C. BlépharUe {l>iépharUe gUuMkhettiairé
L'inflammation de la muqueuse palpébrale a été décrite en môme temps que la conjonctivite. Nous devons seulement étudier ici la blépharite glandmlù-^iUairt.
On désigne sous ce nom une inflammation limitée au bord libre des paupières, et siégeant principalement dans les éléments glandulaires, si nombreux à ce niveau.
Cette forme d'ophthalmie a reçu des dénominations très- nombreuses et souvent fort bizarres : ukères prurigineux^ grattelle^ lippitudo, blépharite serofutemêf etc. ; mais, à travers ces noms singuliers, on trouve presque toujours l'expression de quelque phénomène de cette maladie.
ÊnOLOGiB. — La blépharite glandulo-ciliaire est surtout commune chez les sujets jeunes, lymphatiques ou scrofuleux.
Elle parait quelquefois reconnaître pour cause l'action sur le bord libre des paupières, soit de poussières pénétrantes, soit de gaz irritants, ou l'exposition à un feu vif; c'est ainsi qu'elle n'est pas rare chez les tailleurs de pierre, les boulangers, les vidangeurs, les verriers. Oi la voit aussi succéder à des conjonctivites qui semblent se fixer sur le bc rd libre, ou à des inflammations des voies lacrymales.
STXProvATOLOCUX. — La blépharite ciliaire est caractérisée à son début par une démangeaison au bord libre des paupières et par une sécrétion d'une matière glutineuse qui, en se desséchant, fixe les poils les uns contre les autres. Parfois même, avec la démangeaison, il n'y a qu'une
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simple desquamation de Tépiderme sous forme de petites lamelles pulvérulentes : c'est dans ces cas qu'on a désigné l'affection sous le nom de blépharite furfurade ou pityriasis des paupières. Cette inflammatico, à son débuts se montre le plus souvent d'un seul côté et à la paupière supérieure.
En examinant le bord libre de la paupière, ,on trouve, du c6té de la peau^ de la rougeur, du gonflement, et, du côté de la muqueuse, une ban» delette rougefttre, haute de 2 à 3 millimètres, et qui s'étend d'une corn* missure à l'autre. Sur cette plaque rouge se dessinent en saillie quelques stries verticales, d'un rouge plus vif, dues à l'injection et au gonflement des glandes de Meibomius. La crête du bord libre de la paupière est en général parsemée de petites croûtes sèches, jaunâtres, perforées par les cils, qu'elles réunissent souvent à leur base. Si, avec un stylet, on soolèTe doucement ces croûtes, on découvre au-dessous d'elles une petite surface rouge, ulcérée, un peu saignante et douloureuse. Tous ces phénomènes, d'abord limités à une très-petite étendue de la paupière, finissent par s'étendre à tout le bord libre; la blépharite ciliaire est alors générale.
n est fréquent d'observer la formation successive, sur le bord ciliaire, de petites pustules de la grosseur d'un grain de millet, renfermant un liquide blanc jaunâtre. Ces pustules se montrent souvent en môme temps que de petits orgeolets.
Après une durée variable, l'inflammation se propage peu à peu aux divers éléments de la paupière, et de là résultent des accidents quiaggra* vent notablement l'état primitif: ainsi les glandes de Meibomias, sécrétant en abondance une matière visqueuse, les poils s'agglutinent entre eux, et au-dessous des croûtes qui naissent de la sorte, les ulcérations augmentent en profondeur.
L'ulcération qui se fait au début est en effet très -superficielle; ce n'est, pour ainsi dire, qu'une exulcération de Fépiderme, intéressant tout au plus la couche sous-épidermique, et qui est entretenue par l'irritation permanente que détermine la présence de croûtes sur le bord libre de paupières. Plus tard l'ulcération se produit par un autre mécanisme, et persiste grâce à des influences différentes. Au lieu d'être superficielle et étalée, comme dans le premier cas, elle devient profonde et affecte la forme de cupule, au milieu de laquelle on trouve plusieurs cils vaciliants et faciles à arracher. Ces cils jouent, par rapport à ruicéralion, le rMe de corps étrangers et empêchent la cicatrisation. L'inflammation et Ii suppuration des glandes sébacées qui avoisinent les cils sont la cause efficiente de ces ulcères.
Quand ces ulcérations viennent à se cicatriser, elles entraînent le déplacement des cils ou les fixent dans des positions vicieuses, en sorte que souvent ils viennent frotter contre la surface antérieure de lacorml^* et sont l'origine de kératites ulcéreuses. Les ulcérations étendues peuvent, en se cicatrisant, déformer le bord libre et le renverser, soit en dehors {ectropion)^ soit en dedans {entropiou).
MALADIES DE L'APPABEU DE LA YISIOR. &89
Les glandes de Meibomius, enflammées et engorgées par ie produit de sécrétion, deviennent le point de départ de petits abcès on le siège de concrétions dures qui irritent la conjonctive et la cornée. On peut croire aussi que, dans certains cas, la phlegmasie reste limitée aux bulbes ciliaires.
A une période plus avancée, toute la surface palpébrale de la conjonctive participe à Tinflammation, et il résulte de là un écoulement catarrhal abondant qui se répand sur la face cutanée de la paupière et en détruit peu à peu Tépiderme. Des croûtes sèches, jaunâtres et peu ^>ai88es, recouvrent la peau de la paupière inférieure. Au-dessous d'elles le derme est rouge, enflammé, et le siège d'une rétraction progressive qui amène peu à peu l'abaissement du bord ciliaire de la paupière, l'écoulement des larmes qui ne sont plus retenues ; enfin, à mesure que cette rétraction fait des progrès, le tarse lui-même se renverse, et le malade est atteint d'un ectropion hideux, avec boursoufle ment de la muqueuse enflammée. L'œil est alors à découvert^ il rougit, se vascularise de plus en plus, et la cornée peut finir par s'ulcérer de la bçon la plus grave.
Dana quelques cas, le bord libre de la paupière et une certaine étendue de sa face interne se recouvrent d'une exsudation pseudo-membraneuse, d'un blanc d'argent, et qui adhère assez fortement aux tissus sous-jacents* C'est à cette variété de blépharite glandulo-ciliaire que Velpeau a donné le nom de blépharite diphthérittque. Quand on enlève par le frottement cet exsudât blanch&tre, on trouve au-dessous de lui une surface rouge et légèrement granuleuse. Nous ne savons rien sur la composition micrographique de cet exsudât ni sur les conditions qui en favorisent le développement*
La blépharite glandulo-ciliaire suit sa marche sans occasionner de vives douleurs au malade^ qui n'éprouve le plus souvent que des picotements légers, des cuissons et des démangeaisons. Hais chaque matin c'est un travail douloureux de séparer les cils collés les uns contre les autres. Si Ton essaye de le faire brusquement, les cils sont arrachés et il en résulte souTent un petit écoulement sanguin : d'où la précaution de ramollir les croûtes et de procéder doucement à leur ablation.
La blépharite glandulo-ciliaire est souvent compliquée de quelque inflammation de voisinage. Ainsi la dacryocystite n'est pas rare à la suite de cette variété de blépharite chronique. On voit aussi la conjonctivite simple ou granuleuse compliquer la blépharite. Les glandes de Meibomhis se remplissent, dans certains cas, de véritables calculs dont la saillie ▼ient douloureusement frotter contre le globe ooulaire.
La maladie progresse lentement, et, arrivée à un certain degré, elle reste souvent stationnaire. On la voit, chez quelques individus, persister toute la vie, et, dans tous les cas, son dernier terme est un ectropion complet avec perte ou déviation des cils, induration et amincissement du
bord libre par le travail ulcératif.