IV
la puissance d'accommodation des yeux. Nous avons déjà dit que rétude des phénomènes entoptiques et des anomalies de la réfraction et de l'accommodation serait faite ultérieurement dans des articles spéciaux.
1*> Recherche du degré (Tactiité de la vtstbn. Echelles typographiques. — H y a peu d'années encore^ on manquait d'indications précises sur les moyens de constater le degré d'acuité de la vision, et c'est à Ed. Jœger que revient l'honneur d'avoir le premier publié un livre d'échelles typographiques permettant d'avoir une donnée précise sur le degré de vision des malades en observation. Ce livre consiste en une échelle progressivement croissante de caractères typographiques, dont le numéro i, le plus fin, mesure à peu près un demi-millimètre de hauteur, et le numéro 20, le plus gros, mesure 2 centimètres.
Cependant il manquait à cette échelle l'indication d'une unité destinée à représenter la progression de ces vingt numéros ; car il ne suflSt pas de savoir que le malade peut voir tel ou tel numéro, il est aussi important de fixer à quelle distance ce numéro doit être lu distinctement dans la vision
normale.
Ce résultat a été heureusement obtenu par Snellen (1) et Giraud-Teuon (2), à Taide de la mesure de l'angle visuel. On donne le nom d'angle visuel à l'angle formé par deux lignes passant parles extrémités d'un objet que l'on regarde et le centre optique de l'œil. Il se fait du côté de la rétine et en arrière du centre optique un angle opposé par son sommet à l'angle visuel ; or les angles opposés par leur sommet étant égaux, on connaît exactement l'angle dont la base repose sur la rétine en déterminant la valeurde l'angle visuel extérieur. On peut ainsi, à Taide de calculs assez simples, déterminer l'arc que sous-tend au fond de l'œil un objet quelconque placé à une distance déterminée du globe oculaire. Rappelons ici que plus ud objet est éloigné, plus l'angle visuel qui l'embrasse est petit, et qu'un objet plus petit que le premier, mais plus rapproché de l'œil, peut produire le même angle visuel.
Revenons maintenant aux échelles typographiques et en particulière celle de Giraud-Teulon. Celte échelle est disposée sous forme de tableau et se compose de quinze numéros, qui indiquent en pieds la distance à laquelle ils doivent être lus; la progression a pour unité un intervalle de 1 dixième de millimètre qui, à 33 centimètres ou 1 pied de dislance, soustend sur la rétine un arc de 0",005 (3). Le numéro 1 mesure un dixième de millimètre et doit être lu à un pied de distance, tandis que le n* 200, qui a 20 millimètres de largeur, doit être lu à 200 pieds. Faisons l'application de cette échelle typographique k l'acuité de la vision, et prenons
(4) Échelle typographique de i'* série. Utrecht, 1862. — A*édjt. London, 4868.
(2) Congrès ophth, de Paris, 1862, p. 97.
(3) Pour qu'une image soit nettement perçue, il faut qu*eUe ait an rnoint trois milhèoiei de milUmètre (voj. HelmholU, Optique phystoL, p. 291).
MALADIES DE L'âPPAREIL DE LA VISION. 219
par exemple le numéro 10. Ce numéro doit pouvoir être lu à 10 pieds par un œil normal ; si au lieu de cela, le malade ne peut le lire qu'à 5 pieds, c'est qu'il a perdu la moitié de l'acuité normale de la vision.
Danders a donné une formule générale pour représenter cette acuité visuelle. Si Ton exprime par S l'acuité de la vision, par N le numéro du caractère lu, et par D la distance à laquelle ce numéro est lu par le malade,
OD pourra^ par la formule S = ^ , exprimer exactement Tacuité visuelle du sujet observé. Dans l'exemple pris précédemment, nous aurions
5 i S=~soit -• En résumé on peut dire avec Giraud-Teulon que Vacuùe
de la vue d'un sujet est inversement proportionnelle à la grandeur de Pangle visuel minimum qui peut r impressionner y et que l'acuité de la vue a pour mesure une fraction dont le dénominateur est le rang dans la série du caractère le plus petit vu nettement y et le numérateur la distance à laquelle est placé le sujet,
2* Examen du champ visuel. Mesure du champ visuel. — Quand un indi- Tido fermant un de ses yeux fixe avec l'autre œil un point quelconque situé en face de lui, il aperçoit non-seulement ce point, mais encore [d'une façon moins nette, il est vrai), les objets situés dans le voisinage. Toute l'étendue dans laquelle l'œil peut apercevoir en môme temps le point qu'il fixe et les objets environnants se nomme le champ visuel.
Il y a donc un champ visuel pour chacun des yeux, c'est le champ visuel monoculaire; mais celui-ci se confond en partie par son côté interne avec le champ visuel appartenant à l'œil opposé, pour former le champ fisuel commun ou binoculaire.
Les limites normales du champ visuel monoculaire ne sont pas égales dans tous les sens : la limite externe coupe l'axe visuel à peu près à angle droit, rinférieure forme avec le même axe un angle de 78 à 82 degrés, la supérieure est encore moins éloignée, enfin la limite interne est la plus rapprochée de toutes. L'angle visuel le plus grand est de 160 degrés dans le sens horizontal et de 174 degrés dans le sens vertical (1).
La connaissance exacte de ces limites est d'une grande utilité, surtout dans certains cas pathologiques; aussi a-t-on imaginé divers procédés, dans le but de déterminer avec exactitude les dimensions du champ de la vision. Le plus simple de tous consiste à placer le malade àuQ pied de distance d'un tableau noir situé bien en face de lui ; on trace à la craie sur ce tableau une croix blancne que ie malade doit constamment fixer avec l'œil soumis à l'examen, l'autre œil étant fermé. Puis on porte la craie blanche en bas, en haut, à droite et à gauche, eu ayant soin de noter le point où dans chacune de ces directions le malade cesse
(1) D'.iprèt Fortter, retendue diamétrale du cbauip visue ne dépa!^serait (uère 140 à t&O degrés.
de distinguer nettement la craie. Une fois les quatre points qu'on peut appeler cardinaux établis, on recherche tes points intermédiaires et l'on complète ainsi la cii^onférence du champ visuel.
Flo. II. ■ - Qiimp ^toal da l'ail droit.
Cette manière de faire est facile, aussi doit-elle être consenée; toutefois, pour obtenir une rigueur plus grande dans les évaluations du champ de la vision, rigueur nécessaire plus particulièrement dans les rechercbe> physiologiques, on a eu recours à un certain nombre d'appareils parfoiâ assez compliqués, parmi lesquels nous ne ferons que signaler ceux de Forster (1), de Ilobert-Hondin (2), de Heymann (3); et enfin le tableau deL. Wecker{(i).
Le champ visuel monoculaire ordinairement large, clairet lumineui. présente souvent un certain nombre d'altérations, sur lesquelles nous ne devons pas nous arrêter ici; cependant il nous faut dire qu'il y existe une lacune normale ipour les objets qui viennent faire leur foyer sur la papille optique, en ce point que l'on nomme le punctum cœatm ou la lailt aveugle (voy. Gg. fil, P'). Quant aux autres lacunes du champ visuel, toujours d'origine pathologique, elles ont été plus spécialement désignées sous le nom de scolomet.
Examinons maintenant le champ visuel commun ou 6inocu/at>v,-pour
(1) CùmfU rmiti d* Congrit iTûpth. d» 1867, p. 125. Pirii, 1888, «1 Wcckcr, Troilr itt nwtadici det ytux, 1* éà„ t. It, p. 127, 1869, Parii.
(2) C«t appareil fori ingéniiiii a reçu le nom de dioptimHrt (CampU mâu dit Co»grr< irophlhalmologlê de 1B67, p. 70, Parin, 1S6S}.
(3) Ann. d'oeul., t. LXl, p. 190 (CompfM rmdut dri lAmca it la Soe. tftdk. fBtiiMtrg, eitnil dala A'Itn monattbt. f. Augenheikwide, 1B68, VIJ.
(1) Compta muta du t'ongrèi d'opM. da 1BS7, p. 61, 1868, el Traili dnmalodMdn ynue, 3* «d., t. II. p. AI6. Parii, 1B69.
NAUDieS DE L'APP&RBIL DE U VISION. 22t
t'oblenir. il suffit de superposer les deux figures obtenues par VexploralioQ de chacuD des yeax, de manière que les points de fixation coïncident et que ]es deux taches aveugles soient situées sur la même ligne horizoo- Ule passât par les points de fixation fusionnés. Un simple coup d'ceil jeté !ur la figure &2 fera facilement comprendre celte construction.
Les points de fixation de l'œil droit et de l'œil gauche sont superposés ta F, c'est là le point de fixation binoculaire. De chaque cAté de lui et à 15 degrés de distance sa trouvent les taches aveugles P' et P', et (Gule la partie foncée, vue par tes deux yeux, constitue ce que l'on appelle le champ visuel commun.
Fia, 41. — Chimp Tiinel biroculiin
Ces quelques détails sont absolument nécessaires à connaître pour expliquer le phénomène connu sous le nom A'hémiopîe et les variétés qu'il peut présenter.
i^ Dt$ phoiphènes. — Ou peut, en comprimant le globe oculaire, faire naître des sensations lumineuses subjectives, désignées depuis longtemps d^Jà tous le nom de phoaphénes.
Connus el bien décrits par Morgagni, ces phénomènes subjectifs étaient totalement oubliés lorsque Serre (d'Uzës) (1) les étudia avec un soin tel qu il peut à bon droit réclamer l'honneur d'avoir doté la chirurgie de ce moyen de diagnostic. ^
La production des phosphènes suppose l'intégrité fonctionnelle de la rétine, car l'excitation de cette membrane peut seule leur donner nais- UQce. Pour faire naître ces phénomènes subjectifs, il faut opérer méthodiquement et employer certaines précautions. On se place dans une chambre peu éclairée, le malade tournant le dos à la lumière et fermant
(1) Qtmfttt rtmlw it rAead. iet tcimctt, t. WJi, |>. 379, (850. ■ fkatpMMS. Paru, 18&3. - AU., Parii, 18GI. 1 <ral
)22 HALADIBS DES BÉCIOnS.
doucement les yeux commo s'il dormail ; alors le chirurgien comprime légèrement le globe oculaire, soit avec la pulpe du doigt, soit avec un instrument dur et peu volumineus comme l'extrémité mousse d'ua crayon. Sous l'influence de cette pression, le malade aperçoit dans le champ visuel obscur une production lumineuse qui apparaît do c6té opposé au point comprimé.
Si donc on comprime aux quatre points cardinaux de l'œil, sur le Irajet des muscles droits, on détermine à chaque pression une sensation lumineuse subjective.
On donne le nom de phosphène frontal à celui qui est détennioé par la compression de la partie supérieure du globe oculaire et qui apparaît dans le champ visuel du cAté de la joue ; le phosphène jugal est celui qui se montre en haut lors de la compression de la partie inTérieure de l'œil ; le phoiphène ndsa/ est déterminé par la pression exercée du côté de la tempeel le phosphène temporal par la compression Taile du cAté du nez. Hais ce M sont pas là les seuls phosphènes qu'on puisse produire ; la sensation subjective apparaît toujours dès qu'un point du pourtour du globe oculaire est comprimé; le nombre des phosphènes est donc en somme indéllai pour un a>il normal.
La forme du phosphène varie aveu celle du corps compresseur ; quand on se sert du doigt, le phénomène subjectif affecte la forme d'un anoeau plus ou moins incomplet; l'échancrure très-faible dans le phosphène nisal est plus grande dans le temporal et augmente encore dans le frontal et surtout dans le jugal. Cette diOerence tient à ce que, la rainure sitoée entre les pnroisorbtlairesetle globe oculaire n'offrant pas partout la même Ur^-eur. le doigt ou l'iustrument compresseur pénètre à des pronsodcurs variables pour les différents points de la rétine que l'on explore. La couleur des phospbénes varie avec les individus, avec l'Age et selon \^ diverses conditions d'éclairage extérieur. Provoqués dans l'obscarité complète, ils offrent une coloration verdâtre ou bleufttre, asset compatabla fc celle de la lumière du gai. D'après leur iotensité lumiiteuse, ob
peat les classer dans l'ordre suivant : le frontal, le temporal, le nasal et le jugal (Serre). Mais quand on comprime ainsi le globe oculaire il ne se produit pas une sensation subjective unique ; indépendamment du phosphène dont nous venons de parler, appelé aussi grand phosphène, il s'en produit encore un autre, qui apparaît du c6té même oîi s'exerce la pression sur le globe oculaire et qui affecte la forme d'un petit cercle lumineux, c'est le petit phosphène. Il résulte d'une sorte de contre-coup produit sur la rétine par le corps vitré dans un point diamétralement opposé à celui sur lequel s'exerce la pression déterminante du grand pbospbène.
Les changements brusques de l'accommodation donnent aussi naissance à des sensations lumineuses subjectives que l'on a nommées phosphènes d'accommodation. Ce sont des cercles lumineux que l'on aperçoit quand, élant dans l'obscurité, on change subitement son accommodation. Ils se produisent encore quand, après avoir lu attentivement pendant longtemps, surtout à la lumière, on passe dans un endroit obscur, ce qui amène une détente brusque de Tappareil d'accommodation etprobablenient un tiraillement des parties périphériques de la rétine.
Au point de vue du diagnostic, la recherche des phosphènes a une importance réelle; en effet, bien que l'examen ophthalmoscopique fournisse des données plus certaines, il est des cas oîi cet examen n'est pas possible, lors de cataracte, d'atrésie pupillaire par exemple; or, dans ces circonstances la recherche des grands et des petits phosphènes permettra d'apprécier assez exactement l'intégrité des divers points de la rétine, la non-production de ces phénomènes subjectifs devant faire soupçonner l'existence de quelque lésion dans les points comprimés.