CHAPITRE PREMIER
DE l’inflammation ET DE SES CONSÉQUENCES.
AllTTCLE PUExMIER.
DE l’inflammation EN GÉNÉRAL.
L’iiillanmiation, qui joue dans la paUiologie un rôle si impoiTaiil, a été diHéreniment comprise et définie. Tantôt on a voulu, en la définissaid, exprimer une opinion sur son essence ; tantôt on s’est borné à retracer l’ensemble des signes matériels à l’aide desquels on est habitué à la reconnaître sur le vivant. Nous avons eu par le premier système tout un oi’drc de définitions établies sur la nature supposée de l’inflammation ou sur les modifications qu’éprouve l’appareil vasculaire dans les parties enflammées. Cette dernière façon d’expliquer les choses a été peut-être la conséquence des remarquables travaux entrepris pour pénétrer par le microscope et la chimie dans les phénomènes intimes des phlegmasies. C’est en tenant compte des résultats fournis par l’obserx'ation micrographique qu’on a pu dire : l'intlammation est une augmentation de l’action des vaisseaux, avec accélération du courant circulatoire dans la partie malade; ou bien, la diminution de l’action des vaisseaux, avec retard ou stase du courant sanguin dans le lieu affecté; ou bien, enfin, une gêne circulatoire, avec exsudation d’un liquide non nutritif ou d’un suc nutritif très modifié, qui n’est pas organisablc au delà du tissu fibroïde.
Mais toutes ces définitions ne représentent qu’une des phases du processus inflammatoire, et elles ont le tort de systématiser, à l’aide d’un fait unique, l’ensemble du phénomène. Jusqu’à ce (jiie les recherches 1. 1
PE l’inkla.mmation et de ses EONSÉQL'ENEES.
expDi'iiiientales culi’cprises réceinment sur rinlliimmatioii aianl dit leur dernier mol, il faut rejeter toute définition qui tend à exprimer seulement la nature essentielle des phlej^masies; on fera inieux (comprendre cet étal morbide en énumérant seulement ses principaux caracctèrcs.
LMnllammation , dirons-nous, est l’état d’une partie rouge, chaude, tuniéliée, douloureuse et devenue le siège d’un travail particulier d’exsudation. C’est à l’ensemble de ces caractères qu’il est possible, tout en tenant compte des modifications apportées par la diversité des tissus, de reconnaître dans une partie le développement du travail pblegmasique.
L’élévation de la température dans une partie enflammée fixa d’abord l’attention des observateurs, et c’est ce pbénomène qu’on a voulu anciennement exprimer par les mots plilegmasia fde iphyw, je brûle), phlogosi» (de flamme), inflammatio ; plus tard on réunit autour de ce fait inqAortant les caractères les plus généraux de rinllamination, et Celse, écrivant il y a près de deux mille ans : Notœ vero inflammationis sunt quatuor, rubur et tumor cum calore et chlore, nous donna de cet état morbide une définition à laquelle il faut ajouter peu de chose pour la rendre l’expression encore aujourd’hui la plus complète des phénomènes inflammatoires.
Historique. — Il a été publié sur l’inflammation un nombre immense de travaux, et il ne peut nous venir en l’esprit de les mentionner tous clans cet article. Nousr voulons seulement donner ici un très court index bibliographique des livres ou des mémoires qui se recommandent, soit par le nom de leurs auteurs, soit par l’originalité des recherches qui s’y trouvent consignées, et, sans remonter plus loin que la fin du siècle dernier, nous citerons ;
IlUNTER, Trailé du sang el de l’injlammalion, traduction Richelot , OEuvres complètes, t. III. — Wilson Philips, A Trealise on Febrile Diseuses, etc., in-8, 1801, vol. III, Introd., p. 1-103. — An Experimental Inquinj into tlie Laios of the Vital Functions. London, 1818. — Broussais, Histoire des phlegmasies chroniques, et passim dans ses œuvres. — Thomson (John), Traité médico-chirurgical de l'inflammation, trad. Jourdan. Paris, 1817. — Gendrin, Histoire anatomique de l'inflammation, 1826. — Kaltenbrunner, Expérimenta circa statum sanguinis el vasorum in inflammatione. Munich, 1 826 (analysé dans Répertoire général d’anatomie et de physiologie, t. IV, p. 201). — KoCH, Ueber die Entzündung nach mikroskopischen Versuchen, in Meckel's Archiv, 1 832 (analysé dans Archives de médecine, 1833, t. lit, p. 608). — H. Bennett, On Inflammation as a Process of Anormal iVuIriOon. Edioburgh, 1844. — Lebert, Physiologie pathologique, 1843, t. I. — E. BrüCKE, Demerkungen ilber die Mechanik des EntzUndungs-Processes [Observations sur le mécanisme du processus inflammatoire] [Silziingsb. der math, naturh. Cl. der K, Acad, zu IlVen, juli 1849). — Broca, De la propagation de l'inflammation, thèse 'inauguride, 1 849. — Paget, Lectures on Inflammation. London, 1 830. — Wharton Jones, On the State of the Blood and the Blood-Vessels in Inflammation {Guy’s Hospital Reports, 1850, vol. VU, part. I", el Londoti Médico-Chirurgical 2'ransactions, \8lj3; traduit dans Archives générales de médecine, juillet 1 834). — H. Werer, Expérimenté ilber die Stase an der Froschschwimmhaut [Milliers Archiv, 1832, et analysé dans Archives de médecine, juillet 1 833). — Virchow, Ueber parenchymatose /i’nlsM/iduiii; [Sur rinllamma-
J)K L’iNFLA.MAlATlON EN GÉNÉUAL.
lion jiaroncliymalcuse] [Archiv für pathol. Analom., 1852, et Spcc. Palholoij. and Thérapie, I 854, vol. I. — BuCHllElM, Ueber die Bedeutung des Diffusions-Vermôyens filr die enlzündungserregende Wirkung einiger Sloffe [Sur la signification du pouvoir difl’usant de quelques substances pour exciter l’inflammation] [Archiv für phijsiol. Ueilkunde, 1855).
Anatomie et Physiologie tatiiologiques de l’inflammation. — Tous les tissus ne sont point propres au développement du travail phlegmasique ; ainsi les cartilages, les poils, ne peuvent pas s’enflammer, et sous le nom d’inflammation de l’épithélium, Ivuss (1) comprend sans doute une phlegmasie pseudo-membraneuse tout à fait étrangère à cet élément anatomique.
L’inflammation ne se manifeste que dans les tissus vasculaires. Là oii il n’existe point de vaisseaux, on voit sans doute des troubles graves dans la nutrition des parties qui changent tle couleur, de forme, de consistance, mais ces lésions doivent être nettement séparées des lésions inflammatoires. Nous développerons plus loin cette doctrine en étudiant les maladies des cartilages.
Tous les tissus vasculaires n’ont point une égale aptitude à l’inflammation, et l’on a pu, à ce point de vue, les diviser en plusieurs catégories. Loyer place en tête des tissus inflammables le tissu cellulaire et la peau; viennent ensuite les séreuses; puis, en troisième lieu, les muqueuses ; enfin les muscles, les vaisseaux, les nerfs, les tendons, les ligaments, les cartilages et même les os. La place occupée dans cette classification parles os démontre que là, comme dans mille autres passages de son livre. Loyer s’est laissé guider par le raisonnement seul. Sans vouloir tracer ici des délimitations absolues, on se rapproche davantage de la vérité en classant les tissus inflammables de la façon suivante : 1» les muqueuses et la peau; 2“ le tissu cellulaire, les séreuses, les poumons; 3" les os et le périoste; à” quelques viscères, reins, foie, cerveau, rate ; 5° les muscles et les nerfs.
Mais quel que soit le tissu enflammé, c’est dans le système vasculaire que se manifestent les premiers troubles, et pour apprécier ces conditions pathologiques, on a dù avoir recours au microscope et à l’analyse chimique.
A. Phénomènes microscopiques de T inflammation. — L’application du microscope à l’étude de l’inflammation a révélé tout un ordre de phénomènes qui se passent dans les vaisseaux capillaires, et qui ont longtemps échappé à l’œil dépourvu d’instruments grossissants. Certes on ne pénètre point ainsi la cause 'première de l’inflammation, mais on se rend assez bien compte des conditions anatomiques de cet état morbide. Il résulte de toutes ces recherches que les premières modifications physiques des tissus dans l’inflammation ont pour siège exclusif le système capillaire, et non le tissu cellulaire, comme on l’a longtemps professé.
Les premières expériences importantes sur la physiologie jiathologique de 1 inflammation appartiennent a Wilson Philips. 11 a constaté sur des animaux de dittérentes classes que les capillaires d’une partie enflammée sont
(l) De la vascularité el de l'inllamination , 18 4G.
DE L INFLAJIMATIÜN ET DE SES GONSEQUENOES.
dans un état de dilatation, qu’alors la circulation s’y ralentit, que cette stase sanguine peut s'étendre aux capillaires voisins, et qu’enfin un travail inverse se manifeste souvent et ramène la circulation dans ses conditions normales. Thomson, Gruithuisen, Ch. Ilastings, Kaltenbrunner, Koch, et dans ces derniers temps Paget, Brücke, Wharton .lones et Virchow, ont repris et complété les premières expériences de Wilson Philips. Nous avons aussi examiné plus d'une fois cette importante question micrographique, et c’est d'après l'ensemble de ces observations que nous décrirons ce qui se passe ici.
C'est sur la patte ou la langue d'une grenouille, c'est aussi sur l'aile transparente d'une chauve-souris qu'on peut le plus facilement répéter ces curieuses expériences. On fixe solidement l'animal sur une planchette, et l'on dispose sous le champ du microscope la partie transparente à examiner. S'agit-il de la langue d'une grenouille, on entoure l’animal d’une bande de linge et on l’étend sur une lame mince de liège percée d’un trou au niveau de sa bouche; on renverse ensuite cette langue sur l’ouverture faite au liège, et en écartant cet organe à l'aide de quelques épingles fines, on le rend très transparent. On dispose alors la partie au foyer d’un microscope à un grossissement, d'une centaine de fois, et il devient facile de projeter sur cette langue étendue quelque liquide irritant ou de la piquer en un point bien distinct avec une aiguille rougie au feu. On étudie alors les changements qui se produisent dans la circulation capillaire autour de la piqûre, centre d’une légère inllammation traumatique.
Dès qu’un instrument piquant est porté sur la partie soumise à l’observation, on remarque tout de suite une grande accélération du courant sanguin ; le sang se précipite vers le point irrité, „ mais bientôt surviennent d'au- fl très phénomènes.
Les recherches récentes de|l Brücke, de ^^■arthon Jones et| de Paget établissent qu’au dé-' but de l’inilammation, il sejj produit un resserrement toni-iîi que des petites artères qui amènent le sang dans la partie lésée. Cette contraction peulj atteindre le quart et même hO j , r^, . , I ■ , , ■ , 1 , , moitié du calibre de l’artère. | i
KiG. i. — Elut de la circulalion dans un point de la membrane , , . 1 ]
digilalo tl’uno grenouille, sur lequel on a versé une goulle Paget a COUStaté SUl’ 1 ailc de liil '
d'un liquide imiant. . chauve-souris que ta contrac-f i
tion des veines était aussi manifeste que celle des artères, et pouvait, damfl j les deux cas, aller jusqu'à l’occlusion. Sous l’inilucnce de cette diminu é i tion dans le calibre de l'artère, la circulation, d’abord rapide, se ralentit. > ■
DE l’inflammation EN OÉNÉHAL.
Ce resseiTement des artérioles n’est pas très régulier ; car en certains endroits on trouve successivement une contraction et une dilatation ampullaire(tig. 1, A), et, si l’on continue à observer attentivement le phénomène, on voit, après quelques minutes, ces vaisseaux s’ouvrir et se dilater graduellement. Les capillaires se remplissent alors de globules et augmentent de volume, souvent du quart au tiers. Cette distension des vaisseaux est inégale; au niveau de certains points, le capillaire garde son calibre normal, tandis que plus loin il est sphéroïde, ovoïde ou tortueux (tig. 1, A). Lorsque cette dilatation est obtenue, ces vaisseaux ne se contractent plus sous l’inlluence du même stimulus, et, pour que la contraction ait lieu, il faut un stimulus plus énergique.
Cette première phase du travail phlegmasique représente la congestion. On peut en prendre quelques exemples dans des phénomènes physiologiques ou dans certaines inllammations artificielles. La prétendue montée du lait chez les nourrices et la rougeur de la sinapisation représentent bien ce premier degré de l’inllammation. C’est presque un état intermédiaire entre la santé et la maladie.
Si la contraction artérielle persiste quelque temps, d’autres phénomènes se produisent dans le système capillaire. Alors se manifeste une sorte d’incertitude dans la marche du courant sanguin; quelques globules isolés s’attachent d’abord aux parois des vaisseaux, puis la colonne sanguine oscille et s’arrête momentanément, enfin survient une stase conqilète des globules. C’est là une phase très importante du processus inilammatoire.
Les globules sanguins, accumulés dans les radicules veineuses et dans les artérioles, distendent ces vaisseaux. \ cette dilatation générale se joignent aussi des flexuosités et de véritables anévrysmes. Ces petites dilatations anévrysmales ont été d’abord signalées par Këlliker et Masse (1) dans les vaisseaux du ramollissement inilammatoire rouge du cerveau, et plus lard dans les jiblegmasies artificiellement produites dans le cerveau des lapins et des pigeons. Elles sont évidemment dues à une diminution de consistance des parois vasculaires, qui, ne résistant plus à l’etforl du sang, se laissent distendre. Virchow a aussi bien montré (2) que toute inllammation qui dure un certain temps peut causer des dilatations vasculaires dans les parties malades.
Paget, toutefois, ne regarde point ces altérations comme exclusivement liées à l’inflammation, et, avec Quekett, il n’est point éloigné d’admettre que ces boursouflures anévrysmales peuvent être dues à des efforts pour la production de nouveaux vaisseaux; il pense que cette dilatation a surtout son siège dans les petites artères, et noa dans les capillaires de la partie enllammée.
La distension des vaisseaux par le sang peut amener quelque rupture dans les capillaires, et l’on voit alors les globules sanguins se répandre
(1) Zeitschrift fur ralionn. Med., vol. I, p. 262.
(2) Archiv für Pathol., vol. III.
PE t/tNEEAAIMATION et de ses EONSÉQUENfiES,
dans le tissu cellulaire du voisinage (fig. B).' On reconnaît à de petites plaques rouges ces hémorrhagies dans les tissus enflammés. Mais on ne doit pas ignorer que cette rougeur est aussi due souvent à la filtration de la matière colorante des globules à travers les parois des vaisseaux dans les tissus adjacents.
Ces données micrographiques peuvent être facilement rattachées aux caractères généraux de l’inflammation. Ainsi la rougeur et le gonflement des parties prouvent la distension des vaisseaux par le sang ; la lividité caractérise la stagnation du liquide circulatoire ; enfin^ les battements artériels dans la partie enflammée et autour d’elle sont des signes de Belfort que fait le sang pour se frayer un passage.
Nous venons d’indiquer rapidement les principales modifications qui se produisent dans le système circulatoire au début des inflammations : le courant sanguin devient d’abord très rapide^ puis se ralentit^ oscille, et enfin s’arrête. Ce dernier terme du phénomène, c’est la stase du sang. Le sang qui stagne, ou dont la course est très ralentie, ne paraît point apte à se coaguler. Or, tant qu’il est fluide, quoique stagnant, il peut s’écouler des vaisseaux aussitôt qu’on lui ouvre une voie. Paget cite, à cet égard, une expérience curieuse de Lawrence sur un malade qui souffrait d’un phlegmon de la main. Ce chirurgien fit aux deux bras, et dans des points correspondants, une ouverture à une veine ; du côté malade, il s’écoula pendant le même temps trois fois plus de sang que du bras sain. La différence représentait la somme de la congestion sanguine.
Dans les accumulations des globules sanguins au sein des capillaires dilatés, quelques expérimentateurs ont cru reconnaître une augmentation proportionnelle et locale des globules blancs. Ce fait, affirmé par Wbarton Jones, est loin d’être démontré. Paget a d’ailleurs constaté que ces globules sont très abondants chez les jeunes grenouilles qui ont servi aux expériences de son compatriote. Rien de semblable ne se voit dans le sang des animaux à sang chaud, et dans le sang enflammé de l’iiomme il n’existe pas une augmentation proportionnelle des globules blancs. Quand ces globules abondent dans une partie enflammée, c’est qu’ils sont partout très nombreux.
Wbarton Jones a décrit le premier un mode particulier d’agrégation des globules rouges dans les parties enflammées. Ces globules se disposeraient, selon lui, en longues traînées adhérentes. Cette disposition, que n’ont point retrouvée plusieurs autres observateurs, et Paget entre | autres, se verrait aussi dans le sang des femmes enceintes et des chevaux. C’est moins une agrégation analogue qu’une diffusion de la matière colorante qui se produit. Mais il faut nous arrêter là, car nous touchons à des déductions hypothétiques, et nous arrivons aux exsudations inflammaloires (|ui nous occuperont plus loin.
Si l’on continue sur un animal en expérience l’examen micrograpbi([ue, on voit assez souvent disparaître tes premiers phénomènes de l’inflammation, et tout revient à l’état normal. Lorsque la eontraetion artérielle a
DE L’iNFI.AMAfATION EN OÉNÉUAL.
cessé, l’artère dilatée reçoit un jet sanguin plus considérable, et, l’impulsion cardiaque aidant, les agrégats de globules se dissocient. Quand la stase sanguine est complète, c’est par des oscillations légères que s’annoncent les phénomènes rétrogrades, puis peu à peu ces oscillations deviennent plus étendues, et enfin la circulation se rétablit; mais si la phlegmasie a été très intense, si la contraction artérielle a duré longtemps, la stase sanguine persiste, et un certain nombre de capillaires restent oblitérés.
Les globules sanguins, accumulés dans les vaisseaux, se séparent d’abord à la périphérie, où ils sont le moins pressés; le même travail se continue jusqu’au centre, et la circulation finit par se rétablir dans les artérioles, dans les veinules, et enfin dans les capillaires.
Ce rétablissement du courant circulatoire marque la résolution de la plîlegmasie. Cependant les phénomènes que nous venons de décrire ne se manifestent pas sans qu’il se fasse en dehors des vaisseaux une exsudation plus ou moins forte dont nous étudierons avec soin le caractère dans l’article qui va suivre.
Les autres terminaisons de l’inflammation, l’induration, la suppuration, la gangrène, etc., etc., sont aussi marquées par des phénomènes qui se passent, soit dans le système vasculaire, soit dans les éléments normaux des tissus, et nous les ferons connaître ultérieurement.
B. Phénomènes chimiques. — Les altérations du sang dans l’inflammation ont été depuis longtemps étudiées avec soin. Déjà Hunter avait indiqué les changements généraux que le sang subit alors; mais c’est à Andral et Gavarret (1), Becquerel et Kodier (2), Lehmann (3), qu’on doit des recherches faites avec toute l’exactitude de la chimie moderne. Nous suivrons leurs travaux dans l’exposition de ces phénomènes, mais les laits que nous allons rappeler ne préjugent rien sur la question de savoir si CCS altérations sont des principes ou des résultats. Toutefois Paget fait remarquer que, pour les inflammations traumatiques au moins, il serait bien difticile de nier que ces altérations du sang sont des résultats, et les vues du savant professeur anglais trouvent leur confirmation dans des expériences de Zimmermann (à), qui a vu augmenter la fibrine et diminuer les globules dans le sang de chiens qu’il avait soumis à des irritations chimiques des téguments.
Le premier phénomène qui se montre dans le sang extrait d’un individu atteint d’une plîlegmasie, c’est la formation, à la surface du caillot, d’une couche d’un blanc grisâtre ou jaunâtre de hauteur variable, et à laquelle on a donné le nom de couenne inflammatoire. Cette couche est assez consistante, et en cela bien différente d’une autre couche crémeuse qu’on observe parfois au-dessus du caillot, chez les individus saignés quelques
(1) liecherclies sur le sang, 1841 .
(2) liecherches sur les allér allons du sang, 1844.
(3) Lehrbuch d. pliys. Cliemie, 1833.
(4) Arch. fiirphysiol. Heilkunde, 1848, p. 147.
DE T/lNFLAMMATIOIt ET DE SES CONSÉQUENCES.
lieiil’os après lo repas. D’innombrables liypotlièses sur l’essence et la signification de la couenne inflammatoire ont été émises par les auteurs anciens et modernes. Nous les passerons sous silence en renvoyant ceux d(* nos lecteurs qui voudraient en prendre connaissance à la thèse de Van der Kolk (1).
La surface de la couenne inflammatoire est tantôt plane, tantôt rétractée vers son centre. Sa consistance varie depuis la mollesse d’une gelée jusqu’à la dureté du cuir. Cette couenne est transparente, et sa teinte, jaunâtre lorsqu’on l’examine en masse, disparaît lorsqu’on n’en regarde que des fragments très minces. Elle ne succède pas à la coagulation, mais se forme en même temps que le caillot.
L’analyse chimique du sang enflammé a fait voir que l’altération la plus notable de ce liquide consistait en une augmentation dans la quantité de fibrine. Andral et Gavarret ont établi, par leurs savantes recherches, que le chiffre normal de la fibrine était de 3 millièmes, et depuis lors ce chiffre n’a guère été contesté. Or, dans les phlegmasies, la quantité de fibrine peut s’élever jusqu’à 5, 6, 8, tü millièmes (Andral et Gavarret). Le chiffre 10 a été trouvé dans le rhumatisme articulaire aigu et la pneumonie ; dans des maladies chirurgicales, comme l’amygdalite aiguë, l’érysipèle, l’adénite suppurée, le rapport de la fibrine, toujours élevé, atteint en moyenne le chiffre 5. Dans aucun de ces cas, la fibrine ne descend au-dessous de h.
Mais, pour que cette augmentation de la fibrine se manifeste, il faut à l’inflammation deux conditions, qu’elle soit aiguë et fébrile. La fibrine cesse d’être en excès si l’inflammation a été primitivement chronique, et si la fièvre a cessé d’exister ou disparu. L’élévation du chiffre de la fibrine est aussi proportionnelle à l’acuité de l’inflammation et de l’état fébrile.
Quant aux globules , ils ne subissent aucune augmentation par l’état pblegmasique; si même la maladie se prolonge, ils offrent, comme loi constante, de décroître avec la durée de l’inflammation. La diète et les saignées suffisent seules à amener cette diminution des globules.
Becquerel et Rodier, après avoir confirmé ces premiers résultats, ont établi que la cholestérine augmente et que l’albumine diminue pendant les phlegmasies.
A quel élément chimique du sang appartient la couenne inflammatoire? On la considère généralement comme formée par de la fibrine. Toutefois Bouchardat (2) a avancé que la couenne' renferme une certaine portion d’albumine soluble, du sérum, de la fibrine, et une matière qui, sous l'inlluence de l’eau bouillante, se convertit en gélatine.
Jl ne faut pas croire que la formation [de la couenne soit spéciale au sang de l’inflammation. Andral a fait remarquer que le sang si peu riche des chlorotiques produit de la couenne. Le sang est souvent coucnneux
(1) Dissertalio pliysiologico-medicainaugiiralis sistens sanguinis coagulanlis historiavi ('■roningue, 1820.
(2) Du sang et des diverses altérations qu'il éprouve dans les ma/arfirs.' Thèse, 18.SS.
DE l’INFEA.M.MATIUN EN GÉNÉUAL.
aussi chez les femmes {grosses. De toutes les cxplieatious domiécs pour expliquer la Ibrmatiou de la coueuue, la plus probable parait être Taugmentatioii absolue ou relative de la fd)rine dans le sang.
Certaines circonstances, étrangères à rinflammation, peuvent donner au sang une apparence couenneuse : l’agitation du liquide après la saignée, la forme du vase qui le reçoit au moment de l’émission, la température, etc., peuvent, en hâtant ou en ralentissant Ig précipitation des globules, influer sur l’apparition de la couenne. Toutes ces conditions ont été bien étudiées dans le remarquable article que le professeur Dérard (1) a publié sur le sang, dans son Coio's de physiologie, et nous ne saurions mieux faire que d’y renvoyer nos lecteurs.
Après avoir étudié le système vasculaire dans l’inflammation, on a recherché l’influence du système nerveux sur ce phénomène morbide, mais les expériences n’ont point encore donné de résultats satisfaisants. Toutefois on doit penser que les deux systèmes nerveux n’ont point dans ce cas la même influence, et qu’une plus forte part d’action doit être attribuée au grand sympathique, .\insi les recherches si intéressantes de Cl. Bernard (2) prouvent que la section de la portion cervicale du grand sympathique amène dans le coté de la face correspondant à la section une activité beaucoup plus grande de la circulation, et partant une augmentation considérable de la caloricité dans ces parties. Cette congestion qui suit la section du grand sympathique ne se retrouve plus après la section des nerfs des membres. Des expériences ont été entreprises par divers observateurs, et en particulier par Wharton Jones et Lebert, dans le but de vérifier alors l’influence du système nerveux. Ce dernier a même suivi un procédé qui supprime complètement, dans la cuisse des grenouilles, l’influx nerveux cérébro-spinal et du grand sympathique, et il s’est plusieurs fois assuré, par des expériences comparatives, que dans ces membres privés de toute innervation, on ne constate aucune dittérence dans la circulation. Il ressort aussi des expériences de Lebert (3) un fait curieux que nous mentionnons ici en passant : c’est que dans les plaies les filaments nerveux les plus ténus sont entourés de capillaires dilatés qui, par leur volume, doivent exercer sur les parties une conqjression plus ou moins douloureuse.
Symptom.atologie. — L’inflammation, quel que soit le tissu qu’elle envahisse, se révèle par un certain nombre de caractères qu’il importe d’examiner maintenant isolément. On les a divisés, pour la facilité de l’élude, en symptômes locaux, symptômes de voisinage, symptômes généraux.
A. Symptômes locaux. — Sous ce titre, ou comprend des lésions anatomiques, des troubles physiologiques et des altérations fonctionnelles de 1 organe enflammé. C’est dans l’examen de ces symptômes locaux que flous trouvons a étudier les quatre caractères les plus apparents de l’iu-
(1) Cours de physiologie, t. Ht, passitn.
(2) Mémoires delà Société de hioloqie, t. IV, p. 1G8.
(3) Ibid., p. ü7.
10 PE l/lNFLAMMATION ET PE SES CONSÉQUENCES.
(lanimation ; la rougeur, la chaleur, V augmentai ion de volume et la douleur.
\° La rougeur est l’un des meilleurs caractères de l’inflammation; mais elle s’éteint souvent avec la vie. Son intensité varie à l’infini, du rose léger au rouge violacé. Dans la forme aiguë des inflammations, c’est une couleur d’un rouge franc ; mais dans les phlegmasies chroniques, la coloration change souvent et revêt une teinte grise ou brunâtre.
La rougeur inflammatoire est quelquefois diffuse, comme dans l’érythème, quelquefois nettement limitée, comme dans l’érysipèle. L’injection vasculaire, qui rougit les tissus, reproduit assez souvent des dispositions anatomiques normales ; de là des rougeurs en réseau, en étoile, etc. Dans l’angioleucite, la forme de la rougeur est caractéristique, car elle rappelle nettement la direction des vaisseaux lymphatiques.
Dans les inflammations de courte durée, la coloration normale des tissus reparaît lorsque la rougeur s’efface; mais les phlegmasies chroniques laissent toujours après elles des teintes cuivrées, rougeâtres, que rien ne peut enlever. Ainsi, dans les phlegmasies anciennes de la peau, le derme s’infiltre d’une matière colorante, comme celle qu’on observe si souvent dans les syphilides.
2° Il y a dans les parties enflammées une certaine augmentation de la chaleur normale, mais cette augmentation paraît toujours plus grande au malade qu’au chirurgien, qui obseçve le thermomètre à la main. Le malade en effet accuse souvent une challur très vive, là où le thermomètre ne montre parfois qu’une élévation peu considérable de température. Ce fait ne peut étonner ceux qui savent qu’entre la peau ardente d’un fébricitant et la peau fraîche d’un sujet sain, le thermomètre n’indique qu’une différence de 3 ou à degrés seulement. Hunter avait déjà remarqué que, dans l’inflammation, la température ne dépasse point celle du sang. Andral et Gavarret ont confirmé cette doctrine en montrant que, dans les phlegmasies extérieures, la température des parties ne s’élève pas au-dessus de celle des parties intérieures dans leur état normal. Roger, dans son consciencieux travail sur la chaleur animale chez les enfants (1), a fait voir aussi que, dans les inflammations externes, comme l’érysipèle de la face ou la stomatite gangréneuse, le thermomètre, placé sur le point attécté, marque seulement un degré plus élevé que sur les régions voisines ou correspondantes du côté opposé. Mais cette chaleur locale n’excède point la température générale (prise au creux de l’aisselle), qui est simultanément exaltée.
La chaleur d’une partie enflammée se propage à travers les tissus voisins. Ainsi, dans les phlegmasies d’organes situés profondément, on perçoit à la surface de la peau une élévation notable do chaleur : cela explique comment des cataplasmes froids, placés sur un phlegmon un peu étendu, s’échaufl'ent facilement et ne peuvent ètr(‘ tolérés.
(1) Archives, 4*’ série, I. V, VI, Vll, VIII et IX.
nE l’inflammation en généual.
Le caractère de la chaleur inflammatoire est assez variable : elle est tantôt humide, tantôt sèche, tantôt à peine sensible, tantôt vive, âcre, mordicante.
Les parties enllammées peuvent, par cette élévation de température, résister plus facilement au froid. Tout le monde connaît l’expérience, si souvent citée, de Himter, qui vit l’oreille enflammée d’un lapin résister à l’action d’un froid qui, dans les conditions habituelles, aurait amené la congélation des parties.
3“ Les tissus enflammés éprouvent, sous l’influence de la congestion sanguine, une tuméfaction qui atteint quelquefois de grandes proportions : les glandes mammaires, par exemple, subissent dans l’inflammation un gonflement très marqué; il en est de même des muscles, qui, dans certaines plaies d’amputation, acquièrent parfois un volume considérable. Nous avons bien constaté cette curieuse altération dans les muscles assez volumineux que laisse après elle la désarticulation de l’épaule, et, dans le but de combattre les conséquences de ce fâcheux accident, nous avons toujours soin, dans cette opération, de ne point couper la peau au même niveau que les muscles.
La tuméfaction inflammatoire passe par trois phases successives : c’est d’abord une simple distension congestive, dont la cause est tout entière dans l’augmentation de la circulation capillaire; plus tard, un épanchement de sucs plastiques vient ajouter quelque chose au gonflement primitif ; enfin les parties augmentent de volume par l’organisation définitive des sucs épanchés en tissus normaux. C’est cette dernière condition qui s’observe quand les os se gonflent lentement à la suite d’une ostéite. Les tissus enflammés acquièrent de la consistance en s’infiltrant d’un suc qu’on a désigné sous le nom de lymphe plastique, mais, en même temps que leur consistance augmente, ils deviennent souvent plus friables. Ainsi le poumon hépatisé se déchire plus facilement que le poumon sain. C’est par une sorte d’ostéite partielle, avec ramollissement de Tos, qu’on peut aussi expliquer certaines fractures dites spontanées; mais à l’article Exsudation, nous reviendrons sur ce point, en parlant des produits sécrétés aux diverses phases de l’inflammation.
La douleur est encore un des principaux symptômes de rinllammation. Ce phénomène est du reste extrêmement variable, depuis le picotement le plus léger jusqu’aux horribles douleurs de certains phlegmons des membres. Il faut tenir compte ici de la texture de l’organe enflammé et de la nature de la phlegmasie, etc. .\insi, dans certains organes à texture dense, enveloppés de membranes fibreuses épaisses, la tuméfaction inflammatoire ne se produit qu’au prix de vives douleurs : le testicule est dans ce cas. Il ne faut pas oublier non plus que certains tissus ont des douleurs d’un caractère spécial : ainsi les os souflrent spontanément sans quoi! les touche, et l’action de la scie ou de la gouge n’augmente point notablement leurs douleurs.
La nature de l’inflammation paraît aussi influer sur le caractère de la
DE l/lNELAALMATION ET DE SES CONSÉQUENCES.
(loiilour. Dans Térysipèle, c/esl une douleur niordicante; dans le panaris et le phlegmon superficiel; une douleur aiguë, pulsative, tandis que dans le pldegmon profond ou des organes splanchniques, elle est le plus souvent gravative.
Un organe enflammé est presque toujours troublé dans ses fonctions, mais on ne peut qu’indiquer ici cet ordre de symptômes locaux; c’est dans la pathologie spéciale qu’on en saisira mieux toute l’importance. La fonction d’un organe enflammé éprouve d’ailleurs des troubles variables ; elle- peut être augmentée, diminuée, pervertie ou tout à fait abolie. Bornons-nous à rappeler ici quelques exemples. Dans le coryza, l’olfaction est diminuée ou éteinte; dans la rétinite, la vision est pervertie au point de donner au malade des sensations subjectives d’objets lumineux; enfin, dans l’otite, l’audition peut être tellement augmentée, que le plus petit bruit soit perçu par le malade.
B. Symptômes de voisinage. — On ferait une étude importante en les rassemblant tous, car ils peuvent donner lieu à des erreurs graves. Ainsi les uns se rattachent à des douleurs propagées au loin par une sorte d’action réflexe : telles sont certaines douleurs de l’épaule dans des phlegmasies pleurales qui atteignent les extrémités du nerf phrénique; telle est aussi cette sensation douloureuse à l’extrémité de la verge dans certaines cystites du col. Les autres semblent la conséquence de névrites par propagation : telles sont les douleurs péri-orbitaires de la conjonctivite, sous-orbitaires de la phlegmasie du sinus maxillaire, etc. C’est l’inflammation mère qui se propage Uuix nerfs voisins. Enfin quelques symptômes de voisinage ne relèvent plus de l’action nerveuse : c’est ce qu’on observe dans la propagation d’une jihlegmasie aux lymphatiques voisins. On retrouve dans ces symptômes de voisinage la douleur, la chaleur, la rougeur, un certain degré de tuméfaction, enfin des troublés fonctionnels.
C. Symptômes généraux. — Une inflammation peu intense se développe souvent sans entraîner après elle de l’éaction générale. 11 n’en est pas de môme pour certaines autres pblegmasies, dont la nature et l’étendue favorisent l’apparition de troubles généraux.
Dans quelques inflammations profondes ou très larges, la réaction inflammatoire reste en proportion de la phlegmasie; ailleurs, les symptômes généraux précèdent le développement de l’inflammation ; ainsi, avant l’apparition de certains érysipèles de la face, le malade se plaint d’un trouble qui diminue ou s’efface lorsque la phlegmasie éclate.
Ces symptômes, communs à beaucoup d’inflammations, consistent dans un malaise général, accompagné ])arfois d’un frisson suivi rapidement de moiteur; souvent le malade accuse de la faiblesse, une véritable oppression des forces. Quand l’inflammation s’est développée, le pouls s’élève, la chaleur devient très marquée, et nous avons tous les signes de ce (ju’on appelle la fièvre inflammatoire. Nous n’insisterons pas davantage sur les symptômes de cette fièvre qui est décrite avec soin dans les divers traités de pathologie interne.
DE l’INFLAAUIATION EN EÉNÉllAL.
Marche de l’inflamaiation. — L’une des conditions essentielles de l’inllainniation, c’est de se propager aux parties voisines, et dès 1807 Marandel avait bien indiqué que l’engorgement au voisinage d’un point enllamnié devait être considéré comme l’un des caractères les plus constants de l’inllammation. Mais toutes les phlegmasies n’ont point une égale tendance à se propager, et l’on pourrait, comme le fait James d’Exeter (1), les diviser, à ce point de vue, en deux grandes catégories.
On a dû rechercher en vertu de quelles conditions et par quel mécanisme certaines inllammations avaient une grande tendance à se transmettre de proche en proche aux parties voisines de celles qu’elles occupent déjà. Nous ignorerons sans doute longtemps encore pourquoi cette propagation a lieu; il ne reste donc qu’à étudier comment elle se fait.
Nous avons démontré plus haut que l’inllammation débutait par une série de phénomènes qui se passent dans les vaisseaux capillaires. Si l’on admet avec nous que l’inflammation est un phénomène toujours identique avec lui-même, il faudra bien en conclure, avec Broca, que l’intlammation doit se propager par ces mêmes capillaires. Notre savant ami a discuté, avec une grande netteté d’exposition, les raisons qui le portent à repousser la propagation de l’inllammation, soit par les lymphatiques, soit par le système nerveux (Bordeu et Wilson Philips), soit par le tissu cellulaire (Bichat). Après avoir démontré, contrairement à Bichat, que le tissu cellulaire ne peut propager l’inllammation, (pdil peut seulement en laisser transsuder les produits, il conclut avec raison que les capillaires seuls peuvent propager les i)hlegmasies. Plus les communications capillaires sont étendues, mieux se fait cette propagation de l’iiillammation. Si le tissu cellulaire a paru à Bichat servir à la transmission des inllammations secondaires, c’est qu’il est très riche en vaisseaux.
On ne saurait trop appeler l’attention des chirurgiens sur ces intlamnm tions par propagation; car pratiquement elles ont une grande importance. Dans un travail qui semble le complément de sa thèse, Broca (2) a montré un exemple saisissant de la propagation de l’intlammation à la plèvre après les plaies du sein. Les inflammations se propagent par des causes locales, mais sous l’iidluence de conditions générales qu’il ne nous est pas encore donné d’apprécier.
Quand nous étudierons les phlegmasies des divers tissus, nous chercherons à faire voir leur aptitude dill'érente à se i)ropager. Certains organes réunissent dans leur texture des conditions qui font obstacle à cette propagation; les os sont de ce nombre. Mais on ne saurait dire d’une fayon absolue avec Vidal, que « l’intlammation a peu de tendance à envahir les » parties voisines, quand elles sont formées de tissus différents de ceux » sur lesquels elle se développe primitivement (3). »
Les phénomènes locaux de rintlammation, la rougeur, la chaleur, n’ont
(1) J. 11. .lames, Observations on Di/ferent Species of Inllammation. London, 1821.
(2) Archives de médecine, avril 1850.
(3) Traité de pathologie externe, 2" édit., t. 1, |). 237.
DE f/iNFJ.AMMATION ET DE SES CONSÉQUENCES.
point un ordre régulier d’appaidtion. Dans certaines intlamniations de nature peu franche, comme quelques inllammations de la peau, la douleur précède les autres symptômes; bientôt elle est suivie de la rougeur. Dans les inflammations que Gerdy appelle inflammations par déclivité, la congestion sanguine paraît la première; puis la chaleur, la douleur et la tuméfaction se manifestent plus tardivement. Les symptômes fonctionnels suivent à peu près le développement des symptômes locaux.
On a cru reconnaître a certaines inflammations un caractère intermittent ; mais tous ces faits se rapportent moins à des phlegmasies franches qihà des attections nerveuses complexes. La plupart des observations que Mongellaz a citées dans son livre (1) établissent seulement que, sous Finfluence de causes inappréciables, il se produit dans certains organes, surtout dans ceux où le grand sympathique se distribue, des congestions sanguines tout à fait analogues à celles que Cl. Bernard produit par la section de ce nerf à la région du cou. Quoi quùl en soit des explications, on observe sur certains individus des congestions actives de la face, de la pituitaire, de l’intestin, etc., congestions qui reparaissent avec le type quotidien, tierce, quarte, et qui, dans l’intervalle des accès, laissent les malades parfaitement tranquilles.
La durée, eourte ou longue, des inflammations a permis de les distinguer en inflammations aiguës et inflammations chroniques; l’état intermédiaire est désigné sous le nom do subaigu. Après avoir duré quelques heures chez certains individus, quelques jours chez certains autres, l’inflammation disparaît, ou se termine par l’un des états que nous allons maintenant signaler.
On reconnaît à l’inflammation plusieurs terminaisons qu’on désigne sous les noms de délitescence, résolution, suppuration, gangrène, induration. Nous allons les mentionner brièvement ici, nous réservant de revenir sur quelques-unes d’entre elles avec de plus grands développements.
l” On appelle délitescence la disparition brusque de l’inflammation. Tantôt cette disparition n’est suivie d’aucun phénomène morbide ; tantôt survient dans une autre région du corps une phlegmasie nouvelle : c’est alors la délitescence suivie de métastase. Mais, sous ce dernier nom, les auteurs ont évidemment confondu des faits différents. Ainsi l’épididymite blennorrbagique ne doit point être prise, comme on l’a fait, pour une inflammation par métastase ; c’est une propagation de l’inflammation. Il nous ifaut également ranger dans les inflammations propagées la méningite qui survient à la suite des érysipèles du cuir chevelu. Toutefois, dans quelques cas, on doit reconnaître qu’il n’existe aucune continuité apparente entre l’inflammation par métastase et celle qui existait primitivement : tel est le cas dans l’orchite que l’on observe à la suite des oreillons.
*2" La z'éso/wùoft est la disparition graduelle et rétrograde de l’inflamma-
(1) Essai sur les irrilalions inlcrmiUentes, 1821, passini.
DK l’INKL.UIMATION EN (iÉNÉUAL.
fioii, en passant successivenient par des états intcrinédiaires, jusqu’au retour des parties à l’état normal. La l’ésolution de rinllannnation se juye souvent par des sueurs ahondantes, par des urines fétides ou fortement charj,'ées d’acide urique, par une diarrhée, et c’est ce que l’on désigne sous le nom de a'ises.
3“ La suppuration et la gangrène sont deux terminaisons de l’inllammation qui doivent nous occuper dans des chapitres spéciaux.
h° Vinduration est, dans certains organes, la terminaison habituelle de l’intlammation. L’épididyme est très souvent le siège de ces indurations (rorigine.intlammatoire. On désigne quelquefois cet état par le nom erroné d’inflammation chronique, quoique l’induration soit due seulement à la persistance des produits plastiques sécrétés par l’inflammation aiguë, et (|ue la chaleur, la rougeur et la douleur aient tout à fait disparu de l’organe malade. Mais la consistance des tissus s’accroît, et ce résultat provient du développement d’éléments anatomiciues, cellules ou fibres, dans les li(iuides exsudés au milieu des éléments normaux.
11 y a encore deux conséquences de l’inflammation dont il faut tenir compte. Quelquefois la phlegmasie imprime une grande activité au développement de l’organe sur lequel elle siège , et V hyper t7'ophie succède à l’inflammation. C’est l’inverse qui a'iieu dans d’autres cas : Vati'ophie survient ; c’est l’absorption interstitielle de Hunter.
Étiologie. — Les causes de l’inflammation sont de deux sortes, externes ou internes. Parmi les causes externes, on peut citer les caustiques, les corps étrangers venus du dehors, le froid continu, etc.; mais la plupart des causes internes nous échappent. L’expérience a appris que l’ingestion de certaines substances est suivie de quelques états inflammatoires : ainsi la saturation de l’organisme par le mercure amène du côté de la bouche une inflammation souvent fort intense. Le mécanisme de cette action locrdisée dans la bouche échappe à nos connaissances. On voit certaines inflammations se développer sous l’influence d’un écart de régime, de quelque trouble fonctionnel, d’une cause spécifique. On a souvent désigné ces phlegmasies sous le nom i\’inp,ammations spécifiques.
Les causes prédisposantes des inflammations chirurgicales sont très nombreuses et très difficiles à exprimer. On sait seulement que l’âge, le climat, le sexe, ne sont point sans avoir une influence réelle. Pour en citer un seul exemple, on connaît la fréquence des ophthalmies dans l’enfance et dans certains climats. Quelques organes ont une fâcheuse prédisposition aux inflammations : ainsi l’épididyme s’enflamme très facilement à la suite de blennorrhagies.
Ce qu’il importe le plus de remarquer dans l’étiologie, c’est la distinction importante des inflammations de cause externe et de cause interne. -Vussi les anciens leur avaient appliqué deux noms dittérents, inflatnmaiio genuina, inflammatio spuriu.
Diagnostic. — Les inflammations superficielles sont rarement méconnues par un chirurgien attentif; mais les phlegmasie's profondes exigent un
If) DE l’iNFEAJIMATION ET DE SES CONSÉQOENEES.
examen plus soutenu, car elles ne peuvent être soupçonnées qu’à l’existence de la douleur et de certains troubles fonctionnels. Après les opérations de taille, une vive douleur dans la région lombaire doit faire craindre le développement d’une néphrite. Quelquefois on perçoit alors une différence notable dans la chaleur de la région douloureuse et de la région voisine qui ne l’est pas.
Il importe encore de savoir distinguer la véritable inflammation do certaines congestions passives, quelquefois d’origine mécanique; mais cette distinction ne peut être véritablement faite que dans la pathologie spéciale. Nous avons parlé plus haut de ces inflammations intermittentes qui sont de véritables fièvres périodiques, accompagnées de phénomènes inflammatoires ; on les reconnaîtra au retour régulier des phénomènes fébriles et inflammatoires, à une fièvre plus développée que l’inflammation locale ne l’indiquerait, à un accroissement et à une terminaison rapides de la phlegmasie, enfin à une récidive brusque des accidents, etc.
Pronostic. — Le pronostic de l’inflammation varie à l’infini, suivant la constitution du malade, la nature spécifique ou non de la phlegmasie, l’organe affecté, etc., et ne peut être l’objet d’un aperçu général.
Traitement. — Le traitement doit être d’abord diététique, et certaines inflammations cèdent aux seuls efforts d’un régime bien entendu. Ainsi, dans toute phlegmasie un peu intense, les aliments seront diminués; toutefois ce précepte ne doit pas être absolu, et il appartient à un chirurgien expérimenté de distinguer certaines constitutions affaiblies ou naturellement débiles auxquelles la diète ne conviendra pas. Les boissons, dans les inflammations avec fièvre , seront abondantes et légèrement acidulés. On veillera au maintien régulier des garderobes, au repos du corps et de l’esprit. L’étendue ou l’énergie de la phlegmasie exigera souvent le séjour au lit. On sait d’ailleurs que, dans la position horizontale, le nombre des pulsations diminue, et ce ralentissement de la circulation n’est pas sans utilité.
Les moyens puisés dans le seul régime restent sans action dans un grand nombre de phlegmasies externes qui exigent une intervention chirurgicale. On devra d’abord s’assurer si l’inflammation n’a pas une cause physique; car on guérirait le malade en faisant disparaître cette cause. Nous voyons souvent des kératites graves produites et entretenues par le frottement intempestif d’un cil contre la surface antérieure de la cornée. On enlève le cil, et le malade est très promptement guéri.
Mais souvent la cause de la phlegmasie échappe à l’œil le plus scrutateur, et il faut avoir recours à des moyens chirurgicaux et pharmaceutiques.
A. Moyens chirurgicaux. — Sous ce nom nous désignerons seulement quatre moyens : 1'’ les omissions sanguines, 2® une certaine position des parties enflammées, 3" la compression, à» les débridements.
1® Les émissions sanguines sont locales ou générales; le choix que le chirurgien est appelé a faire exige ([u’il tienne conqite de l’étendue,
DE l’INFLA.M.VATION EN GÉNÉRAL.
(le la forme, de la nature de l’inllammation, comme de Tage, du sexe et de la constitution des malades.
Certaines inflammations à tendance gangréneuse, chez des individus débilités, se refusent aux émissions sanguines. Les saignées locales faites avec des sangsues ou des ventouses conviennent chez ceux qui ne supportent pas facilement une perte rapide de sang , dans les phlegmasies qui envahissent des organes rapprochés de la peau (les ganglions), enfin dans certaines inllammations thoraciques qui exigent une répétition fréquente de ces émissions sanguines. Les saignées faites par la lancette peuvent être larges ou petites et souvent répétées. Les saignées larges nous paraissent convenir très bien dans les inllammations étendues, ou très intenses et très douloureuses, comme celles de l’œil et de l’oreille. Quant aux saignées petites et à répétition, comme les pratiquait Lisfranc, leur utilité est loin d’ètre démontrée dans aucun cas.
Quand faut-il cesser les émissions sanguines? On ne peut faire à cette question de réponse absolue. Si la douleur diminue rapidement, si l’individu s’aftaiblit vite, si la phlegmasie tend à s’indurer et à passer à l’état chroni(iue, il faut cesser les émissions sanguines et recourir à d’autres moyens. Quoi qu’il en soit, chaque saignée doit être au moins de 200 grammes, et, dans une inflammation un peu vive, il faut tout d’abord tirer environ 600 grammes de sang.
2“ Un adjuvant utile, mais trop souvent négligé, des émissions sanguines, c’est Véléoalion des parties enflnimnées. L’influence de la pesanteur, incontestable sur les congestions sanguines ou séreuses et sur les infiltrations ecchymotiques, est aussi des'pliis évidentes sur la marche des phlegmasies. C’est ce qui ressort aujourd’hui d’un assez grand nombre de travaux publiés successivement par Isidore Bourdon (l), A. Lacroix (2), Dugat Establier (3), Gerdy jeune (/i), Piorry (5), travaux qui se trouvent savamment rassemblés dans l’excellente thèse du professeur Nélaton (6).
C’est dans les inflammations phlegmoneuses des membres que l’on constate plus facilement l’influence de la pesanteur. Ainsi, les panaris, les phlegmons diffus des membres, éprouvent souvent, par suite d’une position élevée de la partie malade, un retrait immédiat de leurs symptômes les plus graves. Le premier qui s’eflace, c’est la douleur : tous les individus atteints de panaris savent (|uel soulagement ils obtiennent en tenant la main malade dans une position élevée. Le volume des parties tuméfiées diminue aussi, et dans son mémoire Marc Dupuy (7) a rappelé plusieurs faits où la mensuration avait donné rapidement des diminutions considérables. Dans
(1) Mém. sur l'influence de la pesanleiir sur quelques phénomènes de la vie, 1819.
(2) Considérai, palholoy. et thérapeutiques sur l’altitude de l'homme. Thèse, Paris, 182t.
(3) Ue l'attitude du corps comme cause el comme signe dans les maladies. Thèse, Monlpellier, 1825.
(4) De l'influence de la pesanteur (.Irc/iives de médecine, décembre 1333).
(5) De l’influence de la pesanteur sur la circulation , 1835.
(G) Concours de clinique chirurgicale, 1851.
{!) Archives de médecine, 18iC, t. Xll, p. 295.
DE l’inflammation ET DE SES CONSÉUUENCES.
les affections érysipélateuses on ne tarde point à voir la partie rouge pâlir et perdre sa chaleur élevée. Pour les membres supérieurs, il suffit d’un bandage très simple pour maintenir les mains en haut ; des coussins convenablement échelonnés serviront à élever les membres inférieurs. Dans ce dernier cas il faut prendre grand soin, après la guérison, de ne pas faire marcher les malades trop tôt ; le brusque retour de la position déclive ne serait pas sans danger. On commencera par de très petites courses, et l’on arrivera peu à peu à l’exercice normal.
3" La compression est employée avec succès depuis plus de trente ans, par Velpeau (1), contre certaines inllammations, mais elle ne peut convenir qu’aux phlegmasies de quelques régions convenablement disposées pour l’application des agents compresseurs. On pratique cette compression soit avec des bandes de toile, soit avec des bandelettes de diachylon. Les plus grandes précautions doivent être prises pour que cette compression soit régulière, méthodique, et ne serre pas certains points plus énergiquement que d’autres. Parmi les moyens de compression il faut placer aussi le collodion, qu’on a récemment proposé dans 1e traitement de quelques phlegmasies, et en particulier de l’érysipèle et de l’orchite. A cet effet, on l’applique en couches assez épaisses à la surface de la peau érysipélateuse ou du scrotum. En se desséchant, il se rétracte avec une force telle qu’on doit le considérer comme un bon agent compresseur; seulement il se fait assez souvent, dans la couche de collodion, des fissures à travers lesquelles la peau s’étrangle, ce qui occasionne beaucoup de douleur.
On a eu, dans ces derniers temps, l’idée d’appliquer au traitement de certaines inllammations la compression digitale des artères, qui a donné de beaux résultats dans la thérapeutique des anévrysmes. C’est un habile chirurgien de Padoue, Vanzetti (2), qui a préconisé ce moyen, applicable surtout aux phlegmasies des membres, On comprime lé tronc artériel principal dont les branches se distribuent au membre malade, et le ralentissement de la circulation sanguine est bientôt suivi d’une véritable diminution des symptômes inflammatoires. Il suffit de douze ou quinze heures de compression intermittente pour obtenir une amélioration considérable; le malade peut, dans la majorité des cas, faire tout seul la compression artérielle, lorsque le chirurgien, l’ayant faite pendant une ou deux heures, a montré au patient comment il faut appliquer les doigts sur le trajet de l’artère. Lorsque la main, appliquée depuis quelque temps, commence à éjirouver delà fatigue, on cesse de comprimer, et l’on y revient dès que les doigts sont bien reposés. Vanzetti cite, à l’appui de ces assertions, deux observations intéressantes, l’une d’érysipèle phlegmoneux du bras, et l’autre d’arthrite du poignet, dans lesquelles la guérison a été promptement obtenue par la compression digitale de l’artère. Nous n’avons pas d’expérience personnelle sur
(1) Archives de médecine, 1826, t. XI, p. 192 cl 395.
(2) Cenni sulla cura dell’ inflammazione colla compressione digitale. Venise, 1858.
UE l’inflammation en général.
ce point, et nous nous contentons de rappeler les faits curieux mentionnés par le professeur de Padouc.
û” Les débridements doivent, à plus d’un titre, être regardés comme d’excellents moyens à opposer au développement de certaines phlegmasies. Nous avons toujours vu la douleur et la tension des orchites céder très vite au débridement de la tunique albuginée ; les inflammations du tissu cellulaire, circonscrites ou diffuses, s’arrêtent presque toujours par des incisions faites de bonne heure; mais bornons-nous aujourd’hui à ces simples indications, et nous reviendrons sur ce point de thérapeutique chirurgicale en traitant du phlegmon diffus.
B. Moyens pharmaceutiques. — Ils sont locaux ou généraux, et trouvent leur indication dans une foule de cas.
1“ On emploie souvent les topiques répercussifs pris dans une classe d’agents médicamenteux qui produisent une constriction des tissus, et paraissent devoir amener dans les capillaires un resserrement qui arrête l’afilux sanguin. Les substances styptiques ou acides figurent parmi les répercussifs, mais il faut y placer en première ligne les réfrigérants. Le froid diminue dans les parties enllammées l’afflux sanguin , et sous son inlluence on voit souvent disparaître la chaleur, la rougeur et la tuméfaction. Ces effets, bien connus, ont fait de tout temps classer les réfrigérants parmi les antiphlogistiques. Quelques enthousiastes du froid intUs et extrà n’ont point tardé à trouver une explication rationnelle de cette action : c’est parce qu’en refroidissant les parties enflammées, on les place dans les conditions des animaux à sang froid qui ne suppurent pas. On sait combien est faux le fait qui sert de base à cette hypothèse.
Quoi qu’il en soit, dans un grand nombre de cas, le froid est utile à opposer aux inflammations. La glace et l’eau glacée sont surtout mises en usage ici de préférence à l’éther et à l’alcool, qui, en s’évaporant, donnent lieu k un froid assez vif, mais sont d’un maniement plus diflicile. Quelques chirurgiens ont aussi conseillé d’augmenter progressivement l’intensité du froid, et cette précaution n’est pas sans utilité. On doit bien se rappeler ici que l’application du froid doit être prolongée ; si elle est promptement interrompue, une réaction trop vive succède à la sédation inflammatoire. L’emploi du froid en chirurgie demande une intelligente appréciation de chaque cas, mais on peut dire en général que les réfrigérants ne conviennent guère aux inflammations trop étendues ou à celles qui envahissent certains organes glanduleux et ont une grande tendance k se terminer par induration.
2“ Plus souvent employés que les répercussifs, les émollients, sous forme demi-solide (cataplasmes) ou liquide (fomentations, injections), conviennent dans presque toutes les inflammations. Il faut les interrompre seulement lorsque la résolution inflammatoire ne sc faisant plus, les liquides semblent stagner dans les parties enflammées qu’ils engorgent.
3“ Les agents narcotiques unis aux émollients agiront bien dans les in-
UE l/iNKLAMWATIGN ET UE SES CONSÉQUENCES.
flainmations très douloureuses; il faut en craindre remploi dans les plilegniasies qui ont une tendance à la gangrène.
U° On combat parfois certaines inllammations à l’aide de révulsifs, dont l’action apparente est de substituer à une inflammation naturelle une phlegmasie artificielle. Le nitrate d’argent promené sur une surface enflammée, un vésicatoire appliqué au centre d’un érysipèle, sont de bons exemples à citer ici pour recommander cette pratique.
Le chirurgien emploie souvent des moyens internes pour combattre certaines phlegmasies, et c’est aux mercuriaux seuls ou associés à l’opium qu’il a le plus généralement recours. On fait alors usage du calomel à dose fractionnée ou d’onctions mercurielles larges et souvent répétées. Il faut pour obtenir un résultat utile que le mercure absorbé amène ou une salivation notable ou un goût mercuriel très prononcé. C’est dans les inllammations oculaires qu’on fait le plus utilement usage des préparations mercurielles.
Les purgatifs ordinaires sont très souvent prescrits dans le cours de certaines phlegmasies, à titre de révulsifs sur l’intestin; on fait moins usage en chirurgie des agents de la médication contro-stimulante.
ARTICLE IL UE l’exsuuation.
L’inflammation, arrivée à un certain degré, donne lieu à la formation de produits variés qu’on appelle des exsudais, et le phénomène en vertu duquel cela a lieu est désigné sous le nom d’exsudation inflammatoire.
Les produits d’exsudation ont été tour à tour appelés suc nourricier, suc organisable, lymphe plastique, lymphe coagulable, matière albumineuse, etc.
Historique. — C’est depuis les travaux de Hunter que les recherches sur l’exsudation ont pris une direction scientifique : on trouvera dans divers passages de son chapitre sur V inflammation adhésive des idées qui n’ont pas vieilli ; mais c’est aux études des micrographes modernes que l’on doit une bonne histoire de l’exsudation , et nous citerons surtout celles de Vogel, Henle, Lebert, Paget, etc. On consultera aussi avec profit les deux mémoires suivants :
j. Meyer, Ueber die Neubüdnmg von lilulgefassen in plaslischen Exsudalen serbser Membranen und in Haulmunden [Sur la formation des vaisseaux sanguins dans les exsudais plastiques, etc.] [Annalen des Charité Krankenhauses, Jalirg. IV, Heft I, S. 41-140). — Monneret, Des phligmasies exsudatives [Bevue médicochirurg. de Paris, mars 1835.)
Anatosiie pathologique. — Paget, dans les leçons remarquables qu’il a publiées sur l’inflammation, distingue quatre produits principaux d’exsudation : la sérosité, le sang, le mucus et la lymphe plastique ; mais de