I.ÉSIONS TRAUMATIQUES DE LA TUNIQUE VAGINALE
I» Contusion. — (Hématocèle traumatique de la vaginale).
La contusion des bourses étendant son action jusqu à la tunique vaginale a souvent pour conséquence la production immédiate d'un épanchement de sang dans la cavité de la séreuse. Cet épanchement est désigné sous le nom d 'hématocèle vaginale traumatique Nous verrons plus tard qu’il existe une hématocèle vaginale spontanée, qui diffère essentiellement de la précédente. Aussi, contrairement à la plupart des auteurs qui décrivent dans un môme paragraphe ces deux variétés d’hématocèle, nous nous bornerons à étudier ici l’hématocèle traumatique, renvoyant la description de l’hématocèle spontanée au chapitre des vaginalites chroniques.
Étiologie. — L’existence antérieure d’une hydrocèle, d’une tumeur du testicule, d’une varicocèle, est considérée à juste titre comme une cause prédisposante de l’hémalocèle vaginale, en raison de l’augmentation de volume de la région qui l’expose à l’action des agents contondants, en raison aussi du développement vasculaire anormal qui rend l’effusion du sang dans la vaginale plus facile et plus abondante.
Quant aux causes déterminantes de l’hématocèle vaginale, ce sont d’abord les plaies accidentelles ou chirurgicales, et en particulier les plaies par instruments piquants, pénétrant jusque dans la vaginale.
! L’hématocèle est en effet un accident que l’on observe quelquefois : après la ponction de l’hydrocèle. Le plus souvent, dans 1 hématocèle qui succède aux plaies de la vaginale, le sang provient des vaisseaux qui rampent dans les membranes du scrotum, et qui, intéressés par l’instrument vulnérant, versent leur contenu dans la tunique vaginale i ouverte, et l hématocèle a d’autant plus de chance de se produire, en pareille circonstance, que la plaie est plus étroite, plus sinueuse, et par a< conséquent plus mal disposée pour permettre au sang de s’écouler au dehors.
Dans certains cas, l’hématocèle consécutive à une plaie du scrotum | est la conséquence d’une complication; l’instrument vulnérant ayant atteint et blessé le testicule (ponction de l’hydrocèle) ou l’artère spermatique, ainsi que Scarpa en a rapporté un exemple.
Mais la cause la plus fréquente de l’hématocèle vaginale est la con- ■ lusion du scrotum, celle-ci déterminant la rupture des vaisseaux de
la tunique vaginale, ou bien atteignant le testicule et produisant la rupture de cet organe. La contusion du scrotum peut môme déterminer une déchirure de la tunique vaginale: dans un cas observé par Cooper et rapporté par Curling, un coup violent appliqué sur le scrotum, chez un individu atteint d’hydrocèle, fut suivi de la déchirure de la tunique vaginale sur une étendue de 3 à 5 centimètres.
Anatomie et physiologie pathologiques. — La quantité de sang épanché dans la tunique vaginale est très variable : quelquefois assez considérable pour distendre la cavité séreuse. Tantôt le sang est pur; tantôt il est mélangé à de la sérosité, comme dans le cas d’hydrocèle préexistante: on dit alors qu’il y a hydro-hématocèle.
Le sang épanché subit la série des transformations que l’on observe dans tous les cas où un épanchement sanguin se produit, soit dans le tissu cellulaire, soit dans une cavité séreuse. Ces transformations successives ont été étudiées avec soin par Velpeau, et comme elles n’offrent j ci rien de particulier, nous nous bornerons à les rappeler très sommairement.
Le premier phénomène consiste dans la coagulation de la fibrine, puis dans la dissolution de l’hématine dans le sérum, d’où résulte la transformation de l’épanchement sanguin en un liquide séro-sanguinolent, tenant en suspension des flocons, des grumeaux fibrineux. Les phénomènes ultérieurs varient selon les cas.
Tantôt, la fibrine étant redissoute et la matière colorante du sang subissant diverses altérations, le sang se transforme en un liquide épais, visqueux, noirâtre, de couleur chocolat; tantôt, l’hématine disparaissant par résorption, le liquide épanché tend à se décolorer de plus en plus et à revêtir les caractères de la sérosité; mais en même temps la fibrine, en se coagulant, se dépose à la face interne de la vaginale sous forme de concrétions, de feuillets stratifiés, analogues aux caillot s actifs de Broca sur la paroi des sacs anévrysmaux.
Enfin ces concrétions fibrineuses déposées à la surface interne de la séreuse peuvent déterminer, du côté de cette membrane, une irritation suivie de prolifération des éléments conjonctifs du tissu sous-séreux, d’où résulte l’organisation d’une fausse membrane de plus en plus épaisse à la surface interne de la vaginale, et en définitive la transforj mation de l’hématocèle traumatique en vaginalite chronique. Il est probable qu’en pareil cas l’organisation des éléments figurés du caillot sanguin concourt, dans une certaine mesure, à cette transformation.
Nous devons encore signaler, comme terminaison rare de l’hématocèle traumatique, l’inflammation aiguë et suppurative de la vaginale et la transformation de l’épanchement sanguin en foyer purulent. Cette terminaison ne 's’observe guère que dans les cas d’hématocèle consécutive à une plaie de la vaginale. > „
Symptomatologie. — L’hématocèle vaginale traumatique s accompagne le plus ordinairement d’une hématocèle pariétale par infiltration,
MALADIES DES ORGANES GÉNITAUX DE l’iIOMME. 229
celle-ci est môme constante lorsque l’hématocèle vaginale est la conséquence d’une contusion du scrotum. Elle peut manquer au contraire, ou n’apparaître que plus tard dans les cas de plaie de la vaginale.
Le volume des bourses est considérablement augmenté; la région se présente sous l’aspect d’une tumeur piriforme, à grosse extrémité dirigée par en bas, et qui peut atteindre les dimensions des deux poings, d’une tête de fœtus à terme.
Cette tumeur, d’abord rénitente et fluctuante, ne tarde pas à prendre une consistance de plus en plus ferme; à une certaine époque de son évolution, il n’est pas rare de constater une consistance inégale ; certains points de la tumeur restant mous, dépressibles, fluctuants, tandis que d’autres points sont durs et résistants: phénomène qui s’explique par les modifications successives du sang épanché, la formation de caillots, l’épaississement des parois, etc.
Le testicule est rarement distinct au sein de la tumeur formée par l’hématocèle; lorsqu’on parvient à le sentir, il est moins mobile que dans les conditions normales ; à moins d’inversion, il occupe habituellement, comme dans l’hydrocèle, la partie postérieure, inférieure et interne de la tumeur scrotale.
La douleur qui accompagne l’hématocèle vaginale traumatique est très variable: tantôt; nulle tantôt assez vive et irradiant à l’aine, à l’abdomen, aux reins. Il est probable que ces différences tiennent à l’état du testicule, qui, ainsi que nous l’avons vu, peut avoir été respecté ou atteint par le traumatisme.
D’après ce qui a été dit précédemment, la terminaison la plus habituelle de l’hématocèle vaginale traumatique est la résolution par absorption du sang épanché, après transformations successives. Cette résolution est lente à se faire et se traduit par la diminution graduelle du volume de la tumeur, en même temps que par les modifications déjà notées dans sa consistance.
Plus rarement on voit la tumeur, tout en s’indurant, persister avec le même volume ou même s’accroître lentement en augmentant de consistance. Il s’agit, en pareil cas, d’une transformation en vaginalite chronique, affection que nous étudierons plus tard.
Enfin, il est tout à fait exceptionnel, sauf dans les cas de plaie de la 'i vaginale, de voir se développer les symptômes locaux et généraux d une ! Phleëmasie aiguë, avec douleur vive, rougeur, chaleur, œdème des bourses, fièvre intense, se terminant rapidement par suppuration. Nous 1 Rendrons plus tard sur ce mode de terminaison très rare de l’héma- >1 tocèle vaginale traumatique, en décrivant la vaginalite aiguë.
Diagnostic. — L’hémalocèle vaginale traumatique ne saurait être coni ondue qu avec 1 hématocèle pariétale par épanchement. Cependant il i suffira le plus souvent d un examen attentif pour éviter l’erreui En d effet, tandis que dans l’hématocèle vaginale le testicule disparaît comnlè- “ tement au milieu de l’épanchement, au point qu’il est souvent difficile
de le reconnaître; dans l’hématocèle pariétale, au contraire, le testicule peut être toujours reconnu, facilement circonscrit et isolé ; il a conservé sa mobilité normale ou presque normale, et il semble juxlaposé ou appliqué à la surface de la tumeur.
Traitement. — On doit tout d’abord mettre en usage les mêmes moyens que dans l’hématocèle pariétale : repos au lit, élévation des bourses ; application de topiques résolutifs, tels que : cataplasmes froids, compresses imbibées d’eau blanche, d’eau-de-vie camphrée, de solution de chlorhydrate d’ammoniaque, etc.
Si la résolution larde trop à se faire, on pourra recourir à une ponction que l’on renouvellerait au besoin. Cependant je conseille de ne pas se hâter et de patienter autant que possible. Il n’est pas très rare, en effet, de voir ces ponctions déterminer une vaginalite aiguë sup- j purative.
Dans les cas d 'hijdro-hématocèle, la ponction est le plus ordinairement suivie du retour de l’épanchement. Aussi a-t-on pensé que l’on pourrait, dans ces circonstances, faire suivre la ponction d’une injec- : tion iodée, absolument comme dans le cas d’hydrocèle vulgaire. Cette pratique a donné de nombreux succès, et, pour ma part, me trouvant en présence d’une hydro-hématocèle, il m’est arrivé plusieurs fois de me conduire comme s’il s'agissait d’une hydrocèle vaginale simple, c’est-à-dire de pratiquer une ponction suivie d’injection iodée, et je n ai jamais eu à me repentir de celte pratique.
Si l’hématocèle vaginale s’enflammait et se transformait en vaginalite suppurée, on ne devrait pas hésiter à ouvrir largement la tunique vaginale, à enlever les caillots, à pratiquer des lavages antiseptiques.
Enfin, dans les cas de transformation en vaginalite chronique, on devra mettre en usage le traitement qui sera indiqué lorsque nous nous occuperons de cette dernière affection.
2u Plaies.
Nous avons précédemment étudié les plaies du scrotum par instiuv ments piquants, tranchants, contondants, etc. Lorsque la tunique vaginale se trouve intéressée par l’agent vulnérant, il peut en résulter 1 quelques accidents qui donnent à la blessure une gravité particulière. Ces accidents, soit immédiats, soit secondaires, sont : 1° 1 épanchement de sang dans la cavité de la séreuse testiculaire; 2° l’ inflammation consécutive de cette membrane; 3° la hernie du testicule.
L’épanchement de sang, ou hémalocèle vaginale traumatique, vient d’être examiné; nous décrirons bientôt l’inflammation de la vaginale.
11 ne nous reste donc plus qu’à nous occuper de la hernie du testicule. qui peut d’ailleurs se produire en dehors de tout traumatisme.
A. Hernie du testicule.
La hernie ou prolapsus du testicule , signalée par la plupart des auteurs comme une complication possible des plaies du scrotum, a été l’objet d’une étude spéciale de la part de Foucart (1) et de iVlalgaigne (2). On la distingue en traumatique ou spontanée , et la hernie traumatique doit elle-même être divisée en deux variétés, hernie primitive et secondaire, suivant qu’elle se produit immédiatement après le traumatisme ou bien qu’elle survient plus ou moins tardivement et pendant la période de suppuration et de réparation de la plaie. Cette dernière variété se confond entièrement au point de vue de sa pathogénie et de sa marche avec la hernie spontanée survenant en dehors de tout traumatisme. Il nous suffira donc de conserver les deux divisions de hernie primitive et de hernie secondaire, cette dernière comprenant à la fois la hernie traumatique secondaire et la hernie spontanée non traumatique.
a. Hernie primitive du testicule.
Étiologie. — Mécanisme. — La hernie du testicule est, en somme, une complication assez rare des plaies du scrotum.
D’après Kocher, les plaies transversales seraient plus favorables à la production de cet accident, en raison de la direction verticale des fibres musculaires du scrotum qui, divisées en travers, tendraient à produire 1 écartement des lèvres de la plaie. Cette opinion me paraît pour le moins contestable; à plus forte raison doit-on, selon moi, se refuser a admettre le rôle que certains auteurs ont fait jouer aux contractions des fibres musculaires du scrotum, qui agiraient en chassant, pour ainsi dire, le testicule à travers la solution de continuité.
Le plus souvent, en effet, la hernie est produite par la force même qui détermine la plaie du scrotum, et l’on peut dire que la plaie et la hernie du testicule se produisent simultanément.
Ce mécanisme s’observe très nettement dans certains cas : par exemple, dans des plaies par armes h feu du scrotum, où l’on voit le testicule délogé par une balle. Le cas suivant, rapporté par Kocher, peut servir de démonstration : la balle, ayant pénétré par le périnée, était venue se loger en arrière du testicule, qui faisait hernie à travers une plaie à lambeau de la partie antérieure du scrotum; cette plaie avait été vraisemblablement produite par un corps étranger poussé par le projectile.
Le même mécanisme me paraît encore évident dans un fait que j’ai observé à 1 hôpital Saint- Louis : il s’agissait d’un boucher qui, dans une chute, avait eu le scrotum traversé par un de ces crochets de fer que
(L Gazette des hôpitaux, 1846.
(2) Revue méd.-cliir., février 1817.
1 on voit aux devantures des boucheries et qui servent à suspendre les morceaux de viande ; le crochet, pénétrant dans le scrotum en arrière du testicule, avait entraîné celui-ci à travers la plaie des bourses, et, comme je le disais tout à l’heure, la plaie et la hernie s’étaient produites en même temps.
Dans les solutions de continuité très étendues du scrotum, la hernie du testicule s’explique tout naturellement; la glande, privée de son enveloppe et de son soutien, vient pendre à l’extérieur, retenue seulement par le cordon.
Symptomatologie. — Le testicule hernié se reconnaît à ses caractères extérieurs, et comme, dans l’immense majorité des cas, la tunique vaginale est ouverte, la glande est complètement à nu avec sa surface lisse, brillante, constituée par le feuillet viscéral de la vaginale.
On possède cependant quelques rares exemples de hernie du testicule avec intégrité de la tunique vaginale. Dans un fait rapporté par Kocher, il existait à la partie inférieure du scrotum une solution de continuité à travers laquelle la vaginale s’engageait sous forme d’une petite vessie transparente.
La hernie du testicule peut être complète ou incomplète. Dans la hernie incomplète, une partie seulement de la glande fait saillie à l’extérieur, et le testicule se] trouve pour ainsi dire enchatonné dans la plaie.
Dans la hernie complète , le testicule est tout entier à l’extérieur, suspendu au cordon spermatique et descendant plus ou moins bas; c’est ainsi qu’on l’a vu atteindre la moitié, le tiers inférieur de la cuisse.
En raison de l’élasticité du scrotum, les lèvres de la plaie se rétractent énergiquement et produisent autour de la partie herniée un étranglement, souvent assez serré pour rendre la réduction impossible sans > débridement.
D’autre part, et par suite de cette striction du pédicule, la circulation du testicule se trouve gênée; d’où résulte bientôt une augmentation de volume de l’organe hernié, qui contribue encore à empêcher la réduction.
Dans le cas où la tunique vaginale n’a pas été ouverte, il ne tarde pas à se faire dans la cavité de la séreuse un épanchement séreux ou sérosanguinolent plus ou moins abondant, qui résulte ù la fois du traumatisme et de la striction des lèvres de la plaie dont il vient d’être question. Chez un malade observé par Richet (1) et atteint d’une hernie complète du testicule, avec intégrité de la vaginule, un épanchement abondant s’était produit en vingt-quatre heures dans la cavité de la séreuse, et il devint nécessaire de pratiquer une ponction et d'évacuer le liquide pour pouvoir réduire la partie herniée.
Les auteurs diffèrent d’opinion relativement aux phénomènes qui suivent la hernie du testicule abandonnée il elle-même.
(1) Union médicale, 1866.
D’après Boyer, le testicule se recouvrirait de bourgeons charnus, qui deviendraient le point de départ d’une cicatrice mince remplaçant les téguments du scrotum.
Malgaigne, se fondant sur deux faits qu’il avait observés, combattit cette assertion de Boyer et soutint que l’on ne devait pas compter sur la guérison spontanée, mais qu’il était nécessaire d’intervenir par une opération pour réduire le testicule et le recouvrir d’une enveloppe cutanée. En effet, chez ses deux malades, il constata que la surface du testicule, loin de se recouvrir de bourgeons charnus, était le siège d’une sorte d’exsudation filamenteuse, blanchâtre, qui s’éliminait sous forme de pellicules, comme s’il se produisait une gangrène de l’albuginée.
Enfin plus récemment Rocher, admettant comme Boyer que le testicule mis à nu se recouvre d’une couche de bourgeons charnus de bonne nature, pense néanmoins que ce n’est pas par la formation d’une cicatrice à la surface de la couche granuleuse que se produit la guérison, mais que celle-ci consiste dans une véritable réduction spontanée,
Iig. 52. Hernie traumatique du testicule. Réduction spontanée, d’après Koclier.
qui résulte de la rétraction opérée par la couche granuleuse sur les téguments voisins, lesquels, se trouvant graduellement attirés au devant du testicule hernié, finissent par le recouvrir entièrement. La figure 52,
empiuntée a Rocher, montre cette réduction spontanée opérée en six semaines.
En résumé, les trois processus décrits par Boyer, Malgaigne et Rocher peuvent être observés : c’est-à-dire que tantôt la guérison spontanée de la hernie du testicule peut survenir, soit à la suite d’une ■ réduction spontanée résultant de la production des bourgeons charnus : ^ la surface flu testicule et de la rétraction.de cette couche granuleuse I a^re ^a Peau en avant de la glande, soit par formation d’une cica- I trice de toutes pièces à la surface du testicule hernié; tantôt, au conj traire, la guérison spontanée demeure impossible et le testicule hernié 4 evient le siège d une sorte de gangrène superficielle, sans aucune ,i tendance a la cicatrisation, et cet état peut même s’accompagner d’acj ci ents généraux graves, comme dans les deux cas de Malgaigne.
Nous.signalerons en terminant, et à titre de curiosité, le fait suivant
observé par Maunoury (1) durant la guerre turco-russe. Chez un soldai blessé, trente-cinq ou quarante jours auparavant, par une balle qui avait ouvert le scrotum et en môme temps labouré la région crurale du môme côté, il s’était produit une hernie du testicule dont on n’avait pris aucun soin, et l’organe hernié était venu se souder à la région inguinale par une véritable greffe, constituée par des adhérences si solides, qu’il fallut les sectionner avec le bistouri pour libérer le testicule et le remettre en place.
Nous venons de voir ce que devient le testicule hernié lorsqu’il est abandonné à lui-même. Si l’organe a été remis en place de bonne heure, le plus souvent la guérison s’opère avec la plus grande facilité, et la plaie du scrotum se cicatrise rapidement. Dans d’autres cas, surtout lorsque la réduction est tardive, il n’est pas rare de voir survenir des accidents inflammatoires plus ou moins graves, qui peuvent retarder ou compromettre la guérison ; quelquefois même la gangrène du scrotum a été la conséquence d’une semblable lésion, et Richet a observé un cas de mort par pyohémie après la réduction d'une hernie complète du testicule.
Pronostic. — D’après ce qui précède, on peut donc dire que le pronostic de la hernie traumatique du testicule, quoique généralement bénin, doit être réservé. 11 varie d’ailleurs notablement suivant que le chirurgien est appelé tout de suite ou plus ou moins longtemps après la blessure, ou, en d’autres termes, suivant que la réduction est immédiate ou plus ou moins tardive. 11 faut encore faire entrer en ligne de compte, dans l’appréciation du pronostic de la hernie traumatique du testicule, l’état de l’organe hernié. Celui-ci est-il le siège d’une contusion, d’une plaie, le pronostic sera naturellement plus grave que si le testicule hernié est exempt de toute lésion.
Traitement. — - Le chirurgien appelé auprès d’un blessé atteint d’une hernie traumatique du testicule récente devra procéder immédiatement à la réduction de l'organe, après l’avoir préalablement lavé avec une solution antiseptique; puis, le testicule remis en place, il réunira très exactement la plaie du scrotum à l’aide de quelques points de suture, en ayant soin de placer un drain à la partie la plus déclive de la plaie.
La réduction du testicule hernié présente souvent, comme nous l’avons dit, certaines difficultés, ou même est tout à fait impossible, en raison de la rétraction des lèvres de la plaie, qui étranglent le cordon dans le cas de hernie complète, ou une portion plus ou moins étendue du testicule dans le cas de hernie incomplète. Dans ce cas, il devient nécessaire de débrider plus ou moins largement la plaie «crotale pour permettre la réduction.
Parfois, lorsque la vaginale est restée intacte, on a vu l'épanchement de sang ou de sérosité, qui ne tarde pas à se produire, contribuer
(1) Progrès médical, 1878, p. 5.
pour une certaine part à rendre la hernie irréductible. On devra alors, il l’exemple du professeur Richet, pratiquer une ponction évacuatrice, puis on se conduira comme nous l’avons dit précédemment.
Si le chirurgien était appelé tardivement, à une époque où, l’inflammation s'étant emparée de l’organe hernié ainsi que des lèvres de la plaie, des adhérences se sont établies entre les téguments du scrotum et le pédicule de la hernie, il ne faudrait plus songer à une réduction aussi facile. Doit-on cependant tenter cette réduction ou s’abstenir de toute intervention, confiant à la nature le soin de la guérison?
D’après Kocher, qui admet, comme nous l’avons vu, la réduction spontanée du testicule, c’est à cette dernière pratique qu’il faudrait donner la préférence ; et en effet on pourra voir, dans un grand nombre de cas, le testicule se réduire et se recouvrir de téguments d’après un mécanisme que nous avons précédemment exposé.
Cependant il n’en est pas toujours ainsi, et les faits rapportés par Malgaigne prouvent que, dans certains cas, la hernie traumatique du testicule abandonnée a elle-même peut ne présenter aucune tendance à guérir, et peut même devenir le point de départ d’accidents locaux et généraux capables de compromettre l’organe hernié et même la vie du blessé. Aussi Malgaigne conseillait-il, dans les hernies traumatiques du testicule datant déjà de quelques jours, d’intervenir par une opération, en détruisant avec le bistouri les adhérences qui unissent le testicule aux téguments, en lui créant dans le scrotum une loge suffisante pour le recevoir, enfin en pratiquant la suture de la plaie après que le testicule aura été remis en place.
Contrairement à l’opinion de Malgaigne, qui semblait prescrire cette conduite dans tous les cas de hernie plus ou moins ancienne du testicule, nous pensons qu’on doit seulement y avoir recours lorsque le processus de réparation ou de réduction spontanée paraît empêché, soit par un étranglement trop considérable, soit par toute autre cause.
b. Hernie traumatique secondaire et hernie spontanée du testicule.
La hernie secondaire du testicule se produit à travers une solution de continuité du scrotum qui peut elle-même reconnaître divers causes. Dans un certain nombre de cas, il s’agit encore d’une hernie traumatique, en ce sens que la solution de continuité du scrotum est le résultat d une contusion, d une plaie par instrument tranchant ou contondant; mais bien différente de la hernie primitive qui succède immédiatement au liaumatisme, la hernie traumatique secondaire consiste d’abord dans une simple dénudation du testicule, qui s’engage peu à peu dans la plaie scrotale et fait une saillie qui augmente graduellement.
Dans d autres cas, le traumatisme est étranger à la production delà hernie du testicule, et la perte de substance du scrotum qui met à nu le testicule résulte d une altération pathologique, comme l’infiltration uri-
neuse, la gangrène, le phlegmon diffus des bourses, qui détermine la mortification plus ou moins étendue des téguments, et c’est à la chute des eschares que le testicule se trouve dénudé en tout ou en partie. Quelquefois même la lésion porte à la fois sur les deux testicules.
Si la hernie traumatique secondaire et la hernie spontanée du testicule diffèrent entièrement, au point de vue étiologique, de la hernie traumatique primitive, il existe une similitude parfaite, au point de vue des symptômes et de la marche, entre une hernie secondaire et une hernie traumatique primitive datant déjà de quelque temps. Dans l’un et l’autre cas, en effet, le testicule hernié présente des adhérences solides avec les téguments, tout autour de la perte de substance qui lui livre passage, en sorte que la réduction est impossible.
Toutefois on pourra espérer, comme nous l’avons dit pour la hernie primitive, que la rétraction de la couche granuleuse qui recouvre la surface du testicule amènera peu à peu sa réduction spontanée, en même temps que la formation d’une cicatrice à sa surface.
Aussi devra-t-on attendre et favoriser ce résultat par des pansements bien faits et par une douce compression. Mais s’il tardait trop ou s’il survenait des accidents locaux ou généraux, il conviendrait d’intervenir, comme nous l’avons dit précédemment, à l’occasion de la hernie traumatique primitive, en pratiquant l’opération de Malgaigne.
Chez un vieillard de soixante-trois ans, atteint de hernie secondaire du testicule, consécutive à une gangrène étendue du scrotum, Gosselin pratiqua la castration. Nous pensons qu’on ne devra recourir à ce moyen radical que dans des cas tout à fait spéciaux, comme celui de Gosselin, où l’âge du malade et l’état de désorganisation du testicule justifiaient la castration.