‹ Traité élémentaire de pathologie externe (volume 2)Chapitre 4 sur 50 · DE L EXSUDATION · texte numérisé non relu

DE L EXSUDATION

ces qu.itre prorluits nous ne pouvons en conserver que deux, le sérum et la lymphe plastique, et ne sont-ce pas plutôt deux degrés d’un même exsudât? Quant au sang, il ne se mêle qu’accidentellement aux produits d’exsudation , et le mucus sécrété par les muqueuses enflammées n’a ni les qualités ni la destination du sérum et de la lymphe plastique.

Les produits les plus immédiats de ce que Hunter a appelé l’inflammation adhésive sont donc le sérum et la lymphe plastique.

r La sérosité inflammatoire, que Vogel a appelée hydropisie fibrineuse, est remarquable dans l’organisme vivant par sa fluidité et son absence de coagulation. Page! cite même un cas où ce liquide fibrineux est resté trois jours dans un membre amputé sans se coaguler. Plus ou moins fluide, d’une couleur qui varie du jaune au rose foncé, le sérum inflammatoire est bien caractérisé par le liquide des hydrocèles aiguës de l’épididymite blennorrhagiquc. 11 contient une très grande quantité d’eau et assez peu d'éléments anatomiques distincts ; si on l’abandonne à luimême, il se forme dans son intérieur un petit caillot composé de fibrine pure et reconnaissable à ses caractères; mais si on le chauffe, il laisse précipiter une assez grande quantité d’albumine. 11 renferme aussi quelques sels.

2” La Irjmphe plastique diffère de la sérosité pure des pblegmasies par une consistance plus grande, une tendance plus marquée vers l’organisation, enfin la présence d’éléments que nous allons étudier. On la voit étendue à la surface des membranes enflammées ou infilti’ée dans les aréoles du tissu cellulaii’e; de là deux variétés d’exsudations, les exsudations superficielles et les exsudations interstitielles.

Les exsudations superficielles peuvent être constatées à 1a surface d’une plaie récente ou d’une membrane séreuse légèrement enflammée. Dans le cas de plaie, lorsque les extrémités des capillaires ont subi une sorte de contraction, on voit suinter un suc onctueux et transparent. Thomson a vu, dans des expériences, que quatre heures suffisaient pour qu’il existât à la surface d’une plaie une couche de lymphe plastique. S’il s’agit d’une séreuse légèrement enflammée, on aperçoit une rougeur plus vive due à l’accélération et à la stase du sang dans les vaisseaux sous-séreux; puis la membrane se recouvre d’une sérosité plus abondante entremêlée de quelques flocons grisâtres, dévclojipés surtout suivant le trajet des vaisseaux ; ces îlots floconneux, se rapprochant par leurs bords, la séreuse est bientôt recouverte d’une couche fibrineuse et adhérente de lymphe plastique. Cette couche subit peu à peu des transformations que nous étudierons plus loin.

Tel est le développement d’une exsudation superficielle. Mais si la pblegmasie a envahi le parenchyme d’un organe ou l’épaisseur d’un tissu, l’organe et le tissu se gonflent et s’infiltrent d’une matière grisâtre qui en augmente la densité. Ce sont là, par exemple, les exsudations interstitielles , de la pneumonie au second degré.

L’examen chimique et l’examen microscopi(|ue ont eu pour but de

PE l/lNFLA]\[MATION ET DE SES CONSÉQUENCES.

pénétrer dans la composition intime de ces exsudats. Des recherches nombreuses entreprises dans cette direction, deux faits paraissent résulter : la présence presque constante de la fibrine et celle des corpuscules particuliers que Gluge (1) a décrits le premier, et qui ont été vus ensuite par tous les micrographes. En considérant au double point de vue microscopique et chimique ces exsudats, on peut facilement les caractériser de la façon suivante : Tout à fait au début de certaines inflammations, le liquide exsudé consiste dans un sérum albumineux sans éléments organisables; parfois cet état se perpétue, et dans le sérum de certaines inllammations primitivement chroniques on ne rencontre aucun élément déterminé; mais dans cette espèce de blastème qui sort à travers la paroi des capillaires on reconnaît souvent une notable quantité de fibrine et des corpuscules particuliers que nous allons faire connaître. On pourrait donc, à ce point de vue, distinguer trois sortes d^exsudations : Vexsudation séreuse proprement diûe, V exsudation granuleuse, V exsudation fibrineuse. Ces trois formes d’un même phénomène se trouvent souvent réunies.

Les éléments anatomiques que le microscope démontre dans les exsudats sont de plusieurs sortes : des granulations fibrineuses, des corpuscules granuleux, des fibres, etc., etc. Les granulations fibi'ineuses sont représentées par de petits grains jaunâtres, irréguliers, de volume très variable (fig. 2, B).

Le globule granuleux de l’exsudation se montre sous l’aspect d’un corpuscule arrondi, sphérique, formé d’une enveloppe transparente et d’un contenu granuleux (fig. 2, A). Ces granulations, identiques avec celles que l’on distingue dans le liquide ambiant, varient en nombre dans les corpuscules et ; leur donnent ainsi une teinte plus ou moins foncée. On voit de un à deux noyaux dans les globules granuleux. D’après | Fig 2 — A globule i^iÊSures de Lebert, ces globules ont en moyenne | granuleux; B, gra- de O”’"', 015 à 0™"',25. |

nuiaiions fibrineuses. L’exameii microscopique des dépôts floconneux gri- |

sâtres qui constituent les fausses membranes y fait voir un réseau très fin j

de fibres peu distinctes, et une substance hyaline' finement granuleuse. i

Si la fausse membrane existe depuis un temps assez long, on y trouve H

plutôt une stratification fibroïde que des fibres à contours nets. Ajoutons 5

à ces éléments divers globules que nous étudierons plus loin sous le nom IT

de globules pyoïdes et globules purulents, et des corpuscules sanguins, etc.

Ces éléments anatomiques peuvent exister dans les fausses membranes, i

sans que l’on y rencontre aucune trace de vaisseaux ; mais, à une époque :

plus ou moins éloignée de leur origine, ces vaisseaux se manifestent. Ainsi, tandis que Villermé en a noté dans une membrane au vingt et unième i jour, Éverard Home prétend les avoir vus et injectés dans une hernie étranglée après vingt-quatre heures.

(1) Anatomische mikroscopische Uniersuchungen sur Pathologie, 1838, p. 12.

DE i/EXSÜPATION.

L'origine des vaisseaux qui se développent dans les exsudais plastiques est depuis longtemps une question controversée. Deux doctrines régnent à cet égard dans la science : les uns soutiennent que les vaisseaux des fausses membranes naissent des vaisseaux du voisinage, tandis que les autres affirment leur développement autogène en dehors de la circulation générale. Hunter fut le premier à prétendre que le sang et les nouveaux vaisseaux pouvaient, dans les exsudais comme dans l’œuf, naître en dehors de la circulation pi’éexistante, et cette doctrine a trouvé faveur auprès de ceux qui ont adopté la théorie cellulaire de Schwan. Vogel ne met point en doute qu’en vertu d’un développement cellulaire, il se creuse des canaux, il se forme des cellules sanguines, et que peu à peu tout l’appareil sanguin se constitue. La doctrine opposée a aussi compté des partisans. Gendrin, par exemple, a nié la formation propre des vaisseaux dans les exsudais, et admis que leur développement est dû à l’extension des vaisseaux qui préexistent.

C’est pour résoudre cette question qu’il a été entrepris, dans ces dernières années, un assez grand nombre de recherches sur le développement embryologique et pathologique des vaisseaux par Prévost (de Genève), Lebert, Platner, Kolliker, Paget, John Simon et Jos. Meyer, dont nous avons cité plus haut un intéressant travail qui fait de ce sujet un exposé très étendu.

On a souvent trouvé dans les exsudais de petits points et de petites lignes rouges qui sont situés en dehors de la circulation générale, et qu’on a pris tout de suite pour des vaisseaux de formation nouvelle. Il importe de déterminer d’ahord la nature de ces points rouges. Meyer établit dans son mémoire que ce sont, pour la plupart, des corpuscules sanguins emprisonnés par le plasma et qui subissent là les métamorpboses rétrogrades du sang épanché ; puis, étudiant ensuite les vaisseaux propres des fausses membranes, il démontre qu’ils proviennent du bourgeonnement des capillaires préexistants à l’intlammation, et qu’ils ont la plus complète analogie avec les formations analogues chez les vertébrés supérieurs et inférieurs. — D’un point d’un vaisseau capillaire, sous l’influence de la stase et de la pression du sang, naît une saillie, une sorte de bourgeon qui se termine par un sommet arrondi. On voit quelquefois au sommet de ce bourgeon un prolongement filamenteux. Ces saillies en doigt de gant augmentent peu à peu d’étendue, et se dirigent bientôt vers un capillaire voisin qui croise leur direction et avec lequel elles s’abouchent.

Les nouveaux vaisseaux n’ont point partout un égal calibre ; on les voit ça et la renflés en ampoule, en fuseau ou sous forme triangulaire. Ils appartiennent d’abord à la catégorie des capillaires, mais par un développement ultérieur de fibres et de cellules dans leurs parois, ils peuvent prendre |)lace dans un ordre plus élevé de vaisseaux.

Selon Sebroeder van der Kolk, il existerait des lymphatiques dans les exsudats. On en aurait vu de beaux réseaux dans des pseudo-membranes

DE l'inflammation ET DE SES CONSÉQUENCES.

entre deux lobes du poumon et entre le foie et la coucbe péritonéale du diaphragme ; mais il ne les a point trouvés dans la lymphe récemment exsudée (1). L'existence de ces lymphatiques est encore un fait douteux pour ceux qui savent avec quelle facilité on a naguère admis des lymphatiques dans tous les tissus où maintenant on n'en trouve plus.

Les fausses membranes, arrivées a un certain degré de leur développement, subissent des altérations qui en modifient le caractère primitif, et méritent une mention spéciale.

1“ Les produits d'exsudation peuvent se flétrir, et devenir plus fermes en passant à un état que Rokitansky a appelé état corné ; nous en trouvons un exemple dans les produits fibrineux des végétations valvulaires du cœur.

2“ Les exsudats fibrineux sont sujets à une métamorphose qui ressemble à la dégénérescence graisseuse. Les caillots, parties solides des exsudats, renferment alors une fibrine qui n'est ni claire ni uniforme, mais plutôt opaque, trouble, granuleuse, et dont l’aspect rappelle le premier degré de la dégénérescence graisseuse dans les fibres musculaires. Le microscope distingue alors dans de tels caillots de petits points à bords noirs, que l’on sait être des gouttes huileuses.

L'exsudât fibrineux a dès lors perdu toute son élasticité, et par cette transformation cette lymphe plastique est devenue plus propre au travail d'absorption : ainsi Paget est porté à penser que les exsudats fibiâneux ne se résorbent le plus souvent qu’à la condition de subir d’abord la dégénérescence graisseuse. Telle serait la lymphe' plastique des iritis.

3» Le produit fibrineux de l’exsudation inflammatoire peut encore subir une autre transformation, la dégénérescence calcaire (pblébolithes).

U° Enfin, mentionnons la dégénérescence pigmentaire, qui infiltre de granulations pigmentaires la lymphe fibrineuse de certaines péritonites.

Ce que nous venons de voir pour la lymphe plastique en général, nous le retrouvons aussi pour les éléments corpusculaires de la lymphe.

1° Ainsi, on distingue quelquefois un véritable état de flétrissure des éléments corpusculaires de la lymphe.

2" Paget considère comme une dégénérescence graisseuse la transition des cellules de la lymphe plastique en globules granuleux (2).

3° Quant aux dégénérescences pigmentaire et calcaire, nous n'avons point encore sur ce sujet de données précises.

Les lausses membranes acquièrent dans leur développement une remarquable propriété de rétraction qui peut quelquefois changer la disposition des parties avec lesquelles elles sont en rajiport.

Etiologie. — Tantôt l'exsudation inllammatoire se produit spontanément, tantôt elle est sollicitée par le chirurgien dans un but thérapeutique. La plu-

(1) Lespinassc, Specimen anal, palhol. de vasis novis pseudo-membran., 1849.

(2) Medical Gazelle, l. XLVI, p. 6.

DE LA SUm'RATION.

part des phlegniasies,au moins dans une certaine pliase de leur développement, sécrètent des exsudais variés. On cherche aussi à produire artificiellement le phénomène de l’exsudation quand on avive les bords d’uu hecde-lièvre, dans l’application d’un vésicatoire, enfin par certaines injections faites dans des cavités séreuses pour amener la sécrétion d’un suc fibrineux et organisable.

Beaucoup de conditions influent sur la sécrétion de cette lymphe : ainsi elle s’opère mieux et plus vite chez les hommes d’un tempérament pléthorique que chez les individus lymphatiques ou débilités par les excès ou une mauvaise hygiène. L’àge a ici une influence manifeste. La plasticité des exsudats est bien plus considérable chez les enfants et les adultes que chez les vieillards; mais, en dehors du tempérament et de l’Age, il faut compter surtout l’inlluence de l’état du sang, du siège de l’inflammation, de sa nature et de son intensité, e.nfin celle de certaines maladies.

L’état du sang change la nature des exsudats : on les trouve fibrineux dans la très bonne santé; dans la mauvaise, on rencontre surtout une abondance de corpuscules, et cela nous conduit peu à peu jusqu’à la formation du pus. Chez les individus scorbutiques, dans la fièvre typhoïde, la sécrétion fibrineuse des vésicatoires est à ]>eine marquée.

Le siège de l’inflammation a aussi inie action réelle; certains tissus ne donnent que très peu de ces exsudations, si fréquentes dans d’autres. L’intensité de l’inflammation a encore une influence qu’on ne saurait contester. Si elle est trop faible, l’exsudation plastique n’a pas lieu; si elle est trop forte, le but est dépassé, et du pus se fait jour. C’est ce terme moyen qu’il faut atteindre dans les exsudations qu’on pratique dans un but tbérapeutique; c’est ce qui se réalise dans la formation des ankylosés, l’oblitération des vaisseaux, le développement des cavités kystiques autour des corps étrangers.

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