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SECTION PREMIÈRE

MALADIES DES MUSCLES

Les affections propres au tissu musculaire ne sont pas très communes et de là vient que sur beaucoup de points elles ne sont pas bien étudiées’ Nous nous bornerons à des indications très sommaires sur les moins fréquentes de ces lésions, et nous donnerons plus de développement à l’histoire des autres.

On peut diviser comme il suit l’étude des altérations physiques ou fonctionnelles du t.ssu musculaire : 1° inflammation des muscles ou myosite;

pseudoplasmes et entozoaires des muscles; 3° troubles fonctionnels des muscles (paralysies et contractures musculaires); 4° lésions traumatiques

ARTICLE PREMIER

i>e l’inflammation des muscles.

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LESIONS DES TISSUS.

Certaines maladies générales, comme la morve, le farcin, l’infectiou purulente, etc., s’accompagnent d’altérations variées des muscles, et surtout d’abcès musculaires; mais nous ne parlerons guère ici de ces lésions, car l’histoire de leur développement appartient tout à fait à l’étude des maladies infectieuses que nous venons de citer.

Historique. — On trouve dans un travail de Ploucquet (1), publié à la tin du siècle dernier, quelques notions, très vagues à la vérité, sur l’inflammation des muscles, confondue trop souvent avec les douleurs rhumatismales, syphilitiques, etc. Les recherches de Gendrin (2) sur l’inflammation musculaire forment le premier travail sérieux sur ce sujet, et depuis lors on s’est souvent borné h consigner les résultats des études expérimentales de ce médecin. Les observations cliniques de myosite sont peu nombreuses et souvent fort incomplètes, cependant on trouvera dans les travaux mentionnés ci-dessous des renseignements qui peuvent servir à tracer une histoire générale de la myosite spontanée ou traumatique.

Bokke Bokma de Boer, Dissert, de Sarcogenesi et morbis musculorum organicis. Groningæ, 1 834. — Dionis des Carrières, De la myosite (thèse de Paris, 1851).

Schnepf, De V utilité des préparations mercurielles dans la myosite ( Moniteur

des hôpitaux , 1 856, p. 179). — Friedberg, Anatomische Ersclmnungender MuskeD Enlzündung [ Phénomènes anatomiques de l’inflammation des muscles] ( Wochenblatl d. Zeitschrift der Gesellschaft d. Aerzte zu IVien, 1 856, n° 5). — P. Fischer, De la myosite. Paris, 1859. — 0. Weber, Zur Entwicklungsgcschichte des Eiters [Sur le développement du pus] ( Virchow' s Archiv, 1858, Bd. XV, S. 465). On rencontre dans ce dernier mémoire un exposé du mode de suppuration des muscles fait d’après les doctrines générales du professeur Virchow.

Anatomie pathologique. — L’anatomie et la physiologie pathologiques de l’inflammation musculaire traumatique ont été bien étudiées par Gendrin, qui a suivi le processus inflammatoire chez des animaux dont il irritait mécaniquement les muscles; mais les lésions anatomiques de la myosite spontanée sont encore assez mal connues. Aussi ce qui sera dit ultérieurement sur ce point se rapportera presque toujours à la myosite traumatique.

On trouve d’abord dans le tissu cellulaire qui sépare les unes des autres les fibrilles du muscle une rougeur due h une hypérémic des vaisseaux La libre musculaire, qui ne paraît pas participer à cette teinte, augmente de densité et passe à un état de demi-contraction, qui persiste t int qu’il n’existe pas d’autre altération que la coloration sanguine interfibrillaire. Gendrin a soutenu qu’on n’augmentait pas cet état de contraction nar l’irritation ou la section d’un nerf. 11 prétend même que si par un séton nasse au travers d’un muscle long on vient à produire celle contracture inflammatoire au centre du muscle, on voit, par l’irritation galvanique

(1) Dissertalio de myosilide cl ncvrllide. Tubingue, i '90.

(2) Histoire anatomique des inflammations, 1826, t. Il, p. 188.

du nerf, les extrémités se contracter et la partie enflammée rester immobile. A mesure que l’inflammation fait des progrès, le tissu cellulaire s’infiltre de sérosité, et augmente de volume et de consistance. Les fibres musculaires sont emprisonnées dans un exsudât d’un rouge sombre; elles perdent leur coloration et deviennent friables. Le muscle adhère alors à sa gaine celluleuse et aux organes environnants. Plus tard, si la suppuration a lieu et qu’elle soit rapide, le pus reste disséminé, infiltré entre les fibres du muscle, tandis qu’il se rassemble en foyer quand c’est lentement que la suppuration s’est faite. La fibre musculaire disparaît alors suivant une étendue plus ou moins grande. Dans certaines suppurations chroniques froides des muscles, bien étudiées par Linhart (1), la cavité de 1 abcès qui a succédé à la réunion de petits foyers purulents est couverte d’une espèce de membrane pyogénique. La substance musculaire est dégénérée en graisse vers la cavité de l’abcès, et le tissu cellulaire est hypertrophié et traversé par de grandes cellules graisseuses. Enfin arrive une période de réparation durant laquelle une espèce de cal cellulofibreux vient combler la perte de substance et remplacer le tissu musculaire détruit.

Friedberg a étudié avec soin les altérations micrographiques des muscles enflammés, et ses recherches sont assez faciles à répéter, car sur un meme muscle existent tous les stades du travail phlegmasique. On trouve d abord les fibres musculaires primitives entourées d’une masse exsudative dans laquelle s’est développée une abondante quantité de noyaux nbro-plastiques dont quelques-uns sont disposés longitudinalement. A un

degre plus avancé de la lésion, apparaissent des fibres celluleuses en voie de formation.

La fibre primitive est décolorée et perd peu à peu ses stries transversales. Des granulations grasses la pénètrent plus tard, et l’on peut v suivre les d, verses transformations de la dégénérescence graisseuse de ces

in , ™.?n T “T aSSeZ S0UVent des «lobules de «,aisse rangés comme un cordon de perles entre les fibres musculaires.

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I (OWis,,. ZdlMmp f. prax. Ileilkmac, V. J.brgang, |859).

lombes, le muscle iliaque, peuvent être atteints de cette espèce d'inflammation. Les lésions osseuses du mal de Pott amènent aussi des myosites par propagation»

Les causes habituelles de la myosite étudiée surtout dans cet article, sont les plaies, les contusions, les ruptures sous-cutanées des muscles, 'impression du froid sur une partie couverte de sueur, enfin la fatigue musculaire par un exercice trop rude ou trop longtemps continué. A propos de cette dernière cause, on s’est demandé si la grande fatigue ne mettait pas l’économie dans un état analogue à celui des animaux surmenés qui contractent si facilement le charbon, et si les suppurations musculaires n’étaient pas consécutives à cet état général. Il est probable que l’influence de la fatigue est très puissante dans ce cas, mais on ne peut pas nier que parfois l’inflammation ait été primitive et bien localisée aux muscles.

La myosite s’observe surtout chez les adultes et rarement chez la femme, qui ne se livre guère aux travaux rudes auxquels l’homme est particulièrement employé. Dans ces conditions, ce sont les muscles qu’on exerce énergiquement qui sont surtout atteints, tels que les muscles postérieurs de la jambe, les muscles adducteurs du bras. On a soutenu, en raison de ces circonstances, qu’il n’existait pas de myosite spontanée, et que dans tous les cas il y avait rupture des fibres musculaires. Le fait est difficile à prouver, parce qu’au moment où l’on observe la maladie il est souvent impossible de rien dire sur les premières lésions du mal.

Symptomatologie. — La myosite qui débute! soit après de grands efforts, soit après des contusions, s’annonce par une douleur fixe, très vive, sur une partie ou sur tout le trajet d’un muscle. Cette douleur, que la pression et les mouvements augmentent, s’accompagne d’un gonflement limité au muscle, qui se dessine en relief comme par le fait d’une contraction per- n manente. Ce muscle présente au toucher une induration peu élastique, qui acquiert rapidement une consistance cartilagineuse ou ligneuse, et dans I un de ces cas le malade semblait avoir un mollet de bois. L’induration, sur laquelle insiste particulièrement Dionis des Carrières, peut envahir la i totalité du muscle ou n’en occuper qu’une portion ; elle est probablement liée à l’infiltration plastique ou à la contraction tonique de l’organe. La peau est incolore, mais il y a souvent de la chaleur dans la région.

Quelques jours après le développement de la myosite, on constate un gonflement œdémateux, et parfois quelques ecchymoses dans les parties I voisines. Les mouvements spontanés sont impossibles, et les mouvements communiqués, difficiles et douloureux. La rétraction inflammatoire qui s’empare du muscle suffit à bien expliquer certaines positions des membres, telles que l’adduction forcée du bras dans la myosite du grand $ pectoral, et la demi-flexion du pied dans l’inflammation des muscles du b

mollet.

La fièvre peut manquer dans les cas légers, et quand l’inflammation ni occupe un muscle peu volumineux, mais elle a d’ordinaire une moyenne

MALADIES DES .MUSCLER ET DES TENDONS

inlensilé ; dans quelques cas, auxquels nous avons fait allusion plus haut, à la suite de grandes fatigues, d’exercices violents et prolongés, celle lièvre a été très vive et s’est promptement accompagnée de symptômes alarmants. On trouve dans la thèse de Pétel (1), une observation d’un assez grand intérêt à ce point de vue. Un mécanicien, âgé de quarante ans, lut pris de grandes douleurs dans les membres et d’une lassitude générale après s’être livré à un travail très rude. Ces douleurs étaient exaspérées par le moindre mouvement; il y avait peu de symptômes généraux. On trouvait le long des membres des tumeurs allongées, fusiformes, sans couleur, ni chaleur, mais très sensibles à la pression et surtout dans les mouvements. Le malade mourut cinq jours après le début des accidents. On vit, à l’autopsie, les aponévroses d’enveloppe des muscles dilatées, et quand on les incisait, on trouvait que le muscle était transformé en une pulpe grisâtre, homogène, dans laquelle on reconnaisi sait parfois des fibres musculaires.

A côté de ces formes aiguës de la myosite, il existe une forme chronique à développement lent, sans douleur durant le repos, sans rou- • geur ni chaleur, mais que caractérise surtout une induration ligneuse du ! muscle.

La résolution est la terminaison la plus fréquente de la myosite; la supi puralion est rare, en dehors de l’état puerpéral, farcineux, etc.

Linhart a décrit, sous le nom d 'abcès froids des muscles , des collections de pus qui se formeraient, selon lui, dans les muscles sans phénomènes hypérémiques, sans induration du tissu. Ces tumeurs, petites ou larges, sont mobiles, et la peau normale glisse au-dessus d’elles; quand elles < s’ouvrent au dehors, la suppuration est très longue. Ce médecin soutient que ces abcès, en se développant au voisinage des insertions musculaires, peuvent se propager jusqu’aux os et les altérer. Ces collections de pus s’observent surtout chez des scrofuleux.

Diagnostic. — On peut confondre facilement la myosite simple, subit1 aiguë, avec Vin filtration syphilitique des muscles, et pour être fixé sur le ■ diagnostic de la syphilis musculaire, on interrogera les antécédents du | malat,c’ la natui'e des douleurs, qui sont surtout provoquées par la pression ou les mouvements dans la myosite simple, tandis qu’elles sont nocturnes et spontanées dans la syphilis; enfin on se servira surtout de la " véritable pierre de touche en cas pareil, c’est-à-dire du traitement par ! t îodure de potassium.

La myosite diffère du rhumatisme musculaire par la fixité de la douleur l dU,g0nfemcnl; (lu phlegmon, par l’absence de rougeur, d’empâtement per îciels, et par l’induration du muscle ; enfin d’une certaine rétraction musculaire, par le début rapide et l’existence de la douleur.

RONostic. La myosite simple unique n’est point grave ; elle pourrait devenir si, n étant point combattue, elle entraînait une rétraction pér-

il) Thèse de Paris, 1833, n° 07,

manente, et par suite l’ankylose plus ou moins complète do l’articulation voisine. Mais c’est une affection des plus sérieuses lorsqu’elle existe sur un assez bon nombre de muscles à la fois, et qu’elle survient chez un individu épuisé et surmené.

Traitement. — Quand on doit traiter une myosite isolée, traumatique, : chez un individu robuste, il faut avoir recours tout de suite au repos de la partie malade, à une abondante émission de sang par des sangsues, enfin à des cataplasmes et à des bains très prolongés. Dès que l’état aigu a diminué, on emploie les vésicatoires volants, les pommades résolutives, mercurielles, etc., et enfin la compression. Si des abcès se développent, on doit les ouvrir de bonne heure.

Mais si l’on est appelé à traiter ces inflammations promptement sup- <: puratives des muscles chez des hommes surmenés par le travail, il faut s’abstenir d’émissions sanguines, et s’opposer à ces graves accidents par > des toniques, du repos, des incisions hâtives, etc.

ARTICLE II

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