DE LA SUPPURATION
La suppuration est un état plus avancé de l’exsudation inflammatoire; elle est caractérisée par la formation d’un liquide qui renferme une certaine espèce de globules, et qu’on désigne sous le nom de pus.
Historique. — De tout temps ce sujet a occupé l’esprit des chirurgiens, mais on peut voir par le livre de Quesnay fl) que, dans ce cas, l’hypothèse s’est trop souvent substituée à la saine observation. C’est à partir des travaux de Hunter que la doctrine de la suppuration a pris un caractère plus véridique; on n’a pas admis depuis lors que ce phénomène s’accompagnât d’une destruction des parties. On trouvera dans les livres que nous avons mentionnés plus haut un grand nombre de renseignements sur
(1) Traité de la suppuration. Paris, 17A7.
26 DE l’inflammation et de ses conséquenees.
la slippiiradon, rt on les complétera par les indications bibliographiques ,’j
suivantes : ijl
P. liÉiiAKD, art. Pus du Dictionnaire en 30 volumes. — GOterbock, De pure et granulatione. Berlin, 1837. — 'J. Henle, Ueber Schleim und Eiterbildung [Sur la formation du mucus et du pus] [Hufeland's Journal (ür pr. fleilk., vol. LXXXVI).
— Lebert, Physiologie pathologique, t. I, p. 40, et Traité d'anatomie pathologique générale, t. I, p. 43. — H. LUSCHKA, Entwickelungsgesch. der Formbestandlheile des Eilersund der Granulationen, Freiburg, 1845 [Histoire du développement des parties constituantes du pus et des granulations]. — H. Zlm.mermann,
In der Eilerfrage [Sur la question du pus] {Medic. Vcreinsztg., 1852, n"' 50-51 ;
1 853, n"' 16-17). — Lautii, De la suppuration et de ses rapports avec ta cicatrisation. Strasbourg, thèse, 1857. — Becquerel et Bodier, Traité de chimie pathologique, p. 557.
La plupart des travaux publiés, à partir de celui deGüterbock, renferment les recherches micrographiques entreprises pour éclairer le mode de formation du pus et les rapports de ses éléments avec ceux du sang, etc. — Les articles de Zimmermann sur la question dupusontsurtout abordé ce dernier point de vue, et nous en recommandons la lecture à ceux qui veulent connaître l’analogie des éléments du pus avec les globules blancs du sang.
Caractères anatomiques de la suppuration. — Du pus. — Il faut d’abord examiner les propriétés physiques et chimiques de ce liquide.
A. Propriétés physiques. — Le pus est un liquide onctueux, neutre ou alcalin à l’état frais, plus ou moins épais, d’une densité de 1,027 à 1,041, dont la couleur varie du jaune pâle au jaune verdâtre; son odeur est fade, et sa saveur assez douce, lorsqu’il est développé depuis peu de temps et qu’il n’a subi aucune altération; mais ces caractères, qui appartiennent au pus de bonne qualité, à celui que d’anciens auteurs ont désigné sous le nom de louable, subissent souvent de grandes altérations : ainsi, sans cause encore bien connue, le pus change parfois de couleur et teint en bleu les linges qu’il imbibe. Nous consacrerons plus loin quelques mots à ces suppurations bleues. Il peut aussi être d’un blanc crayeux ou d’une couleur lie de vin foncée. Son odeur, habituellement fade, presque spermatique, devient parfois fortement aigre, ou ammoniacale, ou d’une fétidité remarquable. Ce dernier changement est souvent dû au voisinage d’une cavité muqueuse communiquant avec l’extérieur. L’air que renferme cette cavité agit sur le pus par une sorte d’endosmose, et l’altère profondément. Parfois encore sa saveur, à peine sensible, devient très âcre, et, sans être doué de propriétés virulentes, il peutdéterminer par son contact une rougeur inusitée sur la peau saine qui le reçoit. Enfin, au lieu de se montrer comme un liquide homogène et assez épais, il peut être lloconneux, comme caillebotté, ou ressembler à une sérosité jaunâtre très peu consistante.
Ces qualités du pus varient suivant certaines conditions morbides, que nous chercherons à apprécier plus loin; elles changent aussi suivant ' l’époque de la suppuration.
Examen inicroscopiquc du pus. — Si, armé du microscope, on cherche à
DE LA SVPPUUATION.
se rendre conipte de la constitution de ce licjuide, on y trouve des éléments bien distincts.
Nous avons dit plus loin qu’au sein de la lymphe plastique exsudée par Pinflammalion , se montraient des granulations moléculaires ti'ès nombreuses et des globules remarquables par leur coloration foncée et leur contenu granuleux. Mais, lorsque la suppuration se maniteste complètement, on voit naître au milieu de ces granulations moléculaires des globules d’une autre nature et que nous allons maintenant décrire.
Pour examiner avec facilité ces globules, il sufiit de placer sous le microscope une gouttelette de pus; on pourra en découvrir un plus grand nombre en laissant pendant quelque temps du pus en repos dans un long tube de verre. Bientôt la séparàtion s’effectue entre les globules et le sérum. Les globules se déposent au fond du tube; le sérum surnage; il est parfaitement limpide et légèrement grisâtre.
Lorsque le pus est putride et de mauvaise nature, il perd, au dire de Lebert, sa fétidité par la fdtration.
Au milieu d’éléments secondaires, on trouve dans le pus deux sortes de globules : les globules purulents et les globules dits*^‘“\?’ divew
° ° grés do develop[)ement; B, globules do
pyoïdes. C’est à tort, selon nous, que cette pus compléicment développés; C, globules
do pus trailés par l’acide acétique ; D, globules de pus altérés.
distinction a été établie; elle tend à faire croire à des différences qui n’existent vraiment pas. Le pus renferme des globules à divers degrés de leur évolution, et l’on peut encore, à ce point de vue , en considérer trois formes distinctes; mais il faut d’abord dire en quoi consiste le globule complètement développé.
C’est un corpuscule jaunâtre (fig. 3, B), dont la dimension varie entre 0""",0ü75 et 0""",0125.
Sa forme générale est sphérique ; ses contours sont plus ou moins marqués, et l’on y trouve des échancrures. D’autre part, des granules moléculaires viennent se déposer à sa surface et lui donner un aspect framboisé. A cet état complet de développement, le globule de pus est pourvu d’une enveloppe cellulaire qui circonscrit un contenu gélatineux au sein duquel on distingue d’un à cinq noyaux, et le plus ordinairement trois. Ces noyaux, à peine visibles, deviennent très apparents (C), lorsqu’on soumet le globule de pus a l’action de l’acide acétique. Lorsqu’il ne reste qu’un seul noyau, on lui trouve 0'"'",0ü5 ; lorsqu’il existe plusieurs noyaux, ils atteignent de ()“‘”,002 à O"'"’, 003. Ces noyaux contiennent souvent un granule à leur centre.
Fig. i. — Trois globules de pus examinés à un très fort grossissement (1 000 diamètres) et rapprochés d’un globule granuleux d'exsudalion.
PE l/iNFLAMMATION ET PE SES CONSÉQUENCES.
Lchcrf a décrit sous le nom de (jlobulea pyoïdes, des coppuscules de la même dimension, sphériques, mais qui ne révèlent |)oint à leur intérieur, même sous rinllucnce de Tacide acétique, de noyaux libres.
Globules pyoïdes et globules de pus sont de la même espèce; il ne faut voir là que des degrés dans révolution du globule, et dès lors on distinguera : r des corpuscules légèrement granuleux dans lesquels l’eau ne démontre aucune paroi cellulaire; 2“ des corpuscules semblables aux précédents, mais que l’eau gonllc par endosmose, au point d’y montrer une paroi de cellule; 3° des corpuscules à paroi munis d’un à cinq noyaux.
Si, au lieu d’eau, on emploie des solutions salines saturées, les globules se resserrent par action exosmotique. Les acides étendus rendent l’enveloppe des globules transparente ; les alcalis caustiques convertissent ces globules en masse mucilagineuse. Bouillis avec l’acide chlorhydrique concentré, ils colorent la liqueur en violet. Selon Vogel (1), les globules purulents ne sont point altérés par la salive, l’urine, le mucus, le sang, l’alcool et l’étber. Quelques expériences ont été indiquées pour différencier le pus du mucus; là plupart sont sans valeur. Nous nous contenterons de dire que des alcalis caustiques, comme l’ammoniaque, changent le pus en un magma gélatineux qu’on ne produit point avec d’autres substances.
A côté de ces éléments propres au pus, le microscope révèle dans ce liquide des éléments gras, sous forme de granulations moléculaires, ou de vésicules graisseuses, ou de lamelles de cbolestérine (fig. 5, a), des cris-
Eio. 5. — Éldmcnls accessoires du pus s, lin ou altéré : a, cristaux de cholestérine; b, phosphate ammoniaco-ina^nésien ; c et d, vibrions du pus ; e, globules du pus altérés.
Fig. g. — A, Cristaux héinatii|ues en aiguilles; a, globules de pus ; C, autres cristaux hématifiues.
taux de phosphate ammoniaco- magnésien [b), des cristaux hématiques (fig. 6, A, C), des globules granuleux de l’inllammation, des fibres de tissu cellulaire mortifié, enfin, comme dans beaucoup de liquides organiques.
(l) Lehrbuch der Physiol. Hraiinscliweig, IRAi, vol. I, p, 691-691.