SECTION PREMIÈRE
Les lésions des artères que nous passerons en revue dans cette première section sont : 1° Y artérite , 2° les lésions traumatiques , 3° les infiltrations granulo-graisseuse et calcaire, U° le rétrécissement , 5° la dilatation des artères , 6° enfin, les anévrysmes.
ARTICLE PREMIER
artérite.
Cn désigne sous le nom d 'artérite l’inflammation des artères. Beaucoup | de ceux qui écrivaient, il y a une trentaine d’années, sur les maladies des vaisseaux, rattachaient à l’artérite un certain nombre de lésions qu’il faut aujourd’hui en distraire. De ce nombre sont les dégénérescences granulof graisseuses, les dépôts calcaires, quelques solutions de continuité sponj i»néeS’ enfm certaines oblitérations des artères par des caillots sanguins, aïs, après avoir rangé dans l’artérite un grand nombre de lésions qui nen dépendaient point , on a été disposé à nier l’inflammation des ar eros. L’expérimentation sur les animaux et l’observation clinique < ninnhc nt 1 existence de 1 artérite, mais témoignent en même temps de a rareté du développement spontané de cette maladie*
M . ®istoioQee. r tV été publié sur l’artérite un assez grand nombre de * travaux dont la plupart ne doivent plus être consultés aujourd’hui que
comme des traces d’hypothèses médicales qui ont régné a une certaine époque. Voici les plus importants :
lllGOT et Trousseau, Recherches nécroscopiques sur quelques altérations que subissent après la mort les vaisseaux sanguins, les poumons et la membrane muqueuse gastropulmonaire à l'état sain ( Archives de médecine, '1826, t. XII, t. XIII ; 1 827, t. XIV).
— Delpech et Dubrueil, Sur l'artérite et la gangrène momifique ( Mémorial des hôpitaux du Midi, '1829, p. 211). — Bizot, Recherches sur te cœur et le système artériel chez l'homme (Mémoires de la Société médicale d'émulation, t. I, p. 262,
1 837). — Bouillaud, article Artérite du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. — Virchow, Ueber die acute Entzündung der Artcrien [Sur l’inllammation aiguë des artères] (Archiv. fur pathol. Anatomie, Bd. I, S. 273).— Noua, Mémoire sur l’oblitération des artères ombilicales et sur l’artérite ombilicale (Mémoires de l'Académie de médecine, 1 854, t. XIX, p. 1). — Voyez les autres I traités généraux sur les maladies des artères, et l’ouvrage de François, Essai sur les gangrènes spontanées, 1832.
Anatomie pathologique. — Quand on croyait que la rougeur des tissus était un des meilleurs signes de leur phlcgmasie, on devait attacher une grande importance à la coloration rouge des artères. C’est surtout la teinte de la lace interne des vaisseaux qui fixa l’attention des observateurs, et il n’est pas sans intérêt de rechercher les conditions dans lesquelles se développent ces colorations anomales.
Depuis Frank on avait remarqué que chez certains individus qui succombaient à une fièvre dite inflammatoire, il existait une coloration rougeâtre de la cavité des vaisseaux. On trouvait ainsi dans l’inflammation des artères la localisation de cette fièvre générale. Mais au plus bel éclat de la fièvre dite angioténique , on vint mettre en doute la nature inflammatoire de ces rougeurs. Ainsi, Chaussier, après avoir constaté qu’on pouvait après la mort teindre par le sang les divers tissus de l’économie, ne vit dans cette coloration des artères qu’une véritable imbibition. Cette assertion reçut une démonstration expérimentale dans plusieurs travaux intéressants, parmi lesquels il faut surtout citer ceux de Iligot et Trousseau. Mais à côté de ces colorations cadavériques qui ne sont pas inflammatoires, on doit cependant en admettre d’autres qui relèvent d’une véritable phlegmasie; aussi importe-t-il de bien connaître les premières pour pouvoir comprendre celles qui se rapportent à l’artérite proprement dite.
Les colorations delà lace interne des artères, qu’on peut rattacher à une imbibition cadavérique, ne s’accompagnent jamais d’une autre altération physique des parois vasculaires. On ne voit aucun vaisseau injecté dans ces parties rouges; le contact du sang y est la condition sinequd non de cette coloration, et de plus, cette rougeur cadavérique ne se montre qu’un certain temps après la mort. Rigot et Trousseau rapportent que les artères furent examinées sur dix-neuf animaux une heure, deux heures, trois heures, douze heures, vingt-quatre heures après la mort. Les vaisseaux des premiers animaux étaient blancs à l’intérieur; mais ceux des
derniers présentèrent des rougeurs. Ces colorations sont d’autant plus marquées que les conditions de chaleur cl d’humidité favorisent davantage la décomposition du cadavre. Elles ne s’accompagnent d’aucun changement dans l’épaisseur, la consistance, la friabilité, etc., des tuniques artérielles.
De plus, ces colorations qu’on rencontre aussi dans les veines caves et dans les cavités du cœur, sont souvent disposées sous forme de bandelettes rouges qui correspondent, à la partie rouge du caillot, et cela est si vrai, que la coloration est surtout intense dans les parties déclives où le sang a pu stagner après la mort.
Mais en dehors des conditions de chaleur, d’humidité, de putréfaction, il faut reconnaître que certains états morbides et encore mal connus du sang, semblent rendre plus facile l’imbibition de la partie colorée de ce liquide à travers les tuniques artérielles. C’est ainsi qu’on constate surtout ces phénomènes dans les maladies infectieuses, comme les varioles graves, les fièvres puerpérales, etc.
Si la coloration de la face interne des artères n’est pas un signe d’inflammation, il n’en est pas de même de la coloration rouge presque ecehymotique de la tunique externe ou celluleuse dans laquelle les vasa i vnsorum ont été fortement injectés par le travail phlegmasique.
On a recherché encore d’autres signes anatomiques de l’artérite, et l’on a particulièrement insisté sur l’épaississement, la grande friabii lité, l’aspect mat de la membrane interne, et sur son peu d’adhérence avec les autres tuniques. Mais tous ces caractères sont plutôt ceux de l’athérome que ceux de l’arlérite proprement dite. Virchow, qui a étudié 1 avec un soin extrême l’anatomie pathologique de l’inflammation des : artères, nous paraît avoir mis en lumière les plus importantes lésions de celte maladie, en faisant voir que dans l’artérite, la surface interne du vaisseau n’est le siège ni de rougeur ni d’exsudation, comme on l’a cru à une certaine époque, et que le travail exsudatif se borne aux deux tuniques externe et moyenne, qui sont en même temps moins élastiques et plus friables. En effet, l’exsudât ne dépasse pas la surface externe de la ‘ couche des fibres longitudinales.
Cette exsudation, marquée surtout dans la tunique externe, diminue le calibre du vaisseau, qui perd aussi la régularité de sa lace interne;
1 cette disposition est une condition favorable au ralentissement du cours du sang, et ainsi au développement des coagulations sanguines.
La suppuration est une terminaison rare de ces exsudats plastiques dans les tuniques artérielles. On ne possède pas de faits certains qui établissent ; l’existence de ces suppurations dans d’autres vaisseaux que dans l’aorle,
! et je n’aurais point à insister ici sur ces terminaisons de l’artérite, si elles I ne se rattachaient par un certain côté à la chirurgie proprement dite. La suppuration dans les tuniques de l’aorte peut donner lieu, en effet, à des phénomènes qui simulent l’infection purulente, et l’on comprend qu’elle ■ puisse amener, par projection du pus dans les vaisseaux, des désordres
Iros variés du côté des gros troncs vasculaires accessibles au chirurgien. Uuand on étudie les différents cas de suppuration dans les tuniques de 1 aoite, on trouve que le pus était situé dans les tuniques externe et moyenne sous la forme d’un petit abcès. La tunique interne n’était le siège d’aucune formation pseudo-membraneuse, mais elle était seulement perforée et laissait le pus s’écouler dans la cavité du vaisseau.
On a prétendu que l’artérite débutait toujours par la formation d’un caillot sanguin qui oblitérait le vaisseau. Cette assertion n’est pas absolument vraie, et il est peut-être plus exact de dire avec Virchow' que des caillots sanguins sont plus souvent la cause que le résultat primitif de l’artérite. Us agissent comme des corps étrangers qui pénètrent à l’intérieur du vaisseau et irritent ses parois en y exerçant une certaine pression de dedans en dehors. L’artérite est donc dans ce cas une inflammation consécutive à une oblitération par des caillots.
Étiologie. —On trouve à l’artérite des causes générales et des causes locales. On la dit produite quelquefois par l’introduction de certaines substances dans l’économie, et l’on place ici en première ligne l’abus des alcooliques qui, pénétrant avec facilité dans le sang, viendraient agir presque directement sur les parois artérielles; mais l’action de l’alcool n’est pas mieux démontrée dans ce cas que celle du seigle ergoté, d’une nourriture trop succulente, etc., etc.
Parmi les causes locales de l’artérite, on a cité l’influence d’un froid excessif, comme celui qu’on ressent dans les régions polaires. La phlegmasie des artères viendrait d’autant plus vite qu’on exposerait subitement les parties refroidies au contact d’une brusque chaleur.
L’artérite peut être la conséquence d’une inflammation située dans le voisinage des artères; disons toutefois que c’est là une influence médiocre; car ces vaisseaux nagent souvent au milieu de clapiers purulents sans éprouver la moindre atteinte du mal qui existe autour d’eux. J’ai examiné une artère fémorale qui était restée très saine après avoir séjourné pendant six jours au moins au milieu d’une collection purulente et de lambeaux de tissu cellulaire gangrené. Les artères se recouvrent alors de bourgeons charnus qui ne tardent pas à former une nouvelle enveloppe au vaisseau. Mais des conditions aussi favorables 11e se rencontrent point dans tous les cas, et l’on a vu, rarement à la vérité, les parois des artères se perforer au contact du pus. De semblables ulcérations inflammatoires ont été découvertes sur la carotide et sur la poplitée, à la suite d’abcès du cou et du jarret. Dionis et Leudet ont présenté à la Société anatomique (18f>0. 1852) (1) deux laits d’ulcération de l’artère poplitée. Dans le dernier cas, il s’agissait d’une arthrite du genou datant de trois ans, et s’accompagnant d’une collection purulente dans le creux du jarret. On pratiqua sur ce point une incision qu’on üt suivre d’une injection iodée; mais la suppuration restait abondante, lorsqu’un matin le malade fut trouvé
(1) Bulletins de la Société anatomique, 1850, p. 300; 1852, p. 84.
mort dans son lit, à la suite d’une abondante hémorrhagie. L’autopsie révéla, au milieu de désordres articulaires très graves, une petite ulcération de l’artère poplitée. 11 existait, à la vérité, quelques légers dépôts athéromateux à la face interne de l’artère ; mais ces dépôts se voyaient aussi dans d’autres points du système artériel ; et de plus, les vasct vasorum de la tunique externe étaient injectés comme dans l’artérite.
Nous avons déjà dit que des caillots emboliques ou formés sur place peuvent donner lieu à une artérite secondaire ; il faut encore citer parmi les excitants mécaniques, le§ contusions, les ligatures d’artère. Quand l’artérite survient dans ce cas, elle est en général limitée au point qui est en contact avec le corps irritant.
Symptomatologie. — On constate dans l’artérite des symptômes sur le trajet de l’artère malade, des troubles dans la partie alimentée par ce vaisseau, enfin quelques désordres généraux. Sur le trajet de l’artère, le malade perçoit une douleur plus ou moins vive que la pression exagère. On voit moins souvent que dans la phlébite de la rougeur sur le trajet du vaisseau; mais il ne faut chercher la raison de ce fait que dans la disposition plus superficielle des veines qui s’enflamment ordinairement. Lorsqu’on applique le doigt sur l’artère enflammée, on y perçoit quelquefois des battements exagérés, mais peu à peu les pulsations artérielles cessent de se faire sentir ; on trouve alors une corde dure, immobile, plus ou moins douloureuse, formée évidemment par l’artère remplie d’un caillot obturateur; parfois le tissu cellulaire s’enflamme autour du vaisseau, et les signes de l’artérite sont masqués par ceux du phlegmon. Les parties alimentées par l’artère sont sujettes à des troubles qui peuvent frapper seuls l’attention du chirurgien : c’est, par exemple, un engourdissement douloureux avec fourmillements, ou bien une très vive sensibilité de la peau du membre; à cet engourdissement succèdent parfois de la paralysie, un abaissement graduel de la température, enfin la gangrène du membre.
Les phénomènes généraux sont tantôt ceux d’une inflammation violente avec une vive réaction générale, tantôt des phénomènes adynamiques très marqués.
L’artérite peut finir par résolution; mais dans ce cas-là même la lumière du vaisseau est plus ou moins oblitérée. Quand l’oblitération est complète, le plus souvent survient la gangrène; si le sphacèle n’existe pas, des changements notables se produisent dans la nutrition du membre; celui-ci s’atrophie, s’affaiblit, perd de sa chaleur, enfin marque une inégalité frappante avec le membre du côté opposé.
Diagnostic. — On ne peut confondre l’artérite ni avec la phlébite ni a\cc 1 anyioleucite, dont nous indiquerons plus bas les caractères; c’est surLout avec les coagulations emboliques ou athéromateuses de ces vaisseaux que la coniusion est possible: or on doit, pour éviter l’erreur, inteuoger avec soin les antécédents du malade et le rapide développement des phénomènes. Quand il existe en même temps une affection du
cœur, on est souvent mis sur la voie du diagnostic. Dans Vembolime, on
m*.,\0nShw HUCUn <1CS SlgneS l0Caux ProPres « la phlegmasie artérielle! mais subitement et sans cause appréciable, on voit un membre s’en-
?ouidir se paralyser, se refroidir, en même temps qu’on assiste h une interruption brusque de la circulation dans les artères de ce membre accessibles au toucher. La brusque apparition de ces phénomènes, l'absence de douleur, la coïncidence de quelques troubles dans les bruits du cœur, mettront le praticien sur la voie de la maladie en question.
HONOSTic. — Il est toujours grave. Le malade peut succomber promptement aux troubles généraux et tardivement aux lésions de la gangrène Traitement. - On a conseillé de traiter l’artérite par la méthode antiphlogistique, mais il n’est guère démontré qu’on arrive ici à un résultat favorable par cette médication. La digitale, l’aconit, l’opium, qui ont été proposés, n’ont pas d’action plus efficace ; on se bornera donc à recommander le repos, quelques topiques émollients et un régime en rapport avec la santé générale de l’individu. Nous renvoyons, pour le traitement ( c a gangrené consécutive à l’artérite, à ce que nous avons dit à cet égard dans le premier volume de cet ouvrage (page 80).
ARTICLE II