INFILTRATIONS GRANULO- GRAISSEUSE F.T CALCAIRE DES ARTÈRES
Chez les vieillards cl quelquefois chez l’adulte, on observe des altérations générales ou partielles du système artériel, que les auteurs ont tour à tour décrites sous les noms d ’athérome, de slcatome et d’ossification des artères. Ces changements morbides dans la nutrition des vaisseaux peuvent donner lieu à des solutions de continuité, qu’on a qualifiées d’ulcération, et sont souvent l’origine de désordres graves dont nous aurons à parler plus loin. Quoi qu’il en soit, nous ne. croyons pas devoir décrire dans autant d’articles isolés des lésions qui nous paraissent prendre naissance dans le même trouble fonctionnel. L’infiltration graisseuse marche à côté de l’infiltration calcaire, et une élude d’ensemble fera mieux apprécier la. transition de l’une à l’autre.
Historique. — La nature des différentes formes d’infiltrations granulograisscuse et calcaire des artères est aujourd’hui bien connue, et les recherches récentes de quelques histologistes allemands sur ce sujet nont ajouté que d’insignifiants détails aux faits généraux que nous connaissions
très bien. Le lecteur pourra consulter sur l’athérome artériel les différents mémoires que j’ai indiqués en parlant de l’artérite, et en particulier les Recherches de Bizot sur le cœur et le système artériel chez l’homme , Ces études doivent être complétées par ce qu’on trouvera dans les travaux suivants :
IlOBlN, Sur la structure des artères et leur altération sénile ( Comptes rendus de la Société de biologie, lre année, 1819, p. 33). — Ch. Morel, Recherches sur le point de départ et l’évolution de l’athérome artériel (thèse de Paris, 1855). — Tassel, Recherches historiques sur la nature des altérations séniles des artères (thèse de Paris, 1 836, n° 268). — Virchow, Das alheromatose Process derArterien [Gesammelte Abhandlungen der wissenschaftlichen Medicin, 1856, S. 4-92-504),
Anatomie pathologique. — 1° De l’in filtration granulo-graisseuse. — L’altération due à l’infiltration dans le tissu des artères d’éléments granulograisseux se montre tout d’abord à la face interne du vaisseau. Aussi, considérées à l’extérieur, de semblables artères paraissent saines ; plus tard elles s’épaississent, prennent une notable consistance, et il devient alors plus facile de reconnaître la lésion.
Si l’on ouvre une artère au début du mal, on trouve à sa face interne des taches blanchâtres, isolées ou réunies de façon à former des bandelettes plus ou moins étendues, ou des anneaux complets; mais ces taches blanches paraissent être déjà le second degré de l’affection qui, au début, consistait en un dépôt transparent lamelleux, placé sur la surface lisse de la tunique interne des artères. Cette lésion, d’abord due à l’infiltration granulo-gaisscuse de la couche la plus interne de l’artère, gagne de proche en proche dans la tunique moyenne, j u s q u ’a u p oi n t d ’e nvah i r c o m plétemcnt toute l’épaisseur du vaisseau.
Cette partie opaque, lactescente, examinée au microscope, laisse voir une grande
quantité de globules arrondis, de dimensions variables, réfractant loi tement la lumière, solubles dans l’éther, enfin comparables en tou points aux éléments gras qui infiltrent les autres tissus. Au milieu de ce granu allons graisseuses, on observe assez souvent des cristaux de clic lestenne ou d’acide margarique (fig. 72).
Sous Pindueace de celle altération, le 'tissu artériel perd de son élasli
Fig. 7-2. — Infiltration graisseuse des artères. — Granulation disséminées et réunies ; — cristaux de cholestérine.
Cilo, sa cohésion diminue, et il peut plus facilement se rompre par quelque effort. M
2 De / infiltration calcaire. — L’infiltration calcaire peut suivre ou accompagner l’état que nous venons de décrire. Au milieu des globules de graisse et des cristaux de cholestérine, se déposent des granulations calcaires, opaques, qui, traitées par l’acide chlorhydrique, laissent échapper une certaine quantité de gaz et disparaissent. Ces grains de phosphate et de carbonate de chaux disséminés en plus ou moins grande quantité dans l’épaisseur du tissu artériel, contribuent à donner au vaisseau une consistance osseuse ; mais on ne trouve point de corpus&des ou de canalicules osseux dans ces concrétions osléoïdes.
La coexistence des deux lésions granulo-graisseuse et calcaire est fréquente: ainsi, dans un point on voit une tache blanchâtre, constituée uniquement par des granulations graisseuses ; plus loin, de rares granulations calcaires s’y associent et donnent au vaisseau une dureté cartilagineuse; enfin, par leur abondance, ces grains calcaires transforment la tache blanchâtre en une plaque ostéoïde.
Ces plaques calcaires sont souvent disposées sous forme de lamelles, séparées les unes des autres par de minces intervalles de tissu sain, mais par les progrès du mal elles se rapprochent peu à peu et forment de véritables anneaux calcaires, ou changent l’artère en un tube ossiforme. Ces ossifications sont beaucoup plus fréquentes sur les artères qui naissent du ventricule gauche que sur les parois de l’artère pulmonaire. Toutefois ce vaisseau n’en paraît point exempt, comme on l’a écrit à tort.
Quand on examine l’ensemble du système artériel chez les individus atteints d’ossification des artères, on trouve que ces dépôts calcaires sont plus fréquents dans l’aorte et dans les artères de premier ordre que dans les branches secondaires. A mesure qu’on arrive vers les extrémités des artères, on voit ces infiltrations calcaires diminuer, et à leur place existe une infiltration graisseuse qui substitue à la substance homogène des artères de petits corpuscules gras, contigus, non transparents. Celle substitution enlève aux capillaires leur résistance et les prédispose à la rupture. On a remarqué, d’autre part, que les artères des membres inférieurs, comme les tibiales, sont plus souvent que celles des membres supérieurs atteintes par l’infiltration granulo-graisseuse. ou calcaire. Ces lésions sont surtout marquées aux points qui reçoivent le choc du sang, comme à la crosse de l’aorte, à la séparation des iliaques primitives, et on les voit souvent disposées d’une façon symétrique sur les deux côtés du corps. En résumé, on observe dans ces infiltrations graisseuses et calcaires tous les degrés d’une même lésion.
Certains désordres graves sc montrent dans les artères à la suite de l’infiltration granulo-graisseuse, et il faut en étudier avec soin le développement pour ne pas confondre par une analogie trompeuse ces lésions avec d’autres de nature inflammatoire.
En effet, lorsque les granulations graisseuses qui infiltrent la paroi des
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artères se. produisent en trop grande quantité, elles s’accumulent souvent tantôt au-dessous de la tunique interne, tantôt sous la tunique externe, et forment là de petites collections d’une coloration jaunâtre qu’on prendrait au premier aspect pour du pus liquide ou demi-concret, mais dans lesquelles le microscope ne fait pas découvrir trace de globules purulents. On y voit seulement une énorme quantité de granulations graisseuses.
Ces petits kystes formés par la matière grasse en voie de ramollissement finissent par user et perforer la tunique interne de l’artère; aussi le sang pénètre-t-il dans la cavité du kyste, et là est l’origine de certains anévrysmes. Quand la membrane interne des artères est simplement détruite sur certains points par le ramollissement des parties infiltrées de graisse, on constate des solutions de continuité auxquelles on a donné le nom d’ulcérationdes artères. Laforme, l’étendue, laprofondeurde ces pertes de substance varient beaucoup. Guthrie a pensé que certaines de ces ulcérations pouvaient se cicatriser; mais si cette terminaison est réelle, il faut reconnaître au moins qu’elle est très rare, car le plus souvent ces solutions de continuité servent de base à un anévrysme, et dans quelques cas même c’est une perforation du vaisseau qui termine la maladie.
L’ossification des artères donne lieu à des accidents qui se rapprochent des précédents. Quelquefois les ostéoïdes des tuniques artérielles amincissent et détruisent en partie les tuniques du vaisseau qui, cédant à la pression du sang, devient le siège d’une tumeur anévrysmale. Dans d’autres cas, des caillots sanguins se produisent autour des lamelles ossiformes qui lonl saillie dans le canal de l’artère, et ces caillots, mêlés aux productions morbides, contribuent à l’oblitérer. Cette oblitération d’une artère
principale dans une étendue souvent considérable et sans circulation collatérale suffisante, est souvent la cause de la gangrène des parties. On observe quelquefois des conséquences moins graves de cette oblitération des artères: ainsi, pour les membres, ce sont le refroidissement des extrémités, des crampes, des spasmes, et pour d’autres organes, le ramollissement du tissu et la dégénérescence graisseuse de ses éléments ; enfin, quand cette ossification des artères se généralise, on voit se produire de graves changements dans les conditions de la circulation normale, puisque les artères, perdant leur élasticité, chargent le cœur de tous les efforts quelles doivent exécuter dans l’acte de la circulation. De tels résultats ne sont poinl sans influence sur les troubles cardiaques qui terminent souvent la vie des vieillards. Une circulation supplémentaire s’établit quelquefois : ainsi, Tiedemann (1) n’a pas rassemblé moins de huit cas où 1 aorte était complètement oblitérée sous l’influence de semblables lésions, et où il s’était formé une circulation collatérale. La vitalité de la partie inférieure du corps n’avait point été détruite, et l’on ne soupçonnait pas la lésion durant la vie.
Ltiologie. — • La lésion des artères dont nous nous occupons ici est, ll'on’ l)Ius fréquente chez les hommes que chez les femmes, mais celte
(1) Vanner Verengung und Schliessung 1 1er Pulsadern in Krankheilen. IMdelberg, 18*3.
assertion a besoin d’êlrc confirmée. De toutes les causes, celle qui a»it le p us puissamment, c’est la vieillesse. Bichat (1) a constaté qu’au delà de soixante ans, sur 10 cadavres, on en trouve 7 environ sur les artères desquels il existe des incrustations. Les transformations des parois artérielles sont si irequentes au déclin de la vie, qu’on peut les considérer comme le résultat naturel de la diminution qui se manifeste dans la puissance nutritive. Gmelin, cité par Tiedemann (page 1 87), a trouvé qu’il y a augmentation progressive des matériaux calcaires dans les tuniques artérielles à mesure que l’individu avance en âge. Il s’est assuré que les cendres des artères cliin nouveau-né renferment 0,86 de phosphate de chaux, les artères saines d’un adulte, 1,25; celles d’un homme âgé, 2,77, tandis que les artères ossifiées d’un vieillard en contiennent jusqu’à 4,01. On ne saurait, sur ce point, fixer la période précise de la vie à laquelle ces changements ont lieu ; mais dès que. l’organisme a atteint sa maturité complète, à chaque année conespond une accumulation plus grande de matériaux calcaires.
Cei laines causes débilitantes peuvent à tout âge de la vie agir de la même façon que la vieillesse et amener l’infiltration granulo-graisseuse : dans ce nombre on peut placer la phthisie, l’affection granuleuse des reins, quelques diathèses, etc.
A 1 époque de la doctrine physiologique et de nos jours encore, quelques pathologistes ont admis que ces lésions des artères sont le produit direct de 1 inflammation. Mais cette assertion manque de preuves, et nous voyons chaque jour des concrétions calcaires se montrer en dehors de tout travail phlegmasique. Nous n’avons cependant aucune difficulté à
admettre qu'une artère qui a été le siège d’un travail inflammatoire est plus disposée qu’une autre à subir l’infiltration granulo-graisseuse ou calcaire.
La syphilis a aussi été invoquée comme cause de ces altérations des artères, mais les preuves de cette assertion font encore défaut; il n’en est pas de même de l’affection goutteuse, qui semble plus favorable à ces dépôts calcaires dans les organes et dont l’athérome artériel peut être une des manifestations.
En résumé, toutes les maladies qui nuisent à la plasticité du sang peuvent, par unenutrilion insuffisante, favoriser ces métamorphoses rétrogrades des tissus dont l’infiltration granulo-graisseuse estle premierdegré.
Ou ne reconnaît guère sur le vivant la dégénérescence granulo-graisscuse des artères; mais l’existence du cercle sénile de la cornée chez des individus jeunes encore, peut faire présumer l’existence d’une infiltration graisseuse des tissus. Toutefois ce signe n’a rien d’absolu, et nous renvoyons, pour tout ce qui concerne ce point délicat de sémiologie, à un travail très intéressant de Damier (3). L’infiltration calcaire se manifeste par des cordons solides, sans battements sur le trajet connu des .artères. La thérapeutique de ces graves lésions esl nulle, cl les essais de
(!) Anatomie générale, t. II, p. 292.
(2) Archives de médecine, octobre 1 S ri fl , f>e série, t. VIII, p. 401 .
chimie médicale dans le buL de prévenir ou de l'aire disparailre l’ossification des artères ne peuvent encore être classés que parmi les rêves de l’imagination.
ARTICLE IV