MALADIES DE LA VULYE
On trouve cependant, dans Paul d’Égine et dans les auteurs arabes, des passages qui prouvent que les anciens s’occupaient de gynécologie. 11 est incontestable qu’ils connaissaient le spéculum, dont ils ne faisaient qu’un emploi très limité. L'ouvrage de Paul d’Égine ne laisse aucun doute à cet égard. On a découvert en 1819, dans les fouilles de Pompéi, un grand spéculum trois branches, correspondant exactement à l’instrument décrit par Paul d’Égine, qui en attribuait lui-même l’invention à Archigène. Ce même instrument est parfaitement décrit et figuré dans les ouvrages d’Ambroise Paré et de Scultet.
Forestus (1563), puis plus tard Rivière ont écrit longuement sur les affections utérines. Ces auteurs parlent des troubles de la menstruation et des complications qui peuvent en résulter. Forestus signale une sorte de phlegmasie utérine et une tumeur abdominale qui semblent se rapporter à l’inflammation péri-utérine et à l’hématocèle. Rivière décrit avec assez de précision les ulcères de la matrice ainsi que les abcès périutérins.
Malgré les lumières répandues par les travaux anatomiques de Morgagni, la chirurgie utérine fit peu de progrès jusqu’à Astruc (1761). Cet auteur décrit l’ovarite et diverses phlegmasies de l’utérus et de ses annexes; mais il ne semble pas avoir fait avancer le traitement chirurgical des aflections dont il parle. Du reste la pratique des maladies des femmes est restée confinée entre les mains des accoucheurs, pendant la période qui s’étend de Levret à Gardien, ce qui explique pourquoi ces auteurs étudiaient particulièrement les maladies utérines consécutives à l’accouchement.
Il faut arriver au commencement de ce siècle pour sortir du chaos dans lequel les pathologistes avaient placé la chirurgie utérine. L’invention ou plutôt l’adoption du spéculum par Récamier donna un aspect entièrement nouveau à la pathologie chirurgicale des affections des organes génitaux. Non seulement Récamier exposa à la vue les parois du vagin et le col de l’utérus; mais il eut encore la hardiesse d’explorer la cavité du corps de cet organe, ce qu’aucun chirurgien n’avait osé faire avant lui. 11 porta des agents modificateurs sur la muqueuse utérine et introduisit dans l’utérus la curette, instrument destiné à détacher et à ramener au dehors les productions morbides. Récamier ne borna pas ses recherches à la matrice; il donna une excellente description du phlegmon utérin et publia la première observation authentique d’hématocèle péri-utérine.
Les travaux de sir James Simpson marquent également une époque importante dans la chirurgie gynécologique. C’est ce chirurgien qui le premier conseilla l’emploi de la sonde utérine et la dilatation du col par les éponges préparées. C’est à ses efforts qu’il faut attribuer en grande partie le développement qu’a pris la gynécologie en Angleterre. Ses travaux, qui datent de 1848, furent en effet suivis d’un grand nombre d’ouvrages remarquables, parmi lesquels
il faut citer ceux de Bennet, de Robert Lee, de lilt et de lylei Smith.
En Allemagne, Kiwisch imprimait une grande impulsion à la chirurgie gynécologique et devenait le chef d’une école dont Mayer Scanzoni et Braun ont été les remarquables élèves.
Mais c’est surtout en France, vers le milieu de ce siècle, que la chirurgie utérine faisait les progrès les plus considérables, grâce aux remarquables travaux de Velpeau, Huguier, Michon, Jobert, Hervez de Chegoin, etc. Contrairement à Lisfranc et à la plupart des auteurs anciens, qui considéraient l’engorgement et l’inflammation comme cause principale des afl'ecLions de l’utérus, Velpeau et son école attribuaient aux changements de position de l’organe la plupart des désordres fonctionnels de cet organe. 11 convient de rappeler à ce sujet les travaux de Valleix sur les déplacements de l’utérus et l’importante discussion qui occupa l’Académie de médecine en 1849.
Un peu plus tard, l’école américaine se fit connaître en Europe et c’est en 1857 que Sims publiait son procédé opératoire pour la guérison des fistules vaginales qui eut un si grand retentissement. Avec les travaux de Sims il faut signaler ceux de Bozeman, de Gaillard Thomas et de Battey, qui sont les représentants les plus autorisés de la chirurgie gynécologique en Amérique.
C’est à cette même époque que l’ovariotomie, opération d’origine française, mais presque tombée dans l’oubli parmi nous, fut de nouveau réintégrée dans le domaine de la chirurgie pratique, grâce aux travaux remarquables de Baker Brown et de Spencer Wells.
Enfin la gynécologie a été l’objet, pendant ces derières années, tant en France qu’à l’étranger, d’un grand nombre de mémoires originaux et de plusieurs traités didactiques d’une grande valeur.
En outre des publications périodiques spéciales lui ont été consacrées; nous citerons parmi les principaux recueils de cette nature: en France, les Annales de gynécologie et les Archives de tocologie ; en Angleterre, Tlie obstétrical Journal ; en Amérique, The Journal of obstetrics and diseases of women ; en Allemagne, Monatsclirifts fur Geburtskunde und Frauen Krankheiten. Enfin les Transactions publiées chaque année par la Société de gynécologie de Londres, de Dublin,
Forestier, De mulierum morbis, 1563. — Astruc, Traité des maladies des femmes. Paris, 1777. — Clarke, Observ. on the diseases of females. London, 1831. — Boivin, Traité des maladies de l'utérus. Paris, 1833. — Robert Lee, Researches on the pathology and treatment of the most important diseases of women. London, 1833. — Blatin et Nivet, Traité des maladies des femmes. Paris, 1842. — Kiwisch, Kliniche Vortrage iiber specielle Pathologie und
Thérapie der Krankheiten des Weiblichen Geschleclits. Prague, 1845-1849.
Scanzoni, Maladies des organes sexuels delà femme. Traduction française par Dor et Socin. Paris, 1858. — Becquerel, Traité des maladies de l’utérus. Paris, 1859. — Bernutz et Goupil, Leçons cliniques sur les maladies des femmes. Paris, 1869. — Bedfort, Diseases of women and childrcn. New-York,