‹ Traité élémentaire de pathologie externe (volume 2)Chapitre 43 sur 65 · DES GANGLIONS · texte numérisé non relu

DES GANGLIONS

1° Nous n’avons guère, sur l’altération cireuse des ganglions, que des notions d’anatomie pathologique, car elle ne s’annonce point par des symptômes évidents, et de plus elle est assez rare. Cette altération s’observe ordinairement avec une lésion semblable de la rate, et beaucoup plus rarement avec la même altération dans le corps thyroïde.

Un des faits les plus remarquables d’altération cireuse des ganglions est celui publié par Guyon et Robin (1). Il s’agissait là d’un homme de quarante-trois ans, qui depuis vingt ans avait de petites tumeurs au cou, aux aisselles et aux aines. Celles de la région sous-maxillaire gauche s’enflammèrent et suppurèrent. Il en sortit à l’incision un pus rougeâtre, concret, sanguinolent. On ne vit d’abord là rien qui dût particulièrement appeler l’attention, mais la santé du malade ‘s’altéra de plus en plus, et il succomba dans un état cachectique, avec de la diarrhée et un épanchement pleurétique. L’autopsie a montré une altération singulière des ganglions.

Il y avait un développement exagéré de tous les ganglions lymphatiques du corps, surtout des ganglions de la région sous-hyoïdienne. Us offraient l’aspect d’un tissu compacte, homogène, d’une couleur uniformément jaunâtre avec une légère nuance rosée, lisse et un peu brillant sur la coupe, se laissant facilement entamer par le grattage, et se réduisant en une pulpe molle, tenace, qui, par la consistance, l’aspect et la couleur, rappelait beaucoup la cire.. Le canal thoracique n avait rien de particulier.

Les coupes minces de ces ganglions, examinées au microscope, présentaient une trame de tissu cellulaire lâche, a fibres rares et écartées, trame presque réduite à rien, comparativement à celle offerte par les ganglions lymphatiques normaux; çà et la se voyaient des épithéliums nucléaires sphériques. Ces divers éléments, accompagnés de quelques capillaires sanguins, ne formaient pas le dixième de la masse du produit morbide; tout le reste du tissu était constitué par des corpuscules

(1) Gazette médicale, 185G, p. 217.

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MALADIES DES GANGLIONS LYMPHATIQUES

qui se présentaient sous forme de masses polyédriques le plus souvent ovoïdes, quelquefois aussi de formes variées, à contours sinueux; ils avaient un diamètre de 1 à 8 centièmes de millimètre, et étaient remarquables par leur transparence, leur teinte complètement incoloie ou légèrement bleuâtre, leur pouvoir réfringent assez fort, ce qui faisait toujours paraître leurs contours foncés.

L’aspect le plus remarquable de ces concrétions était dû à leur mode d’entassement, de juxtaposition, de compression réciproque. Ces corps,

| complètement dépourvus de granulations étaient insolubles dans l’eau, l’alcool, l’éther; l’acide acétique et la potasse les rendaient transparents et les gontlaient.

Ces données d’anatomie pathologique pure ne peuvent être signalées dans un traité de chirurgie que pour appeler sur ce point l’attention des lecteurs; car la symptomatologie, le diagnostic et le traitement de l’al- ’ tération cireuse des ganglions nous sont tout à fait inconnus.

2° Les ganglions peuvent aussi, quoique très- rarement, être le siège d’une dégénérescence dite amyloïde, qu’on trouve plus souvent dans le foie, la rate et les reins. Ces organes sont alors indurés par une matière j particulière de consistance lardacée, et qui, au contact de l’iode et de l’acide sulfurique, change de couleur. L’iode et l’acide sulfurique colorent en effet cette substance en bleu sombre avec tendance au vert et au rouge pâle, ou bien cette matière amyloïde devient tout de suite d’un rouge brun. Nous n’avons point à discuter si cette matière est une forme de cholestérine, comme l’a soutenu Henri Meckel, ou bien si, comme l’a prétendu Virchow, c’est une espèce de cellulose d’amidon. En signalant la dégénérescence amyloïde des ganglions qu’on voit coïncider avec l’hyi pertrophie scrofuleuse, nous n’avons voulu que mentionner un fait d’anatomie pathologique intéressant que nous ne pouvons pas encore reconi naître sur le vivant.

ARTICLE IV

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