LÉSIONS VITALES ET ORGANIQUES DU PAVILLON DE L*0RE1LL
1° Inflammations.
a. Vérystpèle du pavillon de Toreille n'est pas rare et succède quelquefois aux plaies et aux contusions de cet organe ; plus souvent il vient compliquer certaines inflammations chroniques de l'oreille externe, telles que rérythème, l'eczéma, l'impétigo. TantM Térysipèle reste borné au pavillon, tantôt il envahit consécutivement la face et le cuir chevelu. Dans d'autres cas, au contraire, Térysipèle primitivement développé à la face ou au cuir chevelu s'étend au pavillon. La maladie se présente avec ses caractères habituels ; le gonflement, surtout marqué à la face interne et sur les bords du pavillon, en raison de la laxité du (issu cellulaire souscutané, acquiert des proportions considérables, ce qui donne lieu à une déformation caractéristique. La peau est rouge, luisante; les douleurs sont tensives, lancinantes. Il existe, en outre, des phénomènes généraux plus ou moins graves^ selon que l'érysipèle reste borné au pavillon ou occupe en môme temps une partie de la face et du cuir chevelu.
Il est assez rare que l'inflammation devienne phlegmoneuse et qu'il se développe des abcès sous-cutanés. Ph. Boyer (1) rapporte un fait dans lequel un vaste abcès du pavillon avait amené la nécrose de tout le cartilage.
Le traitement ne présente aucune indication particulière.
b. Érythème. — L'érythème du pavillon de l'oreille n'est pas rare et s'observe de préférence chez les sujets jeunes, lymphatiques etscrofuleux. 11 reconnaît quelquefois pour cause déterminante un léger traumatisme, tel que la perforation du lobule de l'oreille; mais le plus souvent il se développe sous l'influence du froid et de l'humidité ; aussi on le vpit se montrer principalement en hiver, et, une fois développée, la maladie peut persister très-longtemps avec une ténacité opiniâtre et en présentant de temps à autre des périodes d'acuité et de rémission.
Symptomatologie. — Dans sa forme légère, l'érythème de l'oreille consiste en un gonflement superficiel, difl'us, avec rougeur légère des diverses parties qui forment le pavillon, et plus particulièrement du lobule, des replis de l'hélix, de l'anthélix et du tragus. Cet état s'accompagne d'un sentiment de prurit qui force les malades à se gratter, surtout lorsqu'ils s'exposent à la chaleur.
Dans ane forme plus grave, la rougeur des parties est plus marquée;
(i) Traité dm malaàmckirurgkalw^ dernière édition, t. V, p. 6.
elle peut même faire place à une teinte violacée, noirâtre. Le gonflement e4 toujours considérable ; les replis et les rainures qui constituent le panllon sont effacés, et l'oreille prend l'apparence d'une masse informe quon a comparée à une tomate. De larges phlyctènes, remplies de sérosité brunâtre ou noirâtre, ne tardent pas à apparaître, et, lorsque le liquide qu'elles contiennent s'est écoulé, il n'est pas rare de trouver le derme ulcéré. Quelquefois même on voit apparaître à cAté des vésicules de petites plaques gangreneuses dont la chute devient aussi l'origine d'ul^ cérations qui, chez les sujets scrofuleux, se montrent extrêmement rebelles, atteignent les parties profondes, et peuvent s'étendre dans le conduit auditif externe et jusqu'au tympan.
Dans ces cas, la suppuration est ichoreuse^ fétide; des croûtes, incessamment détachées sous l'influence du grattage, se forment à la surface des ulcérations, et la maladie tend à se perpétuer indéfiniment.
Lorsque l'érythëme revêt cette forme grave^ les malades accusent un sentiment de chaleur, de cuisson, de démangeaison, une douleur plus ou moins vive, qui quelquefois empêche complètement le sommeil et s'accompagne souvent de battements, de bourdonnements, et même, si la maladie s'étend au conduit auditif, d'une surdité plus ou moins forte.
Il se peut que la maladie disparaisse spontanément, surtout à l'époque de la puberté; mais, dans bien des cas, elle persiste très-longtemps et se montre très -rebelle au traitement.
TRArrEMBîfT. — Il comprend l'usage de moyens internes et externes.
L'érythènne de l'oreille reconnaissant le plus souvent pour cause la diathèse scrofaleuse, il est nécessaire de prescrire un traitement propre à combattre l'état général. L'huile de foie de morue, l'iode^ les iodures, la bonne hygiène, seront particulièrement indiqués. Chez les jeunes filles, on devra favoriser rétablissement des règles ou régulariser leur retour, car il est fréquent de voir l'état local s'amender considérablement dès que les périodes menstruelles sont bien établies.
Quant au traitement local, il comprend différents moyens. Dans les cas légers, les applications de compresses imbibées d'alcool, les embrocations tièdes avec le baume de Fioraventi, le glycérolê au borate de soude (4 gr. poar 30 gr.)» seront particulièrement utiles.
Lorsqu'il existe de violentes douleurs avec un gonflement considérable, il peut être avantageux d'appliquer quelques sangsues derrière l'oreille ou de pratiquer quelques mouchetures à la surface du pavillon. Dans les cas graves où il existe des ulcérations revêtues de croûtes, il est nécessaire d'appliquer pendant quelque temps des cataplasmes de fécule ; puis, lorsque les croûtes seront tombées, on touchera les surfaces ulcéreuses avec la teinture de benjoin, d'aloès, ou mieux encore avec le perchlorure de fer. On pratiquera plusieurs fois par jour des lavages avec l'alcool et le m aromatique, et dans Fintervalle on aura soin de recouvrir les parties atec un petit linge fin enduit de cérat, de glycérine ou d'une pommade légèrement excitante.
28 ITALADIES DES RÉGIONS.
c. Eczéma. — L'eczéma du pavillon de Toreillo est extrêmement fréquent. De même que les autres inflammations, elle peut se limiter au pavillon ou s'étendre à la fois, soit à la face et au cuir chevelu, soit au conduit auditif externe et à la caisse du tympan.
Je reviendrai plus tard sur l'otite dartreuse proprement dite, et je me bornerai à décrire brièvement l'eczéma limtlé au pavillon. La maladie peut revêtir la forme aiguë ou chronique ; elle est unilatérale ou bilatérale.
La forme aiguG s'obsene aussi fréquemment chez les individus det deux sexes et à tous les âges de la vie; la forme chronique est surtout commune chez les enfants scrofuleux, les jeunes filles mal réglées et les femmes à l'époque de la ménopause.
L'eczéma aigu se présente avec les mêmes caractères que sur les autres parties du corps : rougeur et gonflement de la peau, avec production de petiteS'Vésicules serrées les unes contre les autres, et laissant échapper par leur rupture un liquide ténu, quelquefois roussàtre, qui souvent se concrète sous forme de croûtes plus ou moins épaisses {eczéma impétigineux). Avec ces symptômes locaux, les malades accusent une sensation de chaleur brûlante, de tension douloureuse; quelquefois il existe un mouvement fébrile.
Dans certains cas, la maladie , après une durée de quelques jours et sous rinfluence d'un traitement convenable, guérit complètement; mais le plus souvent elle persiste plus ou moins longtemps, en passant à l'état chronique. Elle revêt alors assez souvent la forme impétigineuse, c'est-à-dire que le pavillon, restant gonflé et rouge, est en outre couvert en certains points de croûtes jaunes ou jaunes- brunâtres, humides, au-dessous desquelles on trouve le derme exulcéré, légèrement saignant. Dans d'autres cas^ on observe une forme squameuse; à côté de plaies suintantes, on rencontre une sécrétion épidermique exagérée. C'est principalement dans cette forme qu'il n'est pas rare de voir des excoriations et des gerçures profondes de la peau qui laissent échapper une suppuration assez abondante. Ces gerçures se montrent surtout à l'angle d'insertion du pavillon.
Quelle que soit la forme de la maladie, elle peut atteindre la totalité du pavillon et coïncider alors le plus habituellement avec des lésions semblables du cuir chevelu; mais il n'est pas rare de voir la maladie localisée à quelque partie du pavillon, comme au point d'insertion de celui-ci sur l'apophyse mastoîde, dans le sillon de l'hélix, au niveau du lobule. Dans ce dernier cas, le point de départ est souvent la perforation du lobule pour les boucles d'oreilles.
L'eczéma chronique du pavillon de l'oreille est une maladie extrêmement tenace, très-gênante par les démangeaisons et la sensation de douleur cuisante qu'elle détermine. En outre, lorsqu'elle persiste longtemps, elle entraîne à sa suite une difformité du pavillon résultant de l'épais^issement de la peau. Les saillies et les dépressions s' îQacent plus ou mt^ins
MALADIES DE l'APPAREIL AUDITIF. 39
complètement , et le pavillon de Toreille est transformé en un organe informe, disgracieux. £nûn la maladie peut se propager dans le conduit auditif et déterminer les symptômes de Totite.
Tbaitement. — Dans Teczéma aigu localisé au pavillon de l'oreilie, la première indication est de soustraire la peau au contact de Tair. On y parvient en saupoudrant les parties malades ave'c la poudre d'amidon ou de riz; des compresses imbibées d'une solution astringente tiède (sulfate de zinc, extrait de saturne dilué, etc.) conviennent plus particulièrement pour calmer la cuisson et la démangeaison. Quelques laxatifs, des boissons délayantes, une nourriture peu excitante, complètent le traitement.
Dans la forme chronique, il faut avoir soin de faire tomber toutes les croûtes à l'aide de cataplasmes de fécule, de fumigations émollientes. L'oreille étant débarrassée de ces croûtes, on la lave avec quelque solution astringente, et on la saupoudre exactement avec une substance inerte ou avec une poudre somposée et légèrement excitante. Les pommades et les corps gras réussissent assez mal et servent tout au plus à ramollir les produits de sécrétion desséchés. Le glycérolé à Toxyde de zinc produit souvent de bons effets et calme les démangeaisons. Lorsque Teczéma résiste à ce traitement simple, il est nécessaire d'avoir recours à quelques topiques substitutifs, tels que le goudron, l'huile de cade, le cinabre, etc., qu'on applique directement ou en les incorporant dans une pommade. Dans les cas rebelles, les douches froides en arrosoir, répétées plusieurs fois par jour, sont quelquefois très-utiles. Il faut avoir soin de fermer le conduit auditif avec un petit bourdonnet de coton imbibé d'huile.
Enfln, concurremment avec l'emploi de ces moyens locaux, on ne devra pas négliger l'usage des remèdes généraux^ tels que les préparations arsenicales, soufrées» etc., qu'on administrera selon les règles ordinaires.
3* Tumeurs.
Les tumeurs du pavillon de l'oreille ne sont pas très-communes. Il en est qui ne méritent qu'une simple mention : tels sont les kystes dermoîdes, qui n offrent rien de particulier. Nous décrirons seulement les tumeurs sanguines ou olhématomes, les tumeurs fibreuses, les tumeurs érectiles, le cancer, les dépôts goutteux,
a. Tumeurs sangvines. Ot hématomes. — On désigne sous les noms d'ot/ié" matomes^ d*hématocèles ou d'hématomes du pavillon de l'oreille, certaines tumeurs liquides constituées par un épanchement de sang entre le pérîrhondre et le cartilage du pavillon de l'oreille. Cette affection, qui n'est connue que depuis quelques années, a été l'objet de travaux nombreux, tant en France qu'à l'étranger. Nous indiquerons seulement les principaux :
IICRU.SO, De$ iumevn du pavillon de VoreiUe chez les aliénés, thèse înau^. Paris, 4953. -* A. FoviLLE, llecherches sur Us tumeurs sanguinet du pavWon de l*ortill»
€hes le» aliénés {Gaz. lubdom,, 4 859, p. 430, 439).— Pu. Xuhn, De l* hématome du pavillon de Voreille, ihcse de Strasbourg, 4 864. — Gudden et Will, Ueber Olhœmatom {SchmidCê Jahrbucher, Band. 4 24, p. 230, 486i). — CASTtLAlN, De l hématome du pavillon de l'oreille [BulL méd. du nord de la France, janvier et février 4 870). — Claverie, De l'hématome du pamllon de Voreille^ thèse de Parts, 4870.
ÉTiOLOGiE. — L'hématome du pavillon de Toreille se rencontre assez fréquemment chez les aliénés et principalement chez les déments paralytiques. Il est beaucoup plus commun chez Thomme que chez la femme : ainsi, sur 62 cas, Kûhn a noté 52 hommes et seulement 10 femmes.
On est encore loin d*être fixé sur la cause véritable de cette singulière affection : les uns pensent que Tépanchement sanguin est toujours déterminé par l'action de violences exercées sur les oreilles, soit par le malade lui-même, soit par les personnes qui l'entourent; d'autres n'hésitent pas à admettre que l'épanchement sanguin est spontané et consécutif aux troubles de la circulation de la tète chez les aliénés et à des altérations préexistantes dans la structure du pavillon de l'oreille.
La première opinion repose sur ce fait, qu'on observe parfois de véritables hématomes en tout semblables à ceux qui se rencontrent sur les aliénés, chez des personnes saines d'esprit. Jarjavay (1) a le premier fait coanaltre, sous le nom d*hématocèles du pavillon^ des tumeurs sanguines développées à la partie supérieure de la conque chez les lutteurs et les boxeurs de profession. Dans ces cas, il est évident que la tumeur sanguine reconnaît pour cause les contusions et les froissements du pavillon de l'oreille ; et j'ai dit ailleurs que la répétition de ces violences, jointe à la congestion habituelle de la face durant les efforts, avait pour effet de déterminer une sorte d'hypertrophie et de congestion chronique du pavillo'n. On conçoit dès lors que, dans ces conditions, une cause mécanique assez légère puisse produire un épanchement de sang.
En est-il de môme pour Tothématome qu'on rencontre chez les aliénés 7 Je pense qu'il existe, en effet, entre les deux variétés de tumeurs, de grandes analogies. De même que, chez les lutteurs, rothcmatome exige pour se produire la préexistence d'altérations dans la structure du pavillon, altérations qui reconnaissent pour cause les froissements, les contusions, les tiraillements de l'organe ; de même aussi, chez les aliénés, il parait exister quelque lésion préalable des tissus qui forment le pavillon de Toreille. Virchow (2) et L. Meyer (3) ont, en effet, constaté un état de ramollissement antérieur, une dégénérescence enchondromateuse et une hyperplasie du pavillon de l'oreille qui diminuent son élasticité et favorisent les déchirures et les extravasations sanguines.
(1) Anatomie ehirut ficale, t. I, p. 52!.
(2) Traité des tumeurs^ trad. franc, 1. 1, p. 1321.
(3) Die pathol. Getcebsveranderumg der Ohrkmorpels und isren Besiehungen sur OhfU^ geichwulst (Virchow's ArchiVj 1865, Bd. IXXllI, p. 457).
MALADIES DK l'APPABEIL AVDITIF. 31
Hais si le développement de ces lésions préexistantes s'explique trèsbien chez les lutteurs et doit être rapporté à la contusion chronique, on peut se demander s'il en est de môme pour les aliénés, et si ces lésions soDl dues à des violences exercées par eux-mômes ou par les personnes qoi les entourent? Il est assez difficile de résoudre la question, ou du Jûoins elle me parait susceptible de deux solutions. Dans quelques cas, il est permis de rester dans le doute relativement à l'action de violences extérieures, et Ton peut, à l'exemple de certains auteurs, admettre que rhématome du pavillon s'est développé à la suite de froissements, de eoDtasions de l'oreille. Mais, d'autre part, on possède des faits assez nombreux dans lesquels le traumatisme doit être absolument écarté. On est forcément amené à conclure que, dans ces derniers cas, les lésions anatomiques qui précèdent constamment la formation de l'hématome da pavillon de l'oreille se sont développées sous l'influence de la maladie cérébrale qui détermine sans doute des troubles dans la circulation et la nutrition du pavillon. Une observation curieuse faite récemment par Brown-Séquard vient à l'appui de cette opinion. Ce physiologiste, en effet, dans une communication à l'Académie de médecine, le 16 mars 1869, a remarqué que, sur deux cobayes porteurs de lésions des corps resliformes, on vit se développer des hémorrhagies sous la peau du payillon de l'oreille, et je tiens du même auteur que, dans toutes ses expenencesy il a constamment obtenu le même résultat. Dans certains cas même, la lésion des corps restiformes aurait déterminé la gangrène de Toreille.
Ces observations intéressantes me paraissent démontrer que les lésions des centres nerveux entraînent des troubles considérables dans la circulation et la nutrition du pavillon de l'oreille, et que, chez les individus atteints d'affections cérébrales, on peut voir se développer, en dehors de toute action mécanique, certaines altérations de structure du pavillon qui prédisposent aux extravasations de sang, soit spontanément^ soit sous l'influence d'une violence extérieure tout à fait insignifiante.
Stmptoxatologie. — L'hématome du pavillon a pour siège habituel la cavité de l'hélix. Quoique plus fréquent, en général, du côté gauche chez les aliénésy il peut siéger à droite et même occuper à la fois les deux oreilles.
Au début, on observe une tuméfaction générale de l'oreille qui devient en même temps rouge ou bleuâtre, luisante, chaude et douloureuse, ce qui indique un léger degré d'inflammation et explique comment, à une certaine époque, on a pu donner à la maladie le nom à^érysipèie de l'ùreiUe*
Dès le premier jour, la tumeur proprement dite peut arriver à son développement complet, combler toute l'excavation de la conque et se mettre de niveau avec la bordure de l'hélix. Dans d'autres cas, la collection liquide, d'abord limitée à la fossette scaphoîdienne de l'anthélix, s'étend peu à peu et envahit la totalité du pavillon. Quel que soit son mode de développement, la tumeur présente une fluctuation manifeste,
3% MALADIES DES BiCIOSS.
surtout ï son cenb% : sur les parlics périphériques, U fluctuation devient plus douteuse. Il n'est pas rare d'y percevoir quelquerois une légère crépitation.
Si l'on vient à otivrir une semblable tumeur, on la trouie constiliiéo CD partie par une sérosité visqueuse, sanguinolente, inodore, en pnrlie par du sang noir et coagulé. Les parois de la poche sont formées, d'une part, par le périchondre et la peau, d'autre part, par la surface externe du cartilage, qui présente des altépations particulières préexistantes. On y constate des points de ramollissement situés parallèlement à sa surface, et détachant ainsi des fragments cartilagineux qui adhèrent au périchondre.
L'othématome abandonné h lui-même peut suppurer, ce qui est le cas le plus rare. Quelquefois la tumeur s'ouvre spontanément, donne issue à un liquide séro-sanzuinolcnt, puis finit par guérir rio lunule. sans suppuration. Le plus souvent le
sang épanché subit un travail de résorption lente, les surfaces se recollent; mais, en raison des altérations de structure du cartilage, la giiérison s'accompagne toujours de déformations caractéristiques du pavillon de l'oreille. Les parties molles, le périchondre en particulier, s'épaississent, et, & mesure que le recollement s'effectue, on voit se produire une rétraction de la cicatrice qui entraîne une sorte de ratatinement du pavillon dans sa hauteur et dans sa largeur.
11 peut se faire que l'épancbement ait lieu à la fois sur les deux faces du cartilage de l'oreille; celui-ci, privé de ses moyens de nutrition, se mortifie et s'élimine, et il en résulte une déformation telle que l'oreille devient méconnaissable. On trouvera dans le mémoire de Castelain une observation de cette forme rare d'othématome.
Le TRAiTEKEirr de l'othématome est des plus simples et doit se borner h faciliter la résorption du sang par l'application de quelques compresses résolutives. Lorsque, cependant, la tumeur est très-volumineuse, on peut tbréger la durée de la maladie en pratiquant quelques ponctions, de manière i évacuer la plus grande quantité possible de liquide. Nous préférons ce traitement à celui qui consiste à fendre largement la tumeur et ik la faire suppurer.
b. Tumeurs éreetiles. — Quoique rares, les tumeurs érectiles de roreillc ont été observées quelquefois, soit sous forme de (iii»eurt veiiieuaei, soit sous forme de tumeun artéritUtt.
Les tumeurt értctila tttTicuut se présentent plut&t comme des taches
1I.\LAD1ES DE L'APFAnEIL AUDITIF. 33
étendues et assez superficielles, consLtluanl ainsi une difTormité le plus souvent irrémédiable, et h laquelle in peut d'ailleurs appliquer les moyens qui ont été indiqués à l'ciccasion des tumeurs érectiles en féDÉral.
Quant aux tumeur» érccliles artérielles, tantftt elles sont nettement localisées en un point du pavillon de l'oreille, tantOt elles se compliquent il'une dilatation variqueuse des artères du voisinage) c'est-à-dire de rarices artérielles du cr&ne.
DiDS le premier cas, on peutattaquer la tumeur par l'un des procédés qui ont été décrits ailleurs, et, en raison de l'isolement du pavillon, l'ablalion est particulièrement indiquée et a été pratiquée avec succès.
Lorsqu'il existe en même temps des varices artérielles du cuir chevelu, le traitement est beaucoup plus difficile, car on sait les incertitudes et les dan^rs de l'intervention chirurgicale dans ce cas. Cependant Colles, cité par Wilde, a pratiqué la ligature de l'artère auriculaire postérieure pour une lumeur éreclile de l'oreille compliquée de varices artérielles, et, dans deui cas très-graves, cités par les auteurs du Campendium, où il existait uae dilatation de toutes les artères auriculaires et où la tumeur était le siège d'hémorrhagies, on dut recourir h la ligature de la carotide primilite. Dans l'un de ces Taits, dû au docteur Mussey, la ligature de la carotide primitive du côté malade n'ayant pas suffi pour arrêter les hémorrhagies, le chirurgien se décida, au bout de quelques semaines, à lier la carotide primitive de l'autre cAté. Le malade guérit.
C. Tumeurg fibreian. — 11 est rare de lïQcontrer des tumeurs fibreuses dans la portion cartilagineuse du pavillon de l'oreille. Triquet (1) a cependant observé une tumeur de cette nature, du volume d'une moitié d'œuf, implantée sur la paroi postérieure du pavillon qui se trouvait ainsi fortement repoussé en avant (fig. 13). L'abtation fut suivie d'une guérison rapide, et le pavillon reprit sa position normale.
Sous le nom de fibromes ou de tumeurs ftOmiei du lobule de l'oreille, on a décrit
des excroissances arrondies et dures, quel- p„. ,3.T«.«ir nbr«« i, p.«n« quefois très-volumineuses, qui se dévelop- diri>™iie (ïriiiini).
pent sur le trajet cicatriciel des boucles
d'oreilles. Mais si, parmi ces tumeurs, les unes sont de véritables fibromes, «Taulres semblent plutôt se rapporter h des cbéloldes cicatricielles. Dolbeau (2) a présenté h la Société de cbirurgie deux observations (!e
(11 Traili proliQua det mahdia â» roreiUt, p. 117, (3) Socii:£ de cliirurgie, 6 jinrierat 2d Kirier IBOB.
3& MlLAblES DIS ntCIOHf.
tumeurs «lu lobule de l'oreille, dont ta première est ud exemple de fibrome, tandis que la seconde se rattache plutôt à une chéloïde cicatricielle.
Les tumeurs fibreuses du lobule de l'oreille seraient très-fréquentes chez les négresses, d'après 0. Saint-Vel (1), et sembleraient se développer sous l'influence de l'irritation produite par d'énormes et lourdes boucles d'oreilles qui tiraillent et fendent m€me le lobule.
Ces tumeurs ont une évolution toujours très-lente : elles mettent des mois et même des années à acquérir le volume d'un œuf de pigeon, d'une noix. Elles sont souvent multiples et afl'eclent une symétrie parfaite de chaque c6té. Leur diagnostic est facile ; toutefois, on a pu les confondre avec un kyste sébacé, affection très-rare dont Moos (2) a rapporté une observation. La dureté de la tumeur ne laisserait aucun doute sur ce point, et d'ailleurs L'ablation convient dans les deur cas.
Le traitement consiste, en etl'et, k pratiquer l'excision de la tumeur, qu'il faut faire aussi complète que possible, dans la crainte des récidives. Celles-ci sont extrêmement fréquentes, et Saint-Vel a toujours vu chez les négresses ces tumeurs repulluler lento- ^ ,, , „ , , > , ment sur place après une première et nifime *t l'oTLiiig. une seconde ablation, ce qui laisse sup-
poser qu'il s'agissait de cliéloîdcs, affection très -fréquente de la race nègre.
d. Tumeuri crélacées. — On rencontre très-souvent chez les goutteux des dépôts d'acide urique dans le pavillon de l'oreille. D'après Garrod, qui a signalé le fait, la formation de ces dûpôls serait, de tous les symplùmcs externes de la goutte, celui qui manquerait le moins souveuL
Ces concrétions, gcnéraieiuent multiples, occupent surtout le bord supérieur de l'hêlis. Leur volume peut dépasser celui d'un pois. Habituellement indolentes, elles deviennent quelquefois le siège d'une irritalioa passagère au moment d'une attaque de goutte.
Si CCS petites tumeurs devenaient gênantes par leur volume ou l'irritation qu'elles déterminent, il serait possible d'en débarrasser le malade par une excision.
e. Caiicer. — Le cancer du pavillon de l'oreille paraît assez rare, si l'on ^en rapporte au silence gardé par les auteurs. Dans ces dernières années, cependant, l'attention a été attirée sur ce sujet par quelques faits publiés
(1) Malodiet det r^gioiu mltrlropiealM, p. ili. <3) Klmik à»r OkTMkrant'itiltnt f. 61.
UALADIES DE L'APPABBIL AUDITIF. 35
par Yelpeau (i),Demarquay (2), Bouisson (3) (de Montpellier)^ Sédillot(/i)« C'est le plus ordinairement le cancroïde qu'on observe au pavillon de Toreille ; tantôt celui-ci est envahi par propagation d'une lésion de même oature siégeant dans le voisinage, comme la région parotidienne ; tantôt la maladie se développe primitivement dans un point du pavillon.
Là, comme ailleurs, le cancroïde débute généralement sous forme de petites élevures verruqueuses, dures et résistantes, que le malade irrite avec l'ongle^ et qui finissent par se ramollir et s'ulcérer, en détruisant plus ou moins rapidement tous les tissus du pavillon, y compris le fibrocartilage.
Le professeur Bouisson a vu le cancroïde du pavillon succéder à un eczéma chronique de longue durée, accompagné de fissures nombreuses qui étaient devenues le point de départ d'ulcères à bords indurés et présentant tous les caractères du cancroïde.
La marche de la maladie paraît être quelquefois très-rapide. Sédillot a cité un cas dans lequel la totalité du pavillon avait été détruite en moins de trois semaines ; le conduit auditif allait être envahi, lorsque le chirurgien se hâta d'arrêter le mal en cautérisant à plusieurs reprises, avec le fer rouge, les parties ulcérées. J'ai observé dernièrement à l'hôr pital Beaujon un malade chez lequel un cancroïde développé sur le lobule avait détruit en quelques mois la totalité de Toreille externe et les paities avoisinantes, en donnant naissance à un énorme ulcère dont le fond était formé par les os du crâne dénudés et nécrosés. L'articulation temporomaxillaire était largement ouverte.
Peut-on rencontrer sur le pavillon de l'oreille d'autres variétés du cancer? 11 est difficile de se prononcer à cet égard, en raison du petit nombre de faits connus.
La tumeur observée par Yelpeau avait le volume d'une aveline; elle était consistante, charnue, ulcérée à la superficie, mobile sur les parties profondes. On l'avait déjà excisée, mais elle s'était rapidement repro* daite. Yelpeau diagnostiqua une tumeur cancéreuse contenant probablement du tissu flbro-plastique et des éléments de cancer encéphaloïde.
A quelle forme doit-on rapporter les tumeurs observées par le docteur Campbell (5), et qui, assez fréquentes parmi les habitants de la vallée de Nipal, se rencontreraient surtout chez les individus afi'ectés de goitre? Le docteur Campbell a opéré deux de ces tumeurs ; elles attiraient fortement le pavillon en bas, recouvraient le méat auditif et gênaient beaucoup l'audition. Elles étaient inégales, charnues, et leur tissu ressemblait à celui du sarcome.
(!) GaxeUe dei hôpitaux, iB^à, n<» 27.
(2) GaieltedeihôpUauXyiS69,n'' 114.
(3) DêtaminUationdu pavUUm de Vorêillê {àtontpetligr médical, juillet et août 1860), (h) Académie des iciences, 25 juillet 1869.
(5} Cité par Demaninaj {Gaz, dei hùpilaux, 1860, n<> 11 A}»
tu MALADIES DES BfClOt».
Quelle que soit la nature de ces tumeurs, leur caractère de malignité étant reconnu, le chirui^iea doit iaterveoir rapidement pour prévenir leur extension,
La cautérisation, l'eicision, la ligature, peuvent être employées selon les cas. Bouisson a insisté sur le manuel opératoire de l'amputation pai^ tielle ou totale du pavillon de rorcille, qu'il préfère, dans les cas de cancrolde, aux autres procédés de destruction.
AUTICLE III.
TicES DE coiiroBKATKjn ET DirrosHiTta m pitilloit de l'oeeiua
Les difformités congénitales ou acquises du pavillon de l'oreille ne sont pas extrêmement rares. Les unes sont entièrement au-dessus des ressources de l'art; les autres, au contraire, sont susceptibles d'Ctre corrigées et intéressent plus parlicutièrement le chirurgien.
a. Les difformités par excè* de dévelopitement, qu'elles soient congénitales ou acquises, alt'ectent tnnlôt la totalité, tantôt une partie seulement de l'organe. On a signalé quelquefois un développement tellement exagéré du pavillon que cette anomalie constituait une dill'ormité des plus choquantes.
D'après un fait rapporté par le docteur di Martino (1), il semble que l'art puisse intervenir avec succès. Dans ce pn. is. ~-0|>^i>oiid*nianciiidad<riina>ii cas, en effet (llg. 15], le chirurgien £r«.".7.' * '^"'"'■''""■' "^ """""" '^' enleva à la partie postérieure du pavillon un lambeau triangulaire, puis réunit par la suture les incisions A et B, et corrigea la difformité.
L'excision conviendrait parfaitement s'il s'agissait du développement excessif d'une partie du pavillon. L'anomalie porte alors plus généralement sur le lobule qui peut offrir une longueur démesurée. Bover ayant eu .à traiter un jeune bomme chez qui le lobule, anormalement développé, se portait sur la joue d'une manière désagréable, en fit l'excision avec les ciseaux et détruisit la difTormilé. b. Les difformiUt par défaut sont plus communes que les précédentes. L'absence congénitale du pavillon de l'oreille a été quelquefois observée. Lorsqu'elle necoiucidepasavec d'autres vices de conformation de l'organe de l'ouïe, il oe parait pas en résulter une grande gûnc dans l'exercice d«
(1) Triqiwt, Ua'ad-ts in ortilin, p. ItO.
MALADIES DE L'APrAREIL AUDITIF. 37
la fonction auditive. Il en est de même de la deslruction totale du pavillon àla suite de brûlures, de plaies, de gangrènes. Dans Tun et l'autre cas, la difformité doit être regardée comme incurable, et peut seulement être masquée par certains appareils prothéiiques, qui remplacent le parjllon absent.
Mais si h perte de substance n'atteint qu'une partie du pavillon, quels que soient la cause et le siège de la dilTormité^ on peut espérer quelquefois corriger celle-ci par une opération autoplastique, en empruntant un lambeau de forme et de dimensions convenables, sur la tempe, la région mastoïdienne. Le lambeau disséqué est ensuite fixé au niveau de la perte de substance préalablement avivée; puis, lorsque la réunion est opérée, on sépare le lambeau resté adhérent au crûne. Quoique cette opération ait été conseillée par Dieffenbach, je pense qu'elle est rarement appelée à fournir de bons résultats.
c Les difformités par altérattons de forme de la conque sont extrêmement fréquentes. La plup<irt ne constituent que des variétés individuelles sans importance. Je signalerai une disposition vicieuse du tragus et de Tantitnigus qui sont accoles l'un à l'autre et ferment hermétiquement le méat auditif, de manière à gêner l'entrée des ondes sonores. L excision de l'une ou de l'autre de ces parties, ou même des deux à la fois, a été conseillée par Boyer. A défaut d'opération, on pourrait obvier à la gêne de l'audition en maintenant l'ouverture du méat dilatée par le moyen d'un petit tube introduit dans le conduit.
d. Les difformités par adhérences vicieuses du pavillon avec les parties latérales du crâne, que l'on observe quelquefois à la suite de plaies, de brûlures mal soignées, peuvent ê! recorrigées par la division de ces adhérences que l'on empêcherait de se reproduire, soit en surveillant attentivement la cicatrisation, soit en interposant un lambeau autoplaslique sur la surface saignante du crâne.
e. Parmi les vices de conformation du pavillon, il faut signaler l'existence de fistuks congénitales dont Belz (1) (de Heilbronn) a rapporté un exemple. Chez une petite GUe de dix ans, il existait sur le lobule de l'oreille gauche une ouverture fistuleuse qui conduisait dans un trajet de 2 millimètres de long, horizontalement dirigé en arrière du cartilage de la conque, entre celui-ci et la peau, et se terminant en cul-de-sac. Les parois étaient indurées, en sorte qu'à travers la peau on sentait un cordon de l'épaisseur d'une aiguille. L'ouverture fistuleuse était habituellement recouverte par une croûte.
Belz considère avec raison cette anomalie comme résultant d'un trouble dans l'occlusion delà première branchie qui se ferme à la partie moyenne et forme ainsi deux ouvertures, dont la supérieure donne naissance au conduit auditif externe et dont l'inférieure disparait bientôt. La persistance de cette dernière serait l'origine de la fistule.
(1) SthmiiVs JahrbUchsr, 18GA, t. C\\\, p. 34â.
38 MALADIES DES BÉGIOMS.
n. ^ MAiêAsiEB mr cobiduit AUDinr extcbmil
ARTICLE PREMIER