COMBUSTION SPONTANÉE
Quelques auteurs ont supposé qu’un homme pouvait être plus ou moins brûlé, sans que dans les circonstances extérieures on pût trouver une explication suffisante de la brûlure, et ils ont appliqué à ces phénomènes étranges le nom de combustion spontanée.
11 est certain que le corps tout entier peut être consumé par le feu, mais rien ne démontre que cette combustion se soit accomplie sans l’intervention d’un corps enflammé. C’est du moins ce qui résulte de rcchercbes laites avec soin dans ces derniers temps, surtout par Bischoff et Liebig, a propos du procès relatif au meurtre de la comtesse de Gocr-
DKS LÉSIONS TIIAL’M.VnOUÜS.
litz (1), elpar Pclikan, a propos d’mi cas qui a été soumis à son examen (2).
Les partisans de la combustion spontanée s’appuient, pour soutenir leur opinion, sur des faits observés incomplètement cl souvent par des individus étrangers à la médecine. Ils soutiennent ainsi qu’un corps a disparu par ignition, sans qu’on ait pu découvrir la cause première de la combustion, ou que, si elle s’est manifestée, on ne l’a point trouvée en rapport avec l’intensité des effets. Ils supposent alors que la combustion spontanée est favorisée par l’ingestion de spiritueux qui imprègnent comme une éponge les tissus d’alcool.
Ces suppositions gratuites n’ont point encore reçu de démonstration suffisante; et, d’ailleurs, on -sait avec quelle facilité les vêlements enflammés communiquent le feu aux graisses du corps, qui fondent et alimentent ainsi la combustion. Rien ne prouve ensuite que le corps bumain puisse s’imbiber d’alcool comme une éponge, car cette imbibition produirait seule des désordres assez graves pour arrêter le cours de la vie. Mais Bischoff s’est convaincu, à propos du procès de la comtesse de Goerlitz, qu’en imbibant un cadavre avec de l’alcool, il ne devient pas combustible. Il a pris des parties d’un chien, dans les artères duquel il avait injecté de l’alcool à 92“ ; elles ne bridèrent ni à la flamme, ni exposées sur du charbon. Dans ce dernier cas seulement elles rôtissaient, mais cessaient de brûler aussitôt qu’on les retirait du feu.
L’examen consciencieux des faits conduit à constater qu’il n’y a point eu de témoin oculaire de ces combustions spontanées, et l’expérimentation montre l’erreur dans laquelle sont tombés ceux qui ont cru en avoir trouvé une des causes.
Comment donc expliquer ces combustions si profondes et en apparence si extraordinaires? La chose n’a rien de bien difficile. Des malheureux adonnés aux alcooliques, engourdis par ces spiritueux ou par le froid, dans les saisons rigoureuses, s’approchent trop près du feu, qui enflamme leurs vêtements. Surpris ainsi au milieu de leur engourdissement, ces individus ne tardent point à être asphyxiés. Mais le feu gagne toujours, la peau est détruite, la graisse fond et s’écoule sur le sol, en fournissant un aliment nouveau à la combustion; enfin la plus grande partie du corps peut être consumée par ce brasier entretenu par les seules graisses du cadavre. On trouve alors l’appartement rempli d’une fumée épaisse; les murs, les glaces, sont recouverts de matières noires, visqueuses; de la graisse non brûlée ruisselle sur le parquet, où l’on découvre encore des fragments osseux carbonisés. Telle est, selon la plupart des observateurs modernes, la meilleure explication des combustions dites spontanées. Ceux de nos lecteurs qui voudront étudier avec soin ces questions intéressantes, devront surtout se reporter aux travaux qu’a fait naître le célèbre procès sur le meurtre de la comtesse de Goerlitz.
(1) Archives de médecine, série, l. XXV, p. 370.
(2) Nouveau cas de comlustion spontanée, avec appréciation critique de ce sujet en général {Gaz. méd. de Russie, 1833).
fhoiduues.
FROIBTJRES.
-Nous désignerons avec Gerdy, sous le nom de froidures, un certain nombre de lésions prodidtes par le froid, et dont quelques-unes présentent une grande ressemblance avec les altérations »lc la brûlure.
Historique. — Les publications sur l’action du froid ne sont pas nombreuses. Nous citerons seulement les suivantes, qui donnent une idée complète de l’action locale et générale du froid.
Laurev, Mémoires sur la chirurgie militaire, t. IV, passim. — • Gerdy, Mémoire sur l'influence du froid sur l'économie animale [Journal hebdomadaire, I 830, t. Vlll). — Lacorbiére, Traité du froid, \ 839. — Martini, Ueber den Erfrierungstod [Surlamort par le froid] [Deutsche Klinik, n“ I 1 , 1 832). — Ogston, On the Morbid Appearance in Deathby Cold [liritish and Foreign Médico-Chirurgical Rcview,\o\. XXXll,el LXII, 1853 et 1861)'. — Legouest, Des congélations observées à Constantinople pendant l’hiver de 1 834 à 1 853 [Mémoires de médecine, de chirurgie, etc., militaires, t. XVI). — Valette, Sur les congélations [Mémoires de médecine, de chirurgie militaires, t. XIX).
Sy.MPTOM.vroLüGiE. — Les ellèls du froid sont locaux ou généraux, suivant qu’ils s’exercent sur une partie limitée du corps ou sur l’organisme tout entier. Nous allons examiner la question à ce double point de vue.
Effets locaux du froid. — On trouve ici plusieurs degrés de froidures qui se rapprochent beaucoup des degrés de la brûlure admis par Boyer. Ainsi on peut distinguer avec Callisen : 1" la rubéfaction, qui comprend les différentes phlogoses produites par le froid ; 2“ la vésication et Vulcération superficielle, qui correspondent à ce que nous désignons sous le nom de crevasses, (jerçures, engelures ulcérées; 3" enfin la formation des eschares, que nous connaissons déjà sous le nom de gangrène par congélation.
Premier degré. — Ce premier degré de l’action du froid peut se rencontrer dans un grand nombre d’organes, et c’est à lui qu’il faut rattacher certaines conjonctivites, otites, bronchites, etc., et la plupart des coryzas; mais le chirurgien n’a à s’occuper maintenant que de sa manifestation du côté de la peau.
Les téguments sur lesquels le froid agit prennent une coloration rosée ou violacée, qui disparait sous la pression du doigt et reparaît bientôt après. Il se produit aussi un gontlement élastique du derme et des tissus sousjacents. La douleur est peu intense dans ce premier degré, surtout lorsque la partie est soumise à une température basse ; mais lorsque le patient s’approche du feu ou se met au lit, il éprouve des démangeaisons très vives ou des picotements insupportables. Ces phénomènes, plus désagréables que douloureux, se dissipent au bout de quelque temps, lorsque l’équilibre de température s’est établi. Mais il n’est pas rare de les voir.
DES LÉSIONS THAUMATIQUES.
chez cerlaias individus, se renouveler chaque jour pendant tout l’hiver. Legouesl a décrit, sous le nom û'cnyelure chronique, une forme de ce premier degré des froidures. Le derme est alors, comme le tissu cellulaire sous-cutané, épaissi, coloré en rouge hrun, avec perte de la sensibilité. Le malade marche sans ressentir l’impression du sol, et quelquefois cette sensibilité ne revient que tardivement au bout de cinq à six mois. C’est l’impression prolongée du froid humide qui est la cause habituelle de ces accidents.
Le deuxième degré succède au précédent. Il est constitué par des lésions un peu plus profondes; la peau, de plus en plus phlogosée, prend une coloration d’un rouge plus foncé; les tissus sous-jacents se tuméfient et l’épiderme se fendille. De là des ulcérations étroites, petites, douloureuses qu’on nomme des crevasses. Ces lésions s’observent souvent sur les mains des individus qui, pendant l’hiver, plongent les bras dans l’eau froide. Dans une autre forme de ce degré, l’épiderme est soulevé par une sérosité claire, jaune ou brunâtre; puis, quand il se détache, on trouve un ulcère superficiel grisâtre, qui donne une sérosité puriforme, sanguinolente et ne tend pas à se cicatriser. Les démangeaisons du premier degré ont été remplacées par une cuisson très vive que le froid augmente encore.
Legouest a souvent vu pendant l’expédition de Crimée, au lieu d’épanchements séro-purulents, des épanchements sanguins sous l’épiderme. C’est aux pieds, à la face plantaire des orteils, à la plante du pied même ou au talon, qu’on les observait le plus ordinairement. Ces épanchements sanguins, là où l’épiderme présente une grande épaisseur, s’étalaient en nappe au-dessous de lui et le coloraient par imbihition en noir très foncé. Ils ressemblaient beaucoup aux épanchements de sang qui succèdent à des pinçures de la peau, et que l’on désigne sous le nom de pinçons. Legouest, qui observait ses malades dans des conditions très favorables au développement du scorbut, a constaté que ces épanchements étaient quelquefois très vastes, durs, non douloureux, à moins d’une pression très forte.' Quand on perforait l’épiderme, le sang ne s’écoulait pas; dans le principe, il était visqueux; mais après un temps très court, il se convertissait sur la face dermique de l’épiderme en un dépôt plus noir que l’épiderme lui-môme. Il ressemblait alors à un vernis desséché.
La chute de cette masse sanguine et de l’épiderme se faisait attendre longtemps, et, quand elle arrivait, on trouvait quelquefois l’épiderme renouvelé, ou bien le derme mis à nu ou érodé. En tout cas, il ne convenait pas de provoquer la chute de cet épiderme et de ce sang.
Le troisième degré est celui où les tissus soumis à une congélation complète se gangrènent. La partie ainsi congelée, insensible, est tantôt d’un rouge foncé et violacé, tantôt pâle, décolorée, sèche et dure. Hunter soumit à l’action d’un mélange réfrigérant, pendant une heure, l’oreille d’un lapin vivant. Cette partie était devenue sèche,\ dure, et l’on pouvait la couper sans qu’il s’écoulât une goutte de sang. Nous constatons chaque jour cette môme transformation des tissus dans certains procédés d’anesthésie par
FROIDURES
le froid. Les parties congelées, comme dans l’expérience de Hunier, peuvent souvent rentrer dans les conditions normales. Elles se ramollissent, s’échauffent, rougissent, et deviennent le théâtre d’une circulation très active et d’une inflammation plus ou moins vive, après, laquelle tout rentre dans l’ordre. Mais, dans des cas moins heureux, on voit la partie se ramollir, se tuméfier, devenir livide et noirâtre; enün, après une réaction trop vive, présenter tous les signes de la gangrène, qui se montre, soit sous la forme sèche, soit sous la forme humide. Entre ces deux états, gangrène complète de la partie congelée et retour parfait à l’état normal, on observe des lésions intermédiaires, telles que des phlyclènes au-dessous desquelles on trouve des points limités de la peau sphacélés. L’altération gangréneuse de la peau se manifeste quelquefois par des taches d’un brun noirâtre, siégeant de préférence sous une partie osseuse saillante, comme au talon, au bout du gros orteil, sur la tète du premier métatarsien. Quand les eschares se détachent , elles laissent dés ulcères fongueux, bourgeonnants, saignant au moindre contact, et au fond desquels on constate que l’os sous-jacent a subi quelque altération, comme déjà carie. Enfin l’action du froid peut être portée plus loin encore, et déterminer ce que l’on appelle une gangrène d’emblée. La partie frappée devient bleue, livide; elle se couvre de phlyclènes contenant une sérosité roussâtre; l’altération gagne quelquefois jusqu’à l’os; les tissus envahis se dessèchent, se momifient et finissent par être éliminés.
Cette gangrène d’emblée reste toujours localisée; elle n’a aucune tendance à l’envahissement, et diffère sous ce rapport de celle qu’on peut appeler consécutive, et qui gagne des parties qui, sans avoir été sphacélées immédiatement, ont néanmoins subi par l’eflét du froid des modifications incompatibles avec la vie. Car autour d’une partie directement sphacélée, les tissus ont éprouvé cette modification particulière, et une pression trop forte, une irritation trop vive suffiront à porter rapidement les tissus jusqu’à la mortification.
Quand on examine les eschares d’une gangrène récente par le froid, on n’y trouve rien de particulier à ce genre de sphacèle. Si la réaction est déjà établie, on rencontre une infiltration séreuse ou purulente des couches cellulaires; des traînées gangréneuses atteignent quelquefois les os, qui sont devenus plus friables. Les aréoles du tissu spongieux de l’os, surtout vers ses extrémités, sont infiltrées d’un liquide jaunâtre, sanguinolent ou purulent. Quelquefois une certaine épaisseur de parties molles recouvrait l’os, et celui-ci n’en est pas moins atteint dans toute sa longueur d’altérations qui conduisent à la nécrose et à la carie.
Legouest a encore noté chez des hommes qui n’avaient eu que quelques orteils congelés, ou chez lesquels les pieds étaient intacts, de petits épanchements sanguins dans l’épaisseur du tissu cellulo-adipeux de la plante du pied. Mais il est probable que, dans ces cas-là, l’influence scorbutique a joué un assez grand rôle. Trois fois le même auteur a vu une décoloration des muscles de la plante du pied. Celte décoloration existait sur un
DES LESIONS TllAlMATinUES.
seul pied, raulrc eonservail, sa coloration normale; les muscles étaient d’un blanc jaunâtre, assez rosé, et cet état a paru incompatible avec un retour à l’état de vie.
11 y a, on le voit, une incontestable analogie entre les lésions de la brûlure et celles de la Iroidurc localisée. Toutefois on doit noter quelques différences. Le calorique altère plus instantanément nos tissus que le froid; celui-ci devient surtout dangereux par la réaction qu’il provoque. .\insi une partie peut être gelée complètement et reprendre toutes ses qualités vitales, si elle est convenablement traitée. Si la réaction est souvent peu de chose dans les lésions de la brûlure, elle est le plus grave accident de celles que produit le froid.
Ces graves lésions des tissus par le froid se sont manifestées en général chez des soldats en campagne, chez des marins dont la constitution était altérée par des inquiétudes morales, des fatigues physiques, une mauvaise alimentation. Aussi les lésions locales s’accompagnent-elles de certains troubles généraux, qui n’ont toutefois rien de caractéristique. Ces malades sont affaiblis et amaigris; leur peau est d’une teinte ictérique; ils accusent des douleurs dans les membres, surtout après les contractions musculaires; les parties exposées plus que d’autres au froid sont quelquefois rigides et contracturées. Legouest a noté sur quelques malades un œdème fugace de la face, des paupières, du tissu cellulaire sous-conjonctival, et et dans d’autres cas un œdème général; mais il ne dit point s’il y avait en même temps de l’albuminurie..
Les individus qui ont des congélations profondes sont souvent atteints de diarrhée et de dysenterie. Legouest et Haspel (1) ont vu des soldats atteints de congélation des pieds mourir de ces maladies.
2" Effets du fi'oid sur le corps entier. — On ne peut déterminer d’une façon absolue le degré de froid auquel le corps humain peut être impunément soumis. Ainsi le capitaine Ross et le capitaine Parry ont supporté assez facilement, avec leurs compagnons, des températures de âO à Û2 degrés au-dessous de zéro. Dans de bonnes conditions de santé, un adulte supporte bien une température de — 25“ ; mais cette faculté de résistance au froid varie selon beaucoup de circonstances. Ainsi les adultes résistent mieux au froid que les enfants et les vieillards; une mauvaise nourriture, l’abstinence, de grandes fatigues, le découragement, toutes calamités qui ont frappé nos soldats pendant la retraite de Moscou, sont autant de conditions mauvaises pour résister à l’action du froid. Larrey a noté, dans la retraite de Moscou, que la rapidité de la mort par congélation était en rapport avec l’abstinence ; et le capitaine Ross, après avoir constaté que les Esquimaux, qui résistent à un froid si vif, sont doués d’une grande force digestive, a remarqué que les marins voyageant dans le Nord doivent, pour y bien vivre, avoir un grand appétit et des digestions faciles. {H istoEe générale des voyages, l. IX, p. 13â.)
(1) Rapporlsuv les maladies qui ont sévi sur l'armée d'Orienl {Gazelle méd., 1835, n"3i;.
FROIDURES
Quand le temps est calme, cette action du froid se fait moins vivement sentir que lorsque le vent s’élève. Cette différence a surtout été notée par les compagnons du capitaine Ross , qui se promenaient par un froid de — lorsque le temps était calme, mais étaient obligés de rester enfermés par un froid de — 29°, lorsque la brise se levait.
La mort produite par le froid est dans quelques cas très rapide, et l’on cite partout ce fait de jeunes militaires qui furent trouvés morts et tout à fait roides après une seule beure d’exposition à un froid vif (Brambilla). Mais heureusement cette terminaison funeste est le plus souvent précédée de quelques symptômes précurseurs.
Ces symptômes s’expriment surtout du côté du système nerveux : toutes les parties en contact avec l’air s’engourdissent, perdent la sensibilité il la pression, et quelquefois sont en même temps le siège de très vives douleurs. Peu à peu les mouvements deviennent plus lents, une tendance au sommeil poursuit les malheureux que le froid glace, et, malgré les instances les plus vives, on les voit s’asseoir, perdre le reste de leur chaleur, puis s’engourdir et succomber. C’est dans les récits de la retraite de Moscou, ou dans ceux de quelques navigateurs, qu’il faut lire le tableau saisissant de ces scènes désastreuses. On y voit des hommes vigoureux, accablés par le froid, supplier leurs compagnons de les laisser un instant s’asseoir et goûter du repos. Si l’on cède à cette fatale demande, la mort est au bout de cette concession. 11 faut se rappeler ici les paroles de Solander à ses compagnons, sur les rivages glacés de la Terre de Feu : «Quiconque s’assied s’endort, et quiconque s’endort ne se réveille plus.» Cependant lui-mème, quelques instants après, suppliait qu’on le laissât se coucher. Si donc on n’exerce pas une rude et constante vigilance sur ceux que poursuit ce sommeil léthargique, on les voit chanceler comme des hommes ivres, s’affaisser la face contre terre, et rester morts dans cette position. Selon Larrey, on observerait souvent avant la mort une sorte d’idioti-sjoe, de la difficidté dans la parole, un affaiblissement, et parfois même une perte de la vue. La mort est quelquefois précédée d’une émission involontaire d’urine et d’une épistaxis.
Quelques faits exceptionnels paraissent établir que certains individus ont pu rester enfouis pendant cinq ou six jours dans la neige, au milieu d’un sommeil profond, et être retirés de là vivants. Mais il faut ajouter que ces faits sont assez rares, et que, dans ce cas, la gangrène, succédant à ta réaction inflammatoire, a entraîné la mort de ces malheureux.
Le froid produit ces accidents généraux si graves en s’opposant à l’hématose de bien des façons différentes. .Ainsi il refoule dans les organes internes le sang qui était à la périphérie <lu corps, et amène un ralentissement notable dans la circulation, après avoir légèrement augmenté (bâbord le nombre des pulsations. Les mouvements respiratoires sont quelquefois gênés par un resserrement involontaire des narines et de la bouche, qui ne permettent plus l’ampliation de la poitrine. Ces phénomènes ont été observés sur des soldats français, au sommet des .Alpes.
5^2 des lésions traumatiques.
L’air profomlémeiU froid amenail une contraction involontaire de la bouche et des narines; les efforts pour dilater la poitrine étaient insuffisants, et si le vent redoublait, les malheureux soldats tombaient morts sur la neige. Entin on a vu quelquefois, au dire de Desgenettes, le cou se roidir, s’incliner à droite ou à gauche, la rigidité se propager à tout le tronc, et les malheureux tomber avec tous les symptômes de l’épilepsie et de la catalepsie.
Anatomie pathologique. — Les cadavres des individus qui ont succombé au froid n’ont pas été examinés avec soin; on s’est contenté d’établir que les lésions étaient celles de l’asphyxie, et que la circulation capillaire de la périphérie du corps, éprouvant d’insurmontables obstacles, la mort arrivait par la stase du sang dans les organes centraux. Ainsi, dans des faits réunis par Copland (1), on a trouvé les grosses veines et les artères remplies de concrétions polypeuses; le sang efla sérosité principalement abondants dans les organes thoraciques, le canal intestinal injecté, et des congestions cérébrales plus ou moins étendues.
Deux mémoires d’Ogston ont complété ces notions vagues par les détails d’autopsies d’individus adultes ou d’enfants qui avaient succombé au froid. Ce médecin regarde comme un fait caractéristique, dans quatre cas d’adultes, la couleur claire du sang dans le cœur et ailleurs. Cette coloration différait entièrement de celle que ce liquide présente communément; dans un cas môme, cette particularité était si saisissante, que l’on aurait pu croire à une vivisection. Il faut aussi remarquer l’abondance du sang dans les cavités du cœur des deux côtés et dans les gros vaisseaux qui en partent. Dans trois cas, Ogston a extrait du cœur et des vaisseaux de larges caillots fibrineux.
A l’accumulation du sang dans les organes centraux de la circulation, correspondait l’absence de ce lluide dans d’autres parties du corps. La surface générale était par conséquent pâle et dépourvue de ces sugillations que l’on rencontre dans les parties déclives de la tè^e et du tronc ; mais on a trouvé sur la peau de diverses parties du corps, autres que les parties déclives, des taches diffuses.
Les membranes du cerveau, la surface de ce viscère et les sinus montraient plutôt une diminution qu’une augmentation dans la quantité de sang. Dans trois cas, on a trouvé de l’écume muqueuse dans les voies aériennes.
Étiologie. — Les accidents que nous venons de décrire résultent, soit . de l’action continue d’un air froid, soit du contact avec des corps dont la température esf très basse. Ainsi le vent froid soustrait seul une grande quantité de calorique aux tissus ambiants; les corps glacés peuvent aussi produire des lésions qui varient de l’érythème simple à la production des eschares. Larrey a vu, à Eylau, des pustules produites sur les doigts de nos soldats qui maniaient les canons glacés de leurs fusils.
(1) Diclionary of Praclicul Modicine, vol. I, p. 357.
FROIDURES
Les alternalivcs rapprochées de froid et de chaud produisent les gerçures et les engelures sur les mains des individus qui plongent souvent leurs bras dans de l’eau à une température variable.
Certaines conditions générales rendent plus active l’action du froid. .\insi l’enfance, la vieillesse, une certaine frilosité naturelle, un exercice musculaire insuffisant, une mauvaise nourriture, la fatigue, la misère, sont autant de causes qui prédisposent aux divers accidents locaux et généraux des froidures.
Ce sont surtout les extrémités des membres ou quelques parties isolées, comme le bout du nez, le pavillon de l’oreille, etc., qui sont le plus rapidement impressionnées par le froid. On a dit qu’elles devaient ce triste privilège à leur éloignement du centre circulatoire. Mais le nez est-il plus éloigné de ce centre que l’articulation du genou? Il faut mieux l’attribuer à leur isolement et k leur mince épaisseur, ce qui leur permet d’être dans toute leur profondeur saisies par le froid.
Cette action destructive du froid reste limitée k une étendue peu considérable des membres, car des expériences faites en 1785, à la Société royale d’Édimbourg, ont démontré qu’on ne peut geler tout le membre d’un animal, avant qu’il ait lui-même succombé au froid.
Diagnostic. — La nature de la cause ne peut guère donner d’hésitation dans le diagnostic; mais il faut étudier avec soin la marche de certaines engelures ulcérées, pour ne point les confondre avec ces ulcérations scrofuleuses de la peau qu’on observe parfois sur les mains des enfants.
Pronostic. — Les lésions des deux premiers degrés de la congélation sont en général sans gravité; mais le plus souvent elles persistent pendant toute la durée de la saison froide, et guérissent sous l’influence d’une température plus élevée. Quant au troisième degré, sa gravité se mesure sur la profondeur des parties sphacélées et sur l’intensité de la réaction inflammatoire. Le pronostic des effets généraux du froid se déduit facilement de ce que nous en avons dit plus haut.
Traitement.— 1" Froidures locales. — Dans le premier degré de la lésion, on arrive assez souvent k faire disparaître la phlogose k l’aide de lotions ou de fomentations légèrement excitantes. Aussi a-t-on conseillé de laver les parties avec du vin aromatique, du vin chaud, de l’alcool camphré; de se servir de farine de moutarde comme on se sert de pâte d’amandes en se lavant les mains; de faire quelques onctions avec des graisses contenant des matières salines. Dans les cas où ces substances augmenteraient la phlogose, il faudrait recourir aux émollients et aux narcotiques. Dans le deuxième degré, on touchera les ulcérations avec une solution légère de nitrate d’argent, et on les pansera, soit avec du cérat, soit par des bandelettes de diachylon. On empêche souvent le retour de crevasses par le froid, en y appliquant pendant plusieurs jours une couche mince de collodion.
Dans le traitement du troisième degré , deux conditions peuvent se présenter : ou la partie est entièrement congelée, dure, sèche, blanche,
DES LÉSIONS TDAUMATIQUES.
insensible, ou la gangrène s’est déjà manifestée. Dans le premier cas, il tant SC rappeler que le danger le plus grand consiste dans un retour trop brusque de la chaleur, et, partant, dans une réaction phlegmasique qui éteint la vie dans les tissus; on évitera donc les applications chaudes et surtout la chaleur du foyer. On frottera doucement la partie, soit avec de la neige, soit avec des éponges trempées dans une eau très froide. Peu à peu on élèvera la température du liquide jusqu’à ce qu’on aperçoive un commencement de réaction spontanée. Il faudra alors se contenter d’observer la marche des phénomènes; et si la réaction devenait trop vive, on s’empresserait de la tempérer par des applications froides. Souvent l’état livide s’efface, les tissus se ramollissent, la chaleur revient, la sensibilité renaît sans qu’on soit obligé de soumettre le malade à une autre médication. Quand on mesure bien l’intensité de la réaction qu’il est permis de faire succéder aux lotions froides, on peut pratiquer des frictions avec des flanelles chaudes imbibées de quelques liquides alcooliques, etc. Si la gangrène n’a pu être évitée, on se comportera comme nous l’avons dit à l’article Brûlure, en confiant le plus possible aux seules forces de la nature l’élimination des eschares.
Afin de seconder cette action locale, on donnera à l’intérieur des cordiaux, et l’on soumettra le malade à un régime tonique.
2” Froidures générales. — Pour s’opposer aux suites si graves de l’action générale du froid, il faut surtout éviter le repos. On recommandera l’exercice de la marche ou le mouvement sur place, et on luttera par tous les moyens possibles contre le sommeil, funeste avant-coureur de la mort. Les liqueurs alcooliques, qui produisent une exaltation passagère des forces, doivent être repoussées, et l’on se gardera bien d’user aussi des boissons froides, dont parfois des malheureux se sont montrés avides pour satisfaire le besoin si impérieux de la soif. Une nourriture tonique et quelques cuillerées de vin généreux peuvent seules convenir comme régime prophylactique de ces accidents. Il huit craindre aussi de s’approcher trop rapidement du feu ; un passage trop brusque du chaud au froid peut faire naître de graves désordres. On a vu des soldats ainsi refroidis tomber roides morts en approchant du feu.
Mais il ne s’agit ici que du traitement prophylactique. Que faut-il faire aux malheureux qui sont plongés dans ce genre d’asphyxie léthargique qui précède la mort? Tous les médecins qui ont pu observer ces funestes effets du froid s’aceordent à reconnaître qu’on a plus d’une fois accéléré la mort d’individus qu’on a voulu imprudemment réchauffer. On placera donc le malade dans une chambre sans feu, et, suivant ici la pratique des peuples du Nord, on le frictionnera sur toute la partie du corps, soit avec de la neige, soit avec une éponge imbibée d’eau très froide. Cela fait, on le mettra dans un bain froid de -j- 12“ à -f- 15", dont on élèvera graduellement la chaleur. Si la réaction tarde à se montrer, ou peut la provoquer à l’aide de frictions excitantes avec le baume de Fioravanti, la térébenihine, etc. Dès qu’on aperçoit les signes de la réaction,
DES ACCIDENTS PRODUITS PAR LA FOUDRE
on place le malade dans un lit, et l’on attend qu’une transpiration modérée s’établisse. Dans les cas très graves, après avoir agi énergiquement à la surface de la peau, on peut exciter les fonctions respiratoires à l’aide de substances volatiles, ou par l’insufflation pulmonaire, ou par la titillation de l’arrière-gorge. Si l’on voit reparaître la sensibilité, la chaleur, on fera bien d’administrer quelques cordiaux, une boisson diaphorétique; enfin on rétablira dans la chambre du malade une température plus élevée.
A l’aide de ces moyens, sagement mis en usage, on arrivera souvent à rappeler à la vie des malheureux près de la quitter. Mais nous ne saurions aller aussi loin que Richter, et espérer que la vie puisse revenir tant que le sang contenu dans le cœur lui-méme n’est pas converti en glace.
DES ACCIDENTS PRODUITS PAR LA FOUDRE
Nous ne parlerons pas seulement ici des briilures produites par le feu du ciel, mais aussi de l’ensemble des phénomènes qui résultent de l’action de la foudre sur l’homme.
Historique. — Los travaux sur l’histoire médico- chirurgicale de la foudre sont de date assez récente, et l’on s’est longtemps contenté de décrire l’état des foudroyés, d’après les récits purement imaginatifs de Pline. Aujourd’hui, on possède un assez grand nombre d’observations recueillies avec soin sur des individus frappés par la foudre , et, grâce à ces faits, on a pu tracer un exposé assez complet des accidents dus à cette cause. Les principaux travaux qu’on devra consulter sur ce sujet sont les suivants ;
Benjamin Brodie, Lectures WustraUve of varions snbjecis in palhology and Surgery, 1846, p. 100. — Boudin, Traité de géographie eide slatislique médicales, t. I, 4 857, p. 467. — Jack, Observations sur la mort et sur les blessures produites par la foudre {Allgemeine Central- Z eilung, 4 857, XXVI, 53, et Gazette hebdomadaire, 1858, p. 27). — Andues Poev, Relation historique et théorie des images photo-électriques de la foudre obseivées depuis 360 de notre ère jusqu'en 4 860 {Annuaire du Cosmos, p. 407, 4 864). ^
ÉTIOLOGIE. — Les accidents dus à la foudre ne sont pas excessivement rares, mais on ne les inscrit pas avec autant de soin que dans l’ancienne Rome, où l’on tenait note, sur des livres spéciaux {libri falminales), de tous les coups de foudre. Du reste certaines localités sont par leur position géographique presque à l’abri de ces accidents. Ainsi on n’avait pas enregistré à Paris, de 18ü0 à 1851, un seul décès par fulguration, et à Londres, un relevé statistique fait en 1786 permit de constater que sur 750 000 individus morts depuis trente ans, 2 seulement avaient succombé 1 par la foudre.
En France, de 18.^5 à 1852 inclusivement, l’administralion a relevé I. 35
DKS LÉSIONS TRAUMATIQUES.
le. décrûs (le 1308 personnes linies roides par la Idiulre. Cela donne une nioyenne annuelle de 72,22; mais ce ehilire ne renferme pas les individus blessds, rendus infirmes, etc. Durant cette période de temps (1835-1852), la mortalité n’a pas été répartie également sur toutes les années; l’an 1835 contenait le maximum des cas, 111, et 1843 le minimum, soit 48. Ces morts par la foudre se rencontrent très inégalement dans les différents départements et aux divers mois de l’année. Ainsi, sur 1308 cas, on en a trouvé 2 dans l’Eure-et-Loir et le Calvados, tandis qu’il y en a eu 38 pour Saône-et-Loire et 48 pour le Puy-de-Dôme. Boudin, d’après ces données, a figuré une carte de France, dont les teintes régulièrement distribuées indiquent bien le maximum et le minimum des cas de fulguration sur les divers points de la France. C’est au mois d’août que ces accidents ont paru être le plus fréquents.
Les hommes sont plus souvent atteints que les femmes, mais cela paraît tenir à la nature de leurs travaux. Ainsi , sur 55 décès constatés pour 1853 et 1854, on trouve 40 hommes et 15 femmes.
Lorsque des individus ou des animaux placés à côté l’un de l’autre sont frappés par la foudre, c’est aux deux extrémités de la file que se produisent en général les effets les plus graves. Arago rapporte (1) que la foudre tomba le 22 août 1808, sur une maison du village de Knouan, en Suisse. Cinq enfants lisaient, assis sur un banc, dans une pièce du rezde-chaussée : le premier et le dernier tombèrent roides morts; les trois autres en furent quittes pour une violente commotion.
Anatomie patholoüique. — Nous ne sommes plus au temps où l’on n’osait pas toucher au corps d’un foudroyé; le médecin est aujourd’hui comme l’ami d’Ovide, auquel le poète disait:
Ausus es igné Jovis percussum tangere corpus.
{Tristes, lib. III, eleg. 5.)
Mais ces examens cadavériques n’ont pas jeté un grand jour sur la cause de la mort.
Les individus tués par la foudre conservent souvent l’attitude qu’ils avaient au moment où ils ont été frappés. Ainsi on les a trouvés debout ou dans la position de gens prenant leur repas. Boudin ne tient même pas pour invraisemblable le fait d’un individu qui fut tué par la foudre pendant qu’il était à cheval, et qui garda cette position jusqu’à son retour chez lui. Quand des chiens, frappés par la foudre, moururent dans l’église de Châteaimeuf-les-Moustiers, ils conservèrent l’attitude qu’ils avaient avant la mort (2).
Les personnes foudroyées sont quelquefois transportées loin du lieu où elles ont été frappées : c’est ainsi qu’un homme foudroyé sous un chêne
(1) OEuvres complètes. Notices seienliftgucs. Paris, 1854, t. I, p. 288.
(2) Annales de chimie et de physiq,, t. Nil, p. 354.
DES ACCIDENTS PRODUITS PAR LA FOUDRE. 547
fut trouvé après l’explosion sur une touffe (le châtaigniers, ji 24 mètres (le la place où la foudre l’avait atteint. Quelquefois ce ne sont (pe les cheveux, les vêtements des victimes, qui ont été lancés à distance. Ces vêtements ont pu être enlevés si complètement, que des foudroyés ont été trouvés dans un état d’entière nudité. Dans d’autres cas, on ne voit même plus de trace de vêtements après l’accident. Enfin ces vêtements peuvent être complètement ou partiellement épargnés, bien que les parties sous-jacentes soient brûlées.
L’autopsie des foudroyés est quelquefois absolument négative, mais ce n’est pas en général le cas; on y constate le plus souvent des lésions multiples.
C’est une opinion populaire que le cadavre des foudroyés est souvent réduit en poussière, et ({u’il suffit de le toucher pour le faire tomber en cendres; mais c’est là une erreur que ne peuvent justifier les cas, du reste assez rares, où l’on raconte (pie l’individu a été plus ou moins brûlé. Le corps des foudroyés ressemble plutôt au cadavre d’un individu congelé, car il en a queU[uefois la dureté. Cette rigidité excessive peut aussi se reproduire sur le cadavre d’animaux tués par l’électricité : c’est ce que démontre une expérience de B. W. Richardson (1). Il tua un gros chien par un fort courant électrique ; en une demi-heure la roideur cadavérique commença et augmenta bientôt à un degré tel, qu’en cinq heures le chien parut comme gelé, durci ou sculpté en bois. J. Hunter a prétendu que les animaux tués par la foudre et l’électricité n’avaient pas leurs muscles contractés ; mais celte opinion du grand physiologiste anglais n’est qu’une exception. On a trouvé le sang des foudroyés tantôt fluide, tantôt coagulé.'
Les brûlures sont les lésions cpi’on observe le plus souvent chez les individus frappés par la foudre. Elles sont superficielles ou profondes, et peuvent atteindre jusqu’au (piatrièrae degré. Quelquefois elles se bornent à une coloration brunâtre de la peau, mais le plus souvent d’autres degrés de la brûlure existent. Ces lésions se disposent sous la forme de traînées souvent fort étendues, qui indiquent le trajet suivi par la foudre. Ces tramées ne sont pas toujours uniques : ainsi Müller de Oberndorf rapporte que, chez une femme, le trajet de la foudre s’était divisé en deux courants à la cuisse pour se réunir au genou (2). La direction de ces trajets peut être déviée par des objets métallicjues portés par le malade : on a vu ces lignes de foudre suivre le trajet d’une chose métallique qui était suspendue au cou; on a même pu constater que le courant avait quelquefois dessiné sur le cou le trajet d’une chaîne d’or.
Le cadavre des foudroyés est très souvent dépouillé de poils partiellement ou sur tous les points, et, à ce propos. Boudin cite un cas curieux pour montrer l’influence de la foudre sur des poils de couleur différente.
(1) The Cause of Coagulation of the Blood {Astley Cooper Prize). London, 1858.
(2) Schmidl’s Jahresbericht, 1858, vol. C, p. 79.
5^48 ])ES LÉSIONS TnAlIMATIQUES.
Un taureau pie blanc el rouge a été frappé par la foudre; les poils blancs de son dos ont été brûlés seuls et les poils rouges laissés sans le moindre dommage (1). Pettschaff rapporte un fait tout h fait semblable.
Les lésions de la foudre vont rarement plus loin que des brûlures. Cependant on a pu constater soit des fractures, soit d’autres mutilations fort graves. Parmi les mutilations observées, mais rarement, il faut noter en première ligne l’arrachement partiel ou total de la langue. On a constaté aussi deu.x enlèvements du bras, et, dans l’un des cas, une partie de la tête accompagnait le membre supérieur enlevé. Il faut citer encore parmi les cas rares ceux où il existait des lésions du crâne, de la membrane du tympan et des yeux. On a quelquefois constaté un trou au crâne chez les individus frappés à la tête. Ce trou, très peu étendu, n’est pas produit par la chute que peut faire le foudroyé. Dans un cas cité par Heusinguer (2), au-dessous d’une plaie large comme une pièce de six francs, faite aux téguments du crâne, l’os était percé d’un petit trou de deux lignes de diamètre, et de ce trou sortaient trois fissures très fines de six à douze lignes de longueur. Dans d’autres cas très rares, à la vérité, on constate une fracture comminutive des os du crâne.
La membrane du tympan est quelquefois perforée; dans un cas môme, elle était, arrachée. Puccinotti, Corresi (3), Rüther, ont encore signalé sur le cadavre des foudroyés une proéminence des yeux, un certain état brillant de cet organe , enfin une tache triangulaire livide .sur la sclérotique, ayant sa base du côté de la rétine et son sommet tourné vers l’angle de l’œil. Il y a quelquefois dans le poumon ou dans le tissu cellulaire sous-pleural des ecchymoses ; ces épanchements de sang expliquent pourquoi on trouve alors dans la bouche de ces malheureux un mucus sanguinolent.
Un des plus curieux, mais des plus rares effets de la foudre, c’est la formation sur la peau d’images photo-électriques représentant des objets du voisinage. Andres Poey a consacré à l’exposé de ce fait un assez long mémoire qu’on devra consulter avec critique, mais qu’on lira avec intérêt.
11 y a un assez grand nombre de faits qui établissent la réalité de ce phénomène, et leur explication n’a rien d’extraordinaire. Franklin avait déjà, en 1786, raconté à Leroy, membre de l’Académie des sciences de Paris, qu’un homme, se tenant sur le pas d’une porte pendant un orage, vit la foudre tomber sur un arbre vis-à-vis de lui, et que, par une espèce de prodige, on trouva ensuite la contre-épreuve de cet arbre sur la poitrine de cet homme. Un autre fait de ce genre, et des plus curieux encore, est celui qui fut constaté sur le brigantin il Buono-Servo, à l’ancre dans la baie d’,\rmero (Italie). Un matelot, assis au pied du mât de
(1) A verij exlraordinary Effecl of Lightening, etc., by J. Lambert and W. Green {Philps, Trans,, Abridged, vol. XIV, p. 90).
(2) Pathologie comparée. Casse\, [>. 287.
(3) Giornale di ncienze mcd. di Torino, dércmb. 1810.
UES ACEIUENTS l'UüDUlTS l’.VU LA FUÜUUE.
misaine, fui Lué par la foudre. On remarqua sur son dos une Irace légère, jaune et [noire, qui parlait de son cou et se terminait aux reins, cl là se voyait imprimé un fer à cheval parfaitement distinct et de même grandeur que celui cloué sur le màt auprès duquel se trouvait le matelot. L’image d’arbres, de feuilles, de meubles, d’un numéro kk de métal, d’une plaque métallique, a été aussi constatée dans d’autres cas.
Andres Poey propose de rapprocher ces images de la foudre des reproductions photo-électriques que l’on obtient d’un objet en mouveraeni, et il cite à cet égard l’e.xpériencc suivante faite par Talbot. On place, dans une chambre obscure, une feuille de papier imprimée sur un disque circulaire qu’on lait tourner rapidement sur son axe ; et lorsque ce disque a atteint son maximum de vitesse, on décharge une batterie électrique entre le disque et la chambre obscure, laquelle contient une plaque de glace très sensible. On produit de la sorte une empreinte parfaitement nette de la feuille imprimée, dont le mouvement n’a nullement affaibli les traits des caractères. L’histoire de ces images de la foudre soulève un très grand nombre de questions importantes de physique et de photographie, dont il ne peut être question dans ce livre. Nous avons voulu seulement exposer le fait et laisser entrevoir son explication.
La putréfaction se développe parfois très vile dans le corps des foudroyés, tandis que dans d’autres cas on a manifestement constaté qu’elle était retardée.
Symptomatologie. — Les individus frappés par la foudre perdent connaissance, soit par le résultat de la commotion cérébrale, soit par un sentiment de terreur profonde ; ils sont en même temps paralysés du mouvement et du sentiment. La perle de connaissance peut durer assez longtemps : ainsi, dans un cas cité par Boudin, un foudroyé resta une heure un quart dans une insensibilité complète, et ne revint à lui qu’après avoir été exposé par ses camarades à l’action de la grêle. Quand ces blessés reviennent à la vie, ils n’ont le plus souvent aucune connaissance de ce qui s’est passé sur eux et autour d’eux, car la chute de la foudre précède la constatation de l’éclair. Des individus chez lesquels la commotion n’a pas été aussi forte ont aperçu autour d’eux une vive lumière.
La paralysie du mouvement et de la sensibilité persiste aussi plus ou moins longtemps, mais par malheur, indéfiniment dans quelques cas. Les foudroyés qui guérissent gardent pendant quelques semaines ou quelques mois une faiblesse excessive et une grande lourdeur des membres inférieurs; un malade disait qu’il croyait avoir du plomb attaché à scs souliers. Ils ont le tact obtus, ne peuvent guère tenir des objets, et n’ont pas une conscience nette du sol sur lequel ils appuient. On constate encore quelques paralysies spéciales : ce sont des amauroses par commotion, de la surdité nerveuse ou consécutive à une déchirure du tympan, du mutisme et un état cérébral voisin de l’imbécillité.
La paralysie par fulguration est bien plus fréquente aux membres inférieurs qu’aux membres supérieurs. Au lieu d’une paralysie, on
DES EÉSIONS TDAUMATIQUES.
a noté quelquefois une exaltation de la sensibilité générale ou spéciale.
A ces troubles nerveux s’ajoutent différentes lésions physiquement constatables : ce sont d’abord les brûlures et les plaies dont nous avons parlé plus haut. Ces accidents n’ont rien de plus spécial que ce que nous avons déjà indiqué; seulement ils sont souvent d’une difficile guérison.
Un phénomène observé quelquefois, et dont Eisenmann (1) a rappelé des exemples, c’est la production de divers exanthèmes. On a cité des faits d’urticaire, et dans un cas l’éruption reparaissait après chaque orage. Un œdème érysipélateux de l’articulation tibio-tarsienne gauche, avec brûlure de la joue gauche, est rapporté par le docteur llcuttemüller dans le Wurtemberg med. coimespond. Blatt (2). L’épilation par la foudre a déjà été signalée plus haut sur le cadavre des foudroyés; mais il faut ajouter que, sur le vivant, cette épilation a persisté dans un cas. Le capitaine d’une frégate, le Gobjmin^ fut frappé par la foudre au sortir d\i port de Lorient, dans la nuit du 21 au 22 février 1812. Il reçut plusieurs blessures à la tète.
« Le lendemain, dit cet officier, quand je voulus me raser, je trouvai que la barbe, au lieu de se couper, s’arrachait par l’action du rasoir, et depuis ce jour elle a totalement disparu. Les cheveux, les cils, les sourcils et les poils du corps tombèrent successivement; depuis lors je suis resté entièrement épilé. Pendant l’année 1813, les ongles s’en allèrent en écailles, ceux des pieds n’éprouvèrent aucun changement visible (3). »
Les foudroyés perdent quelquefois du sang par le nez, les oreilles, les yeux mêmes; enfin la foudre a produit des cataractes et provoqué l’avortement.
A côté de ces accidents dus à la foudre, il est bon de noter quelques cas où la foudre paraît avoir agi comme moyen thérapeutique ; cependant la plupart de ces faits n’ont pas grande authenticité. Ce sont, dit-on, des paralysies des membres inférieurs, des amauroses, des affections rhumatismales guéries; mais la plupart de ces faits ont été relatés par des gens du monde plus souvent que par des médecins, et sont presque sans valeur. Ort a prétendu que, dans un cas, la foudre avait contribué a guérir une tumeur du sein (à).
Après avoir signalé isolément les différentes lésions produites par la foudre, nous compléterons ce sujet en rapportant sommairement un des cas.de fulguration les plus importants et les plus récents, dans lequel les effets de la foudre ont pu être étudiés sur plus de trois cents individus frappés à la fois. C’est le cas décrit par Jack et observé à Crossbau.
«Le 11 juillet 1857, trois cents personnes environ étaient rassemblées dans l’église de Grosshau, petit village situé sur une hauteur dépendant
(1) Die vegctalivcn Kranklieilen, iab3,\).i68.
(2) Analyse dans Schmidt’s Jahresb., 1842, 3 vol., suppl., p- 267.
(3) Arago, OEuvres complètes. Notices, t. I, p. 377.
(4) Eason, .dn Acco'Mii of lhe Effeclis of Lighlening in Discussing a Tumoar oflhe Breast (Medical Communie., 1776, p. 82).
DES AOÇIÜEATS l'RODlilTS PAH DA EOUDllE.
de l’Eifel, à deux lieues environ de Düren, lorsqu’un orage vint à tomber sur l’église. La foudre tua six hommes vigoureux, en blessa cenl appartenant aux deux sexes, et renversa les autres assistants. La plupart de ces derniers perdirent connaissance, mais en furent quittes pour la peur; ceux qui gardèrent bien leur présence d’esprit assurent avoir éprouvé , dans les oreilles et dans la poitrine, une sensation analogue à celle que fait percevoir une détonation. Il leur sembla que leurs membres inférieurs venaient d’éprouver un choc violent contre le sol vers lequel ils étaient attirés. L’église était remplie d’une odeur sulfureuse qui avait pénétré dans les vêtements des blessés.
Les individus gravement frappés n’avaient pas gardé le moindre souvenir de ce qui s’était passé; leur réveil était plus ou moins prompt; il s’en trouva même qui ne se rappelaient plus du tout ce qui avait eu lieu une heure avant l’événement.
Le docteur Jack arriva quatre heures après l’accident. Les cadavres des individus foudroyés étaient froids et pâles, mais deux d’entre eux répandaient déjà une odeur de putréfaction. La physionomie de ces foudroyés exprimait le calme; leurs pupilles étaient très dilatées, leurs yeux sans éclat, les membres roides, inflexibles, et le ventre tympanisé. Sur cinq de ces cadavres, les lésions de la foudre se manifestaient sur le côté droit du corps. A partir de la tête et du cou elles s’étendaient sur la poili'iiie et le ventre, sous la forme de raies rougeâtres de la largeur d’un pouce à celle d’une main. Quelquefois c’étaient des taches sans interruption, de la grandeur d’une fève, qui faisaient sur la peau des macules et des excoriations plus ou moins profondes. Le sixième malade avait été frappé à l’épaule gauche ; de là la foudre descendait comme en sautant vers la cuisse gauche. Deux de ces foudroyés offraient des lésions d’une giande étendue, et le sang coulait par le nez et par la houche. Tous les cheveux et les poils au voisinage des parties lésées étaient hrûlés. Il n’y avait pas commencement de formations vésiculaires. Le lendemain, les raies et les macules s’étaient changées en des racornissements de la peau, d’une couleur brun noirâtre, de la consistance du parchemin ou du cuir. L’autopsie n’a pas été faite.
Une trentaine de blessés gardèrent le lit, en se plaignant d’une sensation de froid, d’un tiraillement très douloureux dans les articulations des mains, des pieds, des coudes, semblable aux secousses électriques, d’une paralysie incomplète de ces parties et d’une forte angoisse précordiale accompagnée d’une chaleur vive à la région épigastrique. Les mouvements du cœur étaient irréguliers et la respiration difficile. Cette angoisse précordiale et cette douleur épigastrique se firent aussi remarquer chez les individus non frappés par la foudre.
Les lésions étaient pour la plupart des brûlures au premier degré. Quelques ble.ssés avaient des phlyctènes et des excoriations; on voyait aussi plusieurs degrés de la brûlure sur la môme partie ou sur différentes parties du corps. Les lésions graves existaient du côté droit, et surtout à
DES UÎHIO-N'S TRAUMATIQUES.
la moitié supérieure du corps, où elles préseiilaicnl pour la plupart des bandes rouges suivant une direction droite ou tortueuse, pâlissant sous la pression et occupant la largeur d’un h trois pouces. Elles partaient en général de la tète et de l’oreille droite, où elles avaient produit de l’épilation; elles se dirigeaient vers le sternum, l’épigastre, et de là sur le membre inférieur droit. Quelquefois le sternum et l’épine dorsale présentaient à la fois des stries rosées. Chez un individu, la foudre suivait une direction assez compliquée en forme de W d’une épaule à l’autre. C’était chose rare de voir les extrémités inférieures seules atteintes d’une manière étendue; un seul homme avait les deux pieds hrûlés. Mais ce qui était avant tout digne d’être noté, c’était la formation des images les plus singulières qu’on observait sur différents points de la peau. Elles étaient analogues aux figures produites sur un plateau de résine neutre à l’aide des deux électricités et d’un mélange de minium et de soufre, et connues en physique sous le nom de figures de Leichlenberg. Elles formaient de petits arbres, des fleurs comme celles qu’on voit sur des carreaux de verre couverts de gelée, des faisceaux, des éventails, des étoiles. Ces figures dendritiques pâlissaient bientôt, et le lendemain avaient perdu la netteté de leurs contours; elles étaient douloureuses, et il se formait plus tard à leur place des vésicules remplies de pus.
Les vêtements de la plupart de ces individus étaient déchirés et mis en lambeaux; les parapluies, lacérés et privés de leurs boutons de métal.
Diagnostic. — Les circonstances du fait, jointes aux brûlures superficielles, rouges, qui s’étendent suivant une certaine longueur du corps, mettront sur la voie du diagnostic. Mais si l’on était appelé par la justice à déclarer à quel genre de mort a succombé un individu frappé, mais non brûlé par la foudre, on éprouverait des difficultés souvent insurmontables.
La plupart des individus qui n’ont pas été tués par la foudre finissent par guérir complètement. La persistance des accidents est l’exception.
Traitement. — Lorsqu’on est appelé auprès d’un individu frappé par k foudre et resté .sans connaissance, on doit essayer de ranimer les forces du blessé par des frictions, par des affusions froides, par quelques lavements excitants et par des stimulants administrés par la bouche. Si la respiration manque et si le corps est refroidi, on doit essayer la respiration artificielle, en même temps qu’on exposera le corps à une douce chaleur.
Dès que le foudroyé aura repris ses sens, on s’occupera de panser ses brûlures par les moyens déjà indiqués à l’article Brûlure. On a prétendu, mais sans preuves suffisantes, que les brûlures jiar fulguration se transformaient quelquefois en ulcères difficiles à guérir et qu’on traitait avantageusement par l’électricité; mais cette assertion est loin d’être prouvée.
DES AFFECTIONS CllAllBONNEUSES.