CHAPITRE X
MALADIES DES GANGLIONS LYMPHATIQUES
Nous ne passerons en revue dans ce chapitre que les principales lésions des ganglions lymphatiques, dont quelques-unes, dans ces dernières années, ont donné lieu à des travaux histologiques nombreux, mais peu concluants. C’est tout un sujet à soumettre à de nouvelles éludes, en se
asant sur une connaissance approfondie de la structure normale des ganglions.
Les premières recherches sur les lésions des ganglions lymphatiques ne datent pas de loin, et la bibliographie de ce sujet est encore peu étendue. Nous conseillons de consulter, outre les mémoires d’Andral, Velpeau, Breschet, etc., déjà cités page 5Gà, en parlant des maladies des vaisseaux lymphatiques, les travaux suivants :
Velpeau, Maladies du système lymphatique . Inflammation des ganglions, ou adénite lymphatique (Archives de médecine, 1 836, t. X, p. 5). — Lebert, Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses. Paris, 1849. — Virchow, Die amyloïde Degeneralion der Lymphdrüse [La dégénérescence amyloïde des ganglions lymphatiques] ( Verhandlungen der physicalisch. medicinisch. Gesellschaft in Wilrzburg, 1 857, vol. VII, p. 222). ■ — Billroth, Ueber die feinere Structur pathol. veranderler Lymphdrüsen [Sur la structure intime des ganglions lymphatiques malades] ( Beitràge zur patliologischen Histologie, Berlin, 1853). — Michaelis, Die Krankheiten der Lymphdrüsen, etc. [Les maladies des ganglions lymphatiques] (Prager Vierteljahrsschrift, Bd. XV, 3, 1853). — Potain, Des lésions des ganglions lymphatiques viscéraux (thèse de concours d’agrégation, Paris, 1 860).
ARTICLE PREMIER
ADÉNITE.
On désigne sous le nom d 'adénite l’inflammation des ganglions lymphatiques. Cette affection a été connue de tout temps, mais c’est seulement depuis les recherches modernes sur les maladies du système lymphatique qu’elle a été décrite avec soin, et c’est surtout le travail de X elpeau qui nous en a tracé une histoire détaillée.
L’adénite peut être aiguë ou chronique , et nous allons décrire successivement ces deux formes.
§ I, — Adénite aiguë.
Nous avons déjà vu qu’il n’y avait guère d’angioleucite sans adénite concomitante, ou tout au moins sans tuméfaction douloureuse des ganglions où se rendent les vaisseaux lymphatiques affectés ; mais la réciproque n’est pas vraie. Il peut y avoir adénite sans lymphangite : 1° parce que l’adénite peut résulter de causes directes, c’est-à-dire agissant sur les ganglions mêmes; 2° parce que la matière morbifique puisée par les radicules lymphatiques, et de là transmise aux ganglions par les vaisseaux afférents, peut enflammer ces ganglions sans exercer sur ces vaisseaux aucune action appréciable. L’adénite est donc beaucoup plus fréquente que la lymphangite.
ÉTIOLOGIE. — Les causes de l’adénite sont directes ou indirectes. Ainsi les ganglions peuvent être piqués, coupés, froissés, déchirés isolément ou en même temps que les tissus environnants ; mais ces causes d adénite sont les plus rares. Quant aux causes indirectes, elles peuvent agir . 1° par contiguïté d’organes enflammés, la phlegmasie se propageant du
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tissu cellulaire ou d’un organe voisin aux ganglions; 2° par continuité du tissu, et consécutivement à une lymphangite; 3° par introduction d’un principe irritant dans l’intérieur des ganglions.
La première variété d’adénite par cause indirecte est rare, et l’on voit plus souvent une phlegmasie s’étendre du ganglion au tissu cellulaire voisin que de ce tissu au ganglion. Dans la seconde, qui est très-fréquente, il arrive assez souvent que l’inflammation se fixe définitivement sur les vaisseaux lymphatiques, et qu’alors l’adénite rétrograde et se résolve avant la lymphangite qui l’avait causée. La troisième variété est de toutes la plus fréquente. Les matières irritantes. qui circulent dans le système lymphatique, — qu’elles proviennent par absorption du dehors, ou qu’elles aient été spontanément produites dans l’organisme, — gênées, ralenties dans leur marche à travers le parenchyme presque caverneux des ganglions, y séjournent plus longtemps que dans les vaisseaux et y exercent plus longuement aussi leur action malfaisante. De sorte que l’engorgement et l’inflammation des ganglions peuvent être observés alors sans qu’il y ait eu trace de lymphangite antérieure.
Ainsi toute solution de continuité de la peau (piqûre, excoriation, plaie, ulcère, vésicatoire, séton) et toute affection de cette membrane ou d’une muqueuse (érysipèle, zona, pemphigus, angine, etc.) sont une source d adénite; et alors, suivant les cas, on observe une adénite sous-maxillaire avec une affection de la bouche ou un érysipèle de la face ; une adénite inguinale, dans le cas de maladies des parties génitales externes ; une adénite axillaire, dans celui d’affection du sein ou du membre supérieur, etc.
Dans l’enfance, où les suppurations cutanées sont très-fréquentes, surtout avec une constitution lymphatique, on voit souvent l’inflammation des ganglions.
Anatomie pathologique.— Un ganglion dans l’adénite aiguë peut passer par trois périodes qu’on désigne par les expressions d’induration , de ramollissement et de suppuration.
1° Dans la période d’induration, qui correspond surtout à celle de la congestion inflammatoire pour les autres organes, il y a d’abord afflux plus considérable du sang, de sorte que les ganglions ont doublé ou triplé de volume ; leur tissu est plus ferme, plus dense et rappelle la consistance du cœur; ils roulent sous le doigt, car il n’y a pas encore eu d exsudation plastique dans le tissu cellulaire ambiant; leur surface est d’un rouge brun, leur coupe présente çà et là des points d’une routeur P us vive, au niveau des vaisseaux divisés, et l’on voit par places de trèspetits epanchements de sang. Enfin il y a une oblitération du parenchyme u ganglion qu’on ne peut pas injecter par les moyens ordinaires. D’ailafl'érenlsCX1Ste très“S0Uvent une oblit-dration des vaisseaux lymphatiques
2’ Dans la période de ramollissement ou d’exsudation plastique, le plasma
‘ ie a substance de l’organe, dont la consistance diminue et rappelle
un peu celle de la rate; le tissu du ganglion est alors rouge ponceau, ou violacé, et, bien que plus dense, il se déchire ou s’écrase avec facilité.
3° Dans la période de suppuration, le ganglion, infiltré de pus, est plus mou, plus friable encore. Au milieu de la teinte rouge générale, se voient des points gris, jaunes, blancs, petits foyers qui contiennent un pus séreux et filant, qui peu à peu s’élabore en même temps que les foyers s’agrandissent. Le ramollissement, comme la suppuration, marche du centre à la périphérie du ganglion, qui, par la réunion successive des petites collections de pus, se trouve enfin transformé en une coque purulente, où le liquide reste parfaitement enkysté , si l’inflammation a marché lentement et que la tunique celluleuse du ganglion ait eu le temps de s’épaissir; mais d’où le pus s’échappe par une ou plusieurs perforations, si l’inflammation a été rapide. Il en résulte alors des abcès consécutifs dans le tissu cellulaire ambiant. Celui-ci s’enflamme ordinairement au contact des ganglions enflammés, qu’il relie à la peau, dans le cas d’adénite superficielle. On y trouve souvent du pus infiltré ou collecté en abcès.
Symptomatologie. — L’adénite aiguë, à sa première période, est caractérisée par l’apparition, aux lieux où siègent habituellement les ganglions lymphatiques, de tumeurs multiples, à forme ovoïde, et peu adhérentes encore à la peau et aux parties voisines. Ces tumeurs sont douloureuses, et comme elles existent le plus ordinairement aux plis articulaires, c’est dans la marche ou dans les mouvements que la gêne pénible résultant de leur présence appelle d’abord sur elles l’attention du malade. Ainsi tel individu atteint d’une adénite inguinale se plaindra de ne pas pouvoir fléchir sans douleur la cuisse sur le bassin. Cette douleur, faible d’abord, devient graduellement plus vive, et peut finir pçir être extrêmement aiguë quand la tuméfaction est considérable. La tuméfaction et la douleur sont pendant quelque temps les seules manifestations de l’adénite, car il faut que la phlogose ait gagné le tissu cellulaire, puis la peau, pour que la région devienne rouge, chaude et tendue. Il peut même arriver que la peau reste intacte, au cas où un ou deux ganglions seulement sont enflammés, ou bien encore quand l’adénite est symptomatique d une angine. Quand au contraire la phlegmasie se propage au tissu cellulaire, les tumeurs ganglionnaires sont comme enchâssées au milieu de 1 empâtement général, où l’on peut cependant encore les distinguer par les bosselures arrondies qu’elles y dessinent et la rénitence plus grande qu’elles présentent. La peau est chaude et rouge, la tumeur immobile, la douleur pongitive. On peut dire alors qu’à l’adénite s’est ajouté un i phlegmon. Ces symptômes peuvent durer de huit à quinze jours.
Les phénomènes généraux sont le plus habituellement très-modéres, et 1 consistent en un léger frisson au début, de la fièvre, de l’inappétence et j de la soif. Mais les troubles fonctionnels sont parfois très-pénibles, alors s que la tumeur est volumineuse et siège en un lieu où s’exécutent de grands mouvements, comme à l’aine et à l’aisselle.
maladies des ganglions lymphatiques.
L’adénite aiguë peut se terminer par résolution , suppuration ou indu- ,f ration , et passer à l’état chronique.
La résolution est probable quand la cause est légère, qu’on peut facilement la faire disparaître, et que l’inflammation ne s’est pas propagée au tissu cellulaire. Elle est le plus habituellement lente en sa marche, et le ganglion conserve longtemps, alors que toute douleur a disparu, un volume plus considérable qu’avant d’avoir été enflammé. La résolution est plus rare, mais possible encore, quand la phlegmasie s’est étendue jusqu’au tissu cellulaire; les téguments n’ont alors perdu qu’en partie leur mobilité, et la masse enflammée qu’on sent au-dessous d’eux pré-
E sente quelque chose de spongieux et de ferme, plus facile à percevoir qu’à décrire.
La suppuration est imminente toutes les fois que l’adénite a pour point i de départ une plaie en suppuration, ou que, du ganglion, la phlegmasie ; a marché rapidement vers les parties voisines. Cette terminaison est inévitable si la peau est rouge et empâtée. Quand la suppuration a lieu, trois cas différents peuvent se présenter : 1° le ganglion seul suppure;
! 2° c’est le tissu cellulaire seul ; 3° le tissu cellulaire et le ganglion entrent en même temps en suppuration.
Dans le premier cas, le ganglion est ou non adhérent à la peau, et les sym- : ptômes varient alors comme la marche du mal. Si le ganglion est adhérent i à la peau, c’est par l’intermédiaire du tissu cellulaire enflammé par voisii nage ; la peau est rouge alors et empâtée, la fluctuation se perçoit facilei ment. Ces phénomènes se produisent vers le dixième jour environ. Quand au contraire l’inflammation s’est localisée dans le ganglion et n’a point rayonné vers le tissu cellulaire, la peau n’est point rouge ou l’esL à peine, et elle conserve sa mobilité habituelle. La tumeur est mobile elle-même, et donne la sensation d’une masse spongieuse plutôt que d’un foyer purulent. On n’y découvre même la fluctuation qu’après avoir solidement fixé la tumeur et tendu la peau sur elle. C’est dans ces conditions que, si l’art intervient, le ganglion tend à s’échapper, sous forme d’un champignon rougeâtre, par la plaie de l’incision, après l’évaeuation du pus ; celle-ci est même parfois difficile quand la plaie de la peau est petite et que le parallélisme est détruit. Mais il peut se faire que, spontanément, le ganglion suppuré s’ouvre sous la peau, et que le pus s’épanche dans le tissu cellulaire qui s’enflamme au contact de la matière purulente et suppure à son tour. L’inflammation gagne alors la peau, qui rougit, prend une teinte violacée, s’amincit et se rompt. Le pus qui s’écoule est alors beaucoup plus abondant que dans le premier cas; la cicatrisation marche vite, mais la cicatrice est très-évidente, parce que les téguments ont été fortement < compromis.
Dans le second cas, celui où le tissu cellulaire seul suppure, c’est que la phlegmasie y marche plus vite que dans les ganglions. Le pus s’accumule alors sous les ganglions, dans leur intervalle ou autour d’eux. Il ne se forme presque jamais de collection purulente bien régulière, la texture
filamenteuse du tissu cellulaire gênant la diffusion du pus. Les ganglions, moins volumineux que dans le cas précédent, conservent une grande partie de leurs adhérences avec les tissus voisins. La peau montre alors moins de disposition à se décoller, à s’amincir et à s’altérer. On a véritablement à traiter ici un phlegmon dont l’adénite a été le point de départ.
Enfin, quand le tissu cellulaire et les ganglions suppurent en môme temps, on observe la réunion des deux ordres de phénomènes qui viennent d’étre décrits. La suppuration est encore fort abondante, la peau se décolle et s’amincit rapidement.
Dans tous ces cas, d’ailleurs, le pus est ordinairement homogène et bien lié. Mais comme il y a le plus souvent un certain nombre de ganglions enflammés, et que l’inflammation ne marche pas également vite dans chacun d’eux, la suppuration est aussi le plus souvent multiple et successive, de sorte que la durée de l’affection en est d’autant prolongée.
Quand l’abcès s’est vidé et que la suppuration est tarie, la tumeur ganglionnaire persiste quelque temps encore, mais à l’état d’indolence; et, en effet, l’infiltration plastique se résout lentement dans un organe où l’oblitération vasculaire est étendue, et dont les mouvements organiques sont si lents. On ignore encore ce que devient le ganglion suppuré après la cicatrisation, s’il est ou non définitivement oblitéré et perdu ! pour la circulation lymphatique.
L’induration termine le plus souvent l’adénite par la raison que nous venons de donner, en même temps que par la mollesse de la constitution 1 de certains sujets et la permanence des causes de l’adénite. On voit alors la douleur, la chaleur, la rougeur et le gonflement rester stationnaires, puis les trois premiers phénomènes diminuer et disparaître enfin, tandis 1 que persistent le gonflement et l’induration. Le mal passe alors à l’état chronique.
Diagnostic. — L’adénite se reconnaît à l’existence d’une tumeur circonscrite, arrondie, bosselée, dure, douloureuse, et siégeant dans certains points déterminés, surtout aux membres, au voisinage d’une articulation. ! Ces caractères la différencient du phlegmon , dont la tuméfaction est peu circonscrite et n’a point de lieu d’élection. L’adénite phlegmoneuse participe, on l’a vu, de la nature de l’adénite et du phlegmon, et en présente simultanément les caractères.
L’existence de l’adénite reconnue, il reste à en déterminer le point de départ. La connaissance exacte de la disposition des lymphatiques dans la région malade mettra le chirurgien sur la voie du fait en question. Ainsi une adénite inguinale étant donnée, si elle siège à la partie la plus interne de la région, il y aura lieu d’examiner soigneusement l’état des organes génitaux externes ; si ce sont les ganglions inférieurs et internes qui sont affectés, on explorera la marge de l’anus; au contraire, l’adénite de la partie externe du pli de l’aine fera croire à une lésion des téguments des lombes, de l’abdomen, ou du membre inférieur.
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Pronostic. —L’adénite a généralement peu de gravité; cependant elle peut entraîner des décollements étendus, des suppurations prolongées ; d’une autre part, l’entrave qu’elle apporte à la circulation de la lymphe en rend parfois les suites longues et désagréables. Notons enfin qu’elle peut se compliquer d’érysipèle, de phlegmon diffus, etc., ce qui aggrave le pronostic.
Traitement. — Le traitement de l’adénite est antiphlogistique a la première période. Au début, cette inflammation est quelquefois arrêtée par d’abondantes saignées locales , répétées plusieurs fois (de vingt à quarante sangsues en deux jours), et auxquelles on associe utilement les topiques émollients. On aura soin, d’ailleurs, d’écarter le plus possible la cause qui produit l’adénite.
On a vanté aussi la compression , les ponctions , les larges et nombreuses frictions avec l’onguent napolitain , pour faire avorter les adénites aiguës ; mais c’est tort, car tous ces moyens restent le plus souvent sans effet. Quand on ne peut pas employer les sangsues, on doit avoir recours aux vésicatoires.
Ces vésicatoires peuvent faire rétrograder l’inflammation ou circonscrire le foyer morbide, et quand la résolution n’est plus possible, ils agissent en activant la suppuration. Les vésicatoires volants sont surtout indiqués chez les sujets débiles, auxquels il n’est guère possible de tirer du sang, même localement.
A la période de ramollissement, lorsque, vers le quatrième ou le cinquième jour, le pus commence à se former, on favorise le développement régulier de la suppuration en appliquant matin et soir, sur la tumeur, des cataplasmes émollients.
Plus tard, quand la suppuration est établie, il vaut mieux ouvrir l’abcès que d’en attendre l’ouverture spontanée; car on court risque, dans ce dernier cas, de voir le tissu cellulaire disparaître, la peau se décoller, s’amincir, et perdre à ce point sa vitalité, qu’il faudra plus tard l’exciser largement. Mais un risque bien plus grand encore, c’est, au cas d’adénite profonde, de voir le pus fuser au loin et disséquer les organes avant d’arriver sous la peau. L’incision avec le bistouri est préférable au caustique dans l’adénite aiguë suppurée, non syphilitique. Quant à l’époque où il convient d’ouvrir l’abcès, les mêmes considérations, qui font préférer l’ouverture artificielle à l’ouverture spontanée du foyer, militent également en faveur de l’incision hâtive. Il convient donc d’inciser dès que la fluctuation n’est plus douteuse; on rencontre alors moins de liquide, il est vrai, et le dégorgement immédiat est moins manifeste, mais la peau reste doublée de son tissu cellulaire, et les ganglions ne se décollent pas. Si l’adénite suppurée est ù foyers multiples, il faut inciser chacun d’eux séparément, et non point faire une incision étendue qui relie tous ces foyers entre eux.
§ II. — Adénite chronique.
L’adénite chronique est plus fréquente que l’adénite aiguë, car elle succède souvent à cette dernière, et, plus souvent encore, elle est chronique d’emhlée.
Anatomie pathologique. Par suite de l’infiltration plastique dont ils sont d’abord le siège, les ganglions lymphatiques sont plus gros et plus durs qu’à l’état normal ; mais, par la même raison, ils sont devenus plus friables. A un degré plus avancé de la maladie, lorsque la vascularisation est augmentée, ils sont plus rouges et ont l’aspect de la chair musculaire. Quand l’altération est plus profonde et que les vaisseaux sont oblitérés, les ganglions prennent une coloration grise, ils se décolorent complètement. et offrent l’aspect de la chair de veau cuite et lavée; c’est alors surtout que leur tissu est friable, quoique dur. D’autres fois, ce tissu, d’un blanc mat et comme nacré, se coupe en criant sous le scalpel. Enfin, quand il y a suppuration, on trouve tantôt des vacuoles pleines de pus, et tantôt, les cloisons ayant disparu, un kyste à parois résistantes et rempli d’un pus blanchâtre à odeur fade.
Symptomatologie. — Nous avons vu que le passage à l’état chronique est un des modes de terminaison de l’adénite aiguë. Dans ce cas, la flouleur, la rougeur et la chaleur de la glande enflammée diminuent, tandis que le gonflement et l’induration persistent. Mais quand la maladie est chronique d’emblée, le début en est obscur, la tuméfaction marche lentement, la douleur est presque nulle, et le malade ne s’aperçoit guère de son affection que par la gône mécanique qu’il en éprouve. 11 existe, en effet, des tumeurs dures, ordinairement multiples, isolées ou réunies, et, dans ce cas, irrégulières, au niveau desquelles la peau conserve sa mobilité, son aspect et sa couleur accoutumés.
Ces tumeurs déforment les régions où elles siègent, ce qui constitue un accident fâcheux, chez les femmes surtout, pour les adénites parotidiennes, sous-maxillaires ou cervicales ; elles peuvent dans ce cas entraîner des accidents de voisinage, tels que l’atrophie de la parotide et la gêne de la mastication (adénite parotidienne), être douloureusement froissées par les cols, et, ce qui est plus grave, comprimer la trachée ou l’œsophage, quand l’inflammation siège dans les ganglions situés profondément sous le sterno-mastoïdien qui les bride.
La marche de l’affection est extrêmement lente; parfois des douleurs sourdes indiquent une exacerbation subaiguë; d’autres fois, à l’occasion d’un coup, d’un courant d’air froid, etc., il y aura exacerbation aiguë et tendance rapide à la suppuration. Quand celle-ci doit avoir lieu, des douleurs lancinantes se manifestent, le tissu glandulaire diminue de consistance, le tissu cellulaire s’infiltre de produits plastiques, et la tumeur devient immobile. La peau rougit peu à peu, la fluctuation se produit lentement, et enfin le pus s’écoule au dehors, sous la forme d’un liquide
tt.
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séreux, blanchâtre et quelquefois caillebotté. Cependant la résolution s’observe souvent chez les enfants aux approches de la puberté; d’autres fois, au contraire, l’affection se termine par induration, et persiste alors indéfiniment.
Diagnostic. — U est parfois bien difficile de distinguer l’adénite chronique de la tuberculisation ganglionnaire , car toutes deux se voient chez des sujets lymphatiques, le plus souvent scrofuleux, et il n’y a guère que la marche de la maladie qui puisse les différencier : « Les gangliites » chroniques simples, dit Guersant (1), sont toujours moins dures, moins » pesantes, plus douloureuses à la pression et diminuent plus prompte- » ment sous l’influence des moyens thérapeutiques, tandis que les adé- » nites scrofuleuses (tuberculeuses), qui ne diminuent que très-rarement » par l’action des mômes moyens, ne reviennent jamais à leur volume » primitif. » Ce sont là toutefois des signes différentiels sur lesquels on ne peut guère absolument compter.
Chez les individus fortement scrofuleux, il est beaucoup plus probable qu’on a à traiter une tuberculisation glandulaire qu’une adénite chronique.
L'hypertrophie ganglionnaire est également fréquente chez les scrofuleux, mais elle est toujours indolente. Le cancer primitif des ganglions est très-rare, il s’observe à la période moyenne ou avancée de la vie ; quand les douleurs se sont manifestées, elles sont beaucoup plus vives que dans l’adénite, et alors la marche particulière aux affections cancéreuses ne tarde pas à se montrer.
Pronostic. — Le pronostic de l’adénite chronique est fâcheux, en ce sens que la résolution est rare, que la suppuration marche à la façon des abcès froids, que l’alfection tend à se perpétuer par l’envahissement successif des ganglions voisins de ceux qui avaient été primitivement affectés, et enfin, parce que cette maladie indique une mauvaise disposition de l’organisme.
Traitement. — Au moment des exacerbations aiguës, lorsqu'il y a douleur, les antiphlogistiques sont indiqués ; on peut donc avoir recours aux sangsues, dont il ne faut d’ailleurs employer qu’un petit nombre. A la période chronique, on mettra en usage les résolutifs, tels que les frictions à l’iodure de potassium, les onctions mercurielles, l’application d’emplâtres de Yigo, de diachylon, de vésicatoires volants répétés, et enfin la compression. Il est bon d’employer aussi les modificateurs généraux, les toniques et les amers (vin, alimentation annualisée, quinquina), les bains salés ou sulfureux.
Quand ces moyens ont échoué et que la tumeur n’a point encore suppuré, on peut avoir recours à l’une des trois opérations chirurgicales suivantes : l 'écrasement, le broiement ou Y extirpât ion.
C’est en vue d’éviter la cicatrice résultant de l’extirpation que l’on a
(I) Dictionnaire de médecine en 30 vol., t. XXVIII, p. 216.
imaginé l 'écrasement, qui ne peut guère se pratiquer que dans les points où les ganglions reposent sur des parties assez résistantes pour offrir un point d’appui. On comprime énergiquement ces ganglions avec les pouces du à l’aide d’un corps dur, jusqu’à ce qu’on sente la tumeur céder, et l’on répète la môme opération sur les fragments de celle-ci. Cette opération, très-douloureuse, ne peut être généralisée et ne donne guère de résultats satisfaisants.
Le broiement se pratique par la méthode sous-cutanée : on glisse, sous un pli de la peau, un ténotome, à l’aide duquel on fragmente en tous sens la tumeur jusqu’à ce qu’on l’ait réduite au morcellement le plus complet. Cette opération expose à la lésion de parties importantes, et comme elle a été peu employée, on ne peut pas la juger définitivement.
L 'extirpation est plus en faveur parmi les chirurgiens, qui l’ont souvent pratiquée, surtout au cou et parfois à l’aisselle. Elle est indiquée quand la déformation est considérable et que les troubles de voisinage (dyspnée ou dysphagie, gène des mouvements, etc.) sont très-pénibles.
Quand l’adénite chronique finit par suppuration , il vaut beaucoup mieux intervenir que d’attendre l’ouverture spontanée de l’abcès, qui est très-lente à se faire, s’accompagne d’un grand amincissement avec décollement de la peau, et produit le plus souvent des cicatrices étendues et difformes. Mais, au lieu d’ouvrir l’abcès avec le bistouri, dont l’incision laisse toujours des traces désagréables, surtout au cou, mieux vaut, à l’exemple de Gucrsant, employer les petits sétons. On traverse la tumeur de part en part, à l’aide d’une aiguille courbe armée d’un fil double; on laisse celui-ci à demeure quelques jours, et le pus s’écoule le long du fil, à travers les piqûres, qui s’agrandissent un peu. La tumeur vidée, on retire le fil, et il ne reste souvent pas trace de l’opération qui a encore l’avantage d’être extrêmement ipeu douloureuse et de ne point effrayer les malades.
ARTICLE IL