‹ Traité élémentaire de pathologie externe (volume 3)Chapitre 16 sur 95 · LÉSIONS TRAUMATIQUES DU TESTICULE · texte numérisé non relu

LÉSIONS TRAUMATIQUES DU TESTICULE

Les testicules échappent assez facilement aux divers traumatismes, grâce à la protection que les membres abdominaux leur fournissent en arrière et sur les côtés, grâce surtout à leur extrême mobilité qui tient, d’une part, à leur mode de suspension à l’extrémité des cordons spermatiques et, d’autre part, à la souplesse et à la laxité de leurs enveloppes.

Aussi les lésions traumatiques du testicule sont-elles relativement assez rares, et cette rareté explique sans doute le petit nombre de travaux qui ont ete publiés sur ce sujet, et qui sont de date toute

récente.

Coutan, Contrib. à l’étude de l'orchite traumatique. Thèse de Paris, 1881. — Monod et Terrillon, Contusion du testicule (Archives gén. de méd., 1881, t II, p. 431). — Arteaga, Plaies du testicule. Thèse de Paris, 1883.

1° Plaies.

Les plaies du testicule peuvent être produites par des instruments piquants, tranchants ou contondants, en comprenant dans ce dernier groupe les plaies par armes à feu.

A. Les piqûres sont, le plus souvent, le fait d’un acte chirurgical,

maladies des organes génitaux de l’homme. 277

tantôt accidentel, comme dans la ponction de l’hydrocèle, tantôt volontaire, comme dans le traitement de certaines orchites par des mouchetures de la tunique albuginée.

L’accident n’entraîne le plus souvent aucune suite fâcheuse, ainsi que le démontrent à la fois l’observation clinique et les expériences faites sur les animaux.

Les plaies par instruments piquants pratiquées par le docteur Arteaga sur des chiens ont toutes guéri sans inflammation ou avec une inflammation légère, qui avait disparu au bout de quarante-huit heures, sans laisser aucune trace.

11 en est de môme en clinique. La blessure faite avec le trocart qui sert à la ponction de l’hydrocèle ne détermine, le plus souvent, qu’une douleur plus ou moins vive et un écoulemenL de sang peu abondant, bientôt suivis de guérison.

11 importe, cependant, de faire remarquer que si les choses se passent ainsi d’ordinaire, lorsque la piqûre porte sur uue glande saine, il n’en est plus de même lorsque le testicule est déjà malade; on voit alors le plus souvent succéder à la blessure une inflammation des plus violentes.

B. Les plaies par instruments tranchants sont beaucoup plus rares que les précédentes, et plus graves aussi dès que leur étendue dépasse un centimètre. Il se produit alors, à travers l’ouverture faite à la tunique albuginée, une hernie de la substance testiculaire, sous forme d’une tuméfaction grisâtre ou rougeâtre. Tantôt alors la guérison survient après sphacèle et élimination de la portion herniée; tantôt cette hernie augmente de jour en jour, et tout le parenchyme testiculaire est peu à peu exprimé au dehors.

Cette évacuation du tissu glandulaire ne se produit, suivant Monod, que si le testicule est antérieurement malade ou enflammé, la tension intratesticulaire normale étant insuffisante pour chasser ce tissu à l’extérieur.

Les expériences du docteur Arteaga sont venues confirmer cette manière de voir, en démontrant que, chez les chiens, la substance testiculaiie n a aucune tendance à s’échapper au travers de plaies plus ou moins étendues de la tunique albuginée.

Nous verrons d ailleurs, à propos de l’anatomie pathologique de l’orchile traumatique, que cette orchite reste toujours localisée au voisinage du point primitivement atLeint, ce qui explique suffisamment la bénignité des plaies du testicule lorsqu’elles sont peu étendues et intéressent une glande saine.

S agit-il, au contraire, d’un testicule déjà malade? Une inflammation plus ou moins violente se déclare, bientôt suivie d’évacuation complète de la substance séminifère. Salleron (1) a observé cette évacuation de la

(1) Arch. gên. de méd., 1869.

substance testiculaire dans deux cas d’orchilcs blenorrhagiques traitées Par le débridement de la tunique albuginée, suivant le procédé recommandé par Vidal (de Cassis).

Si les plaies dont nous venons de parler ne présentent que peu de gravité lorsqu’elles sont petites et peu profondes, il en est tout autrement lorsque le testicule est largement intéressé. Le fonctionnement normal de l’organe peut être alors aboli à Lout jamais, soit à la suite de l’élimination du parenchyme glandulaire, soit à la suite de l’atrophie plus ou moins complète qui survient dans presque tous les cas où la plaie présente une étendue considérable.

Tous les animaux sur lesquels Arteaga pratiqua des plaies très étendues du testicule guérirent parfaitement, après une suppuration de courte durée; mais au bout de quelque temps, lorsque toute trace d’inflammation avait disparu, lorsque la plaie scrotale était cicatrisée, on pouvait constater toujours une atrophie très appréciable du testicule correspondant. Dans un cas, en particulier, où la glande fut incisée dans presque toute son étendue, la guérison de la plaie fut rapidement obtenue, mais le teslicule avait presque complètement disparu.

Nous reviendrons un peu plus loin, à propos de l’orchite traumatique, sur les modifications que subit le parenchyme du testicule à la suite de plaies étendues de cet organe. Disons seulement que le tissu conjonctif interstitiel est alors le siège d’une prolifération cellulaire active, à laquelle succède une transformation fibreuse qui amène la disparition plus ou moins complète du tissu sécréteur, par un processus de sclérose analogue à celui que l’on observe dans les autres glandes.

G. Les plaies contuses du testicule sont constituées essentiellement par une rupture de la tunique albuginée, et leur histoire est intimement liée à celle de la contusion, dont nous nous occuperons plus loin.

Qu’il existe ou non une solution de continuité du scrotum, les tubes séminifères tendent à s’échapper à travers l’ouverture faite à l’albuginée. Dans quelques cas même, cette membrane fibreuse reste à l’état de sac complètement vidé de son contenu. On observe en même temps une hémorrhagie plus ou moins abondante.

Les plaies par armes à feu sont de beaucoup les plus fréquentes, et s’accompagnent presque constamment de délabrements étendus du scrotum et du périnée. Il se produit alors une inflammation violente qui peut amener la perte de l’organe par suppuration et gangrène, et se compliquer parfois de phlegmon diffus des bourses et de septicémie. *

Dans les cas moins graves, on observe comme conséquence presque fatale une atrophie plus ou moins complète de la glande.

Traitement. — Les piqûres et les plaies par instruments tranchants de petite dimension seront traitées par le repos et les pansements simples, auxquels on pourra ajouter une compression légère exercée sur le scrotum.

Lorsque les plaies seront étendues, on s’efforcera de calmer la vioence de l’inflammation et de prévenir, au moyen de la compression élastique ouatée, l'expulsion complète du parenchyme testiculaire.

On pourra même, afin de parer plus sûrement à cette évacuation de la substance séminifère, intervenir dans certains cas d’une façon plus directe, en réunissant, à l’aide de points de suture, les lèvres de la plaie de l’albuginée, ainsi que Rocher (de Berne) le pratiqua avec succès dans un cas où le testicule avait été largement incisé au cours d’une opération d’hydrocèle par incision.

Dans les cas de plaies contuses, où l’inflammation est particulièrement intense, c’est à un traitement antiphlogisLique énergique qu’on devra avoir recours.

La castration immédiate, proposée par les chirurgiens militaires comme un moyen de traitement presque général des plaies contuses par armes à feu, sera pratiquée seulement lorsque le testicule paraît complètement désorganisé. Dans ce cas même, on s’efforcera de conserver une portion môme minime delà glande, afin de laisser au malade l’apparence d’un testicule et de lui éviter l’impression morale fâcheuse qui, pour certains individus, résulte de la suppression d’un testicule et qui peut aller jusqu’à la lypémanie et au suicide.

2° Contusions.

Les contusions du testicule peuvent se produire de trois façons différentes : c’est tantôt un choc dirigé de bas en haut, un coup de pied par exemple; tantôt une compression latérale, comme celle qui succède à un rapprochement brusque des cuisses ou à la morsure d’un cheval; tantôt, enfin, une chute à califourchon sur un corps dur, comme le pommeau d’une selle.

Anatomie pathologique. — Jusque dans ces derniers temps les auteurs ne paraissent pas avoir cherché à se rendre bien compte, soit des modifications immédiates, soit des altérations consécutives que la contusion produit dans le parenchyme testiculaire. Le seul travail important que nous possédions sur ce sujet est celui de Monod et Terril- Ion, publié en 1881, et que nous avons déjà cité.

Les expériences instituées par ces auteurs les ont conduits à admettre dans la contusion du testicule trois degrés, en rapport avec la nature et la gravité des lésions.

Le premier degré est caractérisé, du côté du testicule, par des hémorrhagies capillaires, disséminées en nombre variable dans toute l’épaisseui de 1 organe et siégeant dans les travées conjonctives minces qui séparent les tubes séminifères.

Ces derniers ne présentent aucune altération notable, à cause de leur

enui e et de la facilité avec laquelle ils peuvent glisser les uns sur les autres.

Du côté de 1 épididyme, les lésions sont à peu près semblables, avec

MALADIES DES RÉGIONS, cette différence cependant que les tubes sont légèrement altérés et leur épithélium détaché par places. Cette différence s’explique par l’épaisseur plus considérable de ces tubes et la densité plus grande du tissu conjonctif qui les réunit.

Second degré. — On trouve, en différents points du testicule, non plus de simples ruptures capillaires, mais des foyers véritables, sous forme de petites collections sanguines, de la grosseur d’un pois à celle d’un noyau de cerise, contenant des tubes dilacérés et leurs débris mélangés avec le sang.

Quelques auteurs ont soutenu qu’il pouvait se faire, en pareil cas, une véritable hématocèle intratesticidaire, consistant dans un épanchement sanguin plus ou moins abondant, placé sous l’albuginée distendue, couverte de bosselures, fortement colorée en brun, et limité d’autre part par la substance testiculaire, parsemée de petits foyers hémorrhagiques et d’ecchymoses plus ou moins nombreuses.

D’après ses expériences personnelles et d’après l’examen des faits publiés, Monod (1) pense que l’hématocèle intratesticulaire n’existe pas ou doit être infiniment rare, à cause de la difficulté extrême que l'on éprouve à produire des foyers sanguins dans l’épaisseur du testicule, et que, dans l’immense majorité des cas où l’on a cru à l’existence de cetLe affection, il s’agissait en réalité de cancers ou de sarcomes ramollis, au centre desquels s’était formé un foyer hémorrhagique.

Troisième degré — Ce degré, qui répond à la plaie contuse du testicule sans solution de continuité du scroLum, est caractérisé par la rupture de l’albuginée et la hernie de la substance testiculaire sous forme de filaments grisâtres, noirâtres. 11 se produit toujours en pareil cas une hémorrhagie abondante, qui remplit plus ou moins la tunique vaginale, en même temps qu’un épanchement sanguin au niveau de la partie déchirée de l’organe.

Souvent, dans les cas graves, on trouve dans la cavité vaginale des tubes séminifères mélangés au sang épanché.

Lorsque la déchirure est petite, on rencontre en divers points, plus ou moins éloignés du siège de la déchirure, toutes les lésions appartenant au premier et au second degré.

Ces mêmes lésions se retrouvent dans l’épididymc; cependant, on doit noter que, dans leurs expériences, Monod et Terrillon n’ont jamais pu produire la rupture de la tunique fibreuse qui enveloppe cet organe.

L’albuginée du testicule présente d’ailleurs une force de résistance considérable, puisque, d’après les expériences de Monod et Terrillon, il faudrait une pression de 50 kilogrammes pour déterminer sa rupture. On comprend qu'une pareille violence entraîne du côté des enveloppes

(I) Bulletin de la Société de chirurgie, 1881, p. 261, et Bayou, De l'hémalocèle inlralesticulaire. Thèse de Paris, 1881.

des bourses des désordres plus moins étendus : ecchymoses, épanchements sanguins, parfois môme déchirures, plaies contuses.

Nous indiquerons un peu plus tard de quelle façon évoluent les lésions qui succèdent aux trois degrés de la contusion. L'orchite traumatique qui se développe en pareil cas peut se terminer par résolution, mais elle est parfois suivie de suppuration et beaucoup plus souvent d’atrophie.

Symptomatologie. — Les contusions du testicule s’accompagnent, alors même qu’elles sont légères, d’une douleur intense, irradiant vers les lombes et le pli de l’aine, de pâleur de la face, de sueurs froides, de nausées et de vomissements, parfois même d’une dépression subite des forces pouvant aller jusqu'à la syncope.

Dans un cas cité par Curling, où la contusion fut compliquée d’un tiraillement violent du testicule et du scrotum, cette douleur fut assez vive pour déterminer une mort immédiate, et Kocher a rapporté un autre cas de mort, survenue au bout de quelques heures, à la suite d’une contusion par morsure de cheval. '

Le plus souvent, cependant, tous les symptômes s’amendent et la guérison survient rapidement. Quelquefois on voit succéder au traumatisme une orchite plus ou moins intense, qui se termine souvent par atrophie, plus rarement par suppuration ou gangrène. Nous étudierons plus tard l’orchite traumatique et ses conséquences.

D’après les auteurs qui admettent l’existence d’une hématocèle intratesticulaire , on constaterait, toutes les fois que l’épanchement vaginal n’est pas trop abondant ou se résorbe assez rapidement, une augmentation considérable du volume de la glande avec bosselures et irrégularités de sa surface. En réalité, il sera presque toujours impossible de se rendre compte, en pareil cas, de l’état du testicule, à cause de l’étendue des lésions concomitantes de ses enveloppes.

Iraitement. — L indication principale consiste à prévenir l’inflammation. Le malade sera donc condamné à un repos absolu; les bourses seront relevées sur 1 abdomen et recouvertes de cataplasmes émollients ou de compresses résolutives, auxquels on pourra substituer un peu plus laid, et dès que la douleur sera apaisée, une compression légère

exercée, soit avec 1 ouate, soit avec des bandelettes de diachylon ou de vigo.

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