IV
chlorose, les intoxications, et, en particulier, celle produite par le sulfate de quinine, etc.
Enfin, il existe des sensations subjectives de l'ouïe d'origine réflexe. Schuize, Benedick, Politzer, ont montré que l'excitation électrique de la peau de l'apophyse mastolde ou du conduit auditif, à l'aide d'un courant faible et incapable de parvenir au nerf auditif, détermine cependant, chez un sujet sain, des phénomènes subjectifs de l'ouïe qui ne peuvent provenir que d'une action réflexe. Ainsi s'expliquent sans doute les bourdonnements qui se montrent dans le cours de certaines otites externes et de certaines myringites, et que Ton ne peut manifestement attribuer à une augmentation de pression intra-labyrinthique.
b. Indépendamment des bourdonnements qui résultent d'une irritation pathologique du nerf acoustique et de ses ramifications, et qui ne correspondent pas à des bruits venus du dehors, il y a une autre classe de sensations subjectives de l'ouïe qui sont le résultat de véritables vibrations sonores produites dans l'intérieur du corps; ce sont les bruits internée.
On peut supposer que certains bruits de battements, parfaitement isochrones au pouls, sont dus au retentissement des pulsations des artères voisines et surtout de la carotide interne, lesquelles se transmettent plus facilement par suite de conditions anormales dépendant de l'état de la circulation, ou plutôt de l'état pathologique de Toreille. On sait, en effet, que la plupart des maladies chroniques de la caisse entraînent comme résultat la tension de la membrane tympanique et l'immobilisation des osselets; or, ces conditions sont précisément favorables an renforcement des vibrations sonores transmises par les os du crftne.
Dans d'autres cas^ les bruits internes sont dus à des troubles circulatoires ; ainsi les anévrysmes des artères du crftne et du cerveau, les anévrysmes des artères du cou, les lésions organiques du cœur, s'accompagnent souvent de bruits rhythmés dans les oreilles.
Boudet (de Lyon) (1) regarde les bourdonnements quelquefois si intenses que Ton observe chez les sujets anémiques, comme étant places sous la dépendance du courant sanguin dans la jugulaire interne. L'explication fournie par Boudet repose, d'une part, sur la disposition ampuUaire du golfe de la jugulaire, dans lequel vient se jeter le sinus latéral par un orifice relativement rétréci ; d'autre part, sur l'altération dynamique de la circulation. On doit ajouter que la disposition anatomique signalée plus haut présente, d'après Boudet, quelques variétés, soit d'un côté à l'autre, soit chez les diff'érents individus, et que le golfe de la veine jugulaire est plus ou moins dilaté, et l'ouverture du sinus latéral plus ou moins rétrécie; d'où il résulte que certains individus auront des bourdonnements d'un côté seulement, et qu'ils en auront plutôt que certains autres placés dans les mômes conditions physiologiques.
(i) Journal âê physMogk, janvier 1862.
1IALADIES DE L'APPABEIL AUDITIF. 195
EnSn, il est ane dernière variété de bruits internes, que Leudet (1) a dernièrement étudiés sous le nom de bruits objectifs de l'oreille, et qui consistent dans un petit craquement perceptible à ]a fois par le malade et par le médecin.
Ces bruits que certaines personnes peuvent produire à volonté, et sur lesquels MûUer a l'un des premiers attiré l'attention, sont quelquefois involontaires. Ils existaient cbez une malade de Leudet, affectée de tic douloureux de la face.
MûUer attribuait ces bruits à la contraction du muscle interne du marteau, et dans le fait de Leudet, on pouvait supposer que ce muscle participait au tic des muscles de la face. Quoique l'opinion de Mûller, relativement à la cause de ce bruit^ semble confirmée par quelques observations, dans lesquelles on a pu constater le plissement de la membrane du tympan, il est certain que dans d'autres cas où ces bruits existaient, la membrane du tympan était immobile et paraissait demeurer tout à fait étrangère à la production du phénomène. Polilzer (2) attribue ce dernier à la contraction brusque du tenseur du voile du palais, qui agirait sur la portion membraneuse de la trompe, et Boeck a démontré par Texamea rhinoscopique la réalité de ce mouvement de la trompe.
Les bruits subjectifs de l'oreille pouvant se rencontrer dans une foule d'aflections locales et générales, il n'existe contre eux aucun traitement particulier, et pour les faire disparaître, il faut s'adresser à la maladie qui les produit et les entretient.
3* De la diplacousîe ou paracousie double.
Ce curieux phénomène, connu depuis Sauvage^ consiste dans la peN ception simultanée de deux sons^ soit par une seule oreille, soit par les deux oreilles à la fois. Il se lie le plus souvent à d'autres troubles fonctionnels, tels que raffaiblissement de Touîe et les bourdonnements. La différence entre les deux sons varie, en général, entre une tierce, une quarte, une octave.
Il est fort difûcile de se rendre un compte exact du mode de production de ce phénomène. Wittich (3), qui a observé et étudié sur lui-même la diplacousie, en a donné une explication très-peu claire. La diplacousie doit avoir son origine dans un trouble fonctionnel de l'organe de Corti, produit vraisemblablement par un changement dans la pression intralabjrinthique, qui entraine comme conséquence une modification dans l'accord normal de certaines fibres, en sorte qu'une fibre normalement accordée pour un ton déterminé pourrait entrer en vibration en mémo temps qu'une autre fibre accordée pour un ton différent*
(1) GasetlÊ médicale^ 1869, p. A23 et 463.
(2) Wiener MedizinalhaUe, 1862, n« 18.
(3) KoHigtberger m$i. Jahrhticher, t. 111, 186$.
190 MALADIES DES RÉGTOKS.
Quoi qu'il en soit^ la diplacousie disparaît le plus souvent au bout d*un certain temps, et quelquefois sous l'influence d'un traitement local qui modifle sans doute les conditions anatomiqucs.
4« Surdité et turdi-mutité.
La surdité, ou perle de la faculté d'entendre^ peut être complète ou incomplète, et, dans ce dernier cas, on lui donne quelquefois le nom de dysêcée. Elle peut être unilatérale ou bilatérale, soit que les deux oreilles soient affectées au môme degré, ou que l'une soit plus sourde que l'autre.
La surdité est un symptôme d'une foule d'affections ayant leur siégcv dans l'oreille externe, moyenne où interne, ou dans les origines des nerfs acoustiques. Le diagnostic du siège et de la nature des lésions qui causent la surdité repose sur l'exploration méthodique de Tappareil auditif, et il serait nécessaire, pour établir les bases de ce diagnostic^de passer de nouveau en revue toute la pathologie de l'oreille. .
Je veux seulement signaler une certaine classe de surdités nerveuses dont le siège exact n'est pas encore flxé; telles sont certaines surdités subites dont Moos (1) a rapporté plusieurs exemples, et qui, survenues spontanément, sont caractérisées par le résultat négatif de l'examen de l'oreille externe et moyenne, et se distinguant essentiellement de la maladie de Menière par l'absence des phénomènes apoplectiformcs. L'incurabilité de ces cas semble donner lieu de croire qu'il s'agit d'une lésion des centres nerveux.
D'autres surdités, évidemment d'origine nerveuse, ont encore été signalées; telle est celle qui survient comme complication d'une affection des dents, et dont Tripier (2) a rapporté deux exemples^ sous le nom de turdité réflexe. Telle est encore la surdité mélastatique succédant à la disparition brusque d'une affection dartreuse du pavillon de l'oreille, et guérie par le retour de l'éruption (Triquct) (3). Telles sont enOn les surdités passagères qui succèdent aux intoxications et surtout à l'absorption de la quinine, ou à l'application des sangsues sur le col de la matrice, ainsi que Scanzoni(^) en a cité des exemples.
Ces surdités, dont la cause anatomique échappe complètement, résultent vraisemblablement d'un trouble circulatoire réflexe, soit du côté des centres nerveux, soit du côté de l'oreille interne.
La surdité existant au moment de la naissance, ou survenant dans les
(1) f:<ifitiir, p. 313.
(2) Palhogéniê d'ans elaœ d^offeeiiont douloureusu peu connues (Archivez génir. é» med.f ATril 1869).
(3) TraUé, p. 385.
(â) Journ, m(d. de Wursbourg^ ISCO, i. L
premières années de la vie, entraîne comme conséquence la surdi-mutilé. On peut admettre, avec Trôltsch, (rois formes de cette infirmité : l"" une surdi-mutité congénitale^ Tenfant n*ayant jamais entendu et par conséquent jamais parlé; 2'' une surdi- mutité précoce, Tenrant ayant entendu, mais n'ayant pas parlé à Tâge où il devait le faire; 3** enfin, une surdimutité tardive^ l'enfant ayant entendu et parlé pendant quelque temps, mais ayant graduellement perdu la parole après avoir perdu rou!e. Cette dernière forme peut se montrer encore vers l'âge de huit à neuf ans.
La surdi-mutité congénitale reconnaît quelquefois pour cause des vices de conformation de l'appareil auditif ou des anomalies des parties profondes du cerveau, du quatrième ventricule ou du nerf auditif. Mais, le plus souvent, les lésions anatomiques que l'on rencontre chez les sourdsmuets ne diffèrent pas sensiblement de celles que l'on a coutume d'observer chez les sourds en général, c'est-ii-dirc que chez les uns, comme chez les autres^ on trouve des altérations matérielles du labyrinthe, et surtout de l'oreille moyenne, qui résultent d'une phlegmasie antérieure. Celte opinion est confirmée par les recherches les plus modernes, et spécialement par celles de Roosa et Beard (1).
On sait combien les nouveau-nés et les jeunes enfants sont exposés aux phlcgmasies de l'oreille et surtout à l'otite moyenne, et nous avons vu que cette dernière amenait fréquemment chez les adultes des altérations sufQsuntes pour déterminer t^ne surdité complète. Que cette affection survienne au moment de la naissance, ou même pendant la vie intrautérioe, et Tenfant, frappé de surdité presque en venant au monde et ne pouvant apprendre à parler, sera fatalement muet. Que cette même affection se montre plus tard, soit au moment où l'enfant doit parler, soit alors même qu^il a déjà commencé à parler, les conséquences en seront à peu près les mêmes. N'entendant pas la conversation ni môme sa propre voix, Tenfant ne peut apprendre à reproduire les mots ni à comprendre leur signification; ou s*il a déjà commence cette sorte déducation, il ne tarde pas à perdre ce qu'il a appris ; il cesse de parler dis* tinctement; les mots qu'il prononce deviennent inintelligibles, et finalement il devient complètement muet, si l'on n'a pas le soin d'entretenir ce qu'il a acquis et d'exercer le peu d'oule qui peut lui rester.
En somme, la surdité, de même que la surdi-mutité, ne constitue pas, comme on a tendance à le croire, un état spécial, une sorte d*entité morbide. Cette infirmité est la conséquence d'altérations organiques, soit congénitales, soit acquises, de l'appareil conducteur du son ou de l'appareil nerveux destiné à le percevoir; altérations organiques qui ont pour e£fet de déterminer la perte de la faculté d'entendre, laquelle entraînera à sa suite l'impossibilité d'apprendre à parler chez un enfant qui n'a pas encore parlé, ou la perle graduelle de la faculté de parler dis-
(1) Étal de la membrane du tympan et de Varrière-gorge dans 296 cat de aurdimutitéi congénitales et acquises {American Journal, 1867).
198 IIALADIIS DES RÉBIONS.
tinctement chez un enfant qui a déjà parlé, mais qui n^a pas encore une longue habitude du langage.
L'influence de Thérédité sur la production de la tordi-mutité n'est pas douteuse. Les statistiques ont montré que cette infirmité est relativement fréquente dans les unions consanguines. J'ignore si ces surdi-mutités sont dues plus particulièrement à des vices de conformation, à des arrêts de développement, ou à des affections organiques de l'oreille développées dans les premiers temps de la vie.
. Le traitenient de la surdité varie nécessairement suivant la nature de la cause qui l'a produite^ et je n'ai pas à m'arrêter sur ce point. Il n'y a pas li3u non plus d'insister sur les moyens prothétiques que l'on peut mettre en usage, alors que tout espoir d'amélioration doit être abandonné et que la surdité est incurable. Ces moyens prothétiques consistent dans l'emploi d'instruments désignés sous le nom de cornets acoustiques. On en a imaginé un grand nombre ; mais aucun n'offre une supériorité sur les autres. Le plus simple des cornets est le meilleur, et comme cet instrument peut rendre de réels services, en facilitant les relations sociales, il y a tout avantage à en conseiller l'emploi.
Je désire encore appeler un instant l'attention sur les indications particulières que présente la surdité chez les jeunes enfants. Si la surdité est congénitale, complète, il n'y a rien à espérer, et l'on devra, lorsque l'enfant sera suffisamment développé, lui donner l'instruction des sourdsmuets. Mais si la surdité quoique très-prononcée est incomplète, si surtout l'enfant a déjà parlé, le rôle du médecin peut être considérable.
Un examen attentif de l'oreille permettra souvent de reconnaître l'existence d'une affection sinon curable, du moins susceptible d'amélioration; en sorte qu'un traitement rationnel aura pour effet de prévenir les progrès de la surdité ou même de rendre rou!e en partie.
D'autre part, afin de développer la faculté du langage, et d'entretenir le peu d'ouïe qu'il possède, il importe que l'enfant soit constamment exercé à prononcer distinctement les paroles qu'il entend, à lire pour ainsi dire sur les lèvres de son interlocuteur en imitant ses mouvements, enfin à faire des lectures à haute voix.
C'est avec l'aide de ces deux ordres de moyens destinés, les uns à améliorer l'état anatomique, les autres à développer et à perfectionner la fonction auditive et l'exercice de la parole, que l'on arrivera souvent à prévenir la surdi-mutité.
MALADIES DB L'aPPAHXII DE lA VISION. jng