Prostatite chronique
Il est assez difficile, dans l’état actuel de la science, d’exposer nettement l’histoire de cette affection, dont l’existence n’est plus contestée, mais dont les lésions n’ont pu être constatées que dans un nombre fort restreint d’autopsies, et dont la plupart des symptômes diffèrent à peine de ceux d’autres maladies des organes urinaires.
Étiologie. — C’est entre vingt et quarante ans que la prostatite chronique se développe le plus généralement. On peut cependant l’observer à l’époque de la puberté, et Ledwich (1) la croit aussi fréquente, plus fréquente peut-être à cet âge qu’à tout autre. Elle est fort rare chez le vieillard, mais peut coexister chez lui avec la dégénérescence sénile de la glande.
Tantôt elle succède à la forme aiguë, tantôt elle se développe d’emblée sous l’influence de causes qui ne diffèrent point de celles que nous avons admises pour la prostatite aiguë et qu’il est inutile de rappeler
L’action du froid humide prolongé, l’emploi exagéré des balsamiques, la présence d’oxyures dans le rectum sont des causes pour le moins douteuses, et l’on ne doit admettre qu’avec réserve l’influence de la goutte ou du rhumatisme sur le développement de l’affection qui nous occupe.
Anatomie pathologique. — Quelquefois un peu plus volumineuse qu’à l’état normal, la prostate n’a, dans d'autres cas, subi aucun accroissement ou présente même un léger degré d’atrophie.
Le tissu de la glande est plus foncé à la coupe, il est doué d’une consistance beaucoup moindre, d’une friabilité très prononcée. Il est gorgé d’un liquide visqueux présentant tous les caractères du liquide prostatique, et que la pression chasse facilement des culs-de-sac glandulaires et des canaux excréteurs. Ces derniers sont manifestement élargis, la face interne de leur paroi est dépolie, inégale ; cette paroi, de coloration violacée ou ardoisée, a elle-même subi un épaississement plus ou moins marqué.
A une période un peu plus avancée, le tissu prostatique est parsemé d’un nombre plus ou moins grand de cavités dont les dimensions peuvent atteindre celles d’un pois et qui sont remplies d'un liquide visqueux, mêlé parfois à une quantité variable de pus. Dans d’autres cas, ce sont de véritables abcès, des poches quelquefois considérables, pleines de pus, s’ouvrant dans le canal de l’urèthre par un orifice plus ou moins large. Souvent, de même que dans la prostatite aiguë, le pus dépasse les limites de la glande et envahit le tissu conjonctif périprostatique,
(1) Obs. On subacute inflammation of the prostate gland ( Dublin quarterly Journal . vol. XLII, août 1857).
d’où la production de fusées purulentes affectant des dispositions analogues à celles que l’on observe dans la périprostatite aiguë suppurée.
Symptomatologie. — Tout à fait au début, le malade accuse du côté du périnée et du rectum une sensation vague de pesanteur. Un peu plus tard, il ressent du côté de l’urèthre une brûlure toujours très pénible qui s’exaspère par la marche, la position assise prolongée et surtout les secousses de la voiture.
La miction ne présente le plus souvent aucune altération importante. Elle n’est généralement pas douloureuse, sauf chez quelques sujets qui éprouvent à la fin une sensation plus ou moins pénible de brûlure, et les envies d’uriner ne sont pas d’ordinaire plus fréquentes qu’à l’état normal. En revanche, il existe souvent un peu d’hésitation au début, il demeure à la fin quelques gouttes d’urine dans le canal, enfin le jet est moins volumineux, bifurqué, contourné en vrille, ce qui tient au gonflement de la glande et à la présence de mucosités.
Le plus souvent, en effet, dans la prostatite chronique, soit à la fin de chaque miction, soit dans les intervalles qui les séparent et surtout pendant les efforts de la défécation, il s’écoule par l’urèthre une quantité variable d’un liquide tantôt visqueux, filant et incolore, tantôt blanchâtre, muco-purulent ou même purulent, et souvent pris par les malades pour du sperme. C’est à cet écoulement qu’on a donné le nom de prostatorrhée.
Il est d’ailleurs facile de distinguer le liquide de l’écoulement prostatique de celui de la perte séminale proprement dite.
Le premier, outre qu’il est moins abondant et que ses caractères extérieurs précédemment cités diffèrent absolument de ceux du sperme, ne présente à l’examen microscopique ni spermatozoïdes, ni granulations spermatiques. On y rencontre une très grande quantité de granulations solides, irrégulières, de 1 à 2 millièmes de millimètre, d’aspect graisseux, à contour foncé, à centre brillant et jaunâtre; on y trouve de plus des granulations moléculaires grisâtres, des cellules épithéliales prismatiques ou pyramidales, dont quelques-unes revêtues de cils vibratiles; enfin des cristaux d’acide urique, des phosphates sous forme de cristaux prismatiques à base rhomboïdale, du mucus et des globules de pus.
Les fonctions génésiques, normales au début, ne tardent pas à s’affaiblir de plus en plus. L’éjaculation est souvent douloureuse, accompagnée d une sensation de déchirure ou de brûlure profonde qui persiste pendant plusieurs heures; le sperme est quelquefois légèrement teinté de sang.
Signalons encore un certain nombre de phénomènes nerveux qui accompagnent la plupart des maladies chroniques des voies urinaires et qui sont surtout marqués dans la prostatite chronique. Ce sont des douleurs lombaires, des fourmillements dans les membres inférieurs, des difficultés pour se tenir debout. Enfin, la prostatorrhée exerce sur
l’imagination des malades une influence des plus fâcheuses qui aboutit à l’hypochondrie et à une profonde dépression physique et morale.
Tous ces symptômes, dont aucun n’est pathognomonique, ne peuvent suffire pour établir le diagnostic et ont besoin d’être complétés par l’examen direct.
Le cathétérisme, pratiqué avec une bougie à boule, provoque, au moment où le bec de l’instrument arrive sur la portion prostatique de l’urèthre, une douleur très vive qui persiste tant que la boule n’a pas franchi le col vésical.
Par le toucher rectal, qui fournit à coup sûr les renseignements les plus précis, on constate une sensibilité à la pression souvent étendue à la prostate tout entière, mais qui parfois reste limitée à une portion plus ou moins restreinte de la glande; ce mode d’exploratiou permet, dans certains cas, de reconnaître une tuméfaction de l’organe, signe inconstant, mais qui chez les sujets dont l’âge exclutl’idée d’une hypertrophie, peut être considéré comme pathognomonique.
Diagnostic. — La prostatite chronique peut être confondue avec la cystite du col, avec l’uréthrite chronique, avec la spermatorrhée.
Mais la cystite du col, outre que les envies d’uriner y sont toujours plus fréquentes qu’à l’état normal, et toujours immédiatement suivies d’une douleur plus ou moins vive, ne donne lieu à aucun écoulement; on n’y constate par le toucher rectal ni tuméfaction de la prostate, ni douleur. Seule la pression exercée sur le col vésical provoque, chez quelques sujets, une sensation plus ou moins pénible. Enfin, la douleur provoquée par le cathétérisme naît et disparaît au moment où la boule franchit le col.
Dans l’uréthrite des portions membraneuse et prostatique, la douleur provoquée par le cathétérisme est seulement plus intense, mai> le toucher rectal ne fournit que des signes négatifs, et l’écoulement est tantôt très abondant, tantôt insignifiant et réduit à l’état de goutte militaire.
L’exploration directe de la prostate, l’examen du liquide rendu par l’urèthre, permettront d’éviter l'erreur si souvent commise par les malades, qui confondent la prostatorrhée avec la spermatorrhée. En effet, dans le premier cas, le toucher rectal révélera souvent une augmentation de volume et une sensibilité anormale de la prostate; souvent la pression exercée sur la glande fera sourdre par le méat une certaine quantité de liquide prostatique. Enfin, l’absence de spermatozoïdes constatée par le microscope dans le liquide de la prostatorrhée achèt era de lever tous les doutes.
Pour ce qui regarde les engorgements prostatiques de nature hypertrophique, tuberculeuse ou cancéreuse, leur diagnostic sera examiné ultérieurement dans les articles consacrés à l’étude de chacune de ces affections.
Pronostic. — La prostatite chronique est une maladie grave par sa
longue durée et par la résistance qu’elle oppose le plus souvent à tous les moyens thérapeutiques. Elle n’est pas moins grave par l’influence désastreuse qu’elle exerce presque toujours sur le moral des malades. Enfin la phlegmasie peut, dans certains cas, s’étendre au col de la vessie et à la vessie elle-même.
Traitement. — Dans les cas subaigus, on pourra recourir à l’emploi prudent des antiphlogistiques: sangsues en petit nombre chez les sujets robustes, boissons émollientes, grand bain tous les deux jours, lavement abondant chaque fois que le besoin d’aller à la garde-robe se fera sentir.
Un peu plus tard, et la période inflammatoire une fois passée, les antiphlogistiques feront place à un régime reconstituant et tonique que l’on prolongera pendant plusieurs mois avant d’employer des moyens plus énergiques, tels que la cautérisation de la portion prostatique de l’urèthre avec le nitrate d’argent solide, ou les instillations d’une solution de ce même sel pratiquées suivant le procédé du professeur Guyon.
A ce traitement par les cautérisations, il sera bon d’adjoindre les révulsifs appliqués à la région périnéale (vésicatoires et teinture d’iode) ; les toniques de toute espèce (bains de mer, eaux thermales sulfureuses, bains de siège frais, lavements froids quotidiens, hydrothérapie générale et partielle). Enfin, l’hygiène des malades devra être de la part du chirurgien l’objet d’une surveillance spéciale.
A. Hypertrophie de la prostate.
Cette affection, décrite également sous les noms de dégénérescence sénile, d engorgement , de tumeurs bénignes, n’est bien connue que depuis les travaux des chirurgiens de la fin du siècle dernier et du commencement de celui-ci.
Everard Home, Practical observations on the treatment of diseuses of the prostate gland. London, 1818. — Amussat, Leçons sur les rétentions d’urine et es maladies de la prostate. Paris, 1832. — Mercier, Recherches sur les maladies des organes génito-urinaires, Paris, 1841, et Essai sur un nouveau moyen de diagnostiquer les diverses déformations de la prostate comme causes ism , v eLimcon^ d'urine chez les vieillards ( Arch . gén. de méd., p- -09)- “ Leroy d Etiolles, Considérations anatomiques et chi-
llmostal “ P»°Statt ^anS, 1840‘ ~ Caudmont, Des engorgements de
nerlranhi/J)^’ ~Zambianchi, Contribution à l’étude de V hypertrophie de la prostate. Thèse, Paris, 1875. y
. I?!'I0L.0GIL- ~ hypertrophie de la prostate, assez fréquente chez le viei lard, ne s’observe ni chez le jeune homme, ni chez l’adulte. Les engorgements de diverses natures que Ion rencontre chez ces derniers ne
prèsenteut dans aucun cas, les altérations caractéristiques de l’affection dont il va être question.
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11 semblerait donc résulter de ce fait que, seule parmi toutes les glandes, la prostate s’hypertrophie alors que sa période d’activité a pris fin. Mais, outre qu’il n’est pas rare de rencontrer chez des individus très âgés la prostate avec son volume normal ou môme atrophiée, nous verrons que dans les cas où l’organe est augmenté de volume, il s’agit non pas d’une hypertrophie glandulaire, mais de la production de tumeurs émanant du tissu fibro-musculaire interstiLiel, et dont le développement s’accorde parfaitement avec l’âge de ceux qui en sont affectés.
L’influence prédisposante de l’âge une fois admise, on s’est demandé quelles pouvaient être les causes adjuvantes, et sur ce point les auteurs sont loin d’être d’accord.
Les uns, comme E. Home et Mercier, incriminent toutes les causes susceptibles de favoriser la stase du sang dans les plexus veineux du bassin, et en particulier l’équitation.
D’autres causes, auxquelles on ne saurait refuser une certaine importance, agiraient en entretenant une inflammation chronique dans les parties voisines de la glande; tels sont : la blennorrhagie, rare chez le vieillard, ayant le plus souvent disparu depuis longtemps lorsque l’affection prostatique commence, mais qui fort souvent aussi laisse derrière elle une inflammation chronique de l’urèthre pouvant s’étendre à la prostate sous l’influence de causes diverses qui parfois même agissent seules ; les excès vénériens, les excès de table, les maladies de la vessie, les contractures du col, la présence d’un calcul dans la portion membraneuse ou prostatique de l’urèthre, les lésions du canal par des manœuvres de lithotritie ou de cathétérisme.
Quant aux diathèses herpétique, goutteuse, rhumatismale et syphilitique, leur influence est plus que contestable.
Anatomie pathologique. — Sous l’influence de toutes ces causes et d’autres circonstances qu’il nous est impossible de saisir, la prostate subit dans son volume et dans sa forme des modifications fort importantes.
La plus caractéristique d’entre elles, l’augmentation de volume, porle d’ordinaire sur toutes les parties de la glande, mais ne s’y trouve pas toujours également répartie. C’est ainsi que, 74 fois sur 123, Thompson a pu constater une hypertrophie à peu près égale des lobes latéraux et de la portion médiane; 19 fois la tuméfaction prédominait dans le lobe moyen, il fois dans le lobe gauche, 8 fois dans le lobe droit; 5 fois les lobes latéraux, 3 fois la commissure antérieure, 3 fois enfin le lobe médian étaient seuls atteints par l’hypertrophie.
Le volume de la prostate peut ainsi devenir fort considérable; rarement cependant il dépasse les dimensions d’une petite orange.
Le poids moyen de la glande normale étant de 18 grammes, celui de l’organe hypertrophié varierait, d’après Thompson, entre 24gl,57 et 09°r,84, soit une moyenne de 35 â 45 grammes, que les poids extrêmes
dépassent de beaucoup, puisque Mercier cite une prostate de 184ijr,30, et que Gross (de Philadelphie) en a observé une autre dont le poids s’élevait à 288 grammes.
La prostate ne peut, en raison de la résistance de sa coque fibreuse, se développer dans tous les sens indistinctement. Elle se porte nécessairement soit en haut et en avant vers l’urèthre et la vessie, soit en bas et en arrière vers le rectum et le périnée.
Quand les lobes latéraux ont pris un développement à peu près égal (fig. 1), ils se présentent sous forme de deux corps allongés d’avant en arrière, très épais et légèrement aplatis latéralement. Quoique séparés l’un de l’autre dans presque toute leur étendue, ils semblent tout d’abord ne former qu’une seule masse, reliés qu’ils sont par deux commissures siégeant l’une en avant de l’urèthre, l’autre beaucoup plus épaisse en arrière de ce conduit. Tantôt ils proéminent vers le rectum qu’ils aplatissent plus ou moins, tantôt et plus souvent ils s’étendent par en haut et se prolongent jusque dans la vessie, formant de chaque côté du .col une tumeur conique, bosselée, grosse comme une petite noix. A mesure qu’elles se développent, ces tumeurs, de volume
Fig. I. — Hypertrophie de la prostate.
ordinairement inégal, soulèvent la
muqueuse en formant derrière le col un repli très mince, transversal ou oblique, que Guthrie a signalé le premier et dont il a de beaucoup exagéré l’importance.
Cette hypertrophie des lobes latéraux entraîne comme conséquence une déformation de l’urèthre prostatique, dont les parois, fortement tiraillées, suivent les lobes dans leur développement en avant. Le canal présente ainsi, sur une coupe transversale de la glande, l’aspect d’une fente verticale longue de 1 à 2 cen-
re1rSnai-LP lI!0i,P0StérieUre eSt plu§ COnCave ^ Fétat “«mal, parce proche du Duhi«P ^ rdpprochee du co1 est Portée en avant et se rapd’élévation. (fig. S)6" SU1Vant leS lobes latéraux dans leur mouvement
Fig. 2. — Hypertrophie de la prostate ; augmentation de la longueur et de la courbure de l’urèthre prostatique.
La longueur de l’urèthre prostatique subit en môme temps des variations également importantes, puisqu’au lieu de 3 centimètres, chiffre normal, elle mesure 5, 6 et môme 7 centimètres.
Les lobes latéraux pouvant se développer librement du côté de l’urèthre, leurs faces internes ne restent pas toujours planes. Lorsqu’elles sont convexes toutes deux, elles se touchent par leur milieu, et la fente uréthrale présente sur une coupe la forme d’un sablier.
Lorsqu’une seule face est bombée, l’autre est excavée dans la même proportion, et il en résulte pour l’urèthre une déviation plus ou moins prononcée.
Plus rarement, les deux faces internes sont planes, mais l’une d’elles présente une petite saillie conique et l’autre une cavité pour la recevoir. Plus rarement encore, il existe une de ces tumeurs sur chacune des deux
faces, et elles sont alternes; ou bien encore deux tumeurs sur l’une des faces, et une seule sur l’autre, s’emboîtent exactement.
Dans tous ces cas, l’urèthre prostatique, alternativement dévié, présente une disposition en zigzag qui en augmente notablement la longueur.
Dans les cas très fréquents où l’hypertrophie porte sur la base de la prostate, il existe le plus souvent, au niveau du bord postérieur du col vésical (voy. fig. 1)-, une saillie transversale à base large, à sommet irrégulièrement Fig. 3. — Déviation alterne Je l’urèthre prostatique. arrondi, dont le point de départ (Voiiiemier). n’est autre chose que cette por-
tion de la glande qui a été désignée sous le nom de lobe moyen. Des deux faces qu’elle présente, l’une, inférieure, a quelquefois 1 centimètre de hauteur et se détache presque àangle droit de la paroi postérieure de l’urèthre; l’autre, supérieure, moins étendue, se confond insensiblement avec le trigone. Cette tumeur apparaît surtout et devient très saillante lorsque le bas-fond vésical, fortement déprimé, forme en arrière de la prostate une sorte de poche.
C’est à cette disposition que Mercier a donné le nom de valvule. D’après lui, la tumeur viendrait, au moment de la miction, s’appliquer sur l’ouverture du col, et donnerait ainsi naissance ü la dysurie et à la rétention complète que l’on observe si souvent chez les individus dont la prostate est hypertrophiée.
Or il s’agit ici d’une tumeur à base large, fixée par ses extrémités, incapable par conséquent de s’abaisser et de se relever à la manière
d’une soupape. Cette tumeur, que l’on a d’ailleurs rencontrée maintes fois chez des individus qui ne s’étaient jamais plaints de mal uriner,
peut produire par le seul fait de son relief une gêne de la miction, qui se complique plus tard d’une dépression plus ou moins accusée du basfond de la vessie. En pareil cas, et c’est là la véritable explication, les urines poussent en avant la base de la prostate, et, par suite de ce mouvement, la prétendue valvule se trouve portée au devant de l’orifice de l’urèthre.
Le lobe médian ainsi hypertrophié est séparé des parties voisines de la glande par deux sillons plus ou moins profonds qui convergent vers le vérumontanum. Si en même temps les lobes latéraux ont pris un développement à peu près égal et uniforme, la prostate prend un as-
Fig. 4. — Hypertrophie du lobe médian et des lobes latéraux.
pect trilobé des plus caractéristiques (fig. 4). Ce sont deux tumeurs ovoïdes réunies en avant par une commissure fibreuse relativement mince, et entre lesquelles vient s’insinuer en arrière une autre tumeur de forme pyramidale et triangulaire. En pareil cas l’orifice uréthral, vu de la vessie, affecte l’aspect d’une fente antéro-postérieure se bifurquant en arrière à la façon des branches d’un Y (fig. 5).
Dans d’autres cas, la base de la prostate est irrégu'ière, hérissée sur la ligne médiane aussi bien que sur les côtés d un nombre variable de tumeurs, de forme arrondie ou un peu oblongue, qui, ne trouvant
aucune résistance du côté de
la vessie, s’y portent, y augmentent assez rapidement de volume en onnant naissance à des groupes plus ou moins irréguliers, séparés . UnSp es„ autres par des sillons de profondeur variable. En même mps ori ice vésical, dont les bords sont entraînés excentriauemen ans ce développement des tumeurs en arrière, subit une dilatation
PlG. 5. — Diagrammes représentant la déviation de 1 urèthre dans le cas d’hypertrophie des lobes latéraux ab et du lobe médian c.
souvent considérable, et la muqueuse uréthrale tiraillée forme des replis nombreux aboutissant tous au vérumontanum (fig. 6).
On a signalé, dans l’hypertrophie sénile de la prostate, quelques lésions d’ailleurs peu importantes du vérumontanum.
11 n’est pas rare de voir cette saillie participer pour ainsi dire à l’hypertrophie de la glande et présenter un volume anormal.
Thompson rapporte trois exemples de tumeurs du vérumontanum qu’il considère comme des polypes. Ces tumeurs, de forme allongée, pouvant atteindre jusqu’à un „ „ „ . . . . . , . .... . centimètre et demi, se diri-
du côté de la vessie (Voiiiemier). gent en arrière vers le col de
la vessie. L’examen microscopique de l’une de ces tumeurs a montré qu’elle était constituée par du tissu conjonctif avec quelques fibres musculaires.
FlG. 7. — Polype prônant naissance sur le vérumontanum (Thompson).
Fig. 8. — Tumeur du vérumontanum (Le Dentu).
Enfin, Le Dentu a rencontré, sur le cadavre d’un homme de cinquante ans, une tumeur du volume d’une petite noisette, rouge, plissée, faisant hernie par l’ouverture de l’utricule prostatique. Elle était formée par la
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muqueuse hypertrophiée de cette cavité et adhérente par toute sa base.
Nous venons d’examiner les modifications de la prostate considérée dans sa totalité; passons maintenant à l’étude des altérations des tissus qui entrent dans sa composition.
On a longtemps admis que l’hypertrophie prostatique se présentait sous trois formes principales suivant qu’elle affectait le tissu glandulaire, le tissu musculaire, ou le tissu fibreux. Les recherches plus modernes de Virchow, de Thompson, deGornil et Ranvier, ontétabli que si, jusqu’à un certain degré de son évolution, la tuméfaction sénile de la prostate peut être produite par des altérations portant sur tous les tissus constitutifs de la glande; que si la prolifération plus active du tissu glandulaire par rapport au stroma peut être admise pour un fort petit nombre d’exemples, l’hypertrophie de la glande succède, dans l’immense majorité des cas, à une production de tumeurs multiples coïncidant avec l’hyperplasie du stroma fibro-museulaire.
Une prostate atteinte d’hypertrophie présente à la coupe une consistance plus dure qu’à l’état normal. La surface de section, de coloration grisâtre, est parsemée d’un nombre variable d’élevures arrondies, d’un gris un peu plus clair que les parties avoisinantes, et qui ne sont autre chose que les petites tumeurs dont il va être question.
Le tissu fibreux, qui à l’œil nu constitue presque exclusivement la masse prostatique tout entière, se présente sous forme de faisceaux entre-croisés en tous sens sous des angles plus ou moins aigus. Il est très abondant en arrière, au devant du rectum et au niveau du col vésical, formant souvent en ce dernier point une ou plusieurs tumeurs volumineuses qui soulèvent la paroi inférieure de la vessie.
Le tissu conjonctif interposé à ces faisceaux est ordinairement un peu hypertrophié.
Le tissu glandulaire n’est que fort rarement malade dans sa totalité ; mais toujours il présente sur divers points des altérations plus ou moins importantes, lantôtil a complètement disparu, tantôt on n’en retrouve que des débris. Sauf dans un ou deux cas observés par Thompson, on n’a jamais constaté l’hypertrophie glandulaire vraie, c’est-à-dire une augmentation du nombre et du volume des culs-de-sac. En revanche, il est fréquent de rencontrer un épaississement plus ou moins marqué des parois de ces culsde-sac et de leurs canaux excréteurs sans agrandissement de leur cavité. Le liquide sécrété, plus épais que le liquide prostaîque normal, de coloration blanchâtre ou jaunâtre, se charge d’abonants débris épithéliaux et de petits corps ambrés parfois fort nombreux,
? °n a présence a été considérée à tort par certains auteurs comme la cause de l’hypertrophie.
Souvent aussi on rencontre dans l’épaisseur de la glande un certain n,°m /e e petits kystes résultant de la rétention du liquide prostatique ou oblitéré5 °S CUls'de sac dont le conduit excréteur a été comprimé
Quelquefois enfin on a trouvé sur les faisceaux fibreux des dépôts de phosphates ammoniaco-magnésiens.
Pour ce qui regarde les tumeurs dont nous avons précédemment signalé 1 existence, elles sont le plus souvent multiples, au nombre de dix, vingt et plus, de dimensions variables, de forme arrondie. Elles siègent d'ordinaire dans la partie postérieure de la prostate ou sur les côtés de l’urèthre, très rarement à la partie antérieure de la glande. Leur texture est fibreuse, leur tissu serré et inextricable, leur coloration d un gris plus clair que les parties voisines, leur consistance ferme et élastique. Elles sont souvent visibles à l’extérieur, et font toujours sur une coupe de la prostate une saillie plus ou moins prononcée, qui résulte de 1 obstacle qu’oppose au développement de la glande la résistance de son aponévrose d’enveloppe. Le tissu prostatique qui les entoure leur constitue une sorte de capsule aux parois de laquelle elles n’adhèrent que très faiblement et d’où il est le plus souvent très facile de les énucléer.
L’origine de ces tumeurs est encore très obscure. "Velpeau, qui fait de la prostate l’analogue de l’utérus, assimile aux fibro-myômes utérins les tumeurs dont nous nous occupons. Mais, outre qu’il est généralement admis aujourd’hui que s’il est un organe qui soit chez l’homme l’analogue de l’utérus, ce n’est pas la prostate, mais bien l’utricule prostatique, un examen attentif démontre que les points de ressemblance entre les myômes prostatiques et les myômes utérins sont en réalité peu nombreux.
Ce n’est que dans des cas tout à fait exceptionnels que l’on trouve les tumeurs prostatiques constituées exclusivement par du tissu fibro-musculaire. Presque toujours on rencontre dans leur épaisseur des éléments glandulaires le plus souvent atrophiés et dégénérés, mais parfois aussi parfaitement conservés, et la pression exercée avec les doigts en fait sourdre un peu de liquide louche qui n’est autre chose que du liquide glanduleux, car il contient des cellules épithéliales très facilement reconnaissables.
Voici très probablement comment on doit comprendre la pathogénie de l’hypertrophie prostatique : tandis que le stroma fibro-musculaire de la prostate devient de plus en plus abondant, les parois des culs-de-sac glandulaires et celles de leurs canaux excréteurs sont le siège d'un épaississement qui est le point de départ d’une prolifération fibreuse nouvelle, à laquelle la résistance des parties avoisinantes donne la forme de tumeurs arrondies. Ces tumeurs d’abord isolées se confondent plus lard avec le reste de la masse prostatique, car on ne les retrouve que tout â fait exceptionnellement chez les individus très âgés.
Symptomatologie. — L’hypertrophie de la prostate présente ordinairement un début des plus obscurs. Les individus qui en sont atteints mettent le plus souvent sur le compte d’une faiblesse de la vessie, naturelle à leur âge, les troubles fonctionnels qu’ils ressentent, jus-
qu’au moment où la maladie' vient révéler sa présence par un accident grave, tel que la rétention d’urine..
Si, cependant, on interroge avec soin les antécédents, ou recueillera facilement un certain nombre de renseignements très utiles. On apprendra que, depuis quelque temps déjà, les malades éprouvent du côté du périnée une sensation de gêne ou de pesanteur; les envies d’uriner sont plus fréquentes, plus pressantes surtout que d’habitude; les urines s’échappent avec une sorte d’hésitation ; leur jet, quoique volumineux, est sans force et plusieurs fois interrompu ; les dernières gouttes tombent en bavant; une petite quantité de liquide reste dans le canal et s’écoule, la miction une fois terminée, en souillant les vêtements. La vessie enfin ne se vide plus complètement, ainsi qu’il est facile de s’en rendre compte par le cathétérisme.
On comprend que, dans de telles conditions, une cause même légère, telle qu’un refroidissement ou un excès de table, puisse suffire pour amener une rétention complète et les accidents les plus graves.
Revenons maintenant pour les préciser davantage sur les plus importants de ces symptômes.
La gêne on pesanteur périnéale est assez peu marquée au début; mais plus tard, quand la prostate est devenue très volumineuse, elle presse sur le rectum, détermine des envies fréquentes et trompeuses d’aller à la selle et souvent de la constipation.
J.-L. Petit avait signalé, comme un symptôme de l’hypertrophie de la prostate, la déformation des matières fécales creusées en gouttière par suite de leur passage sur la saillie que forme la prostate à la face anté-
rieure du rectum. Je ne pense pas que l’on doive attacher une grande importance à ce symptôme, que je n’ai pour ma part jamais rencontré et qui me paraît plutôt répondre à une vue théorique.
Les troubles de la miction présentent une importance capitale, et leui apparition chez un homme âgé doit faire penser immédiatement à une tuméfaction de la prostate.
Les besoins d’uriner sont parfois si impérieux qu’ils ne laissent pas aux malades le temps de les satisfaire. Bien plus souvent la miction est paresseuse, hésitante; le malade se met en position, mais ce n’est qu’au bout de quelques instants d’attente et d’efforts souvent considérables, que l’urine s’engage dans le canal.
De jour en jour les difficultés augmentent, et, pour les surmonter en partie, les malades se voient obligés de recourir à certains artifices.
uns s appliquent leur vase de nuit contre la partie supérieure des cuisses, ou se promènent pieds nus dans leur chambre dans l’espoir de s îmu er à 1 aide du froid les contractions de leur vessie; d’autres, pour ainvei au même but, s accroupissent, font des efforts pour aller à la se e ou prennent d autres attitudes plus ou moins bizarres.
mi)ctl0n devient alors un véritable supplice pour les malades qui, s ( uriner toutes les demi-heures, tous les quarts d’heure ou même
plus fréquemment encore, sont privés ainsi de tout sommeil, et voient bientôt leur santé générale s’altérer.
C est qu’en eflet la vessie ne se vide plus complètement par suite de la formation en arrière de la prostate d’une poche de plus en plus profonde, et par suite du défaut de contractilité de ses libres musculaires fatiguées de tous les efforts auxquels elles sont condamnées. Ainsi s’expliquent ces envies d’uriner d’autant plus fréquentes que la vessie conserve plus d’urine et se remplit plus rapidement.
C’est ici le lieu de parler d’un phénomène singulier, caracléristique de l’hypertrophie de la prostate, et que J.-L. Petit avait parfaitement observé et décrit. Il arrive parfois que plus les malades font d’efforts et moins ils peuvent uriner ; tandis qu’ils y réussissent en suspendant momentanément leurs efforts.
Ce phénomène est en rapport avec l’hypertrophie du lobe médian; les efforts énergiques ont pour effet de pousser contre la paroi antérieure du col vésical, dont ils bouchent ainsi l’ouverture, la tumeur formée par le lobe moyen hypertrophié; en cessant momentanément ces efforts, l’orifice vésical redevient libre et l’urine s’écoule.
Certains malades, qui n’urinent qu’avec la plus grande difficulté, sont affectés, pendant la nuit surtout, d’une sorte d’incontinence qui tient à la diminution de la tonicité musculaire pendant le sommeil et à l'existence des sillons de profondeur variable qui séparent les tumeurs de la prostate, et à travers lesquels la vessie distendue par l’urine se débarrasse de son trop-plein. On dit alors que les malades urinent par regorgement.
L’incontinence devient parfois continue, lorsque les tumeurs placées à l’entrée du canal présentent une disposition telle que l’orifice du col reste constamment entr’ouvert.
En pareil cas, la vessie est tantôt revenue sur elle-même, avec des parois extrêmement épaisses, tantôt au contraire amincie et distendue outre mesure par une quantité considérable d’urine.
Parfois il existe en même temps une dilatation de la portion prostatique de l’urèthre, qui constitue alors une sorte de vessie supplémentaire, dans laquelle la sonde peut s’arrêter sans parvenir à franchir le col.
Les symptômes que nous venons d’énumérer peuvent mettre sur la voie du diagnostic, mais celui-ci ne saurait être rigoureusement établi sans l’examen direct des parties au moyen du toucher rectal et du cathétérisme.
Le premier de ces modes d’exploration, employé seul ou en combinaison avec le palper hypogastrique, fournit, dans les cas où la prostate hypertrophiée s'est surtout portée vers le rectum, les renseignements les plus précieux. Il permet alors d apprécier le volume de la glande, sa forme, sa consistance, et de reconnaître si 1 hypertrophie porte sur un seul lobe ou sur les deux, si l’organe est douloureux à la pression, si sa surface est unie ou bosselée.
Lorsque, au contraire, le développement de 1 organe s est fait surtout
du côté de l’urèthre et de la vessie, le toucher rectal peut ne donner aucun résultat, et l’hypertrophie passerait inaperçue, si l’on n'avait recours au cathétérisme.
Cette opération, toujours délicate chez les individus dont la prostate est hypertrophiée, et qui exige de la part du chirurgien les plus grands ménagements et la plus extrême prudence, devra toujours être pratiquée d’abord avec un instrument flexible et de préférence avec une bougie à boule de moyen calibre. Si après avoir pénétré à une profondeur de 13, 14, 15 centimètres, la boule traverse une portion rétrécie, c’est que les lobes latéraux sont volumineux et fortement rapprochés les uns des autres; si dans sa marche elle incline à droite ou à gauche, c’est que l’urèthre est dévié du même côté; si enfin une fois arrivé au niveau du col, l’instrument se trouve arrêté définitivement ou au contraire pénètre dans la vessie après un ressaut ou une déviation latérale de la boule, c’est qu’il existe au niveau de la lèvre postérieure du col vésical une saillie plus ou moins volumineuse et sur les côtés de celle-ci un sillon plus ou moins profond dans lequel la boule s’est engagée pour pénétrer dans la vessie.
Les renseignements fournis par ,1a bougie à boule exigent pour être perçus un tact assez délicat et une grande habitude. Ils sont plus faciles à percevoir et plus complets avec un instrument métallique. La sonde de Mercier que l’on emploie le plus souvent à cet usage présente un bec
IMG. 9. — Exploration du col vésical avec la sonde de Mercier.
long de 12 à 16 millimètres et coudé à angle presque droit. Grâce à tte disposition qui permet d’incliner le bec de l’instrument dans tous ,;rS’ 0n peul accluéril' des notions assez précises sur le nombre et s-miJ T® d6S tumeurs cIui occupent le bas-fond de la vessie et font (ai\S sa cavit6, Mais ces manœuvres exposent les malades aux
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Diagnostic. — L’exposé que nous venons de faire nous dispensera d’entrer dans de grands détails relativement au diagnostic de l’hypertrophie de la prostate. Les affections avec lesquelles elle pourrait être confondue sont d’ailleurs peu nombreuses.
A ne considérer que les troubles de la miction, on pourrait songer à un rétrécissement; mais le toucher rectal et le cathétérisme suffiront pour rendre une pareille erreur impossible. Si, ce qui est loin d’être rare, les deux affections coexistaient, il serait facile, à l’aide des mêmes moyens d’exploration, de faire la part de chacune d’elles.
Parfois la présence d’un gros calcul, siégeant dans la portion prostatique de l’urèthre, a pu faire croire h une tuméfaction de la prostate. Mais ici encore, le cathétérisme pratiqué avec une sonde d’argent viendra lever tous les doutes en permettant de reconnaître le frottement produit par l’instrument sur la surface du calcul.
Le diagnostic du cancer de la prostate, à son début, peut, il est vrai, présenter des difficultés; mais les douleurs vives éprouvées par le patient, l’altération rapide de sa santé, l’aspect particulier des urines, et enfin les bosselures irrégulières de la tumeur prostatique suffiront le plus généralement pour en faire connaître la véritable nature.
Pronostic. Complications. — L’hypertrophie de la prostate, bien que différant essentiellement des affections malignes, n’en termine pas moins l’existence d’un grand nombre de vieillards, à cause des désordres qu’elle entraîne du côté de l’appareil urinaire.
La vessie ne se vidant plus qu’incomplètement, et son bas-fond formant en arrière de la prostate hypertrophiée une poche plus ou moins profonde dans laquelle les urines séjournent et s’altèrent, la muqueuse vésicale ne tarde pas à s’enflammer, et cette cystite, d’abord limitée au bas-fond, s’étend bientôt à la totalité du réservoir. Plus tard la phlegmasie gagnant les uretères, les bassinets, les calices et les reins, l’état général des malades s’altère de plus en plus, leurs forces diminuent, ils perdent l’appétit et le sommeil, et ne tardent pas à succomber dans un état d’adynamie profonde.
Dans un grand nombre de cas, on voit survenir une complication qui vient modifier brusquement la marche de la maladie, et qui parfois même en constitue le premier symptôme appréciable; je veux parler de la rétention d’urine complète. Celle-ci peut survenir sans cause bien évidente, mais elle succède le plus souvent soit à un excès de table, soit;\ une fatigue excessive, soit aune tentative de coït, soit enfin à un refroidissement, surtoutà un refroidissement local, comme dans l'acte de s'asseoir sur une pierre ou de dormir sur le sol. Cette rétention est due à une aggravation accidentelle de l’obstacle que la prostate hypertrophiée oppose à la sortie des urines, aggravation produite par une hyperhémie active survenant facilement dans des parties où il existe un certain degré de stase veineuse. Tantôt la rétention d urine guérit complètement, après une durée de quelques jours, non sans avoir laissé derrière
elle une exacerbation de tous les symptômes préexistants; tantôt, au contraire, elle persiste indéfiniment et cette terminaison doit être attribuée il une paralysie des fibres musculaires de la vessie trop longtemps distendues; tantôt enfin cette rétention d’urine est rapidement suivie d’une aggravation des phénomènes de cystite, qui ne tarde pas à secompliquer de l’extension de la phlegmasie aux reins, et les malades succombent aux accidents de pyélite et de pyélo-néphrite suppurées.
Traitement. — Un grand nombre de moyens medicaux et chiiuigicaux ont été proposés et mis en usage pour rendre à la prostate hypertrophiée son volume normal.
Les antiphlogistiques (sangsues au périnée), les frictions résolutives, les révulsifs, les dérivatifs appliqués au périnée, les préparations mercurielles, iodées, iodurées, l’ergot de seigle, administrés à l’intérieur, n’ont jamais réussi à enrayer les progrès de l’hypertrophie prostatique et encore moins à amener une rétrocession de la maladie.
Les tentatives chirurgicales, faites dans le but de détruire au moins laportion de la glande qui met le plus obstacle à la miction, n ont pas été plus heureuses et ont même maintes fois contribué à accélérer la mort des malades. Bornons-nous k rappeler parmi ces tentatives chirurgicales: la compression excentrique, totale ou partielle, exercée à l’aide des dilatateurs de Mercier et de Leroy d’Etiolles, et ayant pour but d’atrophier tout ou partie de la glande ; le broiement des tumeurs saillantes au niveau du col avec le lithotri teur; Y incision avec un sécateur spécial de Mercier ; Y excision de ces tumeurs avec une sorte d’emporte-pièce; la cautérisation avec le nitrale d’argent et même avec le galvano-cautère ; enfin les injections interstitielles modificatrices, pratiquées soit avec le nitrate d’argent, soit avec l’ergotine, dans le but d’amener un retrait des parties hypertrophiées. Nous rapprocherons de ce dernier moyen ïêlectrolyse, vantée par quelques auteurs, et qui ne paraît devoir ses succès qu’à une action favorable sur la contractilité vésicale.
Tous ces procédés de traitement chirurgical de l’hypertrophie prostatique, dont on trouvera la description dans les traités spéciaux, sont justement abandonnés aujourd’hui, et l’on peut dire que le traitement de l’hypertrophie de la prostate est purement palliatif, s’adressant moins àl’aifection elle-même qu’aux accidents qui en résultent. Ce traitement palliatif présente d’ailleurs une très grande importance, car on peut affirmer qu’employé de bonne heure et convenablement dirigé, il rend les plus grands services et prolonge dans une notable mesure l’existence des malades.
On soumettra tout d’abord ces derniers à toutes les règles d’une hygiène irréprochable, afin de les mettre en garde contre toutes les causes susceptibles de congestionner les organes contenus dans le petit bassin. On prescrira un régime très doux, des boissons émollientes pour diluer 1 urine; on recommandera au malade de n’uriner ni trop souvent ni trop rarement, mais toutes les quatre heures environ, sans jamais faire
d’efforts pour accélérer la miction, et de prendre chaque matin un lavement afin d’empêcher que des matières dures accumulées dans le rectum ne pressent sur la prostate.
La rétention incomplète ou chronique devra de bonne heure fixer l’attention du chirurgien. Dès qu’on aura reconnu que le malade ne vide plus qu’incomplètement sa vessie, on recourra au cathétérisme au moins une fois chaque jour, en profitant de la présence de la sonde pour laver largement la vessie avec de l’eau tiède ou une solution faible d’acide borique.
Lorsque la vessie restant constamment pleine, le malade n’urine que par regorgement, le cathétérisme doit être pratiqué, au moins au début, toutes les trois ou quatre heures. Il est bon, en pareil cas, d’enseigner au malade à faire lui-même cette petite opération. Dans ce but on meltra entre ses mains, non pas une sonde métallique, mais une sonde molle en caoutchouc vulcanisé, ou une sonde en gomme ordinaire, en lui recommandant de la maintenir toujours parfaitement propre et de la remplacer souvent.
Ce passage journalier de la sonde, joint à un régime sévère, outre qu’il met presque indéfiniment le malade à l’abri de la rétention aiguë, paraît agir encore sur l’hypertrophie elle-même, soit en déprimant la saillie de la base de la prostate, soit en élargissant un des sillons qui séparent les tumeurs siégeant à l’entrée du col, de telle sorte qu’on a vu, en pareil cas, la fonction se rétablir complètement et l’évacuation de l’urine redevenir spontanée.
Supposons maintenant le malade pris de rétention complète. Quelle devra être la conduite du chirurgien? Si la vessie ne contient que peu d’urine, une quinzaine de sangsues au périnée, des cataplasmes sur le ventre, des grands bains prolongés, pourront suffire, en diminuant l’hyperhémie prostatique, à foire cesser la rétention. Mais il ne faudra jamais trop tarder à remplir l’indication principale, je veux parler de l’évacuation de la vessie, de peur que la distension du réservoir, augmentant de plus en plus, ne détermine les plus graves accidents.
Le chirurgien devra tout d’abord tenter le cathétérisme, et dans ce but il se servira d’une sonde en caoutchouc vulcanisé, de 6 à 8 millimètres de diamètre, qui très souvent pénétrera aisément dans la vessie. Si
cette tentative échoue, on emploiera une sonde en gomme Quinaire soit la sonde à béquille, soit la sonde bicoudee de Mercier (fig. 10). Si l’on échoue encore, on se servira d’une sonde en gomme armée de son mandrin, et dont on modifiera la courbure, en obéissant autant que possible à des indications tirées de l’examen de la prostate.
Très souvent le petit artifice que voici conduit facilement au but. Après avoir donné au mandrin une courbure moyenne, et pénétré jusqu’à l’obstacle qui s’oppose à l’introduction complète, d’une main on tire à soi le mandrin, dans une longueur de 4 centimètres environ, tandis que de l’autre on cherche en même temps à pousser tout doucement la sonde. On augmente ainsi très notablement la courbure de l’instrument, comme il est facile de s’en convaincre par l’expérience.
Ce n’est qu’après avoir usé inutilement des instruments en gomme, qu’on devra recourir aux sondes mé talliques et de preference à une sonde à petite courbure, telle que celle de Mercier ou de Leroy d’Etiolles.
Si l’on est parvenu, à l’aide de l’un ou de l’autre de ces procédés, à pénétrer dans la vessie, celle-ci une fois vidée, que reste-t-il à faire? Si le cathétérisme a été facile, on peut retirer la sonde, quitte à en pratiquer la réintroduction aussi souvent et aussi longtemps qu’il sera nécessaire. Mais si cette opération a présenté des difficultés, il est préférable de laisser la sonde à demeure, en la fixant solidement.
Cette pratique a été souvent critiquée et présente certainement des inconvénients. Les sondes les plus molles, placées à demeure, provoquent souvent de la douleur et des envies fréquentes d’uriner, elles déterminent presque toujours de l’uréthriLe, quelquefois de la cystite, parfois même, chez les sujets très âgés et affaiblis, des ulcérations de l’urèthre et de la vessie. Mais l’écoulement uréthral, assez abondant au début, diminue de lui-même au bout de quelques jours, et finit même par disparaître complètement, si le malade est entouré de soins de propreté suffisants. On préviendra presque toujours la cystite en employant les sondes molles, que l’on placera de façon que leur bec dépasse à peine l’entrée du col vésical, et en faisant deux fois par jour une injection dans la vessie. L’ulcération des tissus constitue un accident grave, mais fort rare, que l’on évitera le plus souvent en ne laissant pas trop longtemps la sonde en place, en la remplaçant dès qu’elle présentera la plus petite altération, en soutenant enfin les forces du malade.
La sonde à demeure présente en revanche l’avantage inappréciable de permettre aux malades d’uriner seuls et aussi souvent que le besoin s en lait sentir, sans être exposés aux dangers d’un cathétérisme difficile souvent répété.
On devra d’ailleurs bien se garder d'en prolonger l’usage outre mesure. Aussitôt que cela sera possible, on en suspendra l’emploi en lui substituant le cathétérisme avec une sonde en caoutchouc, pratiqué par le malade lui-même.
Nous n’avons considéré, dans ce qui précède, que les cas dans lesquels le cathétérisme était possilde; mais il n’est pas très rare de voir échouer les chirurgiens môme les plus habiles. On n’a plus alors à sa disposition que le cathétérisme forcé, qui consiste à pratiquer de vive force un passage à travers l’obstacle qui s’oppose à l’issue de l’urine par l’urèthre, et la ponction de la vessie.
Le cathétérisme forcé a été plus d’une fois pratiqué avec succès, et cependant il est aujourd’hui, et avec raison selon moi, presque complètement abandonné. Il vaut beaucoup mieux ponctionner la vessie avec un trocart capillaire. Cette opération, absolument inoffensive avec les instruments dont nous disposons actuellement, soulagera le malade, le soustraira aux dangers de la rétention complète, et permettra au chirurgien de renouveler avec beaucoup plus de chances de succès ses tentatives de cathétérisme, lorsque par suite de la déplétion de la vessie, la congestion prostatique aura sensiblement diminué.
Signalons pour terminer, sans le recommander d’ailleurs, un procédé imaginé par Thompson pour les cas de rétention persistante, et qui n’est autre chose qu’une sorte de drainage hypogastrique de la vessie.
B. Kystes de la prostate.
Les kystes de la prostate sont des kystes par rétention. Un des culsde-sac glandulaires se trouvant séparé du reste de l’organe par l’oblitération de son canal excréteur, et la sécrétion continuant à se faire, sa cavité se dilate et finit par se transformer en une poche qui, tantôt reste cachée dans l’épaisseur de la glande, tantôt vient faire saillie à l’une de ses faces libres, le plus souvent du côté de la vessie et de l’urèthre.
Ces kystes s’observent fréquemment chez les individus atteints d’hypertrophie de la prostate, et nous en avons dit quelques mots à propos de l’anatomie pathologique de cette affection. On rencontre, en effet, au milieu du tissu de la glande hypertrophiée des cavités multiples, renfermant un liquide épais, jaunâtre, et dont les dimensions dépassent rarement celles d’un pois.
On a cependant observé parfois de ces kystes ayant atteint un volume considérable. C’est ainsi que Le Dentu rapporte dans son livre deux exemples de kystes développés aux dépens du lobe moyen de la prostate et faisant saillie du côté de la vessie. Dans l’un, c’est une tumeur du volume d’un grain de raisin, située immédiatement en arrière de l’orifice vésical de l’urèthre; dans l’autre (fig. 11), la tumeur est grosse comme l’extrémité du petit doigt, siège immédiatement en arrière de la lèvre postérieure du col, et renferme dans sa cavité un liquide fluide, lactescent, avant toutâ fait l’aspect extérieur du liquide prostatique. Dans les deux cas, deux petits fibromes dépendant du lobe médian faisaient saillie dans l’intérieur de la poche.
D’autres kystes résultent de la dilatation de l’utricule prostatique après
oblitération de son orifice. Nous en avons cite un exemple à propos des tumeurs du vérumontanum, et Englisch a pu constater cinq fois sur
Fig. II. — Kyste du lobe moyen de la prostate (Le Denln).
soixante et dix cadavres de nouveau-nés, un développement anormal de Futricule prostatique par rétention de sa sécrétion physiologique. La tumeur ainsi produite tantôt soulevait le vérumontanum, tantôt déterminait en même temps une saillie de la prostate du côté du rectum.
Les collections liquides décrites par certains auteurs, par Thompson en particulier, sous le nom de kystes purulents de la prostate, ne sont autre chose que des abcès chroniques, développés dans l’épaisseur de la glande, et communiquant avec l’urèthre par une large perte de substance. Il n’en est pas de même du fait remarquable présenté par Le Dentu à la Société de chirurgie en 1879; dans ce cas, presque toute la partie inférieure de la prostate était convertie en une vaste poche j-hi volume d’une petite mandarine, renermant dans sa cavité un mélange demutms, de sang et peut-être de pus (flg. 13). oui L< Dentu il s’agit incontestablement •ci d un kyste de la prostate résultant de a lusion d’un grand nombre de kystes glandulaires, dont les parois ont graduel-
m u tiiq u e ' ave (T 1 a *p 0 r U n r o s t a t ^ ^ P/°™ev’ c’est <Iue la Poche corn-
Fig. 12. — Le même kyste ouvert.
plusieurs orifices représentant les ouvertures des conduits excréteurs des glandes disparues.
11 nous reste parler des kystes hydatiques de la prostate ; mais ce
que nous savons de cette variété de tumeurs se réduit à fort peu de chose, toute leur histoire reposant sur trois observations dont l’authenticité est loin d’être démontrée.
Dans la première observation, rapportée par Lowdell (1), c’est une tumeur plus grosse qu'une tête de fœtus, et qui, lorsqu’on l’incisa, se trouva être un kyste hydatique parfaitement clos, au milieu duquel se perdait la substance propre de la prostate. Dans le second cas, observé par Mallez (2), il s’agit également d’une iumeur du volume d’une tête de fœtus de sept mois, dont le contenu, examiné au microscope, renfermait des crochets d’échinocoques. Mais rien ne prouve que dans l’un ou l’autre de ces deux faits, on ait eu affaire à un kyste hydatique de la prostate plutôt qu’à, un kyste développé entre la vessie et le rectum, ainsi qu’il en existe plusieurs exemples.
La troisième observation, présentée en 1878 à la Société anatomique par Butruille, n’est pas plus probante. Le kyste multiloculaire occupait la partie antérieure du lobe gauche de la prostate, contenait un liquide citrin, sans crochets, et l’on s’est basé uniquement, pour établir qu'il s’agissait d’un kyste hydatique, sur l’aspect des parois ressemblant à du blanc d’œuf cuit.
On conçoit bien qu’avec des faits aussi contestables, il soit impossible de tracer une histoire clinique des kystes de la prostate.
Le traitement des kystes de la prostate consisterait, d’une part, à combattre la rétention d’urine, si elle survient, par le cathétérisme; d’autre part, à vider le kyste à l’aide d’une ou de plusieurs ponctions faites par le rectum.
Fig. 13. — Kyste de la prostate à contenu muco-purulent: A, intérieur de la poche (Le Dentu).