‹ Traité élémentaire de pathologie externeChapitre 50 sur 88 · CHAPITRE VUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUI

HALADIES DES DENTS.

Avant d'aborder la description des maladies des dents, nous avons pensé qu'il ne serait pas inntilede rappeler, dans un court préambule, les notions d'anatomie et de pbysiologîe indispens;ib!es pour l'intelligence des accidents morbides dont les dents sont le siège ou le point de départ.

Lt dent, arrivée à son développement complet, est composée de parties dures et de parties molles. Les parties dures sont, en allant de dehors en dedans, Yématl, le cément et l'iiHK're ou denlinr.

h'éimil revêt la couronne de lu dent, depuis sa surrace triturante où il Tortoe une couche relativement épaisse, jusqu'au collet où il se termine en s'amincissant graduellement; & ce nivcju, il est légèrement recouvert par le cément. Cette coque protectrice est transparente, d'une dureté telle qu'elle fait fen sous le briquet. Essentiellement composée de sels calcaires, elle contient à peine & l'état normal de 1 à 3 pour 100 d'une ma-

(1) Mtmiut (U ekUrurgii amiomiqut, 2° tdit., trad. bia^., p. lAS.

iv. — 43

b66 Maladies des régions.

tière organique qui, au point de vue chimique, aurait ia plus grande ressemblance avec répithélium.

Vémail se compose de fibres rectilignes, devenues polyédriques par pression réciproque, et perpendiculaires à la partie de la couronne sur laquelle elles reposent. Ces fibres sont réunies entre elles d'une façon tellement intime que, lorsque Témail vient à être brisé, la ligne de fracture passe par le centre des fibres et non par leur intervalle. Cette union intime disparaît sous l'action des acides minéraux et sous l'influence de la carie dentaire.

Par sa face profonde, Témail repose sur l'ivoire dont quelques-uns des tubes pénètrent jusque dans son épaisseur. Par sa face superficielle, il est protégé contre les agents nuisibles contenus dans la cavité buccale par la cuticule de Vémail ou membrane de Nasmyth, d'une minceur extrémei et qui offre aux agents chimiques la plus grande résistance. Inattaquable par les acides acétique, sulfurique, chlorhydrique et nitrique, celte membrane se gonfle légèrement par rébullition en présence des alcalis cau5tiques. Il ne faut pas, cependant, s'exagérer le rôle de protection qu'elle remplit; car, s'il est vrai qu'elle est inattaquable par les acides^elle n'en est pas moins perméable.

Le cément est un revêtement osseux qui^du sommet de la racine ou des racines, s'étend en s'amincissant graduellement jusqu'au collet. Sa structure est celle du tissu osseux, à cette exception près que les ostéoplaste> y sont petits et peu nombreux et qu'on n*y rencontre que peu ou point de canalicules de Havers. D'après Tomes, la membrane de Nasmyth ne serait que le prolongement sur la couronne du cément non calcifié.

Vivoire ou dentine constitue la partie la plus importante de la dent, dont elle reproduit exactement la forme. Cette substance, dont la colorati<.n varie du blanc bleuâtre au blanc jaunâtre, est moins dure que Témail et plus riche en matières organiques. Elle se compose de tubes creux, apnt une paroi propre, laquelle est intimement unie à la substance fondamentale et ne peut en être séparée que par la macération prolongée jusqu*à U putréfaction ou par Tébullition dans les alcalis caustiques. Ces tubes partent de la part ie profonde de l'ivoire où ils s'ouvrent par un orifice libre et traversent la substance fondamentale en suivant une direction générale perpendiculaire à celle de la pulpe dentaire; ils s'anastomosent à leur origine et à leur terminaison qui se fait par une extrémité libre et reofl-.e. Chacun de ces canalicules contient à l'état frais une fibrille molle, honio< gène^ qui, d'après Tomes, ne serait que le prolongement des odontiblasCes et peut-être la continuation des fibres nerveuses qui forment u: riche plexus à la surface de la pulpe dentaire.

La substance fondamentale, parcourue par les canalicules, est horoo* gène et calcifiée, mais la calcification peut faire défaut en certains poin:»; c'est ce que l'on observe surtout vers la périphérie où ont lieu les aiu>( moses terminales des canalicules; la dentine se dépose alors soos fortitde petits amas arrondis {globules), séparés par des espaces comblés i l\ui

MALADIES DES DZIH'S. 667

frais par de la matière organique, mais qui, après dessiccation^ paraissent vides {espaces inierglobulaii^es).

La dentine jouit-elle d'une sensibilité propre? Si Ton vient à la toucher ^ouà la frotter après qu'elle est mise à nu, elle devient le siège d'une douleur qui n'augmente pas par la pression. La pénétration des acides à travers la membrane de Nasmyth et l'émail détermine une sensation désagréable toute particulière bien connue sous le nom d'agacement. Le passage rapide du chaud au froid ou réciproquement produit des effets analogues. Si on imeune dent, la douleur est bien plus vive lorsque l'instrument porte spr les couches superficielles que lorsqu'il agit sur les couches profondes de l'ivoire. Ces faits, d'une constatation facile, rendent au moins très-probable l'existence d'une sensibilité propre de la dentine, iudépendante de celle de la pulpe ou du périoste alvéolo-dentaire.

La dent est creusée d'une cavité centrale qui se prolonge dans sa racine ou dans ses racines et loge la pulpe dentaire. Celle-ci, exactement moulée sur cette cavité, reproduit d'une manière approximative la forme de la dent. Elle se compose de tissu conjonctif, contenant dans son épaisseur des cellules arrondies et f^isiformes. Elle est revêtue à sa surface d'une couche de cellules ovoïdes, disposées perpendiculairement, odontoblastes^ qui par leur calcification produisent la dentine. La pulpe dentaire est riche en vaisseaux et en nerfs. Ceux-ci forment près de sa surface un riche plexus dont les fibrilles efférentes sont, d'après Boll, en continuité avec les fibrilles dentaires.

Le périoste alvéolO'dentaire^ interposé entre la racine de la dent qu'elle revêt depuis le collet jusqu'au sommet de la racine ou des racines et les parois alvéolaires, est plus adhérent à la dent qu'à l'alvéole; son union est surtout intime au niveau du collet. C'est une membrane molle, composée de tissu fibreux et de fibres élastiques plus abondantes du côté dentaire; les vaisseaux qu'elle contient se distribuent en partie au cément, 60 partie aux parois de l'alvéole.

Développement dis dents. — Le premier rudiment de l'organe dentaire apparaît dans le tissu sous-muqueux des gencives en contact immédiat avec les vaisseaux et les nerfs sous la forme d'une masse transparente, gélatineuse, qui s'étend en refoulant devant elle le tissu sousmuqueux ambiant; c'est la papille dentaire dont la structure est à cette époque celle du tissu muqueux. Ce n'est que plus tard que cette papille s'étrangle à sa base pour recevoir l'insertion du follicule dentaire qui la coiffe à la manière d'un capuchon.

Dans une seconde période, la papille dentaire est composée d'un tissu vaguement fibrillaire, contenant des cellules rondes, fusiformes et étoilées ; elle est recouverte à sa surface d'une couche de cellules ovoïdes, munies de prolongements, et implantées perpendiculairement; ce sont leso(/ontoUastes dont la calcification produira plus tard l'ivoire ou dentine.

Dans une troisième période, les cellules odontoblastiques se calcifient par points isolés, qui bientôt vont se réunir pour former à la surface de

la papille devenue la pulpe dentaire, un chapeau de dentîne. A cette époque, apparaît Vorgane adamantin^ ou organe de Vémail^ dans lequel on peut distinguer trois couches : une moyenne relativement épaisse, c'est la pulpe de V émail; muq externe composée de cellules arrondies ou polyédriques qui en se confondant formeront plus tard la membane de iVofmyih; enfin une troisième interne composée de cellules cylindriques ou polyédriques par pression réciproque et qui par la calcification deviennent les prismes de l'émail. En dehors de l'organe de l'émail se trouve le follicule dentaire épaissi et devenu le sac dentaire, complètement clos et sans autre connexion avec lui que l'engrenage des bourgeons épithélianx qui s'élèvent de la face externe de l'organe de l'émail avec des prolongements analogues qui naissent de sa face interne.

Ce n'est que dans une quatrième période que se développent les racines dont rallongement amène Véruption de la dent. Lorsque l'éruption a lieu, l'orifice de l'alvéole s'élargit, le sac dentaire ouvert par usure, se rétracte sur la couronne de la dent et arrive ainsi jusqu'au niveau du collet avec lequel il devient fortement adhérent; ainsi se trouve formé le périoste alvéolo-4entaire qui n'est autre chose qu'une transformation

du sac.

Le développement des dents passe donc par quatre phases successives : 1* Une première qui s'étend depuis l'apparition du follicule dentaire

jusqu'à celle de la membrane de l'ivoire {période embryoplattiqw «ie

Broca) ;

2*" Une deuxième qui s'étend jusqu'à l'apparition de la dentîne (période odontoplastique de Broca) ;

S® Une troisième pendant laquelle se développe la couronne de la dcct (période coronaire de Broca) ;

U^ Une quatrième enfin pendant laquelle se forment les racines (période radiculaire de Broca).

En terminant ce court préambule anatomique et physiologique, nous indiquerons tout de suite les principales sources auxquelles on poum avoir recours dans l'étude des maladies des dents en général.

Fauchard, Le chirurgien dentiste. Vwis, 4746. — JOURDAIN, Traité des maladies H des opérations chirurgicales de la bouche. Paris, 1778. — Laforgub, Théonttî pratique de fart du dentiste. Paris, 4 84 9. — OuDET, articles Dents et Oookto- TECHNiEdu Dicliomuiire en 30 volumes. Paris, 4 835 et 4 8iO. — Harris. IVmcipUsand Practice of Dental Surgery^ 6* édit. Philadelphia, 4 856. — HoHi, Bericht ueber die neuern Leistunqen aufdem Gebiete der Zahnheilkumde {Sckm^di'i Jahrbiicher, Augustus 4 870). — \Yedl, Die Pathologie der Zàhne. Leipzig, 4 870« — Tomes, Traité de chirurgie dentaire* trad. franc. Paris, 4 873).

ARTICLE PREMIER

Page 1