I.M'-JiCTlÜN l’UTlUUK
punenient dans les veines des chiens la sérosité du pus liltré (expér. 3/j' /il% ; mais, de ce qu’il ne se produit rien dans ce cas chez les animaux, peut-on en conclure que la sérosité purulente et fétide des plaies anfractueuses chez l'homme ne puisse pas donner lieu à une infection putride? Assurément non, car le problème est alors moins simple que ne le suppose la donnée expérimentale.
Il y a d’ailleurs une distinction importante <à faire entre l’action de la sérosité putride et celle de la sérosité non altérée. La sérosité purulente, inodore, non altérée, bien séparée de ses globules, peut, lorsqu’on l’injecte dans les veines des animaux, ne produire aucun accident. Mais si la sérosité purulente est fétide, une injection bien plus faible amènera des altérations gangréneuses dans les poumons. De ce qu’on ne rencontre point clans le poumon de l’homme ces dernières lésions, il ne faut point rejeter l’infection putride dans l’espèce humaine ; il y a tout lieu de croire qu’il existe un état intermédiaire entre l’innocuité des injections de sérosité non altérée et les affections gangréneuses qu’entraîne l’introduction directe d’une sérosité putride dans le sang.
Historique. — Confondue longtemps avec les symptômes de l’infection purulente, l’infection putride n’en a été bien séparée que par Bérard dans l’article Pus du Dictionnaire en 30 volumes. C’est à ce travail qu’il faut se rapporter dans cette étude, tout en tenant compte d’ailleurs des expériences de Sédillot rapportées dans le livre de la Pyohémie.
Anatomie pathologique. — En général, l’autopsie des individus qui succombent avec les phénomènes de l’infeçtion putride ne révèle aucune lésion. Leur cadavre est amaigri, leurs chairs sont llasques et décolorées, mais on n’y découvre aucun abcès. Les poumons, le foie, les muscles, examinés avec soin , ont toujours paru sains. Bérard a prétendu que, pendant la vie, le sang veineux revenant du membre malade était souvent chargé de principes nuisibles d’une odeur si fétide, qu’au moment des amputations, lorsque ce sang avait un libre accès à l’extérieur, le chirurgien croyait %ivoir ouvert un clapier purulent. Sédillot est porté à mettre en doute cette fétidité du sang; mais il serait vraiment utile d’examiner de nouveau la question, à l’aide de tous les moyens analytiques que nous possédons maintenant. Cet examen nous paraît d’autant plus nécessaire, que certaines observations de Bonnet prouvent l’absorption de l’hydrosulfate d’ammoniaque contenu dans le pus fétide, et son passage dans l’urine.
Si,, dans l’espèce humaine, la résorption et l’infection putrides ne se traduisent par aucune lésion cadavérique, il n’en est plus de même chez les animaux dans les veines desquels on injecte des liquides putrides tels que de la sérosité purulente fétide, dépouillée par le filtrage de globules et de granules ; ce sont alors des affections gangréneuses que l’on rencontre. On voit dans le poümon de petites plaques indurées, d’un noir foncé, de forme irrégulière, marquées souvent par une phlyctène; la [ihlyctène déchirée, il s’écoule un liiiuide rougeâtre, un peu visqueux, qui forme une
DE ]AnFLAMMATION ET DE SES CONSEQUENCES.
‘ sanie spumeuse. Ces pustules sont remarquables par une surface gangréneuse et par les plaques emphysémateuses qui les entourent. Dans un cas cité par Sédillot, l'altération était plus profonde; tout le lobe inférieur du poumon gaucho était dur, résistant, noirâtre, d'une odeur repoussante et comme gangréneuse.
Le même chirurgien a recherché si l'observation clinique pourrait lui faire retrouver de semblables lésions dans l'espèce humaine. Des dèux observations qu'il cite [(obs. 15“ et 16“), la dernière seule doit offrir quelque valeur, car plus d'un doute peut être émis sur la nature de l'observation 15“, à cause des détails cadavériques incomplets et de l'apparition de pustules ombiliquées. Ne serait-ce pas plutôt une affection farcino-morveuse ? Dans l’autre fait, où l'on remarque, d'une part, des signes de putridité dans la collection purulente, de l'autre des symptômes typhoïdes généraux, l'autopsie fait voir à la surface des poumons, à côté d'indurations pulmonaires rougeâtres ou jaunâtres, des taches noires, emphysémateuses, assez comparables à ce que nous avons noté chez les animaux. Mais empressons-nous d'ajouter qu'il y a eu ici et les lésions et les symptômes de l'infection purulente.
Que conclure de tous ces faits ? De nouvelles observations et de nouvelles expériences pourront seules jeter quelque jour dans ces questions obscures; mais les données scientifiques actuelles nous permettent d'établir ;
1° Que chez la plupart des individus qui succombent à des suppurations fétides longtemps prolongées, on ne rencontre aucune lésion ;
2“ Que chez les animaux les injections de nature septique déterminent dans le poumon des gangrènes partielles ;
3° Que dans l’homme, de semblables lésions n’ont point été vues isolément, mais qu'elles paraissent pouvoir compliquer certaines formes d’infection purulente l’emarquables par la putridité des produits purulents.
Étiologie. — La cause imminente des infections putrides, c'est la rétention d'un pus fétide, soit dans des cavités naturelles, soit dans des clapiers accidentels.
Symptomatologie. — On est en droit de soupçonner une infection putride lorsque, chez un malade qui suppure, on constate la coexistence d'une altération fétide du pus et de symptômes généraux, tels qu'une fièvre continue avec des exacerbations le soir et une chaleur sèche de la peau, un amaigrissement progressif et une faiblesse de plus en plus grande. L'influence de la fétidité du pus est tellement manifeste que, s’il survient un changement heureux dans la nature de ce pus, les phénomènes morbides graves s'effacent aussitôt. Mais si la fétidité persiste, le malade s’affaiblit de plus en plus, l’appétit se perd complètement, le sommeil est troublé par des rêvasseries; il survint des selles colliquatives, des sueurs abondantes et fétides, un subdelirium continu, et le malade tombe dans un état de marasme que la mort termine.
La durée de l’infection putride est variable, mais elle est toujours plus
i)lATllESE l’UKULENTE.
longue que celle de l’infection purulente. Cette dernière a des cas presque I foudroyants; on ne constate rien d’analogue dans l’infection putride. Sa durée, au contraire, peut atteindre plusieurs mois.
Diagnostic. — On établira le diagnostic d’après la fétidité du pus et l’ensemble des symptômes. Une suppuration très abondante, quoique non fétide chez un individu affaibli, peut amener une faiblesse et une maigreur très grandes, mais il manquera à ces deux symptômes de la résorption putride, la fièvre avec exacerbations, les sueurs, la diarrhée, et surtout la fétidité des sécrétions purulentes ou autres. L’infection purulente diffère de l’infection putride par les frissons presque toujours violents et répétés, l’altération prompte des traits, la coloration caractéristique de la peau, et enfin souvent par des phénomènes locaux, développés sans fétidité au siège de la suppuration.
Pronostic. — Le pronostic de l’infection putride est grave, mais on peut guérir cette affection, et l’influence d’un traitement méthodique est ici incontestable.
Traitement. — Le traitement doit être local et général. Le chirurgien évitera le croupissement du pus dans des clapiers fétides; il surveillera avec soin les tentatives de réunion immédiate, toujours prêt à donner un libre cours au pus qui se formerait et stagnerait. Si l’on remarque une stagnation fétide du pus, il faudra la détruire par des débridements, en môme temps que l’on cherchera à modifier l’altération putride des liquides par des injections chlorurées ou légèrement iodées. Certains abcès, ceux par congestion, par exemple, qui donnent souvent lieu aux infections putrides, devront être ouverts par des ponctions sous-cutanées qui ne permettent point à l’air de pénétrer dans le foyer et d’altérer les liquides contenus.
Ce traitement local exige que concurremment on mette en usage toutes les ressources d’une médication tonique et d’une hygiène excellente.
AllTICLE VIL
DIATHÈSE runULENTE; SUPPURATIONS CRITIQUES.
On peut réserver le nom \<\c fiiathèse purulente à une certaine disposition de 1 organisme à faire du pus sur plusieurs points à la fois. Nous nous bornons à mentionner cet état pathologique dont la nature nous est tout <à fait inconnue. Ces suppurations arrivent dans quelques cas sans cause appréciable; mais elles s’observent souvent chez certains individus, à la suite de fièvres graves, comme la variole, la fièvre typhoïde, etc. On voit alors des collections purulentes qui se succèdent ou parfois se développent simultanément dans les parties du corps les plus éloignées les unes des autres. Ces abcès marquent souvent une époque critique de la maladie, et leur apparition est suivie d’une évidente amélioration ou d’une convalescence
DE i'iiNFEAMMATlON ET DE SES EOîiSÉUÜEiSCES.
pi'onipte. 11 semble que l’économie se débarrasse ainsi de produits nui- i sibles. Mais les choses ne se passent pas toujours d’une façon aussi favorable ; les abcès, par leur nombre comme par leur volume, peuvent épuiser ' peu à peu la santé du malade, qui finit par mourir dans le marasme, con- ^ séquence de ces suppurations prolongées et successives. ;
Cette espèce d’abcès se montre en général assez vite, souvent sans réaction inflammatoire apparente. Mais la pression des doigts sur la tumeur sufiit à faire reconnaître quelques signes latents de l’inflammation. Ces collections de pus, si promptement formé^es, restent parfois stationnaires sans s’ouvrir au dehors.
Le traitement consiste à tonifier le malade par une médication générale, en même temps qu’on ouvrira promptement ces abcès par de fines ponctions.
ARTICLE YIII.
UANGRÈNE EN GÉNÉRAL.
La (jamjr'ene (de ypatvw, je dévore) consiste dans la mortification d’une partie limitée du corps. Cette définition ne comprend dans la gangrène, ni ses actes préparatoires, ni ses phénomènes consécutifs; c’est celle que nous adopterons. Nous devons dire cependant que les choses n’ont pas toujours été entendues de la sorte. Ainsi, depuis Galien jusqu’à nos jours, quelques i médecins ont appelé du nom de gangrène la condition pathologique qui | précède la mort des parties, et ils ont réservé le nom de spkacèle à cette i mort même. Hébréard, dans un travail remarquable sur la gangrène, la définit bien une extinction de la vie dans une partie, mais il ajoute avec i réaction de la puissance conservatrice dans les parties contiguës et dans la i constitution tout entière. Or cette réaction n’existe pas toujours ; revenons i| donc à notre définition première. Quelques chirurgiens veulent encore dis- ■! tinguer la gangrène, affection qui serait limitée à une certaine épaisseur i d’un membre, du sphacèle, qui comprendrait sa mort complète. Sans i admettre cette distinction, nous ferons tour à tour usage des mots gan- v grène et sphacèle. La gangrène du tissu osseux s’appelle nécrose. Le 'mot le eschare désigne une épaisseur plus ou moins considérable de parties mor- •’! tifiées.
Historique. — Décrite avec ses principaux caractères dans les écrivains hi de l’antiquité, la gangrène n’a été bien étudiée que depuis le milieu du i) siècle dernier. Il est dorfe inutile d’insister sur les chapitres que Celse, ,■ Galien, Avicenne, et dans le moyen âge Guy de Chauliac et J. de Vigo, ont consacrés à cette maladie. Remarquons seulement que déjà dans les livres hippocratiques l’amputation est recommandée pour les membres sphacélés. Sans s’arrêter au livre de Fabrice de Hilden (1), il faut arriver
(1) De gangrena el sphacclo {Opéra omaia, in- loi., Francfort, 17i6).
GA.\c:ui:.\E EN GÉNÉUAL.
SI
iiuisfiu aii traité do Uuesnay (1) pour voir l'histoire de cette maladie systéaiatiquement exposée. Mais ce dernier livre emprunte trop d'explications à a mauvaise physique et à la mauvaise chimie de l’époque.
IJepuis le commencement de ce siècle, peu de travaux ont été publiés „uirla {gangrène, mais on trouvera toutefois d’utiles renseignements dans oeux que nous allons mentionner.
liHÊBRÉAnD, Mémoire sur la gangrène, ou mort partielle, considérée dans les divers s;/stèmes anatomiques gu elle peut a/fecter {Mémoires et prix de la Société de médecine, Paris, 1817). — François, Essai sur les gangrènes spontanées. Paris, 1832. — Godin, Réflexions sur l'œdème considéré comme symptôme dans la gangrène spontanée (Archives génér. de médt, 2'' série, 1836, t. Xll, p. 52.) — Racle, Mémoire sur un nouveau caractère de la gangrène et l'existence de cette lésion dans des maladies où elle n’a pas été encore étudiée (Gazette médicale, 1 849, p. 558). — ■ ViARD, De la gangrène spontanée, thèse de Paris, 1850. — II. Demme, Ueber die Veranderungen der Getoebe durch Brand, Fraiicfiirt a. M., 1857 [Sur les altérations des tissus par la gangrène]. — Virchow, Ueber die acule Entzundung der Arterien [Sur rinflainmation aiguë des artères] (Archiv fUr patholog. Anatomie und Physiologie, 1847, ot Gesammelte Abhandlungen z. loissensch. Medicin, 1856). — ScHUTZENBERGER, De l’oblitération subite des artères par des corps solides, etc. (Gaz. méd. de Strasbourg, 28 février 1857). — Read, Traité du seigle ergoté; ses effets sur les animaux. Strasbourg, 1771 . — Tessier, Mémoire sur tes maladies du seigle appelé ergoté (.Mém. de la Société royale de médecine, 1776, t. 1, p. 417 ; 1778, t. 111, p. 387). — Janson, Mémoire sur l'ergotisme gangréneux (Mélanges de chirurgie, Paris, 1844). — CouiulAUT, Traité de l'ergot de seigle, ou de ses effets sur l’économie animale. Cliàlon-sur-Saône, 1827. — Parola, Nuove ricerche sperimcntali sullo sprone de graminacei. Milan, 1844. — RoNJEAN, Traité théorique et pratique de l'ergot de seigle. Paris, 1845. — Barrier, De l'épidémie d’ergotisrne gangréneux (Gazette médicale de Lyon, mai 1855). — Lasègue, Matériaux pour servir à ihisloire de l'ergotisme convulsif épidémique (Archives de médecine, mai 1857).
Étiologie géxér.ale. Divisio.x. — Il est très important de jeter tout de isuite un rapide coup d’œil sur l’ensemble des causes (lui produisent la gangrène; car cet aperçu général permet d’en distinguer d’abord plusieurs •espèces.
On peut reconnaître à la gangrène des causes prédisposantes et des causes efficientes.
Des causes prédisposantes, les unes sont propres à l’individu, telles qu’une constitution usée par des maladies antérieures ou des excès; les lautres tiennent à des conditions extérieures au malade. Il en est ainsi de quelques conditions climatériques ou d’habitation qui paraissent favoriser le développement des affections gangréneuses. Cela résulte, en particulier, de quelques relevés statistiques publiés par Becquerel (2).
L’examen des causes efficientes de la gangrène conduit à établir ici au moins quatre grands groupes :
(1) Traité de la gangrène, 1 749.
(2) Gazette médicale, 1843, p. G87.
DE L^lNFLAMMATIOxV ET DE SES CONSÉQUENCES.
1“ Les gangrènes directes, dues à une destruction immédiate des éléments anatomiques du tissu malade. Elles comprennent la gangrène traumatique par contusion et par compression, la gangrène par les caustiques, la gangrène par la hrùlure, et celle par le froid.
2“ Les gangrènes indirectes, causées j)ar quelque obstacle à la circulation sanguine ou à Tintlux nerveux. On compte dans cette catégorie la gangrène consécutive à la ligature des artères, la gangrène par embolie, la gangrène sénile dite spontanée, etc.
3” Les gangrènes par empoisonnement, auxquelles se rapportent les : gangrènes par le seigle ergoté, l’opium, les pommes de terre malades.
Les gangrènes virulentes, dont l’exemple le plus frappant se trouve ' dans les affections charbonneuses.
Mais certaines gangrènes ne peuvent venir se grouper dans les divi- • sioiis précédentes, et l’on est obligé de ranger au nombre des anomalies certains faits cités par les auteurs, comme celui de Schrader, qui ' observa une gangrène périodique aux doigts, aux orteils, au nez, aux oreilles, qui récidivait tous les trois mois. Il faut encore rappeler ici ces i cas de taches gangréneuses blanches survenues sans causes appréciables i chez des individus d’ailleurs en bonne santé (1). On pourrait citer aussi i ces faits de gangrène qui surviennent dans des fièvres dites pernicieuses i ou gangréneuses; mais ce sont là des accidents qui trouvent mieux leur i explication dans des troubles aujourd’hui assez bien connus de la circulation sanguine.
Anatomie et Puysiologie pathologiques de la gangrène en général. — Tous les auteurs s’accordent à reconnaître quatre phases dans l’évolution , d’une gangrène. La première comprend les phéno7nènes pi'écw'seurs de la gaïKjrène; la seconde, la gangj'ène confh'mée ou Vescharification; la troisième, ■ \e ù’auail qui préside à élimination des eschares; la quatrième, enfin, la réparation des parties.
•p Nous ne devons pas nous occuper maintenant des phénomènes pré- i curseurs de la gangrène ; car, pour bien les étudier, il faudrait passer > en revue les maladies vanées qui peuvent donner lieu à cette afiection. Nous réservons ce que nous avons îi dire à cet égard pour le moment oii nous examinerons les diverses gangrènes en particulier.
2" La mortification d’une partie s’annonce par des changements dans la couleur, la consistance et l’état physiologique des parties. Supposons, pour faciliter notre description, une gangrène cutanée; car là, mieux que dans tout autre endroit, nous suivrons la marche de la maladie. La peau escharifiée change de couleur, mais la coloration morbide n’est point la même dans les diverses sortes de gangrènes ni aux diverses périodes de cette maladie. Ainsi Uacle, qui parait avoir étudié avec soin le début des affections gangréneuses, a montré dans son travail que les eschares noires sont toujours précédées par des eschares grises. Onoiqiie cette règle ne nous i
(1) Gaselle médicale, \Si2, p. rj'i.
r»A>GRÈ.\E EN GÉNÉRAL.
5oml)lG pas clevoil- s’appliiiucr absoliiiiiont à tous les cas, il faut reconnaître que les eschares, dans tous les tissus, sont en général caractérisées,
I leur début, par une coloration d’un blanc grisâtre ou jaunâtre, et d’un -ispect terne. Les tissus ainsi colorés sont déjà morts, mais cette coloration .peut ne durer (lu’iiii temps assez court et être remplacée par une couleur noire. La transition se fait alors insensiblement, par le passage successif de lia teinte grisâtre à la teinte brune, et entin entièrement noire. Dans une variété de gangrène signalée parQuesnay, mieux étudiée par iMayo, les plaques gangréneuses sont d’un blanc mat, depuis le début du travail jusqu’à leur séparation. Il faut noter cette coloration, qu’on a comparée à (Celle de la chaux desséchée ou du parchemin neuf.
Les eschares varient aussi de couleur, suivant les caustiques ((iii les produisent et les tissus sur lesquels elles siègent. Ainsi l’acide nitrique donne lieu à des eschares jaunes et qui conservent assez longtemps cette eoloraidon. On ne peut rien dire de bien précis sur la coloration gangréneuse qn'oj)re aux dillércnts tissus sphacélés. On remarque souvent que les aponévroses et les tendons gardent au milieu des eschares leur coloration blanche. Les muscles gangrenés, sont, suivant Nélaton, d’une (’ouleur brun-violet très foncée. Les nerfs, les vaisseaux, présenteraient aussi, comme le tissu cellulaire, .une teinte violacée probablement produite par i inhibition. Laënnec a noté sur la plèvre des taches gangréneuses d’un (Vert brunâtre ou noirâtre. Le s[)hacèle se montre dans le cerveau avec une teinte verdâtre qui tinit par brunir. Entin, les intestins gangrenés possèdent une couleur jaune feuille-morte qui arrive jusqu’au noir assez foncé. 'On voit, par cet exposé, que la couleur de la gangrène est fort variable, lot, par cela même, il importe d’en bien apprécier toutes les conditions.
Le volume des parties gangrenées peut augmenter ou diminuer. L’augincntation reconnaît pour cause une infiltration des tissus par une sérosib'; fetide, souvent mêlée à des gaz. Dans d’autres cas, l’eschare semble dcivenir le siège d’une évaporation telle qu’elle se rétracte et diminue notablement de volume.
Ces variations de volume sont d’ordinaire en rapport avec d(;s altérations dans la consistance des parties. Ainsi, dans la forme que l’on désigne sous le nom de gangr'em humide, les tissus malades ont augmenté de vo-
Hi;. lü. — Gangrène liumiJo de la main, eonsdiiuenco d'une compression trop l'orle de l’avanl-liras
par lin appareil à fraclnres.
lunie et sont infiltrés d’une sérosité acide, infecte et brunâtre, au milieu de laquelle on peri;oit des bulles de gaz (|ui crépitent sons le doigt et
UK j/jNFLAî\urATIÜN KT DE SES CONSÉQUENCES.
pcnùll'ont au loin en suivant les gaines celluleuses des vaisseaux et des muscles. Ce sont ces gaz qui portent rapidement dans ratmosplière l’odeur
gangréneuse. Dans la gangrène sèche, les tissus ; sont durs, racornis, secs, plus légers qu’à l’état normal, et le plus souvent dépourvus de mauvaise odeur. Ces deux formes de la gangrène ont été étudiées à part dans le livre de Quesnay et jusque dans des traités plus modernes. Mais ; cette distinction n’a point l’importance qu’on a bien voulu lui donner, car dans le même cas, sur un même meiubre, on observe tour à tour des eschares sèches ou humides. Godin a essayé de faire voir (|uc les gangrènes humides sont en rapport avec des obstacles au cours du sang veineux, tandis que l’atrophie et la sécheresse des tissus indiquent un obstacle dans le système artériel. Les faits rassemblés par Godin ne sont point assez probants. Racle prétend, à son tour, que la gangrène sèche difl'ère de la gangrène humide parce que dans l’une la circulation ne i se fait plus, tandis qu’elle existe encore dans l’autre.
La température des eschares diminue, jus-
im mai.ide du service du professeur qu’à S6 mettre cu équilibre avec celle des milieux [
ambiants; mais elle ne descend point au delà, comme l’a avancé à tort Dupuytren. Il importe d’être prévenu de cet . abaissement de température, car sa seule constatation sur un membre . rougeâtre et déjà malade doit porter toute l’attention du chirurgien vers > l’idée d’une mortification imminente.
Les eschares sont dépourvues de sensibilité, et l’on peut, sans provoquer de douleur, les traverser à l’aide d’une épingle. En même temps que la sensibilité, le 'mouvement circulatoire est aboli, et l’on peut voir autour de la partie sphacélée le sang retenu dans les vaisseaux sous forme de caillots cylindriques.
Les modifications intimes que la gangrène amène dans les tissus nous ont été seulement révélées par les recherches micrographiques modernes. Un travail publié sur ce sujet par H. Demme nous fait connaître quelques-uns des cbangements qui se produisent dans les parties mortifiées, depuis le moment où elles cessent de participer à la vie organique jusqu’à celui de leur élimination définitive. Nous allons en indiquer les principaux résultats.
L’étude microscopique révèle dans les parties sphacélées trois genres i d’éléments : 1“ des éléments de nouvelle formation qu’on ne rencontre t jamais dans les tissus vivants; 2” des parties qui ont conservé plus ou moins distinctement leur structure physiologique, mais ([ui ont subi des :
GANGUKNE E.\ GÉNÉllAL.
modifications dans leur consistance, leur densité, etc.; 3" des substances dont le microscope ne peut servir à déterminer la véritable nature, et qui . sont du ressort de la chimie organique.
Le travail de Deinine ne donne de renseignements que sur les deux premières catégories de ces éléments.
l" Les nouveaux éléments qui se montrent dans les tissus spbacélés sont de la graisse, des dépôts pigmentaires de ditïérentes sortes, des cristaux d’hématoïdine, des algues et des infusoires.
Les parties mortifiées contiennent toujours une grande quantité de matières grasses, qui forment ainsi un des éléments principaux de la sanie gan- .gréncuse. Cette graisse ne paraît pas provenir seulement des cellules adi- ■ peuses normales qui se rompent; elle doit en partie son origine à une , (Véritable transformation des substances protéiques en graisse.
Les dépôts pigmentaires qiCon renconfre dans Jes tissus gangrenés revê- (tent différentes formes. Demnie range en première ligne dans cette (Catégorie les corpuscules gangréneux observés pour la première fois par i Valentin, et qui, à un grossissement assez fort, se montrent sous la forme Ide sphères, de corps triangulaires, etc. Ces corpuscules sont inaltérables Idans les acides, la potasse, l’alcool. On les voit en suspension dans la (sanie; ils sont disséminés dans les tissus spbacélés, surtout dans le tissu . adipeux, le derme, le tissu conjonctif lâche. Ils semblent être le résultat :de la décomposition de riiématoïdine.
Le pigment qu’on observe le plus souvent après les corpuscules gangré- I lieux, c’est le pigment rouge; on le voit dans tous les tissus riches en vaisseaux, et 'les grosses granulations subissent les changements de couleur observés par Virchow sur les cristaux d’hématoïdine. On distingue encore, quoique rarement, de véritalilcs cristaux d’hématoïdine, puis des . granulations de sulfure de fer et des cristaux de pigment noir.
Les cristaux qu’on rencontre dans les tissus gangrenés sont très nombreux et très différents. Les algues, les champignons microscopiques et les infusoires qu’on y voit assez souvent n’ont rien de particulier.
2“ Le travail de i\I. Dennne établit, dans sa deuxieme partie, que les tissus qui forment le corps humain ne s’altèrent pas tous de la même façon ( ni avec la même rapidité dans la gangrène. Ceux qui sont abreuvés de liquide et riches en albumine l’emportent ici sur ceux qui ont une constitution sèche et contiennent beaucoup d’éléments terreux. Le sang est <le toutes les substances de l’économie la plus altérable. Les globules laissent échapper l'hématine, qui se dissout dans le sérum ; cette substance colorante se change en pigment, tandis que la fibrine subit la transformation - graisseuse.
Le tissu adipeux, en se mortifiant, met en liberté un très grand nombre de gouttelettes huileuses, et quelquefois, dans les cellules non détruites, on voit apparaître des aiguilles d’acide margarique et de margarine.
Le tissu musculaire s’altère vite ; dans les muscles de la vie organifiue, les noyaux disparaissent, et les fibres prennent un aspect granuleux, puis
PE l/lNELASlJIATION ET PE SES fiONSÉQUENCES.
lombent on (It^tritus nmquoux ol onctueux ; dans les muscles de la vie animale, la couleur rouge se perd, les faisceaux primitifs et ensuite les fibres se détruisent, enfin les fibres transversales disparaissent complètement. I
Le tissu cellulaire, le tissii nerveux, les cartilages, etc., subissent aussi . quelques modifications dans les tissus gangrenés, mais ces cbangemcnls ^ ne sont pas assez nettement indiqués pour mériter une mention détaillée, j La gangrène établie, on constate tantôt une extension du mal, tantôt | sa limitation. Lorsque le spbacèle est limité, il survient à son pourtour une | série do phénomènes qui contribuent à rélimination de l’escbarc. Cette I période de la gangrène est désignée sous le nom iV inflammation éliminatricc ou d’absorption disjonctive. Étudions-en tous les détails. Un remarque d’abord à la circonférence de la partie morte un léger mouvement lluxionnaire; les tissus se gonflent et s’échauffent; l’escharc reste déprimée, et une zone d’un rouge plus ou moins vif indique la limite précise entre le mort et le vif. Ce cercle rouge s’arrête brusquement au niveau de l’escbare, mais du côté des parties saines il s’éteint peu à peu ; sa largeur est donc variable. C’est, en général, du troisième au quatrième jour après la formation de l’eschare, que ce cercle inflammatoire s’établit; vers le sixième jour, quelquefois plus tôt, on constate, entre l’eschare et la zone rouge, des scissures qui, se réunissant les unes aux autres, finissent par (îonstituer un sillon qui chaque joitr se creuse au-dessous de la partiemortifiée. D’ahord taillé à pic au niveau de la peau, ce sillon prend une inclinaison variable suivant la profondeur de l’eschare, qui se trouve peu à pou séparée des parties vivantes; elle tombe, et à sa place] on remarque une surface rouge, granuleuse, d’un rouge vif, qui va suffire à la cicatrisation. Cette séparation des parties s’opère, en général, du douzième au quinzième jour, mais c’est chose assez fréquente delà voir en retard. Ainsi les tissus fibreux ou osseux se séparent bien plus lentement que la peau ; certains caustiques donnent lieu à des eschares qui ne se détachent qu’avec lenteur. Nous avons pu souvent constater, pendant un service temporaire que nous fîmes à l’hôpital du Midi, combien les eschares produites par l’acide nitrique monohydraté étaient sèches, dures, et d’une élimination lente. - Parfois la cicatrisation s’établissait au-dessous de l’eschare, dont la chute laissait voir une cicatrice déjà complète. Pendant tout le temps que dure l’élimination des eschares, du pus souvent sanieux et fétide est ' sécrété dans le sillon. L’élimination des eschares sèches se produit, en général, d’une seule pièce; mais si la gangrène est humide, les parties i se séparent sous forme de détritus pultacé.
La sécrétion de lymphe plastique qui préside à l’organisation de la mem- l| branc granuleuse au-dessous des eschares joue dans les gangrènes un rôle fort important. C’est cette sécrétion qui obture les conduits vasculaires détruits par le spbacèle, et empêche, dans certains cas, l’ouverture des I cavités séreuses cjuand la gangrène se dévelopj)e clans leur voisinage. 11 ne faut pas. toutefois, compter d’inu' façon absolue sur cette sécrétion ptas-