CHAPITRE V
UALADIES DB L'âPPARE|L DE LA TISION.
HisTORTQUB ET BiBUOGRAPHiE (1). — L'opbthalmologie date des temps les plus reculés et, d'après la plupart des historiens, les Égyptiens et les Grecs possédaient quelques connaissances dans la pratique des maladies des yeux.
Chez les Égyptiens, l'oculistique était confiée à des prêtres d'un ordre inférieur qui jouissaient d'une grande réputation. Les Grecs empruntèrent aux Égyptiens leurs connaissances ophthalmologiques, et des documents nombreux prouvent que chez eux l'oculistique revêtait aussi le caractère sacerdotal.
L'École d'Alexandrie parait s'être livrée à une étude plus complète et plus scientifique des maladies des yeux, et les livres de Celse et de Galien ne sont qu'un reflet éloigné de ces études. On trouve, en eflet, dans ces ouvrages des descriptions exactes de quelques-unes des affections externes de rœil, comme le ptérygion, -le symblépharon, la fistule lacrymale^ la cataracte- même, etc.
Malheureusement, cet élan scientifique fut bien vite arrêté et la pratique des spécialités, si vivement critiquée par Martial, devenant excessive, les affections des yeux redevinrent l'objet d'un empirisme grossier. Aussi les oculistes romains n'ont-ils laissé aucune trace sérieuse de leur passage dans la pratique, et si les noms d'un certain nombre d'entre eux sont parvenus jusqu'à nous, cela tient soit à des citations, soit à des inscriptions laissées sur des collyres. On trouve, en effet, dans les collections archéologiques de petites pierres gravées, qui ont appartenu à des oculistes romains et qu'on connaît sous le nom de cachet des oculistes. Ces pierres, étudiées avec soin par les antiquaires et quelques médecins, parmi lesquels nous pouvons citer Tochon d'Annecy, Sichel, Warlomont, portent des inscriptions indiquant à la fois le nom du collyre, celui de l'oculiste qui l'a inventé, et enfin Tespèce d'affection pour laquelle on devait employer le médicament.
Après Galien, les Arabes, parmi lesquels on peut'citer plus spécialement Rhazès et Albucasis, et les arabistes, s'occupèrent surtout des affections des voies lacrymales et des paupières, sans faire faire toutefois de grands progrès à la médecine oculaire. Cependant, les opérations pratiquées sur les yeux semblaient mieux convenir à la chirurgie timide des Arabes que les autres opérations, car elles n'entraînaient par d'effusion de sang.
Les quelques connaissances oculi&tiques rassemblées avec soin par
(1) Ce eourt aperçu historique sur Tophlbalmologie est un résumé de la leçon d'introduction de FoUin {Leçons tur Vexploration de l'œil, Paris, 48G3}.
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Galien et les Arabes furent totalement oubliées, ou bien transformées et associées à des pratiques superstitieuses les plus étranges. Toutefois, dès cette époque barbare, le moine Bacon, profitant de ses connaissances étendues en optique, inventa les lunettes à verres convexes pour remédier à la presbytie.
Vers 1500, Beoev. Oraphœus ou Crassus fit paraître à Venise un traité des maladies des yeux et, peu après lui, Ambroise Paré et plus tard son élève Guillemeau (1585) apportèrent une certaine méthode dans Tétude et la description des affections de l'organe de la vision. Le bon exemple ne fut pas suivi par les oculistes qui leur succédèrent et ils ne tardèrent pas à retomber dans un empirisme ignorant et grossier. .
Il faut arriver jusqu'au xviii' siècle pour voir Poculistique prendre un véritable essor pratique, par suite des travaux estimables d'un certain nombre de chirurgiens, travaux qui, suivant l'expression de FoUin, font presque oublier le charlatanisme de quelques oculistes célèbres. Parmi les derniers on peut citer le fameux Woolhouse et le chevalier Taylor, dont l'occupation presque exclusive consistait à bien abaisser la cataracte.
Les véritables ophthalmologistes de cette époque, français pour la plu part, ont attaché leur nom à des travaux qu'on consulte encore aujourd'hui avec fruit : parmi eux nous citerons maître Jan (1703), de Saint- Yves (1722), Boerhaave, Sauvages, Guérin, Gendron, Anel, Janin (177:2)« etc. Aux noms bien connus de ces divers auteurs, on peut ajouter ceux de J. L. Petit, Cheselden, Pott, Louis, Lecat, Lafaye, Richter, etc.
La plus grande partie des travaux publiés par les ophthalmologistes et les chii urgiens que nous venons de nommer, ont plus spécialement pour objet l'étude des affections extérieures du globe oculaire et de ses anlicxesi, c'est-à-dire l'examen des lésions qui tombent en quelque sorte sous les sens. Quelques publications, cependant, ont trait à des affections plus profondes de l'œil et en particulier à la cataracte ; mais il faut arriver jusqu'à ces dernières années pour trouver la description exacte des affections si multiples et si intéressantes du fond de l'œil.
C'est à Vienne, vors la fin du xvin* siècle (en 1773), que fut fondée la première école ophthalmologique officielle, et grftce à cette fondation, due à l'initiative d'un médecin nommé Barth, rophthalmoiogie allemande reçut une sérieuse impulsion, dont elle a plus que profité. C'est aussi à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci que Béer, successeur de Richter, fut le chef d'une école ophthalmologique célèbre, professant une doctrine génénlement acceptée en Allemagne et défendue avec succès en France par Siebel.
D'après celte doctrine, la plupart des maladies inflammatoires de l'œil ont une origine constitutionnelle, assertion qui n'est certes pas éloignée de la vérité. Mais l'école de Béer allait beaucoup trop loin en prétendant reconnaître ce cachet originel ii certaines lésions analomiques peu iujpoi'tantes par elles-mêmes et n'offrant rien de spécifique, comme la si bien démontré Velpeau.
KALADIES DK L'APPAREIL DE LÀ VISION, 201
En même temps que des foyers d'instruction se créaient en Allemagne, Scarpa en Italie publiait un livre remarquable oîi, répudiant les vaines promesses et les théories spécieuses des oculistes de profession trop peu venéSj selon lui, dans les autres parties de lart^ il a tracé le tableau des principales maladies des yeux connues de son temps, et des opérations qu'on peut leur appliquer. Enfin vers i80!i^ Saunders créait en Angleterre une infirmerie et une clinique pour les maladies des yeux.
Grftce à ces écoles d'enseignement ophthalmologique, répandues dans toDte l'Europe^ grâce aux travaux qu'elles ont engendrés et aux discussions critiques qu'elles ont fait naître, l'étude des maladies des yeux s'est enrichie de notions pratiques utiles et de descriptions exactes; mais, comme nous l'avons déjà dit, les divers travaux publiés par les nombreux ophthalmologistes de la première moitié de ce siècle ont surtout trait aux lésions extérieures de Tœil, et la lentille cristalline semblait être une barrière placée devant les investigations des médecins et qu'ils ne franchissaient guère, du moins sur le vivant. Toutes les affections profondes étaient confondues et déentes en bloc sous le nom d'amauroses, et il fallait une des plus belles découvertes modernes pour donner une impulsion inattendue aux recherches ophthalmologiques.
En effet, une ère nouvelle commence avec la découverte de l'ophthalmoscope. Grâce à ce nouveau mode d'investigation, dû tout entier à Helmholtz, et qui permet d'examiner les membranes et les milieux profonds de l'œil, on a vu naître une série de travaux remarquables qui ont changé la face de l'ophthalmologie moderne et ont donné à cette branche de la chirurgie un caractère scientifîque qu'elle ne perdra jamais. Les découvertes ophthalmoscopiques attirèrent l'attention des physiologistes et des médecins sur les conditions dioptriques de l'œil et sur les altérations de la vue résultant de modifications survenues dans les dimensions, les courbures des milieux réfringents du globe oculaire. De li les importantes recherches du professeur Donders sur les anomalies delà réfraction. On ne tarda pas à reconnaître aussi que les conditions dioptriques de l'œil se modifient sous l'influence d'un appareil musculaire spécial, dit muscle de l'adaptation ou de l'accommodation, et si le mécanisme de ce phénomène est encore problématique pour beaucoup de physiologistes, les changements que subissent les milieux réfringents et, eo particulier, le cristallin dans l'acte de l'accommodation, ont été mathématiquement déterminés par Helmholtz et Cramer.
On peut donc dire que lesimmenses progrès accomplis en oculistique. depais ces dernières années, sont dus particulièrement à des physiologistes et à des médecins allemands, à la tête desquels il faut placer HelrohoUZy Donders, et de Graefe. Ces progrès^ vulgarisés assez rapidement en Angleterre, ont été beaucoup plus longtemps à pénétrer en France, et ce n'est guère que depuis les publications de Giraud-Teulon, de Follin, de Teste] in et Warlomont et de quelques élèves de de Graefe, que ces découvertes si utiles sont connues dans notre pays.