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UES MALADIES VIIULENTES.
d’un ordre plus secondaire. Ainsi on se demande : La blennorrhagie el le bubon peuvenl-ils être, comme le chancre, les premiers accidents de la syphilis? Les accidents secondaires sont-ils contagieux? et si cette contagion existe, sous quelle l'orme se monlrc-t-elle ? La maladie a-t-elle une évolution régulière? Le chancre est-il un accident purement local, qu’il suffit de. cautériser pour empêcher l’infection, ou bien, survenant après une incubation plus ou moins longue, n’est-il que la première manifestation de la diathèse déjà acquise? Y a-t-il des syphilis d’emblée, c’est-àdire peut-on observer une syphilide, par exemple, sans qu’il y ait eu ni chancre, ni blennorrhagie, ni bubon? Les végétations sont-elles de nature syphilitique?
Toutes ces questions sont les mêmes qui depuis trois siècles et demi sont résolues dans des sens différents par les divers syphilographes. Aujourd’hui l’accord n’est pas encore complet, et la discussion s’est compliquée d’un nouveau problème, la dualité chancreuse.
On peut classer en deux grandes écoles les médecins syphilographes de notre époque.
La première, qui se nomme elle-même Vécole des identistes, inscrit sur son drapeau l’identité de tous les phénomènes que nous venons de signaler ; ainsi la syphilis peut débuter par un chancre, par une blennorrhagie ou un bubon; elle peut même apparaître d’emblée, sans avoir été précédée d’aucun de ces trois symptômes. Le chancre a une incubation plus ou moins longue, el il y a déjà infection quand on l’observe ; sa cautérisation est donc inutile. Le pus sécrété par tous les accidents, quel que soit leur âge, est contagieux; le sang lui-même d’un syphilitique a cette propriété. La syphilis peut ne pas avoir une évolution régulière. Les végétations sont des accidents syphilitiques.
Cette école a pour principaux représentants : Lagneau, Baumès, Gibert, Cazenave, Devergie, Velpeau; et c’est à elle qu’appartenait Vidal (de
Cassis). Bazin peut être considéré comme un de ses partisans; toutefois il admet, mais incomplètement, la dualité chancreuse, et a émis sur les végétations une opinion particulière. Indépendantes de tout état général et de toute diathèse syphilitique, elles seraient produites par une irritation locale, irritation due à l’action in situ d’un liquide syphilitique.
L’école opposée, que ses adversaires appellent non identiste, lui reprochant d’avoir démembré le type syphiliti(pie, se déclare Vécole des unicistes. Elle admet runicilé du virus syphilitique, mais elle écarte de la syphilis certains accidents taxés de syphilitiques par l’école opposée, et qu’elle regarde comme étrangers à la vérole. Hicord est le représentant le plus considérable de cette école. Près de lui viennent se grouper Cullericr, Puche, Hardy et l’école dite de Lyon qui n’est, comme nous le verrons plus tard, qu’une émanation dissidente sur quelques points d(‘S doctrines de l’hôpital du Midi.
On doit étudier dans Hicord deux jiersonnalités distinctes, et ne pas confondre le législateur de tStPi avec le proh'sseur de T.es premii'n's
DE 1.A SYPHILIS
(loclrines de cel éminent chirurgien sont exposées dans son Traité de T inoculation (1838), dans son Iconographie (1842-1851), cl dans la première édition des notes qu’il a jointes au Traité de la maladie vénérienne, par Hunier. Au moment où Ricord prit en main le service de l’hôpital duMidi, le type syphilitique était disloqué, la spécificité syphilitique était niée, aussi eut-il à reconstituer sur ce point un corps de doctrine, et à proclamer des lois, comme il l’a dit. Il accepta de Hunier l’idée du virus syphilitique, et défendit son opinion de la non-contagion des accidents secondaires. Il prit à B. Bell et à Hernandez la distinction absolue entre le chancre et la blennorrhagie, et, pour expliquer certains cas e.xceptionnels, il établit et fit sienne, par le développement qu’il lui donna, la théorie du chancre larvé qu’Hernandez avait entrevue. Mais celle diü'érence essentielle entre la blennorrhagie cl le chancre, admise déjà par B. Bell, par son commentateur Bosquillon et par Hernandez , Ricord l’appuya sur un mode d’investigation qui avait donné des résultats opposés entre les mains de Hunter : c’est Vinoculation. Pendant plusieurs années, il inocula le pus du chancre et de la blennorrhagie, et fit de i l’inoculation le critérium irréfragable du diagnostic. De ces expériences lil tira cette loi : que le pus du chancre donne un résultat positif; le pus (de la blennorrhagie, un résultat négatif; et l’inoculation l’amena à con- >slaler de nouveau la distinction fondamentale de ces deux aü’eclions. IRicord refusa aussi tout caractère syphilitique aux végétations; il nia lie bubon d’emblée et admit pour la vérole une évolution régulière, si le t traitement ne la troublait pas. Le chancre, selon lui, n’avait pas d’incu- Ihalion, aussi pouvait-on empêcher l’infection constilulionnelle en le (Cautérisant au début.
Ricord avait observé depuis longtemps que tous les chancres n’étaient pas suivis d’accidents constitutionnels, mais il attribuait ces résultats à lune dillérence dans le terrain, et non à une dilférenee dans la graine. HJepuis, son opinion a varié sur ce point, et dans les Leçons qu’un de ses (élèves a publiées en 1858, il a adopté la doctrine, aujourd’hui assez en tfaveur, de Va dualité cliancrcuse. Il avait été précédé dans celle voie par iBassereau, son élève ; mais la doctrine que Bassereau étayait sur de inombreuses observations, Ricord l’avait déjà émise sous forme d’hyipothèse. Pour les syphilologues dualistes, un seul chancre est seulement 'Suivi de symptômes constitutionnels: ce chancre, qu’on appelle infectant, (est ordinairehient unique. Il est taillé à l’évidoir et non à l’emporte-pièce; jScs bords se continuent insensiblement avec le centre; il est induré et 'S’accompagne d’un retentissement ganglionnaire ordinairement indolent. MJuand le bubon suppure, le pus n’est jamais inoculable sur le malade tUteinl de ce bubon. Le pus du chancre est lui-même, dans ce cas, si rarcuiienl inoculable, que l’on peut d’une manière générale regarder le ré- 'sultal comme négatif. L’autre espèce de chancre, le chancre mou ouchancre ^wn infectant, est multiple; il est taillé à l’emporte-pièce; les bords en ■''Ont d(‘collés, il sécrète beaucoup de pus inoculable à toutiîs ses périodes
DES MALADIES VIIUILENTES.
oL autant de fois que l’on voudra sur le malade. Il se complique beaucoup plus souvent que l'autre de phagédénisme. Le bubon symptomatique de ce chancre suppure ordinairement, et le pus du bubon, comme celui du chancre, est toujours inoculable. Clerc (1) a donné au chancre mou le nom de chuncrnide, pensant que c’était un chancre infectant, prenant cette forme molle sur un sujet déjà syphilitique; mais Ricord a publié quelques faits qui renversent complétcm.ent cette manière de voir.
Telle est, réduite à ses termes les plus simples, la doctrine dualiste; les détails de cette question trouveront place plus loin dans l’étude du chancre. Malheureusement des exceptions, inquiétantes pour le sort do cette ingénieuse doctrine, commencent déjà à se faire jour. On publie des cas de chancre mou suivis do symptômes constitutionnels, et la confrontation des malades est venue plus d’une fois déjà donner tort au système. Les faits rassemblés par Melchior Robert, daus son livre (2), ne laissent à cet égard aucun doute. Pour sortir de cette position embarrassante, Ricord a imaginé l’hypothèse suivante : « Si l’on a vu, dit-il, des chancres mous donner des symptômes constitutionnels, cela tenait à ce cjne ces chancres, d’une origine infectante, avaient pris une forme molle chez un sujet infecté, et que ce chancre reprenait sa nature primitive lorsqu’il était transporté sur un sujet vierge de syphilis.»
L’école syphilographiquc de Lyon, représentée surtout par Diday et Rollet, autour desquels s’est groupée une phalange déjà nombreuse d’élèves distingués, explique ces cas difficiles par l’existence du chancre mixte, résultat de l’inoculation du chancre mou sur le chancre induré.
Il sera sans doute fait encore quelques tentatives pour expliquer les faits qui choquent l’harmonie du système ; mais nous sommes depuis longtemps accoutumés à ces moyens dilatoires, et nous ne devons pas nous en étonner.
Nous terminerons là l’exposé des doctrines de nos contemporains; car nous n’avons voulu qu’indiquer à grands traits les systèmes généraux qui se disputent encore aujourd’hui le terrain de la syphilis.
La simple mention des travaux publiés sur la syphilis servirait à remplir des livres volumineux. Déjà, à la fin du siècle dernier (1793), Girtanner donnait le titre de 1912 ouvrages traitant de la vérole, et depuis lors le nombre des travaux sur cette affection s’est considérablement accru. Devant cette littérature si riche, je dois mfc borner à indiquer simplement ici les livres qui renferment une étude générale de l’iiistoire, de la pathologie et du traitement de la syphilis, me bornant à renvoyer à 1 diverses parties de cet article l’indication des mémoires publiés sur un i point spécial de cette maladie.
On devra, pour l’histoire de la syphilis dans l’antiquité et pour la connaissance des auteurs qui ont écrit .sur cette alfecliou à la fin du xv* siècle, consulter les ouvrages suivants : ^
(1) Du chancrolde syphililique. Paris, IStli.
(2) Nouveau traité des maladies vénériennes. Paris, 1801,
UK LA SYIMIIKIS.
Aloysius Luisinus, Aphrodisiacus, sive de lue venerea, in duos lomos bipartilus, continens omnia quœcumque Imclenus de hue re sunt ab omnibus conscripia, I édition, 1566, dernière édition avec une préface de Boerliaave. Leyde, 1728. Ce livre contient 59 auteurs. — Ch. G. Ghuner, Aplirodisiacus, sive de lue venerea, in duas partes divisus, quarum altéra continet ejus vestigia in veterum uuctorum monumentis obvia, altéra quos Al. Luisinus temere omisit scriplores. léna, 1789. Ce supplément au livre de Luisinus contient 64 auteurs, dont 8 avaient été doimés, mais inexactement, dans le premier A'phrodisiacus ; il a été complété par un second supplément. — Cli. G. GrüNER, De morbo gallico scriplores medici et historici, partim inedili, parlimrari et nolalionibus aucti accedunt morbi gallici origines maranicœ. léna, 1793. — AsTRUC, De morbis venereis libri novem, 1740, in-4, 2 volumes. Le deuxième volume est consacré à la littérature des maladies sypliiliti([ues. — l*. G. llENSLER, Geschichle der Luslseuche, die zu Ende des XV Jabrliunderls in Europa ausbrach [Histoire de la vérole qui fit son apparition en Europe à la fin du xv“ siècle], tome I, Altona ; tome II, partie 2'. — Ueber den weslindischen Ursprung der Luslseuche [Sur l’origine de la vérole dans les Indes occidentales]. Hambourg, 1789. La première partie de ce tome H n’a point paru. — Ch. Girtanner, Abhandlung iiber die venerischoi h'ranhheilen [Traité des maladies vénériennes], 2'-’ édit., 1793, 2 tomes en trois parties. Les deux parties du deuxième volume sont consacrées à la bibliographie critique de 1912 ouvrages surlavérole publiésde 1 495à 1 794. Girtanner était partisan de l’origineaméricaine. Cet ouvrage a été continué par l’auteur suivant : — H. Aug. Hacker, Liltcralur der sijphiliiischen Krankheiten vom Jahre 1794 bis mit 1 829, als Eorlsetzung der girlannerschen Litteratur zu betrachten. Leipsig, 1 830. — Idem, Neuesle Liltcralur der syph. Krankheiten von 1830-1838. Leipzig, 1 839. Enfin on a continué ces indications bibliograplinpies dans TArgos de Hacker, 1842, 1 843. — En. Alex. Simon, Versuch einer krilischen Geschichle der verschiedenurtigen besonders unreinen Behaftungen der Geschlechtstheile und ihrer Umgebung, oder dér ürllichcn LuslUbel, seil der altesten bis auf die neuesle Zeil [Essai d’une histoire critique des diverses alTeclions impures des parties génitales et des parties voisines, ou des affections syphilitiques locales dès les temps les plus anciens jusqu’à nos jours]. Hamburg, 1830, 1831, 1846, 3 vol. in-8. — IüEM, Kritische Geschichle des Gr.sprunys, der Pathologie und liehandlung der Syphilis, Tochlcr und wiedennn Muller des Aussalzes [Histoire critique de l’origine, de la pathologie et du traitement de la syphilis, fille et à la fois mère de la lèpre]. Hambourg, I 857, vol. 1 ; 1858, vol. H, 1 section. — ItoSENUAU.M, Geschichle der Luslseuche im Allerthume nebsl ausfahrlichen U nier suchungen iiber den Venus und Phalluscullus, etc. [Histoire de la maladie vénérienne dans l’antiquité, avec des recherches détaillées sur le culte de Vénus et du phallus, etc.] 1’’® édition, 1839 ; 2“ édition, 1 845, in-8. — Gauthier, Recherches nouvelles sur l’ histoire de la syphilis. Lyon, 1 842. — C. H. Euchs, Die (iltesten deulschen Schriflsleller iiber die Luslseuche [I>es auteurs allemands les plus anciens sur la vérole]. Gœttingue, 1843.
Mous avons <lù, pour les travaux rolalifs à la pathologie cl à la théra- .peulique générales de la syphilis, faire un choix Irès restreint dans nos I indications hihliographiques. Déjà, à l’article Historiquk, notts avons ■signalé quelques ouvrages qui ont une valeur doeirinale; nous indiqueirons surtout maintenant ceux qui nous ont semblé présenter un bon l;i- Iblcau de la maladie.
SwEDiAUR, Praciical observations on lhe more obslinalc and invelerate l'enereal Comp/aôiLs. London, 1 78 4. Traduction franc, aise ; Trailé complet sur les symptômes, les effets, etc., des maladies syphilitiques. Eai'is, 1817. — Hu.nter (.Ioh.n). .1 Trealise
L'KS MALAimCS ViUlLENTK.S.
(ÜU)
on lhe Venercal D/.spasp. Loiulon, 1 786. Tradncliou l'ranraise par G. Hiclielol avec nole.s (le lUcord, 3° (xlit., ISoli. — Lagnicau, Exposé des diverses méthodes de imiter lu maladie vénérienne. Paris, -1 803. A la sixiisme édition, l’ouvrage prit le titre de: Traité pratique des maladies vénériennes. Paris, 1826. — Pu. Iîoyer Traité pratique de la sijpliüis. Paris, 1836. — Wallace, A Trcatise on lhe Venereàl Diseuse and ils Varielies. London, 1 838. — Ricohd, Traité pratique des maladies vénériennes, etc. Paris, 1 838. — Ideai, Lettres sur la syphilis, nouvelle édition, 1 856. — F. .1. Beiirend, Syp/i?7/f/o/og!e, eine Samrnlung des Wissenswertheslen ans der neueslen syphil. Lilteralur, 1839-1 845, 7 vol. — Cazen.AVE, Traité, des syphilides. Paris, 1 843. — Ideat, Annales des maladies de la peau et de la syphilis, 1848-1851 . — Bassereau, Traité des alJcctions de la peau symptomatiques de la syphilis, 1 852. — L. Parker, Modem Trealmenl of Syphitiiic Diseuses, 3' édit., 1 854. — Yvaren, Des métamorphoses de la syphilis; recherches sur le diagnostic des maladies que la syphilis peut simuler, et sur la syphilis à l'état latent. Paris, 1 854. — Vidal, Traité des maladies vénériennes, 3' édit., 1859. — Diday, Exposition critique et pratique des nouvelles doctrines sur la syphilis. Paris, 1858.
Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur les syphilides considérées en elles-mêmes et dans leurs rapports avec les éruptions darlreuses, scrofuleuses et parasitaires, 1 859. — ,f. MlciiAELls, Compendium der Lehre von der Syphilis.Véien, 1859. — Virchow, La syphilis constitutionnelle, traduit par Paul Picard, 1860. — Melchior Robert, Nouvecai traité des maladies vénériennes. Paris, 1861.
§ II. — Etiologie de la syphilis.
1" Du virus syphilitique.
L’existence d’im principe contagieux syphilitique est admise depuis Fernel. Ce virus est un agent invisible, sur la nalure duquel les recherches chimiques et microscopiques n’ont donnd que des indications insigniliantes. On en a fait une substance acide, alcaline, un poison âcre et corrosif ; on l’a expliqué par des vibrions; mais toutes les recherches ont été inutiles, on n’a pu isoler le principe virulent, cl, aujourd’hui comme au temps de Fernel, le virus syphilitique ne peut être apprécié que par ses effets.
A une époque ce principe a été nié, et l’on a considéré l’ensemble des manifestations syphilitiques comme une collection tirlificiclle de symptômes n’offrant pas entre eux le moindre nq^porl. Nous avons déjà parlé de celte doctrine et du peu de succès qu’elle obtint. Depuis lors elle s’est montrée de nouveau sous une forme un peu différenle ; quelques médecins ont nié la spécificité syphilitique, et ont voulu expliquer par l’action toxique du mercure ou l’hydrargyrose. l’ensemble symptomatique de la syphilis. Ceux qui ont avancé celle ojiinion, ne s’appuyaient que sur une hypothèse. Ils iidmettaienl, sans la démontrer, l’identité entre les symptômes du mercurialisme et les manifestations de la vérole, cl là ot'i il y n è peine une apparence grossière, ils proclamaient une identité absolue. Mais les malades qui n’ont pas pris de mercure et qui cependant présentent des symptômes .syphilitiques sont assez nombreux pour qu’il soit inutile de réfuter davantage l’hypothèse des antimereu-
j'ialish's.
Le princi])e syphilitique existe donc, et sans nous oeenper s’il agit
PE 1,A .SVnilLIS.
rninmo un fcrmonl ou un levain, s’il'osl acide on corrosif, questions tout à fait insolubles, nous admettrons l’existence de ce virus, en avouant toutefois notre ignorance sur sa nature intime. Nous ne connaissons ])as davantage les modilications qu’il imprime aux sécrétions qui lui servent de véhicule. Le pus et les autres liquides auxquels il est intimement uni ne présenlent, par les divers moyens d’investigation que nous possédons, rien de particulier.
Nous savons seulement que la matièi’e virulente sc trouve aussi bien dans le pus des chancres que dans la sécrétion des lésions constitutionnelles, et que, pour exercer une action spécifique, elle ne doit avoir subi aucune altération. La gangrène des tissus qui la sécrètent, le mélange avec des acides et des alcalis, lui enlèvent ses propriétés; mais on a pu la conserver dans des tubes douze ou quinze jours, sans qu’elle ait perdu sa faculté d’inoculation.
Quant à la plaie virulente, elle a une sj)hère d’activité sur laquelle nous reviendrons en faisant l’iiistoirc du chancre : nous voulons citer seulement ici des expériences qui ont été faites parMclchior Ilobert, à la suite d’excisions chancreuses. Le sang puisé sur la plaie produite par l’excision des chancres, soit simples, soit indurés, n’est pas inoculable d’un malade à l’autre pendant les trois premiers jours qui suivent l’excision; mais dès que la suppuration s’est rétablie à la surface des plaies, c’està-dire vers le quatrième jour, la matière sécrétée est devenue inoculable, et qui plus est l’induration s’est reproduite dans de certaines limites, au-dessous de ces plaies, lorsqu’il s’agissait île chancres indurés.
2" De la contagion.
La syphilis se transmet par contagion et par hérédité. Quand nous parlerons de la syphilis héréditaire nous examinerons les différents modes suivant lesquels la maladie se transmet alors. 11 n’est question maintenant que de la contagion des accidents locaux de la vérole.
Aujourd’hui la vérole n’est plus considérée comme une maladie mia.smatique; et les récits de contagion par l’air tiennent du merveilleux et non de la réalité. 11 faut, pour l’infection , qu’il y ait contact du liquide virulent avec un tissu organisé ; l’orgasme vénérien n’est môme pas nécessaire comme on le disait au temps de Nicolas de IMegny et de Fallopc.
Les contagions qn’on pourrait appeler médicales, c’est-à-dire les accidents qui surviennent aux médecins à la suite de l’examen de malades infectés, sont aujourd’hui assez nombreuses pour fournir un argument sans réplique à la non-nécessité de l’orgasme pour la possibilité de la contagion. 11 suffit qu’il y ait application du liquide virulent sur les tissus organisés; mais ces tissus doivent être dans des conditions de réceptivité spéciale.
La condition qui facilite le plus cette contagion, c’est l’existence d’une plaie, d’une éraillure récentes sur les points qui se trouvent exposés.
DES .MALADIES VIllULENTES.
C’csl, en cffcl, sur les parties les plus susceptibles de se laisser déchirer en raison soit de la finesse des tissus, soit de disposilions anatomiques spéciales, que nous voyons le chancre se développer le plus souvent : cela explique, par exemple, sa plus grande fréquence à la commissure iuleiieure de la auIa’C, au pénis, sur la muqueuse du prépuce, etc.
Mais les chancres peuvent se développer sur tous les points du corps. La statistique suiA'antc, duc à Fournier (1), donnera sur ce sujet des renseignements très précis.
Siège des chancres sur 82 i malades.
Malades affeclcs do chancres. Indurés. Simples.
Du gland cl du prépuce 314, 296
Du fourreau de la verge (jo 15
Multiples de la verge Il 17
Du méat urinaire 32 <)
Intra->irélliraux. . 4 I7 3
Du scrotum 7 „
Du sillon péno-scrotal 4 a
De l’anus G 2
Des lèvres 12 »
De la langue 3 »
Du nez 1 »
De la pituitaire 1 »
De la paupière 1 »
Des doigts 1 1
De la jambe 1 »
Mais l’éraillure, la petite plaie dont nous venons de parler, sont-elles nécessaires pour l’infection? Cette question n’a pas encore pu être résolue d’une façon certaine, et peu d’expériences ont été tentées dans le but d’éclairer la solution de cet intéressant problème.
Cependant deux faits observés par Cullerier, à l’hôpital de Lourcine, nous apprennent que l’on a pu laisser pendant trente-cinq minutes, dans un vagin dont la muqueuse était intacte, du pus de bubon virulent, sans qu’il y ait eu contagion. Ce résultat paraîtrait donc devoir faire admettre la nécessité de l’éraillure : mais une affirmation absolue est impossible ; nous croyons môme que l’érosion n’est pas nécessaire. En laveur de sa nécessité, on a' rappelé les cas de contagion médiate dans lesquels, comme dans l’expérience de Cullerier, une femme aurait pu servir de véhicule au virus. Ces faits, peu certains, sur lesquels avait déjà insisté Swediaur, prouvent seulement que la contagion n’est pas toujours forcée, mais ils ne prouvent absolument rien de plus.
Ileaucoup d’autres questions appartiennent encore à l’étude du virus syphilitique. La syphilis est-elle transmissible aux iinimaux? Y a-t-il un ou plusieurs virus? toutes les sécrétions virulentes possèdent-elles la meme propriété d’inoculation?
(I) Uiconl, Leçons sur le chancre, réiligées par A. Fournier, p. 252. Paris, 1S58.
DE LA SYPHILIS
Ces diverses qucslioas seront mieux à leur place dans d’autres points de l’histoire de la syphilis. Nous verrons alors que çertaines sécrétions peuvent s’inoculer assez facilement aux animaux, tandis que pour d’autres l’inoculation est toujours négative. Mclchior Robert, qui ne reconnaît qu’une seule espèce de virus, a entrepris sur ce sujet des expériences, et il admet la possibilité de l’inoculation cliancrcuse; mais jamais il n’a vu, à la suite de cette inoculation, de manifestations constitutionnelles. Les expériences deMaunoury (de Chartres) sur des lapins, dans le tissu cellulaire desquels il a introduit des fragments de chancres indurés, enlevés k des malades, et celles de Sigmund, n’ont encore reproduit que des accidents locaux sans trace de syphilis constitutionnelle. Maunoury (1) a vu que le pus du chancre inoculé de l’homme aux animaux est sans clfet; qu’un chancre récent, exempt de médication, enlevé en totalité ou en partie, et introduit dans le tissu cellulaire de la région supérieure du cou d’un lapin, produit de l’inllammation, une suppuration sui generis, un gonllement des ganglions cervicaux, accidents qui, dans un cas, furent mortels; enfin, qu’un chancre ancien n’a plus cette propriété inflammatoire. Mais on ne saurait vraiment rien conclure de ces expériences.
En passant en revue les diverses phases qu’a traversées l’histoire de la syphilis, nous avons montré à quelle époque et comment la blennorrhagie avait été séparée du type syphilitique; à quelle époque et comment aussi le virus chancreux avait été dédoublé. Nous dirons seulement ici que cette dualité chancreuse, acceptée aujourd’hui Avec une grande faveur, demande de nouvelles observations pour être admise d’une façon certaine. Déjà on a signalé des chancres mous suivis de symptômes constitutionnels ; mais comme en syphilographie on a l’art de faire rentrer forcément les faits dans les doctrines, on n’a pas lardé à expliquer ces exceptions. La théorie des chancres mixtes est née à Lyon pour servir celte cause, et Ricord, comme nous l’avons vu, admet que dans ces cas exceptionnels le chancre a pris la forme molle, parce qu’il était sur un sujet syphilitique; mais que, transplanté sur un sujet vierge, il a retrouvé sa première origine qui était infectante. Ces explications subtiles serontelles applicables à tous les cas exceptionnels? Nous en douions, et c’est moins par des théories que par une observation rigoureuse qu’on parviendra à élucider les points encore obscurs de cette doctrine. On devra surtout confronter les malades, les comparer en continuant les recherches qui depuis quelque temps déjà ont été faites dans celte direction par Bassereau, Ricord, Fournier et Rollet.
Les travaux récents ont encore démontré que l’on avait eu tort d’assimiler l’inoculation sur un malade syphilitique à l’inoculation sur un sujet vierge, et c’est sur celte erreur qu’était fondée la doctrine de Hunier sur la contagion du pus des accidents secondaires. Nous reviendrons sur celle question dans un article spécial.
(I) Gazelle hebdomadaire, 1835, p. 548.
DKS MALAIIIKS VI H ri.ENTKS.
(ïôfl
La syphilis, une lois inlroduile dans l’écünomie, subit riulUiouce de certaines causes prédisposantes et déterminantes : ces inlluenees sont hygiéniques, pathologiques ou physiologiques.
Les divers climats et les différenles saisons ont été tour à tour accusés de favoriser le développement des manife.slalions syphilitiques. Lagneaii croit que l’intluence d’un climat chaud est des plus heureuses sur la marche de la syphilis; Legendre avait été conduit par quelques observations à une opinion tout opposée; Bazin tient plutôt pour pernicieuse l’influence du passage brusque du froid à la chaleur. Dans noire climat tempéré, l’opinion de Bazin est A-raie, mais il est d’ailleurs incontestable que la syphilis a des formes plus légères dans les climats très chauds que dans les climats froids.
Des causes artificielles et certaines maladies ont une action très prononcée sur le développement de la syphilis. C’est ;i la suite d’une longue marche, on d’un bain très chaud, qu’on voit souvent apparaître une syphilide. Certaines formes morbides s’observent plutôt avec certains tempéraments et à certains âges : nous aurons l’occasion de montrer la diversité des éruptions que présentent les adultes et les nouveau-nés. Enfin, il y a une espèce d’idiosyncrasie qui fait que certaines prostituées ont uneimmunité presque absolue, tandis que d’autres sont fort som'ent infectées. On n’a aucune notion sur la nature de cette immunité ; aucune statistique n’en a établi le plus ou moins de fréquence ; mais c’est un fait que différents observateurs ont noté, et sur lequel Parent-Duchâtelet avait vivement appelé l’attention.
On a publié quelques statistiques qui ont montré l’influence de certaines conditions sociales sur le développement comparé de la blennorrhagie et de la syphilis. Ainsi sur 510 cas de syphilis, Puche (1) a trouvé la contagion transmise comme il suit :
Prostituées 37 é
Filles entretenues -i-S
Ouvrières 68
Domestiques 10
Femmes des malades 10
Fournier, sur 320 malades observés à l’hôpilal, a classé ainsi les sources de chancres indurés :
Filles publiques
Filles exerçant la prostitution clandestine
Sodomites
Cette même proportion se maintienl pour le chancre mou; mais elle (1) Fournier, De la contagion syphilUique, thèse de Paris, 1860, p. 116.
ItE LA SYPHILIS.
n’cxistc plus ])oui’ la blennorrhagie. Ainsi sur 387 lilennorrhagies, Puche a trouvé :
Femmes mariées '
Nous n’avons cité cette statistique que pour montrer l’intluence des visites faites au dispen.saire de la police sur la diminution de la blennorrhagie, accident très reconnaissable à un e.xamen rapide. Malheureusement cette influence n’est pas aussi bienfaisante sur l’extinction des chancres.
§ III. — Anatomie pathologique et symptomatologie.
Nous allons passer successivement en revue les différents accidents de la syphilis locale et générale, et dans les nomhrciises parties de ce paragraphe nous serons souvent obligé d’étudier chacun de ces accidents comme un tout complet. Nous diviserons d’abord ce sujet en deux groupes sons le titre de: accidenta locaux e\ accidents constitutionnels.