CONTUSIONS ET PLAIES CONTÜSES
influence indiifinissablc, on voit le foyer sanguin s’enflammer et suppurer. Ces phlegmons hématiques s’accompagnent le plus souvent d’une réaction inflammatoire très vive, le pus est mélangé de sang, et la mtaladie ne suit point la marche d’un phlegmon simple. Il s’agit là d’une affection grave, et, quand l’épanchement est très considérable, sa transformation en phlegmon est assez souvent suivie de la mort du malade.
Si cette transformation phlegmoneuse est le résultat immédiat de la eonllision, elle survient alors peu de jours après l’action traumatique; d’autres fois l’inflammation n’apparaît qu’à la chule de l’eschare; enfin le phlegmon sanguin peut se montrer à toutes les périodes de la lésion, lorsqu’il est le résultat de quelque imprudence du malade.
Il est en général facile de reconnaître un épanchement sanguin, du moins quand il est récent. Son apparition rapide après la contusion suffira pour le faire distinguer des collections purulentes. Mais lorsque la tumeur date déjà de plusieurs jours et que les commémoratifs de l’accident ne sont pas très précis, on pcul douter.
Il est une certaine disposition des bosses sanguines qui a pu les faire confondre par des médecins peu attentifs avec un enfoncement des os. Au crâne, la bosse sanguine, avec son centre mou, entouré d’un cercle dur formé par du sang infiltré, a pu être prise, en appliquant légèrement le doigt sur le centre 11 uc tuant de la tumeur, pour une dépression de la voûte crânienne. Mais si l’on déprime cette bosse sanguine d’une façon continue, on ne tarde pas à sentir la résistance osseuse du crâne. Les dépôts sanguins font entendre assez souvent, lorsqu’on les presse, une crépitation qui ne peut s’expliquer que par l’écrasement des parties fibrineuses du sang. Cette crépitation n’a point la rudesse de celle des fractures ni la finesse de celle qu’on observe dans les kystes séreux dits hydatiques. Elle pi'ésente un fait remarquable, c’est qu’elle ne peut se renouveler plusieurs fois de suite dans le même lieu. Dès qu’on a écrasé ces caillots, la crépitation cesse, et pour qu’elle se reproduise, il faut qu’il se forme de nouveaux caillots.
Quand, le malade a oublié ou caché l’origine de la maladie, le diagnostic acquiert parfois une grande obscurité. Ainsi, on a pu prendre pour une exostose certains épanchements voisins des os; pour un lipome ou une tumeur fibreuse, etc., d’autres dépôts sanguins situés dans l’épaisseur des masses charnues.
On est quelquefois mis sur la voie du diagnostic par l’existence d’une ecchymose superficielle. Un porteur d’eau, qui fut traité par Velpeau, avait reçu, sans vouloir l’avouer, un coup de pied dans la fesse, et il portait dans cette région une masse mobile, dure, peu douloureuse, qu’on aurait pu prendre pour une tumeur d’une autre nature, si l’on n’avait pas été mis sur la voie du diagnostic par l’existence d’une très légère ecchymose qui recouvrait la bosse sanguine sous-jacente.
Les épanchements sanguins sont d’autant moins graves que la quantité de sang épanché est moins considérable, que la peau est
I>KN liKSlONS TK.VlIMATtOI KS.
moins altérc'c cl que les chances d’une inllammalion sont plus peliles.
Epandimenls traumatiques de sérosité. — Dans qucdques cas, au lieu de sang, c’est de la sdrosilc qui sc répand dans le tissu cellulaire, s’y accumule et forme des cpanchemenls d’un volume souvent assez considérable. Lamolte, Pellclan, J. Gloqucl elVelpca\i ont rapporté chacun des faits isolés do ce genre; mais c’est Morel-Lavallée qui, dans un mémoire inséré dans les Archives de médecine, a étudié avec le plus de soin celle singulière lésion. C’est donc à cct intéressant travail que nous emprunterons ce que nous avons à dire de cet accident.
Ces épanchements traumatiques de sérosité se produisent surtout quand, sous l’influence d’une contusion violente, la peau se décolle dans une assez grande étendue des tissus sous-cutanés. La pression brusque d’une roue de voilure qui surprend obliquement les parties et tourne un peu autour d’elles, est la cause la plus puissante de ces décollements traumatiques. Aussi sur onze cas Morel a-t-il noté huit fois, comme cause de cet accident, la pression d’une roue de voilure. Si l’on cherche maintenant à se rendre compte du mécanisme intime de cette lésion, on peut assez bien l’expliquer par la rupture des vaisseaux les plus lins, dont les extrémités froissées ne laissent échapper que la partie la plus séreuse du sang. C’est comme le suintement séreux d’une plaie qui ne saigne plus.
Le siège de ces épanebements traumatiques de sérosité est en général dans le tissu cellulaire sous-cutané, bien plus rarement dans le tissu cellulaire intcrmusculaire. Le plus souvent le liquide contenu dans ces épanchements est légèrement cilrin et d’une grande limpidité; quelquefois il est rougeâtre. Si on laisse déposer le sérum , alors môme qu’il paraît limpide, on voit sc former un dépôt grenu, floconneux et un peu rougeâtre; l’analyse microscopique n’y révèle que des globules rouges du sang déformés, des globules blancs, des globules de graisse. L’examen de la poche qui renferme ce sérum n’a pu jusqu’alors être fait que d’une manière incomplète. On sait toutefois que c’est une cavité creusée au sein du tissu cellulaire par la rupture de lames organiques. Plus tard, une fausse membrane sc développe et enkyste l’épanchement.
Quelques faits semblent établir que .sous l’influence de con-tusions violentes, de la sérosité peut aussi s’épancher dans des cavités séreuses.
Il n’existe point de signes différentiels bien tranchés entre les épanchements sanguins et les épanchements de sérosité. Ces derniers se montrent en général assez promptement après l’accident sous la forme d’une tumeur globuleuse, mais plus souvent encore ces collections restent vagues et aplaties. Cette dernière disposition paraît due à ce que la séro.silé se répand dans une cavité déjà toute préparée à l’avance par la violence extérieure, et ne la remplit pas complètement. Cette réplétion incomplète d’une vaste poche lui donne un certain degré de mollesse, et fait qu’elle flotte et tremble à l’œil lorsqu’on imprime quelques mouvements à la partie. Pour obtenir alors une fluctuation évidente, il faut par pression rassembler le liquide en un seul point. Enfin, dans ces déplacements de