères éprouvent trop ^

souvent. Les molécules des sub.'tances toniques pour- | raient-elles modifier par leur impression immédiate le travail qui désorganise une partie du corps ? N’est-il i pas à craindre que leur agression sur les tissus actuellement malades ne donne encore plus d’activité au mouvement qui change leur nature P On sait que les substances amères que nous réunissons dans cette classe, la chicorée sauvage, le pissenlit, la saponaire, la ménianthe, les préparations martiales, etc., ont été vantées contre les embarras des viscères, les obstructions , etc. , sous les noms de médicaments apéritifs , fondants , désobstruants , etc.

Tout organe dont le tissu est pris d’un travail d’irritation ou de phlogose éprouve, quand cette affection cesse, une diminution très notable de volume. Celle proposition est prouvée par les ouvertures de cadavres.

On trouve souvent le cœur, les poumons , les tuniques de l’estomac et des intestins, le foie, etc. , sensiblement plus petits; ces organes offrent comme un commencement d’atrophie: ce changement remonte à une inflammation plus ou moins légère de ces parties. On sait que le premier effet de la phlogose est de désunir les matériaux organiques, de ramollir les tissus : vus à cette période de l’inflammation , ces tissus sont gonflés , tendus , tant qu’ils restent pénétrés de la vie; mais s’ils sont frappés de mort, ils sont mous, ils se déchirent avec une étonnante facilité. Lorsque l’inflammalion s’éteint, ces tissus, ainsi modifiés, éprouvent un chan-

TONIQUES

gement bien reinarqiiabld ; un grand nombre de leurs molécules organiques n’en font plus partie constituante; elles sont libres, comme détachées de leur substance. L’absorption s’en empare, les enlève. C’est là le moment où les organes perdent de leur volume , où s’opère un amaigrissement (fe tout le corps que la nutrition répare ensuite peu à peu. C’est à l’époque où les malades entrent en convalescence que leur maigreur devient très sensible.

Ce que nous venons de dire a lieu à la suite de toutes les maladies aiguës. Après les fièvres, après les phlegmasies , il subsiste long-temps un malaise, des accidents, qui procèdent de la faiblesse matérielle, de l’oligo- Irophie des principaux organes. Le pouls dans les convalescents est souvent d’une faiblesse , d’une lenteur singulière, pareeque le cœur a perdu de son volume; ce rhythme dure jusqu’à ce que la nutrition l’ait restauré. Il y a peu d’appétit , les digestions se font péniblement , pareeque les tuniques de l’estomac sont amincies. La mémoire est perdue, les sens sont affaiblis, les facultés morales ont baissé , pareeque l’encéphale n’a plus sa condition première, pareequ’il reste quelque altération dans cet important appareil. Il y a souvent une faiblesse musculaire qui dépend de la situation où se trouve la moelle épinière , dont l’influence \ sur les muscles n’a plus la même puissance; l’état de ces derniers peut aussi en fournir l’explication. Des adhérences s établissent pendant les maladies entre les viscères, des fausses membranes les réunissent ; au moment de la convalescence l’absorption tend à détruire tout ce qui est contre nature. Bien des accidents se dissi-

DUS MÉDICAMENTS

pent peu à peu chez les convalescenls , (jui lienneiit à des causes malérielles , qui ne cessent qu’5 mesure que chaque partie reprend sa liberté et sa vigueur. On sent quel avantage obtiendra dans tous ces cas un usage raisonné et journalier des substances toniques.

Considérations générales.

Revenons maintenant à des considérations générales sur la médication tonique. Nous lui trouverons une cause matérielle dans les molécules d’exlrnctil', d’acide gallique , de tannin, des principes résinoïdes, âcres, amers, alcalins, etc. , que l’absorption a importéesdans le système circulatoire , que le sang a répandues dans toutes les parties de Ja machine vivante , et que nous avons retrouvées h leur sokie du corps, dans les humeurs excrétées.

11 paraît naturel de rapporter à l’impression dé ces molécules sur les organes une grande partie des efiets physiologiques qui surviennent dans l’économie animale après l’usage d’un médicament tonique; sous leur impression, les fibres vivantes se resserrent sur elles-mêmes, les tissus deviennent plus termes et plus denses , les mouvements des appareils organiques montrent plus de force. On découvre cette augmentation d’énergie dans l’examen attentif des diverses fonctions ; leur mode d’exercice atteste que 1 agent pharmacologique a déterminé une corroboration qui embrasse tous les instruments de la vie , qui s’étend à tout le système: souvent même l’individu médicamenté a la conscience de ce développement de la tonicité dans toutes les parties de son corps, par le

TOMQVES.

sentiment de vigueur et de bien-être qu’il éprouve.

Nous rappellerons ici que les médicaments toniques ne changent pas l’ordre naturel des fonctions : c’est ce qui rend les effets immédiats ou physiologiques qu’ils provoquent difficiles à démontrer sur l’individu actuellement soumis à leur influence. Ces agents ne stimulent pas les organes et ne les obligent pas h des mouvements plus prompts ; ils n’accélèrent ptis le cours du sang , ils n’augmentent pas la chaleur animale , ils ne forcent pas les sécrétions , les exhalations , etc. , comme les excitants. Ils ne donnent pas lieu à ces secousses que l’on remarque après l’emploi des émétiques. Leur faculté active n’est point perturbatrice comme celle des narcotiques. Plus amis des organes , les toniques ajoutent seulement à l’énergie de ces derniers , et leur usage dans l’état sain ou physiologique , loin de troubler les fonctions de la vie , en maintient ordinairement l’exercice plus régulier et phis facile.

Lorsque l’on continue pendant quelque temps l’usage des toniques , ils acquièrent comme une nouvelle puissance. On ne remarque plus seulement les effets que provoque leur impression sur les organes ; d’autres résultats frappent bientôt l’attention de l’observateur: ce sont ceux qui naissent de l’activité que les toniques donnent aux fonctions assimilatrices. Quinze jours à peine sont écoulés depuis que l’on emploie ces médicaments , et déjà il existe un état de pléthore très prononcé J il survient des hémorrhagies actives; une foule de phénomènes qui tiennent au développement des forces dans fous les tissus organiques et à la surabondance du sang dans l’appareil circulatoire se

DUS MÛmCAMIiNTS

inanifcslent. Les toniques, qui d’abord ne produisent que des effets peu sensibles , finissent donc par susciter des accidents qui mettent bien en évidence toute leur puissance. Les personnes robustes, d’un tempérament sanguin, à qui on fait prendre tons les jours un ou deux gros de quinquina eu poudre, pour combattre une fièvre intermittente , ne tardent pas ordinairement à se plaindre de céphalalgie. Les malades qui prennent tous les jours un amer, le quassiu , le houblon , la ménianthe, la saponaire , une préparation martiale, etc., éprouvent bientôt de l’agitation la nuit, des chaleurs o-énérales, des sueurs, du malaise, des saignements de nez ; une congestion se forme sur les vaisseaux hémorrhoïdaux; l’apparition des règles a lieu hors de leur temps, etc. La suspension du remède et une boisson émolliente font cesser ces accidents.

En étudiant les modifications que les agents qui nous occupent apportent dans l’exercice de chacune 'des fonctions de la vie , en réunissant tous les changements qu’ils provoquent dans 1 état et dans 1 action des divers appareils organiques, on parvient à appréciei comme il convient le pouvoir des toniques sur le corps vivant, soit en santé, soit en maladie. Quand on rencontre , dans un ouvrage de médecine , la locution propriété tonique, l’esprit est loin d’en saisir d’abord toute la valeur; il ne se fait pas un tableau exact, complet, de tout ce que peut opérer cette propriété. Mais en observant l’influence des agents qui la possèdent sur tous les organes , on voit son effet , ou plutôt sa médication , s’agrandir en quelque sorte et acquérir de l’importance; on voit que les changements

TüiMQUliS.

ai?

(jii’clle produit se lient entre eux, que par là ils deviennent féconds, et donnent lieu b des résultats nouveaux , inaperçus. La digestion est plus parfaite , les selles moins abondantes; les forces digestives auront donc extrait tous les principes nourriciers contenus dans la matière alimentaire ; mais en même temps nous trouverons plus d’énergie dans la circulation , plus de régularité dans les excrétions , plus d’activité dans la nutrition ; aussi le corps offrira-t-il en peu de temps tous les signes d’un grand fonds de force et de vie.

De plus, en adoptant la méthode que nous propo,sons, on fait rentrer dans la médication tonique des phénomènes qui en sont de simples éléments, de véritables symptômes. Que les toniques provoquent la menstruation , qu’ils établissent la sueur, qu’ils fassent couler les urines ou qu’ils augmentent Texpectoration , nous ne verrons toujours dans ces effets qu’un produit de l’impression que le médicament tonique a faite sur l’utérus , sur la peau , sur les reins ou sur les poumons : nous n’admettrons pas, dans ces agents, une faculté spéciale que, sous les noms de faculté emménagogue , diaphorétique , diurétique ou expectorante , nous regarderions, comme cause de ces évacuations. La vertu tonique est la source commune d’où procèdent tous ces phénomènes; son action sur les organes dont nous venons de parler suffit pour nous les expliquer, et ces effets ne seront pour nous que des symptômes qui se rencontrent quelquefois dans la médica» lion Ionique.

DlîS Jl/iDIC.\Ml'NTS

Section IV, De l’emploi ihérapeulique des toniques.

La nature de l’impression que les Ioniques l'oni sur les tissus vivants, les changements physiologiques qu’ils provoquent , doivent servir de règle au praticien dans l’emploi de ces agents. Les effets immédiats qu’ils produisent, comparés h la lésion pathologique que l’on veut combattre , aux accidents morbides auxquels on les oppose, montreront s’il doit résulter quelque utilité de leur administration , ou si au contraire il y .a quelque danger à s’en servir.

Trois choses doivent ensuite occuper celui qui a résolu de recourir à un médicament tonique dans le traitement d’une maladie ; i“ le choix de la substance naturelle dont il se servira : toutes les productions que nous venons d’examiner possèdent la même vertu; mais les unes contiennent des principes acerbes, styptiques ou de nature alcaline; elles agissent avec une sorte de violence sur les tissus vivants : les autres sont des amers purs, elles font une impression plus douce , plus modérée. Dans l’usage médical des toniques, il faut toujours savoir prendre ceux qui conviennent à l’espèce de lésion que l’on veut combattre. 2“ La dose que l’on emploiera du remède auquel on donne la préférence est importante à régler; l’étendue , l’intensité de l’opération médicinale que l’on va provoquer se mesure à la quantité de médicament que l’on prend; si cette opération n’est pas proportionnée à la gravité, à l’importancp de la maladie, elle restera insuffisante ou inhabile. 3“ Lnfin , il est

TONIQUES. 5 19

plusieurs manières d’admiuislrer un médicament. Si l’utilité de ce dernier dépend de l’action qu’il va exercer sur l’estomac et sur les intestins , il faut éviter tout ce qui pourrait énerver son impression première ; on devra alors donner à la fois une dose assez élevée de cet agent pour que cette impression ait la force et la durée qui doit la rendre salutaire. Si au contraire c’est par l’absorption de ses molécules qu’un médicament doit devenir curatif, on a intérêt à ménager la surface gastro-intestinale, puisqu’il suflil de s’assurer que les molécules médicamenteuses ont pénétré dans le système animal : alors on peut séparer la composition pharmaceutique en plusieurs prises , mettre quelque distance entre chacune d’elles, associer même aux ingrédients médicinaux des corps mucilagineux , huileux, ou autres, qui leur servent de correctif. Négliger la manière dont un médicament doit être employé , c’est s’exposer à manquer complètement son objet. La même substance qui a été infructueuse sous les yeux d’un médecin , devient entre les mains d’un autre un secours efficace , pareequ’il a soigné son administration et qu’il a pris les précautions convenables pour que son opération physiologique devînt curative ou médicinale.

Nous devons maintenant passer en revue les maladies qui affligent l’homme, pour décider celles dans lesquelles les toniques peuvent être de quelque utilité. Mais ce que le thérapeutiste a intérêt de connaître , c’est moins la place qu’une maladie occupe dans un cadre nosographique , que la lésion qui l’a produite et ' qui l’entretient. C’est en effet celle-ci qu’il faut corn-

m:s iiKmcrVMiiNTS

baltre ; c’ost contre elle que sont dirigés les médira im-iils et les autres secours; c’esl sa nature, c’est son caractère qui règle le choix que l’on doit faire alors parmi ces derniers. Si ce sont les lésions morbides que nous devons surtout voir dans les maladies , c’est sur les appareils organiques qu’il convient de les chercher.

Maladies de l’appareil digestif.

On a beaucoup vanté les toniques dans les affections de I appareil digestil. Les auteurs recommandent les substances dans lesquelles nous avons reconnu l’existence d’une vertu tonique contre l’anorexie, l’apepsie, la dyspepsie, les aigreurs, etc. On s’en est aussi servi pour calmer les nausées, les vomissements. L efficacité des toniques dans ces affections parut si bien établie aux médecins anciens, qu’ils créèrent une expression particulière pour désigner leur utilité dans les maladies de l’estomac; les médicaments toniques , ont-ils dit, sont de puissants stomachiques.

Le thérapeutiste ne se contentera pas d’apercevoir la forme de la maladie , il voudra en connaître le fond^ ou l’essence; il observera avec soin de quelle nature est la lésion qui trouble l’action naturelle de l’estomac, qui vicie l’exercice de ses fonctions; il cherchera dans l’état actuel de ce viscère la cause de l’inappétence du malade , de la difficulté de ses digestions , de leur perversion, des accidents qui se manifestent pendant la chymification. 11 concevra l’utilité des médicaments toniques si les tuniques de l’estomac sont dans un état do mollesse, do ramolhssement , ou si, mal restaurées, elles ont perdu de leur volume, elles sont

TONIQUES

amincies, oligolrophiées, puisque l’impression des molécules toniques est propre à ranimer la vitalité de ces tuniques , 5 corriger cette lésion matérielle par un mode de nutrition plus régulier et plus actif.

Les médicaments de cette classe obtiendront encore des succès dans les lésions vitales de l estomac, lorsqu’elles tiendront à ce que l’influence nerveuse qui vivifie ses tissus aura éprouvé un décroissement; alors ce viscère sera dans un état d’atonie , de langueur. L’opération de ces agents sur les nerfs mêmes de l’estomac pourra réveiller cette influence ; leur action sur l’appareil cérébral , sur le système des nerfs ganglionaires, lui donnera l’activité qui convient à l’exercice de la fonction digestive.

Est-il nécessaire de dire que les toniques sont dontraires lorsque la cause des accidents dont nous avons parlé , du défaut d’appétit , des difllcullés de la chymification, des anomalies que l’on remarque dans son exercice, etc., est une irritation de la membrane muqueuse de l’estomac ? Il est égalementévident que, dès qu’un travail de phlogose occupe toutes les tuniques de ce viscère, les médicaments de cette classe doivent être proscrits ; leur action immédiate animerait davantage le foyer inflammatoire. Mais l’estomac ne peut être phlogosé sains faire des provocations aux principaux viscères : ce sont les processus phlogistiques des Italiens : quand le cœur partage la condition pathologique de l’estomac, que le pouls est vif, dur, fréquent, la chaleur animale plus élevée, les toniques sont encore plus à redouter; l’impression de leurs molécules sur l’appareil circulatoire exaspérerait le trouble lébrile. Le

DES MÉDICAMENTS

danger augmente, le mal que feront les toniques devient plus grand, si l’appareil cérébral est aussi atteint, s’il entre dans cette sorte de fédération morbide que présente la fièvre , s’il se manifeste des phénomènes nerveux, du délire, de l’agitation, des mouvements convulsifs, de l’affaissement, etc.

Ce que nous avons dit de l’estomac est applicable aux intestins. Les médicaments toniques seront avec succès opposés à plusieurs sortes de lésions matérielles de ces organes, comme le ramollissement de leurs tissus ou leur amincissement ; ces agents , en rétablissant un meilleur mode de nutrition dans ces parties, tendront à réparer leur état morbide. On les administrera aussi avec avantage lorsqu’il existera un défaut de vitalité dans le canal intestinal, par suite de l’affaiblissement de l’influence que les nerfs exercent sur lui. L’action des toniques sur les cordons nerveux des intestins , et sur les centres avec lesquels ces cordons communiquent , expliquent leurs bons effets. Ces lésions si différentes produisent souvent les mêmes accidents , des flatuosités pendant les digestions , des gonflements du ventre sans chaleur, des déjections de matières non fétides et qui contiennent une grande partie de la nourriture, etc.

On ne doit plus penser à employer les agents de cette classe , quand les voies intestinales sont échauffées, irritées. Lorsque l’intérieur des intestins est plus rouge, plus sensible, plus chaud , pourrait-il supporter le contact des principes extractifs , de la matière tannante, de la matière résinoide, de l’acide galhque, etc. , dont sont chargées les substances médici-

TONIQUES

nales de celte classe ? Si la phlogose des tissus intestinaux s’était propagée au cœur , au système vasculaire, h l’appareil cérébral , et qu’il existât un trouble fébrile, on aurait h redouter, avec l’impression des toniques sur les voies digestives, l’opération de leurs molécules sur toutes les parties du système animal.

L’intérieur des intestins offre souvent des ulcérations : l’expérience prouve que les médicaments toniques décident leur cicatrisation lorsqu’elles sont superflcielles et établies sur des tissus qu’une phlogose trop vive n’occupe pas, lorsqu’elles ne sont pas associées b des dégénérescences , b des endurcissements ,etc. , des tissus intestinaux. Ces ulcérations entretiennent des coliques , elles donnent lieu b des gonflements instantanés de l’abdomen ; elles produisent la diarrhée, la dyssenterie, surtout lorsqu’elles ont leur siège dans les gros intestins.

On s’étonne de voir les substances toniques si souvent conseillées par les auteurs de matière médicale contre la diarrhée et la dyssenterie , et de rencontrer si rarement dans la pratique des occasions où l’on puisse les administrer avec avantage. Maintenant que l’on regarde les évacuations de ces maladies comme de simples produits, et que l’on remonte toujours b la cause, aux lésions qui les déterminent , on comprend bien la difféçence qui doit exister entre la pratique ancienne et la pratique actuelle. Si une phlogose récente, superficielle, bornée b la membrane muqueuse intestinale, cause des déjections répétées , l’action d’un médicament tonique astringent , en changeant brusquement l’élat actuel de celle membrane, décide souvent son retour b l’état na-

DKS JliinCAMENTS

lurel ; niais cel heureux résultat, né d’une opération perturbatrice , n’est pas certain ni constant. Toutefois , on voit les irritants procurer tous les jours sous nos yeux des vsiiccès qui ressemblent à ceux que nous indiquons ici. Dans les irritations de la conjonctive, delà bouche, de la peau, il suffît souvent de tourmenter, d’offenser la surface malade, pour rappeler la condition saine ou physiologique qu’elle avait perdue. Lorsque le travail inflammatoire dure depuis long-temps , qu’il a altéré la texture des parties malades, que ces dernières sont gonflées , endurcies, couvertes de végéta tiens, d’ulcérations, etc. , l’action passagère d’un composé tonique ne peut plus opérer le même bien, procurer les mêmes avantages. Aussi lorsqu’on se décide dans les diarrhées, dans les dyssenteries chroniques, de tenter l’emploi d’une substance amère ou styptique , il faut suivre avec soin les effets que produit chaque dose de cette substance, et s’arrêter si l’ori observe que la maladie augmente. Toutefois, on ne peut pas espérer, dès les deux ou trois premières prises du remède même, de juger son utilité; il est bon de savoir que ce remède doit d’abord provoquer' une sorte d’exaspération dans les symptômes, par son impression immédiate sur les points de la surface intestinale qui sont dans un état morbide. On voit alors les déjections devenir plus fréquentes , les coliques plus violentes, etc. ; mais celte plus grande intensité des accidents n’est que factice, elle ne dure pas : le lendemain , ou le jour suivant, le malade va moins du bas, il éprouve moins do chaleur dans le ventre cl au fondement , les coliques cessent , les rnalicrcs fécales s’épaississent, etc.

TOMQUIiS.

Lorsque l’on a recours aux médicamenls Ioniques dans les affections des voies digestives . il est bon de se rappeler qu’il en est qui ne contiennent que des principes amers, extractifs, comme les préparations que l’on relire du quassia , du colombe, de la petite centaurée, de la gentiane, du lichen d Islande, etc. ; cl d’autres qui recèlent de fortes proportions de tannin , d’acide gallique, comme le cachou , la noix de galle r le ralanhia, le kino, etc. Ces derniers agents font sur les surfaces vivantes une impression dure , mordicante, qui semble les offenser : les premières substances, qui ont une amertume pure et sans astringence, agissent d’une manière plus douce, semblent plus agréables aux organes. Il est aussi important de décider si l’on doit associer à la matière tonique un ingrédient correctif, la mêler à une poudre mucilagineuse , comme celle de gomme arabique , de racine de guimauve , ou la dissoudre dans une décoction amilacée , comme celle de ris , d’orge mondé , etc. On conçoit que ces ménagements deviendraient contraires au but que l’on se propose, si le succès du traitement dépendait de l’impression brusque et vive que le médicament tonique doit produire sur les parties malades.

Les auteurs vantent les bons effets des plantes chicoracées, des extraits amers, d’un grand nombre des substances qui appartiennent à celte classe , dans les affections du foiej; ils prétendent que ces productions médicinales favorisent, provoquent même le cours de la bile, qu’elles dissipent la jaunisse, etc. , etc. Mais il faut toujours remonter aux lésions qui peuvent occasioner ces accidents , alors on verra clairement

DUS MtuiCAMtNTS

SaG

quand lus médicaments Ioniques sont indiqués, et quand leur emploi serait défavorable. Nous n’avons pas besoin de dire que ces agents doivent être repoussés quand l’organe hépatique est irrité, ou que son tissu est le siège d’un travail inflammatoire,- Les toniques seront également contre - indiqués lorsqu’il y aura hypertrophie du foie, lorsque, par une nutrition trop active, cet organe aura acquis trop de volume. Mais on concevra bien l’utilité de ces mêmes moyens médicinaux, quand, par un exercice languissant, ralenti, de la nutrition, ou par une absorption trop active, le foie aura perdu de sa substance, qu’il se trouvera plus petit, dans un étal d’oligotrophie , puisque les molécules médicamenteuses, en abordant dans ce viscère , porteront sur son tissu une impression propre à y rétablir l’activité de la fonction assimilatrice, et par suite à lui rendre ses dimensions, naturelles. Les toniques paraissent avoir été également utiles quand il y avait dans le foie une tendance àune dégénérescence, une induration,ou quelque autre modification de la même nature. Dans ces afîections, l’exercice de la nutrition et de l’absorption est vicié; l’expérience semble avoir prouvé que, lorsque le désordre est peu avancé, les molécules des médicaments amers. parviennent à le réparer, en changeant le mode morbide que suivent la nutrition et l’absorption dans le parenchyme hépatique. Mais c’est un emploi prolongé, journalier de ces agents qui peut procurer du succès ; c’est à la longue que peut s’opérer la modification organique que tente le praticien : il ne faut même pas l’attendre du seul médicament dans lequel on met sa confiance ; il faut lui donner des auxiliai-

TONIQUES. ^‘•*7

res dans le régime, dans l’exercice , les bains, et dans tous les moyens qui sont à la disposition du thérapeutiste.

Il est digne de remarque que dans les embarras des viscères, les endurcissements , les dégénérescences de leur tissu , les anciens conseillaient, sous les litres d apéritifs , de fondants , de désobsirnants , tous les médicaments que nous réunissons dans cette classe. Les médecins italiens les donnent encore aujourd’hui sous le nom de contre-stimulants ; mais eu meme temps ils ont recours è la saignéè. Serait-il vrai que , dans ces circonstances , l’opération simultanée de la saignée et d’un médicament tonique causerait dans la partie malade d’heureux changements? Un viscère , .que Ion disailtêtre pris d’uue obstruction , que 1 on dit aujourd’hui le siège d’une phlogose latente, ne trouve pas toujours dans l’usage des agents toniques un remède contre son aITcction,..D’un autre côté les adoucissants , les délayants sont insuffisants quand il y a déjà une modification matérielle des tissus de ce viscère ; ces moyens doux modèrent, calment les accidents, mais la lésion résiste , elle marche même toujours ; ils arrêtent à peine ses progrès. N’est-il pas raisonnable de chercher d’autres secours pour éteindre les phlogoses que l’on nomme chroniques , mais qui au fait ont pris un caractère particulier, qui ne ressemblent plus à la phlogose aiguë, et qu’il est permis sans doute d’attaquer avec d’autres armes ? Le défaut de succès des remèdes émollients autorise ici un traitement opposé; nous ne devons pas oublier les succès des sucs d’herbes amères, des pilules extractives, enfin les observations des anciens praticiens.

DES MÉDICA.MENTS

Les amers ont une grande réputation comme remèdes vermifuges ou anthelminliques. I.’aclion corroborante qu’ils exercent sur le système digestif change la disposition morbide des intestins, s’oppose au développement des vers, à leur séjour dans ces organes. Quelques substances amères ont de plus la faculté de faire périr ces animaux en agissant directement .sur eux : il semble qu’elles aient pour ces êtres vivants une qualité vénéneuse, délétère. Si les voies alimentaires étaient dans un étal d’irritation, si le malade ressentait de la chaleur, de la douleur dans l’abdomen, que le^malade rendît des déjections fétides, qu’il y eût de la soif, etc, , ce ne serait plus dans cette classe qu’il faudrait chercher des vermifuges. On préférerait les substances qui ont une propriété émolliente ou adoucissante , avec la faculté de tuer les vers , comme les acides, l’huile douce, celle de palma -christi de préférence.

Maladies de l’appareil circulatoire.

Le cœur et ses annexes entrent dans une condition morbide bien plus souvent qu’on ne le pense. On trouve toujours de l’eau dans le péricarde , quand il y avait au moment de la mort un trouble fébrile : nous n’avons point vu dè sérosité dans cette membrane sur les cadavres de personnes qui étaient mortes tout è-coup et par accident , à la suite de chutes , ou il n’y en avait que très peu. Combien de fois ne rencontronsnous pas le cœur, le péricarde et les gros vaisseaux changés de couleur, de densité, de volume, offrant un aspect particulier, un aspect morbide.

U0NIQUK8. 529

Le-.c(ï!iir esl sujet à des lesioDij vilnles c|iii tiennent seulement à l’inlluence des nerfs sur son tissu et dans lesquelles cet organe est sain , n’a éprouvé aucune modiflcalion matérielle, et à des lésions organiques qui ont altéré son volume, sa texture. Les toniques ont eu des succès dans les premières, lésions, qui n’intéressent que le mouvement, que le jeu de ce viscère. On conçoit bien leur utilité quand il y a allaiblissement , décroissement de la puissance nerveuse sur le cœur; mais les toniques paraissent s’ètre montrés utiles même quand celte inlluence était troublée, pervertie. Ainsi on a vu le quinquina arrêter , modérer des palpitations de cœur. On sait quojo mouvement de la voiture , du cheval, en secouant cet organe, en déterminant un resserrement fibrillaire dans son tissu , a souvent opéré le même elTet.

Les toniques , nuisibles dans tous les cas où le tissu du cœur, du péricarde et des.gros vaisseaux, sera roilge, gonflé , dans un état de phlogose . nuisibles encore quand il y aura hypertrophie d’un seul ou des deux ventricules de cet organe, se montreront au contraire des remèdes efficaces lorsqu’il y aura diminution de son volume, oligotrophie de son tissu : l’action de leurs inolécules sur cet organe donnera plus d’activité à l’acUon nutritive. Ces agents seront également salutaires lorsqu’il y aura ramollissement de la substance du cœur ; leur influence sur la nutrition pourra lui restituer sa densité, sa fermeté physiologique. Leur secours ne sera même pas inutile dans la dilatation de ses cavités : l’impression des molécules toniques sur les fibres du cœur décidera une contraction . un res-

DE-. SlÉniCAMENTS

serremenl qui forlificra le lissn tle cel organe , qui seinLlq i)ro])rc à arrêter au moins les progrès «le celte lésion.

Maladies de l'appareil respiratoire.

Les toniques sonl toujours contraires dans la pleurésie ; l’innammalion de la plèvre a provoqué l’appareil circulatoire , tous les tissus ont une susceptibilité ; morbide ; les molécules toniques irriteraient non seu- . lemenl les organes respiratoires , mais même toutes i les parties du système animal. Les mêmes raisons re | poussent ces agents du traitement de la péripneumonie; cependant après que les accidents inüammar loires ont été combattus , on s’en sert avec succès | pour aider roxpcctoralion , pour ranimer les forces | cxpultriccs du poumou, pour rendre plus prompt et plus sûr le retour do cel organe à son état naturel. Les toniques sonl nuisibles dans le début du catarrhq. pulmonaire; mais on les regarde comme des remèdes salutaires dans la dernière période de celle maladie. Lorsque lé toux est humide , que la membrane muqueuse des bronches fournil une sécrétion exubérante, que l’expectoration est considérable , les toniques rendent des services qu’il est impossible de méconnaître, aussi le lichen d’Islande , l’aunée, le chardon - bénit, le quinquina, ont- ils été proclamés des secours précieux dans les catarrhes chroniques, les toux humides, etc. Gomme la disposition atonique des organes respira- • loires est souvent associée à une disposition semblable des organes digestifs , les toniques ont alors une double indication è remplir.

Dans l’hydropisie de la plèvre , si les toniques peu

vent rendre quelques services, ils sont d’un ordre Lien secondaire. Presque toujours raccurt^ufation de la sérosité dans cette cavité séreuse est le produit d’une cause que les toniques no peuvent détruire. Il y a aussi quelques lésions vitales des poumons auxquelles on donne le nom d’asthmes, d’oppressions, etc., dans lesquelles les toniques paraissent avoir été favorables.

Maladies de l’appareil cérébral.

Les médicaments toniques sont évidemment contreindiqués dans l’arachnoïdite, dans la céphalite, enfin toutes les fois qu’une phlegmasie a son siège dans quelque point de l’appareil cérébral. Cependant les auteurs conseillent ces médicaments dans un grand nombre de maladies qui sont produites par des lésions de Cet appareil; mais on sait combien l’étude pathologique du cerveau , du cervelet , du prolongement rachidien et de leurs enveloppes laisse encôre à désirer. 11 est permis de révoquer en douté beaucoup de tes succès que l’on attribue aux Ioniques , lorsqu’il s’agit de maladies qui ont leur cause dans l’organe éncé|^hà-^ lique ou dans ses annexes. Nous resterons long- temps encore dans une obscurité désespérante par rapport aux affections qui ont pour origine Une lésion du prolongement rachidien , des plexus du système ganglioiiaire , des cordons nerveux.

Suffira-t-il aujourd’hui de répéter, d’après Ids' auteurs, que les médicaments toniques ont été utilës' <lans l’idiotisme; qu’ils fortifient la vue, l’ouïe, lorsque ces sens sont affaiblis; qu’ils ont guéri des épilepsies, des mélancolies, des hypocondries, etc. , etc. P

DUS MÏiDlCAMHM'S

Les iiilérêls de la ihérapeulique exigent que l’on ne se contente plus de ces indications vagues , do ces annonces captieuses. Toutes ces afl’ections supposent une lésion de l’appareil cérébral: dans quelques unes, , la lésion cérébrale est associée à d’autres qui existent dans l’appareil digestif. Il faut déterminer la nature de ces altérations morbides, leur siège , leur ténacité , leur étendue , etc. ; alors ou verra si l’opération des toniques est capable de les dissiper, est propre à les faire disparaître. Dans l’épilepsie la lésion qui produit la maladie . a une existence périodique; il faudrait pouvoir empêcher sa formation , par là on préviendrait les accès de celte i terrible maladie. '

Les toniques se montrent avec plus d’avantage | quand il est question des affections vitales qui dépendent d’un décroissement de l’influence des nerfs sur tous les organes , et que ce décroissement ne lient j pas à une modification matérielle de l’encéphale, à j une altération organique de la moelle épinière, à une désorganisation contre laquelle la vertu des toniques sei’ait inutile. Selon que l’inertie de l’influence des nerfs se manifestera sur un point du corps ou sur un autre, les symptômes changeront. Sur l’appareil digestif, elle donne lieu à de l’inappétence, à la difliculte des digestions, à la pesanteur après les repas, à la constipation, etc. ; sur l’appareil circulatoire, elle produit la lenteur, la faiblesse des contractions du teeur et des pulsations artérielles, une diminution dans la température du corps. Sur l’appareil respiratoire , on observe une gêne dans les mouvements inspiratoires, de l’oppression. Sur les muscles, on éprouve

TONIQUES

de la nonchalance, une difficulté à remuer les membres , de la répugnance pour tout exercice qui exige une certaine dépense de forces, le besoin du repos, etc.; en pathologie on dit que ces accidents sont nerveux, sont spasmodiques. Les agents toniques conviennent pour dissiper ces affections asthéniques; leur action sur l’appareil cérébral ranime sa vitalité, rétablit le cours régulier de sa puissance sur tout le système animal. Les toniques seraient contraires dans les lésions vitales qui dépendent d’une augmentation de l’influence des nerfs, qui se manifestent par des douleurs avec chaleur, par des mouvements trop forts , par un excès d’énergie dans les appareils organiques. On les a quelquefois vus calmer les accidents qui sont le produit d’une perversion de cette influence, qui s’annoncent par des mouvements désordonnés , qui produisent des spasmes , des anomalies dans le jeu des parties vivantes , etc.

Maladies de l’appareil musculaire.

Les affections des muscles qui servent aux actes de la locomotion ont le plus souvent leur source dans l’appareil cérébral , et c’est en agissant sur cet appareil , en modifiant son état morbide , que les agents pharmacologiques peuvent arrêter le désordre de l’action musculaire, il faudrait toujours pouvoir exposer la nature de la lésion dont l’encéphale, le prolongement .rachidien et les cordons nerveux eux-mêmes étaient atteints, pour concevoir l’ulililé des médicaments auxquels on attribue la guérison de maladies qui SC rapportent aux actes de la locomotion. Ainsi on trouve dans les auteurs que les toniques ont fait cesser des

DES MÉDICAMENTS

convulsions, qu’on peut les donner dans les débilités, les tremblements des membres , dans la paralysie commençante, etc. : Cullen reccommande le quinquina dans la danse de Saint-Guy. Nous n’arriverons à rien de déterminé, de clair, de satisfaisant en thérapeutique, si nous ne nous attachons ù reconnaître lu nature de la lésion qui entretient la maladie et que le médicament doit faire disparaître pour être utile.

Maladies de l’appareil urinaire.

On vante l’usage des toniques à la fin du catarrhe vésical; le/cachou, le paréira - brava , sont spécialement usités dans cette maladie. On conseille les amers, les styptiqiies dans le diabètes ; ils rendent les digestions plus régulières et rétablissent l’exercice de l’assimilation , qui dans cette maladie est à peu près nulle, en même temps qu’ils tendent à changer le mode vicieux que suit la sécrétion des urines.

Maladies de l’appareil de la génération.

On s’est servi avec avantage des toniques dans les pertes utérines, lorsque, par leur durée et leur abondance, elles épuisaient les forces de la vie, et qu’un état d’atonie du tissu de la matrice favorisait la sortie du sang. Le changement physiologique que ces agents produisent dans ce viscère peut modérer , même faire cesser l’hémorrhagie. L’impression tonique que les molécules des médicaments de cette classe portent sur le tissu utérin amène dans d’autres circonstances un effet opposé : on les voit solliciter l’établissement de la menstruation dans les jeunes filles d’une complexion

TONIQUES

molle, (iaus celles qui oui la liguie pâle, bouffie, un afl’aiblisseinenl tic tout le corps. L inertie de 1 appareil utérin u’appelail pas le sang , u était pas lavorable à la congestion mouslruelle ; 1 emploi journalier d un tonique anime peu à peu la vitalité de cet appareil , et détermine l’exercice de sa Ibuclion périodique. Ou a recours aussi aux toniques dans les suppressions des règles qui sont produites par un état de débilité de tout le système J mais ces agents ne conviennent plus quand la rétention ou la suppression de l’écoulemeul menstruel lient à une cause contraire , à un état de tension, d’irritation de la matrice. Lorsqu’il y a de la douleur, de la chaleur dans cet organe, de la pesanteur dans les lombes , lorsque le pouls est dur et. plein , etc., repoussez les toniques. Alors les véritables emménagogues sont les saignées, les bains, les émollients.

On se sert aussi des toniques pour combattre la leucorrhée , pour arrêter les écoulements gouorrhéi ques qui ont survécu à la phlogose de la membrane uréthrale. On recommande les martiaux, lequinquina, le houblon contre la première alTection ; on choisit les substances chargées de matière tannante pour guérir les secondes.

Maladies dw système dermoide.

Dans les phlegmasies cutanées, la petite-vérole < la rougeole, la scarlatine ,; l’érysipèle , l’adminislrulion d’un agent tonique irriterait la surface cutanée , augmenterait l’ardeur, les picotements, la douleur, la tension que le malade y ressent. Comme dans ces ma ladies le cœur et tout le système vasculaire ont une

«iiOlCAMUNTS

suscej)lü)ilil(! j)aU(ologii|iiu , les molécules toniques les ollejisenl, les prev.oqueril : la lièvre rcrlouble après leur aclmiiiislralioi). Lorsque le cerveau , le proloiigomenl lacludien, eiilrent aussiiclaiis une condition morbide, que des phénomènes nerveux se manifestent, la maladie a pris un caractère plus grave, un caractère ataxique, les toniques sont encore plus nuisibles. Ajoutons que dans les lièvres éruptives les organes digestifs sont toujours plus ou moins aflectés de phlogose, et que le cüutackdes substances toniques étend, augmente leur altération pathologique < et par syu)pathie celle des autres appareils organiques. Cependant un état de débilité peut se remarquer sur le système dermoïde; alors un tonique se rend utile, en ranimant tout doucement 1 énergie , 1 activité de la peau : on donne avec avantage dans ce cas une infusion bien chaude de chardon-bénit, d’auuée, de patience sauvage , etc. , quand une irritation des voies alimentaires n’y met pas d’obstacle.

On sait quel rôle on a fait jouer aux toniques sous le nom de dépuratifs dans le traitement des dartres et d autres éruptions cutanées. 11 est évident que si ces maladies existent avec une disposition pléthorique , un teint coloré, une grande somme de vigueur; si les boutons, les écailles ou croûtes reposent sur une peau rouge , lèrme, bien nourrie , douée d’une grande sensibilité; si ces affections produisent des douleurs lancinantes, si elles donnent lieu à un mouvement fébrile , etc. , les toniques ne peuvent être employés sans danger ; leurs molécules iraient augmenter le travail phleginasique de la peau. Mais lorsque la maladie

TOMQUIiS.

offre un antre aspect , lorsqu’elle est comme identifiée avec une détérioration de tout le système animai, lorsqu’il y a pâleur, mollesse du tissu dermoïde, teint jaunâtre, désordredes fonctions digestives, inertie dans l’action nutritive , les toniques deviennent très recommandables. On voit alors les extraits, les sucs dépurés, les décoctions de fnmeterre , de pissenlit , de chicorée sauvage, de houblon, etc., obtenir des succès remarquables. Ces succès émanent h la fois du développement de vitalité que ces agents provoquent dans l’appareil dermoïde et de l’ordre qu’ils rétablissent dans les fonctions assimilatrices. Remarquons que, sous le titre de dépuratifs, on trouve dans les matières médicales des substances toniques et des substances émollientes. Malgré la dénomination commune qu’elles portaient, les praticiens savaient bien établir un choix parmi elles : c’était le petit-lait , le bouillon de poulet, de grenouilles, de tortue, le lait d’ânesse , etc., qu’ils mettaient eu usage dans les maladies de la peau où il y avait de la chaleur, de l’irritation, de la phlogose; au contraire, ils prenaient les toniques , quand il existait de la langueur, de la débilité, etc.

Maladies du système jibreux.

Les pblegmasies des tissus aponévrotique et fibreux n’admettent pas l’usage des toniques. Chaque fois que le malade en prendrait dans le rhumatisme articulaire, il sentirait tous les symptômes redoubler d’intensité. On recommande ces agents dans la goutte, mais il faut distinguer le temps des accès, des intervalles de calme qui les séparent. Quand des fluxions inflamma-

DhS m/îDICAMEMS

loires occupent les articulations, cl (|ue le pouls est Tort, dur , vif, les toniques ne peuvent convenir; mais l’expérience a prouvé qu’ils étaient utiles après que le travail arthritique avait cessé: l’usage habituel de ces agents a paru éloigner les accès, et quand ils avaient lieu ils étaient plus courts. Ou assure que le quinquina, la gentiane , le quassia , l’aunée , la petite centaurée , la ménianthe, ont rendu des services réels dans la goutte. Il est bon toutefois de ne pas pousser trop loin l’emploi de ces remèdes. A force de répéter sur les organes leur action styplique , ils finiraient par troubler l’ordre de leur nutrition, par causer des altérations matérielles de leur tissu. Cullen , Murray, Darwin ,elc. ,les accusent d’avoir produit l’asthme, des hydropisies , des apoplexies, des paralysies. L’observation avait appris aux anciens que les remèdes amers , continués long-temps , n’étaient profitables qu’aux goutteux d’une constitution pituiteuse , qu’ils ne convenaient pas h ceux qui avaient un tempérament bilieux ou sanguin. [Barlhc^t Trait, des malad, goutteuses , tom. i", p. 236.)

Maladies du tissu cellulaire.

Les médicaments toniques entrent quelquefois dans les méthodes curatives que l’on emploie contre l’hydro pisie cellulaire. Les auteurs citent des iulillrations, des collections de sérosité, que l’usage des substances amères a peu à peu dissipées.

Maladies des glandes lymphatiques.

Les auteurs recommandent les toniques dans les affections scrophuleuscs. La teinture et le vin de gen-

TONIQUUS.

tiaino , de quinquina, l’infusion de houblon, de saponaire , etc. , sont des secours journellement employés dans ces maladies. Les toniques forment la base des diverses méthodes curatives que l’on a conseillées contre elles : on a alors conféré à ces agents les titres d’apéritifs, de fondants, pareeque l’on supposait qu’ils mettaient en jeu une propriété particulière; qu’ils faisaient rentrer dans la circulation les sucs qui s’étaient vicieusement accumulés dans les glandes lymphatiques; qu’ils dissipaient les embarras , les engorgements dont ces dernières étaient le siège. Ce que le pharmacologiste aperçoit de plus évident dans l’action des toniques sur le corps de ceux qui sont atteints de scrophules , c’est que leurs digestions deviennent meilleures, que la nutrition se fait d’une manière plus régulière dans le sang et dans les tissus organiques. Peu de temps après que les scrophuleux ont commencé l’usage des toniques, on voit ordinairement que les forces renaissent, que la figure se colore et prend une meilleure expression., Ce qui nuit à l’opération curative des médicaments toniques dans ces affections , c’est qu’une bien faible proportion de leurs molécules seulement aborde dans le tissu des ganglions lymphatiques, va agir sur eux. Leur impression ne concourt que bien légèrement à rétablir l’activité de ces parties , h combattre leur indolence pathologique , à opérer la résolution des tuméfactions dont ils sont le siège. Quelques semaines après que l’on a commencé l’usage de ces agents , on remarque que tout le système animal éprouve une secousse. Un ébranlement qui pourrait bien avoir une grande importance thérapeutique. 11 s’élève dans le corps dos

5/, nus mkdicamf.nts

moiivemcnls fébriles qui scrépèlenl do loin à loin , cls<> monlrcnl comme des eflbrls salutaires qui tendent à dissiper les engorgements scrophuleux et h rétablir la santé. Je vois en ce moment un jeune homme dont les glandes du cou et des aisselles étaient tuméfiées de puis long-temps et d’une mauvaise apparence. Il eut pendant une douzaine de Jours une fièvre assez irrégulière, et toutes les tumeurs disparurent. Lorsque 1 on cherche à déterminer l’eflel des toniques dans le traitement des aflections scrophuleuses , il ne faut pas oublier que ces médicaments agissent concurremment avec les aliments que l’on conseille au malade , avec l’exercice qu’il prend , souvent avec la saison et d’au très influences hygiéniques; les succès que l’on obtient appartiennent à cet ensemble méthodique de moyens ; ils ne peuvent être attribués à une partie isolée de ce tout.

Des fièvres.

Les fièvres sont des maladies qui ne se rallachenl plus à la lésion d’un seul organe ou d’un seid système d’organes; elles attestent qu’il y a lésion simultanée de plusieurs appareils organiques. Plus j’observe les fièvres , plus je suis aft’ermi dans l’opinion que ces aflections doivent être distinguées des phlegmasies. Celles-ci ont toujours un foyer: c’est ce dernier qui, par ses provocations sympathiques , finit par entraîner les autres parties dans un étal morbide, par précipiter les mouvements du cœur, par jeter le désordre dans toute l’économie; mais souvent il suffit de l’éteindre dans son début poui\quc le calme se rétablisse par-' tout. Üans les fièvres, on peut dire que ce foyci' n’exislo

TOMQUliS.

pas, ou il faut convenir qu’il est nuiltiplc, Dèsl’invasion, il y a douleur souvent très vive de la tête ; il y a aussi des douleurs dans le cou, dans le dos ou dans les lombes qui se rapportent à la moelle épinière ; le malade se plaint d’insomnie, il éprouve de l’agitation , des vertiges, de l’accablement, un malaise extrême , de la courbature. Dans le même temps le cœur bal plus vite, les capillaires ont plus d’activité. De plus , l’air bridant qui sort des poumons annonce que ces organes ne sont plus dans leur condition naturelle. Ajoutons que l’altération de la fonction digestive décèle l’état morbide des organes chargés de son exercice, etc. Partout on peut trouver une cause à la fièvre ; mais, dans celle pluralité de lésions, on n’en découvre pas une qui entretienne les autres, et qu’il suffise de détruire pour rétablir aussitôt l’harmonie ou la santé. Dans les maladies que nous appelons fièvres, on voit souvent l’irritation, la phlogose même de l’ap])areil organique qui d’abord s’était montré le plus affecté s’affaiblir, sans que la fièvre, baisse, ou s’éteindre , sans qu’elle cesse. Les autres lésions persistent et ,pntretiennent le trouble pyrétique. Dans le cours d’une fièvre , la lésion dominante passe souvent de la tête dans la poitrine ou dans l’abdomen; elle semble se déplacer et se porter successivement d’un appareil organique sur un autre. Si l’appareil circulatoire se montre d’abord le plus offensé, 011 obs<M’ve bientôt que l’épigastre ou le bas-ventre devient très malade quelques jours après: c’est l’encéphale qui appelle toute l’attention du praticien, etc.

Les recherches anatomiques confirment ce que nous avançons ici. Que trouve - 1 - on h l’ouverture des ca-

54 ‘•i «ES MEDICAMENTS

(lavrcs après une fièvre? Des lésions dans tous les appareils organiques, quand on les explore avec soin , el que la maladie a duré assez long-temps pour que les modifications organiques qu’elle avait produites soient encore perceptibles après la mort. L’estomac, les intestins, le foie, le péritoine, oflrcnt souvent des altérais lions remarquables. Le péricarde contient une sérosité C|ui atteste une irritation de son tissu $ le coeur a une couleur, souvent un allaissemcnt , une mollesse, un aspect évidemment morbides. Très souvent la plèvre, les poumons ne sont pas sains. L’arachnoïde et la piemère sont gonflées par une sérosité qui témoigne qu’elles étaient naguère dans un étal morbide. Ces membranes sont opaques, plus épaisses; elles se détachent facilement de la substance cérébrale; on en enlève des plaques assez larges. Le cerveau a une densité , une couleur qui ne lui est pas naturelle. On trouve sur le cervelet, sur le prolongement rachidien , des signes de lésion qui sont d’une grande valeur en pathologie , pareeque les lésions les plus légères , quand elles sont situées sur ces parties, peuvent produire de très grands effets : et cependant nous ne savons pas encore assigner celle qui doit être donnée è toutes les nuances qu’offre la coloration de ces parties, à toutes les dis semblances que présentent leur consistance ou leur mollesse , le développement de leurs vaisseaux , etc.

Ce qui doit surtout ici nous occuper, c’est le parti que l’on peut tirer des médicaments toniques dans ces maladies ; mais pour reconnaître si l’action de ces agents peut être de quelque utilité dans les fièvres . nous devons nous rappeler la condition dans laquelle

TOMQUES.

se trouvent alors les tlivers appareils organiques du corps. Parcourons successivement les modes fébriles que l’on a admis en pathologie, nous arriverons à connaître la position de chacun de ces appareils , nous jugerons si celte position réclame l’action des agents toniques.

Fièvre injlammaloire.

Langoe blanchâtre, humide.

Point d’appétit.

'digeshf. . ..^Soil'.

Constipation ou déjections alvines sèches et rares. /

/Battements du cœur forts, très prononcés.

Pouls plein, fort, dur, fréquent.

Pulsations développées des artères carotides et temporales.

Distension des veines.

/ Coloration de la peau, face animée.

\ Hémorrhagies par le nez, par l’utérus, par les hémorrhoïdes.

Sang tiré des veines épais, ayant peu de sérosité.

Gonflement de tout le corps.

Souvent la phlegmasic de quelque vis- \ cère se développe pendant son cours.

/Respiration fréquente, chaude.

I Sentiment d’oppression.

I Quelquefois le poumon se prend ; il y I ^ a péripneumonie.

( Céphalalgie obtuse et gravative.

\ Yeux brillants, visions de corps rouges, 1. enflammés; éblouissements, conjouc-

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