‹ Traité élémentaire de pathologie externe (volume 2)Chapitre 41 sur 50 · I. — PllOPIIYLAXIE · texte numérisé non relu

I. — PllOPIIYLAXIE

Un mémoire, publié en 1771 sur l’organisation des prostituées, et où l’on indiquait la nécessité de les enregistrer et de surveiller leur état sanitaire, fut considéré, dit Parent-Duchàtelet, comme le rêve d’un homme de bien par la commission chargée de l’examiner; mais déjà, avant cette époque, quelques tentatives avaient été faites pour prévenir les maladies vénériennes. Nous ne dirons rien des anciens; s’ils ont établi quelques règlements sur les maisons de débauche , ces prescriptions porbiient principalement sur la police des lupanars et le luxe des courtisanes. L’édit de la reine Jeanne, dont on trouve le texte provençal et la traduction dans Astruc, fut une des premières mesures véritablement prophylactiques de la syphilis.

Au XV® siècle, l’étude plus complète des maladies vénériennes, l’espèce de panique qui s’empara des esprits à propos de la fameuse et si obscure épidémie de celte époque, rendirent les précautions plus nécessaires. Mais les moyens rigoureux qu’on employait, l’espèce de honte dont on stigmatisait les vérolés, liront qu’on obtint un résultat contraire à celui qu’on désirait. Pour ne pas s’exposer à divers châtiments, et en particulier au fouet, les malades cachèrent leurs maux sans les guérir, et la rigueur des règlements augmenta ainsi les causes de la contagion et la fréquence de la syphilis. Aujourd’hui, sans être parfaite, l’hygiène publique a fait de ce côté des progrès importants. Parmi les auteurs qui ont vivement contribué à ces précieuses réformes, on doit citer: Parent-Duchâtelet, Iticord, Vleminckx, Hatier, Venot, Acton, Sperino, Diday, Rodet, Davila, Lagneau fils, etc. L’hygiène publique de la syphilis a deux écueils importants à éviter : elle ne doit pas être indifférente à la santé publique, ni la compromettre ; mais elle a aussi à sauvegarder la liberté individuelle, et ne doit pas imposer des proscriptions dont l’exécution serait ridicule ou aurait le tort plus grand de donner une sécurité trompeuse. S’il est juste de réclamer des visites sérieuses et fréquentes dans les dispensaires, il ne faut pas en

DES MALADIES VIRDLENTES.

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conclure qu’il y aurait avantage à donner des notions médicales aux filles publiques, comme on désire le faire à Hambourg.

En France, la manière dont se font ces visites n’est pas la même dans les diverses villes. A Paris, les filles en maison sont vues toutes les semaines; les filles dites en carte ne sont visitées que deux fois par mois; et le spéculum n’est employé qu’une fois sur deux. A Bordeaux, les visites ont lieu tous les quinze jours, et à Marseille toutes les semaines. Insuffisantes par leur rareté, ces visites sont encore illusoires par le trop grand nombre de filles qu’on examine chaque fois, et le peu de temps qu’on consacre à cet examen. De plus, les filles étant examinées à leur arrivée, peuvent faire disparaître par une miction récente ou des injections astringentes les traces de sécrétion contagieuse dont elles sont affectées. Il faudrait donc rapprocher les visites, les faire plus complètes, et surtout garder les femmes trois ou quatre heures avant tout examen.

Nous n’entrerons pas dans le détail des réformes qu’on devrait introduire dans cette branche importante de l’hygiène publique; nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de Parent-Duchâtelet (1), à celui de Diday et à un mémoire de Lagneau fils (2).

Ces visites médicales n’ont en vue que la transmission de la syphilis par les femmes ; elles sont forcément incomplètes, et à ce propos on a conseillé les visites d’hommes. Une matrone, instruite dans les maladies vénériennes, serait attachée à chaque établissement toléré, et donnerait, après examen, une carte au postulant ; la fille ne pourrait le recevoir que muni de ce sauf-conduit sanitaire, et par ces doubles visites hygiéniques l’auteur de cet ingénieux projet espère abolir la vérole sur la terre.

Diday a proposé la création d’inspecteurs généraux, avec pouvoirs illimités ; mais cela ne nous paraît guère plus pratique que le moyen précédent. En résumé, nous croyons que les visites fréquentes et sérieuses des prostituées sont encore le seul moyen vraiment efficace à opposer à la propagation des maladies vénériennes et de la syphilis.

Les diverses questions que nous venons d’examiner constituent Vhijgiène publique de la vérole ; il nous reste à dire deux mots des précautions individuelles, c’est-à-dire de Vhygiène privée.

Les soins de propreté, les lavages, forment la hase de cette hj'giène ; et on lit dans Parent-Duchâtelet qu’à Bruxelles, ces précautions sont converties en mesures réglementaires dans les maisons do débauche, où il est prescrit d’avoir dans chacune des chambres : 1“ un flacon contenant une solution de soude caustique (une partie do lessive do soude à 35“ sur 20 d’eau distillée); 2" un flacon d’huile fraîche, le tout lisiblement

étiqueté.

Enfin on a même indiqué certaines substances qui auraient, dit-on, la

(1) De la proslilulion dans la ville de Paris, 3“ édition, 1857.

(2) Annales d’hygiène publique, 1855, t. IV, p. 298.

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l’acuité de neutraliser le virus syphilitique. De ce nombre est la lotion préconisée par Rodel :

Perchlorure de fer, acide citrique, acide chlorhydrique. âa i gram. Eau distillée 32 —

Nous n’avons pas besoin d’insister davantage sur tous ces moyens prophylactiques, aucun n’est parfait; la seule vraie prophylaxie de la syphilis serait de ne pas s’y exposer, comme l’a dit spirituellement llicord. Quant ùla syphilisation préventive, qui devait éteindre la vérole dans le monde, nous en dirons quelques mots plus loin, en jiarlant de la syphilisation curative.

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